mercredi 17 mars 2021

Manuel Bienvenu : « Glo »

 


Arrivé à ce niveau, on préférera parler d'architecture sonore. Maniaque du son, obsédé par la recherche de la perfection pop (attention Manuel, beaucoup, et pas des moindres, y ont laissé la raison!) Manuel Bienvenu empile les notes et les instruments un à un avant d'arriver à l'équilibre parfait. Electronique et acoustique s'imbriquent ainsi parfaitement tout au long de cet album aux échos teintés de pop et de free jazz (influence particulièrement sensible sur le traitement de la basse) calme et apaisé, planant au point de donner à l'auditeur la sensation de flotter à l'image des poissons figurés sur la (superbe) pochette. D'autant plus remarquable que l'album ne donne, finalement, pas cette impression de luxuriance mais plutôt d'instruments utilisés à juste escient. Ainsi, il se dégage du disque un effet de minimalisme justement ordonné ou chaque élément est à sa place, une pyramide au-dessus de laquelle se pose la voix, quasi-murmure, venant caresser les oreilles. L'album se distingue également par son angle, expérimental, baroque, débordant de sonorités originales, voire inédites, sortant d'instruments parfois bricolés pour l'occasion. Un album apaisé et sortant des sentiers balisés.

https://microcultures.bandcamp.com/album/glo

http://www.manuelbienvenu.com/

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mardi 16 mars 2021

Olivier Rocabois goes too far

 


Rassurons tout de suite le principal intéressé, mais non Olivier, tu ne vas pas trop loin ! Trop loin mais dans quoi ? Cavalcade d'arrangements de cordes soyeux, régalade de claviers vintage (Wurlitzer, Orgue Hammond, Fender Rhodes, Grand Piano, Mellotron), cuivres élégants, le compositeur breton mets les petits plats dans les grands pour faire vivre à nos oreilles une expérience inoubliable, l'équivalent musical, pop, du cinémascope, aussi envoûtante que les bruits des vagues agrémentant la première plage (« The sound of the waves »). Mais au-delà, ces neuf nouvelles compositions sont une déclaration d'amour immodéré à la (sunshine) pop, de chambre ou non, des années 1960. Les Beatles, bien entendu, dont l'ombre plane sur le disque mais aussi, par extension, Les Beach Boys, Burt Bacharach, Phil Spector jusqu'à Steely Dan (« In my drunken dreamspace ») de la décennie suivante. Mais non, Olivier tu ne vas pas trop loin, au contraire, c'est l'auditeur qui décolle à l'écoute du disque !

Sortie le 2 avril.

https://allif.bandcamp.com/

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dimanche 14 mars 2021

Samuel Strouk : « Nouveaux Mondes »

 


Virtuose de la six-cordes, musicien aventureux, Samuel Strouk n'a pas tant l'intention avec ce nouvel album de créer un nouveau monde mais plutôt d'en effacer les frontières pour en redessiner la géographie. Véritable poupée russe musicale, ce nouvel effort en cache un autre. On y trouve d'une part une section de cordes, élégante et majestueuse, assurant le cachet classique du disque. Mais aussi une batterie et une basse constituant avec le guitariste un power trio débordant de swing, évoluant dans un registre jazz. Les arpèges délicats de Strouk constituant la passerelle, le passage, reliant le classique au jazz, dans cette volonté évoquée plus avant de redessiner la carte. L'amalgame fonctionnant au-delà des espérances (la merveilleuse « Proxima Centauri ») c'est ainsi que naissent les fameux « Nouveaux Mondes » donnant son titre à ce nouveau disque. C'est à la fois beau mais surtout très libre même si on ne doute pas que la musique jouée ici résulte d'un processus d'écriture rigoureux que les musiciens réussissent à faire oublier. Ne reste plus qu'à fermer les yeux et à se laisser bercer par la beauté de « Hermano Tony » et « My Romantic Lebanon », tout le reste n'étant finalement que littérature inutile…

http://www.samuel-strouk.com/

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mercredi 10 mars 2021

Bianca Rossini : « Rio Paradise »

 


Ah, qu'il est doux de se réchauffer aux tendres sons de ce nouvel EP de la chanteuse brésilienne, dont la voix délicieuse œuvre tel un baume propre à soulager toutes les peines. La langue, le portugais brésilien, joue également pour beaucoup dans le charme dégagé par ces nouvelles chansons, il s'en dégage une sorte de mystère lointain qui laisse imaginer plus qu'il ne dévoile. On se prend alors à rêver, à déambuler, en imagination, dans ces chansons aux effluves, folk, jazz et pop, entre piano délicat et arpèges de guitare sèche ensoleillés.

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mardi 9 mars 2021

Jeremy Ivey : « The Monolith Sessions »

 


En pleine pandémie, on s'occupe comme on peut. Parce qu'il est musicien, Jeremy Ivey, lui, fait de la musique, pandémie ou non. Ainsi, quelques mois après la sortie de son excellent album « Waiting out the storm », le songwriter revient avec un EP de cinq titres, extraits dudit album, joués live dans son club préféré, The 5 Spot à Nashville, sans public (ou du moins, un public bien silencieux sur le disque). Plus brut, sans fioritures et allant à l'essentiel, la performance a le mérite de faire ressortir la beauté intrinsèque des compositions et la poésie qui se dégage de ces dernières. Il y a ici de quoi rêver, un peu, aux grands espaces américains évoqués dans sa musique. Anecdotique, quoi qu'émouvant, l'EP constitue une excellente porte d'entrée dans l'univers du musicien ou, pour les convertis, une piqûre de rappel de très haute tenue.

