lundi 16 juillet 2018

Undervoid



Dieu sait si sur cette page on ne s'est jamais privé de vilipender Noir Désir et leur esthétique rock/poétique/sombre qui s'est propagée telle une peste bubonique musicale sur la scène rock hexagonale au point de rendre toute autre sorte de tentative obsolète, devenant au fil des années une sorte de modèle unique déposé. Pourtant avec Undervoid on a peut-être trouvé l'exception qui confirme la règle. Cette EP démarre sur les chapeaux de roues avec un titre en forme de coup de fouet, « Révolutionne » où le groupe révolutionne (c'est le cas de le dire) le genre en y injectant une bonne dose de groove garage par le biais d'une pédale wha-wha maîtrisée à la perfection, le tout chanté dans la langue de Molière. Le pied ! Espoir confirmé avec « S'y essayer » dans la même veine, tout en syncopes funky de la batterie. En comparaison les deux autres titres semblent un peu plus fades englués dans le modèle Noir Désir (« Hasard ») ou dans un son plus heavy en (dignes) héritiers de la fusion (on pense à Lofofora) des années 1990 (« Tout Faire »). Mais que tout ceci semble prometteur ! 

Www.undervoid.fr
www.facebook.com/undervoid


dimanche 15 juillet 2018

Interview avec Michelle David




A peine une heure avant de monter sur la scène de la plage, Michelle David se pouponne dans la coulisse devant un équipement de fortune. Encore relativement inconnue dans nos contrées, Michelle a cependant déjà chanté devant un public français « C'était à Saint Paul » se souvient-elle. Ce qui ne l'empêche pas d'être littéralement sous le charme du site du Malsaucy, presqu'île entourée de deux étangs au pied des Vosges « Le paysage est magnifique, je me sens très excitée ». Ce passage aux Eurockéennes s'annonce prometteur, tous les voyants sont au vert pour faire d'elle la grande révélation soul de ces quatre jours « Je suis nouvelle pour tout le monde, je suis là pour prendre la température, essayer de créer une petite sensation. » On peut s'étonner cependant de la présence d'une artiste aussi marquée par le gospel dans un festival de rock : « Le groupe a été mis sur pied par les deux guitaristes, Onno Smit et Paul Willemsen. Nos racines sont dans le blues, la soul, le jazz et le rock rock’n’roll. On essaye de rendre hommage au gospel en y ajoutant de nouvelles couleurs. » La chanteuse prend sa présence atypique avec beaucoup d'humour : « J'ai déjà fait un festival de heavy-metal et c'était fabuleux (rires). J'essaye d'embarquer tout le monde avec ma musique, de toucher le cœur des gens. Je chante pour tous ceux qui croient en l'amour. Je raconte ma vie, mes épreuves car je n'aime pas utiliser le mot "échec". J'espère donner au public ce dont il a besoin. » Lorsqu'on lui fait remarquer qu'en 2014 on avait assisté sur cette même (superbe) scène de La Plage à la Daptone Super Soul Revue (il s’agissait d'ailleurs de nos derniers concerts de Sharon Jones et de Charles Bradley tous deux décédés depuis) son visage s'éclaire : « On était supposés faire sa première partie mais elle est décédée et ça ne s'est jamais fait. Ensuite, on devait ouvrir pour Charles (Bradley, ndlr) mais il est parti aussi, on s'est arrêté là (sourire triste). Je me reconnaissait tellement en Sharon (Jones, ndlr). J'ai 52 ans, tu sais, c'est incroyable pour moi de laisser une marque, tellement le milieu est jeune. Commercialement parlant, nous vivons dans un monde de pop music. Il n'y a pas de juste milieu, aussi il est important de ne jamais abandonner. » 

Le troisième album de Michelle David, « The Gospel Sessions vol. 3 » sortira à l'automne. 

Propos recueillis le 6 juillet 2018 à Belfort.

Un grand merci à Michelle, à Yazid Manou et à Clémence Prieur pour leur gentillesse et leur disponibilité. 



vendredi 13 juillet 2018

Eurockéennes de Belfort, 5, 6, 7 et 8 juillet 2018


Deux ans que l'on était pas revenus à Belfort, quelle joie de retrouver le site du Malsaucy, la scène de la Plage, le bar du boulot et la loggia dont la programmation a été la plus consistante du week-end. Après quatre jours, commencés sous la pluie pour finir en canicule, voici nos conclusions. Ah oui on est désolés d'avoir raté Beth Ditto et les Viagra Boys... 

LES RÉVÉLATIONS : 

Marlon Williams : L'évidence mélodique d'Elliott Smith conjuguée à une voix d'ange entre Jeff Buckley et Chris Isaak (pour la note fifties), le tout rehaussé d'une pointe de ruralité bienvenue via un art consommé du vibrato de guitare et du bottleneck, un peu de piment garage et psyché pour relever le tout, pas de doute, le Néo-Zélandais à tout bon ! Au point d'imposer le silence, un exploit rare dans un festival où le public n'hésite pas à réclamer, bruyamment, sa dose de décibels. 

