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mercredi 3 novembre 2021

Burning Casablanca d’Ismaël El Iraki




Rock star au bout du rouleau, Larsen Snake (Ahmed Hammoud) est de retour dans sa ville natale. C’est autour d’un accident de voiture que se noue une rencontre improbable…

C’est très probablement un hasard, mais en affublant le métrage du titre de « Burning Casablanca », l’équipe marketing du film a visé juste. En effet, débordé par son désir ardent de cinéma et son enthousiasme imprimant chaque millimètre de pellicule, Ismaël El Iraki, a fini par se brûler les doigts sur l’autel de sa créativité bouillonnante. Ne réussissant jamais à dépasser le postulat posé par ses influences encombrantes (Tarantino, Sergio Leone, « Sailor et Lula » de David Lynch) El Iraki livre un film bancal et brouillon, partant dans tous les sens, ponctué par des excès de violence injustifiés, pénibles à regarder qui plus est, et développant une obsession, lourdingue à la longue, pour les serpents. Et c’est bien dommage car, dès lors qu’il est question de musique, le réalisateur fait preuve d’un véritable talent pour retranscrire à l’écran la puissance charnelle du rock’n’roll, la magie de l’improvisation ou l’excitation provoquée par un concert, bien aidé en cela par la voix magnifique de son actrice Khansa Batma, comme autant d’éclairs de génie brillants au milieu du maelström. Alors que le récit s’éloigne peu à peu du rock, pour virer quelque part entre le film noir et le western spaghetti, livrant un rendu kitsch et cliché, limite embarrassant, le spectateur décroche peu à peu du film, des personnages et de ses enjeux dramatiques. Autre problème, souligné par l’amie bilingue qui m’a accompagné à l’avant-première, le film souffrirait d’une traduction approximative dans les sous-titres (« ma viande » plutôt que « ma chair » par exemple) conférant à l’ensemble une tonalité beaucoup plus vulgaire qu’elle ne le serait en réalité. Un rendez-vous loupé, mais il s’agît d’une œuvre inaugurale rappelons-le. Souhaitons toutefois au réalisateur de réunir le budget lui permettant de poursuivre son aventure cinématographique et de trouver enfin une voie qui lui soit propre. Il serait dommage en effet que les choses en restent là.




samedi 1 août 2020

Ciné Music Festival du 5 au 23 août 2020


Un été sans concert ni festival est certes bien triste, mais, voici peut-être la meilleure alternative pour voir quand même quelques concerts, cette année, au cinéma. Du 5 au 23 août, dans les cinémas des groupes CGR et Kinépolis on pourra revoir une sélection éclectique de quelques performances mythiques d'Amy Winehouse aux Eurockéennes de Belfort en 2007 à The Cure à Hyde Park (2016), du regretté Christophe à l'Olympia 2002 à "Imagine Lennon".

Infos et réservation :

https://www.cgrcinemas.fr/cine-music-festival/
https://kinepolis.fr/

lundi 10 juin 2019

Le Choc du futur, un film de Marc Collin



Paris, 1978. Une jeune musicienne semble décidée à créer autrement, fatiguée par le rock, les guitares et même les salles de concerts. Alors même qu'elle flanche lors d'une commande pour la publicité, elle bade une nouvelle boîte à rythme révolutionnaire et invente le son de l'avenir. Non sans se heurter à de nombreuses difficultés liées au patriarcat ambiant et à la nature innovante de sa démarche... 



