Retiré (définitivement ?) de la scène, Garland Jeffreys se retourne sur son parcours et ses cinquante ans de musique le long d'un documentaire en cours de fabrication. Et Dieu sait qu'il y en a des choses à dire, de ses amitiés avec Lou Reed, Bruce Springsteen, Bob Marley, Elliott Murphy, ou du croisement unique en son genre (le in-between) qui caractérise sa musique, de la soul au folk/rock. Le documentaire s'annonce passionnant et pour soutenir le projet, c'est par ici :
Toujours la pèche
Garland Jeffreys ! Le concert débute sur les chapeaux de roues
avec un « Coney Island winter » survolté (guitare
énorme) suivi du blues « Til' John Lee Hooker calls me »
et de la récente « Reggae on Broadway ». En trois
titres, le natif de Brooklyn, et son excellent quartet (guitare,
basse, batterie et clavier) nous a livré la quintessence de son art,
là où la puissance du rock n'roll rencontre le feeling du blues et
le groove du reggae. Chanteur passionné, Garland n'a cessé de
multiplier les acrobaties durant son set, allongé sur le dos, à
quatre pattes sur scène, on l'aura vu sous toutes les coutures !
Autant d'occasion de multiplier les contacts avec le public, à la
recherche de cette chaleur humaine, qui se révèle être le
véritable moteur de sa musique au même titre que l'amitié :
Elliott Murphy (à la guitare électrique, une curiosité) viendra
ainsi faire un coucou le temps d'une reprise de son propre titre
« Diamonds by the yard ». Toujours charismatique, qu'il
saute à pieds joints ou se ballade dans la fosse le micro en main,
Garland a, à maintes reprises, transformé son set en
happening/performance où l'émotion prend le dessus. Ainsi, « New
York skyline » s'est métamorphosée en cri d'amour pour sa
ville natale doublée d'une gueulante contre la Trump Tower
(« réduisez-là en cendres ! ») et, à ce titre, il
est impossible de passer sous silence sa déchirante version de
«Help » (The Beatles). Garland a finalement quitté la scène
épuisé avant que son groupe ne prenne le contrôle des opérations
et lance « 96 tears » (reprise de Question Mark and the
Mysterians) : « Ils vont me tuer » clame le
chanteur ! Mains accro à l'exercice et dopé à l'adrénaline,
Garland restera seul sur scène un long moment pour évoquer son
amitié avec Antoine de Caunes (présent dans le public) avant qu'il
ne se fasse finalement exfiltrer de la scène par son épouse, aidé
du célèbre présentateur sus-mentionné, clôturant ainsi une
chaleureuse soirée placée sous le signe du meilleur de la musique
étasunienne.
Le petit Métis de
Brooklyn est de retour ! Un peu oublié du grand public, son
heure de gloire terminée, Garland Jeffreys poursuit sa route
musicale, armé de sa passion et de son humanisme. Ami de longue date
d'Eliott Murphy et de Bruce Springsteen (qui ne manque jamais de le
convier sur scène lorsque l'occasion se présente), Garland a grandi
à New York à une époque bénie d'un point de vue musical, ce qui
lui a permis de côtoyer quelques grands nom de Lou Reed à Bob Dylan
en passant par Bob Marley, un éclectisme musical entre rock, reggae
et soul qui aujourd'hui encore continue de nourrir sa créativité.
Le premier album de son groupe, Grinder's Switch, dont il est le
chanteur, sort en 1970. Trois ans plus tard, la formation séparée,
sort son premier disque, éponyme, en solo. Après une période de
vaches maigres, et quelques albums mineurs dans les années 80 et 90,
Garland a pris une longue pose et s'est éloigné du monde musical
pour mieux le retrouver en 2011 avec « The King of in between »
album du come back et son meilleur depuis des lustres, de qualité
égale à ses enregistrements des années 1970. L'état de grâce
continue avec « Truth Serum » en 2013 et, enfin, ce
nouvel effort.
Ce nouvel album
commence de manière un peu poussive avec « When you call
my name », tentative, pas franchement convaincante, de coller à
l'époque qui rappelle ses pires travers des années 1980/1990.
L'expérimentation terminée, Garland retrouve ses marottes
habituelles, le blues (magnifique « Schoolyard blues »),
le reggae (« Reggae on Broadway ») et bien sur le folk et
le rock n'roll. A mi-chemin entre groove et électricité, Garland
fait voyager sa musique dans l'espace, nous offrant au passage un
petit détour par l'Espagne (« Spanish heart ») et dans
le temps, revisitant quelques classiques du Velvet Underground
(« Waiting for my man ») ou des Beatles (« Help »),
le temps d'une magnifique séquence nostalgique et émouvante.
