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vendredi 21 juin 2024

Mavis Staples + Jon Muq, Casino de Paris, 18 juin 2024

 


Commençons par partager notre enthousiasme pour Jon Muq, le songwriter qui assure la première partie du concert du soir. Seul avec sa guitare folk, Jon raconte en chansons son destin hors du commun, né en Ouganda avant de migrer à Austin (Texas) et d’enregistrer son premier album, qui vient de sortir, sous les fourches caudines de Dan Auerbach. Doté d’un joli grain de voix et d’une technique assurée à la guitare, Jon Muq déborde d’humanisme et se révèle assez touchant ponctuant régulièrement son set d’un « hope you guys enjoyin’ » d’une candeur confondante. Le chanteur a aussi une manière assez atypique de finir ses chansons sur une note en l’air, laissant planer l’émotion au-dessus de la foule. Un très beau moment en compagnie de ce jeune chanteur prometteur.

https://www.facebook.com/Jonmuq/




A quelques jours de fêter son 85ème anniversaire (en juillet), Mavis Staples se présente sur la scène du Casino de Paris en pleine forme et entourée d’une formation relativement réduite : un trio guitare, basse, batterie agrémenté d’un duo de choristes. La prédominance de la guitare entraîne la musique sur un terrain blues, quasiment rock par moment, au gré des fulgurances électriques. Lesdites influences électriques se greffent avec bonheur aux classiques soul et gospel qui ont fait la réputation de la chanteuse. La voix de la chanteuse ne souffre pas du passage des années et gagne une patine supplémentaire exprimant le vécu, le tout se révèle particulièrement émouvant. Le répertoire solide, composé de classiques et de reprises, est à lui seul l’assurance d’un très bon moment de musique live. Évidemment, compte-tenu de son age, personne ne s’attendait à voir la chanteuse faire la nouba toute la nuit. Sans surprise, c’est après une grosse heure de concert que la soirée s’est achevée, assez abruptement, sans rappel. Mais entre-temps le spectateur chanceux à pu voyager dans le temps en compagnie de cette légende de la soul music au parcours exceptionnel. Un moment privilégié.

https://www.facebook.com/mavisstaples/


mardi 27 février 2018

Mavis Staples : « If all I was was black»



A 78 ans, Mavis Staples, figure légendaire de la soul étasunienne, a peut-être bien trouvé un nouvel alter-ego musical en la personne de Jeff Tweedy (Wilco) qui collabore pour la troisième fois avec la chanteuse. Cette dernière n'a en tout cas rien perdu de son mordant (cf. "No time for crying") et le titre de ce nouvel effort pourrait se lire comme une question : et si je n'étais que noire et si toute la complexité et la personnalité d'une personne ne se résumait qu'à ça : une couleur de peau ? La pensée, aussi glaçante soit-elle, donne l'occasion à l'artiste de s'interroger sur les questions d'identité et de tension raciale en pleine expansion depuis l'élection d'un certain Donald Trump à la Maison Blanche. Un combat à rapprocher de celui pour les droits civiques des années 1960 (même si l'époque n'a plus rien à voir) et à l'unisson sur la plan musical ; Jeff Tweedy (également compositeur) prenant un malin plaisir à évoquer les classiques de la soul et du blues (voire du gospel/folk cf. « Peaceful dream ») le long d'un album compact, dense et ramassé, remarquable d'unité sonore, aux allures de classique immédiat dont la durée relativement brève (30 minutes) renoue avec celle d'un vieux vinyle. Intemporel.


samedi 19 mars 2016

Mavis Staples : « Livin'on a high note »



