mercredi 3 août 2022

Tami Neilson : « Kingmaker »

 


Situé dans un croisement particulier et bien à elle, ce nouvel effort de la chanteuse plonge l’auditeur dans un voyage imaginaire infini en passant par tous les états. Il y a tout d’abord sa voix, tellement puissante et évocatrice, qu’une tornade pourrait être baptisée de son nom en forme d’hommage. Et quel hommage ! Son organe est si puissant qu’elle le module à l’envi en s’adaptant à tous les styles, énergique (« Kingmaker ») ou langoureux (« Beyond the stars »). C’est quasiment intrinsèque à sa musique, Tami Neilson est protéiforme et passe de la soul (« Green Peaches » qui sonne comme un inédit du regretté Tony Joe White) au pur rock’n’roll (« Mama’s Talkin’ » ; "Ain't my job"), sans oublier une touche western, pour le plus grand bonheur de nos oreilles. C’est ce dernier aspect qui se révèle le plus prégnant sur ce nouvel effort. Mais il s’agît avant tout de clarifier le risque de confusion entre country et western. On ne doute pas que la country fasse partie des influences de la chanteuse (cf. « King of Country Music ») mais un titre comme « Baby you’re a gun » évoque plutôt les grands espaces de manière cinématographique, comme la bande originale d’un film, un western naturellement, restant à tourner. Mais qu’importe l’idiome le rythme, le swing, reste la principale préoccupation de l’artiste qui enchaîne les perles toutes aussi entraînantes les unes que les autres. S’il est question de « King » dans le titre, ce nouvel effort, dans un monde parfait, devrait faire d’elle une « Queen ».

En concert le 31/08 au Balajo.

https://www.tamineilson.com/

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mardi 2 août 2022

Adrien Durand : "La Petite Histoire du Temps Machine 2011>2021

 


Relatant une aventure autant humaine que musicale, ce livre-anniversaire retrace l’histoire du Temps Machine, une salle de concert sise à Tours, créée en partie pour pallier un manque ; la ville ne rayonnant pas au niveau national contrairement à Nantes, Bordeaux ou Rennes, ses voisines plus ou moins lointaines du Grand Ouest. Le Temps Machine, donc. Une histoire qui peut se lire à plusieurs niveaux. Local, tout d’abord, quand les rivalités et jalousies se sont fait jour lorsqu’il s’est agi de confier la gestion quotidienne du lieu. En creux, le livre souligne aussi la nécessité, en région, de tels équipements, à la fois salle de concert, bien sûr, mais également lieu de résidence pour les artistes permettant l’éclosion, à l’échelle locale, de nouveaux talents tout en favorisant l’émergence de projets artistiques. Un véritable poumon pour la vie culturelle. Des réflexions à explorer, en textes, témoignages, chroniques de disques, planche de BD, photos et affiches de concerts.

https://www.payassociation.fr/associationletempsmachine/lelivre

ADRIEN DURAND

La petite histoire du Temps Machine 2011>2021

Autopublié, 125 pages, 12 €

vendredi 29 juillet 2022

Victor Sbrovazzo et Arnaud Diemer : "A wheel in the grave"

 



Dirty Deep fête ses dix ans et met pour l’occasion une roue dans la tombe (le trio est passionné de moto), voilà qui est encourageant ! Le livre, en forme de road book, nous emmène en virée de leur Alsace natale à la Corse. En chemin, les deux auteurs fixent sur la pellicule, non pas ce qui se passe sur scène, mais tous les à-côtés : lieux, paysages, rencontres fortuites et instants saisis sur le vif en sont les principaux ingrédients. Et il est surprenant de constater que partout où il passe, le groupe retrouve un peu de ce bayou qui les a tant inspirés. Enfin, pour que la fête soit complète, l’ouvrage s’accompagne d’un EP de reprises inédites où le groupe est accompagné de quelques pointures, et non des moindres : Jim Jones, Left Lane Cruiser, Scott H. Biram, James Leg, Pete Dio et Mark Porkchop Holder. Un sacré casting pour un cocktail de rock garage et de blues écorché, déglingué, tirant parfois (et c’est une surprise) vers le hip-hop. De quoi accompagner idéalement la lecture.

VICTOR SBROVAZZO et ARNAUD DIEMER

A wheel in the grave

Médiapop Éditions, 325 pages (+ 1 CD), 25 €

lundi 18 juillet 2022

Rodolphe Burger et Erik Marchand : « Glück Auf ! »

 


Tous ceux qui, à l’instar de l’auteur de ces lignes, aiment à considérer la musique comme un voyage ne pourront être que ravis par l’écoute de ce nouvel album. Manière de grande traversée d’est en ouest, ce nouvel effort symbolise les retrouvailles (15 ans après leur premier album commun, « Before Bach ») entre le Breton Erik Marchand et l’Alsacien Rodolphe Burger. Marquée par le contraste entre la voix grave de Burger et celle, de tête, de Marchand, le mélange entre les langues (le chanteur breton s’exprime dans sa langue régionale) la rencontre, aussi improbable soit-elle, se révèle vibrante, émouvante. Faisant fi des différences, les musiciens impliqués, se retrouvent grâce à la musique, aux chansons, existe-t-il un message plus beau ? C’est un fait, la musique ainsi produite voyage, du blues (« John Henry ») aux éclairs rock, de la dynamique électronique (« C’est dans la vallée ») aux langues régionales, le disque ne se contente pas d’agglomérer différentes tendances et, libre comme l’air, sort des frontières ; Mehdi Haddab (oud) orientalise avec talent la musique par la grâce des cordes de son instrument et hypnotise l’auditeur (« Kara Toprak »). Glück Auf (bonne chance!) se souhaitaient les mineurs de Sainte-Marie-Aux-Mines avant de descendre au charbon, et c’est là tout le mal que l’on souhaite à cet album envoûtant.

