lundi 14 janvier 2019

Durand Jones and The Indications : « American Love Call »



Enregistré pour un budget minimal (452,11 dollars), sorti une première fois en 2016 sur un minuscule label local (Colemine Records) avant d'être repris par une plus grosse structure (Dead Oceans) et d'accéder ainsi, sur le tard, à la reconnaissance internationale ; le destin du premier album de Durand Jones and The Indications avait tout du compte de fées. Une note réconfortante dans une contexte dramatique, une scène soul dévastée par les disparitions successives de Sharon Jones (en 2016) et de Charles Bradley (en 2017). Ce disque fut, en tout cas, une bouffée d'air frais pour tous les amateurs éclairés de soul music. Mais à l'heure de sortir son deuxième effort, le groupe semble décidé à passer à la vitesse supérieure, mettant les bouchées doubles à tous les niveaux (écriture, production). Là où le premier LP brillait par son charme intimiste, ce deuxième se veut sophistiqué et luxuriant. Les arrangements de cordes sont délicats (dans la lignée du Philly Sound), et l'association au chant de Durand Jones et du batteur Aaron Frazer (beaucoup plus présent derrière le micro) permettent de nombreux jeux de voix et multiplie les contrastes entre voix de tête haut perchée (Frazer) et timbre guttural et puissant (Jones), une dynamique au-dessus de laquelle plane le fantôme des Delphonics. C'est ainsi tout un pan de la soul music que balaye le groupe, une grande variété d'ambiances, tendres, langoureuses ou plus musclée, à laquelle le groupe rend hommage tout au long de cet album finalement plus intemporel que simplement nostalgique. Superbe. 

En concert le 23 janvier à Paris (La Maroquinerie)
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dimanche 13 janvier 2019

Th Da Freak




Anti-héros improbable du rock français, slacker indécrottable, bricolant des chansons sur une guitare de fortune dans une chambre d'ado attardé où trône des posters défraîchis de Sonic Youth et autres Pavement (enfin tel qu'on l'imagine), le Bordelais Th Da Freak se pose là. Enfin il ne s'agît là que de visions imaginaires, de flashs provoqués par l'écoute de la musique de Th, le bizarre en chef. Le premier album, « The Hood » est une petite merveille minimaliste, dont le charme naît justement de l'économie de moyen, procurant une sensation d'intimité immédiate avec la musique, provoquant nombre d'image mentales (comme le prouve le début de cette chronique). Nostalgique, mais pas trop, Le Freak fait le lien entre grunge (pas trop gueulard non plus) et rock psychédélique. Si, si, après tout les deux genres ont en commun le fait d'avoir eu dans leurs rangs un groupe nommé Nirvana. Bien loin des clichés sixties, guitare fuzz et orgue Farfisa, la psychédélie chez Th Da Freak vient de compositions solides, jouant sur la répétition hypnotique (« Old ladies of the block ») sur des tempos alanguis, suivant une approche do it yourself, soit autant bricolée que jouée (la merveilleuse « Thick head », la petite bombe de toute cette affaire). Ajoutez à cela un sens de la mélodie (« Bored », « Moonmate », « I was such an idiot »), de l'accroche (« Bienvenidos at Satori Park », "Sophism profesionnal") et un soupçon de cold wave cheap (« I don't understand ») et vous tenez-là la cerise qui finit d'emballer toute l'affaire sur une note charmante et sucrée. Et comme ce mec est sacrément cool, ce premier album est complété par une collection de faces B, « T-Sides » (pardon de faces T), disponible gratuitement sur Bandcamp et dont la pièce de choix réside dans les dix minutes inoubliables d' « Immortality ». Voilà de quoi patienter en attendant la sortie du prochain album, prévue pour mars prochain, car en plus d'être talentueux, le type bizarre est hyper-actif. 

En concert à Paris (Point Ephémère) le 27/03.

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vendredi 11 janvier 2019

Kyrie Kristmanson : « Mon Héroïne EP »



Il y a des auteurs, des compositeurs, des musiciens et des interprètes. Kyrie Kristmanson quant à elle est un peu tout cela à la fois et même au-delà. Plus que de la musique, l'Artiste a bâti, patiemment et une note à la fois, une cathédrale sonore, un univers où l'auditeur n'a de cesse de se perdre dans les délicieuses méandres. La Canadienne chante en mariant les deux langues, le français et l'anglais, mais qu'importe car dans ce contexte les paroles, cryptiques, ne sont qu'un assemblage, un élément constitutif du son dont on ressent le sens plus qu'on en comprend la signification profonde. Entre guitare acoustique (cf. « Songe d'un ange ») et machinerie électronique délicate (« Mon héroïne ») ou percussive (« The garden of Mrs. Woolf »), Kyrie se constitue un petit nuage musical où l'auditeur est convié, brinquebalé, confortable mais pas trop. Sa voix de tête, pleine mais délicate semble sortie d'un songe. Il se dégage de l'ensemble un sentiment d'une profonde mélancolie dans lequel se retrouve pleinement Brendan Perry (Dead Can Dance) venu prêter sa voix (en français!) le temps du « Songe d'un ange ». 