Est-il réellement besoin de présenter Mavis Staples ? Légende vivante de la soul, qui a, au sein du groupe familial The Staple Singers, donné une conscience politique à la scène soul des années 1960/1970 ? La fille du regretté Pops, immense artiste, est aujourd'hui une survivante et est toujours la digne représentante (avec entre autres Candi Staton et Bettye Lavette) du genre old school. Depuis quelques années, la chanteuse recherche un nouveau souffle musical collaborant avec des artistes de la nouvelle génération souvent venus de l'indie rock. Après Jeff Tweedy (Wilco) sur le précédent album et un virage électro sur l'EP « Your good fortune » sorti l'an dernier, Mavis se tourne maintenant vers M. Ward (She and Him) pour ce nouvel effort. Les bienfaits de cette nouvelle collaboration sautent aux oreilles dès le premier titre « Take us back », les guitares sont tranchantes et la voix de Mavis est particulièrement bien mise en valeur. C'est un bain de jouvence, un hybride parfait de soul music (le chant grave et profond de Mavis) et de rock n'roll, à rendre fous de jalousie tous les jeunes turcs de la scène garage (cf. « Action », « High note »). Et ce n'est pas tout, le savoir faire de M. Ward se déploie également sur les morceaux les plus tendres à grands renforts de violons (« If it's a light »). Auprès de la jeune génération, Valerie June, Trombone Shorty et Aloe Blacc (la merveilleuse "Tomorrow", un passage affolant du disque), qui ont tous de près ou de loin participé à ce nouvel effort, Mavis Staples a retrouvé sa voix, un souffle rauque et subtilement brisé, transpirant le vécu, qui donne des frissons. Un must, pas le moindre des exploits après cinquante ans de carrière.
http://livinonahighnote.com/
https://www.facebook.com/mavisstaples
https://twitter.com/mavisstaples

mardi 18 août 2015

Mavis Staples : « Your Good Fortune EP »



Contrairement à d'autres chanteuses de sa génération qui se posent en gardiennes du temple sacré (cf. Bettye LaVette), Mavis Staples préfère apporter de nouvelles couleurs à son gospel old school. Après avoir beaucoup collaboré avec Jeff Tweedy ces dernières années  (notamment sur le disque posthume de Pops Staples), c'est au tour du producteur électro Son Little d'être invité au bal. Quatre chansons émanent de ces séances deux inédites « Your good fortune », « Fight » ainsi que deux titres souvent associés au répertoire des Staple Singers « See that my grave is kept clean » et « Wish i had answered » présentées dans des versions rénovées. Et le résultat n'a rien d'infamant. Car Son Little a le bon goût de rester assez discret et réussit à se fondre dans l'univers de Mavis plutôt que de transformer cette dernière en queen du dancefloor. Son influence se fait principalement sentir au niveau rythmique. Pour le reste, on retrouve un disque soul/gospel classique mais avec une dynamique contemporaine. Mavis chante toujours merveilleusement bien, et transmets mille émotions au fil de sa voix. Les guitares bleusy sont inspirées, le tout est très prometteur.


samedi 19 mai 2007

Mavis Staples : We’ll Never turn back


Décidément, le label ANTI- est actuellement à la pointe de la soul. Après avoir sortis les nouveaux opus de Salomon Burke et de Bettye LaVette, c’est au tour de Mavis Staples de voir sa carrière musicale relancée. Mavis est l’ancienne chanteuse des Staples Singers, groupe familial des années 60. Les Staples singers ont toujours été très engagées dans le combat pour les droits civiques et l’égalité entre les races. Son nouvel effort est aussi l’occasion de remettre certaines pendules à l’heure. Car si des progrès ont été effectués, comme le chante Mavis, « 99 and ½ » % ne suffisent pas. Nous ne sommes pas arrivés à ce point pour retourner en arrière, « We’ll never turn back ». La lutte n’est pas finie, le sera-t-elle d’ailleurs un jour ? C’est là tout le propos de l’album.

Produit par Ry Cooder, qui assure par ailleurs toutes les guitares, avec l’aide de son fils, Joachim qui joue lui des percussions. « We’ll never turn back » s’inscrit dans une veine musicale typiquement sudiste entre soul, gospel, blues et country ; un peu à la manière de « His hands », le dernier album en date de Candi Staton. La plupart des titres ici présents sont des traditionnels, accompagnés de quelques reprises et de nouveaux titres écrits par Mavis et Ry Cooder. Tous traitent de la problématique évoquée plus tôt. Le côté dramatique de la chose est que ces titres soient toujours d’une actualité si brûlante.