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mardi 30 août 2022

Interview avec Lulu Van Trapp

 

Lulu Van Trapp, Rock en Seine, le 27 août 2022 (c) Victor Picon

Lulu Van Trapp, Rock en Seine, 27 août 2022, (c) Victor Picon

Si un groupe est bien content d’être là, à Rock en Seine, c’est Lulu Van Trapp ! « C’est la première fois qu’on joue, l’expérience est très différente par rapport à une salle. Il y a plein de choses qui se passent, des rencontres, des amitiés naissent avec d’autres artistes. Et puis le look des festivaliers est assez rigolo». Une expérience qui avait pourtant mal débuté, le synthé de Rebecca (également chanteuse) ayant rendu l’âme juste avant le début du concert : « C’est la toute première fois que je ne fais que chanter, c’était déstabilisant, d’habitude le clavier constitue une sorte de rempart avec le public ». Un public avec lequel ils entretiennent un rapport particulier : « On est là pour les regarder dans les yeux, les attraper par le colback et ne plus les lâcher. En vrai, on n’est pas là pour draguer les gens. La scène c’est notre terrain conquis, dès qu’on pose le pied sur scène, il n’y a plus de question, ni d’hésitation, on sait qui on est et on est nous et entièrement nous ». Un exercice qu’ils abordent selon un angle bien particulier, à l’image du batteur qui joue debout (ce qui reste quand même assez rare exception faîte des Stray Cats ou d’Art Brut) : « On est en mode Avengers, debout, alignés, prêts à partir au front !» Un champ lexical guerrier qui incarne assez bien l’attaque du groupe, son côté rentre-dedans, foutraque et décalé où les influences, Nina Hagen (revendiquée par la chanteuse, « j’étais obsédée par elle »), du punk, de la surf music ou du reggae/ska se télescopent : « C’est la somme de toutes ces influences qui nous a faits ». Et pourtant derrière cette image se cache une bande de cœurs tendres dont certains se connaissent depuis le CM2 : « En vrai, le premier album, "I’m not here to save the world", est grave un disque de chansons d’amour, il n’y a pas un titre qui ne soit pas nourri par nos expériences, espoirs ou déceptions que l’on a tous assez nombreuses ». De quoi largement nourrir un deuxième disque, dont l’enregistrement est prévu pour cet automne.

Propos recueillis à Rock en Seine, le 27 Août 2022.

https://www.facebook.com/luluvantrapp

http://www.luluvantrapp.com/





dimanche 15 juillet 2018

Interview avec Michelle David




A peine une heure avant de monter sur la scène de la plage, Michelle David se pouponne dans la coulisse devant un équipement de fortune. Encore relativement inconnue dans nos contrées, Michelle a cependant déjà chanté devant un public français « C'était à Saint Paul » se souvient-elle. Ce qui ne l'empêche pas d'être littéralement sous le charme du site du Malsaucy, presqu'île entourée de deux étangs au pied des Vosges « Le paysage est magnifique, je me sens très excitée ». Ce passage aux Eurockéennes s'annonce prometteur, tous les voyants sont au vert pour faire d'elle la grande révélation soul de ces quatre jours « Je suis nouvelle pour tout le monde, je suis là pour prendre la température, essayer de créer une petite sensation. » On peut s'étonner cependant de la présence d'une artiste aussi marquée par le gospel dans un festival de rock : « Le groupe a été mis sur pied par les deux guitaristes, Onno Smit et Paul Willemsen. Nos racines sont dans le blues, la soul, le jazz et le rock rock’n’roll. On essaye de rendre hommage au gospel en y ajoutant de nouvelles couleurs. » La chanteuse prend sa présence atypique avec beaucoup d'humour : « J'ai déjà fait un festival de heavy-metal et c'était fabuleux (rires). J'essaye d'embarquer tout le monde avec ma musique, de toucher le cœur des gens. Je chante pour tous ceux qui croient en l'amour. Je raconte ma vie, mes épreuves car je n'aime pas utiliser le mot "échec". J'espère donner au public ce dont il a besoin. » Lorsqu'on lui fait remarquer qu'en 2014 on avait assisté sur cette même (superbe) scène de La Plage à la Daptone Super Soul Revue (il s’agissait d'ailleurs de nos derniers concerts de Sharon Jones et de Charles Bradley tous deux décédés depuis) son visage s'éclaire : « On était supposés faire sa première partie mais elle est décédée et ça ne s'est jamais fait. Ensuite, on devait ouvrir pour Charles (Bradley, ndlr) mais il est parti aussi, on s'est arrêté là (sourire triste). Je me reconnaissait tellement en Sharon (Jones, ndlr). J'ai 52 ans, tu sais, c'est incroyable pour moi de laisser une marque, tellement le milieu est jeune. Commercialement parlant, nous vivons dans un monde de pop music. Il n'y a pas de juste milieu, aussi il est important de ne jamais abandonner. » 

Le troisième album de Michelle David, « The Gospel Sessions vol. 3 » sortira à l'automne. 

Propos recueillis le 6 juillet 2018 à Belfort.

Un grand merci à Michelle, à Yazid Manou et à Clémence Prieur pour leur gentillesse et leur disponibilité. 



mercredi 17 janvier 2018

Interview avec Benoît (Dr Groov')




Retrouver le goût de l'objet dans un monde numérique dématérialisé, tel est l'objectif affiché de DR. GROOV'. La chose se présente comme une boîte à pizza déposée dans la boîte aux lettres (la périodicité dépend de la formule choisie). Au menu : un vinyle, des goodies, un livre ou un dvd (dédicacés), toujours en rapport avec le monde de la musique : c'est un régal pour les oreilles ! Une initiative qui redonne du baume au cœur que nous explique Benoît, le fondateur de la start-up...

Quel est le principe de DR. GROOV'  ? 

Benoît : Le modèle des box mensuelles DR.GROOV’ est assez identique à ceux des autres box (beauté, vin…). On s’abonne, ou on offre un abonnement, soit mois par mois sans engagement, soit pour une durée de 3, 6, ou 12 mois. Plus on s’engage plus les prix sont attractifs. Il faut s’avoir que le prix des vinyles ont fortement augmentés ces dernières années, et que grâce à DR.GROOV’, à partir 21 euros / mois, soit le prix moyen pour un vinyle, on reçoit un vinyle plus des objets, des livres, et plein d’autres choses. Ce qui nous permet d’être à de tels prix c’est le fait d’être en relation directe avec les artistes, un peu à l’image des circuits courts dans l’alimentaire. 

