vendredi 14 avril 2023

Blackfeet Revolution : « Désordre »

 


On les avait perdus de vue depuis un moment et c’est un avec un immense plaisir, ne boudons pas notre joie, que l’on retrouve le duo et, pour la première fois, en français. Car si musicalement, le duo reste fidèle à un rock’n’roll brut de décoffrage, aux effluves garage et surf (« Sensation »), carré et efficace, ce nouvel EP marque une évolution notable pour le groupe. Est-ce la maturité acquise avec les années ou simplement l’utilisation du français qui donne un supplément d’âme bienvenu aux textes, incarnés avec une grand acuité ? Quoi qu’il en soit, le duo ici marie le fond et la forme. Des paroles profondes s’interrogeant sur la marche du monde, sans se prendre trop au sérieux non plus, et un rock’n’roll puissant à la répétition entêtante (cf. « Vivre ») qui donne des fourmis dans les jambes. Recette gagnante.

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jeudi 13 avril 2023

SBRBS : « The devil you know »

 


Derrière l’acronyme se cache un duo composé de Marie (basse) et Hadrien (guitare), deux amis d’enfance devenu un couple à la scène puis dans la vie. Une relation au long cours donc, avec des hauts et des bas, des séparations puis des retrouvailles, et, dans tout ce tumulte, un groupe de rock qui perdure coûte que coûte, car ces deux là ne peuvent décidément pas se fâcher totalement. « The devil you know », ce qu’ils représentent l’un aux yeux de l’autre. C’est donc une dynamique bien particulière qui anime la musique de SBRBS (prononcez Suburbs) et qui est la source d’inspiration principale de ce nouvel effort du duo, rejoint pour l’occasion par le groove du batteur Franck Richard (un super musicien que l’on avait découvert au sein du trio électro Rafale en 2011). Ainsi, l’auditeur va en voir de toutes les couleurs à l’écoute du disque. Car loin de l’encéphalogramme plat, l’album se révèle tout en aspérités. Celles des guitares et des basses, savamment saturées, qui lorsqu’elles ferraillent ensemble, créent une sorte de toile hypnotique qui aspire l’auditeur. La batterie quant à elle mélange puissance et sens du groove contemporain qui permet au groupe de s’élever au dessus du tout venant nostalgique. On pencherait en l’espèce pour une sorte de Black Rebel Motorcycle Club, soit un savant mélange entre une dynamique qui électrise le corps et un étau hypnotique qui enserre l’esprit. Le chant féminin, aéré et diaphane, élève le tout d’un étage supplémentaire, vers les sommets.

En concert le 19 avril à la Maroquinerie (1ère partie des Datsuns) et le 20 avril (Les Etoiles)

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mardi 11 avril 2023

Rebecka Törnqvist : « Memo »

 


Manière de toile onirique, la musique de Rebecka Törnqvist n’a pas fini de causer migraines infernales et autres casse-têtes à quiconque aime à cataloguer les artistes. Faisant fi des cases, Rebecka aime à plonger l’auditeur dans une douce et profonde rêverie. Son chant diaphane atteint un point de non-retour, celui où la voix semble s’envoler pour de bon vers d’infini sommets. L’accompagnement musical, précieux et raffiné, pioche où bon lui semble selon l’inspiration du moment. Ce petit moment flottant capturé dans l’air où les rythmes jazz (« Whim ») s’acoquinent à l’électro un tantinet baroque (« Lie » ; « Helios ») alors que les instruments à cordes (guitares, harpes, violons) constituent le cœur battant de la musique (cf. « My Neighbour » et « From Here » avec, justement, M. Ward invité à la guitare). Mais attention, cette douce promenade en terra incognita musicale s’effectue loin des sentiers battus et balisés de la musique. Tout est affaire de sensations ici et ces dernières mettent du temps à apparaître. Un peu bousculé dans ses habitudes d’écoute, l’auditeur doit multiplier les écoutes et accepter de s’abandonner à la musique pour en saisir la substantifique beauté.

En concert le 15 avril à l’Archipel.

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lundi 10 avril 2023

Grandma’s Ashes : « This too shall pass »

 


« Everything must pass » chantait George Harrison. Autre temps, autre mœurs, « This too shall pass » semble aujourd’hui lui répondre le trio féminin Grandma’s Ashes sur ce premier album. Premier effort donc qui commence sur un titre étonnant, « Intro (A mon seul désir) », entièrement a cappella agrémenté de sublimes harmonies vocales. Surprenant mais qui donne le ton de l’album à venir. Que les fans de rock se rassurent le disque contient son lot de guitares saturées et abrasives mais le tout dénote une ambition musicale à la hausse. Sans jamais perdre de son agressivité, le trio sait se jouer des ambiances musicales variées, débutant par l’acoustique pour finir par l’électrique flirtant avec le métal (« Borderlands ») après maintes circonvolutions musicales, du groove de la batterie (« Aside »), au chant mélodique, particulièrement travaillé et impeccable du début à la fin. Plusieurs interludes dont un (« Melt ») se distingue par l’utilisation inédite du saxophone, autre signe qui ne trompe pas, permettent à l’auditeur de respirer, preuve que ce premier album, consistant, a été pensé comme un tout par une formation qui ne s’interdit rien.

En concert le 14/03 à La Maroquinerie.