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lundi 8 mars 2021

Liquid Bear : « Heavy Grounds »

 


Trois ans après des débuts tourneboulants, Liquid Bear est de retour, avec un nouvel EP, aux accents apocalyptiques, inspiré par l'air du temps. Un climat actuel qui se retrouve également dans le son du groupe qui a gardé du rock progressif des années 1970 un angle expérimental qui fait basculer les compositions dans le versant baroque de l'affaire (« Goblin Crusher », « The Frog »), créant ainsi un véritable chausse-trappe musical dans lequel l'auditeur ne manquera pas de tomber. La modernité de la chose est incarnée par la violence des guitares qui tranchent l'air suivant le martellement de la batterie. Autant d'artefacts typiques du métal et du stoner permettant au quatuor de se démarquer du revivalisme psyché/progressif habituellement en vigueur. Robert Fripp et King Crimson l'avaient déjà prouvé il y a un demi-siècle, guitares saturées et rock progressif peuvent faire bon ménage. Un véritable triangle des Bermudes rock dont Liquid Bear reprend le flambeau avec brio. Attention tout de même, le danger rode dans la moindre note jouée sur ce disque…

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dimanche 7 mars 2021

Helluvah : « Lonely Riots »

 


Passé par le folk, l'électro et toutes formes de déclinaisons « post », Helluvah fait, depuis son apparition en 2005, montre d'un bel éclectisme. C'est sur la suggestion de son producteur (et accompagnateur sur scène) BobX que Camille (la matière grise d'Helluvah) a repris « A Forest » de The Cure, ce qui a déclenché chez la musicienne l'envie d'un univers musical plus sombre décliné sur ce nouveau disque (« Whisper » ; « Soleil Noir »). Plus sombre mais aussi plus pop (« Sex in the club ») la musicienne, en dépit de l'accent métallique des guitares (« Different now », « I know, I know »), s'éloigne du rock au profit d'une approche plus électronique. Inspiré du thème de la rupture amoureuse, mais surtout du chaos émotionnel qui s'en suit, l'album carbure d'une forme d'urgence, comme un ascenseur émotionnel lancé à toute berzingue entre colère, désespoir et excès faussement réconfortants, entrecoupés de rares moments d'accalmie. A noter enfin les deux titres chantés en français (« Soleil Noir », « Mon cœur est parti à la guerre »), pas tout à fait une nouveauté pour Camille, mais suffisamment rare pour être souligné.

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samedi 6 mars 2021

Gloria : «Sabbat Matters »

 


Cinq ans après leur premier album et trois ans après leur dernière trace discographique sous la forme d'un EP, le sextet lyonnais est de retour ! Il n'aura échappé à personne qu'entre temps le monde et nos vies ont été bien chamboulées. Eux, ont continué leur route suivant la lancée de leur excellent premier disque. C'est avec un bonheur certain que l'on retrouve le groupe et son rock psychédélique unique en son genre, croisement entre les girls groups, la formation compte dans ses rangs trois chanteuses, et le rock psychédélique des années 1960. Le chaînon manquant, et improbable, entre les Crystals (par exemple) et Jefferson Airplane, Phil Spector plongé de force dans les eaux agitées du rock psyché. Ainsi, le cœur de la formation réside dans ces sublimes harmonies vocales (« Miss Tambourine ») sur lesquelles se superpose toute la créativité du groupe, guitares fuzz déchaînées, arrangements baroques aux sonorités invraisemblables où brillent les artefacts typiques du rock psyché (« Skeletons » ; « Back in town ») dans une sorte de labyrinthe géant dans lequel on pourrait se perdre des jours entiers tant la production est travaillée. On note toutefois une tonalité plus sombre, comparée au premier disque (« Dance with death », « Global warning ») et plus mystique (« Sabbat Matters », « Holy Water ») incarnée par des guitares plus furieuses que par le passé. Enfin, la pochette signée de l'artiste Nicole Claveloux est sublime, à elle seule une ode au support physique.

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vendredi 5 mars 2021

Kristel : "My Man"

On nous annonce ce jour le retour du trio malgache Kristel avec ce superbe nouveau clip, plus pop, et à l'esthétique séduisante, marquée par les années 1980, rétro et évoquant la nature généreuse de leur île natale.






Xixa : « Genesis »

 


Si l'on considère la musique comme un voyage, alors nous voici embarqués dans un drôle de périple à l'écoute du nouvel effort de Xixa, œuvre de deux anciens de Giant Sand, groupe qui avait jusqu'alors échappé à notre radar. Il est facile, lorsque l'on s'attaque à la chronique d'un disque, d'évoquer les influences de grands noms du passé. En l'espèce, on parlera plutôt d'échos, venus du rock, évidemment, mais aussi du folk mexicain (ou plus généralement d'influences latino américaines) ou de la bande originale d'un western des années 1960 tombé dans l'oubli. Ainsi, le sextet se révèle roublard et particulièrement à son aise lorsqu'il s'agit de faire cohabiter éclairs fuzz acides, percussions/clochettes et arpèges de guitare acoustique typiquement latinos (cf. « Eclipse », « Eve of Agnes »). Un cocktail baroque qui gagne encore en étrangeté lorsque ces synthés venus d'outre cosmos se mêlent à la danse (« Soma »). La voix aussi marque l'oreille, dans un registre rocailleux et de gorge au-dessus duquel plane l'ombre d'Howe Gelb, mythique chanteur du Giant Sand tutélaire. Le péril était grand, avec un tel mélange d'influences disparates, de tomber dans une marmite bouillonnante d'un magma sonore inécoutable. Fruit d'une intense réflexion, et probablement d'une longue expérience, des différents intervenants, l'album ne souffre aucunement de ce mélange détonnant. Au contraire, dans ses meilleurs moments (« Genesis of Gaea », « Land where we lie ») le disque dépayse et revigore ces vieilles antiennes garage et psyché que l'on aime tant.

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mercredi 3 mars 2021

Aaron Lee Tasjan : « Tasjan ! Tasjan ! Tasjan ! »

 


Sur la photo ornant l'intérieur de l'album, le jeune impétrant pose au côté d'un cabriolet du siècle dernier, mais volant, appelons-cela le syndrome DeLorean. Ainsi va la musique d'Aaron Lee Tasjan, l’œil posé dans le rétro mais allant fermement de l'avant. Inutile dès lors de citer les références d'untel et untel, nous préférons souligner le caractère pop intemporel de ce sublime album, ni d'hier, ni de demain, mais bien d'aujourd'hui. Une sorte de classique immédiat qui a le don de faire planer l'auditeur sur son petit nuage mélodique où les synthés et les guitares acoustiques arpégées avec un feeling imparable cohabitent harmonieusement, faisant fi des modes, des époques, des tendances (la merveilleuse « Another Lonely Day »). Un album confortable donc, au sein duquel on se sent immédiatement à l'aise, comme de retrouver un vieil ami sauf qu'à ce jour nous n'avions jamais entendu parler d'Aaron Lee Tasjan. Et on se demande pourquoi d'ailleurs ! Mais qu'importe car on reste persuadé que l'on n'a pas fini d'entendre parler de lui. Tout est finalement parfaitement résumé dans le titre : Tasjan ! Tasjan ! Tasjan ! A découvrir toutes affaires cessantes.

