dimanche 24 juin 2018

Thomas Hellman : « Rêves américains, tome 1 »



Encore relativement peu connu de ce côté-ci de l'Atlantique, Thomas Hellman, québécois de son état, est l'auteur d'une œuvre pléthorique entre musique et littérature. Intitulé « Rêves américains », son nouveau disque, le sixième, est à mi-chemin entre la musique et le projet à vocation éducatif. Sur un fond musical acoustique, entre folk et country, de très haute tenue et très soigné, l'artiste nous conte l'histoire de la ruée vers l'or, par le bas, c'est à dire en évoquant le sort des petites gens, quand la multitude des destins personnels, mis bout à bout, écrivent le grand livre d'histoire. Mi-chanté et le plus souvent parlé, le projet entre en collusion avec l'histoire personnel du musicien, né à Montréal d'un père américain et d'une mère française. De quoi rêver encore à l'Amérique, comme l'indique le titre, une chose assez rare depuis deux ans… 

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samedi 23 juin 2018

Joel Sarakula : « Love Club »



Manière de crooner à la voix d'ange tombé dans une faille temporelle, Joel Sarakula évoque un passé musical autant adoré qu'honni : les années 1980. Le décorum est planté, bienvenue au Love Club, ses néons rose fluo et ses palmiers en plastique pour un voyage musical savamment agencé, entre roucoulades de percussions sexy, saxophone aguicheur et synthés analogiques, évoquant aussi bien la blue eyed soul (« Dead heat », « Theme from the love club »), le funk électro des eighties ("Coldharbour man", "Parisian woman") que la pop FM de Steely Dan (« Understanding »). C'est dire si la chose est finement produite. Idéal pour accompagner les longues soirées d'été… 

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vendredi 22 juin 2018

Quiet Dan : « When the earth was flat »



Il s'appelle Dan et son monde est plat... Pour son premier album, Quiet Dan s'est enfermé deux hivers dans une maison perdue dans la forêt picarde en compagnie de deux amis musiciens : Antoine Reininger (basse et guitare) et Mathieu Penot (batterie et claviers). Inspirés par la proximité avec la nature et emportés par la vibration, les trois musiciens décident rapidement d'improviser l'enregistrement de l'album sur place et sans aide extérieure, une sacrée gageure dont le trio se sort avec les honneurs. Au-delà de la musique, les musiciens ont réussi à capter sur disque l'ambiance de la maison picarde, une sorte de calme (quiet), de sérénité habitent les compositions au-dessus de laquelle plane pourtant une menace sourde (cf. « Crocodiles »). Un peu à l'instar de la nature, inspirante, bienveillante durant la journée, violente et menaçante à la nuit tombée. Intrinsèquement, la musique de Dan est folk, fondamentalement acoustique (la superbe « Quiet children », le blues « Elmore Leonard left Detroit » comme autant d'inédits des seventies) mais ouverte sur son époque à l'image des arrangements légèrement électroniques qui parsèment le disque çà et là ou de ces guitares qui forcent le ton pimentant le tout d'une pointe de rock bienvenue. Le tout forme un superbe agglomérat de folk, pop, rock et blues, idéal pour accompagner un couché de soleil estival. 

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jeudi 21 juin 2018

Michael Wookey : « Hollywood Hex »



Il est de ces disques qui vous bousculent, vous secouent pour au final vous laissez pantois, limite K.O. Cet état dubitatif, le nouvel album de Michael Wookey l'atteint non pas par la puissance sonore, classique, commun et trop facile, mais par un soupçon de dinguerie caractérisée débordant du cadre. Il ne fait aucun doute cependant qu'à la base, les chansons composées par Wookey sont pour le moins classiques entre folk et rock (cf. « Bane », « Living by the sea »). C'est ensuite que tout se joue lorsqu'il s'agît d'enluminer ses compositions. A la lumière blanche, Wookey préfère la noire transformant son disque en cabinet de curiosité baroque à l'instar du Tom Waits des années 1980 (cf. « Do right fear no man »). Wookey c'est le spécialiste du petit grain de sable qui empêche le tout de tourner rond, le génie du cabossage, de l'art du dérèglement. C'est le toy piano qui ouvre « Sailor », c'est la basse subtilement dissonante de « Red Hot Dollars », c'est la sensation d'apesanteur qui enrobe « Long live the meadows » et « Hollywood Hex » d'un voile fantomatique et planant, transportant l'auditeur dans un manoir gothique à la Tim Burton. En totale contradiction avec l'époque, qui veut tout et tout de suite, Michael Wookey est un musicien qui réclame du temps, de l'attention. Un grand disque, pas nécessairement facile d'accès, dont la beauté se dévoile par couche et écoutes successives pour peu que l'on soit disposé à lui accorder l'égard qu'il mérite. Le voyage le mérite amplement. 

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mercredi 20 juin 2018

Steve Earle le 2 juillet au Trabendo


C'est une première depuis trois ans, le légendaire songwriter Steve Earle sera de retour sur une scène parisienne, une date unique en France, le 2 juillet prochain au Trabendo !



Andrew Sweeny : « Free The Prisoners »



Il y a des disques, qui, comme ça, par hasard et presque par effraction, s'invitent dans vos vies au point de devenir un fidèle compagnon. Bien qu'il soit encore un peu tôt pour en juger, on est prêt à parier que le nouvel album d'Andrew Sweeny, « Free The Prisoners », est plutôt bien parti pour tourner en boucle sur la platine et ce pour une durée indéterminée. Canadien de naissance et installé de Paris depuis 2003, Andrew Sweeny est fréquemment comparé à Leonard Cohen. Il faut dire que le Canadien fait figure de coupable idéal : littéraire, universitaire, lorsqu'il ne chante pas, Andrew enseigne à l'Université ou écrit, des chansons ou des essais, cultivant un amour des mots et des tournures procurant à sa musique une dimension poétique que l'on peut effectivement rapprocher de celle du regretté Leonard. Et c'est d'ailleurs la première chose qui frappe à l'écoute du disque, la qualité d'écriture, la finesse des arrangements, l'élégance classieuse dégagée par les compositions. Mais là, où Cohen cultivait une certaine austérité (dans les albums des années 60) qui s'est ensuite transformée en noirceur vers la fin de sa vie ; Sweeny se distingue de son aîné par son ambition musicale. Ainsi, ce dernier n'hésite pas à entraîner ses compositions aux confins du blues (« Killing the Lion », « You are my heart » dans une certaine mesure et pour le coup d'obédience très Cohennienne) et du rock (« Human Love ») ou usant de cordes à vocation classique caressant délicatement l'oreille (« Lucinda »). L'utilisation d'instruments recherchés (le cor anglais, le bodhran, une percussion irlandaise) finissant d'envelopper la chose d'une légère touche celtique du meilleur effet (« Refugee », « Stainless Ship »). Tout, dans cet album, respire la classe et redonne toute sa dimension au geste musical et à sa pureté (cf. les délicats arpèges ornant « Show Me »). Magnifique. 