Warmduscher : le quatuor garage venu d'Angleterre conjugue avec une classe infinie expérimentation un peu barrée et électricité démoniaque auquel la basse ajoute un groove énorme, un excellent moment. 

Cigarettes after sex : Le spleen atmosphérique des Cocteau Twins et une basse énorme digne de Simon Gallup (The Cure), tout cela prend également une autre dimension sur la (superbe) scène de la plage, sous une pluie battante, conférant à l'ensemble une dimension onirique dépassant très largement le cadre musical. Une expérience quasi-mystique. 

Dream Wife : Jeune quatuor féminin venu d'Angleterre entre pop et punk, soit des mélodies jouées à fond la caisse. Frais et enlevé à défaut d'être original. Excellent sur scène. 

Michelle David : Soul de grande classe, intemporelle, la chanteuse à la fois vétérante (la cinquantaine entamée) et débutante (trois albums) fait montre d'un tempérament de feu et d'une énergie presque inépuisable portée par un discours positif. Variant les plaisirs à deux guitares (sans basse) ou avec basse et guitare, batterie et cuivres, la chanteuse nous a offert un superbe moment de groove parfait pour le cadre enchanteur de la Plage, sous un soleil revenu. La relève de la regrettée Sharon Jones est assurée... 

Leon Bridges : L'autre artiste soul du jour programmé, lui, sous le chapiteau Greenroom. Un univers moins brut de décoffrage que Michelle David, moins funk et plus soul avec une grande élégance héritée des années 1970. Quelques passages langoureux sont magnifiques mais s'accordent mal avec le plein air, doit être superbe en salles. 

Caroline Rose : Lorsqu'elle a la tête à l'endroit, globalement quand on la tient éloignée de la flûte à bec, et qu'elle a décidé de jouer, Caroline Rose fait les choses très bien. Un univers complètement barge (le rouge omniprésent, le costume de scène totalement foutraque) entre pop psyché et garage rehaussé de synthés eighties du plus bel effet, la prestation la plus déjantée du week-end. Excellent. 

Truckks : Jeune formation originaire de Vesoul, une ville voisine, les membres de Truckks fêtent leur bac, fraîchement obtenu, sur scène. Ca tombe bien les musiciens ont tous l'air de s'être échappés du cours d'EPS. Musicalement très intéressant pour son improbable croisement entre hardcore et expérimentations de guitare psyché, le groupe manque encore de maturité sur le plan vocal, et a encore beaucoup de boulot au niveau du chant. Néanmoins prometteur. 

Touts : Power trio irlandais entre punk et mod, une énergie dévastatrice (ah cette reprise de Gloria). Pas mal du tout. 

LES VALEURS SÛRES : 

Seasick Steve : Sous le chapiteau greenroom, Seasick Steve se produit désormais en trio. Un certain Luther Dickinson fait son apparition alternant basse et guitare. Fin instrumentiste, excellent soliste, ce dernier apporte un contrepoint élégant à l'énergie brute déployée habituellement par Steve et son batteur Dan propulsant le tout dans une nouvelle dimension. Le nouvel effort de Steve sort en septembre, on a hâte ! 

The Limiñanas : La fructueuse et judicieuse collaboration avec Anton Newcombe sur le dernier effort du groupe a propulsé ces derniers dans une toute autre catégorie. Une magnifique collection d'instruments vintage (les claviers et une magnifique strat orangée) sont autant d'excuses pour des expérimentations psychédéliques complètement folles sublimées par une énergie rock n'roll de tous les diables. Un pur moment de bonheur sur la scène, boisée, de la loggia qui a finalement offert la programmation la plus homogène du week-end. Magnifique. 

ON A ÉTÉ UN PEU DÉÇUS : 

Prophets of Rage : Trois quarts de Rage Against The Machine, un peu de Public Enemy et un peu de Cypress Hill, tout ce beau monde réuni sous l'alias opportuniste de Prophets of Rage, reprend les titres des uns et des autres sans surprise ni réel enjeu… Symptomatique d'une vague nostalgique qui s'est emparée du rock et qui désormais s'étend aux années 1990. Assez triste dans le fond. 

