Affichage des articles dont le libellé est livres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est livres. Afficher tous les articles

lundi 12 décembre 2022

FRANCE MUSIC TOUR TOUR BOOK Vol. 01

 


Puisque musique et voyage sont indissociables, partons pour un petit tour de France en lecture. Reprenant le format d’un roadbook à spirale, l’indispensable accessoire des attaché(e)s de presse pendant les festivals, le livre décrit, en creux, la vivacité musicale de l’hexagone, vue par le prisme des salles de concerts. Douze salles, réparties sur l’ensemble du pays, sont ainsi décrites : infographies, statistiques, anecdotes cocasses, entretiens avec les responsables et, cerise sur le gâteau, douze sublimes illustrations inédites sont au sommaire. Loin d’être anecdotique, la démarche met en valeur tous ces activistes au service de la musique. La salle de concert apparaît ainsi comme un lieu de vie à la valeur inestimable, tant en termes festifs qu’en accompagnement de projets en développement. La lecture permet également de se replonger, avec émotion, dans ses souvenirs de spectateur (certains lieux sont ouverts depuis les années 1980) mais aussi de déclencher l’envie d’une petite virée le temps d’un week-end pour un concert.

Editions KBLIND, 114 pages, 18 euros.

mardi 2 août 2022

Adrien Durand : "La Petite Histoire du Temps Machine 2011>2021

 


Relatant une aventure autant humaine que musicale, ce livre-anniversaire retrace l’histoire du Temps Machine, une salle de concert sise à Tours, créée en partie pour pallier un manque ; la ville ne rayonnant pas au niveau national contrairement à Nantes, Bordeaux ou Rennes, ses voisines plus ou moins lointaines du Grand Ouest. Le Temps Machine, donc. Une histoire qui peut se lire à plusieurs niveaux. Local, tout d’abord, quand les rivalités et jalousies se sont fait jour lorsqu’il s’est agi de confier la gestion quotidienne du lieu. En creux, le livre souligne aussi la nécessité, en région, de tels équipements, à la fois salle de concert, bien sûr, mais également lieu de résidence pour les artistes permettant l’éclosion, à l’échelle locale, de nouveaux talents tout en favorisant l’émergence de projets artistiques. Un véritable poumon pour la vie culturelle. Des réflexions à explorer, en textes, témoignages, chroniques de disques, planche de BD, photos et affiches de concerts.

https://www.payassociation.fr/associationletempsmachine/lelivre

ADRIEN DURAND

La petite histoire du Temps Machine 2011>2021

Autopublié, 125 pages, 12 €

vendredi 29 juillet 2022

Victor Sbrovazzo et Arnaud Diemer : "A wheel in the grave"

 



Dirty Deep fête ses dix ans et met pour l’occasion une roue dans la tombe (le trio est passionné de moto), voilà qui est encourageant ! Le livre, en forme de road book, nous emmène en virée de leur Alsace natale à la Corse. En chemin, les deux auteurs fixent sur la pellicule, non pas ce qui se passe sur scène, mais tous les à-côtés : lieux, paysages, rencontres fortuites et instants saisis sur le vif en sont les principaux ingrédients. Et il est surprenant de constater que partout où il passe, le groupe retrouve un peu de ce bayou qui les a tant inspirés. Enfin, pour que la fête soit complète, l’ouvrage s’accompagne d’un EP de reprises inédites où le groupe est accompagné de quelques pointures, et non des moindres : Jim Jones, Left Lane Cruiser, Scott H. Biram, James Leg, Pete Dio et Mark Porkchop Holder. Un sacré casting pour un cocktail de rock garage et de blues écorché, déglingué, tirant parfois (et c’est une surprise) vers le hip-hop. De quoi accompagner idéalement la lecture.

VICTOR SBROVAZZO et ARNAUD DIEMER

A wheel in the grave

Médiapop Éditions, 325 pages (+ 1 CD), 25 €

lundi 11 janvier 2021

Frédéric Michallet : « First Love Never Die. Dustroy, 15 ans de rock'n'roll ! »

 


Lorsqu'il s'est lancé dans la rédaction de son autobiographie, Frédéric Michallet n'avait certainement pas dans l'idée de faire de la grande littérature. Non, le guitariste de Dustroy, s'est lancé dans l'écriture comme en musique, en passionné, motivé par la volonté de bien faire sachant pertinemment, que, comme il l'avoue lui-même, « d'autres l'ont fait mieux que nous, c'est certain ! ». Ce qui n’empêche nullement le livre d'être absolument passionnant de bout en bout. La particularité du récit réside dans son momentum. Les membres de Dustroy, groupe apparu sur la scène grenobloise au mitan des années 2000, ont la quarantaine. Un âge critique où les rêves de gloire adolescents se sont envolés au profit d'un vie adulte, entre boulot et enfants, où le rock'n'roll revêt une importance particulière : un instant d'oubli, une soupape de décompression où l'on joue avant tout pour le plaisir de s'amuser, pour s'évader de la routine du quotidien. Puis, arrive le plafond de verre sur lequel on se fracasse tous. Les aléas de la vie et ses coups durs, séparations, licenciements, disparitions précoces ajoutent une épaisseur supplémentaire, le rock'n'roll devient alors une bouée de sauvetage. Tout cela Frédéric nous le conte par le menu. Lui-même victime d'un accident cardiaque fin 2019 a frôlé la catastrophe. Probablement l'incident qui a motivé la rédaction du livre, l'arrêt des concerts dû aux différents confinements et autres couvre-feux dégageant le temps nécessaire pour passer à l'acte. Un récit de vie d'une telle sincérité est forcément émouvant. Un petit mot enfin pour souligner la beauté du cliché ornant la couverture duquel se dégage toute la fureur de l'expérience « live ». Cela nous manque tout ça…

Frédéric Michallet, First Love Never Die, Les éditions du joyeux pendu, 200 pages, 16 euros.

http://leseditionsdujoyeuxpendu.com/

https://lesditionsdujoyeuxpendu.bigcartel.com/

https://fr-fr.facebook.com/dustroy/


dimanche 3 novembre 2019

Virginie Seghers : « Echos d'ateliers »



Auteur, compositrice et interprète, fille de l'éditeur et poète Pierre Seghers, Virginie Seghers à découvert l'imprimerie Mourlot, sise à Paris, Montparnasse, en compagnie de ses parents. Toujours active, l'imprimerie Mourlot est devenue l'atelier d'art IDEM dans le courant des années 1990. C'est après une visite dudit atelier qu'est né ce livre-disque, qui constitue son troisième album, nourri par les nombreux souvenirs d'enfance de Virginie ; une enfance bercée par l'amour de l'art, des lettres et du beau papier, soit les ingrédients de ce nouvel effort. Les pages de ce magnifique ouvrage et les chansons composant le disque se répondent ainsi dans un dialogue nostalgique entre les arts qui sied particulièrement bien à l'orchestration acoustique un tantinet jazzy, tantinet tzigane, choisie par l'auteure. Il s'échappe ainsi de l'acoustique un sentiment d'intimité prégnant avec la musique qui se prolonge au contact des pages de l'ouvrage magnifiquement illustré de photos et de lithographies signées Jean-Michel Alberola, Titouan Lamazou (l'ancien navigateur devenu peintre), David Lynch (le cinéaste) ou Nicolas Vial ; autant d'artistes habitués de l'IDEM. Echos d'Atelier est le genre d’œuvre avec laquelle le contact est charnel. Le doux contact du papier sous les doigts, alors que tournent les pages, permettent de renouer avec cette dimension tactile qui nous fait tant défaut en ces temps numériques. Le temps d'écoute et de lecture offre ainsi une pause bienvenue dans cette marche forcée généralisée vers le digital. Et cela fait un bien fou ! 
Editions Idem Paris - 35 €
https://virginiesegherschante.fr/

jeudi 28 septembre 2017

Fleurs de Paris de France de Griessen


Artiste pluri-disciplinaire (musicienne, actrice, aquarelliste...) France de Griessen ajoute une corde supplémentaire à son arc et publie, le 25 octobre prochain, son premier livre. Partie à la rencontre de plusieurs fleuristes parisiens (17), l'auteure tend à porter un autre regard, plus artistique, sur la profession. Richement illustré (d'après les extraits que l'on a pu lire, ce beau livre s'annonce magnifique) par l'artiste (photos et aquarelles) et truffé de références culturelles à la musique ou au cinéma, l'ouvrage illustre, en creux, le lien que France de Griessen a toujours entretenu avec la nature.