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mercredi 24 février 2021

Rest in Gale : « Tombola »

 


Pas forcément facile à aborder, il nous a fallu à titre personnel quelques écoutes, la musique de Rest in Gale avance à contre-courant de tout : des modes, de ses propres influences et des tendances. Tout, dans ce groupe évoque un écho lointain : le rock, le blues, les influences orientales et psychédéliques, sont autant de constituants de la musique que le groupe joue à sa manière personnelle, unique et bien éloignée du modèle. Le disque demande de l'écoute, de l'attention, du temps à l'opposé de la consommation rapide et jetable qui semble être la norme du moment (mais idéale en période de couvre-feu). En somme, un disque parfait pour le confinement, car l'écouter c'est comme embarquer dans la voiture figurée sur la pochette, c'est partir en virée dans une contrée lointaine et imaginaire. Aimer cette musique c'est avant tout accepter de se faire prendre par l'oreille et se laisser bercer par les ambiances baroques et cinématographiques du groupe, parfaitement incarnées par cette voix de gorge, aussi rocailleuse qu'un tas de gravillons, idéale pour le récit qui semble être la composante essentielle de la musique de Rest in Gale. A découvrir.

https://fr-fr.facebook.com/RestInGale/

https://restingale.bandcamp.com/




mardi 23 février 2021

Psykup : « hello karma ! »

 


Assis sur deux chaises longues, un couple admire une explosion nucléaire comme s'il s’agissait d'un couché de soleil. Il plane comme un air d'apocalypse sur ce nouvel album des Toulousains. La bande son séditieuse d'un monde dystopique dont le groupe souligne la déliquescence à coups de riffs saturés hyper-puissant, du martèlement de la batterie (et vive la double pédale!) au chant écorché mi-hurlé. Et au-bout l'espoir (« Letter to Greta ») grâce à quelques ponts, doux et mélodique qui parsèment le tout, calment l'ambiance autant qu'ils soulignent la brutalité alentour. Accrocheur, rugueux, violent.

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lundi 22 février 2021

Chris Nordman Trio : « High Wire »

 


A quoi reconnaît-on un classique ? Un air populaire, qui reste dans la mémoire collective, après avoir trusté les ondes des semaines durant ? Des classique, le pianiste Chris Nordman a du probablement en écouter beaucoup et, aujourd'hui, en est fortement imprégné. Au point d'en livrer sa version personnelle au sein de son trio composé de Ward Dumigan à la basse et du batteur Joe Adcock. Du « Isn't she lovely », « Blue Bossa », « Watermelon Man », « Sunny » et autre « Summertime » en veux-tu, en voilà ! Le tout forme un ensemble cohérent, au swing ouaté et élégant, où le pianiste, qui joue également de l'orgue hammond, fait montre d'une belle dextérité. Un album de reprises, jazz et soul, d'apparence modeste mais qu'il ne faut surtout pas sous évaluer. Joué avec précision mais, surtout, une bonne dose de plaisir partagé. Un petit album tout simple qui donne autant de plaisir que les musiciens ont eu à l'enregistrer (cela s'entend!) Une manière ludique de revisiter ses souvenirs personnels (car vous avez dû obligatoirement croiser la route de ces classiques à un moment ou à un autre) et qui transporte l'auditeur vers un ailleurs, un passé rêvé, fantasmé, une madeleine de Proust nostalgique qui ravive les souvenirs des temps heureux loin du bordel qui chamboule nos vies depuis un an. Le disque se termine et mine de rien on a passé un super bon moment en sa compagnie, merci pour tout !

https://chrisnordmanband.com/

https://chrisnordmanband.bandcamp.com/releases





vendredi 19 février 2021

Delvon Lamarr Organ Trio : « I told you so »


Après deux albums, la révélation ! Ce nouvel, le troisième du groupe, a ceci de confortable qu'il place l'auditeur dans une zone de confort que, finalement, on n'a pas trop envie de quitter. Le groove dévastateur sort des enceintes mené par une batterie qui roule et dévale la pente du groove dans un geste musical d'une classe absolue ! L'orgue apporte pour sa part un son chaud et langoureux dont le souffle transcende les enceintes. Enfin la guitare soutient le tempo, tout en cocottes funky en diable, et lorsque, en fin d'album, la saturation se déchaîne et que les amplis chauffent, c'est Jimi Hendrix que l'on ressuscite (« Aces ») ! Finalement, enregistrer en petit comité à trois (sans basse) et l'idée de génie soulignée par l'album. C'est une machine à groove qui est lâchée dans la nature, de l'autre côté des enceintes, l'auditeur ressent toutes les interactions entre les musiciens, et les notes qui se répondent les unes aux autres. On se prend à rêver d'un club en sous-sol et nos trois gaillards prêts à faire chavirer l'édifice toute une nuit durant. Il est toujours facile de ressortir une liste d'influences en guise de chronique mais, de Jimmy Smith aux Sugarman Three (sans le saxophone), arrivé à ce niveau d'excellence on ne peut que se féliciter de voir l'héritage se perpétuer de générations en générations. Il s'agît là d'une révélation majeure ! On nous l'avait bien dit pourtant (cf. le titre) !





jeudi 18 février 2021

Gilles Poizat : « Champignon flamme »



A profil atypique, disque atypique ! Gilles Poizat possède la particularité d'être à la fois scientifique, de métier, et musicien. Dès lors, rien d'étonnant à ce que Gilles considère le studio d'enregistrement comme un laboratoire où se scelle la rencontre, assez étonnante, de la trompette (son instrument de prédilection) et du synthétiseur modulaire. On passe sur les détails techniques, rébarbatifs, utilisés pour obtenir des sons comme autant de réactions sonores électroniques. De fait, « Champignon flamme » condense une proposition musicale forte, le résultat avant-gardiste de moult expérimentations ne ressemblant que de très loin à quelque chose de connu au-dessus duquel plane pourtant un petit air baroque des années 1970. Pour tous les amateurs de curiosités sortant des chemins battus, qui considèrent que le voyage est plus important que la destination, l'écoute se révèle alors passionnante.