Liam Gallagher : Entouré d'une bande de professionnels consciencieux assurant le boulot avec sérieux Liam Gallagher tente de faire revivre les grandes heures d'Oasis reprenant un répertoire dont il n'est pas l'auteur (« Some might say », « Supersonic », « Morning Glory ») et quelques titres de son répertoire personnel (« Wall of glass » plutôt de bonne facture). Le tout inspire un ennui poli, de la mélancolie, une nostalgie un peu tristounette, pas franchement la grosse éclate. Il manque quelque chose. Un peu plus d'investissement personnel des musiciens peut-être. Seul moment d'émotion, le final accoustique « Live Forever » et « Wonderwall » au refrain repris en coeur par la foule, on finit avec des frissons, quand-même… 

LE CONCERT DU WEEK-END : 

Sans contestation Nine Inch Nails ! Un Trent Reznor en pleine possession de ses moyens, totalement investi dans sa musique entraîne l'auditeur dans une spirale qui dépasse très largement du simple cadre musical ! On a plané très haut, entre ambiance apocalyptique, angoisses, et moments tendres (le « Hurt » final acoustique) ou émouvants (« I'm afraid of Americans » en hommage à Bowie) faisant au passage preuve d'une magnifique polyvalence entre électricité et électronique avec ou sans guitare et batterie. Superbe !

jeudi 12 juillet 2018

Binic Folks Blues Festival, les 27 28 et 29 juillet 2018


C'est le dilemme habituel des festivaliers, on va voir quel groupe quand ils sont plusieurs intéressant à la même heure ? A Binic, la question ne se pose pas car la majorité des groupes assurent deux à trois concerts sur les différentes scènes du site. Une programmation tip top entre blues (Mark Porkchop Holder, Dirty Deep) et rock psyché/garage (Kaviar Special/Carambolage, Black Boys on Moped). Pas de véritable tête d'affiche, certes, mais plein de bonnes choses à découvrir dans la scène indé (34 groupes pour 52 concerts). Le tout sur le port de Binic (donc en bord de mer) et c'est gratuit ! Que demander de plus ? On s'y retrouve ?

lundi 9 juillet 2018

Les Nuits Secrètes, les 27, 28 et 29 juillet 2018


La nouvelle édition du festival Les Nuits Secrètes se tiendra du 27 au 29 juillet dans les Hauts de France. Un festival dont la grande originalité est de proposer, en sus des scènes habituelles, des concerts dans des lieux atypiques, souvent tenus secrets, d'artistes surprises dont l'identité est dévoilée à la dernière minute. Ceux qui aiment sortir des sentiers battus ont rendez-vous le dernier week-end de juillet dans le Nord de la France...
http://www.lesnuitssecretes.com/
https://fr-fr.facebook.com/festivalnuitssecretes/
https://twitter.com/lesnuitssecrtes

mardi 3 juillet 2018

Lux, Péniche Antipode, 29 juin 2018.


Lux était de sortie en ce vendredi soir dans le cadre associatif accueillant et détendu, à mille lieues de l'esprit parisien, de la Péniche Antipode, un cadre estival particulièrement approprié, afin de fêter dignement la sortie de la sublime édition vinyle de leur premier album « Super 8 » (sans rentrer dans des détails techniques rébarbatifs, le vinyle a demandé de nombreux efforts au groupe, un mastering spécifique et une technique de pressage old school pour un son optimal) limitée à cent exemplaires (enfin 99 parce qu'on en a récupéré un au passage). Donc, performance du soir se déroule dans une configuration hybride, on a connu Lux en duo acoustique ou en full band électrique. S'ils sont toujours quatre, la chanteuse Angela est ce soir accompagné de deux guitaristes et d'un bassiste. Peut-être bien la meilleure configuration possible pour permettre à la voix d'Angela de briller sans être noyée dans les décibels, qui a en outre l'avantage de mettre en valeur l'écriture du duo, sans tomber dans un son brut âpre et trop rêche. Un nouveau guitariste additionnel, Nico fait son entrée en scène (c'est son troisième concert). Sobre mais efficace, il soutient les chansons permettant au guitariste principal Sylvain de se lancer dans des interventions, soli, enluminant les chansons, tâche dont il s'acquitte avec son feeling habituel modulant le son avec beaucoup d'attaque et d'entrain. Enfin dernière pièce du puzzle le bassiste Julien (le seul à être en électrique) apporte le soutien rythmique, ses lignes, discrètes, se faufilent dans les entrelacs laissés libres par les compositions avec beaucoup d'inspiration. Au chant, Angela, fait montre de sa classe new-yorkaise habituelle avant de se faire piéger par une climatisation sournoise placée juste dans l'axe de la scène et lui coupant, littéralement, soudainement la voix. Sylvain se lance alors dans le chant lead avec moins d'assurance et beaucoup d'improvisation (J'ai oublié les paroles lance-t-il en rythme et en souriant). Et Angela de se transformer en coach vocal chargé de lui apprendre les paroles en direct. Heureusement que toutes ces péripéties arrivent sur le dernier titre. Pas de quoi gâcher le concert donc, le meilleur du groupe que l'on ait vu à ce jour.