En concert le 20 juillet au Cabaret Sauvage.

https://dernierebande.bandcamp.com/album/gl-ck-auf

https://rodolpheburger.com/

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dimanche 17 juillet 2022

Marion Rampal : « Tissé »

 


S’il est une chose que Marion Rampal déteste, c’est bien les boîtes, rangements et autres compartiments dans lesquels sont classés les artistes. Repérée dans un premier temps aux côtés du saxophoniste Raphaël Imbert, on aurait pu attendre de la chanteuse un album de jazz. Encore une boîte que l’artiste a décidé d’éviter, avec talent. Accompagnée du guitariste Matthis Pascaud (Moonlight Benjamin), la chanteuse livre un album varié où le groove et le swing apparaissent comme une idée aux contours vagues plutôt qu’un concept à suivre stricto-sensu. Le rythme occupe ici une place essentielle des chansons folk (« Reminder » ; « Still a Bird » aux accents blues) aux ritournelles aux accents créoles (« L’île aux chants mêlés » ; « A volé » ; « D’autres soleils »), une façon d’aborder la musique en suivant la pulsion, toujours différente mais toujours présente. Une diversité d’ambiances que la chanteuse aborde à bras le corps, modulant sa voix suave à l’envi, en s’adaptant aux contours des chansons, mots écrits et choisis avec soin et chantés avec classe et élégance. Signalons enfin la participation bouleversante de la voix cassée d’Archie Shepp en fin d’album.

En concert le 21 juillet au Parc Floral (Paris Jazz Festival)

http://www.marionrampal.com/

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samedi 16 juillet 2022

Delvon Lamarr Organ Trio, New Morning, 13 juillet 2022.



Subrepticement, le guitariste Jimmy James se retourne afin d’enclencher l’overdrive de son ampli. Conscient du moment stratégique en train de se passer, le public brandit une forêt de téléphones portables en train de filmer. La suite relève du miracle, Jimmy James se lance dans un solo, l’ambiance est à son comble, l’excitation palpable : c’est Jimi Hendrix ressuscité ! Et lorsque le musicien ressort la Stratocaster blanche, le public est instantanément transporté, Woodstock 1969, solo avec les dents en prime ! Maintes et maintes fois reporté, le concert du trio soul prodige de Seattle (ville de naissance d’Hendrix, tiens, tiens) valait le coup d’attendre. En dehors des soli magiques en hommage au guitariste gaucher de légende, le trio s’inscrit dans une esthétique soul vintage 60s/70s, rappelant le label Daptone, forte en groove de la batterie et aux nappes d’orgue servies brûlantes grâce à la cabine Leslie. Si la complicité entre les trois musiciens est totale, en dépit de nombreux problèmes techniques, la connexion la plus forte se situe entre l’organiste Delvon Lamarr et son guitariste Jimmy James. Les deux musiciens se toisent, se défient du regard, se répondent mutuellement, en oublient même la présence du public en lançant dans des improvisations fleuves, questions/réponses, parfois erratiques et répétitives, le guitariste n’hésitant pas à s’aventurer hors des sentiers battues, sortant des notes inattendues du haut du manche. Quelques réserves donc, mais bien maigres en regard de la qualité superlative du trio. Il est certain que l’on ne verra jamais Hendrix de nos yeux. Et il semble certain également que l’on aura du mal à se passer de ce trio sur scène. Cela tombe bien, le groupe sera de retour sur cette même scène du New Morning le 28 octobre prochain !

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vendredi 15 juillet 2022

The Reed Conservation Society, Pop in my magic garden, Fontainebleau, 9 juillet 2022.

Dans le cadre somptueux du jardin, baigné de soleil, le rectangle bleu de la piscine offre une vue rafraîchissante appréciable en cet après-midi d’été. Sous le mini barnum, faisant office de scène, nous retrouvons The Reed Conservation Society, précieuse formation pop française, ayant fait le choix de sortir sa musique sous la forme de trois eps, regroupés dans un sublime coffret vinyle, distribué de manière indépendante sur la toile (un album est en préparation). Le trio est constitué de Stéphane (chant et guitare folk), Mathieu (guitare électrique et trompette) et Sera (claviers). Dans le cadre verdoyant, entouré de vieilles pierres, du jardin, le groupe a trouvé l’écrin propice pour sa musique. Ainsi invité à goûter à la sérénité de l’endroit, le trio développe toutes ses qualités. Les accords de guitare acoustique caressent les oreilles alors que son pendant électrique apporte quelques accents bienvenus. Les claviers incarnent la modernité pop (« Miss Kellerman »), quelques nappes discrètes ou le battement rythmique nécessaire, la trompette à elle seule fait montre de toute l’ambition musicale du groupe, élevée et élégante. Si l’ensemble est résolument british, Nick Drake n’est jamais bien loin, la musique du trio regorge pourtant d’influences californienne (« Holly Mood », « Antonio Bay », « Joni & David », "Sonoma") de quoi transformer le petit rectangle verdoyant de Seine-et-Marne en Laurel Canyon. Une sublime parenthèse estivale dont le trio constitue la bande originale idoine.

