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samedi 31 octobre 2009

Nathaniel Mayer : « Why won’t you let me be Black »


En 2007, le regretté soulman de Detroit Nathaniel Mayer, auteur du tube « Village of love » en 1962, effectuait un impressionnant retour discographique avec l’album « Why don’t you give it to me ? » enregistré en deux jours et deux nuits d’été avec l’aide du guitariste Dan Auerbach (Black Keys) et du bassiste Troy Gregory (Dirtbombs). Cet album magnifique ouvrait une brèche entre soul, rock garage et blues qui a relancé sa carrière et lui a donné l’occasion de venir chanter en Europe, à la Maroquinerie en particulier où il a gratifié le public d’un concert d’anthologie. Hélas Mayer décédait en novembre 2008 au terme d’une vie d’excès et en ayant flirté d’un peu trop près avec l’alcool, les drogues, la prison et les femmes. Aujourd’hui sort, à titre posthume, un second volume compilant les chutes de studio de 2007 en compagnie des mêmes protagonistes. Si le résultat, assez similaire, est toujours aussi bon, il est malgré tout moins marquant. Les meilleurs morceaux de la session ont servi à alimenter l’album « Why don’t you give it to me ? », c’est aux restes que l’on a droit. Mais quels restes ! Le plus impressionnant c’est toujours la voix de Mayer qui semble, plus que jamais, venir d’outre tombeau. Et toujours cet aspect jam interminable et psychédélique qui a permis d’accoucher de chansons comme les blues « She’s bad » et « The Puddle ». Les sept chutes de studio sont complétées par deux titres acoustiques, enregistré avec le seul Matthew Smith à la guitare folk au cours d’une interview radio. Il s’agit là des deux seuls titres « unplugged » connus de toute la carrière de Nathaniel Mayer. La chanson inaugurale de l’opus s’intitule « Dreams come true ». Espérons qu’avec ce disque Nate a réalisé un rêve. L’un de ceux qu’il faisait lors de son passage sur cette Terre. RIP Brother.








jeudi 25 décembre 2008

Nathaniel Mayer (1944-2008)


C’est avec le cœur brisé et une immense émotion que j’ai appris complètement par hasard le décès de Nathaniel Mayer (voir mes messages des 4 aout et 3 décembre 2007) survenu le 1er novembre dernier. Il y a un peu plus d’un an, j’ai fait la rencontre de Nate avant et après un concert d’anthologie à la Maroquinerie. Certes il ne fallait pas être devin pour voir que Nate était au bout du rouleau, il était d’une maigreur inquiétante, boitillant, il était arrivé sur scène avec une canne et n’avait quasiment plus de voix. De plus, Nate entendait très mal, au moment de me dédicacer mon disque, il m’avait rebaptisé Rich, pourtant croyez-moi, j’ai passé cinq bonnes minutes à lui épeler mon prénom (Régis). D’une manière générale il faisait beaucoup plus âgé que ses 64 ans. Evidemment dit comme ça le crépuscule de Nathaniel peut sembler pathétique. Il n’en était rien, c’était au contraire magnifique. Nate revivait sur scène, il fallait le voir dragouiller les pépettes du premier rang… C’était un personnage, un sacré lascar… Après le concert quand un spectateur lui a demandé si on pouvait se prendre en photo avec lui, Nate a répondu : « Show me the money, first ». Sacré Nate, moi je l’aimais bien, je le trouvais attachant. Et puis il y avait sa voix, qui n’avait plus rien à voir avec celle de jeune ado auteur du tube « Village of Love » en 1962. Comme me le disait très justement Saab l’autre jour, il faut avoir vécu pour pouvoir chanter la soul et en écoutant Nathaniel Mayer chanter, on pouvait être sur d’une chose, ce type là avait vécu. Ado star dans sa bonne ville de Detroit au début des années 60, il avait disparu de la circulation après la vague disco au début des années 80 avant de revenir pour un étonnant come-back au début de ce siècle. Accompagné d’un nouveau groupe aux sonorités entre soul et garage-rock, Nate était devenu une sorte de père spirituel pour toute cette génération de groupe soul-rock : The Bellrays, The Dirtbombs, The Noisettes, The Heavy, Wraygunn… Victime d’une crise cardiaque en avril dernier il a passé ses derniers mois à l’hôpital. Il paraît que ses proches lui ont passé les disques de son idole de toujours James Brown. Et si même le soul brother number one n’a rien pu faire, c’est que c’était vraiment foutu. Sa disparition me fait beaucoup de peine. Rest in Peace, Brother, putain tu vas me manquer mec…
www.myspace.com/nathanielmayer

Nathaniel Mayer : « I wanna dance with you » (extrait de l’album « i just want to be held »)




Nathaniel Mayer : « Please don’t drop the bomb » (extrait de l’album « Why don’t you give it to me »)


lundi 3 décembre 2007

Nathaniel Mayer, La Maroquinerie, 2 décembre 2007.