Issu de la vague french touch des années 1990, membre des groupes Ollano (un seul album, mais quel album magnifique !) et Nouvelle Vague, Marc Collin connaît la musique. Pour son premier film, en forme de faux biopic, Collin n'a pas choisi la facilité en choisissant de recréer à l'écran les années 1970 tout en disposant d'un budget limité. Conséquence, la majorité de l'action est circonscrite à l'appartement, donnant à son métrage un air de huis-clos claustrophobie ne s'aventurant que très peu à l'extérieur. Cette réserve posée, Collin fait preuve d'une grande sensibilité qui fait merveille dans les scènes musicales (avec Corine, notamment), ainsi, la tendre complicité qui unit les deux protagonistes jouées par Alma Jodorowski et Clara Luciani à l'issue d'une répétition réussie est réellement touchante. Dans le même ordre d'idée, il s'échappe une sorte de poésie indescriptible des machines, fils, boutons et autre aiguilles de potentiomètres filmés, avec amour, par Collin. Rien que pour ces passages magnifiques le film vaut d'être vu par les mélomanes (fans d'électro ou non) même si l'intrigue traîne en longueur, au gré de très longues scènes de dialogue, et passe finalement à côté de son sujet. Un sujet ambitieux, les débuts de la musique électronique, et qui aurait nécessité des moyens d'une toute autre ampleur, inaccessibles pour un réalisateur débutant. Espérons toutefois que ce dernier n'en restera pas là, derrière la caméra s'entend, on se fait pas trop de souci en revanche pour son avenir derrière les synthés.

Sortie le 19 juin.




mercredi 1 mai 2019

Junior Rodriguez : "Starting from Nowhere"


Le multi-instrumentiste Junior Rodriguez, que l'on a notamment connu comme batteur auprès de Dick Rivers, s'est lancé dans une sacré aventure. Partir seul, sa guitare sous le bras, quelques percussions éparses et du matériel succinct d'enregistrement. Direction l'Islande pour enregistrer une chanson, seul, désespérément seul, dans les étendues désertique, la nature sauvage de l'île de l'Atlantique Nord. A mi-chemin du rock psyché/atmosphérique et de l'enregistrement de terrain, au contact direct avec la nature, la démarche n'est pas sans rappeler celle de Molécule et ses albums enregistrés sur un chalutier en pleine mer ou au Groenland. Junior Rodriguez est rentré un documentaire dans sa valise destiné à un diffusion sous la forme d'une web série, la promesse d'images magnifiques, en prélude à un nouvel album...
https://www.juniorrodriguez.com/
https://www.facebook.com/juniorrodriguezofficial/

samedi 27 avril 2019

Très Court International Film Festival


Le cinéma ne nécessite pas forcément d'énormes moyens. Pour preuve le Très Court International Film Festival qui a l'originalité de présenter une centaine de films de moins de quatre minutes. L'événement se tiendra du 7 au 16 juin, simultanément et partout (A Paris, les 15 et 16 juin au forum des images) et dans le monde entier (en ce qui concerne la France, 15 villes sont concernées).


mardi 29 janvier 2019

The White Crow, un film de Ralph Fiennes.



C'est dans le cadre de la soirée de clôture de la 19ème édition du festival de « l'industrie du rêve » que l'on a pu découvrir, en avant-première, le film « The White Crow » un choix particulièrement judicieux tant le métrage nous rappelle ce que l'on aime tant dans le cinéma, l'évasion, le rêve, le voyage dans le temps... 

« The White Crow ». L'expression désigne, en anglais, le marginal, le laissé pour compte, l'original. Cet homme, refusant de rentrer dans le moule, c'est le danseur russe Rudolf Noureev dont le film, un biopic, retrace en partie la vie. 
Nous sommes au début des années 1960. Noureev se trouve en France pour une série de spectacles. A Paris, le danseur se laisse aller à l'exaltation pour l'art, fait le pied de grue dès potron-minet pour pouvoir profiter des musées dans la solitude la plus complète du matin, sort le soir, fait des rencontres et se lie d'amitié, boit, découvre les danseuses nues du Crazy Horse... Le tout sous l’œil exigeant de Moscou, discret mais impitoyable, qui, le temps d'un regard oblique d'un type cravaté griffonnant quelques notes à la volée sur un carnet, cherche à juguler la soif de liberté du danseur… 

Dans sa première partie, multipliant les flash backs entre les époques, le métrage exalte les sens, exprime une passion pour les corps en mouvements le temps de quelques séquences virtuoses, flatte l’œil de nombreux plans représentant œuvres, peintures et bâtiments. Le charme des années 1960, parfaitement reconstituées, fonctionne à plein. Puis dans son dernier tiers, le film bascule dans le thriller, une scène étouffante dans un hall d'aéroport digne d'un film d'espionnage et finit par nous rendre sympathique un personnage passablement égocentré et pas toujours très avenant. 