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mercredi 6 juillet 2022

Eurockéennes de Belfort, 2 et 3 juillet 2022.


Pour un retour après deux ans de pandémie, difficile d’imaginer pire déveine que celle-ci. Jeudi 30 juin, le site du festival était à peine ouvert depuis 30 minutes quand, à 16h30, s’est abattu un orage (pluie, vent, grêle) apocalyptique d’à peine 10 minutes mais d’une telle violence que les infrastructures du site, sérieusement endommagées, ont dû être revues par la commission de sécurité le lendemain avant de pouvoir, enfin, accueillir le public. C’est donc à un festival réduit à la portion congrue, une seule vraie journée le samedi (le dimanche ressemblant plus à un gros concert de Muse), et à la programmation minée par les annulations de dernière minute dues au Covid (Wet Leg) ou non (Foals) ; à laquelle nous avons assisté. On se console comme on peut avec les toutes jeunes (entre 11 et 19 ans) musiciennes de Star Feminine Band qui ont enflammé la scène de la plage (quel plaisir tout de même de retrouver ce site magnifique !) et leur savant mélange de musique traditionnelle du Bénin, avec beaucoup de percussions, traversée d’éclairs rock sauvage de la guitare. Mention particulière à la bassiste dont le jeu, l’instrument sur la tête, ravive l’écho de Jimi Hendrix. C’était chouette ! On peut bien l’avouer mais à eux seuls, Frustration a sauvé notre week-end ! Fonctionnant sur une improbable dynamique entre synthés cold 80s et guitares garage 60s, c’est sur scène que Frustration développe toute sa puissance. Concert euphorique, quel groupe ! On reste perplexe en revanche devant le concert de Muse en se demandant comment des musiciens aussi virtuoses ont pu aussi mal tourner. C’est après deux ou trois albums d’excellente facture que les envies de grandeur de Matthew Bellamy, à la recherche maladroite d’une légitimité de compositeur, se sont fait jour pour un résultat de plus en plus pompier, grandiloquent, voire même prétentieux. Ainsi va le set de Muse alternant le meilleur (« Plug in Baby », quel riff!) au pire. Sans parler de cette insupportable manie voulant à tout prix coller à la mode, un faux renouvellement artistique déguisé en quête désespérée de hits et de passages radios, confinant à la schizophrénie : comment un groupe aussi bon peut-il devenir aussi mauvais, d’un titre à l’autre, en quelques minutes ? Bref, peu importe, le festival est déjà fini et il est temps pour nous de rentrer. A l’année prochaine dans de meilleurs conditions espérons-le.

mercredi 29 juin 2022

S.am : « Ikigaï »

 


A la recherche de son « Ikigaï » (joie de vivre, raison d’être en japonais), Sarah Amsellem est devenu S.am, et alors qu’il s’est agi de donner une suite musicale à cette nouvelle identité ("Rebirth" chante-t-elle à dessein), S.am s’est focalisée sur son instrument le plus personnel, et peut-être le plus beau : sa voix. Ainsi, c’est la tendance de fond, expérimentale et psychédélique, qui a toujours animé sa musique (cf. « L’âme innocente » ; « Le Brasier ») qui s’invite très largement à la table pour un résultat très vocal et fort éloigné de tout ce que Sarah avait proposé jusqu’ici. Pour être tout à fait honnête, la réaction première à la découverte de cette nouvelle proposition musicale, folk et chamanique, est d’avoir été désarçonné, quelque peu désemparé, tant l’artiste s’éloigne ici du format chanson, pop, trip hop, qui constituait sa marque. Pourtant, les points de concordances existent et sont même nombreux. Si l’on note l’absence totale de piano (suffisamment rare pour être souligné), l’EP s’enlumine de quelques sublimes lignes de ukulélé. De même, il n’est pas déraisonnable d’entendre dans les magnifiques harmonies vocales de « Reboot » un lointain cousinage avec les Beach Boys, soulignant l’ancrage pop de sa musique, ou de retrouver dans cette pulsation qui fait vibrer ce nouvel EP le même écho que celui qui animait jadis « Je me nomme poète » ou sa chanson « Nudité » (extraite de son vinyle "Sésame"). Le fait est que nous sommes ici en présence d’un disque rare, dans le mesure où il se situe à l’écart des modes et des tendances actuelles. Un disque qui exige du temps, de l’attention et une écoute répétée. Un disque qui appelle également une forme d’abandon de la part de l’auditeur. Il faut savoir s’abandonner à la musique de S.am, à ses harmonies, ses percussions délicates et dégagées des contingences terrestres (« Sanili », absolument sublime, la coda hypnotique de « Lemniscate ») et à ses harmonies vocales éthérées qui se prolongent à l’infini. Accéder à la beauté est à ce prix. Seule musicienne invitée, la violoniste Marie Lesnik (une de ses sœurs de l’aventure Pagan Poetry) ajoute une touche baroque, voire stridente, à « Soul », entraînant la chanson dans un long tunnel, une spirale hypnotique enivrante et bouleversante. Enfin, la très personnelle « Sakura » ponctue le cd en prolongeant l’exploration de la thématique féminine, entamée avec l’album « Muses » consacré aux poétesses, une cause dont l’artiste s’empare avec bienveillance et qui constitue une des lignes de forces de son parcours musical. Au-delà d’un simple disque, un voyage, une expérience, dont l’écoute est plus que recommandée.