http://gillespoizat.free.fr/

https://cartonrecords.bandcamp.com/album/champignon-flamme



mardi 16 février 2021

Tankus The Henge : « Luna Park ! »

 


Formation atypique, les Anglais de Tankus The Henge s'étaient signalés à nos oreilles avec leur album, « I crave affection baby but not when I drive », sorti en 2018. Groupe grand format, six membres, Tankus The Henge possède en son sein une véritable section de cuivres, une rareté au sein d'un groupe de rock'n'roll. Mais Tenkus The Henge est-il un véritable groupe de rock ? On serait tenté de le croire à l'écoute de la merveilleuse « Fayaway » comme sortie du garage des Kinks, mais bien vite l’appellation semble trop réductrice pour la machine à swing anglaise qui met à profit sa section de cuivres pour teinter sa musique d'arrangements ska voire même jazz ragtime (la très belle « Worries »), comme un clin d’œil à son chanteur, authentiquement nommé Jaz(z) Delorean. Delorean, comme la machine à remonter le temps de « Retour vers le futur », et cela tombe bien ! Se jouant des courants, des modes et des époques Tankus The Henge nous offre une proposition musicale variée, entraînante, festive et primesautière (« Susie Sidewinder » ; « Sundance Kid »), qui met de bonne humeur mais peut aussi émouvoir (« Back to you » ; « Glitterlung »). Une réussite qui devrait, logiquement, faire des ravages sur scène, si seulement…

Sortie le 19 mars

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lundi 15 février 2021

Karen Lano : « Muses »

 


Juillet 2020, alors que la pandémie fait rage depuis plusieurs mois (et pour plusieurs mois encore mais ça on l'ignorait à l'époque) Karen Lano décide de s'enfermer dans la petite église de Graveron-Sémerville (Eure) en compagnie de ses musiciens afin d'enregistrer un nouvel album. Bien plus qu'un disque en fait, plutôt un carnet de voyage immobile à écouter. Car c'est finalement de cela qu'il s'agît libérer nos esprits alors que notre liberté de mouvement est entravée. C'était le pari de la chanteuse et il est réussi haut la main. L'église de Graveron-Sémerville joue un rôle central et toute la solennité qui habite ses murs transparaît dans la musique. Le folk de Karen est épris de lyrisme lorsque sa voix s'élève au-dessus des contingences matérielles (« Ophélie »), doux et délicat (« Ma Douce »), mais est traversé d'éclairs épiques et d'intenses poussées de fièvre électrique (« Mélopée » ; « Sirocco ») traduisant une tension soujacente à l'image de l'orage qui a perturbé l'enregistrement et que l'on peut entendre dans le fond si l'on tends l'oreille. Le violon et la scie musicale, ainsi que le « cri tribal » du deuxième titre, participent de cette ambiance baroque (cf. « Muse » uniquement composé de voix et de percussions) et confère un soupçon d'étrangeté à cet album qui habitera longtemps quiconque aura la chance de poser une oreille dessus.

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samedi 13 février 2021

Bacchantes

 


Elles sont quatre, Amélie, Claire, Astrid et Faustine, musiciennes mais aussi, surtout, chanteuses lyriques. Et si l'on se permet d'insister sur ce point, c'est tout simplement parce qu'il résume à lui seul toute la singularité de ce groupe. Nous tenons là un groupe de rock comme on les aime, c'est à dire avec un certain sens de la retenue, comme une manière d'exprimer une colère rentrée, un don pour les riffs de guitare addictifs, tournant dans une boucle hypnotique et répétitive. Une sorte de rock garage en sourdine, mâtiné de psychédélisme, auquel l'harmonium indien apporte une touche exotique. C'est lorsque les voix entrent dans la danse que le disque bascule pour de bon dans le baroque. Les quatre voix s'élèvent à l'unisson dans un lyrisme intriguant, avide de poésie, que l'on a plutôt l'habitude d'entendre s'échapper de l’Église (enfin pour peu que l'on s'y rende). Un décorum original pour un groupe de rock mû par la tension sous-jacente. Il faut parfois accepter d'être déstabilisé pour accéder à la beauté.

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vendredi 12 février 2021

My Own Private Alaska : « Let this rope cross all the lands »

 


Parmi tous les clichés associés au rock, la présence obligatoire de la guitare est, très probablement, le plus tenace. Une assertion à laquelle My Own Private Alaska apporte un démenti sérieux en ayant décidé de se passer depuis leurs débuts, il y a près de quinze ans, de guitare et de basse. Ce qui n’empêche nullement ces musiciens de former un groupe de métal, un vrai, et ils sont même l'incarnation du genre la plus atypique de tous les temps. Les touches de pianos, frappées, fracassées, font un boucan équivalent à un mur d'ampli, les voix écorchées incarnent la fureur avec ou sans saturation, la batterie apporte la pulsation nécessaire, au débit de mitraillette. La tension est palpable, va crescendo, avec ou sans électricité. L'engagement des musiciens est total et se ressent bien au-delà de l'écoute de ces cinq titres. Finalement, l'auditeur ne remarque même plus les absences. Le grain de sable, incarné par le piano dans un tel contexte, l'existence même du groupe amène à se poser de nombreuses questions. Pourquoi un cliché existe-t-il, est-il possible de s'y soustraire, de faire autrement ? De toute évidence, ces musiciens ont trouvé la réponse, leur réponse. Et ce n'est pas là le moindre des mérites de ce groupe forcément précieux.

