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samedi 28 octobre 2017

The Craftmen Club : « Colores »



Si l'on s'amusait à dessiner une carte de France du rock, le gros quart nord-ouest du pays, une ligne qui en gros partirait de Lille pour s'arrêter à Nantes, apparaîtrait comme la plus attractive. Un peu normal si l'on considère que, longtemps, avant qu'internet ne rende tout cela obsolète, ce quart nord-ouest a été à portée d'ondes directe avec l'Angleterre, instaurant une tradition pop et rock qui perdure encore de nos jours. Basé à Guingamp, les Bretons de The Craftmen Club, un des fleurons rock du pays encore en activité, se trouve, logiquement, au cœur de notre ligne imaginaire. 

Avec ce nouvel album, le cinquième depuis leurs débuts en 2001, il y a 16 ans (déjà!), The Craftmen Club continue, encore un peu plus profondément sa mue entamée avec le précédent album, le brillant « Eternal life ». Longtemps The Craftmen Club a été un chantre du rock garage, à fond les amplis et, à ce titre, leur disque « Thirty six minutes » (tout est dans le titre) est assez remarquable. Depuis, le groupe s'est converti aux vertus de la cold wave, sans pour autant renoncer à l'électricité (« Last trip »), noyant ses décibels sous une solide couche d'angoisse (« Colores », « Expect to crash », « Elevator »). Le groupe avait l'habitude de nous assommer sous les coups du boutoir, maintenant, il nous prend à la gorge, six cordes à l'appui (« La route »). Ce nouveau disque, « Colores », ouvre une brèche plus intime pour le groupe. Déjà, pour la première fois, les visages des musiciens s'affichent sur la pochette. Ensuite ce nouvel effort voit le groupe renouer avec sa langue maternelle, utilisée de manière assez cryptique (« Nos enfants rois »). Ce n'est certes pas une nouveauté, mais c'est suffisamment rare pour être souligné. Enfin, parmi cette nouvelle livrée, deux titres (« Le lac », « Le Lustre ») ont été enregistrés live en studio, sans retouche ni fioriture, documentant à merveille la facette rock n'roll mais aussi acoustique/western du quatuor. Pour le reste, on retrouve encore une fois avec délice ce mélange étonnant entre rock garage (les guitares crades) et cold wave (la rythmique d'une précision glaçante). Le résultat est excellent, une fois encore.

Sortie le 10 novembre.
https://fr-fr.facebook.com/thecraftmenclub/
https://thecraftmenclub.bandcamp.com/
http://www.thecraftmenclub.com/

vendredi 1 mai 2015

Parlor Snakes + The Craftmen Club + Lana Deluxe, le divan du monde, 29/04/2015


Superbe affiche, presque un mini festival, en ce mercredi soir au divan du monde qui raviva tous les fans de rock n'roll pur jus...

On commence avec de vieilles connaissances, puisqu'ils fêtent leur 15 ans, The Craftmen Club, une des plus redoutables formations de l'hexagone. Au départ était donc The Craftmen Club, groupe épris de country (leur utilisation du banjo est redoutable), de blues déglingué et de rock garage ce qui leur a valu d'infinies comparaisons avec The Jon Spencer Blues Explosion. Sorti l'an dernier, leur troisième album « EternalLife » a marqué une évolution vers des sonorités plus « froides » mais sans oublier la dose de rock n'roll nécessaire. Et c'est bien ce qu'on est venu chercher en ce mercredi soir pluvieux. Car sur scène le désormais quatuor (à deux guitares) marche à l'adrénaline. Bien soutenu par la scansion infernale de l'excellente section rythmique (batterie imperturbable de Yann et lignes de basses inventives et toujours à propos de Marc), Steeve, le chanteur/guitariste, explose littéralement de rage sur scène (ce qui ne l'empêche pas d'être timide mais adorable dans la vie de tous les jours). Eructant, sautant régulièrement dans le public, sifflant une bière à l'occasion, le chanteur impressionne, complètement possédé, se détruisant les cordes vocales. Le groupe en impose, le volume sonore frôle les limites du raisonnable, le quatuor assomme le public à grand coups de six cordes et le petit nouveau à la deuxième guitare assure (« Vampires » quelle chanson!). Cependant les Guinguampais peuvent également faire preuve de mesure jouant avec la tension/détente et les alternances entre calme et excitation. Au milieu de leurs vieux titres (« Animals »), on note quelques nouveautés extraites d'un nouvel album actuellement en préparation. Une petite info pour finir, The Craftmen Club vient de lancer une campagne de crowfunding pour financer la réédition vinyle de leurs trois albums (attention il ne reste plus que deux jours)...