En concert à Paris (Café de la danse) le 13 mars.
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jeudi 10 janvier 2019

Shirley Davis and The Silverbacks : « Wishes and Wants »



Si l'épicentre de la soul se trouve ces temps-ci à Brooklyn et sa cohorte de labels branchés, l'Europe est également capable de produire de biens belles choses en la matière. Prenons donc aujourd'hui la direction de l'Espagne à la découverte d'une nouvelle petite merveille, après The Pepper Pots et les Sweet Vandals, en la personne de Shirley Davis et son groupe les Silverbacks. Ce nouvel album, le deuxième, se situe dans un pré carré bien défini, une triangle au cœur des influences des années 1960 et 1970. Cela n'a certes rien de follement original par les temps qui courent, mais qu'est-ce que c'est bon, lorsque la chose est exécutée avec un telle maestria ! Une écoute attentive révèle en effet un disque bien plus complexe qu'il n'y paraît avec un effort assez poussé en termes d'arrangements, on pense en particulier à l'interaction entre les claviers et les cuivres, et à la force des compositions tirant vers la face psychédélique (« Fire » une réminiscence des Doors et « Treat me better ») voire le baroque (« Nightlife » portée par une cavalcade de percussions afro et folles) sans pour autant dénaturer le groove intrinsèque et dévastateur du groupe. Au chant, Shirley Davis (dont le timbre rappelle Nicole Willis) dévoile un organe aussi souple que puissant, d'une grande expressivité, s'adaptant à tous les contextes ; car ainsi que la chanteuse l'affirme tout n'est question de musique (« All about music »). Voilà une excellente résolution qui nous autorise à passer ce début d'année en compagnie de cet excellent album. 

https://the-silverbacks-soul.bandcamp.com/
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mardi 8 janvier 2019

Hyleen : « B-Side »



Si en matière de soul music le revival des années 60 et 70 est à la mode, Hyleen a décidé de prendre le contrepied, la face B, de cette tendance s'inspirant d'une période mal aimée, celle des années 1980 (cf. « My First of all ») et 1990 (cf. « I'm on the ride », « I just wonder », "Black Box") tout en évitant le copiage stérile pour privilégier une dynamique pop et contemporaine. Le disque fait ainsi le grand écart se révélant aussi langoureux que funky et ce, parfois, au sein du même morceau (cf. « Dark Knight »). Un registre étendu donc que la chanteuse fait sien avec grâce, démontrant, au passage, une belle souplesse vocale, effeuillant un timbre charmant, sexy et évocateur. Mais l'idée de génie fût d'enregistrer, en trio, dans les conditions du live, conférant à l'ensemble un plus incontestable en termes de fraîcheur. Une démarche finalement pas si éloignée du jazz (« Beside you ») qui donne au disque son aspect vivant, organique, s'articulant autour de compositions ménageant de nombreuses surprises à l'auditeur (« Breeze ») et finit par donner à cet album un charme unique et incontestable. Une grande bouffée d'air frais. 

En concert à Paris (New Morning) le 16 janvier. 




lundi 7 janvier 2019

Fast Friends : « Unknown Homes »



Le titre de l'ep laisse supposer une part d'inconnu, à la lisière de l'étrange et de la mélancolie, autant de sentiments qui assaillent l'auditeur à l'écoute de ce nouveau duo. Il y a d'abord ce son cotonneux, entre élégance et nonchalance, cette boîte à rythme hypnotique et ces mélodies jouées en sourdine, faisant ressortir le chant de manière claire et précise. A l'écoute on se retrouve propulsé au pays de la pop « do it yourself » autant inspirée que bricolée sur le vif, entre les Etats-Unis et l'Angleterre : le folk (« Enchantment ») ou l'influence du blues que l'on croit deviner sur le premier titre « Eureka ». Pensée autour des guitares, la musique des Fast Friends laisse pourtant un peu de place aux claviers dont les interventions sporadiques prennent la forme de virgules oniriques. Une belle réussite rêveuse mais pas tout fait apaisée.

En concert à Paris (Le Motel) le 16/01

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samedi 5 janvier 2019

Cathédrale : « Facing Death »



Ne surtout pas sous estimer les disques qui, sous des aspects modestes, atteignent des petits sommets, en l’occurrence une mini cathédrale du son, bâtie une pierre (ou une note) après l'autre pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Cathédrale, donc, nous vient de Toulouse et il s'agît là de leur deuxième album. Un effort entre deux eaux, bien connues des amateurs de rock rock’n’roll, l'Angleterre (pour la morgue du chant) et les Etats-Unis pour le son garage énergique. Les titres sont balancés en environ trois minutes, ce qui confère à la galette un petit quelque chose de modeste. Qui prend une toute ampleur lorsque l'on se donne la peine de creuser le sillon. La production est claire et inventive ; c'est alors une foule d'arrangements détaillés (cf. « Facing Death ») que l'on se prend en pleine poire, une note qui sort du bois et qui change tout. Car pour le reste Cathédrale fait dans le carré et l'efficace. La basse, roborative, bourdonne (« Game ») le jeu de batterie ne fait pas dans la dentelle ni dans la fioriture mais fonce à pleine bourre sur l'autoroute du son. Carré et efficace, on vous le dit, mais qui s'autorise cependant quelques détours expérimentaux vers le post rock (cf. « Facing Death » et son étonnante intro instrumentale, « The Knight is gone », « Yet so easy »), pas trop hein, mais le soupçon d'audace, discret, à bon escient et nécessaire pour placer le groupe en orbite vers le sommet de la cathédrale. Au final un bon petit shoot d'adrénaline rock rock’n’roll ce qui nous fait largement la journée et même plus si affinités. Ah oui, une dernière chose, la pochette est magnifique ! 

