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dimanche 15 février 2009

Festival sons d’hiver 2009, maison des arts de Créteil, 13 et 14 février 2009.

Vendredi 13 février 2009 : Le dernier week-end du cru 2009 du festival sons d’hiver commence par un énorme coup de cœur pour le slameur Anthony Joseph et son bien nommé Spasm Band. Originaire de Trinidad, ce dernier nous a gratifié d’un concert aussi chaud (ça fait du bien) et humide que son île natale. Le Spasm band a la particularité de ne pas avoir un batteur mais trois percussionnistes, le mélange entre le djembé, typiquement africain, et les percussions latines créent une sorte de groove world assez irrésistible. Quant au batteur son kit est tellement réduit, une caisse claire et quelques cymbales, qu’il joue debout. Sur cet aspect « world » vient se greffer un saxophone typiquement free jazz, une basse très solide et une guitare wha-wha toute droit échappée d’une bande originale blaxploitation 70s. Et puis il y a notre lascar Anthony Joseph qui, finalement, chante beaucoup plus qu’il ne slamme et plutôt bien d’ailleurs. Belle voix, suave et chaude. Un bon chanteur donc et aussi un sportif accompli : 100 mètres, le long de la scène, saut en hauteur, gymnastique rythmique et sportive, contorsions diverses et variées, mais toujours en rythme. Quel athlète ! Il danse comme un dieu, la gente féminine adore. Showman accompli, il met le public dans sa poche dès la fin du deuxième titre. Le public s’agite devant la scène, ça chauffe dans les allées. Je suis assez fier de le dire, mais ce soir ça swingue sec dans ma banlieue de Créteil ! Il y eu un très beau moment quand Anthony Joseph a chanté avec pour seul accompagnement son guitariste, Christian Arcucci, qui porte des dread locks qui lui arrivent aux genoux, et public qui frappe des mains à l’unisson, comme le reste du groupe d’ailleurs. La communion entre l’artiste et son public est alors totale. Hélas, le concert s’achèvera bien trop tôt, les bons moments passent toujours trop vite de toute façon…

Changement radical d’ambiance avec Saul Williams l’autre slammeur qui a la lourde tâche de succéder sur scène à Anthony Joseph. Vous-vous souvenez peut-être de « Slam », film qui il y a une dizaine d’année a révélé Saul Williams. J’avoue que je l’avais un peu perdu de vue depuis. Pour son dernier opus Williams a été chercher une collaboration inédite avec Trent Reznor, le leader de Nine Inch Nails, qui artistiquement parlant est à son opposé. Donc sur scène, cela se résume à un déluge sonore entre électro et métal phrasé slam/rap en plus. A noter toutefois une reprise étonnante de « Sunday, bloody Sunday » de U2. Cependant il y eu dans l’œil du cyclone, alors l’énorme machinerie s’arrête, de véritables moments de poésie où Saul Williams déclame ses textes avec ardeur. Par contre la sécurité n’est pas à la fête, la scène est envahie par les spectateurs qui sautent dans tous les sens, les pauvres types de la sécurité sont complètement débordés, génial ! Saul Williams, pas un mauvais gars, congratule un par un le public venu le rejoindre sur scène et remercie tout le monde de s’être déplacé, c’est rafraîchissant et agréable. Et c’est sur cette note que s’achève cette avant dernière soirée.

Samedi 14 février : Comme l’année dernière, la dernière soirée du festival est consacrée à la Black Rock Coalition Orchestra qui délègue deux formations cette année. Tout d’abord, et il s’agit là du deuxième coup de cœur du week-end, The Yohimbe Brothers, le nouveau projet de la star, le guitar-hero, ex-Living Colour, Vernon Reid associé pour la circonstance à DJ Logic. Avec ce nouveau groupe, les deux partenaires dans le crime, revisitent la musique noire américaine du rock n’roll au hip-hop en passant par toutes les variantes jazz, soul et reggae qui soient. Et surtout, ils ont trouvé, tour de force, le point d’équilibre parfait entre efficacité, brute de décoffrage, binaire et expérimentation sonore, nappes synthétiques et scratches. La chanteuse à une très belle voix, soulful à souhait et le MC, Taylor McFerrin, apporte une touche hip hop plus moderne. Le résultat est assez irrésistible et échevelé à souhait. Les claviers, basse et batterie sont à l’unisson et nous ramènent dans des structures connues que DJ Logic se charge de faire exploser de l’intérieur à grands coups de scratches ravageurs. Un petit mot pour finir sur l’excellent batteur Don McKenzie, une montagne de muscles, entre force brute et swing.