Comment est né ce projet dr.groov' ?

B. : DR.GROOV’ est le prolongement naturel d’un blog musical que je tenais depuis 2009 (http://www.chroniquemusicale.com ) où l’idée était de mettre en avant des artistes talentueux qui n’étaient pas assez reconnu par le grand public. 

Ce qui m’a fait passer le pas pour créer DR.GROOV’ c’est 3 principaux constats : 

- Malgré le streaming, ces millions de chansons à portée de téléphone, ces playlists personnalisées, la recommandation humaine reste hyper importante pour découvrir de nouvelles musiques 

- L’envie de mettre la musique qu’on écoute en perspective, que ce soit à travers les bio, les track by track qu’on édite dans les box, à travers les livres qu’on propose 

- Dans un monde dématérialisée, un besoin de retour à l’objet, au bel objet, à l’objet original, le vinyle, le livre 

Comment choisissez-vous les disques qui sont inclut dans la box ? Y-en-a-t'il pour tous les goûts ?

B. : Lorsque nous choisissons un disque, c’est avant tout un coup de cœur. Nous écoutons plusieurs heures de musique par jour, et sommes sans cesse branchés sur les dernières nouveautés et sur les sorties physiques à paraître. Ensuite nous nous interrogeons si ce dernier peut entrer dans la ligne éditoriale de DR.GROOV’, une musique de qualité, non mainstream, éclectique et pouvant plaire à nos abonnés. Enfin, il faut aussi trouver des artistes qui ont du temps à nous consacrer pour la dédicace de leur album !

Girls In Hawaii et Kid Francescoli pour la pop, de la pop-rock anglais et ses instants psychés pour la prochaine box, Cabadzi pour la musique urbaine, Rone pour la musique électronique, nous essayons de varier les plaisirs au maximum.

 Il y aura toujours un vinyle dans la box ?

B. : Le vinyle fait partie de l’identité de l’entreprise, il suffit de voir son logo pour s’en apercevoir. C’est un objet que l’on ne peut dissocier de l’offre. S’adresser à un public qui ne connait probablement pas l’artiste est une chose intéressante. Le vinyle, par sa taille qui permet de sublimer la pochette, donne forcément envie d’être posé sur la platine même si l’artiste ne nous est pas familier. Et quand on sait que l’objet est dédicacé, comment s’en priver ?

Ce projet est-il une réponse à la dématérialisation de la musique et au streaming ?

B. : C’est effectivement une réponse à la dématérialisation de la musique. Mais on part du principe que le streaming n’est pas notre adversaire, bien au contraire. Nous avons déjà proposé à nos abonnés une offre d’essai à Bustle Music, un service de streaming équitable. Le streaming, désormais accessible facilement, a redonné goût aux consommateurs de se diriger vers l’offre physique et de s’adonner à quelques plaisirs… Un abonnement à DR.GROOV’ par exemple. Si le streaming est vu comme quelque chose de froid, nous essayons du mieux possible de réhabiliter le lien entre l’auditeur et l’artiste.

Pensez-vous redonner le goût de l'objet avec la box ?

B. : Tout à fait, mais au delà de redonner le goût de l’objet, nous essayons de créer un lien direct entre l’artiste et les auditeurs à travers la dédicace, la biographie, la présentation de l'album que nous incluons dans les box, mais surtout nous souhaitons créer des moments de plaisir, des moments privilégiés durant lesquels les abonnés allument leur platine, pose leur vinyle, s’installent confortablement et écoutent la musique proposée. C’est un peu l’occasion de s’offrir une fois par mois un peu de temps à soi et à la découverte de musique dans les meilleures conditions.

Propos recueillis par email le 16/01/2018.

jeudi 1 juin 2017

Interview avec Lucie Baratte



A défaut de pouvoir aller voir son idole Janis Joplin en concert, Lucie Baratte s'est lancée sur les traces de la chanteuse. Une sorte de voyage initiatique dont elle a tiré « Looking for Janis » un livre passionnant sur lequel elle revient ici longuement, entre éclats de rire et émotion. A noter enfin, Lucie sera présente au Supersonic pour dédicacer son ouvrage le soir de notre concert du 9 juin prochain (l'événement Facebook est ici, le crowdfunding pour la soirée là).

Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu as découvert Janis pour la première fois ?
Lucie Baratte : C'est spécial, c'est un bouleversement, ça m'a pris comme une énorme vague. J'étais petite, j'avais 14 ans. J'avais déjà eu des expériences avec la musique, d'avoir été emportée par une mélodie. Mais là… Ce n'était pas tant la mélodie, c'était surtout sa façon de chanter qui m'a bouleversée au niveau émotionnel mais aussi rationnel. La chanson avec laquelle j'ai découvert Janis, c'est « Coo Coo » de Big Brother & The Holding Co (1966, ndlr) qui n'est pas une chanson culte. Et puis c'était les débuts, elle cherchait encore sa voix et puis c'était le premier album du groupe, elle ne chantait pas sur tous les titres. C'est un disque enregistré un peu à la va vite et ils ont eu beaucoup de mal à le produire, il y a un côté un peu imparfait. Et c'est ça qui m'a frappé. A l'époque, elle s'écartait du micro pour chanter, pour pouvoir crier plus fort. Tu entends qu'elle s'éloigne, j'ai trouvé ça dingue ! Ce truc qui partait dans tous les sens comme si elle ne pouvait pas retenir son énergie, ça déborde trop, elle ne pouvait pas gérer. Ça fait comme un tsunami. J'ai été obsédée par cette chanson, il fallait que je l'écoute en boucle, seule, dans le noir (rires)…

Que représente pour toi cette musique…
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit, silence). Il y a plusieurs choses, mon adolescence, la période entre mes 14 et 18 ans, déjà. C'était l'époque où je l'écoutais à fond, j'étais obsédée par elle, c'était mon modèle absolu. Sa musique a accompagné ma vie quotidienne. Quand je réécoute sa musique, je repense à la Lucie que j'ai été (silence). Après sa musique représente quelque chose ultra intime, de magique et de sacré. Même si plein de gens écoutent Janis Joplin, j'aurai toujours le sentiment que moi je partage un truc particulier avec elle. Je n'ai pas ça avec d'autres artistes. J'aime beaucoup Tori Amos aussi par exemple. Mais la musique de Janis m'offre une sorte d'intimité avec elle. J'ai le sentiment de la connaître personnellement, dans une sorte de dimension spirituelle, et de vivre un truc unique avec elle. Pour moi elle symbolise aussi une libération, la libération des femmes. Je viens d'un milieu très traditionnel, je suis la seule fille dans une famille de garçons… C'est comme le déclencheur sur une vie très linéaire (elle claque des doigts). Et là tu vois la vie autrement. Et ça c'est la musique, le chant de Janis. Tout devient possible. Son côté extrême, c'est le plus beau cadeau qu'elle est fait à l'humanité. Quand tu la replace dans son époque, c'est fou ce qu'elle a pu accomplir. Encore aujourd'hui ça n'est pas hyper simple. Les femmes dans le rock ça n'était pas si courant que ça… Et là Janis a poussé très loin la libération en prenant parfois des artifices plutôt masculins.