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mercredi 10 février 2021

The Reducers : « Live : New York City 2005 »

 


Dans ce contexte inédit, voici une sortie qui nous fait particulièrement plaisir ! Alors que les salles sont fermées et que l'on a pas vu un vrai concert depuis près d'un an (une situation ubuesque qui aurait paru totalement impensable il y a 365 jours) pour les raisons que vous savez, les punks de The Reducers exhument de leurs archives ce concert de 2005 dans la grosse pomme. Redécouvrir l'adrénaline du live et l'électricité palpable qui flotte dans l'air les soirs de shows, transcende totalement les enceintes ! Même la reprise des Stones (« Get off of my cloud ») en ressort transformée. La performance ressort tel quelle, sans filtre, le set est rythmé par les silences et les brèves conversations entre musiciens, entre deux chansons. La prise de son est parfaite, les applaudissements ne sont pas trop envahissants, il en manque même un peu pour s'y croire vraiment. Mais pour le reste, c'est un pur bonheur de rock'n'roll, nerveux, carré et énergique. Il suffit de l'écouter en fermant les yeux pour croire à un monde meilleur. Ça fait du bien !

https://reducers.bandcamp.com/album/live-new-york-city-2005


mardi 9 février 2021

Brisa Roché et Fred Fortuny : « Freeze where U R »

 


Entre la chanteuse et le musicien, le coup de foudre artistique fût immédiat. Conçu comme un hommage à la grande tradition américaine d'Est en Ouest, du Brill Building à Laurel Canyon en passant par les comédies musicales de Broadway, le duo s'est scellé autour d'une passion commune pour les figures tutélaires comme Carole King ou Joni Mitchell. Mais, assez rapidement, la créativité débordante du duo a vite dépassé le simple hommage pour aboutir à cet hybride rétro-futuriste bien plus passionnant. C'est sur ce fil tendu entre le passé et le futur, que la voix de Brisa charme et joue à plein. La chanteuse est parfaitement à l'aise sur les ritournelles pop rétro (« Don't want a man » ; « Woman with a star » que l'on jureraient inédites en provenances directe des archives cachées de Phil Spector) ou ces airs jazzy au piano, « Blue Light », lui donnant l'occasion de renouer avec ses premières amours. D'ailleurs c'est ce titre « Blue Light » qui résume le mieux la démarche du duo : une chanson au charme rétro immédiat mais aux résonances très actuelles puisque traitant de l'addiction au téléphone portable. Ailleurs, le duo déstabilise franchement avec des morceaux aux allures d'abstractions électroniques (« Freeze where U R » ; « I Love You ») s'appuyant sur le passé pour imaginer l'avenir. Enfin, et ce n'est pas là la moindre des qualités de cet album, « Freeze where U R » est un magnifique album de voix, chanté à plein volume.

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lundi 8 février 2021

Don Troop and Naked Spurs : « Hard Life »

 


Ils sont quelques-uns, comme lui, à traîner sur les routes poussiéreuses, l'âme en peine. Nul ne sait vraiment d'où ils viennent, encore moins où ils vont, mais une chose est sûre : ils ont des choses à raconter ! Don Troop est fait de ce bois, l'entendre, de sa voix cabossée, assurer que la vie est dure et le combat rude (cf. « Hard Life ») fout les chocottes et bouleverse le cœur. Surtout quand, comme c'est le cas ici, le discours s'accompagne d'un geste musical de grande classe, entre folk et blues-rock rocailleux, perpétuant la tradition de la musique étasunienne. En acoustique comme en électrique, d'un coup de pédale wha-wha inspiré, Don Troop ressuscite une époque avec beaucoup de feeling et du groove aussi (« You »). Mieux que nostalgique : intemporel ! On ignore encore comment se fait-il que l'on n'ait jamais entendu parler de lui avant (misère!) mais on n'a désormais une hâte : celle d'écouter l'album !

Sortie de l'EP le 12 février.

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dimanche 7 février 2021

Amaury Faivre : « 2020 »

 


Homme orchestre à lui tout seul, Amaury Faivre a enregistré son album entièrement seul (à l'exception d'un choriste sur un titre). Une sacrée gageure. Mais aussi la preuve d'un imaginaire débordant tant le musicien réussit à brosser une variété de paysages différents avec son harmonica, ses percussions éparses et quelques instruments à cordes (guitare, banjo et mandoline). La présence de ces derniers donnent sa couleur country/folk à l'album, fortement ancré dans le blues. Autant de genres maîtrisés à la perfection ici, en dépit d'un chant un peu tendre, sauf en français. Au-delà, Amaury Faivre parvient à s'éloigner de ses idiomes de prédilection pour embrasser des ambiances cajun / New Orleans, l' « Amuse-Bouche » (l'harmonica) d'ouverture, « Invite à Danser » ou plus mélancolique (« Sister »). Imaginez une voiture, Amaury est au volant, laissez-le vous conduire dans son album, comme on partirait en virée sur les routes poussiéreuses du Deep South. Un album de haute tenue.

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samedi 6 février 2021

Tami Neilson : « Chickaboom deluxe edition »

 



Pour tous ceux qui ont raté l'album de la chanteuse, une véritable éclaircie en 2020, voici une merveilleuse session de rattrapage qui nous est offerte avec cette édition deluxe. Ce nouvel album voit la Canadienne, Néo-zélandaise d'adoption, d'humeur rétro entre rockabilly (« Queenie, Queenie », haute voltige rythmique) et country-western (« Hey bus driver » ; le langoureux « Sleep »). Autant de genres permettant à la chanteuse de faire montre de son exceptionnel talent d'interprète lui permettant de briller dans un registre rentre-dedans (cf. le rageur « Call your Mama ») convenant à merveille à son coffre hors-norme. Une chanteuse de haut-vol mais aussi une fine plume, parsemant ses chansons d'anecdotes croustillantes transpirant le vécu. La palme revenant à cet incroyable « Ten tonne truck » faisant effectivement l'effet d'un semi-remorque pris en plein poire laissant l'auditeur KO pour le compte. Enfin, cette édition deluxe présente en bonus cinq chansons enregistrées en live issus de l'album ou des enregistrements précédents de la chanteuse (« A Woman's Pain » issu de l'album « Sassafrass ! »). Loin d'être insignifiantes, ces versions enregistrées en concert apportent un éclairage différent, plus soul (« You were mine »), sur le talent de l'artiste. Un road-trip en plein patrimoine musical étasunien qui fait du bien !

