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mercredi 18 avril 2018

Forever Pavot : « La Pantoufle »



Pour tous ceux qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, aiment autant le cinéma que la musique, ce nouvel album de Forever Pavot s'impose comme une bénédiction. Toujours aussi fondu des années 70, du vinyle et des instruments vintage, Emile Sornin (la tête pensante du projet) imagine un invraisemblable polar à la recherche d'une pantoufle égarée (cf. « La Pantoufle est dans le puit »). Un projet farfelu sur le papier mais porté par une véritable ambition musicale dans la foulée des films des seventies mis en musique par (entre autres) François de Roubaix. Ainsi morceaux anxiogènes, comme la BO d'une poursuite imaginaire (cf. « Les Cagouilles ») succèdent aux scènes porno soft (« Jonathan et Rosalie ») et aux moments de pure fantaisie (« Huître »). Pour mieux souligner son propos, Emile a mis les petits plats dans les grands. C'est une véritable jungle d'arrangements qu'a imaginée le musicien quitte à s'éloigner du rock (clavecin, flûte, percussions etc.) ; les synthés vintage, apport prépondérant mais toujours utilisé à bon escient, apportent une note retro futuriste (« Père », « Cancre »), qui rappelle les productions Tricatel de Bertrand Burgalat (notamment celles pour April March), et qui permet au disque de dépasser le simple revival nostalgique, même si ce dernier est très réussi par ailleurs (cf. la jazzy « Les Cordes »). Une grande réussite ! 
https://fr-fr.facebook.com/ForeverPavot/

samedi 21 mai 2016

Forever Pavot : « Le Bon Coin Forever »



Pas réellement un nouvel album mais plutôt une collection de vignettes sonores issues d'une expérience peu commune. A l'invitation du Confort Moderne, une salle de concert sise à Poitiers, Emile Sornin, leader de ForeverPavot, a sillonné les routes de la Vienne (86), à la rencontre des musiciens locaux ayant mis en vente des instruments sur le bon coin. Emile a ensuite utilisé ces instruments pour enregistré, sur le vif, ce disque, entièrement instrumental, dont les morceaux dépassent rarement les deux minutes. Rarement Forever Pavot se sera autant rapproché de la musique de film, une obsession pourtant récurrente qui illuminait le premier album du groupe. Avec ces instruments de passage, parfois étonnants, Forever Pavot invente la bande originale d'un film imaginaire entre polar (« Le pistolet chargé ») et science fiction (« Chambre 205 ») digne de François de Roubaix. L'expérience fait également l'objet d'un court métrage documentaire visible sur le net, mettant en valeur la musique mais aussi ce beau département de la Vienne, cher à l'auteur de ces lignes.

jeudi 20 août 2015

Interview avec Forever Pavot.



Eurockéennes de Belfort. Il fait une chaleur étouffante en ce début juillet alors que la canicule bat son plein pendant le festival. Confortablement installé (comprendre à l'ombre) au bord du lac, on est heureux de retrouver Emile Sornin, leader de Forever Pavot, qui a illuminé, un peu auparavant, la magnifique scène de la plage de sa pop psychédélique millésimée. Il est vrai que « Rhapsode », le premier album du groupe, avait été un de nos coups de cœur de l'année dernière. Rencontre...

Alors, la plage c'est un endroit magnifique pour jouer, non ?
Emile Sornin : Ah oui ! C'est chouette même si on n'est pas face au lac. Mais c'est assez marrant d'être au-dessus de l'eau. C'est assez étrange comme sensation.

Forever Pavot est-il un projet nostalgique ?
Emile : Oui forcément. On fait souvent référence à une certaine époque que je n'ai pas connu personnellement mais que j'adore voir à travers les films et les BO. Et puis j'utilise aussi beaucoup de vieux instruments. C'est de la musique nostalgique.

Tu es passé de la création en groupe avec Arun Tazieff à Forever Pavot qui est un projet nettement plus personnel. Comment tu décrirais ces deux expériences ?
Emile : C'est complètement différent. Avec Arun Tazieff on faisait beaucoup de jams. On se retrouvait tous ensemble pour répéter et on improvisait beaucoup d'après des riffs qui était trouvés par deux ou trois personnes. On restait des heures et des heures en studio. On enregistrait le tout avec un petit micro et après on réécoutait chez nous. On se parlait beaucoup et on structurait les morceaux ensuite. Forever Pavot c'est moi seul qui compose et enregistre dans ma chambre. C'est beaucoup plus personnel.