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mardi 28 juin 2022

Garland Jeffreys : "The King of In Between"

 


Retiré (définitivement ?) de la scène, Garland Jeffreys se retourne sur son parcours et ses cinquante ans de musique le long d'un documentaire en cours de fabrication. Et Dieu sait qu'il y en a des choses à dire, de ses amitiés avec Lou Reed, Bruce Springsteen, Bob Marley, Elliott Murphy, ou du croisement unique en son genre (le in-between) qui caractérise sa musique, de la soul au folk/rock. Le documentaire s'annonce passionnant et pour soutenir le projet, c'est par ici :

https://www.kickstarter.com/projects/kingofinbetween/garland-jeffreys-the-king-of-in-between


dimanche 26 juin 2022

Robyn Bennett : « Feel »

 


Le deuxième volume de la série d’EP post-confinement de la chanteuse, à sortir entre 2021 et 2023, vient de voir le jour et s’intitule « Feel », ce qui est particulièrement heureux car, tant la musique que la voix de la chanteuse, débordent de feeling. Une sorte de sentiment primesautier parcours le disque et habite les compositions qui, si elles restent imbibées de jazz et de soul, ne s’interdisent pas quelques détours vers la pop ou le funk et voient Robyn s’essayer à l’exercice du flow hip-hop (cf. la bien nommée « Get Up »). Le tout mené sur un tempo enlevé, joyeux et avec beaucoup de fraîcheur. L’EP est autant soucieux de respecter la tradition que d’y ajouter une production enlevée et moderne et, pour cette raison, ne peut qu’être recommandé.

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samedi 25 juin 2022

Madam

 


Derrière le nom, relativement générique de Madam, se cache un redoutable trio rock’n’roll entièrement féminin (on s’en serait douté) et quelques mois après la découverte de Grandma’s Ashes, cette nouvelle découverte nous confirme que tout n’est pas perdu ici-bas. En effet les trois musiciennes de Madam n’y vont pas par quatre chemins et délivrent, en cinq titres, un décharge d’adrénaline et de décibels à faire pâlir d’envie n’importe quel groupe, à la fois puissant et électrique ; brut et sauvage. Le disque file droit au but, les trois musiciennes sont à l’unisson pour galvaniser l’auditeur. Une unicité de style qui sied à merveille à la chanteuse (et guitariste) Gabbie Burns dont le chant incarne parfaitement l’élément pop baroque, varié et mélodique, qui s’intègre à merveille dans le gros son du trio en lui apportant de la fraîcheur et un grain de folie. Belle découverte.

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vendredi 24 juin 2022

The Bobby Lees : « Hollywood Junkyard »

 


Retour surprise pour les Bobby Lees avec ce nouvel EP (4 titres) que l’on attendait pas et surtout pas en cette saison ! En effet, s’ils sont toujours aussi vindicatifs et électriques (« Dig your hips »), les New-Yorkais surprennent avec ces chansons aux accents baroques, voire horrifiques, qui constitueraient la bande originale idoine pour la prochaine soirée d’Halloween (« Hollywood Junkyard »). La surprise est de taille mais plutôt bonne, le quatuor ayant considérablement élevé son ambition musicale, n’hésitant plus à se mettre au piano (cf. les surprenantes intonations cabaret de « Strange Days »). A (re)découvrir.

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vendredi 17 juin 2022

Dätcha Mandala : « The Last Drop »

 


C’est avec un plaisir certain que l’on retrouve le trio bordelais, avec ce nouvel EP de cinq titres. Les guitares rugissent (la puissante « Hit and Roll »), comme aux plus belles heures, et la voix de Nicolas, boucles blondes entre Robert Plant et Roger Daltrey, séduit, une fois de plus. Et pourtant, quelque chose sonne différemment. Avec ce nouvel EP le groupe révèle une face plus introspective, se retournant sur ses influences : la première plage s’intitule « Janis », « L.A. Hippie », voire mélancolique (cf. les nappes de cordes enrobant « I & You »). Un effet des confinements successifs ? Quoi qu’il en soit le mélange de rock saturé mâtiné de blues et de folk psychédélique (« Carry On ») se révèle toujours aussi efficace et procure une sensation de bonheur immédiat.

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jeudi 16 juin 2022

Shaggy Dogs : « Sorry for the delay !! »

 


Ils sont mignons, les Shaggy Dogs de s’excuser de la sorte pour l’attente (il est vrai que le temps s’est écoulé depuis leur « Fiesta Blues’n’Roll »). Mais de fait, même si on les avait un peu perdus de vue ces derniers temps, il est surtout question de temps qui passe sur les cinq titres de ce nouvel EP (« Carpe Diem », « Take Your Time »). Une philosophie hédoniste qu’ils mettent en musique avec leur efficacité habituelle, du blues, bien entendu, au rhythm’n’blues sans oublier le rock’n’roll le plus incisif. Le résultat est des plus réussis, de l’attaque au piano du la plage d’ouverture (« Johnny ») aux cuivres (assurés par Sax Gordon Beadle, excusez du peu) qui enluminent ça et là la musique (« Carpe Diem ») apportant une note élégante presque jazzy. A ce titre, notons également « The Ones Who Know It All », tentative aussi rare que réussie d’incursion dans le genre crooner, bien aidée par les sublimes harmonies vocales du norvégien Eric Slim Zhal (un ancien récipiendaire de l’European Blues Challenge). Tout cela valait bien le coup d’attendre.