Ce qui est agréable avec les grèves (comme celles du mois dernier qui m’ont coûté les concerts de Sharon Jones et d’Interpol), c’est qu’une fois qu’elles sont terminées, on a apprécie de pouvoir se déplacer, sans avoir à galérer des heures, c’est avec plaisir que l’on retrouve ses habitudes tout simplement. Pouvoir voyager assis dans le métro, lire les résultats du basket dans le journal, aller voir Nathaniel Mayer en concert… Une certaine idée du bonheur…

Bref, l’assistance est plutôt clairsemée en ce dimanche soir, Mayer est loin d’avoir fait le plein. A peine une dizaine de personnes traînent dans la fosse de la Maroquinerie (une salle de 500 places). On croise Monsieur Mayer sur le côté de la salle, on se sert la main :

- Monsieur Mayer, c’est un honneur…
- C’est comment ton prénom ?
- Régis et voici mon frère Thomas. J’adore le nouvel album…
- Why don’t you give it to me ? Tu sais petit, c’est la vérité, la vraie vie, Why don’t give it to me ? Ca arrive tous les jours…
- Oui, c’est de la soul music…

Et voilà c’était la leçon de vie de Monsieur Nathaniel Mayer. Un peu plus tard, alors que la salle s’est un peu remplie, le concert commence. Trois musiciens, basse, batterie et guitare, tous trois portant des lunettes, vêtus de jeans, baskets et de tee-shirts à l’effigie du patron. La musique commence, le guitariste le crâne dégarni mais les cheveux longs portant bouc et lunettes à la John Lennon s’approche du micro : « Ladies and gentlemen, from Detroit, Michigan, Nathaniel Mayer » ! On s’y croirait. Mayer fait alors son entrée en scène, claudiquant, marchant à l’aide d’une canne, mais classe dans son costard blanc et chemise bordeaux en soie. Malgré son age et avec tout le respect que je lui porte, Nate, entre-nous soit dit, c’est quand même un sacré lascar. A peine arrivé sur scène il pointe du doigt une jeune pépette en jupe sexy : « Hey young lady, i want dance with you ! » et de la fixer du regard pendant toute la chanson du même nom. La nénette ne sait plus où se mettre. Puis il s’attaque à une autre proie : « Shake your Booty ! ». Avant de la pointer du doigt durant sa nouvelle chanson : « Why don’t you give it to me ? » puis de désigner le mec de la donzelle « You give it to him, she’s making you an happy man »…

Bon arrêtons avec les grivoiseries, par ce que sur scène ça avoine grave ! Détonnant le cocktail blues/soul/rock n’roll. Les musiciens sont particulièrement efficaces, le groupe est très soudé autour du boss en particulier durant son tube de 1962 « Village of love » (« la chanson sur laquelle vous avez été conçus »). Après une trop courte heure d’excellent concert, la soirée s’achève dans la confusion. Nate quitte la scène : « Je reviens dans dix minutes, ne bougez pas, j’ai besoin d’un verre ». En fait la pause s’éternise, Nate improvise une séance de dédicaces près du bar. Les musiciens sont en place pour reprendre quand un employé de la salle débarque : « Ah, non c’est pas possible ! » et de mettre en route un disque. Sur scène c’est la stupéfaction, les musiciens se regardent, s’interrogent du regard, personne ne sait quoi faire. Puis obtiennent de haute lutte le droit de jouer un rappel et commencent à jouer alors qu’un disque est toujours diffusé. Finalement cette bande de petits malins réussira à enchaîner deux morceaux. Et c’est donc sur cette demie fausse note que s’achèvera cette formidable soirée. Maximum respect à Monsieur Nathaniel Mayer qui a assuré malgré sa santé défaillante, qui trahit les années à courir après le pognon.

samedi 4 août 2007

Nathaniel Mayer : Why don’t you give it to me ?


Nathaniel Mayer, auteur d’un éphémère succès en 1962 à l’age de 18 ans avec le titre “village of love”, le vétéran de la scène soul de Detroit est de retour. Pour son nouvel album, il a fait appel à un sacré roster avec entre autre Dan Auerbach, guitariste des Black Keys (cf. mon post du 2 mars) et le bassiste Troy Gregory qui joue avec les Dirtbombs (voir le message précédent). Les deux compères ne se sont pas contentés de jouer sur le disque mais se sont vraiment investis dans l’écriture des chansons et dans le cas d’Auerbach dans la production et le mixage. Le résultat est un mélange de soul, de blues avec un petit côté psychédélique pas déplaisant. Le son est brut de décoffrage, près de l’os, sans fioriture ce qui rapproche ce disque de ceux des Black Keys et des Dirtbombs. Les neuf titres mettent en valeur la voix, ou plus exactement le filet de voix qu’il lui reste, de Nathaniel Mayer. Ce râle rauque qui traduit les heures de vol, le chemin parcouru par un vieux briscard à qui on ne la fait plus. Et qui une fois arrivé au bout de la route, ne comprend toujours pas le grand mystère de l’existence et implore encore et toujours la gente féminine : Pourquoi lui et pas moi ?