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mardi 19 juin 2018

Soirée des Monteurs associés au Luminor le 2 juillet


Dans le cadre de la fête du cinéma, l'association Les Monteurs Associés organisent une soirée visant à faire découvrir le métier de monteur, un art de l'ombre pourtant indispensable à la réussite d'un film. Le cadre magnifique du Luminor accueillera ainsi les débats le 2 juillet prochain avec au programme la projection du documentaire "Tenir la distance" (sur le montage du film "L'économie du couple" de Joachim Lafosse) suivie d'un débat/rencontre avec Yann Dedet, Katharina Wartena, Pauline Casalis et Julien Leloup, tous monteurs.

http://www.monteursassocies.com/2018/06/10/2-juillet-2018-dans-le-secret-de-la-salle-de-montage/

Johnny Mafia : "Big Brawl"


Assurément, les Johnny Mafia font parti de ces petits rigolos sans qui la vie serait bien triste. Ainsi, le groupe sort un nouveau totalement régressif (un plaisir coupable) mais limite cra-cra qui les voit s'amuser avec les codes du heavy-metal tout en restant fidèle à la ligne garage/punk du quatuor. Il s'agit du premier extrait de leur nouvel album, "Princes de l'amour", dont la sortie est prévue pour le 9 novembre prochain.
https://fr-fr.facebook.com/johnnymafiagroupe/
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lundi 18 juin 2018

Melissa Bon : « Away »




Avec ce premier EP, la jeune chanteuse Melissa Bon réalise un grand écart aussi surprenant que réussi entre tradition et modernisme. Accompagnée (excellemment) du pianiste de jazz Alexandre Saada, la chanteuse parsème ses ballades soul/jazzy, au swing alangui et délicat, d'effluves électroniques tout à fait étonnantes dans un tel registre. L'amalgame est réussi au-delà de toutes les espérances de la caresse musicale («Blank », « Nomad ») au complet dépouillement (« Away »). La note biographique que l'on nous a fourni nous apprend que les deux premiers titres ont été écrits dans un avion entre New-York et Paris. Rien d'étonnant dès lors que le disque dégage un tel sentiment d’apesanteur, comme dégagé des contraintes terrestres. Quatre titres inauguraux, propices à la rêverie, en forme d'avant-goût d'un album intriguant. A suivre… 

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dimanche 17 juin 2018

Delgres : « Mo Jodi »



Pour Pascal Danaë, chanteur et guitariste de son état, il y aura un avant et un après Delgres, dont le premier album sortira à la fin de l'été. L'avant, c'est les kilomètres en voiture, anonyme, de concert en concert, étape initiatique évoquée dans « Vivre sur la route », avant c'est aussi les projets qui se terminent en queue de poisson jusqu'à toucher du bout des doigts le succès d'estime au sein du trio Rivière Noire (une victoire de la musique décrochée en 2015). Et puis il y a ce nouveau groupe, un trio encore, Delgres. A l'écoute du disque, il s'avère qu'il s'agît, très probablement, du projet le plus personnel du musicien. Il y a le nom tout d'abord, à la symbolique lourde, puisque c'est celui du Colonel Louis Delgrès, colonel d'infanterie de L'Armée Française, entré en rébellion contre l'esclavage et qui a préféré mourir explosé, en 1802, plutôt que de céder : « vivre libre ou mourir ». C'est, ainsi, un large panel d'émotions que met en musique le groupe sur ce premier disque : l'émotion palpable de « Mo Jodi », mourir aujourd'hui en référence à la figure tutélaire du Colonel évoqué plus avant, ou « Sere mwen pli fo » (« Serre-moi plus fort ») la plus bouleversante de toute, sur la difficulté de se dire adieu. Un album fort à n'en point douter, en forme d'exutoire pour le chanteur, qui évoque très largement son histoire familiale, écrite dans la Caraïbe (les revendicatives « Respecte nou », « Anko » et « Mr President »). Une musique aussi forte d'un point de vue émotionnel ne pouvait adapter qu'une seule forme, celle du blues, celles des bleus à l'âme, aux vertus curatrices particulièrement efficientes sur l'album. Un idiome que le power trio, adapte à son goût aux confins du rock garage (« Mo Jodi », « Mr President », « Ti Manmzel ») où la frappe puissante du batteur Baptiste Brondy fait des merveilles, et de la musique caraïbéenne, incarnée par le sousaphone (en lieu et place de la basse) de Rafgee qui, par sa présence même, tire de nombreux ponts en direction de la Nouvelle-Orléans. C'est dans ce grand écart musical que réside la grande réussite de cet album miraculeux, une réussite totale. 
Sortie le 31/08
En concert le 12/09 à Paris (La Maroquinerie)
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samedi 16 juin 2018

Rebelles, Rebelles

J'ai eu l'immense plaisir de participer à "Rebelles, Rebelles", émission animée par Lucie Baratte (l'auteure de Looking for Janis) sur Radio Campus Lille et consacrée aux chanteuses. L'occasion de présenter un panorama de la scène actuelle et un grand plaisir personnel. Cette émission un immense souvenir, merci Lucie pour ce moment magique !

samedi 9 juin 2018

8 : « Post Drunk Mime »



On l'a connu chanteuse de jazz ou de folk, on l'a vue frayer avec la scène électronique, Brisa Roché est la spécialiste des virages insoupçonnés. Un éclectisme qui, au final, compose une discographie riche, variée et passionnante. Sorti l'an dernier, ce nouveau projet, un groupe sobrement nommé 8 voit la Californienne, exilée depuis des lustres en France, s'acoquiner avec le producteur Ray Borneo pour un grand raout rappelant le meilleur des années 80. Soit une musique sombre, noire et tendue par des synthés dark (« I do wrong ») et des lignes de basses cold wave qui colle comme un gant de cuir au chant sexy de Brisa. Et pourtant, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, cet album est l'occasion pour la chanteuse de renouer avec ses racines rock n'roll par le biais d'une guitare cradingue et lo-fi évoquant à la fois le blues (la magnifique « Sugar »), le punk ("Never back") ou le rock garage (l'addictive « Help me go »). Volontiers hypnotique à l'occasion (« Don't fall », « Give me something ») voici un album mystérieux, excitant et passionnant de bout en bout. Une réussite.




vendredi 8 juin 2018

Eli « Paperboy » Reed and The High and Mighty Brass Band + Marcus Bonfanti, Le Flow, 06/06/2018.



La première partie fût assurée par le bluesman Marcus Bonfanti, un sacré personnage, cheveux longs et accent traînant du Sud comme débarqué par hasard. Seul avec sa guitare demi-caisse qui respire le vécu, le chanteur s'est débattu avec de gros problèmes de son sur le premier titre aux allures de rodage avant que les choses sérieuses ne démarrent vraiment. Une prestation hélas trop courte, 20 minutes, pour se faire une idée et surtout des moyens limités, seul avec une guitare, difficile de sortir des sentiers battus. Néanmoins beaucoup de feeling transpire de la musique, à écouter sur disque pour se faire une idée plus précise. 

Déjà dix ans de carrière pour le guitariste soulman Eli « Paperboy » Reed de retour sur la scène (flottante, il s'agit d'une barge flottant sur la Seine) du Flow, un cadre atypique et magnifique pour fêter la sortie de son récent (et déjà introuvable) album en compagnie du High and Mighty Brass Band que l'on découvre pour l'occasion. Bien qu'originaire de Brooklyn, New York, tout dans ce brass band évoque la Nouvelle-Orléans et ses seconds lines, de la ferveur mais aussi de l'émotion, idéal pour chauffer la salle et ça tombe bien puisque c'est à eux que revient ce privilège en attendant l'entrée en scène du chanteur. Lequel se présente, boîtant bas, la jambe enserrée dans une prothèse, résultat d'une sortie de scène sautillante à Madrid quelques jours auparavant… Dommageable mais il en faut plus pour abattre Eli qui prend la chose avec beaucoup d'humour, les chorégraphies fûrent inoubliables sur le premier titre. Cette collaboration sonne comme une petite révolution musicale pour le chanteur qui rompt ainsi avec ses habitudes, plus de basse ni de clavier mais un rythme infernal mené par la batterie et les percussions et beaucoup plus de cuivres qu'auparavant, sa musique, qui repose moins sur sa guitare, n'a jamais sonné aussi funky ! Les anciens titres subissent ainsi une cure de jouvence sans pour autant être dénaturé, et dans ce nouveau contexte, la guitare nous apparaît de plus en plus blues. La fin du show fût fantastique. Au milieu de la fosse et du public, les musiciens en cercle entourent le chanteur (sans sa guitare) aux allures de prêcheur gospel, un moment rare et privilégié au contact de l'artiste. 

http://www.elipaperboyreed.com/
https://www.facebook.com/elipaperboyreed
https://twitter.com/elipaperboyreed

https://www.facebook.com/highmightybrass 

mardi 5 juin 2018

La Bonne Aventure 2018


L'affiche est magnifique, on se croirait en Californie, et la deuxième édition du festival La Bonne Aventure, s'annonce plutôt bien entre concerts, parcours secrets (au nombre de 18), visites (9) avec les acteurs culturels du territoire et, cerise sur le gâteau, performances face à la mer !