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samedi 8 avril 2023

Duplessy & The Violins of The World en concert au Café de la Danse le 15 avril

 


Entre folk, jazz manouche et world music, le sublime guitariste Mathias Duplessy et ses Violons du Monde (nyckelharpa, morinkhuur et erhu) sera en concert le 15 avril prochain au Divan du Monde.

https://mathiasduplessy.fr/les-violons-du-monde/

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BILLETTERIE

vendredi 7 avril 2023

Daddy Long Legs : « Street Sermons »

 


Attention, tempête de décibels en perspective, Daddy Long Legs sort un nouvel album ! Tout droit venu des rues de Brooklyn, l’araignée aux pattes longues s’est tout d’abord distinguée dans un mélange sauvage de rock garage et de rhythm’n’blues, à mi chemin du punk et du blues, quelques notes country en sus. Non pas que la donne ait fondamentalement changé, le groupe, sur ce nouvel effort, apparaît un peu plus policé, quoi que toujours indomptable. Sans toucher à la vérité intrinsèque de la formation, les angles ont été arrondis. Les chansons mieux écrites, arrangées, produites et enregistrées, font de ce nouvel effort le meilleur du groupe grâce à cette proverbiale énergie intacte et enfin canalisée dans une seule et même direction. Point de chaos ici, mais une sacrée dose d’adrénaline rock’n’roll. L’harmonica hurle, la scansion de la batterie offre cette énergie primale nécessaire et un piano au boogie diabolique du plus bel effet fait même son apparition dans le paysage. Leur réputation scénique étant à l’avenant, Daddy Long Legs devient une valeur sûre de la scène rock’n’roll.

https://officialdaddylonglegs.com/

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jeudi 6 avril 2023

Nick Waterhouse : « The Fooler »

 


Dix ans après son apparition sur nos platines, le Californien continue de nous charmer l’oreille alors que sors son sixième album studio. Thuriféraire d’un songwriting soul élégant et raffiné, au charme rétro indéniable, Nick Waterhouse n’a pas effectué sa révolution copernicienne avec ce nouvel effort. Néanmoins une note mélancolique, voire désenchantée, fait son apparition rendant cette nouvelle collection de chansons un peu plus amère qu’à l’accoutumée (« The Fooler », « Are you hurting »). Toujours fasciné par un passé qu’il n’a pas connu, entre les années 1950 et 1960, Nick Waterhouse prends également, un peu, ses distances par rapport à la soul. Voix traînante, prédominance de la guitare acoustique, ce nouveau disque est à rapprocher de la pop rétro, avec de charmantes harmonies vocales pour agrémenter les chœurs. Il n’en reste pas moins que la qualité d’écriture, superlative, ainsi que le soin maniaque porté à la production suffisent pour que ce nouvel effort, aux allures de classique instantané et intemporel, séduise durablement l’auditeur. Une réussite.

En concert le 25 avril (La Boule Noire)

https://www.nickwaterhouse.com/

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dimanche 2 avril 2023

Billy Valentine and The Universal Truth

 


Vétéran méconnu de la soul, Billy Valentine s’est enfermé en studio avec quelques pointures (le bassiste Pino Palladino, le batteur James Gadsen, le guitariste Jeff Parker etc.) dans un contexte bien particulier entre émergence de la pandémie, confinements à venir et montée en puissance du mouvement Black Lives Matter. Tout un faisceau d’événements qui contribuent à faire de cet album bien plus qu’un simple disque de reprises, déjà fantastiques sur un simple plan musical. En effet, respectant le fond, mais trahissant la forme, Billy Valentine s’est totalement approprié le répertoire, sur une note fondamentalement différente des originaux, entre jazz et soul, empreinte de swing raffiné et élégant. Le chant, sur la brèche et toujours sur le point de céder sous le poids de l’émotion emporte l’adhésion, débordant de soul et de feeling. Le contexte évoqué plus avant contribue à rendre toujours aussi cruellement contemporaines, prégnantes, ces compositions des années 70 et 80 issues du répertoire de Curtis Mayfield (« We the people who are darker than blue »), Stevie Wonder (« You haven’t done nothing »), War (« The world is a ghetto ») ou Prince (« Sign of the times »). Sans oublier le traditionnel « Wade in the water » archi-relu et qui pourtant trouve ici de nouvelles couleurs. Un classique immédiat qui touche au cœur, au message social aussi puissant que le « What’s going on’ » de Marvin Gaye.

https://acidjazz.bandcamp.com/album/billy-valentine-and-the-universal-truth

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samedi 1 avril 2023

Bai Kamara Jr & The Voodoo Sniffers : « Traveling Medecine Man »

 



Originaire de Sierra Leone, élevé en Grande-Bretagne et en Belgique (et à ce titre parfaitement francophone), Bai Kamara Jr rêve depuis longtemps à une musique voyageuse et libre de ses mouvements, faisant fi des frontières. On ne saurait en dire autrement de son nouvel effort au titre évoquant tant le voyage que les vertus curatives de la musique, « Traveling Medecine Man », et à sa pochette où l’artiste vêtu d’un costume blanc pose dans un décor aux couleurs tropicales et exotiques. Relier l’Afrique à l’Occident est depuis toujours le propos musical de Kamara où les influences folk et blues se teintent de couleurs africaines ou d’effluves vocales reggae. La posture n’est pas sans rappeler Eric Bibb (l’élégance vestimentaire étant un autre point commun entre les deux musiciens) surtout quand ce dernier s’acoquine avec Habib Koité. Ainsi, qu’il sorte les guitares électriques (« Miranda Blue ») ou parsème sa musique de percussions africaines, Bai Kamara ne cesse de faire l’aller et retour de ses patries de cœur en maintenant, toujours intacte, l’élégance swing et le raffinement musical qui le caractérise. En ce sens, ce nouvel album porte son titre à merveille tant il fait voyager l’auditeur autant qu’il le réconforte.

En concert le 6 avril au Jazz Club Etoile, Le Méridien.

https://baikamara.com/bkj/

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mercredi 29 mars 2023

Vipères Sucrées Salées

 


Le premier EP de la jeune formation lyonnaise intrigue autant qu’une tartine, baroque (cf. « Hannibal ») au goût sucré et salé, aussi acide qu'une vipère. Le beat implacable de la boîte à rythme mêlé au son brut et mat de la basse ramène immanquablement le trio du côté de la cold wave des années 1980, d’autant que le disque n’est pas avare non plus en synthés, rehaussé de quelques lignes de guitares. Mais la voix, récitante plus que chantée, apporte une note post-punk plus proche, dans l’esprit, des Sleaford Mods. Dans l’esprit seulement car le groupe a univers bien à lui avec ses paroles ancrées dans le réel (« Le Cœur et les Lumières ») ou, à l’inverse, fantasmant des scènes cinématographiques, sang et poursuites automobiles à la clef (« Ceinture »). Un disque dans lequel on se perd, comme étourdis dans un mystère vaporeux, œuvre d’un groupe qui n’est pas prêt, loin s’en faut, de dévoiler tous ses secrets. A écouter pour sortir des sentiers battus.

