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samedi 28 décembre 2024

Théo Charaf & Raoul Vignal : « Two way street »

 


L’un fait partie de la prometteuse jeune garde folk/blues française, l’autre est un fin songwriter pop/folk. Si ce n’est leur amour commun pour la guitare, pièce centrale de l’album, la présence simultanée de Théo Charaf et de Raoul Vignal dans le même studio, tient du hasard si ce n’est de l’accident heureux. Entouré du percussionniste Lucien Chatin et du mystérieux Disque Noir au rôle obscur, le duo a tout enregistré à deux. Trois chansons originales de l’un, trois nouvelles chansons de l’autre et deux reprises. Il est des rencontres heureuses et à la manière des duo de superstars gravés sur disque ces dernières années (Elton John/Leon Russell, Elvis Costello/Allen Toussaint, Wilko Johnson/Roger Daltrey etc.) Théo et Raoul nous en offre le pendant français. L’album grave dans la cire, et pour l’éternité, cette rencontre inattendue. Un moment suspendu, d’une pureté acoustique apaisante, particulièrement roots et serein, que l’on imagine capté dans une cabane en rondins, au fond des bois. Laissez-vous bercer par les arpèges délicats, ils sont d’une beauté irréelle, d’une sérénité définitivement étrangère à notre époque.






jeudi 24 février 2022

Théo Charaf + Jerron Paxton + Left Lane Cruiser, Les nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, 20/02/2022.


A la fois solaire et intense, c’est seul sur une chaise et armé de sa guitare que Théo Charaf se présente sur scène. Paradoxal pour un artiste à l’univers assez sombre mettant son malaise en chanson (cf. « Vampire »), triturant sa voix pour en faire ressortir de vibrantes émotions caressant délicatement et avec feeling ses cordes. Une force se dégage du musicien qui impose le silence parmi le public, c’est assez impressionnant, totalement hypnotisé par la performance hiératique. Comme sur son remarquable premier album solo, c’est en toute fin de set que l’électricité fait son apparition, très certainement une porte ouverte pour le futur. C’est dans ce genre de moment que l’on réalise à quel point l’expérience du concert nous avait manqué. Ainsi, il est difficile de contredire Théo lorsque ce dernier affirme, avec force et justesse : « Aux chiottes les streams » !

Théo Charaf nous avait prévenus en quittant la scène, « vous n’êtes absolument pas prêts pour ce qui va se passer » et encore il était en-dessous de la vérité. Le Louisianais Jerron Paxton, relativement méconnu, est la grande révélation de la soirée ! Seul sur scène, mais multi-instrumentiste surdoué (guitare, banjo, piano, harmonica, violon) Jarron Paxton assure tout à lui tout seul ! Il lui suffit de souffler dans son harmonica pour simuler le passage d’un train et faire voyager le spectateur à travers le sud des Etats-Unis. Voix soulful, chaque geste, chaque note jouée par le musicien est empreint d’un énorme feeling et d’une musicalité sans pareille, entre folk, blues et country. A découvrir absolument !

Enfin, au regard de tout ce qui a précédé sur scène, la présence du duo Left Lane Cruiser a quelque chose de quelque peu décalée. Apparu au début des années 2000 dans la foulée des duos aux patronymes noirs (Black Keys) ou blancs (The White Stripes) prétendant remettre le blues au goût du jour sous couvert de rock garage, Left Lane Cruiser a inversé la problématique mettant la note bleue au cœur de ses préoccupations. On en veut pour preuve le fait que le duo débute son set en reprenant R.L Burnside mais aussi que le batteur, debout derrière un kit minimaliste, soit également équipé d’un frottoir. Déglingué, cradingue, fort en notes saturées, Left Lane Cruiser reprends avec brio l’esthétique du label Fat Possum et, plus généralement, du Hill Country Blues. Aussi excellent soit-il, on peine un peu à rentrer dans l’univers du duo tout penaud que nous sommes après les chocs musicaux précédents.

samedi 19 décembre 2020

Théo Charaf

 


Un voix et une guitare, à l'instar d'un vieil album de Bob Dylan (qu'il reprends d'ailleurs ici), c'est tout ce que l'on entendra de Théo Charaf sur ce premier effort. Point trop n'en faut c'est largement suffisant. Comme un artisan qui a passé des heures à travailler, à peaufiner sa technique, Théo apparaît confondant de maturité, pour un jeune impétrant. La voix tout d'abord, chaude, de gorge et profonde, elle balaye un spectre d'émotions assez large et possède cette patine rare, ce petit grain qui transpire le vécu et élève la musique à un niveau supérieur, appelons cela le supplément d'âme. Et ensuite, vint la guitare. Presque entièrement acoustique l'album offre un large choix, les cordes, qu'elles soient arpégées, ou brossées voire glissées, font vibrer et résonner la corde sensible en chacun de nous. Mais c'est lorsque les deux travaillent à l'unisson que l'album transperce les plafonds de l'émotion. On a ainsi, maintes fois, l'occasion d'assister à un moment rare, celui de la naissance d'un artiste. Entre folk et blues, à l'écart des canons actuels et des modes, voici un disque exigeant qui réclame écoute, patience et attention de la part de l'auditeur. Mais cela en vaut la peine, tant l'imaginaire qui est développé ici transporte l'auditeur vers un ailleurs, sublimé, figuré par les rails de la magnifique pochette signée Jean-Luc Navette. Nouvellement venu sur la scène blues le label Wita (des excellents Automatic City) signe des débuts en fanfare !

Sortie le 22 janvier 2021

https://www.facebook.com/TheoCharaf/