On parle souvent de l'influence de la musique de film chez Forever Pavot. Quel film aurait pu être une chanson comme « Le passeur d'armes » ?
Emile : Un peu comme un Claude Sautet je pense. « Max et les ferrailleurs ». Ou un film d'espionnage (sourire).

Il y a un travail un peu particulier concernant les voix et tu chantes souvent de manière un peu fantomatique. Sur « Rhapsode » par exemple la voix est traitée comme un instrument à part entière. Comment tu envisages le chant ?
Emile : C'est quelque chose que j'assume de plus en plus. Au début j'utilisais la voix comme un instrument. J'avais même un peu de mal à m'écouter. Comme beaucoup de gens je pense. On est jamais trop confiant. Cela a pris un peu de temps. L'album a été enregistré sur deux ans. Il y a eu une évolution. Les voix étaient fantomatiques au début et elles sont mieux mises en avant sur la fin comme sur « Joe & Rose » ou « Les cigognes nénuphars » qui est en français et ça aussi c'était nouveau. J'ai plus envie de raconter des histoires maintenant. Avant j'envisageais la voix d'un point de vue mélodique. Comme si j'utilisais un autre synthé ou une guitare en plus.

Il y a un peu de français et beaucoup d'anglais sur le disque. Comment tu juges la qualité musicale de chaque langue ?
Emile : C'est complètement différent. Je viens du métal et du punk hardcore. Le chant en français était assez rare et je détestait ça. Avec le temps, j'ai découvert beaucoup de pop, de variété et de chansons françaises des années 1960/1970 qui me parle énormément. Gainsbourg, Brigitte Fontaine, Dick Annegarn, Bashung... Je n'écoutais pas ça étant jeune, c'est une découverte qui date de ces dix dernières années. J'ai beaucoup écouté de musique anglo-saxonne, même du rap, je ne comprenais rien à ce qui se disait mais cela ne me dérangeait pas du tout. J'y repensais quand j'ai commencé à chanter, en pensant que moi aussi je pouvais utiliser l'anglais comme un dialecte un peu fantôme. C'est très différent mais j'adore les deux.

Un petit mot sur la pochette qui est un peu naïve...
Emile : C'est Catherine Hershey, une bonne amie à moi, qui chante également sur l'album qui en est l'auteur. Elle a été faite aux crayons de couleurs. Ça me faisait penser à des illustrations de vieux contes. J'aime beaucoup. Je voyais très bien sa patte pour ma pochette.

Avant l'album il y a plusieurs 45 tours. Que pense de ce retour à la mode du vinyle ?
Emile : C'est plutôt cool, moi je suis un passionné du vinyle. Maintenant je ne suis pas sur qu'il y ait une telle effervescence autour du support. Finalement ça ne se vendait pas tant que ça. Ça reste et cela restera toujours une niche. Ce qui se vendra le plus c'est le numérique.

Forever Pavot est passé par différents labels. Tu penses qu'il se passe un truc spécial en ce moment ?
Emile : Ces dernières années sont apparus de supers labels indés que j'aime beaucoup. C'est chouette.

Tu te sens à l'aise sur le label Born Bad ? C'est une esthétique particulière qui va bien à Forever Pavot...
Emile : JB (Guillot, le patron du label Born Bad, ndlr) a toujours été fasciné par les trucs un peu bizarres, les BO de François de Roubaix, Francis Bebey, la musique française un peu dégénérée des années 60/70. J'ai découvert des trucs géniaux par le biais de Born Bad. « Le mariage collectif » (un film érotico-hippie danois de 1969, ndlr), par exemple, cette BO (signée Jean-Pierre Mirouze, ndlr) est mortelle, elle a été retrouvée dans des poubelles ! C'est des choses qui m'ont beaucoup influencées. J'y suis parfaitement à l'aise sur ce label ! On partage beaucoup d'influences communes.

Et pour finir, de quel groupe tu aurais aimé faire partie ?
Emile : Aquaserge (rires) !


