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mardi 28 juin 2022

Garland Jeffreys : "The King of In Between"

 


Retiré (définitivement ?) de la scène, Garland Jeffreys se retourne sur son parcours et ses cinquante ans de musique le long d'un documentaire en cours de fabrication. Et Dieu sait qu'il y en a des choses à dire, de ses amitiés avec Lou Reed, Bruce Springsteen, Bob Marley, Elliott Murphy, ou du croisement unique en son genre (le in-between) qui caractérise sa musique, de la soul au folk/rock. Le documentaire s'annonce passionnant et pour soutenir le projet, c'est par ici :

https://www.kickstarter.com/projects/kingofinbetween/garland-jeffreys-the-king-of-in-between


dimanche 25 juin 2017

Garland Jeffreys, New Morning, 23/06/2017.



Toujours la pèche Garland Jeffreys ! Le concert débute sur les chapeaux de roues avec un « Coney Island winter » survolté (guitare énorme) suivi du blues « Til' John Lee Hooker calls me » et de la récente « Reggae on Broadway ». En trois titres, le natif de Brooklyn, et son excellent quartet (guitare, basse, batterie et clavier) nous a livré la quintessence de son art, là où la puissance du rock n'roll rencontre le feeling du blues et le groove du reggae. Chanteur passionné, Garland n'a cessé de multiplier les acrobaties durant son set, allongé sur le dos, à quatre pattes sur scène, on l'aura vu sous toutes les coutures ! Autant d'occasion de multiplier les contacts avec le public, à la recherche de cette chaleur humaine, qui se révèle être le véritable moteur de sa musique au même titre que l'amitié : Elliott Murphy (à la guitare électrique, une curiosité) viendra ainsi faire un coucou le temps d'une reprise de son propre titre « Diamonds by the yard ». Toujours charismatique, qu'il saute à pieds joints ou se ballade dans la fosse le micro en main, Garland a, à maintes reprises, transformé son set en happening/performance où l'émotion prend le dessus. Ainsi, « New York skyline » s'est métamorphosée en cri d'amour pour sa ville natale doublée d'une gueulante contre la Trump Tower (« réduisez-là en cendres ! ») et, à ce titre, il est impossible de passer sous silence sa déchirante version de «Help » (The Beatles). Garland a finalement quitté la scène épuisé avant que son groupe ne prenne le contrôle des opérations et lance « 96 tears » (reprise de Question Mark and the Mysterians) : « Ils vont me tuer » clame le chanteur ! Mains accro à l'exercice et dopé à l'adrénaline, Garland restera seul sur scène un long moment pour évoquer son amitié avec Antoine de Caunes (présent dans le public) avant qu'il ne se fasse finalement exfiltrer de la scène par son épouse, aidé du célèbre présentateur sus-mentionné, clôturant ainsi une chaleureuse soirée placée sous le signe du meilleur de la musique étasunienne.

jeudi 27 avril 2017

Garland Jeffreys : « 14 Steps to Harlem »



Le petit Métis de Brooklyn est de retour ! Un peu oublié du grand public, son heure de gloire terminée, Garland Jeffreys poursuit sa route musicale, armé de sa passion et de son humanisme. Ami de longue date d'Eliott Murphy et de Bruce Springsteen (qui ne manque jamais de le convier sur scène lorsque l'occasion se présente), Garland a grandi à New York à une époque bénie d'un point de vue musical, ce qui lui a permis de côtoyer quelques grands nom de Lou Reed à Bob Dylan en passant par Bob Marley, un éclectisme musical entre rock, reggae et soul qui aujourd'hui encore continue de nourrir sa créativité. Le premier album de son groupe, Grinder's Switch, dont il est le chanteur, sort en 1970. Trois ans plus tard, la formation séparée, sort son premier disque, éponyme, en solo. Après une période de vaches maigres, et quelques albums mineurs dans les années 80 et 90, Garland a pris une longue pose et s'est éloigné du monde musical pour mieux le retrouver en 2011 avec « The King of in between » album du come back et son meilleur depuis des lustres, de qualité égale à ses enregistrements des années 1970. L'état de grâce continue avec « Truth Serum » en 2013 et, enfin, ce nouvel effort.


Ce nouvel album commence de manière un peu poussive avec « When you call my name », tentative, pas franchement convaincante, de coller à l'époque qui rappelle ses pires travers des années 1980/1990. L'expérimentation terminée, Garland retrouve ses marottes habituelles, le blues (magnifique « Schoolyard blues »), le reggae (« Reggae on Broadway ») et bien sur le folk et le rock n'roll. A mi-chemin entre groove et électricité, Garland fait voyager sa musique dans l'espace, nous offrant au passage un petit détour par l'Espagne (« Spanish heart ») et dans le temps, revisitant quelques classiques du Velvet Underground (« Waiting for my man ») ou des Beatles (« Help »), le temps d'une magnifique séquence nostalgique et émouvante. Nostalgie et émotion sont bien les deux mamelles nourricières de la musique de Garland, lorsqu'il évoque son Père (« 14 steps to Harlem ») ou retrouve sa fille Savannah pour un duo bouleversant (« Time goes away »). « Colored boy said » évoque quant-à-elle le thème du racisme, récurant dans sa carrière (cf. « Don't call me buckwheat », 1991) prouvant, hélas, une fois de plus l'actualité du sujet. Signalons enfin pour finir la participation de la légendaire violoniste virtuose Laurie Anderson sur « Luna Park love theme » qui clôture l'album sur une note mélancolique. Un nouvel album à la fois varié et ancré dans une tradition étasunienne qui ne pourra que ravir les oreilles les plus exigeantes.
En concert le 23 juin à Paris (New Morning)


dimanche 20 octobre 2013

Une folle semaine...