Comment est née l'idée de ce voyage ?
Lucie : C'est très personnel. C'est lié à la manière dont je me suis construite. Je me suis inspirée de Janis Joplin.

Cela peut-être dangereux (rires)…
Lucie : Cela peut-être très dangereux (rires). Mais les drogues dures et les expériences trash n'étaient pas ce qui m'intéressait. Il y avait quelque chose en elle, ce côté étrangement très vivant, alors qu'elle est décédée très jeune (27 ans, ndlr). Pour moi cette relation avec Janis était intime. Après, pendant longtemps, je n'arrivais plus à écouter ses disques. Sa musique me rendait triste sans que je comprenne vraiment pourquoi. J'ai continué à chercher des albums pirates, à lire les bouquins mais il y avait un vrai problème perso. Je me suis mariée jeune et je m'étais oubliée. A 27 ans je me suis demandée : « Mais c'est quoi ma vie en fait ? ». J'avais des envies, je voulais être artiste, aller à des concerts. Mon problème de couple a fait remonter le fait que je m'étais mise de côté. Quand j'ai eu 28 ans je me suis réveillée. D'un coup j'étais plus âgée que Janis. A 17 ans, je rêvais que pour mes 18 ans je verrai la maison natale de Janis à Port Arthur (Texas, ndlr). Ca serait tellement génial. Mais d'autres soucis à gérer ont fait que je n'y suis pas allée. Dix ans plus tard, à 28 ans, je me suis dis : « Mais c'est quoi ce truc ? ». Si je ne le fais jamais, à quoi ça sert ? C'est là que l'idée du voyage a commencée à germer dans mon esprit. Et j'ai recommencé à réécouter Janis Joplin en boucle et plus je me sentais à nouveau moi-même. Je me reconnectai avec moi-même, je réintégrai une partie de ma personnalité que j'avais mise de côté. Une partie oubliée de mon âme. Je me suis promise, le jour de mes 30 ans, je serais avec Janis. Je vais faire ce voyage avec Janis Joplin, c'est trop important pour moi.

Comment as-tu décidé du parcours, il y avait des endroits mythiques aussi sur la côte Est des Etats-Unis, Woodstock, l'hôtel Chelsea à New York ?
Lucie : J'ai choisi en fonction de la corrélation avec mon intention personnelle : me reconnecter avec Janis, retrouver qui j'étais, aller vers ma vérité. Et ça je voulais le faire avec Janis. Refaire son parcours quand elle avait quitté le Texas où elle se sentait opprimée, déphasée pour San Francisco. La route avait un sens. J'ai terminé là où elle est décédée à Los Angeles. J'ai suivi une logique : sa vie en accéléré. Les choses les plus importantes, les plus marquantes. J'ai fait aussi le parallèle avec ma propre existence, je viens d'un milieu provincial, traditionnel, c'est très bien, mais ça m'a aidée à trouver un lien avec Janis. Je me suis retrouvée dans son parcours, sa route vers la libération.

Et quel a été l'endroit le plus émouvant ?
Lucie : Il y en a eu beaucoup. Je pense que le plus fort c'est sa maison d'enfance à Port Arthur (Texas, ndlr). Il y a eu peu de transition entre l'avion, l'hôtel et la maison de Janis. En 48 heures, j'étais passée de Lille à Port Arthur. Le rétrécissement de l'espace était hyper fort, d'un coup ça semblait facile. Il suffisait de prendre un avion. J'en avais discuté avec un copain fan de Queen. Lui il a une théorie, être fan c'est réduire les espaces, temporels, physiques. Avec Janis, je ne peux plus réduire l'espace temps, je ne serai jamais dans le même temps qu'elle, c'est impossible. Je ne peux que réduire l'espace physique. Et là tout d'un coup, j'étais le plus proche physiquement de ce qu'elle avait pu vivre. Et ce très rapidement. Il y avait un truc fort. C'était la maison de son enfance, là où elle avait commencée et là où moi j'ai commencé mon voyage. Après il y avait aussi la plage Stinson Beach, qui était aussi très fort, j'étais dans le trip où je me baignais avec les cendres de Janis (sourire). J'étais déjà allée à l'Olympia où elle avait chanté mais ça n'avait rien à voir.

Et la rencontre la plus marquante ?
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit). C'est vachement dur. Rencontrer Janis Joplin, mais c'était plus une rencontre spirituelle. Il y a eu beaucoup de gens et chacun apporte à l'histoire de manière différente (silence). Je vais quand même dire Sam Andrew (le guitariste de Big Brother). Cela a été un moment très très fort.

Surtout maintenant qu'il nous a quittés…
Lucie : Oui, c'est clair. Et puis c'était génial, après on est resté en contact sur Facebook, il était tellement sympa (émue). Mais là c'était vraiment un moment de « fan attitude ». Un peu pétrifiée, je ne savais plus quoi dire. Il était tellement bienveillant (émue). Il parlait le français, il avait fait ses études à La Sorbonne, il était trilingue… Incroyable. Une très très chouette rencontre.

Il y a un chapitre que j'ai beaucoup aimé dans le livre, c'est cette fameuse lettre à Janis où tu lui dis « je t'aime mais j'ai envie de te dire merde » !
Lucie (rires) : Ah oui cette fameuse lettre. Tu n'es pas le seul à m'en parler, ç'a perturbé pas mal de monde !