"Fleurs de Paris" de France de Griessen
Editions AAM, Collection "L'âme romantique d'une ville"

Par ailleurs la dernière exposition de l'artiste, "Aux rêveurs les mains pleines", est visible jusqu'au 11 octobre prochain à l'Arrosoir (80, rue Oberkampf, 75011).

jeudi 1 juin 2017

Interview avec Lucie Baratte



A défaut de pouvoir aller voir son idole Janis Joplin en concert, Lucie Baratte s'est lancée sur les traces de la chanteuse. Une sorte de voyage initiatique dont elle a tiré « Looking for Janis » un livre passionnant sur lequel elle revient ici longuement, entre éclats de rire et émotion. A noter enfin, Lucie sera présente au Supersonic pour dédicacer son ouvrage le soir de notre concert du 9 juin prochain (l'événement Facebook est ici, le crowdfunding pour la soirée là).

Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu as découvert Janis pour la première fois ?
Lucie Baratte : C'est spécial, c'est un bouleversement, ça m'a pris comme une énorme vague. J'étais petite, j'avais 14 ans. J'avais déjà eu des expériences avec la musique, d'avoir été emportée par une mélodie. Mais là… Ce n'était pas tant la mélodie, c'était surtout sa façon de chanter qui m'a bouleversée au niveau émotionnel mais aussi rationnel. La chanson avec laquelle j'ai découvert Janis, c'est « Coo Coo » de Big Brother & The Holding Co (1966, ndlr) qui n'est pas une chanson culte. Et puis c'était les débuts, elle cherchait encore sa voix et puis c'était le premier album du groupe, elle ne chantait pas sur tous les titres. C'est un disque enregistré un peu à la va vite et ils ont eu beaucoup de mal à le produire, il y a un côté un peu imparfait. Et c'est ça qui m'a frappé. A l'époque, elle s'écartait du micro pour chanter, pour pouvoir crier plus fort. Tu entends qu'elle s'éloigne, j'ai trouvé ça dingue ! Ce truc qui partait dans tous les sens comme si elle ne pouvait pas retenir son énergie, ça déborde trop, elle ne pouvait pas gérer. Ça fait comme un tsunami. J'ai été obsédée par cette chanson, il fallait que je l'écoute en boucle, seule, dans le noir (rires)…

Que représente pour toi cette musique…
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit, silence). Il y a plusieurs choses, mon adolescence, la période entre mes 14 et 18 ans, déjà. C'était l'époque où je l'écoutais à fond, j'étais obsédée par elle, c'était mon modèle absolu. Sa musique a accompagné ma vie quotidienne. Quand je réécoute sa musique, je repense à la Lucie que j'ai été (silence). Après sa musique représente quelque chose ultra intime, de magique et de sacré. Même si plein de gens écoutent Janis Joplin, j'aurai toujours le sentiment que moi je partage un truc particulier avec elle. Je n'ai pas ça avec d'autres artistes. J'aime beaucoup Tori Amos aussi par exemple. Mais la musique de Janis m'offre une sorte d'intimité avec elle. J'ai le sentiment de la connaître personnellement, dans une sorte de dimension spirituelle, et de vivre un truc unique avec elle. Pour moi elle symbolise aussi une libération, la libération des femmes. Je viens d'un milieu très traditionnel, je suis la seule fille dans une famille de garçons… C'est comme le déclencheur sur une vie très linéaire (elle claque des doigts). Et là tu vois la vie autrement. Et ça c'est la musique, le chant de Janis. Tout devient possible. Son côté extrême, c'est le plus beau cadeau qu'elle est fait à l'humanité. Quand tu la replace dans son époque, c'est fou ce qu'elle a pu accomplir. Encore aujourd'hui ça n'est pas hyper simple. Les femmes dans le rock ça n'était pas si courant que ça… Et là Janis a poussé très loin la libération en prenant parfois des artifices plutôt masculins.

Comment est née l'idée de ce voyage ?
Lucie : C'est très personnel. C'est lié à la manière dont je me suis construite. Je me suis inspirée de Janis Joplin.

Cela peut-être dangereux (rires)…
Lucie : Cela peut-être très dangereux (rires). Mais les drogues dures et les expériences trash n'étaient pas ce qui m'intéressait. Il y avait quelque chose en elle, ce côté étrangement très vivant, alors qu'elle est décédée très jeune (27 ans, ndlr). Pour moi cette relation avec Janis était intime. Après, pendant longtemps, je n'arrivais plus à écouter ses disques. Sa musique me rendait triste sans que je comprenne vraiment pourquoi. J'ai continué à chercher des albums pirates, à lire les bouquins mais il y avait un vrai problème perso. Je me suis mariée jeune et je m'étais oubliée. A 27 ans je me suis demandée : « Mais c'est quoi ma vie en fait ? ». J'avais des envies, je voulais être artiste, aller à des concerts. Mon problème de couple a fait remonter le fait que je m'étais mise de côté. Quand j'ai eu 28 ans je me suis réveillée. D'un coup j'étais plus âgée que Janis. A 17 ans, je rêvais que pour mes 18 ans je verrai la maison natale de Janis à Port Arthur (Texas, ndlr). Ca serait tellement génial. Mais d'autres soucis à gérer ont fait que je n'y suis pas allée. Dix ans plus tard, à 28 ans, je me suis dis : « Mais c'est quoi ce truc ? ». Si je ne le fais jamais, à quoi ça sert ? C'est là que l'idée du voyage a commencée à germer dans mon esprit. Et j'ai recommencé à réécouter Janis Joplin en boucle et plus je me sentais à nouveau moi-même. Je me reconnectai avec moi-même, je réintégrai une partie de ma personnalité que j'avais mise de côté. Une partie oubliée de mon âme. Je me suis promise, le jour de mes 30 ans, je serais avec Janis. Je vais faire ce voyage avec Janis Joplin, c'est trop important pour moi.

Comment as-tu décidé du parcours, il y avait des endroits mythiques aussi sur la côte Est des Etats-Unis, Woodstock, l'hôtel Chelsea à New York ?
Lucie : J'ai choisi en fonction de la corrélation avec mon intention personnelle : me reconnecter avec Janis, retrouver qui j'étais, aller vers ma vérité. Et ça je voulais le faire avec Janis. Refaire son parcours quand elle avait quitté le Texas où elle se sentait opprimée, déphasée pour San Francisco. La route avait un sens. J'ai terminé là où elle est décédée à Los Angeles. J'ai suivi une logique : sa vie en accéléré. Les choses les plus importantes, les plus marquantes. J'ai fait aussi le parallèle avec ma propre existence, je viens d'un milieu provincial, traditionnel, c'est très bien, mais ça m'a aidée à trouver un lien avec Janis. Je me suis retrouvée dans son parcours, sa route vers la libération.