On commence par faire un petit tour à la maroquinerie le lundi pour retrouver la soul à l'ancienne de Lady le duo étrangement amputé de Terri Walker. C'est donc la seule Nicole Wray qui porte le show sur ses épaules, avec beaucoup de classe néanmoins. Groove et sexy, il ne manque finalement que peu de choses pour s'imaginer à Brooklyn. Nicole est soutenu par un groupe ultra-efficace, mention spéciale au batteur, dont certains membres (le bassiste, le saxophoniste) ont encore l'air d'être à peine sortis de l'adolescence, ce qui ne les empêchent pas d'assurer comme des vieux pros. Le réservoir de musiciens dans ce coin des Etats-Unis (Brooklyn, New York) est vraiment impressionnant. Direction l'Alhambra ensuite pour écouter Bill Deraime mercredi soir. Du blues toujours, mais pas uniquement, Bill piochant également de le reggae ou le folk. Chantant dans la langue de Molière, Bill débute son show avec « sur le bord de la route » son adaptation en français du « Dock on the bay » d'Otis Redding. On aura également droit à une version française de « redemption song ». Personnage émotif, Bill livrera une prestation touchante, sa voix graveleuse ressemblant un peu à celle de Tom Waits. En première partie on a pu admirer l'excellent bluesman Mathis Haug en solo, parfois accompagné de l'harmonica de JJ Milteau. Toujours à l'Alhambra, Seasick Steve est venu nous rendre visite vendredi soir. N'ayant pas revu Steve depuis quelque temps, j'avais oublié à quel point ses concerts sont euphorisants. Malgré son age canonique, Steve joue le blues avec l'énergie d'un punk de 20 ans. Son duo avec le batteur Dan, merveilleux sens du swing et force de frappe impressionnante soit dit en passant, fonctionne à merveille, même lorsque ce dernier l'accompagne avec un balai brosse (véridique !). Au delà du blues, la musique de Seasick Steve est une plongée dans les entrailles d'une Amérique poisseuse, comme le prouvent ses incursions dans la country ou le folk. Son art consommé pour harponner le public lui vient certainement de ses années passées à jouer dans la rue. C'est quoi qu'il en soit en artiste à voir sur scène. En première partie le cocktail rockabilly/garage/psyché de l'anglaise Gemma Ray a fait son petit effet. On termine enfin par une virée au new morning samedi soir pour fêter dignement le retour sur scène (et la sortie du nouvel album) de Garland Jeffreys. Charismatique, le petit métis de Brooklyn livrera une prestation haute en couleurs, une bonne dose de rock énergisant mâtiné de blues (superbe la reprise de « 96 tears ») et un peu de reggae et de soul pour la bonne note groove. Un sommet d'émotion sera atteint avec « mystery boy », Garland, un peu nostalgique semble-t-il, évoquant de nombreux souvenirs au cours de la soirée. La formation est classique (guitare, basse, batterie et clavier) mais excellente, capable de lâcher les décibels comme de jouer tout en retenue. Une excellente soirée.

vendredi 8 juin 2012

Garland Jeffreys, Le divan du monde, 2 juin 2012.



L’année 2012 aura été porteuse d’un petit miracle, dans le domaine qui nous concerne s’entends : Garland Jeffreys a sorti un nouvel album ! Intitulé « The king of in between », ce dernier est le premier depuis une éternité (1997) mais également le meilleur depuis bien plus longtemps encore soutenant aisément (à l’exception d’un bonus track faiblard et inutile) la comparaison avec les grands classiques des années 70. Pour fêter la chose, Garland Jeffreys a donné un magnifique concert dans la superbe salle du divan du monde, prolongeant encore un peu ce magnifique printemps soul dans la capitale. Entouré de son nouveau groupe de quatre membres : batterie, basse, guitare et clavier (tous excellents musiciens), Garland Jeffreys a joué un set aussi métissé que lui qui a touché à différents styles, du rock au reggae en passant par la soul, le jazz ou le blues, tout au long de sa carrière. Soit une bonne énergie rock totalement euphorisante (« Wild in the streets » ; « Coney Island Winter ») et une bonne dose de groove langoureux (magnifique reggae « I may not be your kind ») avec un détour obligé par le blues (« ‘Til John Lee Hooker calls me »). Bizarrement vêtu d’une chemise ornée de têtes de morts, alors qu’il chante « I’m alive », Garland a de prime abord donné quelques signes d’inquiétudes, un peu de difficultés à placer sa voix sur le premier titre, pas très juste, et essoufflé dès la moitié du morceau d’ouverture… Avant de rassurer tout son monde. Il faut dire que sur scène il se dépense sans compter, bondissant un peu partout, comme le jeune homme qu’il est encore un peu. L’ovation fût telle que le groupe a du revenir par deux fois sur scène pour les rappels. Le concert s’est terminé sur une note folk, rajoutant au passage une corde à son arc, avec « Matador », seul moment ou Garland a joué de la guitare. Un retour des plus réussi…
    