Le troisième film, en qualité de réalisateur, de Ralph Fiennes n'a pas de date de sortie française définitivement arrêtée.


samedi 15 décembre 2018

L'heure de la sortie, un film de Sébastien Marnier



Une salle de classe. Des élèves du prestigieux collège Saint Joseph, sagement alignés, planchent sur un devoir quand, soudain, leur professeur, ruisselant de sueur, ouvre la fenêtre et se défenestre. Quelques jours plus tard, Pierre Hoffman (Laurent Lafitte), professeur remplaçant, débarque dans l'enceinte feutrée de l'institution. Il se retrouve rapidement en butte avec une frange de sa classe, des élèves surdoués. Ces derniers, défiants, hostiles, questionnent l'autorité et la compétence du professeur (« Êtes-vous de gauche ? Êtes-vous sûr d'avoir les compétences nécessaires ? »), affichent un comportement froid, déshumanisé, erratique ; sont adeptes de méthodes survivalistes limites et borderline. Que trame les élèves, quel est leur funeste projet ? Le malaise s'installe… 


Déjà remarqué avec un excellent premier film, « Irréprochable », le réalisateur Sébastien Marnier s'impose avec ce deuxième long métrage comme le cinéaste du grain de sable, cherchant la poussière sous des dehors (trop) sages et normaux, traquant chez ses personnages le moment de bascule, celui où la folie s'installe et gomme tous les repères. Ainsi à l'instar de Constance, le personnage principal d' « Irréprochable » (interprété par Marina Foïs), Pierre sombre ainsi peu à peu dans la paranoïa. Une grande performance de Laurent Laffite, tout en retenue, dans la lignée de celles livrées par le sociétaire de la Comédie Française dans « Elle » (Paul Verhoeven) et dans « K.O. » (Fabrice Gobert). Cet aspect là est un peu moins assumé que dans le premier film, ce qui tend à rendre la chose encore plus flippante. Le réalisateur fait ainsi preuve d'un véritable talent pour instiller un climat d'angoisse latent dans une ambiance estivale, ciel d'un bleu céruléen et soleil au zénith, et instaurer un sentiment d'angoisse chez le spectateur. Le tout parfaitement souligné par la musique de Zombie Zombie (déjà compositeurs de la partition du premier long du réalisateur) qui, par de subtiles virgules de synthés analogiques vintage, accentue le sentiment, le rendant encore plus prégnant. Moins marqué par la techno, la transe rythmique et le free jazz, que les derniers efforts du trio, l'apport du groupe au film est aussi discret, mais toujours à bon escient, qu'indéniable. Zombie Zombie n'a ainsi jamais aussi proche du modèle John Carpenter. Enfin, dans une volonté d'inscrire ses personnages dans un contexte plus général, jugé déliquescent, le réalisateur souligne son propos par l'utilisation de nombreuses images d'archives, parfois filmées au téléphone portable, de désastres écologiques, du 11 septembre ou d'animaux dans un abattoir. Autant d'images chocs, qui n'ont que peu à voir avec l'intrigue, et qui ont plus tendance à polluer le propos qu'à le mettre en exergue. Une tentative maladroite de décrire un monde au bord de la dystopie qui se prolonge jusqu'au final un peu décevant, pas vraiment à la hauteur des promesses suscitées. Un excellent film néanmoins de la part d'un réalisateur talentueux mais que l'on sent bridé dans ses aspirations, n'assumant pas totalement l'aspect « genre » de son métrage. Un film qui par ses maladresses illustre bien la difficulté de faire vivre le cinéma de genre dans L’Hexagone. 

Sortie au cinéma le 9 janvier 2019.
Sortie de la BO le 11 janvier 2019.

vendredi 9 novembre 2018

Rumble un film de Catherine Bainbridge et Alfonso Maiorana.