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mercredi 15 juin 2022

Dead Chic : « Bastion Session »

 


Derrière le patronyme « so chic » de la nouvelle formation se cachent deux figures bien connues et, surtout, bien aimées de cette page, à savoir le guitariste Damien Félix (Bigger, ex-Catfish) et Andy Balcon qui fût autrefois la voix d’Heymoonshaker. Une alliance quasi-rêvée tant le chant, toujours aussi écorché de l’un se marie à merveille à la guitare élégante et aventureuse (« Too Far Gone ») de l’autre. Bien servi par un sens du songwriting imparable, où se télescopent, les influences venues du blues (un signe de bon goût indéniable détectable dans le feeling se dégageant de la guitare poussée dans ses ultimes retranchements à l’unisson du râle d’Andy) mais aussi de l’accroche pop / folk (« Ballad of another man ») ou, plus généralement du rock puissant et saturé, ce premier EP distille des sensations fortes, les effluves d’un classique immédiat (dans la lignée de Valparaiso, par exemple) et, hélas, un goût de trop peu. Quatre titres seulement, qui passent à la vitesse de l’éclair, mais annonçant de grandes choses à venir.

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mardi 14 juin 2022

Quiet Dan : « The Fire Next Time »

 


Ce nouvel EP de l’artiste israélien, installé en France, confirme le talent de l’artiste aperçu sur son premier album, tout autant qu’il brouille les pistes. Tout d’abord, il convient de ne pas se fier à l’adjectif collé à son prénom, tant l’univers de Dan apparaît dans toute sa splendeur baroque et bouillonnante et ce dès la première plage « Milk & Beer ». Et pourtant, calme, Dan sait l’être sur des titres apaisés (« One by one », « Spirit ») mais, où pointe toujours un soupçon de bizarrerie inquiétante. « La prochaine fois le feu », écrivait James Baldwin, une injonction menaçante qui va comme un gant à la musique de Dan où l’orage sourd gronde et menace, sous-jacent (« The fire next time »), en dépit de ses atours folk ("Magicians") et psyché (« Call me when you get there ») délicats.

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dimanche 12 juin 2022

Decasia : « An Endless Feast for Hyenas »

 


Le premier album du groupe nantais, désormais basé à Paris, démarre sur des bases élevées. Ainsi c’est un riff de guitare wha-wha déchaînée mené tambour battant suivant le rythme infernal de la section rythmique qui nous souhaite la bienvenue dans cet opus. Cela ne pouvait mieux commencer ! En effet, si les années 70 et les fantômes psychédéliques hantent cet album, Decasia se garde bien de toute nostalgie, en explosant l’idiome à grands coups de riffs stoner métallique. C’est ainsi une version lourde en décibels du psychédélisme que nous livre le groupe. Le chant habité, voire fantomatique, et les passages narratifs plus calmes (il en faut bien quelques uns) nous rappellent sans cesse l’ancrage de la musique dans cette spirale hypnotique. Enregistré dans une maison perdue en Auvergne, le trio a parfaitement retranscrit ses improvisations diaboliques en morceaux trippants et entraîne l’auditeur, roué de coups de larsen dévastateurs et d’accélérations furieuses, dans son univers entre grimoires et bougies. Cet album constitue une merveilleuse surprise !

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samedi 11 juin 2022

Robert Finley : « Sharecropper’s son »

 


Fils du métayer, vétéran de l’armée, quasiment aveugle, Robert Finley, 68 ans et trois albums seulement au compteur, à déjà vécu mille vies avant la musique. Et ce n’est que lorsque sa vue s’est dégradée, au point de lui faire abandonner son métier de charpentier, qu’il s’est, enfin, abandonné à la musique, une passion qui l’a guidé toute sa vie. La précision est inutile mais, avec un tel vécu, forcément Robert Finley a des choses à raconter et, surtout, à chanter. Sa voix, cabossée par les années, est un régal à l’oreille, et tel l’organe d’un vieux soul/blues man, ce qu’il est dans le fond, les émotions affluent, dans un flux continu, tel un torrent de montagne. Dans sa quête, Finley a trouvé, en la personne de Dan Auerbach, le partenaire dans le crime idéal pour mettre parfaitement en musique le feeling qui habite la moindre note du disque. L’album ne s’éloigne jamais d’une esthétique soul/blues alanguie, un feeling laidback et tranquille, comme une sorte de JJ Cale en un peu plus poussiéreux, et c’est franchement ce qui pouvait arriver de mieux. Intemporel et sublime !