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mardi 28 mars 2023

Dead Chic : « The Venus Ballroom »

 


A peine un an après leur coup de poing live inaugural « Bastion Session », le supergroupe mené par Andy Balcon (Heymoonshaker) et le guitariste Damien Félix (Bigger, Catfish) est de déjà de retour avec ce premier EP studio de six titres. Psychédélique (« The Belly of the Jungle ») et baroque (« Les Fleurs séchées »), Dead Chic fait montre d’un savoir faire certain en matière de rock garage entêtant où l’art consommé de la guitare fuzz dispute le premier rôle au chant écorché venu des tripes. Les échos western (« El Malecón » ; « Ballad of Another Man ») complètent ce trip hallucinogène en terra incognita rock. A découvrir.
En concert le 8 juin au Backstage BTM

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lundi 27 mars 2023

Moonlight Benjamin : « Wayo »

 


Toujours accompagnée du guitariste Matthis Pascaud, Moonlight Benjamin, une authentique prêtresse vaudou née à Haïti, est de retour avec un troisième album, « Wayo », une expression signifiant « cri de douleur » en créole haïtien. Une fois encore, l’association entre le chant puissant et expressif et les guitares abrasives, saturées, puisant à la source du rock’n’roll et du blues crée des merveilles ! Un magma hypnotique et enivrant porté par la transe rythmique des batteries et autres percussions (assurées par Raphaël Chassin) scellant la rencontre rêvée des Black Keys et de Dr John. C’est peu dire que l’album crée des étincelles ! Après des projets orientés jazz auprès de la chanteuse Marion Rampal ou à la tête de sa propre formation Clap Clap, et un hommage remarquable à Dr John en compagnie d’Hugh Coltman, le guitariste Matthis Pascaud fait montre une fois de plus de la largeur de sa palette et de son touché tout en feeling qui ne disparaît jamais en dépit de l’avalanche de décibels (cf. « Limiyè »). Et il fallait bien ça pour accompagner Moonlight Benjamin, chanteuse au coffre impressionnant qui déclame et scande avec aplomb. Finalement, preuve que la musique est universelle, c’est vers le blues africain que l’on trouverait une filiation probable, pour une question de répétition hypnotique. Pour en avoir été témoin, on sait que la chose fait des ravages équivalents à une tempête tropicale sur scène. On attend la tournée avec impatience !

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dimanche 26 mars 2023

DeLayne : « Karu »

 


Tout ceux qui ont suivi l’émergence de Grant Haua ces deux dernières années se souviennent très probablement de la chanteuse DeLayne présente sur les albums « Awa Blues » et « Ora Blues at The Chapel ». Fort logiquement, les premiers pas en solo de la chanteuse se font en compagnie de son mentor qui est aussi son frère. Une présence que l’on pourrait juger encombrante tant l’empreinte de Grant Haua, et en particulier son inimitable jeu de guitare, se fait ressentir sur un album dont il signe (ou co-signe) par ailleurs 7 titres sur 10. Et c’est à double tranchant. A la fois un gage de qualité, incontestablement l’album est bon et s’écoute avec plaisir, mais aussi un facteur inhibant empêchant la chanteuse, dotée d’impressionnante capacité vocales, d’aller à sa guise (cf. « Billie Holiday » qui pourrait être extraite d’un album de Grant). C’est lorsque le guitariste s’efface (la formidable soul jazzy de « Little by Little » et de « Small Change/Pai Take ») que l’on peut apercevoir, en filigrane, le potentiel de la chanteuse. Un album d’excellente facture à prendre comme la promesse de lendemains qui chantent quand la chanteuse volera de ses propres ailes au gré d’un son qui lui sera personnel.



samedi 25 mars 2023

Eric Bibb : « Ridin’ »

 


Un nouvel album d’Eric Bibb, c’est un ravissement à chaque fois renouvelé. Perché sur son fier destrier, le musicien chevauche ses territoires musicaux favoris, le blues, le folk sans oublier un petit détour vers l’Afrique ou les idiomes soul/gospel qui imprègnent son chant. Le chanteur n’oublie pas d’embarquer quelques amis fidèles dans sa folle cavalcade, Harrison Kennedy, Taj Mahal, Russell Malone ou Jontavious Willis, dans un joli brassement des générations, ainsi que les fidèles Amar Sundy et Habib Koité. Le résultat est d’une élégance folle, comme toujours ! La voix hypnotise de son doux feulement grave et évocateur ; l’oreille succombe sous le charme de ces arpèges de guitare folk, précis, précieux et raffinés. Le banjo utilisé, ici ou là, apporte une touche proche de la country et on note quelques envolées de guitare électrique assez inhabituels où la musique s’élève encore plus qu’à l’accoutumée. De la belle ouvrage, soignée dans les moindres détails, et d’une sobriété exemplaire (seule la chanson compte) qui scelle des retrouvailles spectaculaires avec Dixiefrog, son label fétiche. Intemporel.

En concert le 23 avril à la Cité de la Musique/Philharmonie

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vendredi 24 mars 2023

Sheitan and The Pussy Magnets : « In the mood for nothing »

 


Nouvel EP pour le groupe parisien qui, visiblement, n’a plus envie de rien. C’est fort dommage et c’est l’exact opposé de quiconque aura la chance de poser une oreille sur ce disque. Plongeant dans les racines des années 1960, ce nouvel effort de six plages (cinq titres et un interlude), conjugue évidence mélodique, une forte appétence pour le psychédélisme, sitar à l’appui (« In the mood for nothing ») et coups de sang sous influence Rolling Stones (« Back into the trap »). Du tout bon à la qualité d’écriture équivalente à ce qui se pratique de l’autre côté de la Manche.