Tout a commencé avec trois accords. Saturés et terriblement addictifs, trois accords qui ont façonnés l'avenir, rendu envisageables le punk et le métal. Trois accords qui ont scellés le changement d'époque. Derrière la guitare se tient Link Wray, un pionnier du garage/surf, tout de cuir noir vêtu et, d'un coup d'un seul, c’en est fini des chemises à fleurs hippies. Le titre instrumental s'appelle Rumble et donne aujourd'hui son nom à un remarquable documentaire consacrés à l'apport, considérable, des musiciens amérindiens dans les musiques populaires étasuniennes. Car Link Wray était amérindien et, hélas, bien peu de gens s'en souviennent… Quel est le point commun entre Jimi Hendrix, le bluesman Charley Patton, la chanteuse de jazz Mildred Bailey, le batteur de métal Randy Castillo, le remarquable guitariste Jessie Ed Davis, Buffy Sainte-Marie et Robbie Roberston (The Band) ? Tous sont amérindiens, et tous sont portraiturés, ainsi que quelques autres, dans ce film à vocation panoramique. Et il s'agît là peut-être du seul reproche que l'on peut adresser au métrage, ce côté un peu patchwork, sautant du coq à l'âne, d'une époque à l'autre. Un défaut récurrent de ce genre de productions transversales mais un défaut bien maigre au regard du reste. Richement documenté en images d'archives, fort de témoignages émouvants évoquant d'ubuesques destins (Jessie Ed Davis, Randy Castillo), nous découvrons ce film comme on feuillette un livre d'Histoire en redécouvrant des chapitres totalement occultés. Une véritable plongée dans une facette cardinale mais méconnue de la culture populaire. Et pour finir on avoue un petit faible pour le chapitre consacré à la Nouvelle-Orléans (sur ce point précis on peut également conseiller un autre remarquable documentaire « Black Indians » au sujet parallèle, actuellement en salles). Saluons enfin en guise de conclusion la mémoire de John Trudell, interviewé dans le film et, hélas, décédé en 2015, à qui "Rumble" est dédié.

http://www.rumblethemovie.com/accueil

jeudi 8 novembre 2018

Fragments Folk un film de Thomas Lincker



Renz
Le métrage s'ouvre par un plan panoramique sur la plage et l'océan. Par ce qu'elle est le tenant d'une tradition séculaire, qu'elle peut se jouer n'importe où sans amplification, la musique folk a toujours été associée à la nature. Ce que ne manque pas de souligner le documentaire, multipliant les travellings le long des routes, les plans ou vues aériennes sur la forêt et les étangs et les rivières ; faisant régulièrement l'aller-retour entre la France et les Etats-Unis. Une dizaine de musiciens, tous émergeant ou en développement, sont ainsi interviewés et tentent d'expliquer ce lien intime et invisible qui relie l'environnement immédiat et la musique, l'influence de l'un sur l'autre en soulignant l'héritage politique et social du genre depuis que Woody Guthrie et quelques autres en ont posés les bases au siècle dernier. Enfin, et il s'agît peut-être là du trésor de ce film, chaque entrevue est entrecoupée par de magnifiques séquences live où le genre acoustique et dépouillé apparaît dans toute sa splendeur et son intimité. Un ravissement et un film précieux qui ravira tous ceux qui, à l'instar de l'autre de ces lignes, ont toujours envisagé la musique comme un voyage immobile. 

Sortie en VOD et DVD le 10/11/2018

http://fragmentsfolk.com/
https://fr-fr.facebook.com/fragmentsfolk/

FRAGMENTS FOLK - BANDE ANNONCE from Thomas Lincker on Vimeo.

dimanche 27 mai 2018

Cannes Soundtrack 2018


Les lumières sont éteintes et le tapis rouge est remballé, le festival de Cannes s'est achevé il y a huit jours mais les prix restent. Le Cannes Soundtrack Award, huitième du nom, récompensant la meilleure musique de film a été attribué à Roma Zver et German Osipov, par ailleurs membres du groupe russe Zveri, pour le film "Leto" (L'été) réalisé par Kirill Serebrennikov, nous narrant l'histoire de Mike Naumenko, une rock star russe des années 1980, interprété par Zver lui-même. Ce dernier et les autres membres de son groupe sont à l'origine des prestations musicales du film, qui sortira sur nos écrans fin 2018. On a hâte de le découvrir...


dimanche 18 mars 2018

Don Pauvros de la Manche de Guy Girard.