J'ai trouvé ça très bien, parce que cela instaure une certaine distance, on n'est pas dans l'adoration aveugle du fan et en même temps, en lisant le livre on a l'impression que tu l'as vraiment connue en personne.
Lucie : Dans mon cœur, je me sens intime avec elle. Au fil du temps, c'est comme une amie. Imagine ton meilleur ami au lycée. On grandit différemment. Tu peux voir ce que tu partages, à quel point tu peux t'aimer mutuellement mais aussi les différences ou en vouloir à l'autre…

Tu évolues différemment aussi de tes amis d'adolescence et après un moment tu n'es plus en phase…
Lucie : Exactement. Et c'était ce moment là avec Janis. Moi je ne suis pas en phase avec tout ce que tu as fait. Je ne peux pas dire, c'est ok, c'est génial, tu t'es éclatée jusqu'à la fin. Non (grave). Dans un sens c'est quand même con. Quelque part j'aimerai qu'elle soit toujours en vie et complètement has-been. Est-ce qu'elle serait autant à la mode ? Je me poserais toujours la question. Quand je me suis vraiment connectée avec Janis Joplin, quand j'étais sur la route en émotions et en pensée avec elle, ça m'a rendue vachement triste. Je lui en voulais d'être morte, comme un épisode de deuil. Elle me manque tout le temps, comme quelqu'un de ma famille, que j'aime profondément et qui ne sera jamais là.

Est-ce que tu penses qu'écrire ce livre, la dessiner, car il y a beaucoup de croquis dans l'ouvrage, c'est un moyen d'insuffler un peu de vie nouvelle dans son œuvre ?
Lucie : Complètement ! C'est même la démarche profonde du livre. Les dessins, les textes écrits à la main sont autant de captations de choses dites ou vécues par Janis pour essayer de la capter vivante. Je ne voulais pas que cela devienne un monument en marbre morbide. Je suis un peu mal à l'aise avec les biographies, les documentaires. Et si moi je mourrais et si quelqu'un parlait de moi, peut-être qu'il se gourerait complètement… Je me demande ce que Janis pensait et vivait vraiment. C'est pour ça que le livre est construit sur des flashs, où on capte une phrase, une image, un son. Je voulais la rendre vivante de manière sensible. Ce livre c'est Janis qui me parle et qui parle au lecteur.

Tu as commencé par un blog. Comment ce blog est-il devenu un livre ?
Lucie : De part mon métier, je suis dans une démarche artistique. C'est le sens que je donne à ma vie, j'ai besoin de créer. Quand je suis partie, je me suis dit que ça serait chouette d'en faire quelque chose sans savoir quoi exactement. Je suis juste partie avec mon appareil photo. Et j'avais vraiment besoin d'écrire. J'ai donc commencé un blog mais avant tout pour moi, mes copains et ma famille. Pour raconter, comprendre. J'en fait plein de photos. Quand je suis rentrée, quelques mois plus tard, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose qui fonctionnait bien quand on regarde les photos et les textes. Et les photos racontent quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les textes. Assembler les deux permet de raconter l'histoire d'une nouvelle manière. Le texte et l'image se mélangent pour faire vivre une expérience au lecteur et ça, ça m'intéresse.

Le livre est très illustré…
Lucie : C'est un roman photographique et graphique en même temps. Chaque élément est là pour une raison. Il y a différents niveaux de lecture, par l'image, les citations apportent une nuance ou éclairent le sujet…

Tu as tout fait toute seule, chemin de fer, mise en page, textes et photos. C'est titanesque comme charge de travail…
Lucie : C'est énorme (rires) ! J'ai retravaillé les textes du blogs tout en gardant le côté spontané « flashs sur la route ». Quand j'ai mis le texte bout à bout ça faisait déjà 150 pages A4, je me suis dit « Wouah, on va attendre un peu pour la traduction » (rires) ! Cela m'a pris cinq ans pour en venir à bout... Les trois derniers mois j'ai travaillé comme une forçat ! C'était super enrichissant. Il y avait des choses que je connaissais du fait de mon métier de graphiste comme la mise en page. J'ai travaillé pour des éditeurs, je connaissais le chemin de fer, tout le process du livre mais il y avait plein de choses auxquelles je n'avais pas pensé. Je voulais un livre « enrichi ». Il fallait réfléchir au positionnement des traductions, il y avait de l'argot des années 1960, pas évident à traduire. J'ai aussi abandonné pas mal de photos qui ne fonctionnaient pas dans ce côté livre. Je ne voulais pas que cela devienne trop illustratif. Et puis à la fin tout le questionnement autour de la fabrication : quand, comment, combien ??? C'était génial en même temps. Ce livre c'est un témoignage à la croisée de plein de choses : un journal intime, un livre rock, un carnet de voyage.. Je l'ai fait à fond sans compromis. C'est aussi une grosse prise de risque pour moi. Mais c'était dans la même démarche que Janis, si j'y vais, j'y vais vraiment. Si je l'ai fait c'est parce que je pense que cela pouvait apporter quelque chose à quelqu'un d'autre.

Qu'as-tu ressenti quand tout était fini et que tu as tenu le livre dans les mains pour la première fois ?
Lucie : Je crois qu'à ce moment là mon cerveau fonctionnait à peine (rires) ! Ca faisait tellement longtemps que je travaillais dessus, il fallait que je réalise ! Le côté pro a pris le dessus, j'ai vérifié la reliure, le nombre de pages, les détails techniques. Et puis ç'a été (elle chuchote tout doucement) : « Ah oui, il est bien, il est doux. Les photos rendent bien » (rires)… C'est quelque chose que j'ai imaginé, créé, ç'a été long. Et maintenant il existe, d'autres gens le découvre, le lisent et l'apprécie et il vit sa vie. C'est con hein ? (rires). Mais j'étais très contente du résultat, l'impression, la reliure. Les photos rendent bien et c'était la grosse difficulté. Je voulais que le bouquin soit maniable, chaleureux, qu'il ait une forme populaire, à l'inverse d'un livre photo classique un peu glacé et froid.



Tu es revenue différente de ce voyage ?
Lucie : Je le pense, oui. Cela ne peut pas être neutre. Cela m'a donné beaucoup de force de voir ce qu'il y avait au bout de mon rêve, de ce désir. Le dernier chapitre à été très dur à accoucher. Pendant un long moment, j'avais du mal à revenir du voyage à reprendre une vie classique. J'avais encore envie d'être là-dedans. J'avais du mal à me séparer de Janis. C'était ça le retour à la réalité. Janis, elle est décédé et ça c'est fait… Et ta vie elle continue et qu'est-ce que tu en fait maintenant ? Qu'est-ce que cela t'apporte dans ta vie de tous les jours ? Par sa création artistique Janis a changé ma vie ou du moins ma vision du monde. Et ça pour moi c'est le truc le plus important. Elle l'a fait pour plein de gens. C'est magique et puissant de voir comme l'art peut créer des connexions et faire grandir. C'est son esprit libre et rock n'roll qui sera toujours avec moi. Partir toute seule, conduire ç'a ma donné beaucoup de confiance en moi. Surtout pour la conduite, toute ma famille avait peur! J'avais des recommandations, si tu es perdue dans le désert, tu bois l'eau du radiateur (rires) ! Gros stress (rires) ! J'ai plutôt réussi à m'en sortir, c'était cool !