Alors que les roadies s'affairent le temps du changement de plateau sur la scène, on découvre la jeune Nordiste Lana Deluxe, dans une magnifique robe sixties noire, exilée sur la petite estrade (là où sont habituellement vendus les disques et les tee shirts) où elle se produit en solo avec son ukulélé et sa guitare. Charismatique la jeune chanteuse se met le public dans la poche grâce à ses jolies ritournelles empreintes de psychédélisme sixties. L'intermède est cependant un peu trop court pour se faire une idée plus précise et de plus elle semble un peu esseulée d'un point de vue musical. Le solo n'est probablement pas ce qui convient le mieux à son style. Quoi qu'il en soit, son premier disque sort ce mois-ci, avec un peu de chance on pourra vous en parler bientôt.

Les lumières s'éteignent progressivement, un bruit sourd se fait de plus en plus pressant, Mesdames et Messieurs, accrochez-vous Parlor Snakes entre en scène. Toujours autant imprégné de blues et de rock garage, le quatuor a sorti un peu plus tôt cette année un sublime deuxième album dont on se réjouit de découvrir les titres en live ce soir. Comparé à la tornade sonore qui s'était abattue sur le divan du monde un peu plus tôt, Parlor Snakes pratique un rock n'roll plus mat, nuancé, peut-être plus féminin également. Les motifs de guitares, au son délicieusement 70s, tournent en boucle jusqu'à l'hynose, le clavier bien que discret apporte un soutien fondamental et souligne le groove de l'excellente section rythmique alliant puissance et souplesse. L'espace entre chaque son, chaque instrument est remarquablement agencé, il n'y a rien de superflu, juste ce qu'il faut là où il faut. Le groupe joue juste sans en faire des tonnes parsemant son rock n'roll de notes bluesy (voire countrysantes) grâce au vibrato de la guitare. Enfin derrière son micro, Eugénie sort le grand jeu, les boucles rousses en pagaille, déhanchements sexy derrière le clavier à la clé. Sa voix allie puissance et clarté ; son timbre apporte une note lyrique à l'ensemble. Une superbe formation, conseil d'ami, surveillez les dates de la tournée et ruez-vous sur le dernier disque !



samedi 17 mai 2014

Interview avec The Craftmen Club




Débarqué d'un train bien matinal en provenance de sa ville natale de Guingamp, les trois-quarts du Craftmen Club (le bassiste Marc Corlett est excusé), évoque son nouvel album « Eternal life », le premier depuis 2009, avec de grosses cernes sous les yeux et beaucoup d'humour. Manière de faire relâcher l'énorme pression procurée par l'enregistrement de ce dernier...
 
Que s'est-il passé depuis 2009, date de sortie de l'album précédent ?
The Craftmen Club : Pas mal de choses (soupir)...
 
Si on en croit la biographie, l'enregistrement de ce nouvel album a été long et difficile, le groupe a failli se séparer...
Steeve Lannuzel (voix/guitare) : C'était une ambiance un peu chaotique. On a été toujours évolué comme ça. Finalement c'est une façon de travailler qui nous convient au grand désespoir d'autres personnes autour (rires) ! C'est notre fonctionnement. Et je pense que c'est pour cela que l'on a pu garder une certaine tension dans notre musique.
 
Il y a eu aussi un changement de personnel avec l'addition d'une deuxième guitare. Cela vous a-t-il apporté de nouvelles perspectives ?
S.L : Avant on jouait avec des samples, des machines. On s'en servait pour doubler les guitares, les banjos. On a décidé d'humaniser notre approche. Le nouveau guitariste était notre bassiste avant. Il nous a jamais trop quitté en fait...
Mikaël Gaudé (guitare) : Un petit peu quand même. Sept ans ! (rires).
S.L : Enfin il a toujours été dans les alentours. Les nouveaux morceaux aussi étaient plus adaptés pour deux guitares.
Yann Ollivier (batterie) : Cela permet des ambiances différentes. Et puis on est aussi beaucoup plus libre. Le sample, ça te bloque. Tu es obligé de le suivre.
S.L : On a quand-même gardé cet esprit cyclique. En y rajoutant plus de sons.
M.G : C'est un déblocage harmonique en fait. Ta grille d'accords est contrainte sur le sample. Il n'y a pas quinze mille choix possibles sur les notes.
Y.O : On ne reste pas du début à la fin sur la même note. C'est bien.
S.L : On fait comme Christophe Maé (rires) !
 
Mikaël, comment s'est passé ton intégration dans le groupe ?
M.G : C'est plus une réintégration en fait. Ou une désintégration, il faut voir (rires) ! J'étais à la basse sur tout le premier album (« I gave you orders never to play that record again », 2005). Je suis parti juste après mais j'ai quand-même tourné pendant un an et demi avec Yann et Steeve. Mon autre projet (Rotor Jambreks, ndlr), s'est retrouvé sur le même tourneur, on a fait plusieurs plateaux ensemble. On ne s'est jamais perdu de vue. J'ai eu rapidement l'impression de revenir à la maison. Je connais les repères et je sais comment marche la machine.
Y.O : On marche sous tension (rires) !
S.L : Le chaos créateur (rires)!
 