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mardi 2 février 2021

Kacy & Clayton + Marlon Williams : « Plastic Bouquet »

 


Selon l'adage bien connu, le tout est supérieur à la somme des parties et se vérifie tout au long de l'écoute de cet album collaboratif entre le duo canadien Kacy & Clayton et le Néo-Zélandais Marlon Williams. Attendu le pedigree des participants, on s'attendait à un album country/folk de haute tenue, et c'est bien évidemment le cas à l'instar du morceau titre, renouant avec une dynamique héritée de Gram Parsons/Emmylou Harris, contre-chants poignants à la clef, mâtinée d'un sens de la séduction, d'un charme croonesque, à faire pâlir Chris Isaak (« Arahura »). Pris dans un effet de phosphorescence musicale, le trio fraîchement constitué surprend et n'hésite pas à sortir des sentiers attendus, dégainant au passage quelques perles psychédéliques telles que « Light of love », que l'on jurerait sorti des archives inédites de Jefferson Airplane, ou « I'm Unfamiliar » à l'ambition garage plus affirmée. Classique mais solide, cette déambulation musicale fait le plus grand bien en cette période de confinement généralisé.

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mercredi 27 janvier 2021

BEBLY : « L'extinction »

 


Pour ses nouvelles aventures musicales, Bebly a choisi la voix acoustique. Un choix pertinent et qui lui va à ravir tant la formation s'est toujours distinguée par son émotivité à fleur de peau. Un angle encore renforcé par l'acoustique faisant ressortir la voix et le texte. Loin d'être aride, ce nouvel EP, cinq titres a été produit et arrangé avec soin, la voix bénéficie d'un soin particulier, avec un léger écho et quelques notes de guitare électrique avec beaucoup d'effets. L'EP trouve ainsi un équilibre, une balance, entretenant un dépouillement savamment étudié et l'intimité avec l'auditeur, touché à la corde sensible.

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mardi 26 janvier 2021

Kimon Kirk : « Altitude »



De Kimon Kirk, on ne savait pratiquement rien jusqu'ici. Nous avons eu vent, via le communiqué de presse, de collaborations avec Aimee Mann ou Angus et Julia Stone, mais guère plus. Et pourtant, le disque à peine posé sur la platine et c'est une foule de sentiments, rares et précieux, qui s'emparent de l'auditeur. Une sentiment d'éternité tout d'abord porté par l'évidence mélodique de l'album (« Evergreen », « Trampoline », « Baby Who Knows ») qui évoque sans pour autant tomber dans le plagiat ou la redite. Appelons-cela l'universalité de la musique ou son intemporalité. L'album sort aujourd'hui comme il aurait pu sortir dans les années 1970 tant il est imperméable aux modes et gageons qu'il résistera au temps. Une autre grande qualité de l'album réside dans son pouvoir d'évocation. Il ne faut pas plus de trente secondes d'écoute pour se figurer un couché de soleil californien et ses avenues bordées de palmiers géants tant l'album développe un univers entre americana et pop/rock, doux et délicat, sous la haute influence de la FM des années 1970 (« Failed Myopic »). Un genre facile d’accès auquel le timbre unique, un peu éraillé et légèrement de gorge du chanteur apporte un cachet, un vécu unique souligné par quelques poussées de fièvre rock'n'roll (« The Girl I Used to Know ») qui apportent la pointe de piment bienvenue. Dans un effet de balancier inverse, « I Think of You » ou « Halfway Right », justifient à elles seules le titre de l'album, « Altitude », tant les chansons planent au-delà des contingences terrestres. La totalité de l'album agit comme au baume réconfortant, procurant un refuge à la folie de l'époque et cela fait du bien, pandémie ou non. 

Sortie le 19/02/2021

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dimanche 24 janvier 2021

Grant Haua : « Awa Blues »

 


Sous d'autres latitudes, celles de sa Nouvelle-Zélande natale, Grant Haua a, déjà, un parcours solide tant en solo qu'avec son groupe Swamp Thing (7 albums). A notre tour de profiter du talent incroyable de cet artiste grâce à l'entregent du, précieux, label Dixiefrog. Et l'occasion de constater, une fois de plus, que, sorti du modèle esthétique étasunien, le blues a beaucoup à offrir. Car il ne fait aucun doute à l'écoute de cet album que nous avons affaire à un véritable bluesman, grain de voix rocailleux et vécu suintant des cordes vocales à l'appui (« Tough Love Mama » ; « Addiction »). Mais Grant n'est pas américain et cela s’entend, notamment dans les couplets chantés en langue vernaculaire (« This is the place »). L'autre aspect déterminant du blues de Grant est son aspect entraînant, voire dansant, à la lisière du funk et de la soul (cf. l'instrumental « Can't let go » sous l'influence de Booker T and The MGs »). Electrique, acoustique à l'occasion, Grant offre une passerelle entre les différentes musiques afro-américaines qu'il a su s'approprier pour en livrer une vision personnelle, un véritable univers, incarné par sa voix cabossée (« My Baby ») et son jeu de guitare percutant.

Sortie le 19/02

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samedi 23 janvier 2021

Captain Rico & The Ghost Band : « The Forgotten Memory of the Beaches »

 



Rêvons un peu : une immense étendue de sable, le regard posé sur l'océan à perte de vue, le visage balayé par le vent et le fracas de vagues en guise de bande-son… L'heure est pour nous de suivre le capitaine Rico dans de nouvelles aventures ! Le groupe est originaire du Sud-Ouest, la région de France métropolitaine la plus réputée pour la qualité de ses vagues, berceau du surf dans l’hexagone. Pas étonnant dès lors qu'au moment de brancher les guitares, Rico et ses acolytes aient eu envie de reproduire en musique le déferlement des rouleaux (le principe même de la surf music), Dick Dale et Link Wray, les pionniers du genre, érigés en modèles esthétiques. Le souffle de l'océan fût le plus fort,  le groupe vient de Toulouse, soit l'intérieur des terres. Il va sans dire que l'album, entièrement instrumental, exhale un fort parfum des sixties californiennes. Normal c'est le but du jeu. Mais coller au modèle d'origine n'exonère pas les musiciens d'afficher leur personnalité à l'instar de ces bruitages ornant l'intro du titre, éponyme, ouvrant l'album faisant sonner le tout comme la bande originale d'un film de science fiction des années 1950 (la remarque vaut également pour l'excellent « Giant Turtle ») ou des intonations garage au ras du bitume de « V8 Interceptor ». Au-delà de la virtuosité guitaristique affichée par le Capitaine, et qui en l’occurrence sert véritablement le propos, on note également le groove ravageur de la section rythmique (la bien nommée « Epic Wave »). Enlevé et entraînant, l'album affiche une telle fraîcheur que les étiquettes rétro ou vintage importent peu et se décollent d'elle-même. Voilà un album que l'on n'est pas prêt d'oublier en dépit de l'affirmation contenue dans son titre ! Hang ten ! 