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vendredi 4 janvier 2019

Peace Me Off : « Damaged Coda »



L'EP commence par une sorte de bourdonnement, comme un drone planant. Le calme avant la tempête tant le déchaînement de guitares grunge, influence également perceptible dans le chant, surprend l'auditeur. Autre particularité les titres s'enchaînent, s'emboîtent l'un dans l'autre, formant deux blocs de deux chansons, donnant l'illusion de morceaux très longs. Dans l'intervalle, le groupe joue avec les codes, et les nerfs de l'auditeur également, passant du (presque) calme à la franche tempête réinventant avec audace le post rock et le grunge. Ainsi, même dans les moments les plus apaisés (« Like the others do ») règne une tension sous-jacente où l'on sent la bête prête à sortir les crocs (l'intro de « My Own Shadow », « Concealed Coldness »). Hélas, les influences restent un peu trop identifiables, un manque de personnalité, ou plus précisément une personnalité pas encore totalement définie, qui obère (pour l'instant) une adhésion pleine et entière au projet. On sent que le groupe se cherche encore un peu, tâtonne, peut être aveuglé par l'écoute répétée de ses albums préférés. Mais l'ensemble est suffisamment maîtrisé, ambitieux (les sept minutes de « Concealed Coldness » passent comme une lettre à La Poste) et prometteur pour que l'on ait envie d'y croire. 

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jeudi 3 janvier 2019

EggS



Conglomérat de musiciens issus de différents groupes (Joujou Jaguar, Bootchy Temple) EggS débarque avec un premier EP de quatre titres bien balancés où la guitare crade mais ciselée le dispute à un synthé cheap. Une sorte de charme minimaliste se dégage de l'ensemble, celui du bricolage avec les moyens du bords, et on finit par se demander dans quelle mesure la chose a été improvisée… Le mystère reste entier sur ce dernier point, ce qui n'empêche nullement de goûter ce bonbon au charme suranné faisant revivre la pop/noise indie diy des années 80 et 90.


mercredi 2 janvier 2019

Candi Staton : « Unstoppable »



Cinquante ans de carrière et trentième album, ainsi que l'indique le titre, la vétérante de la soul Candi Staton est inarrêtable ! Qu'importe les hauts et les bas, en 2019 Candi Staton est toujours là et chante mieux que jamais, l'empreinte du temps laissée sur ses cordes vocales donne un supplément d'âme au chant, de la soul music au sens propre du terme, on en frissonne à l'écoute (cf. « Love is you », « The price is not worth the pain », « Revolution of change »). Hélas pour cet anniversaire on aurait aimé un accompagnement musical un peu plus conforme à sa légende. L'album débute bien mal avec un « Confidence » certes touchant mais bien mal ampoulé, une tentative maladroite d'infuser un soupçon de modernité dans la production mais rappelle plutôt le funk électro des années 1980 pas vraiment la meilleure période de l'artiste. Passée la pilule amère du début le reste de l'album est plus conforme à nos attentes (« I fooled you didn't I ») toujours dans la même veine plus funky que soul (« It ain't over ») sans vraiment atteindre les sommets d'émotion espérés. Un album en demi-teinte donc, mais on retiendra une surprenante reprise chipée chez Patti Smith (« People have the power ») et l'émouvante reprise du classique « What's so funny about peace, love, understanding ». L'artiste a certes fait mieux auparavant mais l'essentiel n'est-il pas ailleurs dans cette exceptionnelle longévité qui confine à la résilience ? 

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lundi 31 décembre 2018

All Them Witches : « ATW »



Depuis que l'on avait été proprement estomaqué par leur formidable album inaugural, on garde un œil curieux et avisé sur la formation de Nashville qui, sans jamais démériter, n'a pas vraiment réussi a retrouver un tel niveau d'inspiration. Du moins jusqu'ici. Car, sobrement intitulé ATW, soit les initiales du groupe, la formation rebat les cartes, une nouvelle donne pour renverser la table, bref une réinvention de leur son tout en gardant intacte une partie de leur identité. La période stoner/doom du groupe semble ainsi révolue, mais le métal est toujours là, rampant dans le fond, prêt à sortir les crocs (cf. «1st vs. 2nd », « Fishbelly 86 Onions »). Ainsi le groupe mais la pédale douce sur la distorsion et le gros son sans pour autant renoncer au guitares. Une baisse générale du niveau des amplis au profit d'une démarche plus intime (le formidable « Half-Tongue ») et qui n'a jamais été aussi proche du blues dans l'esprit (« Workhorse »). Un idiome auquel vient se greffer une culture psychédélique le temps de morceaux au long cours (cf. les dix minutes magistrales d' « Harvest Feast ») qui voient l'auditeur passer par toutes les couleurs suivant le fil d'une démarche volontiers expérimentale (« Diamond », "HTJC"). Un grand disque !

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dimanche 30 décembre 2018

The Buttertones : « Midnight in a moonless dream »



C'est l'histoire d'un petit grain de sable, un invité surprise, un instrument que l'on a assez peu l'habitude d'entendre dans le contexte d'un groupe de rock n'roll, bref, c'est l'histoire d'un saxophone. Certes, des Stooges à Morphine, le rock n'est pas totalement étranger aux souffleurs. Mais en l'espèce, le saxophone propulse à lui seul le groupe dans une autre dimension conférant à l'affaire un charme suranné instantané. Car l'influence de la Californie des années 1950, comme issue d'un décor de film noir, plane sur cet album. Entre fulgurances, rock n'roll, twang surf, punk, un je ne sais quoi évoquant étonnamment la new/cold wave des années 1980 et un feeling barré issu du blues (voire du jazz dans une certaine mesure) l'univers du groupe est plein de surprises, particulièrement riche mais toujours d'une remarquable cohérence. A écouter à fond la caisse dans un roadster dévalant à toute blinde une avenue californienne bordée de palmiers géants longeant l'océan. Ça fait du bien. 

