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mercredi 23 mars 2022

Fred Chapellier : « Straight to the point »

 


Après deux années de pandémie, et d’incertitudes liées, Fred Chapellier, qui avait pourtant émis le souhait d’arrêter sa carrière sous son nom propre, remet la main dans le pot en allant droit à l’essentiel, « Straight to the point » ; «Si ça doit être mon dernier album, je ne veux rien y mettre d’inutile » abonde-t-il, droit au but, donc. Derrière sa facture simple et classique, point de superflu, tel est le mot d’ordre, ce nouvel album est un petit chef d’œuvre en forme de quintessence de tout ce qui fait l’art du guitariste / chanteur. Point de superflu, ne signifie en rien un album ascétique et décharné. Bien au contraire, accompagné de ses acolytes habituels, Billy Brice, Neel Black ou Alain « Footballer » Rivet, Chapellier met le cap vers la note bleue, mettant l’accent sur l’émotion avant tout le long d’un album blues, certes, mais aux effluves variées allant de la soul au R&B. Les arrangements de cuivres caressent l’oreille, la voix de Fred regorge d’émotions et le musicien surprend même en reprenant Gladys Sunlight & The Bips (« I’ve got to use my imagination »). A noter enfin deux instrumentaux, « Juliette » et « Racing with the cops », prouvant que le musicien en a suffisamment sous le manche (Dutronc ne s’y est pas trompé) pour poser un climat, une ambiance, sans le moindre mot. Superbe, comme d’habitude !

En concert (avec Grant Haua en première partie!) à Paris (New Morning) le 23/03

https://www.fredchapellier.fr/

https://www.facebook.com/FrenchBluesman/




samedi 31 octobre 2020

Fred Chapellier : « 25 years on the road – Best Of »



Fine gâchette à six cordes du blues d'ici, Fred Chapellier avait surpris son monde en annonçant l'abandon de sa carrière sous son nom pour se consacrer à un rôle de guitariste accompagnateur, qu'il a très bien tenu par ailleurs en parallèle. Ainsi, ce copieux best of en deux temps, un cd studio de 18 titres et un autre live de 16 pistes, intervient à un moment charnière alors que Fred s'éloigne du micro. A l'exception de ses premiers essais francophones en début de carrière, cette copieuse collection, agrémentée de deux inédits « Beyond the moon – part II » pour la partie studio et « I'm a ram » pour la partie live, présente un panorama exhaustif de son parcours jusqu'ici. On y retrouve également quelques titres où le chant est tenu par Billy Price ou Dale Blade, mettant en valeur son touché de guitare, soulful, fin et délicat, mettant sa virtuosité discrète et sans effets superfétatoires, au service de la chanson avant toute chose. Tout ce qui a fait le sel de sa musique est ici présenté, cet équilibre délicat entre blues et soul parfois teinté de climat jazzy où sa voix, quoi qu'il en pense, a fait des merveilles dans un registre nuancé et émotif. Un double album sonnant comme un au-revoir à sa carrière de chanteur (mais pas de musicien) qui nous confirme que, décidément, le confinement passe beaucoup plus vite avec des types comme lui. 

https://www.fredchapellier.fr/
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mercredi 13 mai 2020

Fred Chapellier


Fine fleur du blues hexagonal, guitariste inspiré et soulful, Fred Chapellier aura vécu une drôle d'année 2018 avec la parution de deux albums et l'annonce de l'arrêt de sa carrière solo. On a bien dit « solo » car le bonhomme reste toujours actif, derrière d'autres. Petit focus. 
Fred Chapellier plays Peter Green Live Recording. 



Mais avant de tirer sa révérence (en tant qu'artiste solo, on insiste) il convenait pour Fred de rendre hommage à un musicien cher à son cœur : Peter Green, guitariste de Fleetwood Mac. Ce dernier aura accompagné Fred toute sa carrière, son répertoire consistant un corpus de choix dans lequel il est facile de puiser moult reprises, égrainées régulièrement sur scène au fil des années. C'est ainsi, au cours de discussions avec les spectateurs d'après concert, que Fred a réalisé l'impensable : Green, malgré son statut iconique restait un « musician's musician », un type essentiellement connu des exégètes, une référence pour d'autres guitaristes (dont certains largement plus connu que lui) mais, aussi, un artiste de l'ombre assez méconnu du grand public. Et c'est ainsi que cet album est né, avec la volonté de remettre la lumière sur le répertoire de Peter Green. Une fine équipe de musicien l'accompagne dont les chanteurs Leadfoot Rivet et Ahmed Mouici (un ex-Pow Wow), un signe du désengagement à venir du musicien vis à vis du chant. Concernant le répertoire Chapellier s'est concentré sur une période très précise de trois années, ne reprenant que des titres enregistrés entre 1967 et 1970. Et c'est là l'occasion de quelques surprises « Black Magic Woman » et « Oh Well » que l'on croyait sans peine pouvoir attribuer à d'autres sont en fait des reprises de Peter Green ! L'album voit Chapellier et son groupe évoluer sur un fil, qui relève de la gageure : imposer sa patte personnelle sur les compositions tout en restant proche des versions originales, ce qui reste essentiellement une histoire de feeling et de ressenti. Pour le reste, Chapellier et son groupe nous transportent littéralement dans ces années magiques dans un geste musical de grande classe débordant d'émotions et d'âme. Une petite heure de bonheur intégral pour qui aime le blues. 