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vendredi 22 janvier 2021

François Premiers : « Renaissance Man »

 


Réunion de musiciens du Havre, passés par les Backsliders ou les Roadrunners, ayant la particularité de porter le même prénom (on vous laisse deviner lequel), le groupe François Premiers continue son parcours sur vinyle et au rythme de 45 révolutions par minute. Et le format leur va à ravir ! Parce qu'avec François, le rock c'est pas compliqué, on met les potards à fond, on crie dans le micro, boum boum la batterie et ça fait un disque ! Et même plus que ça : un disque canon ! Frais et enlevé, François Premiers c'est de la power pop, du garage rock avec une pédale wha-wha qui traîne, et ça ne fait jamais de mal, ça dépote, déboîte et emballe l'auditeur dans le même mouvement ! Tant que ces types feront des disques, tout n'ira pas si mal que cela en ce bas monde !

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mercredi 20 janvier 2021

Electric Jaguar Baby

 


Au pays de la fuzz sévit ce nouveau duo et en avant vers de nouvelles aventures électriques ! Electric Jaguar Baby s'inscrit dans un registre bien connu, celui du rock garage qu'ils sont bien décidés à prendre d'assaut. Et à peine la galette posée sur la platine, les enfers se déchaînent sur les enceintes. Le groupe se fait une spécialité de ces morceaux entêtants et répétitifs où la guitare tourne et retourne les esprits, tels que « Witch I love », un soupçon occulte ne fait jamais de mal, ou « Geddit », mettant à profit un nouveau de saturation électrique savamment dosé (la formidable « End of doom »). Une sorte de grand huit mal intentionné où le duo entraîne l'auditeur suivant la pulsation électrisante de la batterie, truffé de bizarreries en espagnol et autres délires sonores (« Storm » adoptant une scansion rap assez inédite dans ce genre ultra codifié). On l'a vu le genre est fertile et nous a valu quelques déceptions ces derniers temps. La recette est connue mais lorsqu'elle est maîtrisée avec autant d'entregent et d'engagement, le niveau d'énergie déployé transcende les enceintes, c'est toujours un grand plaisir d'écoute à la clef. Et comme à l'époque des années 1990 et des ghost tracks de ces bons vieux cds, on vous conseille de rester bien attentifs jusqu'au bout, il se pourrait bien qu'une surprise se niche, en plage 66 bien sûr, ça ne s'invente pas !

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mardi 19 janvier 2021

Tamar Aphek : « All bets are off »

 


Telle une tempête tropicale qui s'apprête à prendre d'assaut vos platines, Tamar Aphek déboule, guitare en mains. La jeune Israélienne l'affirme elle-même : « All bets are off » ; les jeux sont faits, rien ne va plus ! Ainsi, l'album démarre sur les chapeaux de roues, avec deux titres ravageurs « Crossbow » et « Russian Winter ». Un chaos de guitares organisé au-dessus duquel plane la voix angélique de la chanteuse, le tout caractérisé par une approche rythmique proche de l'hystérie. Irrésistible et ravageur on vous aura prévenu mais finalement assez peu représentatif du travail de la musicienne. En effet, le reste de l'album se révèle beaucoup plus calme mais toujours aussi aventureux suivant une ligne imaginaire qui partirait du free jazz (« Show me your pretty side » ; « Too much information » ; "Nothing can surprise me") pour s'échouer sur des rivages psychédéliques et planants (« All I Know » ; « Drive »). Mais quelque soit le contexte et au-delà de la guitare, qu'elle maîtrise avec virtuosité, c'est avec le chant et son grain de voix ouaté que Tamar séduit. Une magnifique découverte !

Sortie le 29 janvier.

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lundi 18 janvier 2021

Barton Hartshorn : « Not what I expected to hope for... »

 




Si l'on en croit le titre, Barton est pour le moins perplexe quand à la marche du monde. Qu'il se rassure, nous aussi ! Néanmoins, dans tout ce bazar ambiant, il y a au moins une chose certaine à laquelle se raccrocher : son nouvel album ! En effet, si le premier effort de l'artiste, qui nous avait mine de rien mis une petite claque, vous a plu, il est probable qu'il en sera de même avec celui-ci. Alors, certes, l'effet de surprise et de nouveauté s'est estompé. Les influences étasunienne également au profit d'un son plus « anglais » ; peut-être moins marqué par les années 1970 on note également une légère évolution vers la décennie suivante, celle des années 1980 (cf. « Like the sea »). Une approche un peu différente donc, mais, la démarche reste identique. Celle d'un songwriter, composant de manière organique et acoustique, pour qui le récit, le storytelling comme on dit de nos jours, est cardinal. Ainsi, l'album s'écoute comme on lit un recueil de nouvelles, avec toutes sortes de personnages et son lot de situations cocasses ou baroques (« Message back to you » ; « If you were coming you'd be here by now ») mis en musiques. Le tout est produit avec grand soin dans une veine entre pop, rock et folk : chaleur acoustiques, guitares rutilantes (« Did I let you down ? » ; l'excellente « Rumours ») et claviers à la fois discrets mais significatifs. Une production nickel donc, mettant parfaitement en valeur le timbre légèrement éraillé de Barton, véritable crooner en puissance. Classique mais solide, et un excellent moment passé en compagnie de cet album. 