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vendredi 28 décembre 2018

Frenzy Frenzy



La nostalgie est devenue, au fil du temps, une valeur motrice de la scène rock actuelle. En ce qui les concerne, les membres de Frenzy Frenzy ont décidés d'abattre la carte vintage selon leurs propres critères personnels et avec originalité (sans bassiste par exemple). Ici point d'influences garages ou psychés mais plutôt une approche pop et dansante perceptible dans les arrangements de synthés discrets (cf. « Keep it up ») et dans le beat disco de Frédéric, le batteur. Le groupe évolue ainsi, sur le fil, jamais avare de gros son et de guitares rock et saturées (cf. « Diggin Up ») mais avec mesure, sans jamais tomber dans la violence ou la décharge de décibels excessive. Au contraire, le groupe met toute sa fougue au service d'un répertoire pop frais (en dépit des influences assumées et identifiables des années 70 et 80) et accrocheur (« Into it all », « Try and catch you »), qui va comme un gant de velours au chant aussi mélodique que charmant du chanteur Ludovic. Et le tout avec une patte vintage et quelque peu surannée de bon aloi. Charmante découverte. 

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mercredi 26 décembre 2018

Liquid Bear : « Unwind »



Rester traditionnel tout en faisant preuve de modernité telle est la gageure réussie par ce premier EP impressionnant de maturité. En surface, tous les ingrédients sont réunis, orgue, batterie, basse et guitare. Sommes-nous partis pour une énième resucée psychédélique recyclant les influences des années 60 et 70 ? D'évidence non tant l'intention de la bande des quatre est moderne. Passant lesdites influences par le shaker de l'époque, le groupe fait preuve d'une créativité débridée : la musique explose dans tous les coins, les guitares rageuses font la spirale, alors que la section rythmique part dans de brusques et indomptables accélérations, les aiguilles des potards à fond dans le rouge (« Jug O'Jack »). Arrivé à ce point, l'auditeur se dit que la pochette, à mi-chemin entre la vague et la tornade, représentant un déchaînement d'éléments naturels (le visuel peut également être regardé la tête en bas) est particulièrement évocateur en l'espèce, tant l'auditeur est tourneboulé par l'expérience d'écoute. A l'inverse de nombreux groupes, Liquid Bear assume sans fard l'influence progressive de sa musique, jouant sur la longueur (le climax étant atteint sur le dernier titre « Harry & Bart ») et c'est là où réside le piège. Multipliant les fausses trappes et autres détours surprenants, les compositions labyrinthiques trimballent l'auditeur par tous les états possibles et imaginables. La voix reste impassible alors que, derrière, les éléments se déchaînent, quelque part entre King Crimson (pour la saturation des guitares aventureuses et bruitistes) et Birth of Joy (pour la production  et la dynamique contemporaine). On en ressort mi-groggy mi-KO. Vous voilà prévenus, ces quatre là sont dangereux ! 

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mardi 25 décembre 2018

Miles Oliver : « Color Me »



Comme son nom ne l'indique pas, Miles Oliver est parisien et, avant de franchir le Rubicon en solo, sa carrière a connu maintes incarnations. Une somme que l'on retrouve dans ce nouvel album. Car si le disque débute avec les arpèges acoustiques délicat du morceau titre, rapidement, l'album envahit de nouveaux champs dominés par la saturation shoegaze (« Saturdaze », « Cheat Happens ») ou la pop atmosphérique (« Synth Marie »). Ainsi ce nouvel effort est plus la somme de différentes incarnations de la même ambiance, ou d'un état d'esprit identique, que l'affaire d'un genre clairement identifié. Le tout tient pourtant la route, l'énergie, la tension sous-jacente, voire la noirceur de l'ensemble restant la même que la guitare soit branchée ou non. Les conditions d'enregistrement, lo fi, électrique ou acoustique, et la voix y sont évidemment pour beaucoup. Ainsi le disque correspond plus à la captation d'un moment de calme, (« Spaceship », « I wander why ») ou de colère (« Nothing to hide ») quand les décibels montent dans le rouge ("Black Fence"), à l'instar d'un polaroid d'autrefois. Un disque qu'il convient d'apprécier sur le moment et qui exige une forme d'abandon de soi de la part de l'auditeur. Voilà une œuvre par laquelle il faut accepter de se laisser bercer, le seul moyen d’accéder à ses rivages où réside une beauté insoupçonnée, cachée dans les interstices laissés libres par ses déflagrations autant éclectiques qu'électriques (« Synth Marie », "Lay lady lay"). 

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lundi 24 décembre 2018

Elisapie : « The ballad of the runaway girl »



Trois minutes et vingt-cinq secondes. C'est la durée d' « Arnaq » le titre qui ouvre ce troisième album, mais le premier à être distribué de ce côté-ci de l'Atlantique, de la chanteuse inuit Elisapie Isaac. Trois minutes et vingt-cinq secondes d'un blues aride, d'un garage rock fiévreux et, déjà, la chanteuse est prise en flagrant délit d'excellence. Trois minutes divines, certes, mais trompeuses. Car, ailleurs, sur la majorité des titres à vrai dire, l'album développe des climats acoustiques rêveurs et délicats, inspirés par les paysages de neige à perte de vue de son grand nord canadien natal (« Wolves don't play by the rules »). En ce sens, l'album est intrinsèquement américain (le continent, pas le pays) c'est à dire ancré dans les idiomes, le blues, le folk (« Ikajunga », « Call of the moose », "The ballad of the runaway girl"), traditionnels du continent. Mais avec une perspective inuit, chanté (trop peu à notre goût) en langue vernaculaire (« Una »), passé au tamis de la dream pop (cf. « Don't make me blue »), oscillant entre luminosité et noir profond (« Rodeo ») à l'image de sa région natale, froide, aride et dure à vivre au quotidien. Enfin, placée en clôture, la magnifique et bouleversante « Darkness bring the light », incarne le tour de force du disque, son morceau le plus long (six minutes et treize secondes) et son climax émotionnel dont on ne ressort pas indemne. Un voyage sublime. 