Toutes ces sonorités coldwave, c'est assez nouveau pour vous même si les influences ont toujours été là...
S.L : Ca s'est fait assez naturellement. De toute façon on cherchait à fuir « Thirty six minutes » (l'album précédent du groupe, sorti en 2009, ndlr). Dans le sens où on ne voulait pas retomber dans le banjo, refaire un album identique en peut-être moins bien. On voulait vraiment repartir sur autre chose. On a toujours fait ça finalement. Il y a une évolution entre les deux premiers disques, une évolution qui se prolonge maintenant. On voulait vraiment marquer quelque chose de différent.
Y.O : Beaucoup de groupes font un album puis refont la même chose mais en moins bien puisqu'il n'y a plus l'effet de surprise. On ne voulait pas tomber dans le panneau. Là on a un fait un virage musical et on crée la surprise.
 
C'est aussi comme ça que les groupes se créent une identité musicale...
S.L : On est toujours à la recherche de quelque-chose. Après, je ne dis pas que pour le quatrième album on ne vas pas retourner vers « Thirty-six minutes » ou faire autre chose. Quoi qu'il en soit, on va tout le temps essayer d'évoluer en changeant les sons. Changer d'univers.
Y.O : Christophe Maé nous a déjà écrit cinq chansons en ré mineur (rires) !
S.L : Toi tu vas nous attirer des ennuis ! (rires).

Il y a aussi comme un point d'équilibre entre les rythmiques quasi robotiques, la batterie qui sonne quasiment comme une boîte à rythme et les guitares qui sont très organiques et très rock...
S.L : C'est un choix de production. On voulait ce genre son, très mécanique.
Y.O : Les morceaux ont été faits aussi à partir d'une boîte à rythme. On a remis la batterie dessus après.
S.L. : Il fallait freiner les egos du bassiste et du batteur (rires) ! Les guitaristes sont nickels, il n'y a rien à redire. Le chanteur aussi est impeccable (rires) !

Yann, est-ce que tu pourrais nous préciser la façon dont tu as travaillé sur ce disque ? Le son est vraiment sourd et assez impressionnant sur « Vampires » et « If you walk straight »...
Y.O : C'est surtout un travail de compression au mixage.
S.L : Les mixes ont été hyper vite. On a travaillé avec les États-Unis par mail.

(c) Christophe Sergent
 
Dans le livret vous êtes tous crédités avec des numéros de série...
S.L : Cela correspond aux thèmes des chansons. La déshumanisation du monde, des musiciens...
 
On peut mettre ça en relation avec le côté robotique de la musique ?
S.L : Tout à fait, c'est l'univers froid du disque. Une déshumanisation totale mais avec une vie éternelle. Dans la matrice.
 
Et pourquoi une ambiance aussi noire ? C'est un constat sur le monde, l'industrie du disque ?
S.L : Un peu tout ça, oui c'est l'ambiance du moment. On trouvait que cela collait vraiment avec les thèmes des chansons.
 
Et pour quelqu'un qui ne l'aurait pas encore écouté, vous le décririez comment ce nouvel album ?
Y.O : Froid.
M.G : Oui mais un peu chaud aussi.
S.L : Tiède !
M.G : Non pas tiède. Chaud-froid (rires) !
S.L : Je ne sais pas comment on pourrait décrire le disque.
 
Il y a aussi une tension sous-jacente qui dure tout l'album sans surjouer les décibels...
M.G : Je pense que c'est le travail de compression de la batterie pour ressembler à une boîte à rythme. Un truc un peu linéaire avec beaucoup d'impact.
S.L : Je pense qu'on s'est fait mal sur ce disque.

Mal ?
S.L : Humainement oui. Dans la création surtout. Ça se ressent à l'écoute.
Y.O : « Thirty six minutes » avait été également un album difficile à faire. Il y a eu beaucoup de clashes. On a toujours été comme ça. Travailler dans la tension, c'est notre truc. Après une fois que c'est fini on n'arrête pas de déconner... Ça se ressent naturellement dans la musique.



C'est terrible d'enregistrer avec vous...
The Craftmen Club (en chœur) : Ah oui (rire général) !
S.L : Je trouve que ça va. C'est juste dur d'aller au bout d'un projet. Quand tu écoutes de la musique, tu dois ressentir quelque-chose. Je ne pense pas que notre musique soit fade. Ça veut dire quelque-chose.
Y.O : La musique c'est une émotion. Si les gens la ressente c'est vachement bien, ça veut dire que l'on a réussi à la véhiculer.