Nostalgie et émotion sont bien les deux mamelles nourricières de la
musique de Garland, lorsqu'il évoque son Père (« 14 steps to
Harlem ») ou retrouve sa fille Savannah pour un duo
bouleversant (« Time goes away »). « Colored boy
said » évoque quant-à-elle le thème du racisme, récurant
dans sa carrière (cf. « Don't call me buckwheat », 1991)
prouvant, hélas, une fois de plus l'actualité du sujet. Signalons
enfin pour finir la participation de la légendaire violoniste
virtuose Laurie Anderson sur « Luna Park love theme » qui
clôture l'album sur une note mélancolique. Un nouvel album à la
fois varié et ancré dans une tradition étasunienne qui ne pourra
que ravir les oreilles les plus exigeantes.
On commence par faire un petit tour à
la maroquinerie le lundi pour retrouver la soul à l'ancienne de Lady
le duo étrangement amputé de Terri Walker. C'est donc la seule
Nicole Wray qui porte le show sur ses épaules, avec beaucoup de
classe néanmoins. Groove et sexy, il ne manque finalement que peu de
choses pour s'imaginer à Brooklyn. Nicole est soutenu par un groupe
ultra-efficace, mention spéciale au batteur, dont certains membres
(le bassiste, le saxophoniste) ont encore l'air d'être à peine
sortis de l'adolescence, ce qui ne les empêchent pas d'assurer comme
des vieux pros. Le réservoir de musiciens dans ce coin des
Etats-Unis (Brooklyn, New York) est vraiment impressionnant.
Direction l'Alhambra ensuite pour écouter Bill Deraime mercredi
soir. Du blues toujours, mais pas uniquement, Bill piochant également
de le reggae ou le folk. Chantant dans la langue de Molière, Bill
débute son show avec « sur le bord de la route » son
adaptation en français du « Dock on the bay » d'Otis
Redding. On aura également droit à une version française de
« redemption song ». Personnage émotif, Bill livrera une
prestation touchante, sa voix graveleuse ressemblant un peu à celle
de Tom Waits. En première partie on a pu admirer l'excellent
bluesman Mathis Haug en solo, parfois accompagné de l'harmonica deJJ Milteau. Toujours à l'Alhambra,Seasick Steve est venu nous
rendre visite vendredi soir. N'ayant pas revu Steve depuis quelque
temps, j'avais oublié à quel point ses concerts sont euphorisants.
Malgré son age canonique, Steve joue le blues avec l'énergie d'un
punk de 20 ans. Son duo avec le batteur Dan, merveilleux sens du
swing et force de frappe impressionnante soit dit en passant,
fonctionne à merveille, même lorsque ce dernier l'accompagne avec
un balai brosse (véridique !). Au delà du blues, la musique de
Seasick Steve est une plongée dans les entrailles d'une Amérique
poisseuse, comme le prouvent ses incursions dans la country ou le
folk. Son art consommé pour harponner le public lui vient
certainement de ses années passées à jouer dans la rue. C'est quoi
qu'il en soit en artiste à voir sur scène. En première partie le
cocktail rockabilly/garage/psyché de l'anglaise Gemma Ray a fait son
petit effet. On termine enfin par une virée au new morning samedi
soir pour fêter dignement le retour sur scène (et la sortie du
nouvel album) de Garland Jeffreys. Charismatique, le petit métis de
Brooklyn livrera une prestation haute en couleurs, une bonne dose de
rock énergisant mâtiné de blues (superbe la reprise de « 96
tears ») et un peu de reggae et de soul pour la bonne note
groove. Un sommet d'émotion sera atteint avec « mystery boy »,
Garland, un peu nostalgique semble-t-il, évoquant de nombreux
souvenirs au cours de la soirée. La formation est classique
(guitare, basse, batterie et clavier) mais excellente, capable de
lâcher les décibels comme de jouer tout en retenue. Une excellente
soirée.
L’année 2012 aura été porteuse d’un petit miracle, dans le
domaine qui nous concerne s’entends : Garland Jeffreys a sorti un nouvel
album ! Intitulé « The king of in between », ce dernier est le
premier depuis une éternité (1997) mais également le meilleur depuis bien plus
longtemps encore soutenant aisément (à l’exception d’un bonus track faiblard et
inutile) la comparaison avec les grands classiques des années 70. Pour fêter la
chose, Garland Jeffreys a donné un magnifique concert dans la superbe salle du
divan du monde, prolongeant encore un peu ce magnifique printemps soul dans la
capitale. Entouré de son nouveau groupe de quatre membres : batterie,
basse, guitare et clavier (tous excellents musiciens), Garland Jeffreys a joué
un set aussi métissé que lui qui a touché à différents styles, du rock au
reggae en passant par la soul, le jazz ou le blues, tout au long de sa
carrière. Soit une bonne énergie rock totalement euphorisante (« Wild in
the streets » ; « Coney Island Winter ») et une bonne dose
de groove langoureux (magnifique reggae « I may not be your kind »)
avec un détour obligé par le blues (« ‘Til John Lee Hooker calls
me »). Bizarrement vêtu d’une chemise ornée de têtes de morts, alors qu’il
chante « I’m alive », Garland a de prime abord donné quelques signes
d’inquiétudes, un peu de difficultés à placer sa voix sur le premier titre, pas
très juste, et essoufflé dès la moitié du morceau d’ouverture… Avant de
rassurer tout son monde. Il faut dire que sur scène il se dépense sans compter,
bondissant un peu partout, comme le jeune homme qu’il est encore un peu. L’ovation
fût telle que le groupe a du revenir par deux fois sur scène pour les rappels.