En concert le 12 juin à Paris (Trabendo)

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jeudi 9 juin 2022

Olivier Rocabois : « The Pleasure is Goldmine »

 


Conçu comme un trait d’union entre son premier album (le sublime « Olivier Rocabois goes too far ») et son prochain, prévu pour 2023 (enfin si tout va bien d’ici là), ce nouvel EP assoit encore un peu plus l’artiste dans le paysage pop hexagonal. Ces 23 minutes relèvent du fantasme pop. Ainsi, alors qu’il imagine sa musique, abordant des horizons lointains, aussi bien dans le temps (l’ombre du 20ème siècle, des années 60 et 70 est omniprésente) que dans l’espace (la musique possède ce petit soupçon de classe britannique, voire exotique quand elle lorgne vers le Brésil), Olivier fait rêver et voyager l’auditeur. Grandiloquent et baroque, produit avec un soin maniaque et à grand renforts de piano élégant, de claviers étranges, d’éclairs électriques, ce nouvel EP aux envolées lyriques ressuscite la pop en la mâtinant de folk et d’improvisations autant chamaniques que psychédéliques (« Brain Cells ») et nous pose la question ultime : le cinquième Beatles était-il français ?

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https://allif.bandcamp.com/




Elise & The Sugarsweets : « Horosho »

 


Ce nouvel effort, le deuxième du groupe, marque une évolution significative pour Elise & The Sugarsweets. D’une part, si le quintet n’a pas changé de nom, il dispose, en la personne de Yulia Gubenko, d’une nouvelle chanteuse, qui signe ici ses débuts discographiques avec le groupe, dotée d’une sublime voix, ample et éraillée, incarnant à la perfection toutes les nuances d’une musique gorgée de soul et de feeling. Feeling est bien le maître mot ici, perceptible dans les licks inspirés de la guitare d’Olivier Raymond (lequel engage un passionnant dialogue musical permanent avec la chanteuse, l’un répondant à l’autre), dans le groove lancinant de l’orgue (Bala Pradal) ou dans la section rythmique à tout casser des frères Ferrié (Jérôme à la basse, Olivier à la batterie). Ainsi, ce nouvel effort est un régal d’écoute, immergé dans la grande tradition soul, à grands renforts de cuivres ou de sublimes harmonies vocales (on note la présence d’Audrey Lurie de Little Odetta dans les chœurs). La formation mise en orbite pour s’inscrire dans la grande tradition soul ne dispense pas d’une prise de risques, sous forme de clins d’œil appuyés vers le hip-hop funk (le flow qui orne « My Goddess got shapes », cosignée de l’ancienne chanteuse Elisa Heyte) ou vers le rock’n’roll pur sucre (« Birthrights » ; « Not allowed to sing the blues » signée Bernard Sellam d’Awek. Loin d’être sclérosée sur ses acquis, la formation continue sa marche en avant, prouvant par la même l’intemporalité de la soul, le temps de cet album vivifiant.

En concert le 11/06/2022 (Jazz Club Etoile)

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lundi 30 mai 2022

Marc O : « L’homme de l’ombre »

 


Après un quart de siècle passé en Angleterre, et autant de temps à s’exprimer dans la langue de Shakespeare, Marc O, sort, enfin (les premières ébauches de l’album datent de 2016), de l’ombre avec un premier effort en solo, chanté, oh surprise, dans sa langue natale, le français. Un étrange album, intriguant à bien des égards, un petit miracle, en équilibre entre les influences et les époques. Truffé d’influences littéraires, signés de la plume de son frère, le philosophe et écrivain Bruno Pons Levy, il se dégage de l’album une forme d’élégance décadente, quelque part entre Serge Gainsbourg (« Le test de la femme à barbe ») et le glam-rock (« Le Dyssimètre »). Et pourtant, si influence seventies il y a, cette dernière est totalement assimilée et se fond, avec bonheur, dans des sonorités synthétiques, mi-cold wave / mi-industrielles (« Les démodés » ; « Rendons le leurre »), formant une sorte de tapis glacé sur lequel glissent les compositions dans un ensemble cohérent transcendant totalement les notions de nostalgie ou de revivalisme musical. Et mine de rien, il s’agit là de la plus belle façon de rendre hommage à cet âge d’or révolu.

En concert le 7 juin (Supersonic)

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vendredi 13 mai 2022

Lisa Portelli, La Marbrerie, 12 mai 2022

 

Lisa Portelli, La Marbrerie, 12 mai 2022 (c) RG

La Marbrerie, (c) RG

Avec ses murs tout de béton bruts, l’ancien site industriel de La Marbrerie, sis à Montreuil, reconverti en salle de concerts, offre un décor tout à fait étonnant voire sidérant. Sur la scène ce soir nous retrouvons Lisa Portelli, une artiste elle aussi étonnante, et totalement transformée. Après des débuts plutôt rock’n’roll Lisa, merveilleuse guitariste, s’est muée en chanteuse, accompagnée d’un pianiste, et se produit dorénavant en duo. La musique se pare dorénavant d’une teinte électro feutrée à laquelle la chanteuse apporte une étrange intensité en trafiquant les fréquences en un note étrange, et baroque. Merveilleusement éclairée, l’artiste chante et danse, au rythme des boîtes, mue par les ondulations de la musique, baignée de lumières blanches ou bleues, dans un rapport charnel et intime à la musique. Les passages récités, s’intercalant entre les chansons, accentue le côté performance empreint de poésie et de mysticisme. Mais Lisa n’a pas totalement renoncée à sa guitare et, le temps de quelques titres, cisaille l’air ambiant de ses riffs acérés. Si la tonalité générale est plutôt sombre, mais la chanteuse elle-même n’est pas dénuée d’humour. Enfin, il est rare de voir une musicienne aussi virtuose se détourner de son instrument fétiche, la prise de risque assumée, et réussie, mérite d’être saluée. Le concert fut beau, intense et émouvant.

