Infatigable artisan
du rock en français, Michel Cloup, ex-leader de Diabologum, continue
son travail d'épure musicale en compagnie d'un nouveau partenaire
dans le crime, le batteur Julien Rufié. Revenu (provisoirement?) de
toutes ses expériences de groupe, Michel a décidé de bannir le
superflu pour revenir à l'essentiel, une guitare et une batterie.
Depuis trois albums, en dépit de quelques changements de batteurs,
la formule du duo permet à Michel d'explorer voire de tester les
limites de ce que nos collègues d'outre-Manche appellent
l'interplay, à savoir cette capacité qu'ont les musiciens à faire
dialoguer les instruments entre eux. Et le résultat, magnifique,
appelle plusieurs niveaux de lecture. Il y a d'abord du rock n'roll,
comme on l'aime, aussi simple, direct et vivifiant qu'une décharge
d'adrénaline. Ainsi « La classe ouvrière s'est enfuie »
ou « Nous qui n'arrivons plus à dire nous » sont autant
d'uppercuts sonores et, soit dit en passant, la meilleure publicité
qui soit pour quiconque ayant l'envie de chatouiller les six cordes
électriques. Mais, au-delà, et c'est là que l'album devient
réellement fascinant, en dépit de l'économie volontaire de moyens,
le duo réussit a créer nombre de paysages musicaux avec un certain
sens de l'esthétisme, remettant la créativité au premier plan. La
mélancolie qui irradie « D32W », « Séparer »
ou les harmonies assez étonnantes d' « Ici et là-bas »
en sont des preuves éclatantes. Et que dire alors des 14 minutes
fleuves d' « Une adresse en Italie », une longue
dérive dont l'écho raisonne longtemps chez l'auditeur ? « Less
is more ». Mais la musique ne constitue que la moitié du
travail de Michel qui s'impose également comme une plume unique dans
la scène française. Se retournant sur son passé et ses origines,
Michel ne cesse de questionner la société tout au long de ce disque
avec une franchise assez peu commune chez ses collègues (à
l'exception peut-être de Pascal Bouaziz, chanteur de Mendelson/BruitNoir). Un grand disque tant au niveau des paroles que de la musique.
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samedi 2 avril 2016
vendredi 14 février 2014
Michel Cloup Duo : « Minuit dans tes bras »
Ancien leader de Diabologum dans les
années 1990, Michel Cloup est un artisan, trop méconnu, du rock
français. Son nouveau projet, sobrement intitulé Michel Cloup Duo,
fait montre d'un retour aux sources : une guitare et une
batterie. Pas d'effets de manche, pas de superflu, seul l'essentiel
prime. De fait si il y a une chose que décrit magnifiquement ce
disque, c'est le lien ténu, subtil et intime entre le musicien et
son instrument. Car « Minuit dans tes bras » est un
magnifique album de guitares. En ce sens, Michel Cloup et son compère
batteur Patrice Cartier renouent avec une tradition rock du gros son
(« J'ai peur de nous », « Minuit dans tes bras »,
« Sortir boire et tomber ») que, soyons honnêtes, la
France n'a jamais réellement su maîtriser. L'album se présente
sous un jour plutôt aride. Un champ de désolation électrique après
la bataille, fait de montées (« Ma vieille cicatrice »)
et de descentes (« Coma » morceau d'apparence calme mais
mû par une angoisse sourde). Incandescent dans ses meilleurs
moments, le disque sait aussi se faire touchant grâce aux paroles
(« Minuit dans tes bras », quel titre évocateur!), Cloup
se livrant à une mise à nu poétique de l'homme, de la femme et des
relations de couple. « Il y a toi, il y a moi et il y a nous
entre guillemets » chante Cloup sur « J'ai peur de nous »
avec une honnêteté peu commune dans le petit monde du rock
français. Enfin, impossible de terminer cette chronique sans évoquer
la cavalcade échevelée « Minuit dans tes bras #2 » qui
s'étire sur plus de douze minutes d'une longue et impressionnante
dérive. Renouant avec une approche arty du rock n'roll, Cloup
utilise cette fois la voix bienveillante de l'actrice Françoise
Lebrun, vingt ans après avoir adapté « La maman et la
putain » (film réalisé par Jean Eustache en 1973) avec son
ancien groupe Diabologum. Un grand album, tout simplement.
En concert à Paris (la gaîté lyrique) le 18 février.
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