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mercredi 24 avril 2024

Cécile McLorin Salvant et l’Orchestre national d’Île-de-France, Maison des Arts de Créteil, 23 avril 2024

De son propre aveu, la chanteuse franco-américaine a plus l’habitude des big band que des grands orchestres symphoniques. L’exercice lui sied pourtant à merveille. Ainsi, l’Orchestre national d’Île-de-France (quarante musiciens) a donné une carte blanche à la chanteuse pour composer le programme au gré de ses envies. Au programme du classique attendu : George Gershwin (pour un intermède instrumental), Kurt Weill (l’Opéra de quat’sous), le merveilleux Michel Legrand (Devant le garage, extrait des Parapluies de Cherbourg) ou bien encore Frank Sinatra et Duke Ellington. Et puis des pièces moins connues de Stephen Sondheim ou Billy Strayhorn. Cécile McLorin Salvant ne s’est pas attaquée à l’exercice toute seule et est accompagnée (en sus de l’orchestre) de son propre trio, le fidèle et inamovible pianiste Sullivan Fortner, extrêmement délicat et talentueux, le contrebassiste David Wong et le batteur Kush Abadey. Les deux univers se rencontrent, s’amalgament, le trait d’union entre envolées classiques (vents, cordes et un pupitre de percussions) et swing jazz est parfait. Mais tout cela ne serait rien sans le charisme et l’élégance vocale de Cécile, aussi à l’aise pour chanter en anglais qu’en français qui transporte l’auditeur dans un univers de comédie musicale digne de l’âge d’or d’Hollywood. Non seulement Cécile chante à la perfection avec ce qu’il faut de coffre et d’émotion, mais incarne littéralement les textes avec moult contorsions et expressions du visage. Sa diction est également parfaite. Un talent immense, une des plus grandes chanteuses de sa génération.

jeudi 11 août 2022

Cecile McLorin Salvant + Marion Rampal, Paris Jazz Festival, Parc Floral, 21 juillet 2022.



Par une belle soirée d’été qu’il est doux de retrouver la quiétude du Parc Floral, déserté des promeneurs, et uniquement ouvert pour les concerts du soir. Le calme habite les allées, entre les arbres, un paon se promène en liberté, sur le chemin qui nous mène aux toilettes. Scène étonnante d’un parc où, le soir, la nature reprend ses droits. Mais, puisque c’est la musique qui nous a menés en ces lieux, revenons à nos moutons. Sur scène nous attendent ce soir deux voix magnifiques, et complémentaires, celles de Marion Rampal et de Cecile McLorin Salvant.

Marion Rampal décline sur scène son nouvel effort « Tissé », magnifique album, dont le répertoire, doux et délicat, est à l’avenant de cette douce soirée d’été. La voix mélodique de la chanteuse ondule dans l’air et, le groupe de musiciens qui l’accompagne ce soir en profite pour se lancer dans de longs passages instrumentaux, une transe hypnotique et aérienne menée par la guitare en sourdine de l’excellent Mathis Pascaud. L’écrin est idéal pour la poésie de Marion Rampal, quoi de plus indiqué pour elle qui aime chanter « D’autres soleils » ? La lumière et la nature étant deux des principales inspirations de la chanteuse, le cadre est parfait alors que le soleil se couche derrière les arbres, au pied du petit plan d’eau.

On a fini par l’oublier, tant son français est parfait, mais Cecile McLorin Salvant est belle et bien américaine de naissance, même si ses origines ont fait qu’elle a débuté sa carrière à Paris, il y a déjà plus de dix ans. D’autant que la chanteuse a fait le choix, de plus en plus prégnant, de s’éloigner de la langue anglaise au profit du français (on l’avait déjà adoptée depuis longtemps et ce n’est visiblement pas près de changer) mais aussi de l’occitan (une nouveauté) ou de créole. Musicalement Cecile s’exprime dans un registre rétro, au charme suranné, naturellement empreint de jazz, mais aussi de comédie musicale. Ainsi, en concert, Cecile ne se contente pas de chanter mais aime également à déclamer, réciter faisant ainsi montre de ses qualités naturelles d’actrice, son charisme s’empare de la scène, ou de sa plume élégante. Lorsqu’elle chante sa voix, ample et impressionnante, enrobe l’auditeur dans une bulle de douceur atteignant des sommets d’émotions. Grande soirée !

jeudi 15 août 2019

Cécile McLorin Salvant & Sullivan Fortner, Sunside, 13 Août 2019.


