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samedi 2 avril 2016

Michel Cloup Duo : « Ici et là-bas »



Infatigable artisan du rock en français, Michel Cloup, ex-leader de Diabologum, continue son travail d'épure musicale en compagnie d'un nouveau partenaire dans le crime, le batteur Julien Rufié. Revenu (provisoirement?) de toutes ses expériences de groupe, Michel a décidé de bannir le superflu pour revenir à l'essentiel, une guitare et une batterie. Depuis trois albums, en dépit de quelques changements de batteurs, la formule du duo permet à Michel d'explorer voire de tester les limites de ce que nos collègues d'outre-Manche appellent l'interplay, à savoir cette capacité qu'ont les musiciens à faire dialoguer les instruments entre eux. Et le résultat, magnifique, appelle plusieurs niveaux de lecture. Il y a d'abord du rock n'roll, comme on l'aime, aussi simple, direct et vivifiant qu'une décharge d'adrénaline. Ainsi « La classe ouvrière s'est enfuie » ou « Nous qui n'arrivons plus à dire nous » sont autant d'uppercuts sonores et, soit dit en passant, la meilleure publicité qui soit pour quiconque ayant l'envie de chatouiller les six cordes électriques. Mais, au-delà, et c'est là que l'album devient réellement fascinant, en dépit de l'économie volontaire de moyens, le duo réussit a créer nombre de paysages musicaux avec un certain sens de l'esthétisme, remettant la créativité au premier plan. La mélancolie qui irradie « D32W », « Séparer » ou les harmonies assez étonnantes d' « Ici et là-bas » en sont des preuves éclatantes. Et que dire alors des 14 minutes fleuves d' « Une adresse en Italie », une longue dérive dont l'écho raisonne longtemps chez l'auditeur ? « Less is more ». Mais la musique ne constitue que la moitié du travail de Michel qui s'impose également comme une plume unique dans la scène française. Se retournant sur son passé et ses origines, Michel ne cesse de questionner la société tout au long de ce disque avec une franchise assez peu commune chez ses collègues (à l'exception peut-être de Pascal Bouaziz, chanteur de Mendelson/BruitNoir). Un grand disque tant au niveau des paroles que de la musique.

vendredi 14 février 2014

Michel Cloup Duo : « Minuit dans tes bras »


 
Ancien leader de Diabologum dans les années 1990, Michel Cloup est un artisan, trop méconnu, du rock français. Son nouveau projet, sobrement intitulé Michel Cloup Duo, fait montre d'un retour aux sources : une guitare et une batterie. Pas d'effets de manche, pas de superflu, seul l'essentiel prime. De fait si il y a une chose que décrit magnifiquement ce disque, c'est le lien ténu, subtil et intime entre le musicien et son instrument. Car « Minuit dans tes bras » est un magnifique album de guitares. En ce sens, Michel Cloup et son compère batteur Patrice Cartier renouent avec une tradition rock du gros son (« J'ai peur de nous », « Minuit dans tes bras », « Sortir boire et tomber ») que, soyons honnêtes, la France n'a jamais réellement su maîtriser. L'album se présente sous un jour plutôt aride. Un champ de désolation électrique après la bataille, fait de montées (« Ma vieille cicatrice ») et de descentes (« Coma » morceau d'apparence calme mais mû par une angoisse sourde). Incandescent dans ses meilleurs moments, le disque sait aussi se faire touchant grâce aux paroles (« Minuit dans tes bras », quel titre évocateur!), Cloup se livrant à une mise à nu poétique de l'homme, de la femme et des relations de couple. « Il y a toi, il y a moi et il y a nous entre guillemets » chante Cloup sur « J'ai peur de nous » avec une honnêteté peu commune dans le petit monde du rock français. Enfin, impossible de terminer cette chronique sans évoquer la cavalcade échevelée « Minuit dans tes bras #2 » qui s'étire sur plus de douze minutes d'une longue et impressionnante dérive. Renouant avec une approche arty du rock n'roll, Cloup utilise cette fois la voix bienveillante de l'actrice Françoise Lebrun, vingt ans après avoir adapté « La maman et la putain » (film réalisé par Jean Eustache en 1973) avec son ancien groupe Diabologum. Un grand album, tout simplement.

En concert à Paris (la gaîté lyrique) le 18 février.