Les 23 et 24 juin à Dunkerque.

https://www.labonneaventurefestival.com/

Manu Delago : « Parasol Peak »



Batteur repéré derrière Björk, Poppy Ackroyd ou Anoushka Shankar, l'Autrichien Manu Delago s'est lancé, en compagnie de sept autres musiciens, dans un drôle de défi : gravir les Alpes et s'arrêter à différents palier pour y enregistrer de la musique ! Une aventure rocambolesque qui trouve aujourd'hui son aboutissement sur deux supports : un film et un disque, la qualité d'enregistrement ayant dépassé toutes les espérances de son auteur. Si musicalement la chose évolue entre classique (le violoncelle) et musique contemporaine (percussions, cuivres), elle comble entièrement une notion à laquelle nous sommes particulièrement attachés, celle du voyage musical (il y a quelques temps nous avions craqué sur l'album techno de Molécule pour des raisons sensiblement similaires). Ainsi le film, que nous avons pu visionner en avant-première, est d'une beauté à couper le souffle entre montagne et forêt, et présente une collection d'images insolites, les musiciens les pieds dans la neige ou éclairés à la torche traduisant la folie du projet. Car, avouons-le, il faut quand même être légèrement cintré pour se lancer dans une expédition en montagne (comprendre avec mousquetons, fil d'Ariane et compagnie), culminant à plus de 3 000 mètres, un violoncelle sur le dos ! Et au final, le métrage soulève un point passionnant, celui de la confrontation entre la musique et la nature et comment l'une réagit à l'autre et la modifie, on pense notamment au vent qui, fréquemment, s'invite dans les arrangements. La Nature serait-il le plus grand artiste qui soit ? Eléments de réponse le 7 septembre prochain pour la sortie du film et du disque. 

Www.parasolpeak.com

samedi 2 juin 2018

Ella/Foy : « Walking in the space »



Sur le port de La Rochelle, le regard perdu dans le vide, Ella (Hélène Fayolle, chant, guitare, ukulélé) et Foy (Romain Deruette, contrebasse, guitare, chant, percussions) rêvent d'ailleurs. Un ailleurs peut-être inaccessible mais qu'il est cependant possible de toucher du bout des doigts en musique(s). Démonstration en est faîte tout au long des treize plages de ce premier album, au confins du folk, du blues et du jazz, majoritairement acoustique, et porté par le swing feutré de la contrebasse épousant élégamment les courbes délicates du chant, soulful et légèrement fissuré dans le fond de la gorge, d'Ella. Troisième membre du groupe, l'harmoniciste Bruno Tredjeu souffle le tout sur les routes du blues fantomatique (« Lazy Day », « Imparfait », « Nothing better to do ») où ils croiseront certainement Valparaiso, autres grands voyageurs en musiques. Piste après piste on tombe sous le charme de la formation, l'intimité immédiate ressentie en musique, qui semble avoir été enregistrée au fin fond d'une grange abandonnée au milieu d'une plaine désolée. Très bel album. 

En concert le 29/06 à La Javelle (Paris)
https://www.facebook.com/ellafoylegroupe/
Www.ellafoy.fr



dimanche 27 mai 2018

Cannes Soundtrack 2018


Les lumières sont éteintes et le tapis rouge est remballé, le festival de Cannes s'est achevé il y a huit jours mais les prix restent. Le Cannes Soundtrack Award, huitième du nom, récompensant la meilleure musique de film a été attribué à Roma Zver et German Osipov, par ailleurs membres du groupe russe Zveri, pour le film "Leto" (L'été) réalisé par Kirill Serebrennikov, nous narrant l'histoire de Mike Naumenko, une rock star russe des années 1980, interprété par Zver lui-même. Ce dernier et les autres membres de son groupe sont à l'origine des prestations musicales du film, qui sortira sur nos écrans fin 2018. On a hâte de le découvrir...


Marquis de Sade, Villette Sonique, 26 mai 2018.


Comme un écho des biens décevantes premières parties (assurées par Anna Von Hausswolff et Exploded View) le show commence par des voix incantatoires accompagnées de plages synthétiques aussi planantes qu'angoissantes. Un écran géant occupe le fond de la scène diffusant d'étranges images de fœtus en noir et blanc, avant qu'ils ne fassent leur entrée en scène. « Nous étions Marquis de Sade » affirme le chanteur Philippe Pascal. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en 2018, la foule, un peu clairsemée tout de même eu égard à l'immensité de l'endroit, s'apprête à faire un triomphe au groupe rennais, porté disparu depuis plus de 35 ans. Marquis de Sade, deux albums studios seulement mais une empreinte indélébile sur le rock français, due notamment aux collaborations avec Etienne Daho, au début de la carrière de ce dernier, et un art de la cold wave tenant le haut du pavé, soutenant la comparaison avec n'importe quel combo venu d'outre-Manche. L'album live sorti en fin d'année dernière nous l'avait appris avec classe, en 2018, le retour sur scène de Marquis de Sade est, en tout point, absolument pertinent. Les cheveux ont certes blanchis mais l'élégance, sobrement noire, reste. Elancé et charismatique, le chanteur Philippe Pascal envoûte la foule alors que le guitariste Frank Darcel participe à cet envoûtement général par le biais de sons lourds de guitare. Tout Marquis de Sade est ici résumé, l'ambiance lourde et pesante avant que la section rythmique et les guitares ne fassent sauter le bouchon sous pression. Les claviers et le saxophone apportent une note aventureuse faisant toute la différence avec le tout venant rock. Deux invités, viennent apporter leur soutien à la cause, Etienne Daho (acclamé par le public) ce qui était attendu et Pascal Obispo (mentionné pour la première fois sur cette page en onze ans d'existence et il n'est pas improbable que cela soit également la dernière) ; pas si surprenant finalement depuis que l'on a appris que la star de la variété était, à ses débuts, le bassiste de Senso une formation post MDS de Frank Darcel. Sous l'écran géant diffusant ses obsessions cinéphilique (Metropolis, l'acteur Conrad Veidt) le quatuor semble avoir enterré la hache de guerre, si l'aventure a été aussi éphémère c'est aussi parce qu'elle tenait plus de l'association de circonstance que de l'amitié durable entre les musiciens. Espérons que cela dure…

samedi 26 mai 2018

Kaviar Special : « Vortex »



Découvert par une après-midi de canicule à Rock en Seine, le groupe rennais avait, tout de suite, charmé l'auteur de ces lignes, par sa capacité à surfer la vague psychédélique. Ce nouvel album pousse le bouchon encore plus loin, au point que le groupe fait honneur au titre, se perdant, avec bonheur, et l'auditeur avec eux, dans le vortex du son. Le vortex, soit le tourbillon, le tournis qui prend les oreilles de l'auditeur une fois le disque posé sur la platine, le cerveau vrillé par les guitares, les vagues acides de fuzz et la batterie qui guide la petite troupe au sprint (« Bursting at the seams »). Titre après titre, le groupe se désinhibe avec délice, et l'auditeur aussi. Particulièrement addictif, l'album fait le grand écart entre garage/psyché hypnotique et répétitif (« Dead End ») ; et surf music/rockabilly/punk (« Bedroom », "The Draugr"). Un soupçon de ballade pop au charme rétro (« Back to school ») ajoutant de nouvelles couleurs à la palette, très complète, maniant avec autant d'habileté les ambiances planantes et les guitares saturées. Ah oui, la pochette est magnifique aussi. Plus qu'une réussite, du caviar ! 