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jeudi 9 mars 2023

Nico Wayne Toussaint : « Burning Light »

 


Peut-être, avec le recul des années, arrivera-t-on peut-être à se dire que, finalement, les confinements ont eu du bon. Une nouvelle preuve nous en est faîte avec Nico Wayne Toussaint, un artiste qui s’est totalement réinventé pendant la pandémie. Pendant 25 ans, nous l’avons écouté comme harmoniciste et comme chanteur. En secret, Nico rêvait des six cordes de sa guitare, qui traînait toujours dans un coin de la pièce et qu’il n’osait exposer en public. Puis, vint l’enfermement généralisé pendant lequel Nico s’est enfin laissé aller à son fantasme de guitare électrique. La dernière étape est la sortie de ce nouvel album guitare/voix, enregistré en solo absolu et en à peine trois jours, avec tout de même un peu d’harmonica, on ne se refait jamais totalement. Toujours fidèle au blues, Nico Wayne Toussaint en donne une version intime et lancinante (« Remembering John Campbell »), brute et sans fioriture, proche de l’os, où l’émotion l’emporte sur toute autre forme de considération (« One More Day »). Mais on aime surtout cet album pour les images mentales qu’il convoque, celle d’un musicien que l’on imagine aisément ne jouer rien que pour nous dans un coin de la pièce, celle d’un album enregistré en toute discrétion au cœur de la nuit, et cette sensation d’intimité immédiate avec l’artiste et sa musique.

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mardi 7 mars 2023

Théo Lawrence : « Chérie »

 


De sortie en sortie, la carrière de Théo prend de la consistance. Leader successif des Velvet Veins puis de Théo Lawrence & The Hearts, on l’a connu pratiquant le rock garage ou la blue-eyed soul. En solo depuis deux disques, Théo donne libre cours à son fantasme country et à son territoire de prédilection : le sud des Etats-Unis. Un parcours qui le mène aujourd’hui à cet improbable petit miracle, un album de country pur-sucre, enregistré (en prises live) sur les lieux même ou s’est écrite la légende, au Texas, par des musiciens français ! Un style qui lui sied à ravir. Songwriter fin et précis, Théo se double d’un chanteur/crooner au charme indéniable dont la voix, profonde et riche de mille nuances d’émotions, se niche parfaitement dans cet écrin idéal que l’on jurerait sorti tout droit des années 1950. Point de passéisme ici mais un Texas swing constant, raffiné et élégant, à visée intemporelle, enluminé du twang de la guitare, de basse ronde, de pedal-steel et de violons. Une réussite éclatante à tous points de vue.

En concert les 12, 13 et 14 avril à La Boule Noire

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dimanche 5 mars 2023

Tio Manuel : « ¡Ocho ! »

 


Parsemant son blues d’influences latines, lui dont les origines familiales se trouvent au-delà des Pyrénées, Tio Manuel s’impose, album après album, comme un musicien de plus en plus attachant. La chose ne déroge pas avec ce huitième album (« ocho » !) qui voit, comme d’habitude, l’artiste déployer une palette assez large allant du folk/americana (la bien nommée « Le Voyage ») au rock’n’roll (« The Moment » ; « Heading to Sorbas ») en passant par le blues (« Bad cloud blues ») ou la soul (« Box of pictures » . "Assassination Machine"). Manuel possède ce don rare, celui d’incarner pleinement le genre dans lequel il s’inscrit, grâce à son chant, sa voix légèrement éraillée, laissant passer les émotions au travers d’une petite cassure dans le fond de la gorge. Tio Manuel c’est le genre d’artiste qui vous emporte avec lui tant l’imaginaire et son univers sont prégnants. Les influences latines, qu’il affectionne tant, font le reste. L’écouter c’est partir avec lui en road-trip sur des routes que l’on imagine poussiéreuses. Un excellent album de plus !

Sortie le 24 mars.

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samedi 4 mars 2023

Quintana Dead Blues Experience : « One of us »

 


Et si finalement tout était expliqué dans le titre ? On pense plus particulièrement au mot « expérience ». Car effectivement tout dans ce disque, de sa conception du blues à son écoute relève de l’expérience. Seul avec sa guitare et son antique GrooveBox Roland MC909 (à la fois sampler et boîte à rythme), Piero Quintana donne de l’idiome bleu une version toute personnelle à la fois marqué par les guitares puissantes entre (hard) rock et métal. Une charge sonique impressionnante prête à tout emporter sur son passage (« Crazy »). Mais les sons synthétiques du sampler apportent et une dimension, quelque chose qui sonne, curieusement, comme du Depeche Mode à nos oreilles, du moins quand ces derniers s’essayaient au blues et au rock (« I wish you’d never been here »). Radical, intense, et sans concession, certes, mais émouvant aussi.

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vendredi 3 mars 2023

Patrick Coutin : « L’homme invisible »

 


Les choses les plus simples sont souvent les meilleures. C’est fort de cette certitude que Patrick Coutin, le légendaire auteur du cultissime « J’aime regarder les filles » (1981), s’est envoler pour Austin, Texas, sa guitare et un paquet de chansons composées entre deux confinements, sous le bras. Il n’a fallu que quelques jours sur place, et quelques musiciens pointures locales, pour que l’affaire soit emballée. Au final, le meilleur album de Coutin depuis des lustres ! Coutin, au plus proche de ses inspirations rock’n’roll, touche ici à la formule magique : des guitares échevelées (« La nuit est là » ; « La star du comptoir » ; « Rien que pour ses yeux »), brutes, mais pas dénuées de groove, tant que le blues (« Quand je suis loin de vous ») et l’americana à la française (« Mon bébé par la main ») traînent toujours dans les parages. C’est aussi un formidable appel à la vie, un regard lucide posé sur le destin, et un cri libérateur au beau milieu de la folie ambiante entre guerre et virus. Simple et inspiré, enregistré à l’ancienne, ce nouvel effort possède tous les attributs du classique immédiat. Rock on !

