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samedi 4 février 2017

Archie Shepp + Matt Wilson Quartet, Festival Sons d'Hiver, Maison des Arts de Créteil, 03 février 2017.

Matt Wilson (c) John Abbott
Archie Shepp (c) Monette Berthomier

Avec le sens de l'à-propos qu'on lui connaît habituellement, le Festival Sons d'Hiver fête le centenaire de l'arrivée du jazz en France avec une soirée hommage à Sidney Bechet avec deux réinterprétations complémentaires de l’œuvre du musicien natif de la Nouvelle-Orléans.

On commence avec le quartet mené par le batteur Matt Wilson. Ancien compagnon de route de Charlie Haden, Matt Wilson est un magnifique batteur au swing élégant. Trouvant la note juste, refusant le concours de vitesse généralement associé au solo, Wilson brille par son sens du ralentissement. N'ayant pas froid aux yeux, le musicien n'hésite pas à démonter sa caisse claire pour en tirer des sonorités inédites et développe un feeling égale aux baguettes ou aux balais. Bien entouré par une contrebasse et des vents, parmi lesquels on note la présence de la française, Catherine Delaunay à la clarinette en invitée spéciale, le batteur a livré une relecture classieuse et intemporelle du répertoire. Un superbe moment de musique, tout en swing.


Après une pause d'une vingtaine de minutes, inhérente à l'habituel changement de plateau, c'est au tour d'un monstre sacré, le saxophoniste Archie Shepp de s'attaquer au répertoire de Bechet, qui a comme lui trouvé une terre d'adoption en France. L'instrumentation est légèrement différente, on note la présence du piano et laisse plus de place à la voix assurée par Shepp lui-même ou par la chanteuse Marion Rampal. La prestation se révèle plus personnelle et inclut également des compositions hommages de Shepp ainsi que des reprises qu'affectionnait Bechet (de Fats Waller notamment). La démarche se révèle à la fois aventureuse et nerveuse. Sur scène Shepp impressionne par sa stature et son apparente économie de mouvement, gestes précis et notes calculées autant que soufflées. Généreux avec le public le groupe à prolongé le concert aussi longtemps que possible avant de saluer le public jusqu'à la prochaine fois, enfin si tout va bien. Magnifique.

dimanche 19 février 2012

Archie Shepp et Joachim Kühn + Defunkt Millenium feat. Joe Bowie, Maison des Arts de Créteil, festival sons d’hiver, 18 février 2012.


Nouvelle édition du festival sons d’hiver et nouvelle soirée de prestige dans le cadre de la belle salle de la maisons de arts de Créteil.




On commence avec un duo de légende, à savoir le saxophoniste Archie Shepp, un pilier de la scène free jazz et qui a joué entre autre avec John Coltrane accompagné du pianiste Joachim Kühn. Pour cette nouvelle visite à sons d’hiver, Archie Shepp a donc choisi une formule simple où l’intimité domine, comme pour mieux faire résonner son saxophone solitaire dans la nuit francilienne. De fait le concert prend des allures de récital où tout un chacun écoute la musique religieusement. Il est question ici de musicalité et d’un dialogue touchant entre les deux virtuoses. Le pianiste Joachim Kühn aux doigts habiles alternent les changements de rythmes, poussant des accélérations folles allant jusqu’à frapper le clavier avant de ralentir considérablement le rythme alors que hurle la douleur du saxophone. Chaque composition est minutieusement fouillée dans les moindres recoins, ce qui donne lieu à de nombreux soli de chacun des deux intervenants. Malheureusement la prestation fut un peu gâchée par de petits soucis techniques et de fort malencontreuses saturations dès que Künh frappe son clavier un peu trop fort. Si la musicalité de la chose fût en tout point absolument passionnante, la prestation du duo a parfois manqué d’un peu de piquant. Un batteur aurait probablement été trop intrusif et aurait modifié la nature profonde du projet en brisant son intimité. Cependant une contrebasse aurait été la bienvenue et aurait apporté surtout du liant entre les deux intervenants. Une prestation remarquable malgré tout. On n’en attendait pas moins vu le CV des deux musiciens.
 
Joe Bowie, accompagné de son projet Defunkt Millenium a apporté un contrepoint après cette délicate première partie. On avait déjà pu admirer les talents de tromboniste sur la scène de la maison des arts à l’époque où il accompagnait Anthony Joseph. Il revient maintenant à la tête de son propre groupe, Defunkt, formation qu’il a crée au début des années 80 mélangeant funk, jazz et free jazz. Une prestation très rythmée donc, dansante même où se mélangent différentes sortes de jazz, parfois classiquement « swing » et parfois très free. Un peu à l’image de l’organiste qui alterne entre hammond B3 (on adore) et synthé 80s (là on adore beaucoup moins). Pour le reste un bon duo de souffleurs, saxophone et trombone et une section rythmique (batterie et basse électrique) qui va le pied au plancher. Le batteur est excellent mais me paraît tout de même un peu raide, crispé derrière son kit, probablement un effet collatéral du tempo parfois délirant du groupe. Le groupe aura néanmoins réussi à faire danser quelques grappes de spectateurs réunis dans les coins de la scène, pas forcément évident, vu la configuration de la salle, sans fosse, qui ressemble plus à un théâtre. C’est donc sur cette note festive que c’est terminée cette nouvelle édition du festival.