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vendredi 25 mai 2018

Brisa Roché, Salle Palias, 24 mai 2018.

(c) RG

Magnifique chapelle située au quatrième étage d'un bâtiment, religieux, d'obédience polonaise, la Salle Palias fût l'endroit le plus improbable qu'il nous ait été donné de visiter cette année. Un lieu atypique qui convient bien à la chanteuse Brisa Roché qui fête, le temps de ce court show case, la sortie de son nouvel album « Father », le plus personnel de l'exilée américaine à ce jour. En position dangereuse, assise en équilibre précaire, sur une sorte de pupitre pas spécialement étudié pour, Brisa trône au balcon, perchée, comme à son habitude, seule avec sa guitare folk. Sa voix, absolument pas amplifiée, dégage une puissance incroyable, dans cette antre boisée ; le fantôme de Karen Dalton traîne quelque part, celui de Tim Buckley également. Ses maladresses à la guitare, c'est un exercice assez nouveau pour elle, sont attendrissantes et renforcent le charme naturel de la chanteuse. Le public, assis en contrebas, est sous le charme. Le nouveau répertoire de Brisa possède ce charme intemporel et son interprétation est à l'avenant, le public est pris au piège, dans cette sorte de machine imaginaire à remonter le temps et semble projeté dans un hootenanny des sixties. Brisa quant à elle, prise par l'émotion de ces chansons racontant sa vie, essuie quelque larmes, en pleine interprétation, la voie brisée. Le showcase est émouvant. Le disque sort aujourd'hui, la tournée débute bientôt, ne la ratez pas… 




Robin McKelle, New Morning, 23 mai 2018.


Dans la foulée de la sortie de son excellent « Melodic Canvas », la chanteuse américaine est de retour sur la scène du New Morning, qui l'a vu débuter chez nous, comme pour mieux sceller ses retrouvailles avec le jazz. Retrouvailles mais pas redite, tant la chanteuse a réussi ce changement dans la continuité, c'est à dire rester fidèle à une esthétique tout en réussissant à se renouveler. Pour mieux renouveler ses vœux avec l'idiome, Robin s'est entourée d'un groupe d'experts, l'orchestration diffère légèrement de l'album, pas de guitare, une batterie complète (remplacée par des percussions sur le disque) et un saxophoniste, ce dernier étant un peu en retrait. Deux musiciens semblent emballer la machine, le pianiste (et organiste) qui semble se tailler la part du lion multipliant les soli à l'envi avec classe et feeling, et le batteur au swing feutré, élégant et sobre. Très à l'aise dans la retenue, il est aussi capable d'accélérations aussi puissantes que fulgurantes. Enfin un dernier membre alterne basse électrique et contrebasse (parfois au sein du même morceau), si les interventions solo se font rare pour les quatre cordes, sa capacité à creuser le temps au maximum renforce le swing. Aussi bien entourée, Robin, parfaitement francophone, brille de mille feux et se met le public dans la poche. Sans piano, mais concentrée sur le chant, Robin interprète littéralement ses textes dans le sens ou quelques mimiques et autre clin d’œils complices agrémentent sa prestation et font ressortir son charisme naturel. Appliquée, la chanteuse module sa voix pour mieux faire passer l'émotion et le ressenti, si on peut toutefois regretter un excès de tremolo. Enfin le concert s'achève par un rappel extraordinaire de 20 minutes, du silence impressionnant au déchaînement de swing, qui verra le public passer par toutes les couleurs… Grande classe. 

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Très Court International Film Festival


mardi 22 mai 2018

Eli Paperboy Reed au Flow le 6 juin


Eli Paperboy Reed enflammera le Flow le 6 juin prochain en compagnie d'une impressionnante section de cuivres de dix membres ! Ca va tanguer sur la Seine !

Ben Folds à la Cigale le 30 mai


Pour la première fois depuis des lustres, Ben Folds (et son piano) seront de retour à Paris dans le cadre magnifique de la Cigale...

lundi 21 mai 2018

Robin McKelle : « Melodic Canvas »



Au terme d'un parcours artistique entamé en 2006 et qui l'a vu passer du jazz big band à la pop, sans oublier de passer par la case soul, Robin McKelle se réinvente une nouvelle fois avec ce nouvel effort, le septième, et le plus personnel de sa carrière. En effet, en plus de l'écriture et de la production, la chanteuse assume également la direction artistique de la pochette. C'est donc sous un nouveau jour que se présente l'artiste. Une grande idée donne le ton de l'album, l'absence de batterie au profit de percussions. Loin d'être anodin ce choix indique la direction de l'album, soit une baisse volontaire du volume sonore et du tempo général ainsi qu'une place moindre, mais toujours centrale accordé à la rythmique. Il en résulte un album intimiste, pratiquant un swing « en sourdine », délicat, élégant et languoureux, donnant l'illusion d'un disque enregistré, au coin du feu, quelque part dans un chalet éloigné, en petit comité. Ce disque marque aussi les retrouvailles de la chanteuse avec le jazz, quoique dans un style différent que par le passé. Et le changement lui va particulièrement bien, le contexte acoustique faisant ressortir le charme naturel et le charisme vocal de Robin, qui semble nous sussurer dans l'oreille dix titres durant. A noter pour finir, un dernier titre en français « Il est mort le soleil », placé en toute fin de programme, comme un clin d'oeil au pays qui l'a tant soutenu depuis une décennie. Excellent de bout en bout et plein de charme, voici le disque idéal pour les longues soirées d'été qui s'annoncent. 

En concert le 23 mai à Paris (New Morning)

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dimanche 20 mai 2018

La Danse du Chien : « Monsters and Mermaids »



Ce quatrième album marque le 20ème anniversaire de la formation qui, inexpliquablement, avait jusqu'ici échappé à notre radar. Intitulée « Monstres et Sirènes », le disque porte particulièrement bien son nom tant le groupe ne semble fonctionner que dans l'opposition. Tout comme le sel accompagne le poivre ou le Yin n'est rien sans le Yang, La Danse du Chien n'est jamais complète sans son contraire. Ainsi le groupe alterne reprises et compositions originales, blues fiévreux ("Sant'Antonio's Trigger") et rock n'roll mordant (« Diposophobia », « Lie to me » dont le saxophone rappelle les Stooges), le tout sans jamais affaiblir une impressionnante tension intrinsèque consanguine à leur musique (« Gone »). Expérimentations psychédéliques (« Still Waters »), torch songs nocturnes un rien baroques, que n'auraient pas renié Tom Waits (« Primitive », « Room 25 ») et rock n'roll cynophile (la reprise bien sentie d' « I wanna be your dog ») composent ainsi un passionnant patchwork, débordant de feeling, sorti tout droit de la gorge du chanteur, perceptible dans le souffle de l'harmonica ou dans le moindre pincement de corde. Magnifique album dont la superbe pochette vintage nous fait regretter cette époque pourrie où la promo ne se fait plus que par voie digitale… 