Le concert s’est terminé sur une note folk, rajoutant au passage une corde à
son arc, avec « Matador », seul moment ou Garland a joué de la
guitare. Un retour des plus réussi…
Garland Jeffreys, le petit métis de Brooklyn, me ramène immanquablement à mes souvenirs d’ado, un après-midi en rentrant du lycée j’avais vu le clip de « hail hail rock n’roll » sur M6. Garland a eu une carrière en dents de scie. Premier album en 1970 avec le groupe Grinder’s Switch, qui se séparera dans la foulée. Son premier album solo, éponyme, sortira en 1973, suivront « Ghost Writer » en 1977, « One eyed jack » en 1978, « American Boy & Girl » en 1979, « Escape Artist » en 1981, « Guts for love » en 1983 puis une pause de dix ans avant l’album « Don’t call me buckwheat » en 1991 et enfin son dernier disque en date « Wildlife Dictionnary » en 1997, il y a dix ans déjà. C’est dire si le concert de ce soir tient à la fois de la résurrection et du miracle.
Saisi par le froid à la sortie du métro Bastille, je me dirige vers la rue, pavée et piétonne, de Lappe, toujours très animée les soirs de week-end, puis sur la gauche se trouve le passage Louis Philippe où est situé le Café de la danse ; petite salle en forme d’amphithéâtre avec des sièges en plastique blanc. Le bar se trouve dans une mezzanine à droite de la scène. Garland vêtu de noir avec un chapeau arrive seul sur scène avec sa guitare acoustique. Il ne restera pas sur scène très longtemps et sautera de suite dans la fosse pour chanter (sans micro) au milieu de la foule avant de monter dans les gradins tout en continuant de jouer de la guitare acoustique. Ma foi, ça me semble plutôt bien parti, cette affaire. Garland retourne sur scène entouré de son groupe : deux guitaristes, un clavier, le batteur, le bassiste et Garland au chant. Le groupe attaque avec « I’m alive », titre inédit issu de la récente compilation du même nom. Puis on change d’ambiance, plus reggae, avec « I may not be your kind » et le medley « Ghost Writer/New York skyline » extraits de l’album du même nom. Un peu plus tard le groupe se retire Garland reste seul sur scène avec le guitariste, chacun tire un chaise et prend une guitare acoustique et c’est parti pour « Washington DC hospital center blues » reprise du bluesman Skip James et enregistré pour la bande originale du film « The soul of a man » de Wim Wenders. Vint alors le premier invité de la soirée Monsieur Elliott Murphy. Il y a environ un an Elliott Murphy et son guitariste Olivier Durand jouaient en show case à la FNAC Saint Lazare. Après la chanson « On Elvis Presley’s birthday » Garland Jeffreys, présent ce jour là dans le public, s’était exclamé : « This is a fantastic song ! ». Retour au café de la danse : Elliott entre en scène avec sa guitare acoustique prend une chaise et attaque en duo le même « Elvis Presley’s birthday » qu’ils dédicaceront à leurs pères décédés. Emotion, émotion. Le groupe fait son retour sur scène et un nouvel invité fait son apparition : Louis Bertignac, oui, oui, le guitariste de téléphone. Avec Elliott passé à l’harmonica ils sont maintenant huit sur scène qui reprennent tous en cœur « 96 tears », le tube de Question Mark ( ?) & the mysterians. Garland saute dans tous les sens, il me fait un peu peur, est-ce bien raisonnable à son age ? Viendra ensuite le fameux « Hail Hail Rock n’Roll » de mon adolescence repris en cœur par la foule : “ The color of her/the color of him/It doesn’t really matter what skin you’re in/you can’t judge a man/by looking at the marquee”. Tous ceux à qui l’on a un jour reproché leurs origines ethniques ne peuvent que se reconnaître dans ce message. Pour cela aussi, merci Garland. Après deux heures de voyage au cœur de la musique noire américaine du blues à la soul en passant par le rock n’roll et le reggae, le concert s’achève sous un tonnerre d’applaudissement. Garland et son groupe reviennent et reprennent le « i’m alive » avec lequel ils avaient entamés le show (faute de titres ?). Nouveau tonnerre d’applaudissement, le public refuse de le laisser quitter la scène, Garland se lance alors dans une chanson a cappella. Puis les lumières se rallument et cette fois c’est vraiment fini. Mais Garland a promis qu’il reviendrait bientôt et qu’il y aurait « a lot of shows ». A très très vite alors.