J'étais avec mon frère le jour où on a appris la mort d'Amy Winehouse et il a tout de suite fait le rapprochement : « 27 ans, comme Janis Joplin » ! Je n'avais même pas fait le rapprochement…
Lucie : Je l'ai appris le jour même de mon arrivée aux Etats-Unis ! C'était fou ! Je venais d’atterrir à Houston, j'étais claquée, je vais directement dormir. Le lendemain, je vais à la salle du petit dej' et je vois l'info. Un truc de fou. Et ouais (soupir un peu triste)… Je me demande toujours si l'histoire se répète ou si cela tient du fantasme de notre société, des héros rock n'roll, sacrifiés. Il y a plein de jeunes rockeurs qui sont morts entre 23 et 35 ans. On a fait cette fixette sur le « club des 27 ». Ca créé des mythes. Je me méfie du mythe. La notion archétypale m'interpelle mais je me demande toujours ce qu'on en fait de cette « histoire de héros ». C'était des êtres humains. Tout de suite après avoir appris le décès d'Amy Winehouse, j'ai pensé que c'était parti pour les documentaires et tout. Est-ce bien nécessaire ? Même si il faut lui rendre hommage. Mourir à 27 ans c'est tragique.

Moi, quand j'ai eu 27 ans, j'ai pensé à tout ceux qui sont décédés à cet âge là et je me suis rendu compte que tout ces disques, que l'on considère comme des chefs-d’œuvre, ils les ont enregistrés très jeunes. La maturité artistique est assez dingue…
Lucie (elle approuve) : Oui c'est dingue. C'est incroyable. Amy Winehouse cette voix, quel talent. On est un peu tous fascinés par cette tranche de 27 ans, le basculement ado/adultes. C'est comme si tous ces personnages n'avaient pas pu passer à l'âge adulte, à l'âge dit « de raison ».

Oui, et qui restent éternellement dans une sorte de jeunesse…
Lucie : Oui, la jeunesse éternelle. Et notre société est fascinée par la jeunesse, c'est quelque chose qu'on valorise beaucoup.

Et tu as eu un sentiment particulier le jour de tes 27 ans ?
Lucie (interdite) : J'ai pleuré. Pourtant ma vie elle n'était pas si mal que ça. Mais je n'était pas à l'endroit où je me sentais à ma place. Le temps passe trop vite. C'est pour ça que dans le livre, je parle beaucoup de la chanson « Kozmic blues » où Janis parle, à 25 ans, du temps qui passe, des amis qui s'en vont, les gens meurent… Je l'ai ressenti aussi. Janis c'était mon modèle, je me suis demandé : « Mais qu'est-ce que j'ai fait moi de 20 à 27 ans ? ». J'ai fait des études, j'ai travaillé, rencontré des gens. Rien d'extraordinaire en fait. Cela a été une grosse remise en question.

Est-ce que c'est compliqué de vivre une vie de fan quand l'idole est décédée ?
Lucie : Oui c'est compliqué et je dirais même que c'est compliqué de vivre une vie de fan tout court. Je m'en rends compte de plus en plus quand je discute avec ceux qui viennent me voir en dédicace. Plusieurs personnes m'ont avoué être fan de quelqu'un. On a un peu cette image ridicule du fan, l'adoration aveugle, les cris, l’hystérie, les groupies. Etre fan, c'est déjà un peu difficile à assumer à la base. J'ai un peu de mal avec les autres fans de Janis. J'ai l'impression d'être intime avec elle et d'être la seule à pouvoir la connaître comme ça. J'ai pas l'impression qu'on parle de la même personne. C'est assez triste en fait. Tu pourras jamais la voir en concert, avoir une dédicace, lui poser une question. Avoir une interaction comme avec un autre être humain. Je remets en question le « côté mythe ». On te sert des documentaires, tu as juste des légendes pour la connaître. C'est compliqué, cela peut être un peu frustrant. Ma réponse avec le livre, c'est que la solution et les réponses aux questions sur Janis se trouvent à l'intérieur de moi. Ce bouquin c'est ma Janis, celle que moi je me suis imaginée. Tu vois Tori Amos est toujours en vie, je touche du bois. Tori Amos, j'ai eu la chance de la rencontrer, de lui parler. Je lui ai offert des petits livres que j'avais fait en micro édition. Et c'était super. J'ai eu la chance de lui dire merci, ce que j'ai toujours voulu dire à Janis. Juste se connecter sur ce « merci » en vrai c'était magique (sourire, des étoiles dans les yeux). Je trouve ça très important d'honorer ce sentiment de gratitude qu'on peut avoir envers les autres. Artistes, famille, amis, parfois même un client. Pour moi, c'est une valeur importante.

Rêvons cinq minutes. Si je te dis, ce soir on va voir Janis en concert. Comment tu imagines la chose ?
Lucie : Oh la la… Je ne sais pas, ça serait tellement fort. C'est là que je me rends compte que dans le livre j'ai quand même répondu à pas mal de mes questions. Ado, j'étais vraiment fascinée par l'idée de la voir. Et j'avais très peur qu'elle me trouve conne. J'aurai de l'appréhension je pense (elle réfléchit). Je pense que j'aurai envie de pleurer, d'excitation, de joie. Cela m'a mis dans tout mes états quand j'ai découvert que ma prof d'anglais l'avait connue personnellement. J'ai trouvé ça complètement fou. Je ne sais pas dans quel état je serai… Peut-être que Janis donne des concerts au paradis ? Si on va au paradis, c'est encore autre chose…

Propos recueillis le 19/11/2016.