Fred Chapellier & The Gents featuring Dale Blade : « Set Me Free » 



La décision, évoquée plus avant, de Fred Chapellier d'abandonner le chant étant surtout motivée par le fait de retourner au rôle préféré du guitariste : écrire, composer et se concentrer sur le placement de sa guitare ce qui a pour conséquence finale d'élever le niveau de jeu et d'exigence musicale du musicien (comme si cela était possible!) Un rôle qu'il connaît bien, tenu en concert auprès de Jacques Dutronc, ce qui l'a amené a monter sur scène avec les Vieilles Canailles : Eddy Mitchell et Johnny Hallyday ! Encore faut-il pour cela trouver l'alter ego, le chanteur capable d'incarner vocalement l'ambition débordante du guitariste. Et cela sera fait en la personne de Dale Blade, natif de la Nouvelle-Orléans ayant baigné toute sa vie dans la musique, rencontré pendant une jam au Cahors Blues Festival en 2014. Autre avantage : Blade peut tout chanter, ce qui permet aux guitariste d'aborder de nouveaux genres musicaux (sans toutefois trop s'éloigner du blues, du rock'n'roll et du rhythm'n'blues) et apporte en sus le supplément de crédibilité qu'il est tant difficile d'atteindre pour les francophones tentant le chant en anglais. Et l'association de malfaiteurs fonctionne au-delà des espérances ! Un magnifique album !

vendredi 7 avril 2017

AWEK (feat. Fred Chapellier) + Elise and the Sugarsweets, New Morning, 6 avril 2017.



Voilà une soirée que l'on attendait avec impatience faisant le lien entre piliers et nouveaux venus de la scène blues hexagonale.

On commence avec du sang neuf, celui d'Elise & The Sugarsweets, un seul EP pour l'instant et déjà tant de promesses… Le groupe accompagnant la chanteuse n'est certainement pas inconnu des amateurs parisiens de la note bleue. Oliver Raymond (guitare) et les frères Jérôme et Olivier Férrié (basse et batterie) ayant roulé leur bosse dans différentes formations. Ce nouveau groupe les voit rejoindre Sylvain Lansardière (orgue) et la chanteuse Elise Heyte, 19 ans seulement et impressionnante de prestance et de maturité vocale. Sa voix, magnifique, est grave juste comme il faut et véhicule une foule d'émotions. Ce n'est pas Bannish (Blues Power Band) venu se prêter à un duo qui nous contredira. L'expérience et le savoir-faire des musiciens encadrant la fougue de la chanteuse, particulièrement charismatique et énergique sur scène. Le répertoire interprété fleure le bon goût et l'érudition (Magic Sam, Junior Wells, Freddie King, Aretha Franklin) et est parfaitement rendu en termes de feeling et de groove : (rhythm et) blues sont au programme. Seul petit regret, le manque de compositions originales (signalons toutefois la très belle « Road to coal mine » signée du guitariste Olivier) mais ce point devrait évoluer à l'avenir. On a toutefois passé une très belle heure en leur compagnie. Et le groupe a fait un tabac auprès du public.

Avec dix albums au compteur, les Toulousains d'Awek sont une valeur sûre du blues made in France. Leur performance du soir ne fera que confirmer tout le bien que l'on pense d'eux. Leur champ d'action est bien loin de se limiter à un seul style de blues mais va picorer des influences partout où bon leur semble et notamment dans le rock n'roll de Chuck Berry (duck walk parfaitement exécuté mais ne va pas te péter un truc Bernard!). Le swing semblant être la constante grâce à la section rythmique composée de Joël Ferron (basse) et Olivier Trebel (véloce batteur alliant puissance et finesse du touché). L'harmonica de Stéphane Bertolino apporte un plus « roots » indispensable et ancrant ce groupe, assez volage dans le fond, un peu plus profondément dans le blues. Sur une bonne moitié du set, le quartet a été rejoint par le guitariste Fred Chapellier (un renvoi d'ascenseur), une pointure de l'instrument en France, auteur d'une discographie en solo respectable et (accessoirement) accompagnateur de Jacques Dutronc. Musicien magnifique Chapellier possède ce don rare, celui de savoir s'exprimer avec son instrument, ses interventions étant toujours pleines d'émotions palpables. Jamais envahissant, trouvant toujours la note juste et le moindre espace pour s'exprimer, Fred s'est fondu dans le paysage comme un poisson dans l'eau pour le plus grand bonheur (auditif) des spectateurs. Les derniers rappels ont vu tout ce beau petit monde se réunir une dernière fois sur scène pour un mini bœuf, histoire de clôturer en beauté cette superbe soirée.