Et quel a été l'endroit le plus émouvant ?
Lucie : Il y en a eu beaucoup. Je pense que le plus fort c'est sa maison d'enfance à Port Arthur (Texas, ndlr). Il y a eu peu de transition entre l'avion, l'hôtel et la maison de Janis. En 48 heures, j'étais passée de Lille à Port Arthur. Le rétrécissement de l'espace était hyper fort, d'un coup ça semblait facile. Il suffisait de prendre un avion. J'en avais discuté avec un copain fan de Queen. Lui il a une théorie, être fan c'est réduire les espaces, temporels, physiques. Avec Janis, je ne peux plus réduire l'espace temps, je ne serai jamais dans le même temps qu'elle, c'est impossible. Je ne peux que réduire l'espace physique. Et là tout d'un coup, j'étais le plus proche physiquement de ce qu'elle avait pu vivre. Et ce très rapidement. Il y avait un truc fort. C'était la maison de son enfance, là où elle avait commencée et là où moi j'ai commencé mon voyage. Après il y avait aussi la plage Stinson Beach, qui était aussi très fort, j'étais dans le trip où je me baignais avec les cendres de Janis (sourire). J'étais déjà allée à l'Olympia où elle avait chanté mais ça n'avait rien à voir.

Et la rencontre la plus marquante ?
Lucie : C'est difficile comme question (elle réfléchit). C'est vachement dur. Rencontrer Janis Joplin, mais c'était plus une rencontre spirituelle. Il y a eu beaucoup de gens et chacun apporte à l'histoire de manière différente (silence). Je vais quand même dire Sam Andrew (le guitariste de Big Brother). Cela a été un moment très très fort.

Surtout maintenant qu'il nous a quittés…
Lucie : Oui, c'est clair. Et puis c'était génial, après on est resté en contact sur Facebook, il était tellement sympa (émue). Mais là c'était vraiment un moment de « fan attitude ». Un peu pétrifiée, je ne savais plus quoi dire. Il était tellement bienveillant (émue). Il parlait le français, il avait fait ses études à La Sorbonne, il était trilingue… Incroyable. Une très très chouette rencontre.

Il y a un chapitre que j'ai beaucoup aimé dans le livre, c'est cette fameuse lettre à Janis où tu lui dis « je t'aime mais j'ai envie de te dire merde » !
Lucie (rires) : Ah oui cette fameuse lettre. Tu n'es pas le seul à m'en parler, ç'a perturbé pas mal de monde !

J'ai trouvé ça très bien, parce que cela instaure une certaine distance, on n'est pas dans l'adoration aveugle du fan et en même temps, en lisant le livre on a l'impression que tu l'as vraiment connue en personne.
Lucie : Dans mon cœur, je me sens intime avec elle. Au fil du temps, c'est comme une amie. Imagine ton meilleur ami au lycée. On grandit différemment. Tu peux voir ce que tu partages, à quel point tu peux t'aimer mutuellement mais aussi les différences ou en vouloir à l'autre…

Tu évolues différemment aussi de tes amis d'adolescence et après un moment tu n'es plus en phase…
Lucie : Exactement. Et c'était ce moment là avec Janis. Moi je ne suis pas en phase avec tout ce que tu as fait. Je ne peux pas dire, c'est ok, c'est génial, tu t'es éclatée jusqu'à la fin. Non (grave). Dans un sens c'est quand même con. Quelque part j'aimerai qu'elle soit toujours en vie et complètement has-been. Est-ce qu'elle serait autant à la mode ? Je me poserais toujours la question. Quand je me suis vraiment connectée avec Janis Joplin, quand j'étais sur la route en émotions et en pensée avec elle, ça m'a rendue vachement triste. Je lui en voulais d'être morte, comme un épisode de deuil. Elle me manque tout le temps, comme quelqu'un de ma famille, que j'aime profondément et qui ne sera jamais là.

Est-ce que tu penses qu'écrire ce livre, la dessiner, car il y a beaucoup de croquis dans l'ouvrage, c'est un moyen d'insuffler un peu de vie nouvelle dans son œuvre ?
Lucie : Complètement ! C'est même la démarche profonde du livre. Les dessins, les textes écrits à la main sont autant de captations de choses dites ou vécues par Janis pour essayer de la capter vivante. Je ne voulais pas que cela devienne un monument en marbre morbide. Je suis un peu mal à l'aise avec les biographies, les documentaires. Et si moi je mourrais et si quelqu'un parlait de moi, peut-être qu'il se gourerait complètement… Je me demande ce que Janis pensait et vivait vraiment. C'est pour ça que le livre est construit sur des flashs, où on capte une phrase, une image, un son. Je voulais la rendre vivante de manière sensible. Ce livre c'est Janis qui me parle et qui parle au lecteur.

Tu as commencé par un blog. Comment ce blog est-il devenu un livre ?
Lucie : De part mon métier, je suis dans une démarche artistique. C'est le sens que je donne à ma vie, j'ai besoin de créer. Quand je suis partie, je me suis dit que ça serait chouette d'en faire quelque chose sans savoir quoi exactement. Je suis juste partie avec mon appareil photo. Et j'avais vraiment besoin d'écrire. J'ai donc commencé un blog mais avant tout pour moi, mes copains et ma famille. Pour raconter, comprendre. J'en fait plein de photos. Quand je suis rentrée, quelques mois plus tard, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose qui fonctionnait bien quand on regarde les photos et les textes. Et les photos racontent quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les textes. Assembler les deux permet de raconter l'histoire d'une nouvelle manière. Le texte et l'image se mélangent pour faire vivre une expérience au lecteur et ça, ça m'intéresse.

Le livre est très illustré…
Lucie : C'est un roman photographique et graphique en même temps. Chaque élément est là pour une raison. Il y a différents niveaux de lecture, par l'image, les citations apportent une nuance ou éclairent le sujet…

Tu as tout fait toute seule, chemin de fer, mise en page, textes et photos. C'est titanesque comme charge de travail…
Lucie : C'est énorme (rires) ! J'ai retravaillé les textes du blogs tout en gardant le côté spontané « flashs sur la route ». Quand j'ai mis le texte bout à bout ça faisait déjà 150 pages A4, je me suis dit « Wouah, on va attendre un peu pour la traduction » (rires) ! Cela m'a pris cinq ans pour en venir à bout... Les trois derniers mois j'ai travaillé comme une forçat ! C'était super enrichissant. Il y avait des choses que je connaissais du fait de mon métier de graphiste comme la mise en page. J'ai travaillé pour des éditeurs, je connaissais le chemin de fer, tout le process du livre mais il y avait plein de choses auxquelles je n'avais pas pensé. Je voulais un livre « enrichi ». Il fallait réfléchir au positionnement des traductions, il y avait de l'argot des années 1960, pas évident à traduire. J'ai aussi abandonné pas mal de photos qui ne fonctionnaient pas dans ce côté livre. Je ne voulais pas que cela devienne trop illustratif. Et puis à la fin tout le questionnement autour de la fabrication : quand, comment, combien ??? C'était génial en même temps. Ce livre c'est un témoignage à la croisée de plein de choses : un journal intime, un livre rock, un carnet de voyage.. Je l'ai fait à fond sans compromis. C'est aussi une grosse prise de risque pour moi. Mais c'était dans la même démarche que Janis, si j'y vais, j'y vais vraiment. Si je l'ai fait c'est parce que je pense que cela pouvait apporter quelque chose à quelqu'un d'autre.

Qu'as-tu ressenti quand tout était fini et que tu as tenu le livre dans les mains pour la première fois ?
Lucie : Je crois qu'à ce moment là mon cerveau fonctionnait à peine (rires) ! Ca faisait tellement longtemps que je travaillais dessus, il fallait que je réalise ! Le côté pro a pris le dessus, j'ai vérifié la reliure, le nombre de pages, les détails techniques. Et puis ç'a été (elle chuchote tout doucement) : « Ah oui, il est bien, il est doux. Les photos rendent bien » (rires)… C'est quelque chose que j'ai imaginé, créé, ç'a été long. Et maintenant il existe, d'autres gens le découvre, le lisent et l'apprécie et il vit sa vie. C'est con hein ? (rires). Mais j'étais très contente du résultat, l'impression, la reliure. Les photos rendent bien et c'était la grosse difficulté. Je voulais que le bouquin soit maniable, chaleureux, qu'il ait une forme populaire, à l'inverse d'un livre photo classique un peu glacé et froid.