En dédicace le 9 juin au Supersonic (Paris, Bastille)

Et pour rappel notre opération de crowdfunding :

mardi 11 avril 2017

Portrait Mathis Haug


(c) Clément Puig

Si Mathis Haug donne autant l'impression de faire partie du paysage, c'est avant tout parce qu'il a élu domicile dans l'Hexagone depuis fort longtemps : « Je suis arrivé avec ma Mère, après le divorce de mes parents, en 1982 à l'age de 6 ans » après un retour en Allemagne puis un détour par Barcelone, Mathis s'est finalement installé en France, « dans le pays où j'ai suivi toute ma scolarité » autant d'expériences qui lui permettent d'affirmer aujourd'hui « Je suis Européen avant tout ». Pourtant Mathis aimerait bien maintenant percer sur sa terre natale : « Je n'ai pas vraiment de carrière en Allemagne, c'est un très gros marché. Pour les concerts c'est compliqué sauf à jouer dans les bars. Mes deux premiers albums Paying my dues et Distance, on s'est focalisé sur le marché français. Cela devrait changer bientôt, mon nouveau disque Wild Country va être distribuer en Allemagne ». On y trouve d'ailleurs un titre en allemand, « Une langue très douce à mes oreilles », Luigi et c'est une première pour l'artiste: « Cette chanson parle d'un sentiment d'exil que j'ai connu. Assez mélancolique. Luigi c'est le type qui est bien intégré mais qui, dans le fond, reste le vendeur du kiosque, à côté »...



(c) Clément Puig

(c) Clément Puig
Ce nouvel album, somptueux cocktail de blues, folk, country et rock n'roll, a pris naissance de manière assez particulière, après sa participation au festival Rochefort en accords : « C'est un chouette festival ! 20 artistes sont invités, des chanteurs, des musiciens, tous venant d'horizons différents et tous s'accompagnent les uns, les autres. On a voulu reproduire la même chose pour le disque, ne pas trop préparer les arrangements, laisser couler les choses. On a fait un album teinté de country avec des musiciens qui n'étaient pas spécialistes du genre». Ce nouvel album marque ce que Mathis appelle « Une ouverture musicale. J'ai appris la guitare avec le blues et ma musique en est empreinte sans être du blues pur et dur. Je suis curieux d'autres formes musicales. J'aime beaucoup la country car elle raconte des histoires simples de la vie de tous les jours. La musique ne doit pas être enfermée dans un musée et rester vivante avant tout ». Vagues migratoires (Des Miles), exils (Luigi), les thèmes abordés dans ce nouvel effort son parfois assez graves et teintés de mélancolie : « On arrive à l'automne de notre civilisation » constate le musicien. « Où on va ? Notre train de vie nous mène droit dans le mur et le changement fait peur. Où on va ? C'est quand même hallucinant, des gens travaillent et dorment dans leur bagnole, on fabrique des bancs pour empêcher les sdf de s'allonger, notre société est malade. Il y a un truc qui ne fonctionne pas ». Dans ce contexte, la musique fait office d'ultime planche de salut, comme l'artiste s'en explique dans sa chanson Rock n'roll band : « On pousse nos gosses à faire des études, à être les meilleurs. Ils sont diplômés puis se retrouvent à faire complètement autre chose dans la vie. Il n'y a pas de place pour tout le monde, c'est dur. Finalement il ne reste plus qu'une seule chose à faire, prendre une guitare, former un groupe de rock et essayer de s'en sortir comme ça ». Une résolution à laquelle l'artiste s'accroche coûte que coûte : « Jouer mon dû. Cela sera comme ça jusqu'à la fin je pense. Prendre une guitare et jouer le blues. Il y a eu beaucoup de monde avant, il y en aura beaucoup après. Il faut le prendre au sérieux ».



(c) Victor Delfim


Propos recueillis le 02 Mars 2017.
En concert à Paris le 20/04 (New Morning).
Un grand merci à Mathis, Bruno et Sophie.


jeudi 23 mars 2017

Interview avec Carré-Court.



Arborant une choucroute digne de Brigitte Bardot dans ses grandes années, Julie la chanteuse de Carré-Court et le guitariste Émilien, originaires de Limoges, se soumettent à la question...

L'EP nous arrive par des voies détournées, il s'agît d'une réédition ?
Carré-Court : Oui c'est ça. Lors de sa première sortie, le disque n'a pas dépassé le niveau local, chez nous dans le Limousin. Il n'y a pas eu de communication autour. On s'est retrouvé un peu pris au dépourvu. On a fait une release party chez nous mais ce n'est pas allé plus loin que ça…

C'est une renaissance donc ?
Carré-Court : Voilà c'est ça ! On le ressort dans d'autres conditions avec un morceau inédit.

Le nom du groupe a un petit côté chic à la française, pourquoi avoir fait le choix de chanter en anglais ?
Carré-Court : C'est une question de facilité et de sonorité. L'anglais nous est venu naturellement quand j'ai posé ma voix sur les compositions d’Émilien. Cela vient aussi de nos références, les Beatles, les Ronettes, les Supremes… Elles sont principalement anglo-saxonnes et c'est plus facile à faire sonner que du français. On a beaucoup de références françaises aussi, c'est pour cela que l'on tenait à notre nom de groupe bien français.

Si je ne m'abuse, le carré-court c'est une coupe de cheveux. Le style, le look, l'image sont-elles des composantes importantes dans l'univers du groupe ?
Carré-Court : Ce n'est pas quelque chose que l'on a travaillé pour le groupe. On est comme ça tous les jours. J'aime porter ma choucroute des années 60 ! On avait pas franchement envie de s'exposer sur les pochettes et le reste. Maintenant comme a dû le faire autant que cela soit soigné ! On fait l'effort de s'habiller un minimum. On pourrait venir en slip mais on ne va pas le faire !

Quand j'ai écouté le disque, j'ai tout de suite pensé à Amy Winehouse…
Carré-Court : Je suis totalement fan d'elle, je n'ai pas de honte de le dire donc je pense qu'il y a des influences. C'est une référence commune au sein du groupe. On ne veut pas se limiter non plus. On ne cherche pas à l'imiter.

L'EP est très soigné, très arrangé, la formule en duo n'est-elle pas un peu réductrice pour ce genre de musique ?
Carré-Court : Le disque n'a pas été arrangé par nous. On a travaillé avec deux arrangeurs de formation classique. En concert on est que tous les deux, on joue beaucoup plus sur la sensibilité que sur l'orchestration. C'était un choix de notre part d'avoir un disque très orchestré, c'est comme ça qu'on a commencé à travailler. On a pas trop réfléchi en fait. Pour la scène on essaye de retravailler les morceaux différemment, de faire quelque chose d'un peu plus sensible. On propose quelque chose de différent en live qui va à l'essentiel, c'est intéressant aussi. On espère quand même un jour pouvoir jouer nos morceaux avec plus de musiciens !