Propos recueillis le 5 juillet 2015 à Belfort.
En concert à Paris le 29 Août (Rock en Seine)

samedi 22 novembre 2014

Tahiti 80 + Forever Pavot, La Maroquinerie, 21 novembre 2014.

Tahiti 80


Enfin ! Enfin, vendredi soir dernier, votre fidèle serviteur a eu l'occasion de réparer une omission qui le tracassait depuis la dernière édition de rock en seine : voir Forever Pavot en concert ! Ce petit événement a eu lieu sur la scène (fétiche) de la maroquinerie où le groupe mené par Emile Sornin a assuré la première partie des Tahiti 80. Donc, sur scène, Emile le créateur solitaire se transforme en frontman, assis derrière son clavier, d'une formation comprenant basse, batterie, guitare et un dernier musicien alternant guitare et percussions. En version live, Forever Pavot prend un petit coup de groove grâce à une section rythmique incisive (une basse aussi ronde que dans les 60s) et des percussions ajoutant une petite note latine à la Curtis Mayfield. Contrairement à ce que l'on aurait pu craindre, le répertoire alambiqué de Forever Pavot (on pense en particulier à « Miguel el salam ») passe plutôt bien le test de la scène, la formation étant particulièrement compacte et soudée faisant montre d'une belle virtuosité au passage. Entre guitares wha-wha et claviers en transe, le groupe dégage un envoûtement peu commun entre psychédélisme 60s (cf. les longs intermèdes instrumentaux) et bande originale de films de la décennie suivante, avec une petite note orientale assez dépaysante. En dépit de quelques spectateurs un peu rognons, trouvant la formule trop linéaire, ce fût une première partie réjouissante. On flotte au dessus du sol...

Quinze ans après la sortie de leur premier album, « Puzzle » en 1999, Tahiti 80 n'est toujours pas prophète en son pays et se produit encore dans des salles de capacité assez réduite... Au moins la maroquinerie, sise rue Boyer comme le patronyme du chanteur Xavier, a le bon goût d'être pleine comme un œuf. Groupe bicéphale, Tahiti 80 et son duo de synthés évoquant les années 1980 peut de prime abord apparaître comme un groupe pop « gentillet » (sans être péjoratif). Mais attention dès que Xavier le chanteur délaisse son clavier pour s'armer d'une guitare le groupe s'en retrouve transformé. De fait Tahiti 80 excelle dans une sorte de pop mâtinée de funk blanc d'une efficacité rythmique discos implacables. Mention spéciale à l'impressionnant bassiste, Pedro, au son énorme et aux lignes acérées. Avec ses mélodies finement ciselées Tahiti 80 se révèle, sur scène, festif et enjoué. Dans le genre, ils sont excellents.


dimanche 16 novembre 2014

Forever Pavot : « Rhapsode »



A l'époque où le rock psychédélique, cité en référence par un groupe sur deux, devient la marotte favorite d'une troupe de suiveurs plus où moins habiles, Forever Pavot s'impose comme une bouffée d'air frais. Et pour commencer, est-ce encore du rock ? La question semble légitime tant Forever Pavot s'éloigne des clichés sous LSD pour emballer un spectre beaucoup plus large. De par sa richesse harmonique et mélodique, Forever Pavot compose la bande originale d'un film dont les images restent à filmer, ainsi, « Joe & Rose » et « Le passeur d'armes » semblent tout droit sorties d'un polar oublié des années 1970. En effet, Emile Sornin, manière de Géo Trouvetout pop et tête pensante de l'affaire à le goût des instruments hors d'âge : basses 60s rondes, claviers et orgues divers, guitares wha-wha. Une instrumentation riche et une science de l'arrangement mises au service de compositions intrépides, « Miguel el Salam » par exemple, multipliant les fausses pistes et entraînant l'auditeur sur des chemins peu usités. Emile, l'esthète, n'a pas son pareil pour tirer la substantifique moelle de la pop sixties et l'emmener ailleurs. Car si Forever Pavot multiplie les clins d'oeil (en vrac, les Beach Boys, les bandes originales signées Ennio Morricone ou François de Roubaix) le résultat est suffisemment frais et surprenant pour n'appartenir qu'à lui. « Rhapsode » comme l'emballant premier chapître d'une discographie que l'on espère riche et prospère. Une formation à suivre...

En concert le 21 novembre à Paris (la maroquinerie) avec Tahiti 80.