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dimanche 23 décembre 2018

Natalia Doco : « El Buen Gualicho »



Des années de galères au Mexique ou dans son Argentine natale, il aura fallu en surmonter des obstacles pour Natalia Doco avant d'arriver à cet album alors que la belle chanteuse ne parlait pas un mot de français. Mais plusieurs anges gardiens se son penchés sur le destin de l'artiste, « El buen gualicho », l'incantation bienfaisante comme l'indique le titre. C'est tout d'abord le regretté Rémy Kolpa Kopoul, animateur sur Radio Nova et infatigable passeur de la world music dans l'hexagone qui a assuré la mise en contact avec Axel Krygier, le producteur de l'album. Quelques auteurs français, Belle du Berry (Paris Combo), le duo Yepa ou Flo Delavega sont ensuite venu donner un coup de main sur les textes en français. Le reste tient de l'alchimie miraculeuse. A mi-chemin entre deux continents, chanté dans la langue de Molière ou celle de Cervantès, l'album est fidèle à la musique de sa terre natale et de ses ancêtres, mais Natalia en donne une vision fraîche, où les clichés embarrassants ont été remplacés par des influences folk et pop. L'ensemble dépeint un univers à l'acoustique généreuse et ensoleillée, exotique (enfin vu d'ici) ou plane un air mystico-chamanique, hippie, un soupçon jazz, un soupçon baroque qui sied particulièrement bien à sa voix charmeuse. Il ne reste plus à l'auditeur qu'à se laisser bercer, écouter les yeux fermés pour voyager loin en restant immobile. 

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samedi 22 décembre 2018

Guillaume Perret, La Maroquinerie, 20 décembre 2018.


Un concert de jazz à la Maroquinerie ? Voilà une idée surprenante, dans cette salle habituellement dédiée au rock rock’n’roll, à la soul ou au blues, mais pas tant que cela finalement tant Guillaume Perret, saxophoniste de son état, n'a de cesse depuis des années de sortir le jazz de sa chapelle tout en lui restant fidèle d'une manière détournée et oblique. On l'a, par le passé, senti influencé par le metal au point d'aborder son instrument tel un guitariste armé d'une ribambelle de pédales d'effets. Ce nouveau projet, dans la foulée de la BO du documentaire « 16 levers de soleil », consacré à l'aventure du spationaute Thomas Pesquet, se veut plus sous influence électronique. Ainsi, la musique de Perret se drape d'atours tantôt funky (c'était d'une certaine manière attendu) tantôt planants et progressifs. Une dichotomie se fait ainsi jour dans le groupe de Guillaume, d'un côté la section rythmique qui part à toute berzingue (le batteur en particulier) de l'autre les nappes atmosphériques de claviers, qui, dans la lumière bleutée enveloppant la salle d'une atmosphère onirique évoquant l'espace, parfaitement raccord avec le film, font décoller le spectateur. A d'autres moments le doigté magistral du clavier évoque le jazz-funk des années 1980 sans pour autant tomber dans le cliché (une gageure). Lorsque la créativité a les moyens techniques de ses ambitions, lorsque cette dernière est utilisée avec intelligence comme ce fut le cas ce soir, alors, la musique en ressort grandie et le spectateur heureux de sa soirée. 






mercredi 19 décembre 2018

Vera Sola : « Shades »



La pochette, d'un splendide noir et blanc profond, dit finalement beaucoup. On y voit l'artiste poser dans ce qui fut une cuisine, délabrée. Une session urbex, témoignage nostalgique de la fuite du temps évoquée au travers de lieux abandonnés, un sentiment prégnant dans la musique de Vera. Multi-instrumentiste, Vera a enregistré ce premier album seule, une gageure, une performance devant laquelle on ne peut que s'incliner tant le spleen, la mélancolie, qui se dégage de l'ensemble est profonde. Entre ballades et torch song, suivant une trame minimaliste, voire jouée en sourdine (« Circles », « Small minds »), Vera sort l'album idéal pour le chien-loup. Ni triste, ni dépressif mais pas vraiment primesautier non plus. L'évidence mélodique de la chose est rare et accroche immédiatement l'oreille alors que sa voix s'élève au-dessus de la mêlée avec un petit quelque chose gospelisant de Karen Dalton dans le fond de la gorge. Un album simple et délicat, d'une beauté dépouillée, ou les guitares jouées en arpèges, le son chaud des orgues et les basses dont le battement évoquent un cœur, tiennent le haut du pavé tout en laissant un peu de place à l'expérimentation de récupération : des bris de verre, de chaînes, de classeurs à tiroirs, des marteaux, des planches, sont ainsi utilisés par l'artiste pour densifier la musique, tout en composant des rythmes inclassables plongeant l'auditeur dans une abîme d'étrangeté baroque contrastant avec une instrumentation somme toute assez classique. Un album qui évoque les grands espaces poussiéreux à l'heure du crépuscule. Magnifique. 

https://www.verasola.com/
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mardi 18 décembre 2018

Bodie : « Où va-t-on dormir ce soir ?»