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samedi 19 mai 2018

Volage : « Sittin' Sideways »



Voici, enfin, le deuxième album de Volage quatre ans après une première livrée nerveuse. Entre-temps, le groupe a appris à moduler son propos, prenant ses distances avec la scène rock garage, un créneau bien encombré par les temps qui courent, pour délicatement dériver vers des rivages power pop. Power est bien en l'espèce le terme le plus important, car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le groupe n'a rien perdu de son aspect tranchant (« Permanent Feeling », le grunge menaçant de « Spleen ») mais, désormais, canalise au mieux son énergie. Batteries tamisées, guitares sous contrôle et harmonies vocales soignées (« Whispers »), tout les signaux sont au vert pour une approche pop, mettant en valeur les mélodies (l'excellente « Fever »), sur lesquelles se drape parfois un voile mélancolique (« Sittin' Sideways ») contrastant amèrement avec le sourire éclatant arboré sur la pochette. Oui, Volage évolue et c'est une excellente nouvelle tant ce nouvel effort, à la production soignée dans les moindres détails, annonce des lendemains qui chantent pour le groupe. Attachant et addictif, la bonne surprise de ce printemps.
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vendredi 18 mai 2018

Gaëlle Buswel le 31 mai au Café de la Danse


Villette Sonique 2018



Rappel : la semaine prochaine c'est le festival Villette Sonique et, entre autres, le grand retour inespéré et tant attendu de Marquis de Sade sur une scène parisienne ! Youpi !

Henri Caraguel : "Les Arbousiers"

On avait beaucoup aimé son très dépaysant EP, Henri Caraguel nous revient avec un premier extrait vidéo vert et ensoleillé, ça fait du bien !

mardi 15 mai 2018

JC Brooks Band : « Red Black and Blue »



JC Brooks retrouve des couleurs. Auteur d'un album assez décevant avec son groupe précédent, The Uptown Sound, le chanteur chicagoan a totalement revu sa formule et remodelé sa formation. Inspiré par l'Amérique d'après l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, Brooks questionne son pays, tiraillé par un racisme latent, rempant, dont les Etats-Unis ne se sont jamais réellement sortis. Résultat un sompteux EP, inspiré par la soul de la fin des années 60 / début 70, un créneau certes encombré mais dans lequel le timbre rauque du chanteur nage comme un poisson dans l'eau, chroniquant, sur un mode groovy, la vie du peuple « darker than blue ». Comme dans un bon vieux Curtis. Magnifique. 

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lundi 7 mai 2018

Nathaniel Rateliff & The Night Sweats : « Tearing at the seams »



Pour Nathaniel Rateliff, ce deuxième album en compagnie de son groupe de soul music The Nights Sweats, arrive comme la confirmation d'un succès, sur le tard, longtemps attendu et espéré et finalement amplement mérité. Car, si à première vue l'album ne contient aucun hit d'envergure comme « S.O.B » en son temps, sur le temps long le disque confirme la très haute tenue de l'ensemble. Plus abouti, produit avec soin et dans le moindre détail, l'album démontre la maîtrise musicale du groupe et de son chanteur. Comme une réponse aux labels branchés de Brooklyn, occupant plus ou moins le même créneau, l'album confirme The Night Sweats comme une formation soul de premier ordre capable elle aussi de reprendre à son compte l'héritage soul de la Stax, de Muscle Shoals voire même un peu de la Motown (la poppy « Say it louder »). En creux, l'album prouve que les musiques du sud des Etats-Unis, de la country à la soul, ne font qu'une. Car Rateliff est entré dans la carrière par la porte du folk et l'on retrouve un peu de cette influence ici (« Hey Mama », « Babe I know »). Par extension, c'est ici un groupe folk-rock, terrien, qui s'empare de la soul avec finesse et sensibilité. Ultime preuve du savoir-faire des musiciens, « You worry me » arrive à faire passer la pillule d'influences new wave dans le mix avec doigté et douceur. Dans un monde parfait, ces types ont la carrure pour s'installer durablement dans notre paysage musical. Un album solide. 

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dimanche 6 mai 2018

Brisa Roché : « Father »



Ce nouvel album, le sixième, pour l'Américaine installée en France sonne d'emblée comme son disque le plus personnel, sobrement intitulé « Father ». Comme si tout ce qui avait précédé n'était que le prélude, devant mener à ce disque, dont une bonne moitié, est un hommage à son père, un personnage trouble navigant dans les eaux sombres de la drogue, décédé à l'âge de 48 ans (cf. le « 48 » du premier titre). Revisitant son histoire familiale et son enfance, ce nouvel effort voit Brisa endosser différents costumes à la fois la mère bienveillante (la très délicate « Patience »), l'enfant éploré (« Carnation ») ou les dealers qui entouraient son père (l'angoissante « Holy Badness »). Après maintes divagations électroniques, Brisa est revenu à une forme musicale folk, acoustique, à la fois classique, comme dans un hootenanny des années 60 (« Can't Control », la magnifique « Black Mane » peut-être bien notre préférée), mais laissant apparaître quelques traces de modernité (« Cypress », la boîte à ryhme de « Engine off ») alternant les passages doux et délicat (« Patience », « Cypress ») et un aspect plus rêche et violent en dépit du contexte acoustique (« 48 », « Fuck my love »), dans la lignée d'une Karen Dalton des temps modernes. Particulièrement investie dans son projet, la chanteuse semble tout le temps sur le fil, la voix prise par l'émotion, sur le point de se briser (« Can't control »). Et c'est ces moments là, où l'artiste touche du bout des doigts une sorte de vérité universelle, qui donnent toute sa valeur à l'album et lui confèrent ce caractère si précieux à nos oreilles. 

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samedi 5 mai 2018

I'm with her, Les Etoiles, 4 mai 2018.


Sur la petite scène du théâtre les Etoiles, I'm with her nous a fait une démonstration magistrale, une grosse heure durant, d'un adage que l'on aime bien sur cette page : less is more. Un seul micro placé au milieu de la scène et les trois chanteuses, Sara Watkins, Sarah Jarosz et Aoife O'Donovan, assurant le lead à tour de rôle, placées en arc-de-cercle et tout autour beaucoup d'instruments à cordes exclusivement acoustiques : violon, banjo, mandoline, ukulele et, bien entendu la guitare folk, le pivot sur lequel repose le son du groupe. De magnifiques harmonies vocales complètent le tout. Un magnifique travail d'épure musicale. Sans filet, sans artifice quelconque pour rattraper quoi que ce soit, les trois chanteuses, qui toutes entretiennent une sorte de filiation vocale avec Rickie Lee Jones, ont assuré magnifiquement dans un registre allant du folk à la country/bluegrass. Alors que le concert se termine par un final à cappella, proche de la transe, à donner la chair de poule, l'émotion dégagée par le groupe et la cohésion de ce dernier sont à leur comble. Superbe ! 

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mardi 1 mai 2018

Nana Adjoa : « Down at the root part 2 »



La Hollando-Ghanéenne Nana Adjoa, bassiste et contrebassiste, retourne à la racine de sa vocation sur ce nouvel EP de quatre titres. Et cela donne des choses assez étonnantes. Telle une funambule, évoluant sur le fil de son inspiration, Nana alterne de délicats arpèges acoustiques, à la guitare ou au piano, avant de dérouler un tapis de nappes électro planantes et cotonneuses. Et l'amalgame fonctionne au-delà de toutes les espérances ! Finalement rien d'étonnant lorsque la jeune avoue avoir autant écouté les grands classiques de la soul des années 60 et 70 que le RnB de la fin du siècle dernier. Alors qu'importe le flacon tant que l'on a l'ivresse semble nous dire Nana tant la musicienne accouche içi d'un petit bijou soul atypique mettant son joli grain de voix en valeur quelque soit l'habillage musical. Belle découverte. 