Après cette excellente mise en patte vint ensuite l’événement du soir avec la toute première européenne de la dernière création de la Black Rock Coalition Orchestra, The Daughters of Nina, conçu comme un hommage (après celui à James Brown de l’an dernier) à Nina Simone. Elles sont donc 19 femmes, menées par la délicieuse Tamar-Kali, à mille lieues de ses assauts afro-punk-métal de l’an dernier, à rendre hommage à la grande Nina. Les 19 protagonistes n’interviennent pas en même temps, ce qui pourrait rapidement virer à la cacophonie, mais l’une après l’autre. Cela occasionne quelques flottements mais permet de varier avantageusement les ambiances, du quatuor à cordes à la section de cuivres. Seule la pianiste, Angela Johnson, est restée sur scène du début à la fin. Cette dernière s’est taillée un joli succès lorsque son tour de chant fut venu grâce à une interprétation toute en émotion chaleureusement saluée par le public. La pauvre, chavirée d’émotions, a fini le cœur au bord des lèvres et a aussitôt fondue en larmes. Autres grands moments les reprises de « Lilac Wine » avec les cordes et « Feeling good », interprété avec classe par Tamar-Kali. La batteuse Lauren Sevian a également été assez impressionnante, toute la soirée, c’est assez rare de voir des filles oser s’attaquer à cet instrument, il faut donc la saluer avec respect. C’est assez injuste pour les autres protagonistes mais la place manque pour les saluer toutes, elles ont été, cependant toutes excellentes sans exception. Et c’est donc sur cette soirée exceptionnelle que le rideau est tombé sur ce cru 2009 du festival sons d’hiver. A l’année prochaine.
www.myspace.com/yohimbebrothers
Anthony Joseph and The Spasm Band :

dimanche 24 février 2008

Festival Sons d’Hiver #2, Tamar-Kali + Black Rock Coalition Orchestra, Maison des Arts de Créteil, 23 février 2008.

Je me répète peut-être, mais je suis cette année encore, épaté par l’organisation du festival sons d’hiver, qui a, de nouveau, réussi un coup fumant pour cette soirée de clôture de l’édition 2008. La soirée new-yorkaise de samedi a tout simplement été exceptionnelle avec par ordre d’apparition la chanteuse Tamar-Kali puis The Black Rock Coalition Orchestra dans un concert « Salutes to James Brown ». Vraiment, réussir à attirer dans cette banlieue de Créteil des musiciens américains de classe internationale, cela relève de l’exploit. Exploit qui rend malgré tout, criant le manque d’actualité dans cette belle salle de la maison des arts le reste de l’année.

Donc, Tamar-Kali accompagnée de son groupe les « 5ive-Pieces » a assurée une première partie rageuse et franchement emballante. Chanteuse Noire, Tamar-Kali a une voix superbe soul. Ceci pour le fond. La forme, elle déroute, car son groupe est très rock voire même franchement métal. C’est assez étonnant, mais on accroche facilement, car les musiciens sont excellents. Ce mélange est issu d’un mouvement typiquement new-yorkais que l’on appelle l’afropunk. On pense aux BellRays (voir mes messages des 4 février et 4 juillet 2007) ou aux Noisettes (voir mes posts des 19 mars et 12 novembre 2007) mais en version encore plus rentre dedans. Pourtant, sous le déluge de décibels, c’est pourtant de la soul music que l’on entend, le batteur en particulier possède le sens du groove.


Groove, le mot est lâché et la transition toute trouvée pour évoquer la suite de la soirée et le concert hommage au soul brother number one. Derrière son clavier, Gene Williams donne le ton : « Nous sommes tous là pour la même raison, on adore James Brown ». Collectif à géométrie variable fondé en 1985 par Vernon Reid (le guitariste de Fishbone, absent ce soir) The Black Rock Coalition Orchestra est en mission pour remettre le rock n’roll à la place qui lui revient de droit, au sein de la communauté Noire, car sans le peuple Noir, il n’y aurait pas de rock n’roll aujourd’hui. Après avoir rendu hommage à Jimi Hendrix, Sly Stone et Stevie Wonder, le nouveau projet de la Coalition est consacré à James Brown. Et c’est un véritable big band qui a fait le déplacement jusqu’à Créteil. Trompette (Wayne Cobham), saxophone (Roger Byam), batterie (Fred Alias, à la frappe aussi impressionnante que celle de Buddy Miles), clavier, basse (Ron Munroe) et deux guitares. Bien évidemment, pour n’importe quel chanteur, il n’est pas aisé de se glisser dans les mocassins de Mr Dynamite. En sus des deux guitaristes (Michael Hill et Kelvyn Bell), il seront deux (Manchild Black et George Thomas O’Bryant aka GTO) plus une chanteuse (Queen Aminah) a tenter de relever le défi à tour de rôle. Des cinq vocalistes que l’on a entendu, GTO, qui possède une voix qui rugit autant que le moteur de la voiture du même nom, a le timbre qui se rapproche le plus de celui de James. Il est également le plus expansif sur scène et paye de sa personne pour assurer le show : roulades, grands écarts, sprints dans le public, l’athlète a probablement fini la soirée sur les rotules. Queen Aminah est la plus jolie du lot, talons haut et petites robes sexy comme tout, elle est aussi une chanteuse remarquable. Manchild Black a lui eu la faveur de la gente féminine, sa voix évolue plus dans un registre crooner, très émouvante par exemple sur « Try Me ». Musicalement le rendu brownien est impeccable, funky et rageur, aussi bon que les concerts de Fred Wesley (voir mes messages des 14 mai et 1er septembre 2007) auxquels j’ai assisté. J’ai particulièrement aimé « Payback », « Cold Sweat », « It’s a man’s world » (dans une version à tirer les larmes), « I feel good », « Get on the good foot »… Il ne faut cependant pas croire que l’on a assisté à un simple copié/collé. Le groupe s’est vraiment approprié la musique de James et s’est lancé dans des jams impressionnantes, chaque musicien aura ainsi droit à son solo. Cette impressionnante prestation s’est terminée dans la liesse avec « Sex Machine ». Plus personne n’est assis, le concert se termine à cappella et même le batteur s’est emparé du micro, avec pour seul accompagnement les battements de mains du public. Ouah, quelle soirée…