Tu es revenue différente de ce voyage ?
Lucie : Je le pense, oui. Cela ne peut pas être neutre. Cela m'a donné beaucoup de force de voir ce qu'il y avait au bout de mon rêve, de ce désir. Le dernier chapitre à été très dur à accoucher. Pendant un long moment, j'avais du mal à revenir du voyage à reprendre une vie classique. J'avais encore envie d'être là-dedans. J'avais du mal à me séparer de Janis. C'était ça le retour à la réalité. Janis, elle est décédé et ça c'est fait… Et ta vie elle continue et qu'est-ce que tu en fait maintenant ? Qu'est-ce que cela t'apporte dans ta vie de tous les jours ? Par sa création artistique Janis a changé ma vie ou du moins ma vision du monde. Et ça pour moi c'est le truc le plus important. Elle l'a fait pour plein de gens. C'est magique et puissant de voir comme l'art peut créer des connexions et faire grandir. C'est son esprit libre et rock n'roll qui sera toujours avec moi. Partir toute seule, conduire ç'a ma donné beaucoup de confiance en moi. Surtout pour la conduite, toute ma famille avait peur! J'avais des recommandations, si tu es perdue dans le désert, tu bois l'eau du radiateur (rires) ! Gros stress (rires) ! J'ai plutôt réussi à m'en sortir, c'était cool !

J'étais avec mon frère le jour où on a appris la mort d'Amy Winehouse et il a tout de suite fait le rapprochement : « 27 ans, comme Janis Joplin » ! Je n'avais même pas fait le rapprochement…
Lucie : Je l'ai appris le jour même de mon arrivée aux Etats-Unis ! C'était fou ! Je venais d’atterrir à Houston, j'étais claquée, je vais directement dormir. Le lendemain, je vais à la salle du petit dej' et je vois l'info. Un truc de fou. Et ouais (soupir un peu triste)… Je me demande toujours si l'histoire se répète ou si cela tient du fantasme de notre société, des héros rock n'roll, sacrifiés. Il y a plein de jeunes rockeurs qui sont morts entre 23 et 35 ans. On a fait cette fixette sur le « club des 27 ». Ca créé des mythes. Je me méfie du mythe. La notion archétypale m'interpelle mais je me demande toujours ce qu'on en fait de cette « histoire de héros ». C'était des êtres humains. Tout de suite après avoir appris le décès d'Amy Winehouse, j'ai pensé que c'était parti pour les documentaires et tout. Est-ce bien nécessaire ? Même si il faut lui rendre hommage. Mourir à 27 ans c'est tragique.

Moi, quand j'ai eu 27 ans, j'ai pensé à tout ceux qui sont décédés à cet âge là et je me suis rendu compte que tout ces disques, que l'on considère comme des chefs-d’œuvre, ils les ont enregistrés très jeunes. La maturité artistique est assez dingue…
Lucie (elle approuve) : Oui c'est dingue. C'est incroyable. Amy Winehouse cette voix, quel talent. On est un peu tous fascinés par cette tranche de 27 ans, le basculement ado/adultes. C'est comme si tous ces personnages n'avaient pas pu passer à l'âge adulte, à l'âge dit « de raison ».

Oui, et qui restent éternellement dans une sorte de jeunesse…
Lucie : Oui, la jeunesse éternelle. Et notre société est fascinée par la jeunesse, c'est quelque chose qu'on valorise beaucoup.

Et tu as eu un sentiment particulier le jour de tes 27 ans ?
Lucie (interdite) : J'ai pleuré. Pourtant ma vie elle n'était pas si mal que ça. Mais je n'était pas à l'endroit où je me sentais à ma place. Le temps passe trop vite. C'est pour ça que dans le livre, je parle beaucoup de la chanson « Kozmic blues » où Janis parle, à 25 ans, du temps qui passe, des amis qui s'en vont, les gens meurent… Je l'ai ressenti aussi. Janis c'était mon modèle, je me suis demandé : « Mais qu'est-ce que j'ai fait moi de 20 à 27 ans ? ». J'ai fait des études, j'ai travaillé, rencontré des gens. Rien d'extraordinaire en fait. Cela a été une grosse remise en question.

Est-ce que c'est compliqué de vivre une vie de fan quand l'idole est décédée ?
Lucie : Oui c'est compliqué et je dirais même que c'est compliqué de vivre une vie de fan tout court. Je m'en rends compte de plus en plus quand je discute avec ceux qui viennent me voir en dédicace. Plusieurs personnes m'ont avoué être fan de quelqu'un. On a un peu cette image ridicule du fan, l'adoration aveugle, les cris, l’hystérie, les groupies. Etre fan, c'est déjà un peu difficile à assumer à la base. J'ai un peu de mal avec les autres fans de Janis. J'ai l'impression d'être intime avec elle et d'être la seule à pouvoir la connaître comme ça. J'ai pas l'impression qu'on parle de la même personne. C'est assez triste en fait. Tu pourras jamais la voir en concert, avoir une dédicace, lui poser une question. Avoir une interaction comme avec un autre être humain. Je remets en question le « côté mythe ». On te sert des documentaires, tu as juste des légendes pour la connaître. C'est compliqué, cela peut être un peu frustrant. Ma réponse avec le livre, c'est que la solution et les réponses aux questions sur Janis se trouvent à l'intérieur de moi. Ce bouquin c'est ma Janis, celle que moi je me suis imaginée. Tu vois Tori Amos est toujours en vie, je touche du bois. Tori Amos, j'ai eu la chance de la rencontrer, de lui parler. Je lui ai offert des petits livres que j'avais fait en micro édition. Et c'était super. J'ai eu la chance de lui dire merci, ce que j'ai toujours voulu dire à Janis. Juste se connecter sur ce « merci » en vrai c'était magique (sourire, des étoiles dans les yeux). Je trouve ça très important d'honorer ce sentiment de gratitude qu'on peut avoir envers les autres. Artistes, famille, amis, parfois même un client. Pour moi, c'est une valeur importante.

Rêvons cinq minutes. Si je te dis, ce soir on va voir Janis en concert. Comment tu imagines la chose ?
Lucie : Oh la la… Je ne sais pas, ça serait tellement fort. C'est là que je me rends compte que dans le livre j'ai quand même répondu à pas mal de mes questions. Ado, j'étais vraiment fascinée par l'idée de la voir. Et j'avais très peur qu'elle me trouve conne. J'aurai de l'appréhension je pense (elle réfléchit). Je pense que j'aurai envie de pleurer, d'excitation, de joie. Cela m'a mis dans tout mes états quand j'ai découvert que ma prof d'anglais l'avait connue personnellement. J'ai trouvé ça complètement fou. Je ne sais pas dans quel état je serai… Peut-être que Janis donne des concerts au paradis ? Si on va au paradis, c'est encore autre chose…

Propos recueillis le 19/11/2016.


En dédicace le 9 juin au Supersonic (Paris, Bastille)

Et pour rappel notre opération de crowdfunding :

lundi 25 mai 2015

Interview avec Teddie Dahlin

Les Sex Pistols en action à Trondheim en 1977
Le 21 juillet 1977, alors que les Sex Pistols débarquent dans la tranquille petite bourgade Norvégienne de Trondheim, la vie de Teddie Dahlin, jeune ado bilingue chargée d'assurer les traductions pour le groupe, va brusquement basculer. La rencontre avec Sid Vicious et le coup de foudre qui a suivi va profondément boulverser la jeune femme. Trente huit ans après les faits, Teddie a consigné ses souvenirs, avec beaucoup de tendresse, dans un passionnant ouvrage A Vicious LoveStory (chronique ici). L'auteure a accepter de répondre, par email, à quelques questions laissant apparaître une émotion à fleur de peau...