Talent exceptionnel, la jeune Franco-Américaine n'a eu aucun mal à faire salle pleine, pour deux sets à la suite, dans ce Paris quelque peu déserté, de mi-août. Assis au deuxième rang du petit club de Châtelet, à à peine un mètre de la chanteuse, on mesure l'immense privilège de pouvoir assister d'aussi prêt à une prestation de Cécile dans ce club intime. En la personne du pianiste virtuose Sullivan Fortner, Cécile a trouvé autant le compagnon de jeu idéal que la formule idoine pour faire briller de mille feux son immense talent. Car, il va sans dire, que l'Américaine possède une belle voix, mais cela n'est rien sans son immense travail d'interprétation. Et c'est bien de cela dont il est finalement question, un talent d'interprète qui redonne tout son sens à la définition du mot. Une présence physique tout d'abord, les pieds fermement ancrés dans le sol, Cécile chante, alors que le haut du corps, à partir des épaules, cherche à s'élever jusqu'aux étoiles. Le regard ensuite, les yeux révulsés, totalement investie, rieurs ou graves lorsque le sens de la chanson le réclame, son interprétation est tellement intense qu'elle s'approprie totalement le texte, redonnant beaucoup de poids, de sens, aux mots écrits par d'autres. La diction enfin, parfaite, la chanteuse est non seulement parfaitement francophone, sans le moindre accent, mais retrouve même les intonations titi parisiennes du répertoire des années 1930 qu'elle chérit visiblement. La formule piano/voix, dépouillée à l'extrême, est celle qui lui convient finalement le mieux, une présence musicale plus fournie aurait tendance à obérer les magnifiques intonations de la chanteuse. Un concert précieux et débonnaire ou chacun choisit, à tour de rôle, les chansons jouées et chantées tant en français qu'en anglais. L'audience est scotchée sur place, on ressort un immense sourire aux lèvres. Et tant pis si dehors il pleut, notre petit cœur est bien au chaud. 


samedi 19 janvier 2019

Cécile McLorin Salvant : « The Window »



70 minutes et 88 touches. Pour son cinquième album, la chanteuse étasunienne prend un risque considérable. Celui de s'exposer sur un double album, seule, accompagnée par un simple piano, sur un temps très long, au risque de provoquer une certaine lassitude chez l'auditeur. Mais c'était sans compter sur le talent exceptionnel d'interprétation de Cécile McLorin Salvant capable de charrier des torrents d'émotions par sa seule voix qu'il s'agisse d'un doux murmure (cf. « Visions » chipé à Stevie Wonder ; « Obsession ») ou d'un registre plus fort et appuyé (« Ever since the one I love's been gone »). Ainsi, quelque soit le contexte, l'interprétation est toujours juste et émouvante (« Wild is love »). Derrière son clavier, Sullivan Fortner, est à l'unisson offrant quelques magnifiques moments de dextérité, principalement au piano mais aussi un peu à l'orgue, mais en étant toujours juste, servant à la perfection la voix de la chanteuse sans ostentation manifeste. Le public ne s'y trompe pas, offrant de magnifiques ovations aux artistes sur les quelques plages éparses enregistrées en concert. Comme d'habitude, Cécile ne se prive pas de rendre hommage à ses racines francophones s'offrant deux titres dans la langue de Molière (« A clef », écrite par ses soins et « J'ai l'cafard »). Enfin, citons pour finir les deux morceaux de bravoure de ce sublime album, les sept minutes du « Somewhere » de Bernstein et les neuf de « The Peacocks » avec le renfort de la saxophoniste Melissa Aldana. Et si la fenêtre du titre offrait une vue directe sur l'âme de la chanteuse ?