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mercredi 11 mai 2022

Sugar & Tiger : « Cristal Temporel »

 


Chez Sugar (Florence Virginie) et Tiger (Didier Wampas) on fonctionne en trompe l’œil. Côté pile, des couleurs chaudes, des fleurs en guise de costumes de scène et, forcément, serait-on tenté de croire de prime abord, de jolies chansons pop mené par la voix juvénile de Sugar. Côté face, des guitares punk et le contre-chant rugueux de Tiger ; le résultat, ils le chantent eux-mêmes : « Il y a un paradoxe dans le paradigme » ! Avec Sugar & Tiger, le punk se veut joyeux, festif, décalé, rigolo, un peu piquant tout de même, tout en assumant, sans complexe aucun, la francité de la démarche. En les écoutant, on se prend à imaginer le point de rencontre entre les yéyés primesautières, les girls groups des années 60 (en version française) et l’attaque frontale punk, débordante d’énergie et d’électricité, des années 1970. En résumé un joli groupe pop qui vitriole ses chansons avec talent, ça ne se refuse pas !

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lundi 9 mai 2022

Ceramic Animal : « Sweet Unknown »

 


Du regretté Dr John en 2012 à, tout récemment, Son House, le savoir-faire de Dan Auerbach en matière de musiciens légendaires n’est plus à prouver. Mais, Auerbach garde aussi un œil sur la nouvelle scène rock, en observateur privilégié depuis son studio Easy Eye Sound sis dans sa base de Nashville. Et c’est ainsi que nous arrive sa dernière trouvaille en la personne du quintet Ceramic Animal, qui doit penser, à juste titre, avoir tiré le gros lot. Impliqué, Dan Auerbach a participé a l’écriture et par sa production, a su tirer la quintessence du groupe. Il en ressort un sublime album, comme un road-trip au sein de la musique tellurique étasunienne, où même les tentatives disco (« I love a stranger ») ne font pas office de sortie de route. Pour le reste c’est un magnifique agrégat de soul-folk-rock, débordant de feeling où la voix délicate du chanteur Chris Regan est sublimée par l’écrin, varié mais cohérent et finement tressé. Comme du Kings of Leon, en mieux, c’est à dire sans les effets pompiers de ces derniers quand ils lorgnent avec un peu trop d’insistance du côté de U2. La bande son idéale d’un couché de soleil langoureux.

https://ceramicanimal.net/

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dimanche 8 mai 2022

Pagan Poetry, concert hommage à Nathalie Réaux, Les Trois Baudets, 7 mai 2022.





Quand on y pense, compte-tenu des contingences liées à la vie de musiciennes, aux déplacements, à la disponibilité (ou non) du lieu, il est tout simplement inouï que tout le monde, ou presque (seule la pianiste Julie Gomel manque à l’appel), soit disponible en ce 7 mai pour rendre hommage à la regrettée Nathalie Réaux. A croire que Nathalie elle-même a tout manigancé depuis l’au-delà pour que toutes les planètes s’alignent aussi parfaitement.

Qu’elles soient sur scène ou dans la salle, qu’elles aient connu Nathalie en musique ou dans la vie, toutes les personnes réunies entre les quatre murs des Trois Baudets, sont toutes venues par amour, et il s’agît bien là de la seule raison finalement valable. Aussi, c’est une vibration bien particulière qui agite l’air en cette soirée, totalement différente de celle qui se dégage d’un concert ordinaire. Dire que l’on a crevé le plafond de l’émotion est un euphémisme (l’auteur de ces lignes avoue sans peine avoir eu la gorge serrée à de nombreuses reprises au cours de la soirée).

Comme il était impensable de pas voir ni entendre Nathalie en cette soirée, cette dernière a débuté par une petite projection, sur grand écran, de clips et d’extraits de concerts et, même si tout est facilement retrouvable sur le net, les images ont une signification particulière en cette soirée, l’émotion nous étreint avant même que la première note aie été jouée.

Elles sont donc sept sur scène, toutes anciennes musiciennes et amies de Nathalie : Marie Lesnik, Karen Lano, Claire Joseph et Skye (soit le duo Pur-Sang), S.am (Sarah Amsellem), Chloé Girodon et Christelle Lassort. Un magnifique assemblage de musiciennes et chanteuses qui ont repris les titres de Pagan Poetry et aussi quelques reprises aimées de Nathalie (dont une sublime version du « Way to Blue » de Nick Drake, soutenue par un trio de cordes ; « I Follow Rivers » de Lykke Li). Tant de joie, tant de tristesse, tant d’émotions ! Les premières larmes discrètement séchées au coin de l’œil, les mains des musiciennes qui se serrent dans un geste de soutien mutuel et les sourires qui en disent long sur la connivence entre elles. Entre la joie simple et débordante d’être sur scène, de jouer, de faire de la musique et la peine, les musiciennes ont réussi à se glisser dans le fin interstice qui sépare l’euphorie de l’affliction. L’émotion est bien le maître mot en cette soirée, ce petit supplément d’âme perceptible dans le moindre touché délicat du piano, dans le plus petit pincement des cordes des violons. Les cinq chanteuses ont toutes, sans exception, été sublimes et ont atteint des sommets vocaux. La dimension prophétique des paroles écrites par Nathalie (« L’Autre Rive » notamment, particulièrement troublante) apparaît dans toute sa cruauté. Comme si elle savait déjà, comme si elle était là, elle aussi sur scène avec ses sœurs de musique. Nathalie peut bien reposer en paix, son héritage est entre de bonnes mains.