La soirée d'après concert, Trondheim 1977
Est-ce que tu pourrais nous expliquer pourquoi et comment tu as écrit le livre ? Et pourquoi avoir attendu aussi longtemps, presque quarante ans, pour raconter cette histoire ?
Teddie Dahlin : Jamais je n'avais prévu d'écrire un livre. Je pensais que cela n'avait aucun intérêt. Et puis, en 2010, Trygve Mathiesen, un auteur Norvégien, m'a contacté à propos d'un ouvrage sur lequel il travaillait, Sex Pistols Exiled To Norway. C'était comme une sorte de catalogue des gens qui avaient assisté aux concerts du groupe en Norvège. Un truc dans l'esprit « j'y étais ». On lui avait suggéré que j'avais été en contact avec le groupe à l'époque. Au début, je n'étais absolument pas interéssée. Mais bon, le mec était sympa et avait l'air sincère alors j'ai décidé de lui filer un coup de main. Il est sociologue et son livre était le deuxième d'une série consacrée aux événements musicaux d'importance en Norvège. J'étais timide et réticente, je ne voulais pas révéler des détails de ma vie privée alors je suis restée assez évasive. Ce qui intéressait surtout Trygve c'était de savoir où le groupe avait mangé, ce que nous avions fait, de quoi on avait parlé etc... J'ai fini par écrire une bonne partie de son livre. Le livre est finalement sorti le 11 mars 2011 et a connu un succès incroyable. J'ai eu beaucoup de demandes d'interviews, j'ai reçu des appels des Etats-Unis et d'Angleterre et quand je refusais de donner suite, on questionnait ma famille, qui habitait en Angleterre, et Tore Lande (le promoteur du concert des Sex Pistols) qui à l'époque vivait à Malte. C'était dingue ! Même si je refusais de parler, d'autres le faisait à ma place. Il y a eu des articles à propos du livre de Trygve dans la presse Norvégienne, sur les blogs au Royaume-Uni et un peu partout dans le monde. Ca devenait effrayant ! Quelqu'un à dit « Teddie est le livre » en précisant que les détails que j'avais apportés étaient plus intéressants que l'approche anthropologique qui était à l'origine le sujet. Certains détails ont été dévoilés, des spéculations qui sont ensuite devenus des mensonges. Tore Lande, qui est mon ami depuis mes 14 ans, m'a appelé de Malte et m'a dit d'écrire mon propre bouquin pour raconter l'histoire et mettre les choses au point. C'est ce que j'ai fait. 

C'était un livre difficile à écrire d'un point de vue émotionnel ?
Teddie : Absolument. C'est probablement l'une des choses les plus difficiles que j'ai jamais faite. Tout le monde se souvient de son premier amour. Quand cette personne décède c'est tellement difficile à gérer. Sid est décédé 19 mois après notre rencontre. J'avais 18 ans et j'avais caché notre amitié au fond de mon cœur comme un souvenir affectueux. J'ai toujours cru que j'allais le revoir. Il fallait juste que je grandisse un petit peu avant. J'étais abattue après son décès. Je n'arrivais pas à m'en remettre. Au lieu de faire mon deuil, j'ai rangé tout ça dans un coin de ma tête. Je ne voulais pas y penser, je ne voulais plus penser à lui. Après, j'ai tout fait pour éviter tout ce qui pouvait me rappeler tout ce qui s'y rattachait. Les premiers chapitres ont été faciles à écrire. Et puis, quand je suis arrivée vers la fin, toutes les émotions sont revenues d'un coup. J'ai tout pris en pleine tête. Soudainement, il fallait que je fasse mon deuil. 35 années s'étaient écoulées, ce n'est pas pour cela que c'était plus facile.

Tu n'as pas eu peur de révéler trop de détails intimes ?
Teddie : Tu veux parler de sexe ? En écrivant, je n'arrêtais pas de me demander si Sid aurait été d'accord que je raconte tout ça. Savoir qui savait quoi, Sid s'en foutait. Mais ce n'était pas mon cas. Ce n'était pas seulement la vie privée de Sid, c'était la mienne aussi. Alors j'ai décidé de « fermer la porte de la chambre à coucher » de la même façon que je ne ferais jamais l'amour en public. Ca ne regarde personne. Pourtant je suis sûre que le succès du livre aurait été encore plus important et attiré un public plus large si j'avais révélé certains détails. Mais ce n'est pas le sujet.

C'est un livre nostalgique ?
Teddie : Oui, très nostalgique en effet.


La soirée d'après concert, Trondheim 1977
Tu es restée en contact avec les autres membres des Sex Pistols ?
Teddie : Non. Sid m'envoyait des nouvelles par le biais d'amis communs jusqu'à Noël 1977 mais je n'ai revu personne. Malcolm McLaren avait organisé une nouvelle tournée des Sex Pistols en Scandinavie qui était prévue juste après la tournée américaine de janvier 1978. Je devais rejoindre Sid à Stockholm. Il était resté en contact et m'avait gardé dans son cœur et dans sa mémoire. J'étais tellement heureuse. Tout le monde sait ce qui s'est passé pendant cette tournée américaine, le groupe s'est séparé et ils ne sont jamais revenus en Scandinavie. 

Alors qu'on travaillait sur le premier ouvrage, celui de Trygve, je suis rentrée en contact avec un des roadies du groupe, Roadent, qui auparavant était le roadie des Clash, et qui est devenu par la suite une star du cinéma en Allemagne. On ne s'était pas parlé depuis trente ans, c'était génial de se revoir. On est toujours en contact et on se revoit quand je suis à Londres.

Je ne savais pas comment finir A Vicious Love Story. Je pensais terminer avec le van qui partait. Eileen Polk, qui était avec Sid à New York quand il est décédé m'a contacté. C'est une photographe et c'était la petite amie de DeeDee Ramone et d'Arthur « Killer » Kane. Elle m'a raconté beaucoup de trucs dont je n'étais absolument pas au courant. J'ai alors décidé de contacter d'autres personnes qui étaient là bas à l'époque. Ce livre allait être constitué de témoignages directs, de première main, pas de spéculations, ce que d'autres ont fait avant moi. J'ai rencontré Peter Gravelle à Londres. C'est lui qui a fourni à Sid sa dernière dose d'héroïne, celle qui lui a été fatale. Les derniers chapitres du livre sont racontés par des gens qui étaient sur les lieux. Ce sont tous des amis très chers.

L'histoire est incroyablement détaillée. Tu n'as passé que quelques jours avec Sid et pourtant on a vraiment l'impression d'une relation de longue durée...
Teddie : Absolument. Je vais t'expliquer pourquoi l'histoire est si détaillée.

Quand j'ai quitté l'Angleterre pour la Norvège en 1975, j'ai étudié très dur pour perfectionner ma maîtrise de la langue norvégienne. En 1976 je suis retournée passer des vacances en Angleterre et là je n'arrivais plus à parler anglais. Je mélangeais les deux langues. J'ai alors décidé d'écrire un journal intime en anglais pour rester bilingue. Tu peux imaginer comment je me sentais : j'avais 16 ans et j'étais amoureuse d'un mec incroyable. Absolument tout, les sentiments, le moindre détail a été consigné dans ce journal intime.