Le Festival Les Monteurs s'affichent c'est toujours l'occasion de découvrir des films rares, indépendants, produits hors des circuits habituels. Réalisé en 2015, jamais sorti officiellement en salles, faute de distributeur, et ayant, jusqu'ici, connu une diffusion confidentielle, de fait, « Don Pauvros de la Manche » s'inscrit parfaitement dans la démarche déchiffreuse du festival. C'est donc une occasion unique qui nous est donné de découvrir le métrage sur grand écran, en salle, dans le cadre magnifique du Luminor. 





Don Pauvros de la Manche, c'est donc lui, Jean-François Pauvros, un grand dadais dont la silhouette dégingandée rappelle vaguement celle de Joey Ramone. Un sacré personnage, seul sur une plage désertée de la côte d'Opale, luttant contre les éléments sa guitare en main, lequel instrument, entre ses doigts, produit des sons pour le moins étranges. Et cela fait grosso-modo quarante ans que cela dure, puisque Jean-François est une figure de la scène avant-gardiste (free voire noise, il paraît même qu'il a joué avec Sonic Youth !) Du manque de moyen, le réalisateur Guy Girard a fait une force. Son film n'est pas un documentaire classique, racontant le parcours du musicien, ses débuts et ses grands faits d'armes. Traversé d'un souffle poétique, le film est plutôt une plongée dans le quotidien du musicien. Voire même dans l'univers du guitariste tant le personnage est lunaire, décalé, et, finalement, assez drôle et profondément attachant. Un type qui se réjouit de se prendre une décharge électrique, une expérience magnifique selon la sensibilité, perchée, qui régit son petit univers. Evidemment ce genre de personnage ne peut produire qu'une musique hors-norme ce que traduit parfaitement le métrage. Les séquences de concerts filmés, parfois assez extrêmes (cf. « Le mur du son » avec Arto Lindsay) alternent avec des plans sur paysages éthérés mettant en valeur la nature, la mer ou l'orage, surlignant la prise directe de la musique de Pauvros avec les éléments, entrecoupés d'instants pris sur le vif où le musicien se lance dans de grandes réflexions existentielles. Charmant et poétique, ce film est une bouffée d'oxygène, une respiration d'air frais dans un monde étriqué. Ne ratez pas la prochaine projection !






mardi 13 mars 2018

Coby de Christian Sonderegger



Une jeune adolescente, l'air garçonne, s'installe devant une webcam : « J'ai une histoire marrante à vous raconter... » Un homme, infirmier, est dans une ambulance ; un bébé convulse. Montage épileptique, son assourdissant, la scène est d'une grande tension, accentuée par la violence sonore. Le spectateur est perdu et ne saisit pas tout à fait les tenants et aboutissants de l'histoire. Les extraits youtube, dont celui du pré-générique, constituent le fil conducteur du film, entrecoupés d'interviews récentes. L'adolescente du début et l'homme devenu infirmier sont la même personne. Coby. Le documentaire conte l'histoire d'un changement de sexe au cœur du midwest étasunien. On appelle cela une transition. Au fil des interviews on réalise quelle chance Coby a eu de grandir dans une famille aussi aimante et au style de vie alternatif, une fois passée la stupeur initiale. Les parents sont fermiers. Une enfance au grand air, à la campagne et sans école (« un truc fait pour rentrer dans des cases » dixit le Père). En creux, le métrage brouille les cartes. La Mère apparaît étonnamment masculine, le Père affiche des attitudes, des gestes paradoxalement féminins. Cette famille, cette transition, le réalisateur Christian Sonderegger possède un point de vue unique pour les filmer. Il est le demi-frère de Coby. Il fait partie de la famille tout en ayant grandi loin d'elle, en France. Son filmage est unique, la caméra frôle l'intime, les mains du Père et du fils les doigts entremêlés, les pieds sous la douche, tout en restant à distance, avec pudeur. Le résultat est très touchant. Une belle soirée organisée en avant-première du festival "les monteurs s'affichent".