C'est pendant les rencontres d'Astaffort que Emilie Marsh, Cécile Hercule et Joko, toutes trois auteurs, compositrices et interprètes se sont rencontrées. Un nouveau trio, Bodie, est alors né, mais surtout, au-delà, un univers monté de toutes pièces, qui démontre toute l'ambition de la nouvelle formation. Dans leur imaginaire, les trois musiciennes se sont évadées de la geôle californienne de Folsom. L'auditeur est ainsi directement plongé dans une ambiance de film noir (cf. l'électro funk assez irrésistible de « Genre Humain ») et une angoisse lancinante chez nos fugitives : « Où va-t-on dormir ce soir ? » qui donne son titre au disque. Chantant dans la langue de Molière, Bodie mélange habilement pop et chanson le temps de titres touchants (« Où est la lune ? », « Taxi ») voire sexy à l'occasion (« Lentement », notre préférée). Elegant et soigné, l'EP donne surtout envie de prendre la fuite en compagnie du trio. On part quand ? 

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lundi 17 décembre 2018

They Call Me Rico And The Escape : « Sweet Exile »



C'est une petite note sur la pochette à laquelle on prête à peine attention. Une petite note de rien du tout qui pourtant change la donne : The Escape. Soit le nom de la formation qui accompagne Rico que l'on a toujours connu, jusqu'ici, en one man band. Rico n'est donc plus tout seul et sa musique s'en retrouve transformée. L'horizon s'est élargi, et ne se limite plus au blues et au rock. Ce qu'il perd en intensité, car les décibels ont également baissé d'un cran, Rico le gagne en richesse mélodique, en finesse, en sensibilité, en audace en termes d'arrangements (« Love is a vampire »). L'album s'intitule « Sweet Exile » et on ne saurait trouver une meilleure définition. Rico part en exil, à la conquête des grands espaces, à l'image de ses compositions où les influences venues du folk et de la country s'agglutinent, donnant au disque des faux airs de western, comme une B.O tombée dans l'oubli. Déchargé de ses obligations rythmiques, Rico se concentre sur son instrument, et, surtout, le chant. On redécouvre ainsi sa voix qui n'a jamais été aussi soulful et confère à l'ensemble une nouvelle profondeur. Excellent. 

https://www.theycallmerico.com/
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dimanche 16 décembre 2018

Automatic City, Le Triton, 15 décembre 2018.


Hier soir, sur la magnifique et intime scène du Triton, le magazine Soul Bag fêtait la sortie de son nouveau numéro en compagnie des excellents Automatic City sur scène. Le quartet n'est décidément pas un groupe comme les autres, aussi expérimental que vintage, autant attiré par les sonorités électroniques rétro-futuristes que les guitares biens senties, et un sens du groove unique en son genre. La composition même du groupe trahit cette dichotomie. D'un côté une guitare acoustique et une contrebasse, d'un classicisme classe et absolu s'il en est, de l'autre un theremine (cf. les sonorités électro rétro-futuristes) et un kit de batterie agrémenté de percussions, de bouteilles vides, un triangle et des clochettes en tout genres : « Un merdier sans fin » dixit Zaza le batteur au groove diabolique. Alors que la reprise, totalement réinventée de « Havana Moon » (Chuck Berry) se charge bien de rappeler l'ancrage dans le rock n'roll des années 1950 de la chose, la guitare part dans des embardées saturées dignes d'un combo garage rock. Seul groupe à l'affiche de la soirée, le groupe prend son temps, étire ses morceaux (la formidable relecture de « Spoonful ») expérimente au passage, le batteur s'éclate dans ce contexte, quitte à mettre par terre la moitié de l'installation quand Manu, le guitariste, est emporté par l'excitation du moment. On a des fourmis dans les jambes, Eric, le chanteur, ne tient pas en place non plus, arpente la salle et encourage les applaudissements du public. Il y a quelque chose d'à la fois très classe dans ce groupe, les percussion afro-cubaines qui nous ramènent au années 1950, mais aussi de très sauvage, les mêmes percussions qui nous évoquent un sentiment vaudou proche de la transe, le howl du chanteur. On s'en est pris plein la tête et les oreilles pendant près de deux heures, le temps qu'a duré ce magnifique voyage dans le temps et dans le son… 

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samedi 15 décembre 2018

L'heure de la sortie, un film de Sébastien Marnier



Une salle de classe. Des élèves du prestigieux collège Saint Joseph, sagement alignés, planchent sur un devoir quand, soudain, leur professeur, ruisselant de sueur, ouvre la fenêtre et se défenestre. Quelques jours plus tard, Pierre Hoffman (Laurent Lafitte), professeur remplaçant, débarque dans l'enceinte feutrée de l'institution. Il se retrouve rapidement en butte avec une frange de sa classe, des élèves surdoués. Ces derniers, défiants, hostiles, questionnent l'autorité et la compétence du professeur (« Êtes-vous de gauche ? Êtes-vous sûr d'avoir les compétences nécessaires ? »), affichent un comportement froid, déshumanisé, erratique ; sont adeptes de méthodes survivalistes limites et borderline. Que trame les élèves, quel est leur funeste projet ? Le malaise s'installe… 