vendredi 6 mai 2022

First Draft : « Declines are long gone »

 


A la recherche d’une voie originale, First Draft a trouvé l’inspiration dans le post-rock, le stoner, le shoegaze, ou le rock anglais d’une manière générale. Autant d’influences premières totalement digérées et sublimées par le duo. Et oui, et c’est bien là l’aspect le plus bluffant de toute cette affaire, les First Draft ne sont que deux : une basse et une batterie ! Développer une telle palette de sons, au point de faire totalement oublier l’absence de guitare (l’illusion est parfaite) est assez inouï. Ainsi, alternant passages éthérés et violentes déflagrations sonores, le duo nous prend par l’oreille et nous entraîne dans son sillage à travers les ruines figurées sur la pochette, nous émeut par la grâce fragile de la voix de la chanteuse Marine, jamais aussi émotive que lorsque les nappes sonores sont à l’avenant (« Kneel Down in Silence »), donnant corps à l’expression "le calme avant la tempête". C’est beau.

https://firstdraftmusic.com/

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jeudi 5 mai 2022

Slift + You Said Strange, Le Trabendo, 3 mai 2022.


Cela plane haut au Trabendo ! Et pas uniquement à cause des fumigènes donnant l’illusion d’avoir la tête dans les nuages ! C’est en effet un superbe plateau rock psychédélique qui a été réuni en ce mardi soir. On commence avec les Normands de You Said Strange dont les strates de guitares plongent l’auditeur dans un magma sonore flirtant avec l’abstraction musicale et bruitiste. Et pourtant dans le fond, il s’agît bien d’un redoutable groupe de rock’n’roll, écoutez le batteur, il dynamite à lui seul la chose et, régulièrement, envoie le charbon qui fait avancer la machine. Les bases sont déjà, dès la première partie, posées très haut. Et on n’a encore rien entendu, car alors, que le trio toulousain Slift arrive sur scène, on se prépare à rentrer littéralement dans la quatrième dimension. Dans le fond de la scène, un écran projette de curieux motifs psychédéliques et colorés, répétitifs, provoquant une sorte d’hypnose chez le spectateur. Sentiment dont on est vite sortis par la puissance du trio, car si de psychédélisme il est question, de rock progressif aussi, Slift en donne une version radicale et musclée, forte en décibels, flirtant avec le métal et le hard-rock. Hawkwind, es-tu là ? Même dans les moments apaisés, ou les synthés acides prennent le relai, la section rythmique, toujours au taquet, charge l’air en électricité. Guitare et basse, tous deux jouant d’un modèle SG blanc, pratiquent une étrange chanson de geste, participant de cette ambiance aux décibels surréalistes. C’est fort, très fort (dans tous les sens du terme), on en ressort abasourdi !

https://fr-fr.facebook.com/sliftrock

http://sliftrock.com/

https://slift.bandcamp.com/music


https://www.facebook.com/yousaidstrange

https://you-said-strange.com/



mercredi 4 mai 2022

Crowdfunding S.am




Pour tous les amoureux de la musique sur support physique (il doit bien en rester quelques-uns, dites-oui svp, je me sentirais moins seul !) : Il nous semble important de signaler, qu'outre le fait d'aider S.am (Sarah Amsellem), cette merveilleuse artiste, à fabriquer son nouvel EP, certaines contreparties donnent une occasion unique de s'offrir, en CD, les sublimes albums "Muses, les Filles de la Mémoire" (sorti uniquement en digital à l'époque) et "Hidden Echoes" (uniquement disponible en digital sur le bandcamp de l'artiste). Collectors assurés ! Voilà tout est dit et à votre bon cœur !

Pour accéder à la campagne de crowdfunding cliquez ici

dimanche 1 mai 2022

It It Anita : « Sauvé »

 


La tradition veut que le groupe belge nomme chaque nouvel effort du nom de son producteur. Après « Laurent » en 2018, voici donc « Sauvé » (Amaury de son prénom) ! Toujours tiraillé entre une envie de chansons pop mélodiques et une tentation bruitiste à pousser les potards des amplis dans le rouge, le quatuor belge a trouvé en la personne d’Amaury Sauvé (producteur du disque donc) le complice idéal pour passer un cap. Ainsi, les tentations contraires du groupe n’ont jamais été aussi bien couchées sur bande. Le début de l’album se révèle étouffant. Précises, frappant là où cela fait mal « Ghost », « More » et « Sermonizer », savamment déconstruites, sont autant de bombes à fragmentation électriques envoyées directement dans les oreilles de l’auditeur. Plus nuancée « See Through » alterne entre une apparente délicatesse de façade, où la tension reste sous-jacente, et violentes déflagrations électriques servies sur un martellement quasi-métallique de la batterie, un soupçon de dinguerie expérimentale en plus. A l’opposé la sublime ballade « Authority » incarne, pour de vrai ce coup-ci, la véritable tendresse mélodique dont le groupe sait, aussi, faire preuve. Un des sommets du disque. Soulignons enfin pour finir l’angle trip hallucinatoire du disque, ces longues dérives dépassant les six minutes, « Routine » et « 53 », des odyssées au long cours dont le quatuor est spécialiste.

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