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lundi 30 avril 2018

Mark Daniel



De tout temps, la formule du trio a représenté une sorte de graal rock n'roll. Pas d'artifice, ni de recoins où se cacher, les musiciens ayant choisi ce mode d'expression ne peuvent compter que sur eux-mêmes, il en ressort une tension, une adrénaline représentant la quintessence du rock n'roll. Jeune songwriter venu du Connecticut, Mark Daniel a justement choisi le trio pour son premier ep. Tension, détente, envolées lyriques des soli de guitares, brusques accélérations du tempo et du volume (« Heart stops beating ») auxquels succèdent des paysages sereins et apaisés (« Coming Down » ) voire folk (« Got it bad ») sont au programme de ces cinq titres inauguraux d'obédience classic rock sur lesquelles se greffent influences venues du blues ou du rock nineties. Parfaitement abouti sur le plan musical, le projet pèche un peu sur le plan vocal, quelques embardées mal contrôlées noircissant un peu le tableau. Bien peu de chose comparé au plaisir, communicatif, pris par les musiciens. De quoi largement rattraper les quelques doutes nés d'une démarche assez classique. Comme le chantait Neil Young, le rock n'roll ne mourra jamais et, en partie, grâce à d'authentiques passionnés tel que Mark Daniel. 

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'Heart Stops Beating' - Mark C. Daniel from The Tao Company on Vimeo.

dimanche 29 avril 2018

I'm with her : « See you around »



Une des choses que l'on aime le plus sur cette page, c'est de pouvoir voyager en musique. Notre éducation musicale s'est faîte avec Neil Young dont l'album classique « Harvest » (1972) nous a fait voyager dans les grands espaces étasuniens, ou avec Nick Drake dont le « Bryter Layter » (1970) nous a transporté dans les vertes prairies anglaises. Cette sensation d'espace et d'amplitude est au coeur du premier album du trio féminin I'm with her. La recette est simple et repose sur quelques éléments, une mandoline, deux guitares acoustiques et de merveilleuses harmonies vocales. Le trio s'inscrit dans une tradition typiquement américaine, celle du bluegrass, soit la country des collines, jouée exclusivement sur des instruments à cordes. Une tradition séculaire avec laquelle le groupe se joue à équidistance du respect de la tradition (« Waitsfield ») tout en la trahissant juste assez pour produire une musique actuelle, teintée de pop et de rock (« 1-89 », « Overland »), et susceptible de séduire le public européen bien peu au fait des subtilités de la country qui, chez nous, se résume à, bêtement, crier « iha » pendant les quelques rares concerts du genre à Paris. Tout dans cet album n'est que musicalité du geste et délicatesse, des mélodies, des arrangements et des voix. Porté par une véritable cohésion, qui s'entend tout au long du disque, le trio s'est soudé autour d'un projet commun : cet excellent album. 

En concert à Paris (Les Etoiles) le 4 mai 2018.
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samedi 28 avril 2018

Slim Paul : « Dead Already »



Le chapitre Scarecrow refermé, Slim Paul reprend le cours de sa carrière solo, entamée en 2012 avec la parution d'un premier EP en parallèle de celle de son groupe blues hip hop. Voici donc Slim Paul, son premier album et son pseudo qui claque comme celui d'un bluesman oublié des années 1930. Pour ce dernier le grand écart entre rap français et blues anglophone, qui faisait tout le sel de Scarecrow, semble terminé, la suite s'écrira sous l'influence de la note bleue. Une note que poursuit l'artiste tout au long de ce premier effort et où retrouve, parfois, un peu de son ancien groupe ; sur l'étonnante première plage « One of these days », titre quasiment à cappella avec pour seul accompagnement du human beatbox, ou dans le traitement rythmique de « Stuck on my own city » à base de boîte à rythme. Assez symptomatique de la façon dont l'artiste s'attaque au blues, en le considérant comme une matière vivante qu'il agrémente au grè de ses envies sans trop chercher l'orthodoxie à tout prix. Il en ressort un album riche et varié, dansant à l'occasion, la merveilleusement funky « Let me in », la swingante « Beauty N The Beat » ou le plus souvant touchant (« Nola song », en hommage à la cité du croissant, « Come N Play », « Lady Sorrow ») ou les deux en même temps (« Same mornin »). Quelque soit l'occasion, le grain de voix brisé de Paul fait des merveilles et convoque mille émotions chez l'auditeur. Âpre et joué près du corps, ce premier effort semble constamment à la poursuite d'un rythme : celui du battement d'un coeur. Un démarche qui prend tout son sens lorsqu'arrive la dernière piste, dantesque, qui se termine par un long larsen de guitare évoquant une asystole, un coeur qui cesse de battre pour quitter la vie. « Dead Already ». 

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mardi 24 avril 2018

Bettye LaVette : « Things have changed »



Que cela soit avec son projet autour du rock anglais (« Interpretations », 2010) ou centré sur le travail d'auteures/compositrices (« I've got my own hell to raise », 2005), la survivante de la soul Bettye LaVette a maintes fois, par le passé, fait preuve de ses facultés d'appropriation. Pour ce nouvel effort, LaVette s'attaque à une légende du songwriting étasunien, et prix nobel de littérature : Bob Dylan. Et la rencontre fait des étincelles ! En effet, la chanteuse (pardon l'interprète) a trouvé dans le répertoire folk suffisamment de grain à moudre pour faire briller de mille feux son timbre de voix si particulier, rauque, de gorge et un peu brisé avec cette félure typiquement soul au fond de la gorge. Ce n'est ni lisse, ni poppy, ni sucré, la vie est bien plus dure que ça et c'est un peu tout cela que l'on entend dans le chant de Mme LaVette, dans ce parcours fait de hauts et de bas et au terme duquel ce nouvel album sonne comme une revanche sur le business : c'est le premier a sortir sur une major (le prestigieux label Verve) à l'age de 72 ans. Composé de grands classiques attendus (« It ain't me babe », « The times they are a-changin' ») mais aussi, en majorité, de titres plus obscurs, Mme LaVette trouve le juste équilibre, respectant le répertoire tout en le tordant suffisamment pour se l'approprier modifiant les paroles ou entraînant la chanson sur un territoire soul (on en attendait pas moins) très différent du traitement original. Entourée de quelques pointures (le bassiste Pino Palladino, l'ex guitariste de Dylan Larry Campbell) et de quelques invités prestigieux (Keith Richards, Trombone Shorty) Bettye brille aussi en matière de rock n'roll (« Do right to me baby », « The times they are a-changin' » « Political world » avec Keith Richards) et c'était, pour le coup, assez inattendu. Un superbe album aux climats riches, variés mais d'une égale virtuosité (notre préférée coup de coeur : « What was it you wanted »). Comme quoi la véritable soul tient plus du feeling de l'interprétation, du moment que du respect de règles préétablies. 

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lundi 23 avril 2018

Poppy Ackroyd : « Resolve »



Musicienne classique, pianiste et violoniste, Poppy Ackroyd réussit cet exploit, rare, de s'immiscer dans le fin interstice séparant la musique classique de la pop vaporeuse et éthérée. La démarche peut rappeler celle des Allemands de Get Well Soon tout en étant assez différente. Point de chanson ici mais des pièces instrumentales aux titres liminaires (« Paper », « Light », « Time », « Luna » etc...) de facture assez minimaliste mettant en avant ses instruments de prédilection (piano et violon) mais également un soupçon d'électronique dans les rythmes. N'ayant pas peur de l'emphase, tout en contrôlant ses envolées lyriques à la perfection, jouant de la tension/détente avec maestria et développant une force hypnotique impressionnante à base de thèmes répétitifs obsessionnels et entêtants, l'Anglaise signe ici un album propice à la rêverie tout en dégageant un soupçon de mélancolie automnale. C'est beau. 