En concert le 21 mars 2023 (La Bellevilloise)

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mercredi 1 mars 2023

North Mississippi Allstars + Vicious Steel, Les Nuits de l’Alligator, La Maroquinerie 27 février 2023.


Dans quelques heures il en sera fini de l’édition 2023 des Nuits de l’Alligator, le temps passe trop vite ! On commence par un trio français, Vicious Steel qui pratique un hybride blues rock garage particulièrement énergique et efficace. Une prestation hélas en partie obérée par de nombreux problèmes d’ampli qui font que l’on perd la guitare (fabriquée avec un bidon d’essence) au fur et à mesure que l’on avance dans le set. Fâcheux, certes, mais pas de quoi doucher l’enthousiasme du groupe qui se donne à fond qu’importe les circonstances. Mention particulière au tracteur / lap steel guitare qui, tout phares allumés, a foncé dans la nuit du rock. Un clin d’œil amusant et efficace aux racines terriennes du groupe.

Entendons-nous bien, il n’est point question ici de remettre en question les compétences de ces deux formidables musiciens que sont Luther (guitare) et Cody (batterie) Dickinson, dont le dernier album nous avait charmé, qui à eux deux forment l’ossature des North Mississippi Allstars. Simplement, en se présentant sur scène dans une formation réduite à l’essentiel (une guitare et une batterie), probablement pour une question de budget, la fratrie ne s’est pas mise dans une position idéale pour défendre l’excellence de son dernier effort, particulièrement arrangé et ouvragé. Le répertoire ne colle donc pas vraiment avec une formation réduite au minimum. Une situation encore aggravée par l’appétence de Luther pour le solo de guitare à rallonge dont on finit par perdre le fil. On décroche ainsi progressivement et nous ne sommes visiblement pas les seuls si on tient compte des discussions entre spectateurs qui reprennent dès que le groupe baisse en intensité. Et pourtant les deux frères se donnent de la peine et mettent du cœur à l’ouvrage. Ainsi le set est traversé de fulgurances, trop rares, scotchant le public sur place, porté par la batterie au groove diabolique. Le temps d’un morceau, le guitariste Luther se révèle un formidable batteur, et son frère Cody un merveilleux guitariste. Comme quoi, même un concert moyen ne nous fera pas remettre en question la haute estime que l’on porte à ces musiciens.



dimanche 26 février 2023

Cecilya and The Candy Kings, Sunset, 25 février 2023.

 

Ah quelle chose merveilleuse que la musique qui nous permet l’espace d’un instant de voyager dans le temps ou l’espace sans bouger de place. Prenons Cecilya par exemple qui le temps d’un set d’une grosse heure environ nous a transporté « Back in 1955 », comme l’indique le titre de son dernier effort (enfin si on fait abstraction des écrans de portables qui se lèvent inopportunément. La chanteuse espagnole, installée en France, a fait une refonte totale de son projet musical, délaissant l’americana de son premier disque (dont aucun titre ne sera joué mais il y aura en revanche beaucoup de reprises pointues) pour un rockabilly au swing survolté. Il ne reste plus qu’une seule guitare (mais quelle guitare, celle de l’impeccable Rodolphe Dumont!) ; saxophone, piano, batterie et contrebasse complètent la formation. En tout cas, la chanteuse à l’air heureuse, souriante et épanouie, en contrepoint de la mine boudeuse affichée sur la pochette du premier album. Entourée d’un groupe impeccable à tout point de vue, les nombreux solos de guitare, de piano ou de sax sont là pour en attester, Cecilya nous a ravis et fait swinguer ! Vivement une autre date !

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vendredi 24 février 2023

Joolsy : « Interstellar Troubadour »

 


Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre de ce nouvel effort, le troisième et le premier depuis qu’il a quitté la région parisienne entre deux confinements, Joolsy, ne se contente pas de sa simple guitare acoustique qu’il manie pourtant très bien (« La toupie bleue »). Au contraire, c’est à un festival pop, ouvragé et richement orchestré, auquel nous convie l’artiste. Mais du troubadour, Joolsy a gardé l’amour de la chanson et l’observation du quotidien, de ses travers et ses contrariétés, qui nourrissent son inspiration (« Astéroïde », « Système Solitude »). C’est à vrai dire, là que réside le paradoxe qui anime sa musique. La tête dans les étoiles, passionné d’astronomie, Joolsy aime à propager ce sentiment aérien et planant dans ses mélodies (« Heaven » ; « Dans l’inconnu »), un hybride pop et progressif, à la saveur 70’s façon Supertramp (« Statues on the Wing »), avec, en sus, une bonne dose de groove et de guitares déchaînées (« Jive with the sky ») ; au service de textes extrêmement terre à terre, alternant les deux langues, aussi à l’aise en anglais qu’en français. Ainsi, en onze titres, l’album décrit comment passer du système solaire au « Système Solitude » et utilise la métaphore du ciel et de l’espace pour décrire les travers de notre époque (« Le Cosmonaute des Faubourgs »). Inspirant.

En concert le 11 mars aux Etoiles (avec The Barettes)

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mardi 21 février 2023

North Mississippi Allstars : « Set Sail »

 


S’il est des disques qui instantanément distillent leur poison vénéneux directement dans l’oreille de l’auditeur prenant ce dernier sous leur coupe, alors, sans discussion possible, ce nouvel effort du groupe mené par la fratrie Dickinson en fait partie ! Rythme alangui, guitare aussi virtuose que déliée, effortless comme on le dit de l’autre côté de l’Atlantique, le charme agît dès les premières secondes, le disque à peine posé sur la platine. A l’écoute nous sommes tout de suite transportés, vers ce sud fantasmé, ce Mississippi qui donne son patronyme au groupe. De rock’n’roll il finalement peu question, la formation ce situe au-delà quelque part entre americana et blues, avec une bonne dose de soul et de groove (« See the moon ») entre-deux. Les arrangements de cordes et de cuivres sont soyeux à l’oreille, la présence de l’inestimable William Bell (« Never want to be kissed ») apporte un supplément d’âme, l’indispensable caution validant la démarche du groupe. Un sublime album !