Sortie le 28 mars 2018.

vendredi 9 mars 2018

Festival Les Monteurs s'affichent


Du 14 au 18 mars, dans la salle du Luminor Hôtel de Ville, se tient un festival de cinéma mettant en valeur le métier de monteur. Huit films sont au programme, huit projections suivies d'un débat avec le monteur du film qui éclairera d'un jour nouveau ce métier de l'ombre. Début des festivités le lundi 12 mars avec l'avant-première du film "Coby" et à ne pas rater, le 17 à 16h30 "Don Pauvros de la Manche" consacré au guitariste Jean-François Pauvros.

Tarif unique de 7,50 €

dimanche 3 décembre 2017

Whose streets ? De Sabaah Folayan et Damon Davis



Capitale Risque est une manifestation d'un genre hybride consistant à organiser des projections de films indépendants dans le cadre des festivals musicaux. Pour sa première édition, Capitale Risque s'est associé au festival Paris Hip Hop winter et c'est grâce à son entregent que l'on a pu assister, dans la magnifique salle du Max Linder Panorama, à l'avant-première de « Whose Streets ? » (à qui appartiennent les rues), un documentaire réalisé par Sabaah Folayan (présente dans la salle) et Damon Davis. 

Le décor est planté à Ferguson, Missouri, au cœur de l'été 2014. Michael Brown, un ado est assassiné par la police. Le fait divers a fait le tour du monde et a été le point de départ d'émeutes et d'un mouvement qui a duré bien longtemps après le forfait initial. Plus que le drame sordide, c'est ce mouvement que suit la caméra des deux réalisateurs à travers les yeux de quelques témoins clés dont la conscience s'est éveillée après la tragédie. Différence fondamentale avec le mouvement des droits civiques des années 1960, il ne s'agît plus de faire reconnaître une égalité de droits mais simplement de survivre ; il y a, littéralement, mort d'homme, dans la rue et en plein. Sorte de documentaire 2.0, le métrage aligne les images chocs, parfois filmées à l'arraché au portable, les tweets et alterne avec les confessions et états d'âmes, face caméra des témoins. L'omniprésence de la petite enfance, car tous nos protagonistes sont aussi des parents, apporte une lueur d'espoir alors que la détresse de la famille du défunt est poignante. Le spectateur ressent ainsi toute la tension, le face à face en pleine rue avec les forces de l'ordre (et parfois sous des décorations de Noël, détail cruellement ironique) alors que les moments plus intimes apportent un contrepoint, allant ainsi du chaos à la douceur et vice-versa. La formule « coup de poing » est, certes, éculée mais s'impose ici avec toute sa vigueur.

La soirée s'est achevée avec le témoignage, d'Assa Traoré, la marraine de cette première édition, qui a raconté, dans un impressionnant silence, le combat de sa famille depuis le décès de son frère Adama, mort étouffé au cours d'une arrestation de la Gendarmerie nationale, le 19 juillet 2016, jour de son vingt-quatrième anniversaire.
http://www.whosestreets.com/#home

mardi 22 août 2017

O KA de Souleymane Cissé



C'est un fait sordide qui a donné naissance à ce documentaire du cinéaste malien, l'expulsion manu militari de ses quatre sœurs de la maison familiale (le titre « O Ka » signifiant notre maison en langue vernaculaire). Prenant le traumatisme comme point de départ, Souleymane Cissé signe un film étrange, entre deux eaux, questionnant les notions d'identité, de nationalité et d'appartenance tant familiale que géographique. Un film étrange car aussi poétique que cruellement réaliste, où la beauté éthérée de la nature, certains plans sont dignes de Terrence Malick, contrebalance la brutalité citadine. C'est enfin un regard alarmiste posé sur le Mali, miné par les querelles intestines et la corruption, le portrait d'un pays sombrant dans la guerre et la violence. Fort, beau et envoûtant. 
Sortie le 6 Septembre.

mardi 20 juin 2017

Le dernier vice-roi des Indes de Gurinder ChadHa.