Déjà remarqué avec un excellent premier film, « Irréprochable », le réalisateur Sébastien Marnier s'impose avec ce deuxième long métrage comme le cinéaste du grain de sable, cherchant la poussière sous des dehors (trop) sages et normaux, traquant chez ses personnages le moment de bascule, celui où la folie s'installe et gomme tous les repères. Ainsi à l'instar de Constance, le personnage principal d' « Irréprochable » (interprété par Marina Foïs), Pierre sombre ainsi peu à peu dans la paranoïa. Une grande performance de Laurent Laffite, tout en retenue, dans la lignée de celles livrées par le sociétaire de la Comédie Française dans « Elle » (Paul Verhoeven) et dans « K.O. » (Fabrice Gobert). Cet aspect là est un peu moins assumé que dans le premier film, ce qui tend à rendre la chose encore plus flippante. Le réalisateur fait ainsi preuve d'un véritable talent pour instiller un climat d'angoisse latent dans une ambiance estivale, ciel d'un bleu céruléen et soleil au zénith, et instaurer un sentiment d'angoisse chez le spectateur. Le tout parfaitement souligné par la musique de Zombie Zombie (déjà compositeurs de la partition du premier long du réalisateur) qui, par de subtiles virgules de synthés analogiques vintage, accentue le sentiment, le rendant encore plus prégnant. Moins marqué par la techno, la transe rythmique et le free jazz, que les derniers efforts du trio, l'apport du groupe au film est aussi discret, mais toujours à bon escient, qu'indéniable. Zombie Zombie n'a ainsi jamais aussi proche du modèle John Carpenter. Enfin, dans une volonté d'inscrire ses personnages dans un contexte plus général, jugé déliquescent, le réalisateur souligne son propos par l'utilisation de nombreuses images d'archives, parfois filmées au téléphone portable, de désastres écologiques, du 11 septembre ou d'animaux dans un abattoir. Autant d'images chocs, qui n'ont que peu à voir avec l'intrigue, et qui ont plus tendance à polluer le propos qu'à le mettre en exergue. Une tentative maladroite de décrire un monde au bord de la dystopie qui se prolonge jusqu'au final un peu décevant, pas vraiment à la hauteur des promesses suscitées. Un excellent film néanmoins de la part d'un réalisateur talentueux mais que l'on sent bridé dans ses aspirations, n'assumant pas totalement l'aspect « genre » de son métrage. Un film qui par ses maladresses illustre bien la difficulté de faire vivre le cinéma de genre dans L’Hexagone. 

Sortie au cinéma le 9 janvier 2019.
Sortie de la BO le 11 janvier 2019.

mardi 11 décembre 2018

Guillaume Perret : « 16 levers de soleil »



Pour Guillaume Perret, la musique n'a pas de genre, et, si son instrument de prédilection, le saxophone, le confine dans un style bien particulier, le jazz, il est hors de question pour le musicien de se cantonner à ce seul registre. Ainsi, depuis longtemps, Guillaume expérimente avec son instrument, l'électrifie, l’agrémente de pédales, dans le seul but de sortir des sentiers battus ; mariant le jazz, qui reste tout de même sa base (cf. « Fioul »), à des styles plus extrêmes allant du rap au métal. Ce nouvel effort voit le saxophoniste franchir une nouvelle étape puisque ce nouveau disque est la bande originale du documentaire « 16 levers de soleil » consacré à l'épopée du spationaute Thomas Pesquet (lui-même saxophoniste). La musique de Perret prend ainsi une nouvelle ampleur, jamais aussi proche de l'expérience, du voyage sensoriel (cf. « Peace »). De nombreux sons issus de la navette spatiale, des communication radio mais aussi, plus étonnant, du chant des planètes, ces fréquences émises les astres. Une dimension expérimentale qui confère à l'album son originalité mais aussi sa variété d'ambiances et de climats, tantôt funky, planant ou éthéré, voire franchement sombre et angoissant (« Lost in Space », « Alea Jacta Est »). 

En concert le 20/12 à Paris (La Maroquinerie)
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lundi 10 décembre 2018

Gizmo Varillas : « Dreaming of Better Days »



Derrière le titre utopique et enthousiaste, « Dreaming of Better Days », se cache peut-être bien l'album dont tout le monde a besoin en ce moment, aussi optimiste et coloré de sa pochette. Espagnol de naissance, mais installé en Angleterre, Gizmo Varillas, pratique une pop aussi cosmopolite que son parcours. La base reste teintée de psychédélisme, un genre qui lui va bien au teint et à son grain de voix fluet, reste assez proche des fondamentaux pour ce qui est de la répétition hypnotique (cf. « Feeling Alright », « The truth will be heard », la formidable « fever, fever » la véritable petite bombe de ce deuxième effort). Mais au moment d'arranger et d'orchestrer la chose, Guillermo (Gizmo) embarque l'auditeur dans un tour du monde sonore faisant appel à des percussions cubaines, africaines et autres bâton de pluie et flûtes péruviennes. Un catalogue proprement hallucinant évitant habilement l'écueil du cliché world grâce à une écriture pop solide et, probablement, une grande culture musicale. Un album ouvert sur le monde où les langues (car Gizmo chante aussi un peu dans sa langue natale) et les influences sont à l'unisson d'un ensemble cohérent et parfaitement organisé. Dans ce contexte plus que trouble qui est le nôtre, un tel optimisme est une merveilleuse nouvelle ! 