En concert le 27/02 à La Maroquinerie (Les Nuits de l’Alligator)

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lundi 20 février 2023

Vicious Steel : « Fuel Band »



Cela commence par un riff de cigar-box (guitare à trois cordes fabriquée à partir d’une boîte à cigares recyclée) acéré, graisseux à souhait, pile entre blues et rock garage. Voilà un album caréné comme un gros cube, fait pour prendre la route (la rageuse « Ride On » ; "Gas Station"). Ce qui tombe à pic, car plus qu’un album, le disque incarne une forme de voyage. A l’instar de son auteur Cyril Maguy qui visite, en musicien curieux et inspiré, ces territoires typiquement étasunien ou le blues (« Catch the bird ») côtoie le rock terrien et l’americana (la jolie ballade « Rose »), tirant l’auditeur par l’oreille dans son sillage. Une terre fantasmée quelque part au sud entre le Mississippi et le désert du Nouveau-Mexique (« Pick me up »). Le territoire est vaste et ne s’interdit pas quelques pas de côté vers la soul, voire éventuellement le jazz, sévèrement électrifié certes, cuivres rutilant à l’appui, et s’autorise même un titre en français (« La fille du bord du Lac »). Une bien belle ballade, embarquez !

En concert à La Maroquinerie (Les Nuits de l’Alligator) le 27/02.

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dimanche 19 février 2023

Jesse Malin + Trapper Schoepp, La Boule Noire, 18 février 2023.


Commençons par saluer Trapper Schoepp, songwriter du Wisconsin, qui a assuré la première partie. L’artiste se présente avec une formule est assez originale, un duo guitare folk/mandoline et semble plutôt sympathique, enchaînant les morceaux avec beaucoup d’humour et faisant montre d’un talent de storyteller assez exceptionnel, s’inspirant de sa vie de tous les jours (une virée en manège qui tourne mal, ce genre de choses) pour composer ses chansons en forme de Polaroïd au vécu imparable. Une belle découverte.

C’est au début des années 2000 que, sur la scène du Bataclan en première partie de Ryan Adams, on l’avait découvert, jeune impétrant seul à la guitare acoustique qui nous avait, déjà, charmé par son énergie et son sens de l’humour imparable. Jesse Malin sortait à l’époque son premier album solo « The Fine Art of Self Destruction ». Hasard, conflits d’agendas ou empêchement divers ont fait que longtemps, cette soirée au Bataclan fût le seul concert de Jesse Malin auquel l’auteur de ces lignes avait assisté ; même si, entre-temps, de nombreux album de Jesse ont été chroniqués sur ce blog. Aussi, pour toutes ces raisons, il était impensable de rater, encore, le passage de Jesse en ville alors même qu’il revient pour fêter le vingtième anniversaire de son premier album, celui-là même avec lequel on l’avait découvert. C’est donc avec le sentiment de refermer une parenthèse, de compléter un cycle, que l’on accueille ce concert à la fois émouvant et électrisant. D’autant que Jesse Malin, costume, tee-shirt, lunettes de soleil et chapeau, apparaît sur scène en grande forme, aussi glamour qu’une rock star des années 1970, entouré d’un groupe au grand complet. La setlist laisse évidemment une large place à son premier album repris dans son intégralité. Humain, terriblement humain et avide de contact avec son public, Jesse délaissera plus souvent qu’à son tour sa guitare folk pour descendre dans la fosse chanter au milieu du public au contact direct de la foule. Moment exceptionnel qui restera longtemps gravé dans nos mémoires lorsqu’il reprend dans ces conditions « Russian Roulette » (The Lords of The New Church) avec un entrain imparable. Le concert se révèle particulièrement équilibré entre fureur électrique et émotion acoustique. D’émotion, il fût beaucoup question durant cette soirée (il a l’habitude de beaucoup discuter entre les chansons) lorsque Malin évoque la mémoire de ses amis disparus, le fameux concert du Bataclan ou tout simplement le temps qui passe. Une chose semble certaine, alors que les lumières se rallument, si l’on aime tant le rock’n’roll c’est grâce à ce genre de soirée et à des artistes comme Jesse Malin prêt à tout donner jusqu’au bout sur scène. Promis Jesse, on attendra pas 20 ans avant de revenir !

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vendredi 17 février 2023

Jesse Malin : « The fine art of self destruction »

 


Sorti en 2003, le premier album solo de Jesse Malin (ex-D Generation) vient de faire l’objet d’une luxueuse réédition deluxe agrémentée d’inédits et de nouvelles version, portant le tout au total pantagruélique de 21 pistes ! Mais le plus frappant reste de constater à quel point le disque a particulièrement bien vieilli. Ancien punk, converti aux vertus de l’acoustique avec le présent album, Malin a toujours abordé le folk et l’americana selon un angle personnel, qui n’appartient qu’à lui, ou l’énergie prédomine avec ou sans guitare saturée (« Wendy »). Ce qui n’empêche nullement l’artiste d’être également à son aise dans des ambiance, intimes et apaisées, émouvantes et douce-amères (« Brooklyn »). Son grain de voix, à l’émotion palpable, et son savoir-faire mélodique s’adaptent à tous les contextes. Tous les éléments qui feront ensuite le succès de Malin (sa discographie regorge de perles souvent passées sous le radar, hélas) et ce feeling new-yorkais, à la fois prégnant et indéfinissable, tout en tension sous-jacente (« Riding on the subway »), étaient déjà là en 2003. Un classique à redécouvrir.

En concert le 18/02 (La Boule Noire).