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dimanche 22 avril 2018

Danaë Xanthe Vlasse : « Trilogies »



Les deux mains sur le clavier de son piano, Danaë rêve. Installée de longue date à Los Angeles, la musicienne, née à Bordeaux, entretient la mélancolie de sa terre natale le long de compositions toutes titrées dans la langue de Molière, tout comme le titre de ce disque. Ainsi cet album présente quatre pièces « Fantaisie », « Nocturne », « Petite Valse » et « Prélude » (étrangement placée en clôture) toute déclinées en trois mouvements. Seule au piano, et en instrumentiste accomplie, la musicienne fait corps avec son instrument, devenu une extension de sa personne. Au-delà de la musique, d'obédience classique et néo-romantique, la pianiste nous révèle des sentiments, des émotions au fil de notes, jouées avec maestria où la virtuosité n'est jamais vaine mais est, au contraire, au service du propos. Un album long, dépassant l'heure de musique, qui fait passer l'auditeur par toutes les couleurs, où la musique déferle comme une vague continue. Comme le calme suit la tempête, comme la pluie vient après le beau temps, les moments calmes, d'une beauté éthérée, ménageant une large place au silence, suivent un déferlement de notes orageuses jouées avec célérité. Un magnifique effort que l'en prend plaisir à écouter le soir, pour se détendre en fin de journée. 

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vendredi 20 avril 2018

Vanished Souls + Why Mud, le Nouveau Casino, 19 avril 2018.


C'est un joli plateau, autant psychédélique qu'expérimental, totalement cohérent et complémentaire, qui a été réuni en ce jeudi soir au Nouveau Casino. 

On commence avec Why Mud, un quartet que l'on avait repéré avec un premier album très ambitieux (« Adam & Joe ») dont on découvre, enfin, la déclinaison scénique. Mené tambour battant par un batteur très carré et véloce, Why Mud a pour particularité de s'inspirer autant de la scène psychédélique des années 60/70 que de s'en éloigner. Voix plaintive à la Jeff Buckley, entrelacs mélés de nappes synthétiques et de guitares aériennes, le tout sert à merveille de longues compositions à tiroirs tellements profonds que l'on s'éloigne par moment du rock au sens strict du terme. A mi-chemin des idiomes psychédéliques et du progressifs, voici un groupe qui s'éloigne autant de revival qu'il le respecte. Mention spéciale au guitariste au look fleuri qui a débarqué en skate à la salle. Rafraîchissant. 

Cette balance entre progressif et psychédélisme, c'est également tout ce qui fait tout le sel de Vanished Souls, le groupe suivant que l'on a pu admirer sur scène en ce jeudi soir. L'aspect le plus passionnant de la chose est certainement le dialogue établi entre la batterie explosive de Julien, une présence inquiétante au visage masqué, et les guitares aériennes de Svein. Le feu et la glace. Tout part souvent de la batterie solide et carré dont la rafale de doubles croches sonnent le début des hostilités avant que la guitare, au phrasé mélancolique, n'emboîte le pas, montant dans les tours et les watts jusqu'à évoquer le néo métal (« Am your shadow »). Le tout est bien soutenu par une basse énorme (Wilfried) alors que le chant est au diapason, clair doux et aéré ou forçant un peu plus sur les cordes vocales. De subtils, jamais invasifs, et discrets arrangements électro participent à la texture et entretiennent cet aspect enveloppant de la musique. 

Si en matière de rock psychédélique la nostalgie des années 60 et 70 semble être la norme, les deux groupes du soir prouvent qu'il est possible de sonner autrement en ratissant plus large de la fin du 20ème siècle au début des années 2000. 

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mercredi 18 avril 2018

Forever Pavot : « La Pantoufle »



Pour tous ceux qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, aiment autant le cinéma que la musique, ce nouvel album de Forever Pavot s'impose comme une bénédiction. Toujours aussi fondu des années 70, du vinyle et des instruments vintage, Emile Sornin (la tête pensante du projet) imagine un invraisemblable polar à la recherche d'une pantoufle égarée (cf. « La Pantoufle est dans le puit »). Un projet farfelu sur le papier mais porté par une véritable ambition musicale dans la foulée des films des seventies mis en musique par (entre autres) François de Roubaix. Ainsi morceaux anxiogènes, comme la BO d'une poursuite imaginaire (cf. « Les Cagouilles ») succèdent aux scènes porno soft (« Jonathan et Rosalie ») et aux moments de pure fantaisie (« Huître »). Pour mieux souligner son propos, Emile a mis les petits plats dans les grands. C'est une véritable jungle d'arrangements qu'a imaginée le musicien quitte à s'éloigner du rock (clavecin, flûte, percussions etc.) ; les synthés vintage, apport prépondérant mais toujours utilisé à bon escient, apportent une note retro futuriste (« Père », « Cancre »), qui rappelle les productions Tricatel de Bertrand Burgalat (notamment celles pour April March), et qui permet au disque de dépasser le simple revival nostalgique, même si ce dernier est très réussi par ailleurs (cf. la jazzy « Les Cordes »). Une grande réussite ! 
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mardi 17 avril 2018

Un premier clip pour Delgres

Delgres (c) Rémy Solomon

Après avoir vu le magnifique trio de blues créole Delgres en concert (et pris autant de claques à chaque fois) la déception était grande de constater que le groupe n'avait à ce jour jamais sorti le moindre disque. Une anomalie sur le point d'être réparée puisque l'on annonce le premier album du trio pour 2018 dont le premier clip et le teaser viennent d'être dévoiler. Vivement la suite...



lundi 16 avril 2018

A Forest Man : « Into the wild »



Cela commence par un coup de vent glacé… Après des dizaines de groupes, une période de disette éloignée des guitares, et un temps en trio, Olivier, l'homme de la forêt, nous revient seul avec sa guitare acoustique, dans le plus simple appareil, et un titre inspiré d'un film de Sean Penn. L'ambiance est intime, au fil des arpèges délicats de guitare, la voix grave, en quatre minutes et vingt secondes, A Forest Man nous fait prendre un grand bol d'air en musique. La bande son d'un homme apaisé, arrivé à maturité. 

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dimanche 15 avril 2018

Bordelophone, Muzik'Club, Créteil, 14 avril 2018.

Bordelophone (c) RG

Les membres de Bordelophone sont quatre, la moitié du groupe est composée de professeurs issus du conservatoire, de fines gâchettes donc, des pros… On y retrouve de la guitare, de la basse et de la batterie jusqu'ici du classique. L'originalité, l'élément perturbateur est incarné par le trombone. Quel était le dernier groupe à utiliser du trombone ? FFF ? En tout cas l'idée est originale et permet de brasser un large éventail de styles. Le concert commence sur les chapeaux de roues, gros son, l'attaque est à la limite du métal puis vient un pont plus doux, avec une guitare wha-wha délicieusement soul. En quelques minutes à peine, le groupe fait montre de l'étendue de son répertoire. La musique ressemble à une balle devenue folle rebondissant dans tous les coins, cochant les cases au passage, jazz, funk, rock, métal et on en oublie... De la fusion au sens propre du terme. La virtuosité, le mot n'est pas trop fort, des musiciens est mise au service d'une créativité débridée. Un joyeux bordel (ophone bien entendu) mais également aphone, le groupe se passant de vocaux privilégiant une approche instrumentale (enfin presque, le tromboniste beuglant dans le micro de son instrument par moments) passant du calme à la tempête et inversement prenant ses distances avec le songwriting classique, ce qui ne les empêche pas de citer « Kashmir » de Led Zeppelin le temps d'un clin d'oeil sympatique (cf. « Del Pez »). Un concert euphorisant et festif, une belle découverte dont le premier album sort « très bientôt ». On l'attend avec impatience. 