Sid et moi c'était quelque chose d'instantané. Il y a tout de suite eu une grande confiance entre nous. On a parlé, parlé, parlé. C'était comme si on avait tous les deux le sentiment que notre temps était compté et qu'il fallait plonger la tête la première. Je n'avais jamais rien connu de tel avant. Quand j'y repense, je croyais qu'il allait être plus réservé sur sa vie, mais finalement non. Encore aujourd'hui, Sid peut me faire confiance. J'ai vraiment l'impression d'avoir fait ce qu'il fallait en écrivant ce livre. Quelque chose de bien. Le junkie idiot, ce n'est pas le mec que j'ai connu. Le monde doit connaître l'autre facette du mythe et de la caricature populaire.

Teddie en 1977
Finalement tu regrettes de ne pas être montée dans ce van ?
Teddie : Initialement, oui je l'ai regretté. Bien sur, j'étais amoureuse et je voulais passer plus de temps avec lui. Deux filles du Bromley Contingent étaient là avec moi :Tracey O’Keefe et Debbie Juvenile. Debbie était folle de rage que je n'ai pas quitté la Norvège pour Sid. Elle était livide. Elle était assise avec moi sur les marches de l'hôtel quand j'étais en train d'écrire une lettre pour Sid qu'elle devait emporter avec elle jusqu'à Londres. J'étais inflexible sur le fait que, bien que je ne pouvais pas venir en Suède, j'allais le rejoindre à Londres.

Mais, avec le recul, je pense que j'ai pris la bonne décision. Je pense que Sid aurait fini par me faire souffrir. Sid n'a pris de la drogue qu'une fois en ma présence. J'ai menacé de partir s'il recommençait et il m'a juré qu'il resterait clean. Tout le temps qu'on a passé ensemble, il a tenu parole. Mais je ne sais pas combien de temps j'aurai eu ce pouvoir sur lui. Je sais que dans le fond, la vie qu'il a mené n'était pas celle qu'il aurait voulu. Le diable rodait toujours.

Il y a beaucoup à dire avec le recul. Mais à l'époque il y avait tellement de choses que j'ignorais, que je ne pouvais pas voir. Les années ont passées, on m'a rapporté des choses qui m'ont dévastée. Tu sais, je n'étais pas sûre des sentiments de Sid. C'était la grosse star du punk et j'étais juste une jeune ado. Je sais ce que j'ai vu dans ses yeux quand on était ensemble. Mais quand il est parti, j'ai commencé à me poser beaucoup de questions. J'étais peut-être une fille parmi les mille autres que Sid a rencontré en tournée ? C'est cette perte de confiance et le fait que ma Mère avait confisqué mon passeport qui font que j'ai annulé mes plans pour venir le rejoindre à Londres. Et pourtant j'ai reçu des messages de Sid qui me pressait de venir. J'ai appris en écrivant le livre que Sid avait tenu ses promesses pendant plusieurs mois.

Sid et le groupe sont ensuite partis jouer à Stockholm. Un photographe Suédois qui avait couvert le concert m'a dit que Sid avait été très calme. Après le concert il est parti directement se coucher à l'hôtel. Mr Punk en personne un samedi soir ! J'espère qu'il n'a pas voulu faire la fête parce qu'il était triste pour nous deux. Je ne le saurais jamais...

J'avais demandé à Sid de se tenir éloigné de Nancy (Spungen, la petite amie officielle de Sid Vicious, ndlr). Il me l'avait promis. Il a dit que c'était terminé. En fait leur histoire était un peu sur courant alternatif. Quand on s'est rencontré ils étaient séparés. Il était en colère parce qu'elle était infidèle. Il s'en foutait si elle couchait à droite et à gauche. Cela ne voulait rien dire à l'époque et il avait promis de garder ses distances. J'étais en Norvège et on m'a dit qu'ils ne se voyaient pas. Après Noël et la tournée aux Etats-Unis, ils étaient ensemble. J'ai pensé que cela avait été le cas tout le temps. Récemment, en lisant England's Dreaming vol. 2, le livre de Jon Savage, j'ai appris que Barbara Harwood, la chauffeure à l'automne 77, a dit que Sid lui avait demandé de l'éloigner de Nancy. Nancy s'était pointée à plusieurs concerts et Sid ne voulait plus la voir ni avoir affaire à elle. Barbara a aussi affirmé que Sid l'avait suppliée de l'aider à rester clean. Une nuit il s'est battu et a fini à l'hôpital. Nancy était là. Barbara a écrit qu'elle a regretté ensuite de ne pas avoir écouté Sid et d'avoir laissé Nancy l'accompagner à l'hôpital. Je suppose que c'est comme ça qu'ils se sont rapprochés. C'est difficile d'entendre tout ça des années après. Je suis pleine de remords. Aurais-je pu faire une difference dans sa vie si seulement j'avais écouté mon cœur ?

Est-ce que tu écoutes encore les Sex Pistols aujourd'hui ?
Teddie : Non je ne les écoutais pas à l'époque pas plus que je ne les écoute aujourd'hui. Je n'ai jamais été punk ni fan de qui que ce soit. J'étais là pour faire le boulot de traductrice.

Teddie aujourd'hui
A quoi ressemble ta vie aujourd'hui ?
Teddie : Elle a drastiquement changée depuis 2011 ! J'ai écrit cinq livres, trois romans policier et deux essais. J'ai acheté une maison d'édition au Royaume-uni en 2012, New Haven Publishing Ltd, elle grandit assez rapidement et c'est fabuleux ! J'ai douze auteurs qui ont publiés plusieurs livres chez nous. On a crée une branche pour les écrits en langue étrangère et l'édition française de Vicious Love Story est le premier à sortir. Le livre est également disponible en édition Russe. L'écriture c'est ma passion. Je continue le journalisme musical comme freelance, principalement pour des publications britanniques mais également pour le Punk Globe de Los Angeles. Le journalisme c'est venu après avoir été interviewée aussi souvent. Un magazine m'a demandé de les aider à décrocher une interview avec un célèbre ami à moi. Quand il a donné son accord, la rédaction m'a demandé d'assurer l'interview. C'est comme ça que j'ai commencé. Je passe le plus clair de mon temps en Norvège à Oslo, mais comme ma maison d'édition est en Grande-Bretagne, j'ai fini par passer du temps là-bas aussi. Je suis devenue nomade.
Un grand merci à Teddie Dahlin et à Alexandra Schroll.
Propos recueillis par email le 20 avril 2015.


A Vicious Love Story, souvenirs du vrai Sid Vicious
De Teddie Dahlin (Traduction Alexandra Schroll)
New Haven Publishing LTD UK. First French Editions
318 pages.




mercredi 16 juillet 2014

Interview avec Alexandre Grondeau



Sorti en début d'année, Sélection Naturelle, le troisième roman d'Alexandre Grondeau, est un ouvrage choc questionnant la société de consommation et s'interrogeant sur la place réservée à l'humain dans ce monde ultra libéral. Un livre coup de poing, engagé mais qui n'a pas oublié d'être divertissant. Rencontre avec l'auteur...
 
Quelle place occupe la musique dans votre travail ?
Alexandre Grondeau : La musique occupe une place essentielle dans mon travail de romancier. C'est la raison pour laquelle je propose toujours une playlist à la fin de mes livres afin que les lecteurs puissent se plonger dans une ambiance sonore qui correspond à l'histoire et à l'intrigue du livre. J'ai également produit une compilation 100% enragée, 100% engagée, avec plus de trente artistes qui ont accepté de composer un morceau en relation avec le livre. La compilation est offerte à tous les lecteurs de sélection Naturelle et reprend le fameux hymne révolutionnaire Bella Ciao. L'implication de tous ces chanteurs montre que les artistes sont toujours aussi motivés pour changer les choses, et qu'ils refusent le monde consumériste dans lequel nous vivons. Un autre monde est possible. Nous en sommes convaincus.
 