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dimanche 10 décembre 2017

Cécile McLorin Salvant : « Dreams and Daggers »



Magnifique chanteuse, Cécile McLorin Salvant, continue son ascension avec ce nouvel album, une pièce maîtresse de plus dans sa discographie courte (quatre albums) mais, jusqu'ici, sans fausse note. Ce nouvel effort est donc double et a été en partie enregistré en concert au mythique Village Vanguard et au DiMenna Center de New York. Ce nouveau double album s'impose à la fois comme un panorama et une synthèse de tout l'art de la chanteuse ; un disque somme enregistré avec son trio de scène : le pianiste Aaron Diehl, le contrebassiste Paul Sikivie et le batteur Lawrence Leathers. Les trois hommes créent ainsi, titre après titre, le cocon idoine pour la chanteuse caméléon, qui donne de la voix, douce et langoureuse (« Tell me what they're saying can't be true »). Les trois musiciens possèdent un art du swing, du changement de tempo allant du ralentissement à l'accélération subite, de la tension/détente qui prend tout son sens sur quelques pièces magnifiques (« Somehow I never could believe », « Nothing like you », « If a girl isn't pretty »). L'écrin est alors parfait pour la chanteuse qui exploite à merveille sa tessiture à la fois touchante, drôle (« You've got to give me some ») ou sexy. Sur quelques titres, enregistrés en studio, le trio est accompagné par du quatuor de cordes Catalyst Quartet apportant une note classique et majestueuse à la musique (« And yet », « You're my thrill », « The Worm »). A noter enfin un clin d’œil de la chanteuse, qui a en plus le bon goût d'être parfaitement francophone, à la langue de Molière le temps d'un « Si j'étais blanche ». Derrière sa facture classique, se cache une petite pépite propre à faire voyager l'auditeur dans un univers maintes fois fantasmé : New York, le club de jazz enfumé, les briques rouges, la nuit tout ça... Dès lors une seule conclusion s'impose, en forme de regret, quel dommage de ne pas avoir assisté au concert. Heureusement les albums sont là pour graver dans la cire ces instants d'éternité…

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dimanche 23 août 2015

Cécile McLorin Salvant : « For one to love »



Le disque commence par un bourdonnement puis une voix s'élève, prend de la hauteur, l'émotion nous submerge. Le doute n'est plus permis, Cécile McLorin Salvant, américaine de passeport mais de culture francophone (cf. « Le mal de vivre » reprise de Barbara), est une formidable chanteuse et « For one to love » est son troisième album. Dans un monde parfait ce disque sera celui de la consécration pour cette jeune chanteuse de 25 ans. C'est un petit comité, en compagnie d'un pianiste et d'une section rythmique (batterie, contrebasse) qu'a été enregistré ce disque. L'acoustique est douce et chatoyante, la tonalité générale évoque une ambiance nocturne et intime. Ce genre d'ambiance que l'on côtoie souvent mais avec un plaisir toujours renouvelé. Et puis il y a la voix de Cécile. Aérienne (« Left over »), douce et séductrice (« Wives and lovers ») mais aussi d'une puissance émotionnelle insoupçonnée (« Fog »). Une large palette d'émotions à laquelle s'accroche le trio de musiciens qui swingue en accrobates du rythme, toujours sur le fil : « The trolley song » toute en relances ; « Something's coming » un tour de force dépassant les dix minutes ou le magnifique blues « What's the matter now ?». Un fort bel album qui va adoucir notre rentrée...
Sortie le 8 septembre.
En concert le 5 septembre à Paris (Jazz à la Villette)