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jeudi 16 février 2023

Haylen : « Blue Wine »

 


On ignore à ce jour quel goût à ce fameux « vin bleu » qui donne son nom au titre de cet album. Néanmoins, si le nectar se révèle aussi enivrant que ce premier album de la chanteuse, on se damnerait bien volontiers pour en humer une gorgée. C’est finalement assez simple, tout dans ce premier album respire le charme et l’élégance. La voix de la chanteuse, tout d’abord, incarne une forme de séduction, aussi efficace en anglais qu’en français, assez irrésistible. Grave, profonde, pourvoyeuse d’émotions à vous briser le cœur, Haylen chante avec la classe sulfureuse d’une femme fatale toute droit sortie d’un film noir hollywoodien des années 1950. Une voix rare. Autour d’Haylen (également guitariste), Théo de Hond (guitare), Andrew Mazingue (basse, contrebasse) et Félix Bourgeois (batterie et claviers) bâtissent, une note après l’autre, un écrin au swing raffiné à la hauteur du timbre de la chanteuse. Les influences s’y bousculent, blues, jazz et rock’n’roll, dans la droite lignée des années 50 et 60. Si l’électricité y est souvent de mise, les cuivres et cordes, apportent de la diversité lorsque qu’Haylen s’attaque aux ballades. L’album possède le charme d’un classique intemporel. Coup de cœur!

En concert le 17 mars (avec Lux The Band, Le Café de la Danse)

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samedi 11 février 2023

Matthis Pascaud & Hugh Coltman, Les Nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, 9 février 2023.

Cela fait un petit moment que ces deux là tournent autour du répertoire de Dr John. A droite, Hugh Coltman, naguère chanteur folk, et son album « Who’s Happy » (2018) enregistré à la Nouvelle-Orléans. A gauche, Matthis Pascaud, (Moonlight Benjamin, Marion Rampal) fin guitariste, dont la collaboration avec la chanteuse haïtienne Moonlight Benjamin entretient un évident lien de créolité avec la cité du croissant. De leur collaboration est né un album hommage à ce bon vieux docteur sorti l’été dernier. Un album de reprises pour le moins surprenantes mais qui a le mérite de proposer une approche personnelle du corpus de Mac Rebennack. On pourrait en dire tout autant de l’euphorisante déclinaison scénique du projet, aussi moite que le bayou, qui a électrisé La Maroquinerie et le festival des Nuits de l’Alligator ! Point de piano donc mais un set enluminé par le charisme du chanteur Hugh Coltman, qui a ressorti sa guitare folk le temps de quelques morceaux, et le jeu de guitare fin au feeling lumineux de Matthis Pascaud, aussi à l’aise au médiator qu’au doigt. Un set allant de la transe percussive (la section rythmique traditionnelle basse et batterie est renforcée de percussions) à la divagation contemplative quasi psychédélique. Un large spectre d’émotions qui a ravi le public, tonnerre d’applaudissements mérités à l’appui.





mardi 7 février 2023

Alyssa Bourjlate : « I’ve lost myself on the way... »

 


Attention les oreilles, voici un album comme on en a peu l’occasion d’écouter, venant d’un artiste français : un disque de country ! Un vrai de vrai : banjo, mandoline et pedal steel guitar à l’appui ! La stupéfaction première passée, il est temps d’apprécier l’album pour ce qu’il est, c’est à dire rien de moins qu’excellent. La découverte de l’univers d’Alyssa s’apparente au sentiment qui nous avait saisi lorsque Neil Young était entré dans nos vies à l’adolescence. Un sentiment où voyage et dépaysement cohabitent, où l’auditeur est transporté par le glissé du bottelneck sur les cordes des guitares ou par le picking du banjo. C’est peu dire que les images affluent à l’écoute de l’album. Citons pêle-mêle, le désert et la poussière soulevée au bord de la route, le ciel d’un bleu céruléen, les cactus et le soleil à son zénith. Alyssa possède ce don rare de retourner le cœur de quiconque l’écoute par le biais de sa voix, légèrement voilée par une petite brisure dans le fond de la gorge, par laquelle s’écoule les émotions vives qui animent ses cordes vocales. Autour d’elle, un casting cinq étoiles de musiciens, (le batteur Toma Milteau, ancien musicien de Greg Zlap, Gilles Michel, vu sur scène aux côtés de J.J. Milteau, l’harmoniciste Chris Lancry, les guitaristes Manu Vergeade et Jean-Yves Lozac’h), tous français et tous parfaitement crédibles dans cet idiome typiquement étasunien où folk, blues et country s’amalgament harmonieusement. A noter enfin, une reprise étonnante de R.E.M, « Losing my religion », ranimant d’autres souvenirs d’un autre genre. On ignore si Alyssa s’est perdue en cours de route, mais il est cependant certain que cet album a trouvé son chemin dans nos cœurs. A découvrir.

En concert le 15 février (Utopia)

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dimanche 5 février 2023

Justine Blue : « True »

 


Et le maître-mot résidait dans le titre de cet album ? Véritable et fidèle, Justine Blue a décidé de l’être jusqu’au bout de son premier album. Fidèle à ses influences, couvrant un large spectre allant du jazz à la soul, en passant par le folk et le blues, et vraie dans sa plume et ses textes évoquant des thèmes personnels mais ô combien fédérateur, comme la confiance (ou la perte de) en soi. Le tout en mis en sons sur un groove léger mais persistant, nappé d’une élégance aux allures de classique immédiat. C’est effectivement un bon moment que l’on passe en compagnie de ce disque. Justine et son groupe ont parfaitement remis en perspective le pouvoir d’évocation de la musique, les images défilent à son écoute. A l’écouter tout à l’air finalement assez simple, le swing souple des doigts courant sur le clavier, le son confortablement ourlé des cuivres, un peu de chaleur acoustique, et le son chaud et rond de la contrebasse. Et puis il y a la voix de Justine, l’inverse une « screameuse » aux puissants coups de gorge, quelque chose de plus léger, au charme raffiné dans la droite lignée d’une Rickie Lee Jones. Un premier album d’une qualité superlative, vous auriez tort de vous en priver.