Pourquoi un "roman capitaliste" ? Le sous-titre semble paradoxal...
AG : Il est pourtant bien réel ! Sélection Naturelle un roman capitaliste, aborde les dérives de la sociétés de consommation de manière frontale en posant une double question : peut-on arrêter la machine bien ordonnée qui nous broie ? Jusqu’où accepter la compromission dans ce système devenu fou ? Les trois personnages aux destins et aux situations sociales (le premier est un avocat d'affaire, le second un dealer, le troisième un retraité) très différentes se retrouvent confrontés à un choix décisif : jusqu'où sont-ils prêts à aller pour réussir ? Et avec quelles conséquences pour leurs vies et leurs entourages ? Chacun d'entre nous s'est un jour posé ces questions et a été confronté à ce paradoxe : rester fidèle à ses valeurs et se faire écraser par la machine capitaliste ou écraser les autres, quitte à se renier.
 
Sans vouloir trop dévoiler l'histoire, il y a une économie souterraine et une autre légale. Pourtant les deux semblent fonctionner suivant le même système et l'une ne vaut pas mieux que l'autre. Le constat peut faire froid dans le dos. Faut-il y voir un constat d'échec ou de l'amertume ?
AG : Pour moi, le système ultra-libéral va droit dans le mur à force de déshumaniser notre société. Le constat d'échec est donc bien présent mais pas l'amertume. Nous restons maîtres de nos destinées, nous avons la possibilité de dire non, ça suffit, je ne veux pas de ce futur. Et devant le constat d'un monde qui s'écroule, il nous reste un échappatoire formidable : profiter de la vie. C'est le message du livre et de la compilation qui va avec.
 
Un petit mot sur le visuel de la couverture assez frappant ?
AG : J'aime les couvertures qui frappent. Génération H était déjà dans cette veine, j'ai voulu poursuivre ma démarche et offrir un visuel choc. Pour moi avoir tatoué un code barre sur le crâne d'un homme qui a un flingue posé contre la tempe était évident. L'image symbolise le formatage de la société ultra-libérale et je voulais l'aborder frontalement. Les retours que j'ai eu sont très positifs, je suis donc content que les lecteurs adhèrent à mon idée.
Propos recueillis par email le 15/07/2014.

mardi 18 février 2014

Sélection naturelle d'Alexandre Grondeau



Rien ne semble relier les destins de John, Yan et de Jean. Sauf que tous trois arrivent à un moment clé de leur existence. John est un avocat parisien tellement aliéné par son travail qu'il en arrive à renier ses convictions profondes. Yan est un petit dealer sans envergure véritable pris au piège. Enfin, Jean est un retraité, dont seule l'apparence est tranquille, rongé par la maladie et par son passé. Jusqu'à la surprenante révélation finale...
 
 
Avec ce troisième roman, au titre particulièrement juste, Alexandre Grondeau se livre à une analyse sans fard de la société actuelle. Plaçant ses personnages devant leurs contradictions, confrontant leur humanité profonde, l'auteur délivre un constat qui fait froid dans le dos décrivant la difficulté à vivre dans la société actuelle, qu'il s'agisse de s'élever socialement (le personnage de Yan), de conserver sa position sociale actuelle (John) ou de lâcher prise lorsque arrive le bout de la route (Jean). La vision d'ensemble est particulièrement noire. Comme dans les meilleurs crus signés George Pelecanos, l'ouvrage se termine avec une playlist détaillant les albums écoutés par les différents personnages au fil des pages. A découvrir.

Sélection naturelle d'Alexandre Grondeau
Editions la lune sur le toit
230 pages 18 euros.
Www.selectionnaturelle-lelivre.com

dimanche 12 janvier 2014

Miki Dora



Icône d'un Malibu mythique, Miki Dora fût un surfeur de génie, à propos duquel le journaliste/surfeur Alain Gardinier (un ancien présentateur de Culture Rock sur M6 il y a de cela fort longtemps) vient de consacrer un ouvrage. Il faut dire que Gardinier connaît son sujet, pour avoir côtoyé Dora lorsque ce dernier vivait sur la Côte Basque. Si Dora a aujourd'hui un statut quasi-mythique auprès de toute une population plus ou moins associée à la surf culture (cf. les rockeur biarrots de Dedicated Nothing) c'est autant par son style plein de grâce que par son refus du système. D'abord icône mode, son image fut utilisée dans de nombreuses publicités, puis ami de la scène rock californienne des sixties, il fut notamment proche de Dennis Wilson, le seul authentique surfeur des Beach Boys ; Dora est apparu dans une dizaine de films, dans lesquels son style félin (cf. son surnom Da Cat) et gracieux fit des merveilles. Bien plus qu'un sportif, un véritable artiste de la vague (les nombreuses photos illustrant le livre en sont la preuve). Miki Dora aurait pu être une star. Il le fût à sa manière. Refusant le système, la compétition et le commerce bourgeonnant du surf, Dora vécu une vie de bohème, longtemps basé sur la côte Basque à bord d'un fameux camion Mercedes, vivant d'expédients, plus où moins légaux, qui finirent par la case prison (où il aurait côtoyé Charles Manson).
Plutôt inspiré, Alain Gardinier a su éviter l'écueil d'un ouvrage trop technique pour privilégier une approche humaine plus grand public. Son livre, richement documenté, est en soi un voyage remontant le temps depuis les années 50 et 60 jusqu'à 2002, année du décès de Miki Dora. Une lecture passionnante y compris pour les allergiques de la plage.
Miki Dora de Malibu à la Côte Basque d'Alain Gardinier
Editions Atlantica, 332 pages, 21 euros.
Www.atlantica.fr

lundi 5 août 2013

Gérard Lenne : « Et mes seins tu les aimes ? »


Partant du postulat que personne ne voit jamais le même film puisque chacun ne retient d'une œuvre, qu'elle soit cinématographique ou non, ce dont il a envie, Gérard Lenne, auteur à l'imagination galopante, s'offre un vagabondage littéraire de l'autre côté de l'écran. Mais qu'a-t-il bien pu se passer après qu'Ursula Andress ait sauvé James Bond d'une émasculation au laser (Goldfinger, Guy Hamilton 1964) ? Et que se passerait-il si Séverine tombait sur un client aussi particulier qu'inattendu (Belle de Jour, Luis Bunuel 1967) ? Et si on rendait la pareille à Alex (Orange Mécanique, Stanley Kubrick, 1971) ? Et si Marilyn ne portait pas de culotte en marchant au dessus de l'iconique bouche d'aération (7 ans de réflexion, Billy Wilder, 1955) ? Et si, et si, et si...

Plume alerte, critique de cinéma, cinéphile et cinéphage (20 000 films vus, quand même!) Gérard Lenne signe un divertissant ouvrage, tour à tour décalé, surprenant ou tout simplement ludique, se terminant par un hommage aussi émouvant qu'énamouré à la sublime Stefania Sandrelli (La clé, Tinto Brass, 1983). Une réussite.

Et mes seins tu les aimes ? De Gérard Lenne.
Editions la musardine.
188 pages. 15 euros.



dimanche 23 septembre 2012

Ice-T prend la plume


Ice-T marche sur les pas de celui qui lui a inspiré son pseudonyme, le proxénète devenu écrivain Iceberg Slim, et rédige à son tour ses mémoires. L'ouvrage intitulé, "Mémoires de ma vie de gangster et de ma rédemption, de South Central à Hollywood", le voit restituer le fil d'une existence qui l'a vu passer du ghetto à la gloire international aussi bien comme rappeur, en solo ou avec son groupe fusion métal body count, que comme acteur (de nombreux films et la série télé "New York, Unité Spéciale")

Sortie le 15 novembre aux éditions G3J

vendredi 9 juillet 2010

« Requiem pour un champion » de V.Gravé et B.Boulbar


San Francisco, novembre 1967. Jack Ranieri, boxeur déchu, s’apprête à braquer une banque. Comment l’ancien champion a-t-il pu tomber si bas ?