Un petit mot sur « Vampires » ? C'est ma chanson préférée. J'aime bien le changement de volume quand les guitares se lâchent...
S.L : Ce morceau fait le lien avec « Thirty six minutes ». Quand « Thirty six minutes » est sorti, tout le monde, les journalistes n'ont pas arrêtés de me parler de Jon Spencer et de garage rock. Alors que je trouve qu'il n'y a pas une seule chanson sur le disque qui ressemble à du Jon Spencer. Par contre, « Vampires » pour le coup on a fait un morceau vraiment à la Spencer. C'est une transition. C'est le premier que l'on a fini. On la faisait déjà sur la tournée précédente. C'est une vieille composition.

Ce titre vous l'avez vu évoluer depuis ?
S.L : Oui bien sur. On l'a adapté aux autres titres...

Que devient le banjo ?
S.L. : Il est sur le premier titre.
M.G : Premier titre, premier couplet et c'est tout. Il est bien caché au fond du mix. Juste une corde.
S.L. : C'est un clin d’œil et un au revoir en même temps.
M.G : Et puis cela complétait bien la guitare sur ce passage là.

Propos recueillis le 20/01/2014.
Un grand merci au groupe et à Marion qui a organisé la rencontre.
http://www.thecraftmenclub.com/news.php
https://fr-fr.facebook.com/thecraftmenclub

dimanche 16 mars 2014

The Craftmen Club + Red Goes Black, Nouveau Casino, 12 mars 2014.


(c) Christophe Sergent
Sur le mur du fond de la salle s'affiche l'acronyme TCC (The Craftmen Club) suivi de numéros de série qui défilent le tout accompagné d'une musique sourde et angoissante avant que le quatuor n'entre en scène. Comme un fait exprès le concert débute avec « Face to face » symbolisant le nouveau Craftmen Club épris d'ambiances froides et robotiques, inspirées par la coldwave des années 1980 (sans les synthés) mais qui n'a pas renoncé pour autant aux guitares et au rock n'roll. Dans le grand ordonnancement des choses, c'est un peu le chaînon manquant (et rêvé aussi) entre The Cure et The La's (au hasard). Le groupe est vêtu de nouvelles tenues de scène, des chemises bleu marine type armée avec un écusson TCC suivi d'un numéro de série. Kafkaïen au possible. Sur scène le groupe fait preuve d'une efficacité rythmique à toute épreuve, le chanteur Steeve maintenant le cap ponctuant le show de « let's go » annonçant l'explosion imminente des guitares à plein volume. Il est étonnant de constater à quel point ce type, plutôt réservé dans la vie de tous les jours, se transforme une fois sur scène. Le show se termine dans un quasi chaos, Yann démonte sa batterie, balance la caisse claire avant de vider une bière sur scène. Steeve éructe dans tout les sens. Marc reste stoïque et garde le tempo à la basse. Grand moment. Grand groupe.
 
En première partie on a pu apprécier les bretons (Douarnenez) de The Red Goes Black. Moins sauvages mais tout autant rock n'roll, le groupe rappelle autant les Mods et le Mersey beat anglais que le rock garage et le blues étasunien. Très belle découverte.
http://theredgoesblack.com/


samedi 18 janvier 2014

The Craftmen Club : « Eternal Life »



Portés disparus depuis 2010, les Bretons des Craftmen Club sont de retour avec ce nouvel effort intitulé « Eternal Life ». Cette longue pause a permis au groupe de se régénérer et de revenir différent. Nouveau line-up, une deuxième guitare s'est greffée au trio de base, et nouveaux horizons. Porté par un beat implacable, qui donne des fourmis dans les jambes, et une section rythmique tellement sourde et carrée qu'elle donne l'impression d'être assurée par des machines, TCC atteint des sommets. Les deux guitaristes se servent de ces bases des plus solides et lâcher, enfin, les guitares. Et qu'est-ce que c'est bon ! L'écriture est soignée et des influences légèrement plus cold wave (« Face to face », « If you walk straight »), viennent canaliser les influences garages premières. Chaque titre prends des allures de tube potentiel, mention spéciale à « Vampires », une tuerie totale. Tendu, nerveux, porté par une angoisse sourde, The Craftmen Club excelle dans les ambiances froides (mais pas trop) et crépusculaires, l'enchaînement « Animals/Sweet machines » est ainsi particulièrement évocateur. Enfin, le disque se termine avec « Eternal life », divagation au long cours qui s'étend sur plus de six minutes. Un disque éternel ? Peut-être pas, mais très certainement intemporel. Dans dix ans on l'écoutera encore avec un plaisir toujours renouvelé...
www.thecraftmenclub.com
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