(c) Martial Schmeltz

Vous êtes passés au studio Ferber récemment ?
Carré-Court : Avant hier ! C'était un honneur de pouvoir accéder au studio Ferber, on ne pensait pas que cela soit possible. C'est un endroit très très beau ! Les techniciens sont adorables, l'équipe super ! De se retrouver dans ce studio énorme... J'ai évité de penser aux personnes qui ont enregistré là-bas avant nous, j'aurais eu la trouille ! Ca fait toujours quelque chose… On est chanceux en tout cas, super contents !

Limoges est surtout connue pour le basket et la porcelaine…
Carré-Court : Il se passe beaucoup de choses, beaucoup de groupes mais personne n'en parle ! Pas mal de bénévoles, d'asso. Il y a un co-working qui a ouvert en centre-ville pour former les jeunes à la musique. Tous les mardis soir il y a des conférences pour les groupes : comment protéger ses morceaux, la Sacem…

Y-a-t-il une sorte d'émulation ?
Carré-Court : Il y a toujours eu beaucoup de groupes à Limoges et une grosse culture garage-rock. Seven Weeks, par exemple, un groupe stoner qui bastonne qui a fait plein de tournées à l'international. Ils sont passés au Hellfest ! Les Ejectés, aussi. On aime la musique à Limoges !

Que vous inspirent les années 1960 ?
Carré-Court : L’insouciance et le renouveau. Les gens sortaient d'une période plus rude et voulaient profiter de la vie, s'éclater, dépasser les interdits. Une renaissance et une insouciance qui aujourd'hui nous manque et qui nous ferait du bien. Il y a trop de gravité à notre époque. Beaucoup d'interdits qui sont durs à dépasser, c'est dommage.

Propos recueillis le 23/02/2017.

mercredi 1 février 2017

Interview avec Vincent Théval (Magic)


Voila au moins une bonne raison de se réjouir en 2017 : Magic est de retour dans les kiosques ! Vincent Théval, le nouveau rédacteur en chef, lève le voile sur la nouvelle formule du magazine...

1) C'est un détail amusant, avec cette nouvelle formule, Magic retrouve son rythme de publication originel : un numéro tous les deux mois. Pourquoi ce changement ?

Vincent Théval (rédacteur en chef) : Nous voulions nous détacher un peu de l’actualité des sorties de disques et prendre le temps de préparer des articles plus longs, des dossiers, des papiers avec un angle historique. C’est une banalité de le dire mais c’est une réalité quotidienne : tout va très vite, aujourd’hui. Les infos et les sons tombent par dizaines chaque jour, une actualité en chasse l’autre. Nous voulions prendre le contrepied de ce mouvement.

2) J'ai été étonné par le nouvel agencement de la revue, notamment par le cahier critique au début, alors que, traditionnellement, les chroniques de disques se retrouvent plutôt en fin de publication. Vous souhaitez casser les habitudes ?

V.T : La revue compte maintenant 132 pages et nous voulions qu’elle soit plus structurée. D’où les trois parties : une qui relève de la “prescription”, avec des rubriques et le cahier critique ; une qui regroupe les articles, entretiens, dossiers et un portfolio ; une qui est entièrement consacrée à l’histoire de la pop, au sens large. Les chroniques de disques ont toujours été un point fort de Magic, par leur nombre et leur côté très pointu. J’ai voulu les faire passer en première partie du magazine et aussi rendre le cahier critique un peu plus dynamique, en variant les formats. Il y a davantage de chroniques courtes qu’auparavant. 

3) J'ai également noté comme un "élargissement" de la ligne éditoriale, des artistes comme Brad Mehldau et Chris Thile par exemple, ne rentraient pas dans la ligne éditoriale de l'ancienne formule...

V.T : Cela correspond effectivement à une envie et une volonté très fortes d’aborder des genres musicaux différents, de façon un peu plus affirmée et régulière qu’avant. Là encore, c’est une banalité de le dire : non seulement les styles musicaux dialoguent beaucoup entre eux mais les gens aujourd’hui écoutent des choses très différentes. L’idée est donc d’aborder différents genres musicaux mais en restant pointus. Pour ma part, j’écoute énormément de jazz ou de “musique contemporaine” et je sais que je suis loin d’être une exception chez les gens qui se sont d’abord forgés une culture musicale plutôt rock et continuent d’en écouter. 

4) Pourquoi avoir abandonné le système de notation des disques dans les chroniques ?

V.T : Parce qu’on n’est pas à l’école. Je trouve le système de notes trop réducteur. In fine, quelle que soit la note, ça finit par desservir à la fois l’artiste et l’auteur de la chronique. 

5) Le sampler digital est-il complètement abandonné ?

V.T : Pour l’instant, oui. C’est beaucoup de travail pour gérer les droits des morceaux à télécharger quand, par ailleurs, les habitudes d’écoute des gens les portent vers le streaming et les plateformes d’écoute. Nous faisons des playlists, en revanche. Certaines en lien direct avec des articles du magazine. 

6) Une nouveauté que j'aime beaucoup c'est la dernière partie du magazine : rembobinages pop moderne, j'y vois comme une sorte de prolongement de l'ancienne rubrique "l'album oublié" (que j'aimais déjà beaucoup et grâce à laquelle j'ai fait beaucoup de découvertes !)...

V.T : Il y a un appétit pour l’histoire de la pop, on le voit notamment avec la politique de rééditions et de coffrets des maisons de disques. La partie “rembobinages pop moderne” répond à cet appétit-là, avec des chroniques de rééditions (souvent longues, qui permettent de raconter une histoire) mais aussi des portraits, des articles sans lien avec l’actualité ou une “discothèque pop moderne idéale”.

7) Ce nouveau magic s'accompagne aussi de soirées "magic number", un petit mot là-dessus ?