Sortie le 22 janvier.

vendredi 15 janvier 2021

Bingo Club : « Separated »

 


Séparés, quel titre pertinent pour décrire l'époque. « Séparé » c'est le titre du premier EP de Bingo Club, formation faisant son miel de la nostalgie. Et de nostalgie il est beaucoup question dans ce disque inaugural qui possède le don, rare, de placer l'auditeur dans une bulle cotonneuse et douce-amère. Tempo lent, notes de piano mélancolique, voix éthérées et nappes synthétiques doucereuses ; le disque évoque une certaine idée des années 1980, plus un feeling général qu'un revivalisme assumé. On se prend alors à rêvasser au temps jadis, bercés par cette douce mélopée. Quand la mémoire s'efface pour ne garder que les bons moments, il ne restera alors plus grand-chose de 2020 si ce n'est cet EP. Avec un disque pareil, doux, mélancolique et voyageur, plus trop de raisons de sortir après 18h de toute façon…

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mercredi 13 janvier 2021

Mathias « El Mati » Berchadsky : « Manifesta »

 


Si l'on considère que le rêve, l'évasion et l'imaginaire n'ont jamais été aussi « essentiels » (bien entendu, le mot est utilisé à dessein) qu'aujourd'hui, alors nous avons trouvé là l'album idéal. Car, au travers des différentes influences auxquelles le musicien s'abreuve, du flamenco au jazz ; de la musique juive aux sonorités carnatiques (Inde du sud), c'est un même souffle qui se fait entendre : celui du voyage vers les destinations chaudes. Un authentique périple, en vérité ! De l'écho fantomatique des cordes de guitares arpégées avec virtuosité (« La Escapada » ; « Acetileno ») à la douce pulsation des percussions en passant par le chant envoûtant (cf. « Raices ») et ce même si on avoue bien volontiers ne comprendre un traître mot, le grand départ est de mise ! Voici un album que l'on écoute comme l'on part à l'aventure arpenter les sentes poussiéreuses, le visage caressé par le vent chaud, l'océan en ligne de mire. Allez, fermez les yeux et rêvez maintenant !

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mardi 12 janvier 2021

Tristesse Club : « Où tout a commencé »

 



Avec un nom pareil, « Bonjour Tristesse » serait-on tenté de penser en paraphrasant Françoise Sagan… Mais le premier abord est, en l'espèce, trompeur. Bienvenue au club ! Précisément, là où tout a commencé. Suivant la mélopée de ses inspirations synthétiques, le duo accouche d'un étrange objet, évoquant vaguement l'écho lointain d'un night-club des années 1980. Plantons le décor. A l'image de celui figurant sur la pochette, on s'imagine une fin d'été, une forme de désenchantement de fin de vacances alors que sonne la rentrée. Une forme de spleen (cf. le chant féminin) finalement plus mélancolique que véritablement triste, que le duo exorcise sous la forme de titres pop étrangement catchy aux résonances planantes. On y trouve même une forme de réconfort et ça fait du bien !

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lundi 11 janvier 2021

Frédéric Michallet : « First Love Never Die. Dustroy, 15 ans de rock'n'roll ! »

 


Lorsqu'il s'est lancé dans la rédaction de son autobiographie, Frédéric Michallet n'avait certainement pas dans l'idée de faire de la grande littérature. Non, le guitariste de Dustroy, s'est lancé dans l'écriture comme en musique, en passionné, motivé par la volonté de bien faire sachant pertinemment, que, comme il l'avoue lui-même, « d'autres l'ont fait mieux que nous, c'est certain ! ». Ce qui n’empêche nullement le livre d'être absolument passionnant de bout en bout. La particularité du récit réside dans son momentum. Les membres de Dustroy, groupe apparu sur la scène grenobloise au mitan des années 2000, ont la quarantaine. Un âge critique où les rêves de gloire adolescents se sont envolés au profit d'un vie adulte, entre boulot et enfants, où le rock'n'roll revêt une importance particulière : un instant d'oubli, une soupape de décompression où l'on joue avant tout pour le plaisir de s'amuser, pour s'évader de la routine du quotidien. Puis, arrive le plafond de verre sur lequel on se fracasse tous. Les aléas de la vie et ses coups durs, séparations, licenciements, disparitions précoces ajoutent une épaisseur supplémentaire, le rock'n'roll devient alors une bouée de sauvetage. Tout cela Frédéric nous le conte par le menu. Lui-même victime d'un accident cardiaque fin 2019 a frôlé la catastrophe. Probablement l'incident qui a motivé la rédaction du livre, l'arrêt des concerts dû aux différents confinements et autres couvre-feux dégageant le temps nécessaire pour passer à l'acte. Un récit de vie d'une telle sincérité est forcément émouvant. Un petit mot enfin pour souligner la beauté du cliché ornant la couverture duquel se dégage toute la fureur de l'expérience « live ». Cela nous manque tout ça…

Frédéric Michallet, First Love Never Die, Les éditions du joyeux pendu, 200 pages, 16 euros.

http://leseditionsdujoyeuxpendu.com/

https://lesditionsdujoyeuxpendu.bigcartel.com/

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lundi 4 janvier 2021

Xavier Belin : « Pitakpi »

 


C'est par une pulsation rythmique, aussi légère que swinguante, que le pianiste d'origine martiniquaise nous souhaite la bienvenue dans son album. En constituant son quartet (vibraphone, piano, basse, batterie) Xavier Belin a placé la rythmique au coeur de son travail. Virevoltante, légère ou appuyée, la pulsation est le centre de la musique. C'est elle qui guide la cavalcade des doigts de Xavier sur le clavier qu'il s'agisse de rendre hommage à son île natale, la Martinique (« Fanm Matinik Dou ») ou de reprendre Thelonious Monk (« Evidence »), tâches dont le groupe s'acquitte avec brio et inventivité. Mais au-delà, c'est le mariage des sonorités percussives conjuguées du piano, du vibraphone et de la batterie qui marque les imaginaires et stimule l'esprit. La musique devient alors cette forme libre qui voyage (le soleil des Caraïbes n'est jamais bien loin) le long de compositions fleuves (entre 5 et 9 minutes) explorant tous les possibles. A telle enseigne que l'on finit par se demander si ledit album a été composé durant des improvisations au long cours ? Plus qu'un voyage, une véritable expédition musicale. Le soleil brille toujours à l'écoute d'un tel disque.

Sortie le 16 janvier 2021.

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