Superbe bande dessinée, « Requiem pour un champion » adopte une formule narrative originale puisque la même histoire nous est racontée par deux biais différents (et complémentaires) : la page (le livre) et la note (le disque).

La bande dessinée, en noir et blanc, est un polar à la trame classique mais efficace. Certaines vignettes sont très inspirées par le lieu et l’époque (San Francisco, la fin des sixties) et renouent avec le superbe graphisme psychédélique des affiches de concert vintage.

Le disque « noir» accompagnant le livre est l’œuvre du scénariste Bertrand Boulbar, également chanteur et guitariste. Musicalement l’opus se situe entre ambiances jazzy, blues et d’une certaine combinaison pop/rock sombre, ce qui en fait le compagnon idéal d’une nuit d’insomnie. Pourtant le débit, la voix de Boulbar et le concept même de l’album rappelle Serge Gainsbourg, époque « Melody Nelson ». Plus qu’un disque, c’est un film sans images.

Avec cette approche originale, du moins pour une œuvre de fiction, « Requiem pour un champion » apporte l’ingrédient sonore, la bande originale, à l’art muet de la bande dessinée.

Editions les enfants rouges, 74 pages, 16,50 euros.

http://requiemchampion.free.fr/
http://boulbar.com/

dimanche 14 décembre 2008

Héros du blues, du jazz et de la country de Robert Crumb.


Originaire de San Francisco, le dessinateur et illustrateur Robert Crumb, s’intéresse à la musique depuis toujours. Il est l’auteur de la, superbe, pochette de l’album « Cheap Thrills » de Big Brother & The Holding Company, le groupe de feu Janis Joplin. Ce nouvel ouvrage rassemble des portraits de musiciens crées dans les années 1980. A l’origine, il s’agissait de cartes à collectionner offertes en cadeau bonus avec les disques du label Yazoo. Le succès fut tel que finalement on a sorti des jeux complets et maintenant les voilà rassemblées en volume. Chaque illustration est accompagnée d’une petite biographie assez sommaire. L’abondance de biens nuit parfois, il est difficile de tout retenir de ces « héros » oubliés, on parle ici de musiciens du début du 20ème siècle. Reste que les illustrations sont superbes et, pour mieux s’immerger dans l’ambiance, le livre est accompagné d’un CD de 21 plages réparties équitablement entre le blues, le jazz et la country.
Editions de la Martinière, 240 pages, 19,95 euros.
http://www.editionsdelamartiniere.fr/

samedi 13 décembre 2008

Woodstock, l’album des 40 ans d’Elliott Landy


Le festival de Woodstock, du nom d’une petite bourgade perdue dans l’upstate New York, restera le sommet, le climax, mais également le pire cliché, des sixties. Alors que l’on va fêter l’année prochaine le quarantième anniversaire du festival, cela fait mal de le dire, mais cher consommateur, il y a fort à parier que tu n’a pas fini de cracher au bassinet en artefacts divers relatif audit anniversaire ! Première étape donc ce livre recueil de photos, quelques semaines avant Noël, quelle coïncidence, la vie est drôlement faite dis donc !

Arrêtons là l’ironie douce-amère, car il se pourrait que le bouquin en question vaille en fait le coup d’être lu. Riche en photos, parfois exceptionnelles, et de témoignages de personnes ayant assistées au festival, le livre se découpe en cinq chapitres : venir, vivre, spectateurs, aménagements et au final la musique. La position du chapitre consacré à la musique est symptomatique de la démarche de l’auteur : démontrer que Woodstock n’était pas un simple concert, mais la célébration d’un art de vivre en même temps qu’un sacré bordel (voir le chapitre venir et les photos des embouteillages) et évènement d’une ampleur jamais vue à l’époque. Ce point de vue est renforcé par les témoignages reproduits dans le livre, tous insistent sur la douce euphorie qui s’est emparée d’eux lors de ces trois jours, l’impression qu’une autre vie et un autre monde était possible. Bon pour l’utopie hippie, on repassera, ça fait bien longtemps que tout le monde est redescendu sur terre. Reste la possibilité d’effectuer grâce aux photos un voyage dans le temps sympathique avec un bâtonnet d’encens et un disque approprié, ça peut effectivement marcher pour n’importe quel quidam qui cherche un peu de détente en sortant du boulot. Dernier détail, l’ouvrage sent l’herbe ! J’ai vérifié, c’est vrai, mais je ne sais pas combien de temps cette odeur dure !
Editions Fetjaine, 140 pages, 22 euros.

http://www.woodstockonline.com/

dimanche 3 février 2008

Paris 70’s


Une photo en noir et blanc, certifiée d’époque, d’un jeune chevelu jouant de la guitare folk sur les quais de la Seine. Vous me connaissez suffisamment assez maintenant pour savoir qu’il n’en faut guère plus pour retenir mon attention. La couverture que je viens de vous décrire, c’est celle du livre Paris 70’s. Les deux auteurs, Pierre Cavillon et Jean-Louis Celati, ont compilé dans ce livre, année par année, des articles d’époque de différents quotidiens. Un travail de fourmi. Si l’accent n’est pas particulièrement mis sur la musique, plusieurs textes traitent du sujet qui nous intéresse. On commence par l’installation des hippies sur les quais de la Seine et sur le parvis de Notre-Dame et on termine par les différents lieux de la punkomania parisienne. Et entre-temps, on s’arrête sur les fesses de Michel Polnareff, le passage des Rolling Stones au Palais des Sports en 1970 et aux abattoirs (l’emplacement actuel du Zénith) en 1976. A noter également la déclaration d’amour d’Alain Pacadis au Palace, haut lieu de la nuit parisienne, boîte et salle de concert, aujourd’hui fermé. Richement illustré de photos d’époque, cet ouvrage vous replonge immédiatement dans le Paris de l’époque. Peace, Brothers & Sisters !

Editions parigramme, 252 pages, 29 euros.
http://www.parigramme.com/

mercredi 2 janvier 2008

Après le Déluge de Robert Polidori.


Aujourd’hui pour la deuxième étape de notre voyage inaugural 2008, direction la Nouvelle-Orléans, autre grande destination musicale. Le photographe franco-canadien, Robert Polidori a passé une partie de son adolescence à la Nouvelle-Orléans. Après le passage de l’ouragan katrina (le 29 août 2005), Polidori a séjourné à quatre reprises dans la ville de son adolescence. Il en résulte ce livre mi-hommage, mi-testament sur la catastrophe. Somme de 336 pages. L’eau, la pluie apparaît telle le poison qui se répand pour la première fois dans les veines, laissant des dommages irréparables. Il en reste ces photos désolées, de paysages dévastés. Des carcasses de voitures, des pianos éventrés, des intérieurs démolis, voilà tout ce qui reste de la présence humaine, les signes qu’autrefois il y a eu de la vie à la Nouvelle-Orléans. Car il n’y a pas un seul être vivant représenté sur les photos de Polidori.

Pour quiconque a un jour connu la folle euphorie d’un samedi soir sur Bourbon Street, ce livre serre le cœur. Car, plus de deux ans après la tragédie, la Nouvelle-Orléans souffre toujours et à toujours besoin de nous (entre autres), les lointains cousins français. Plus de la moitié des habitants de la ville sont toujours en exil et, vraisemblablement, 200 000 personnes ne retrouveront pas leur domicile. Certes l’ouvrage est dispendieux (environ 72 €) mais une partie des revenus est reversée à l’association Tipitina’s Foundation, destinée à réhabiliter le vie musicale à la Nouvelle-Orléans ainsi qu’à la radio WWOZ afin de sauver toutes ces formidables musiques issues de Louisiane.