samedi 27 janvier 2007

Garland Jeffreys, Le Café de la danse, 26 janvier 2007


Garland Jeffreys, le petit métis de Brooklyn, me ramène immanquablement à mes souvenirs d’ado, un après-midi en rentrant du lycée j’avais vu le clip de « hail hail rock n’roll » sur M6. Garland a eu une carrière en dents de scie. Premier album en 1970 avec le groupe Grinder’s Switch, qui se séparera dans la foulée. Son premier album solo, éponyme, sortira en 1973, suivront « Ghost Writer » en 1977, « One eyed jack » en 1978, « American Boy & Girl » en 1979, « Escape Artist » en 1981, « Guts for love » en 1983 puis une pause de dix ans avant l’album « Don’t call me buckwheat » en 1991 et enfin son dernier disque en date « Wildlife Dictionnary » en 1997, il y a dix ans déjà. C’est dire si le concert de ce soir tient à la fois de la résurrection et du miracle.

Saisi par le froid à la sortie du métro Bastille, je me dirige vers la rue, pavée et piétonne, de Lappe, toujours très animée les soirs de week-end, puis sur la gauche se trouve le passage Louis Philippe où est situé le Café de la danse ; petite salle en forme d’amphithéâtre avec des sièges en plastique blanc. Le bar se trouve dans une mezzanine à droite de la scène. Garland vêtu de noir avec un chapeau arrive seul sur scène avec sa guitare acoustique. Il ne restera pas sur scène très longtemps et sautera de suite dans la fosse pour chanter (sans micro) au milieu de la foule avant de monter dans les gradins tout en continuant de jouer de la guitare acoustique. Ma foi, ça me semble plutôt bien parti, cette affaire. Garland retourne sur scène entouré de son groupe : deux guitaristes, un clavier, le batteur, le bassiste et Garland au chant. Le groupe attaque avec « I’m alive », titre inédit issu de la récente compilation du même nom. Puis on change d’ambiance, plus reggae, avec « I may not be your kind » et le medley « Ghost Writer/New York skyline » extraits de l’album du même nom. Un peu plus tard le groupe se retire Garland reste seul sur scène avec le guitariste, chacun tire un chaise et prend une guitare acoustique et c’est parti pour « Washington DC hospital center blues » reprise du bluesman Skip James et enregistré pour la bande originale du film « The soul of a man » de Wim Wenders. Vint alors le premier invité de la soirée Monsieur Elliott Murphy. Il y a environ un an Elliott Murphy et son guitariste Olivier Durand jouaient en show case à la FNAC Saint Lazare. Après la chanson « On Elvis Presley’s birthday » Garland Jeffreys, présent ce jour là dans le public, s’était exclamé : « This is a fantastic song ! ». Retour au café de la danse : Elliott entre en scène avec sa guitare acoustique prend une chaise et attaque en duo le même « Elvis Presley’s birthday » qu’ils dédicaceront à leurs pères décédés. Emotion, émotion. Le groupe fait son retour sur scène et un nouvel invité fait son apparition : Louis Bertignac, oui, oui, le guitariste de téléphone. Avec Elliott passé à l’harmonica ils sont maintenant huit sur scène qui reprennent tous en cœur « 96 tears », le tube de Question Mark ( ?) & the mysterians. Garland saute dans tous les sens, il me fait un peu peur, est-ce bien raisonnable à son age ? Viendra ensuite le fameux « Hail Hail Rock n’Roll » de mon adolescence repris en cœur par la foule : “ The color of her/the color of him/It doesn’t really matter what skin you’re in/you can’t judge a man/by looking at the marquee”. Tous ceux à qui l’on a un jour reproché leurs origines ethniques ne peuvent que se reconnaître dans ce message. Pour cela aussi, merci Garland. Après deux heures de voyage au cœur de la musique noire américaine du blues à la soul en passant par le rock n’roll et le reggae, le concert s’achève sous un tonnerre d’applaudissement. Garland et son groupe reviennent et reprennent le « i’m alive » avec lequel ils avaient entamés le show (faute de titres ?). Nouveau tonnerre d’applaudissement, le public refuse de le laisser quitter la scène, Garland se lance alors dans une chanson a cappella. Puis les lumières se rallument et cette fois c’est vraiment fini. Mais Garland a promis qu’il reviendrait bientôt et qu’il y aurait « a lot of shows ». A très très vite alors.