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samedi 4 février 2023

Cecilya and The Candy Kings : « Back in 1955 »

 


Après un premier album plein de charme, la chanteuse espagnole est de retour entourée d’une toute nouvelle formation, The Candy Kings, dans laquelle on retrouve le fidèle guitariste Rodolphe Dumont et le légendaire saxophoniste Gordon Beagle. A l’image de l’immense sourire barrant le visage de la chanteuse sur la pochette, nous pouvons affirmer sans prendre trop de risques, que ce nouvel effort donne la banane. Baigné dans une tradition séculaire, dont les racines s’étendent des années 40 à 60, le groupe s’infiltre dans un fin interstice entre rock’n’roll et rhythm’n’blues. La finesse de la section rythmique, contrebasse à l’appui et rimshot ravageur de la batterie, baigne l’ensemble d’un swing jazz raffiné. Tout est à l’avenant et d’une grande élégance : du piano boogie woogie dévastateur (« From Barcelona ») à la guitare aux effluves blues (« Evening »). Et sans oublier de mentionner les interventions pleines de feeling de Sax Gordon au CV prestigieux (Duke Robillard, Solomon Burke, James Cotton, Junior Wells, Ben E.King etc.) Le décorum rétro parfaitement mis en place, la chanteuse peut ainsi briller de mille feux. Tour à tour, charmeuse, féline ou rugueuse, bien en gorge, c’est un véritable festival vocal auquel nous sommes conviés. Un album au charme rétro intemporel, que l’on n’a pas fini d’écouter.

En concert le 25 février (Sunset Sunside)

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vendredi 3 février 2023

Betty Jane : « La voisine en culotte »

 


Le titre laissait augurer du pire… Et c’est au final une bonne surprise que ce premier EP de Betty Jane. A l'image de l'immense sourire barrant le visage de la musicienne, le disque se révèle frais, décomplexé (« Ouais l’amour ? ») et fun (« La Voisine en culotte ») et nous ramène dans les années 1980 à une époque où le rock français était festif et synonyme de bonne humeur. Un angle que l’on retrouve également dans le traitement des guitares, où la saturation est maîtrisée pour limiter l’agressivité de l’instrument tout en ménageant une bonne dose d’énergie électrique dans les compositions. Même lorsque le ton se veut plus grave (« Flirt avec la drogue » ; « Je vous laisse »), l’ambiance reste dénuée de pathos, évitant une lourdeur excessive. Le seul regret réside finalement dans la dernière piste, « My Neighbour in Panties », version anglaise de la plage titulaire, une reprise inutile tant l’artiste se révèle bien moins à l’aise dans la langue de Shakespeare. Pour le reste, ce n’est qu’énergie et bonne humeur.

Www.facebook.com/BettyJane.dactylo.rock

www.bettyjane.bandcamp.com




jeudi 2 février 2023

Alexis Evans : « Yours Truly »

 


Toujours fidèle à la soul et au rhythm’n’blues qui l’a bercé toute sa vie, le franco-britannique Alexis Evans, un pilier de la scène bordelaise, est de retour avec un troisième album. Fidèle donc à un son roots et vintage, au groove assuré à grands renforts de cuivres, une franche réussite dans ce créneau déjà saturé par ailleurs ("Meet me Halfway"). Mais loin de vivre dans la nostalgie d’un passé fantasmé, Alexis garde les oreilles grandes ouvertes sur les sons d’aujourd’hui et tente des expériences, « Mister Right on Time », « Do Something » et « What is this feeling » au groove dévastateur porté par une basse synthé. Une note d’originalité personnelle qui souligne, en creux, la qualité d’écriture de l’album, finalement plus intemporel que simplement nostalgique, tant l’ensemble s’amalgame harmonieusement. Une réussite.

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Gaspard Royant : « The Real Thing »

 


Derrière les couleurs chatoyantes de sa pochette, se cache un véritable changement de direction pour Gaspard Royant. Autrefois « 10 hit wonder » (le titre de son premier album) dans son costume cintré, gomina, cravate et lunettes noires, à la Blues Brothers, Gaspard Royant s’est réinventé en crooner pop, plus aussi focalisé qu’avant sur les années 50 et 60, au son nettement plus contemporain. Adieu rock’n’roll et rhythm’n’blues, autant le dire honnêtement avec ses synthés, à la limite du pompier, mis en avant, le résultat déroute parfois (cf. « The Real Thing »). Ces réserves mises à part ne signifient en rien que la totalité de cet album est à jeter aux orties. Restent le chant, toujours aussi charmeur, le savoir-faire de l’artiste et cette pulsation groove qui agite toujours sa musique comme le prouvent « Man », « More », « We wanted the world » et « Cursed », qui comptent parmi les grandes réussites de cet effort surprenant. Gageons, qu’il s’agît là d’une étape transitoire pour l’artiste à la recherche d’une voie personnelle. Quitte à se perdre un peu en route…

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mercredi 1 février 2023

Julia Jean-Baptiste : « Cinérama »

 


Comme l’indique son titre, le premier album solo de la chanteuse Julia Jean-Baptiste (Pendentif, Nouvelle Vague) entraîne l’auditeur dans un univers varié aux couleurs multiples et cinématographique. Qu’elle décide d’agiter le dance floor (« Music-hall » ; « Je continue à danser ») ou que sa voix caresse l’oreille de l’auditeur le temps d’une ballade intime et acoustique (« Pleine lune ») aux résonances latines (« Sierra Do Mar »), Julia met toujours l’émotion en avant grâce à ses textes sensibles aux thématiques universelles vues à travers un prisme personnel (l’amitié, l’empathie, la nostalgie, l’amour, la famille). Son grain de voix, doux et velouté, est envoûtant quelque soit le contexte, chanté ou parlé. Ces passages parlés (« La Ville »), sont un peu la signature de cet album se concevant comme un film sans image (« Ce matin » en duo avec Jean Sylvain Le Gouic) et qui téléporte l’imaginaire de l’auditeur au cinéma sans se déplacer. Avec ce disque doux et propice à la rêverie, qui tient le cœur bien au chaud, Julia Jean-Baptiste apporte sa pierre (colorée) au renouveau pop hexagonal. Ecoutez-le, il fait du bien !

En concert le 16 mars (La Boule Noire)

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