V.T : Magic a toujours organisé des concerts, sous différents noms et avec différents concepts. Nous produisons les soirées Magic Number avec La Route du Rock Booking, dans l’idée de proposer des soirées qui ont quelque chose de différent : par leur affiche ou le lieu où elles se tiennent. Pour la première, le 15 février au Divan du Monde à Paris, nous avons invité Mark Eitzel, qui sera accompagné sur scène par un groupe qui comprend Bernard Butler (l’ancien guitariste de Suede, qui a produit le nouvel album de Mark Eitzel). C’est une exclusivité européenne. La soirée Magic Number est la seule date de la tournée européenne d’Eitzel (avec Londres) où les deux musiciens seront réunis sur scène. Nous avons aussi convié Stranded Horse, que Magic a toujours soutenu, et Canari, jeune groupe issu de la galaxie La Souterraine, que nous sommes très heureux de soutenir aujourd’hui. La prochaine soirée Magic Number aura lieu le 13 avril dans un très beau lieu, avec une artiste culte, qui n’a pas joué à Paris depuis plus de dix ans. Suspens !

Propos recueillis par email le 31/01/2017

lundi 7 novembre 2016

Interview with Eli « Paperboy » Reed







After a few setbacks in the ruthless business of music, Eli « Paperboy » Reed is back with a new record titled, « My way home », which lies closer to his musical roots. Eli told us about his path so far to his « home ».  Eli told us about the long path he had to take to get back to his « home ».

RG: The first thing I'd like to say is: « It's good to have you back »!
Do you like being on the road?
Eli Reed: Thanks (smile). Sometimes, it's (being on the road) not the easiest thing to do. But when you have a great show and so on, it's fun.

RG: After having been dropped by one of the major record labels, did you ever consider giving up music and getting a regular job - 9 to 5, 5 days a week?
Eli: It was more of a mutual departure but that's ok. It's a hard question. I don't know who hasn't considered that sometime in their career. Music is hard, man. Making music for a living is really hard. I like to be doing something every day. And when you're not touring or making or promoting a new record, sometimes you're just doing nothing. And that's not fun. And also you have setbacks and you're at the whims of fans and things that you can't control. It's not an easy way to make a living. Sometimes you wish you had a steady paycheck for sure.

RG: Why are you standing in a boxing ring on the album cover?
Eli: The exact same reason. It's a fight, man. It's always a fight. And especially when you're trying to get to where you want to be. When you're trying to achieve something musically. There are a lot of factors. It's always a battle. And I don't mean to be dramatic or anything. I also just like the idea of being in a boxing ring on the cover of my record. I think that's awesome.

RG: It's pretty cool indeed…
Eli: Yeah, we did it in that old boxing gym in Brooklyn. Everything about doing this is a fight, a battle. Always.



RG: The new album is called « My way home », how would you describe your “home” from a musical standpoint?
Eli: There is more than one way for different artists to be successful and make a living even if there aren’t that many people every night. But it's still hard. It's hard to find a home, I don't know I wish I had an answer for that. 

RG: Your lyrics are so serious sometimes, I'm thinking about a song like « What have we done »...
Eli: I don't like to be making political music but I think that people should take responsibility for the way we're treating our planet. I wanted to write a hymn. It's a hymn for today, I think we should all get behind. I don't have the answers to all the questions that I pose in the song. That's the point of it - that we don't know.

RG: Listening to the new album I thought you were coming to terms with your music. No offense, but I didn't really like the previous record… I didn't really recognize you on the record « Nights like these »…
Eli: Sure, no problem. It's a shame but I understand. I made the record myself, I wrote all the songs. There was a lot of me in there. I wanted to make a record that was different and push the boundaries and that wasn't the same old record. I'm happy I did it, no matter what happened. I wish I’d got more of an opportunity to promote it because I would have. Honestly, it's not necessarily what comes naturally to me but it doesn't mean it was a bad idea. Sometimes you have to push yourself to get out of your comfort zone. This new album is definitely what comes naturally to me. It's more of what just comes out of me when I start to play and sing. Which is great. There is a place for all things and if you’re not challenging yourself as an artist or musician you're gonna stagnate and not make good records. At this point in my career I had to go back and do something that was just what I know how to do.

RG: Have you been, in some ways, influenced by rock n' roll? I feel a real sense of urgency on this new record on songs like « The Strangest Thing » and « A few more days »...
Eli: « The Strangest thing » is a gospel number, a church song (laughs). I love The Sonics and stuff like that. It's a trashy record but I wouldn't say it's my main influence; I don't listen to rock n' roll music too much.



RG: Can you tell us about your involvement with the gospel for teens program?
Eli: It's a program that I work with in Harlem, New York. I’ve been working with them for the last three years. I teach a group of young men about gospel quartet music. It's a rotating class, some of the kids have been there the whole time and some are new. I get new kids every class. It's incredibly humbling and exciting to work with these kids, they're super talented and so much fun. I love it. It’s taught me a lot about music too. It has made me spend more time thinking about how it all comes together, the harmony and everything. It's been a very positive experience for me on every level.

RG: Did you think you needed something like that after what happened with the record label?
Eli: I was already doing it. But it sure saved me after that. I wasn't doing anything else after Warner Bros.

RG: Working with kids, was it a way to give back to music?
Eli: Sure, of course. Nobody was teaching any of these kids about quartet music, that particular kind of gospel. So I thought it was important that that music have a voice. Not just the big choirs. Because that is the stuff that I like, the small groups.

RG: I have seen you many times in concert with your band The True Loves and I remember that show with the Right Ons at Le Trabendo. It was the last show of the tour, you were fooling around on stage, it was funny. Was it hard to break up your band The True Loves, you seemed to be really good friends with them…
Eli (smiling): The band never broke up. It's the same band, same guys. It's not the True Loves anymore. It's just something we came up with. It wasn't really a band. Mike and JB who are playing with me tonight were in the True Loves. All those guys are my friends.



RG: Do you still feel close to the city of Boston?
Eli: Yes, I'm back all the time. I don't have family there anymore but my wife's family, they're all living there. I collect soul and gospel music 45 from Boston. I have a specific collection of that. There's a lot of them. Well, not that many actually but enough to keep me busy. I love living in New York, it's my home now, but I also love Boston. I've been living in New York for ten years, most of my grown up life. Boston is a special place for me.

RG: Just being curious, a few years back you were singing « I'm gonna break every heart I can », how did that work out for you?
Eli: That was a cover.

RG: Yes I know, it's a country song…
Eli: That's Merle Haggard.

RG: He passed away not too long ago…
Eli: I was such a huge Merle fan. I want to do a whole album of Merle's songs actually. One day I think I'll do it…

RG: So back to my question, did it work out for you, breaking every heart you can?
Eli: I was already married at that point anyway (laughs)…

Interview 3 JUNE 2016
Many thanks to Angela Randall !!!!!