1947. L'Angleterre s'apprête à quitter les Indes après 300 ans de présence. Connu sous le nom de « Partition », le processus donnera naissance au Pakistan, crise migratoire (14 millions de personnes déplacées) et situations ubuesques (comment diviser une encyclopédie ? Quid de l'argenterie?) à la clef. Dans ce contexte, Lord Mountbatten, accompagné de sa famille, s'installe dans le Palais Royal. Il sera le dernier vice-roi des Indes, en charge de gérer cette délicate transition historique…

La réalisatrice Gurinder ChadHa, connue pour quelques hits (« Joue la comme Beckham », « Coup de foudre à Bollywood ») est de retour avec ce projet hautement personnel, visant à renouer avec le concept de grande fresque historique. Situant la quasi-totalité de son intrigue entre les murs de la Viceroy's House et mêlant drame historique (le métrage est ponctué de nombreuses images d'archives) et destins personnels, à l'image du personnage d'Aalia tiraillée entre deux amours, la réalisatrice obtient un résultat bien différent, entrant étrangement en collusion avec l'actualité récente (cf. la crise migratoire) illustrant aussi bien les décisions prises par les dignitaires du haut et ses conséquences directes sur les employés du Palais. Manquant parfois de souffle et pas toujours très lisible, le film brille surtout par le faste de sa production (le décor magnifique du Palais, les costumes) et ses interprètes (citons entre autres Gillian Anderson, Hugh Bonneville), tous excellents.

Sortie le 5 juillet.

mercredi 26 avril 2017

Rosenberg Trio : « Django – Bande originale du film »


Cette semaine, les mélomanes ont, aussi, rendez-vous dans les salles obscures ! Accompagnant le biopic de très bonne facture sorti ce mercredi (chronique du film ici), la bande originale par le Rosenberg Trio est, elle aussi, d'excellente tenue. Spécialiste de l'idiome jazz manouche, le groupe, formé à la fin des années 1970, se réapproprie ici le répertoire du guitariste avec tout le respect que l’œuvre originale mérite. Cependant, loin de se contenter d'une simple copie, certes classieuse, le Rosenberg Trio réussit a poser une patte personnelle sur le répertoire. Toute la différence se trouve dans l'exécution. Grâce à un jeu survolté, les compositions retrouvent ici une nouvelle jeunesse, les musiciens réussissant la prouesse d'apporter une dynamique contemporaine aux pièces sans pour autant les dénaturer. Résultat : l'ensemble pulse et swingue sur un rythme infernal faisant frissonner l'auditeur. Le répertoire est quant à lui varié passant du jazz à la chanson (« Mélodie au crépuscule ») en faisant un petit détour par la musique traditionnelle tzigane (« Mer Ham Sinti »). Enfin, le disque se termine avec « Lacrimosa song », composée par le réalisateur Etienne Comar et Warren Ellis (The Bad Seeds) inspiré par le Requiem composé par Django, la seule incursion du guitariste dans la musique classique, joué une seule fois et dont les partitions ont été en partie perdues depuis. Cet album constitue le plus bel hommage à la musique de Django entendu depuis des lustres.

mercredi 19 avril 2017

Cannes Soundtrack




Hier soir, dans le cadre étonnant de la maison Sonos, s'est tenue la soirée de présentation de Cannes Soundtrack. En effet, la musique de film est la grande absente du festival de Cannes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'art de la bande originale a été récompensé pour la première fois, lors de la première édition de 1946 (victoire de Georges Auric pour La symphonie pastorale, réalisé par Jean Delannoy) avant d'être rapidement abandonné. Pourtant, en marge de la compétition officielle, depuis 2012, sont décernés les Cannes Soundtrack Awards par un jury de journalistes. Qui succédera à Cliff Martinez, lauréat 2016 pour la BO de The Neon Demon (Nicolas Winding Refn) ? Réponse le 27 mai sur la Croisette…


Les nominés 2017 :