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samedi 14 avril 2018

Dragon Rapide : « See the big picture »



De tous temps, le trois a été le numéro magique du rock. Source de fantasmes, le trio est peut-être bien l'épitomé du rock n'roll. A trois, l'équilibre est précaire, la dynamique précieuse, tout le monde est à fond ou tout le monde se plante, ensemble. A fond, les trois membres de Dragon Rapide le sont certainement. La tension qui anime le groupe, le feu intérieur, l'auditeur l'entend tout au long de ce premier album. Rien de bien perceptible au demeurant, mais une sorte de menace qui plane au-dessus des enceintes, une épée de Damoclès pendue aux oreilles, et perceptible dans la moindre descente de batterie, le plus infime frottement de cordes. Résumons, si trois est le chiffre magique, les ingrédients nécessaires à tout bon disque de rock sont au nombre de deux : le son et les chansons. 3X2, équation magique mise en pratique ici. Les chansons donc, sont plutôt d'obédience power pop, héritières d'une lignée commencée avec Big Star, poursuivie avec Weezer et Nada Surf, le tout fleure bon les années 1990. Mais, tout comme le monde ne s'est pas arrêté de tourner au changement de siècle, les membres de Dragon Rapide ont gardé les oreilles grandes ouvertes pour mieux s'emparer de leur répertoire avec la fièvre d'un groupe de garage, un son de guitare sale et saturé, pour mieux vitrioler leurs compositions aux refrains sucrés, repris en coeur. De son côté, la basse tricote des lignes énormes rappelant la cold wave ajoutant une touche de noir dans le tableau. On est séduits, il va sans dire. 

En concert le 17 mai à Paris (Truskel)
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mardi 10 avril 2018

Nathaniel Rateliff & The Night Sweats, Le Trianon, 09/04/2018.


Nous avons vécu un grand moment hier soir. Dans le cadre magnifique du Trianon, Nathaniel Rateliff et son groupe The Night Sweats, qui porte bien son nom tant il nous a donné des sueurs nocturnes, ont défendu avec une ferveur exceptionnelle leur nouvel album (chronique à venir bientôt). La formation compte huit membres : basse, batterie, guitare, cuivres et clavier. Un dernier membre alterne entre percussions et saxophone. Le groupe semble ancré dans une tradition soul sudiste, le genre qui démange les articulations, les cuivres bien pêchus et la rythmique au bord de l'apoplexie ; un idiome qu'ils attaquent avec la rage d'un groupe de garage rock tout en privilégiant le feeling. Quelques titres plus calmes, et même interprétés seul à la guitare acoustique rappellent l'enracinement de la musique folk de Nathaniel qui a lui-même débuté dans la carrière par le folk. La musique prend une toute autre ampleur accompagné par le groupe, Rateliff peut alors se laisser aller à son charisme naturel, sa coolitude détachée et son jeu de jambes tout en glissades mortelles (grande concurrence toutefois du bassiste à ce niveau). Mais Nathaniel Rateliff c'est aussi coffre ultra-puissant qui scotche sur place, l'émotion et le feeling coulent à flots. Ainsi la performance du soir fonctionne sur le même principe qu'une cocotte minute, la pression monte au fur et à mesure pendant une grosse heure avant qu'une euphorie contagieuse se propage dans le public, tout le monde debout, les bras en l'air pendant « I need never get old » et le climax atteint pendant le dernier titre « S.O.B » repris joyeusement en cœur par la foule bien après que les musiciens aient quitté la scène. Le meilleur moyen pour les faire revenir avec une merveilleuse reprise d' « Atlantic City » (Bruce Springsteen) mettant en valeur la similitude vocale entre les deux chanteurs. Un grand moment, on vous le dit ! 

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dimanche 8 avril 2018

Shaggy Dogs : « All inclusive »



Dans le jargon des voyagistes, « All inclusive » signifie « tout compris ». C'est également le titre du nouvel effort des Shaggy Dogs et, à l'écoute de ce dernier, on peut affirmer que le disque est également « tout compris », en termes de frisson rock n'roll, en même temps que les membres du groupe ont tout compris. Car notre bande de chiens préférée est de retour, et en très grande forme s'il vous plaît ! L'amateur de bon vieux rock n'roll ne sera pas dépaysé ici, la section rythmique pratique un subtile alliage entre groove et puissance d'execution (« Watch out »), chant de gorge mordant de Red le chanteur/harmoniciste, et la guitare dézingue tout sur son passage ("Link Wray"). Le clavier (piano ou orgue) apporte du liant, une note de boogie woogie survolté (« Swingin' high and low ») et un surplus de groove ; comme un rugissement de moteur venu du garage rock n'roll pour assourdir le pub. Produit par Gary Bromham (au C.V. prestigieux et long comme le bras : U2, George Michael, Björk) ce nouveau disque voit le groupe se recentrer sur ses acquis, le blues (« Tired of it all ») et le rock n'roll furieux (« Blues steady ») tout en tentant une ouverture vers le rock latino (« El dia de los muertos ») ou le reggae ("Time to go"). Ainsi, le monde musical des Shaggy Dogs semble circonscrit aux années 70 mais le questionnement qui anime le groupe est tout à fait contemporain comme le prouve le « Facebook Fury ». Un album euphorisant qui annonce des concerts explosifs… 

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Hugh Coltman : « Who's Happy ? »



Depuis qu'il a accepté, un soir de 2012, de remplacer la chanteuse Krystle Warren (par ailleurs présente sur ce disque) aux côtés de l'excellent pianiste Eric Legnini, la carrière de Hugh Coltman a pris une tournure aussi inattendue qu'une improvisation jazz. Jusqu'ici le Britannique de Montreuil s'était fait connaître dans un registre pop folk assez éloigné du jazz. Puis il y a eu le disque de reprises de Nat King Cole, un franc succès et une Victoire du Jazz en 2017 à la clé (Voix de l'année). Et voilà Hugh lancé sur le chemin du swing. La suite de l'histoire s'est écrite à la Nouvelle-Orléans où Hugh a posé ses valises le temps d'enregistrer ce nouvel album en compagnie de quelques fidèles, le guitariste Freddy Koella (un français exilé depuis des années), le batteur Raphaël Chassin et quelques pointures locales. L'amalgame entre la culture européenne et louisianaise fonctionne à plein régime. Hugh s'est totalement fondu dans le paysage et a créé l'écrin parfait pour mettre sa voix en valeur, tantôt crooner de charme au timbre séducteur et mélodique (« Sugar Coated Pill », « Ladybird ») ; tantôt félin sur un registre plus rageur (la magnifique « It's Your Voodoo Working »). Car c'est une idée de génie qui se cache derrière ce disque adapter le son de la Nouvelle-Orléans, cet étrange état entre groove joyeux et profondeur des sentiment, à sa personnalité et à son vécu («All Slips Away » sur la maladie de son père, « Little Big Man » pour son fils). Hugh atteint ici une note très émouvante, tant les musiciens neo-orléanais savent transformer les peines en swing positif (cf. « Resignation Letter », superbe). Who's Happy ? nous demande Hugh Coltman. L'auditeur évidemment à l'écoute de cet album entre chien et loup. Excellent. 

En concert le 12/04 à Paris (Bataclan)

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