The Meyerowitz Stories
de Noah Baumbach

Okja
de Bong Joon-Ho

Aus Dem Nichts (In the fade)
de Fatih Akin

120 battements par minute
de Robin Campillo

The Beguiled
de Sofia Coppola

Rodin
de Jacques Doillon

Happy end
de Michael Haneke

Wonderstruck
de Todd Haynes

Le Redoutable
de Michel Hazanivicius

Geu-Hu (The day after)
de Hong Sangsoo

Hikari (Radiance)
de Naomi Kawase

The killing of a sacred deer (Mise à mort du cerf sacré)
de Yorgos Lanthimos

A Gentle creature
de Sergei Loznitsa

Jupiter's moon
de Kornél Mandruczó

L'amant double
de François Ozon

You were never really here
de Lynne Ramsay

Good time
de Benny & Josh Safdie

Nelyubov (Loveless)
d'Andrey Zvyagintsev


jeudi 6 avril 2017

Django d'Etienne Comar



Dans la première scène où il apparaît, Django Reinhardt (Reda Kateb) pèche au bord de la Seine puis s'en suit une longue scène, enfiévrée, de concert. En deux séquences, le réalisateur Etienne Comar a défini son personnage. « Son » Django est un type un peu sauvage, un peu solitaire, cherchant à tout prix à maintenir son lien avec la nature et entretenant un rapport quasi fusionnel avec la musique et sa guitare. En inscrivant son récit dans un contexte historique bien particulier, celui de l'Occupation de 1943, Comar drape son film d'un voile anxiogène, installant une tension qui ne disparaît jamais tout à fait et perceptible dans le jeu inquiet de ses interprètes. Django n'est donc pas tout à fait un biopic, mais un récit à moitié romancé (le personnage de Louise de Clerk incarné par Cécile de France est totalement fictif et ressemble à une synthèse des différentes femmes fréquentées par Django) empruntant aux codes du thriller et des films de guerre et d'espionnage. Dans ce contexte, la musique apparaît comme un refuge de joie et de bonheur à l'image de Django se saisissant de sa guitare dès que le besoin de réconfort se fait sentir. Mais le jazz est, aussi, une source de frustration terrible à l'énoncé des règles ridicules édictées par les dignitaires nazis (le blues est interdit, les solos ne doivent pas dépasser les sept secondes) où lorsque ces mêmes nazis interrompent brutalement un concert estimant que « cette musique rend fou ». Django nous conte donc l'itinéraire du personnage durant une période somme toute assez courte, un parcours entamé sous les vivas de la foule d'une salle de concert pleine comme un œuf et qui se termine par une cavale, éperdue et solitaire, seul dans la neige, la guitare sous le bras, ledit instrument se brisant dans la panique ambiante. D'une facture assez classique, mais élégante, Django est porté par le talent et le jeu fiévreux et subtil de Reda Kateb qui s'impose comme une évidence dans le rôle titre.

Sortie le 26 avril.

mardi 16 août 2016

Zombie Zombie : « Irréprochable OST »



Cultivant depuis de nombreuses années ses accointances avec le milieu cinématographique, le trio électro Zombie Zombie franchit le Rubicon, signant la bande originale du premier film (magnifiquement) réalisé par Sébastien Marnier. L'association tombait en effet sous le sens, Zombie Zombie n'ayant pas son pareil pour souligner le suspense, l'angoisse même procurée par l'histoire de cette femme prête à tout pour retrouver son emploi, sombrant dans la folie. L'ambiance générale du disque baigne dans une atmosphère délicieusement rétro, aux influences 80s, et comme toujours en pareil cas, c'est l'ombre de l'immense John Carpenter (la référence absolue en la matière) qui plane au dessus de cet album (cf. « Runing », le thème de Constance ; « Filature », « Bowling », « Folie furieuse »). Mais le trio ne se contente pas de recycler habilement les années 1980. Ainsi, « l'effondrement » n'est pas sans rappeler les stridences de Bernard Herrmann lorsque ce dernier œuvrait aux côtés d'Alfred Hitchcock, dans une version contemporaine et électro. Dans un registre plus festif, illustrant les scènes de sorties nocturnes, « Tuning » et « Boite de nuit », inventent un nouveau style, hybride, teinté de nu-disco, une sorte de dance music étrangement triste et mélancolique. Même sans l'apport essentiel des images, la bande son tient la route par le seul pouvoir évocateur des sons, évitant l'écueil de nombre BO. Un excellent film et une bande originale à l'avenant.