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dimanche 9 décembre 2018

Ed Motta : « Criterion of the senses »



Le Brésilien Ed Motta est un personnage passionnant. Musicien (évidemment) et producteur, ce dernier est également un digger fou (« J'ai plus de 30 000 Lps dans ma collection » clame-t-il) et, plus étonnant, critique gastronomique et œnologique. En résumé, un hédoniste, amoureux fou de la vie et de ses plaisirs, un feeling prégnant dans sa musique. Son dernier album en date s'intitule « Criterion of the senses » et c'est une perle. Une petite merveille, comme rescapée des 1970s, mélangeant subtilement jazz fusion, rock soft et soul langoureuse. Le cocktail ne vous rappelle rien ? Steely Dan, bien sûr, dont ce nouvel effort pourrait bien être la pièce manquante dans la discographie de l'illustre duo. Produit avec un soin maniaque, joué avec une précision millimétrée par une impressionnante brochette de compatriotes virtuoses, l'album dégage un groove sensuel ravageur, intemporel et donne l'envie folle de siroter des martinis sur une terrasse avec vue dégagée : couché de soleil sur la plage. Cela fait un bien fou ! 

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mercredi 5 décembre 2018

Fidji : « Let the good times roll »



Comme souvent, les influences du passé sont assez facilement identifiables et se situent, dans le cas présent à partir des années 1980. Pour autant il n'est ici nullement question ici de nostalgie, ni de recréation à l'identique mais de la recherche d'une harmonie entre une dynamique moderne et une évocation du passé. Spécialiste du grand écart Fidji, fait ainsi le lien. Un aspect que l'on retrouve dans les compositions du groupe subtil alliage entre puissance rock des guitares, compositions et chant pop, beat disco et riff dansant, dans la lignée du funk 80s, on pense au Bloc Party des débuts. Il se dégage un sentiment d'espace et de grand large de ces cinq titres. Ainsi, comme l'indique le titre, le premier EP de ces nouveaux impétrants nous invite à passer du bon temps. En l'espèce, c'est assez réussi.

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mardi 4 décembre 2018

Delgres + Des Lions Pour Des Lions, Le Café de la Danse, 03/12/2018.


Le plateau, cohérent dans ses couleurs incantatoires teintées de vaudou, réunis en ce lundi soir sur la scène du Café de la Danse est magnifique. 

On commence avec Des Lions Pour Des Lions, formation venue d'Angers au mitan du marching band, de la fanfare louisianaise et du groupe de rock. Bâtie autour d'un squelette rythmique, fait d'une unique et énorme grosse caisse, de clochettes portées aux chevilles par le percussionniste aux pieds nus et de deux cymbales la musique du quatuor alterne entre blues et rock (la guitare typée 50s) et un aspect répétitif, hypnotique et funky en diable (les deux vents, trombones et/ou saxophone). Pour qui connaît l'album, la prestation du soir, 20 minutes, est forcément frustrante car, n'en doutons pas, ce groupe peut emmener l'auditeur très très loin dans la transe. Le set se termine là où on pressent que les choses commencent vraiment, un goût de trop peu forcément frustrant. 

Pour Delgres, le passage au statut de tête d'affiche a changé la donne. Et si les choses sérieuses ne faisaient que commencer pour le trio ? Le changement est perceptible dans la disposition même de la scène, son décor, le portrait du Colonel Louis Delgrès affiché dans le fond de la scène, le groupe joue entouré d'ampoules à filament fixées à des bouts, une ambiance marine rappelant les navires négriers. Le trio profite à plein du temps qui lui est offert, expérimentant davantage avec son matériau, chaque musicien à le droit à son solo, l'investissement physique des musiciens, ruisselant de sueur, est maximal. A la batterie, puissante de Baptiste, s'ajoute une boîte à rythme discrète mais utilisée à bon escient, solidifiant la structure rythmique, et par conséquent le groove, du groupe, un aspect fondamentale de leur musique entre blues et Caraïbes. En lieu et place de la basse on retrouve Rafgee et son soubassophone, un cuivre énorme teintant la musique d'un peu de jazz mais surtout faisant le lien avec le funk de la Nouvelle-Orléans et des marching bands. Le jeu de guitare de Pascal se résume en deux aspects : un jeu aux doigts, sans médiator, précis, délicat et d'une grande finesse. Et, deuxième angle, un bottelneck pour le blues. Enfin, la semi-reprise, à leur sauce, du « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin, se charge bien de recadrer les racines rock de la chose. Mais la musique de Delgres est d'une telle ferveur communicative, il suffit de voir le public se trémousser, chanter en cœur et frapper des mains, qu'elle ne peut se résumer à ces quelques aspects techniques. Festif mais lourd de sens (« Mo Jodi », « Mr President » aux paroles réactualisées par rapport aux événements récents) le blues de Delgres, aux vertus de résistances et de combat, fait travailler le corps et les esprits. Les émotions sont telles, qu'elles transcendent la barrière de la langue (ah oui on a oublié de le préciser mais la chose est chantée en créole), « Sere mwen pli fo » (Serre-moi plus fort) et « Pardone mwen » (pardonne-moi) dégagent une émotion palpable qui prend au cœur évoquant avec des mots simples et une grande délicatesse les épreuves de la vie, le deuil, la difficulté de se dire au-revoir, adieu, ou de demander pardon. Le concert s'achève par un rappel acoustique (Baptiste au ukulélé, une nouveauté) et une seconde version, squelettique et près de l'os (preuve de leur registre étendu) de « Mr President ». Un concert de Delgres est toujours émotionnellement très fort. Emouvant. 

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dimanche 2 décembre 2018

Johnny Mafia + Black Boys On Moped + Blue Orchid, La Maroquinerie, 30/11/2018


Riche programme à la Maroquinerie en ce vendredi soir. On commence par le, tout jeune, duo Blue Orchid en première partie, dans un registre rock'n'roll garage accrocheur pas foncièrement original, certes, mais plein d'enthousiasme. Le public accroche et la méconnaissance du répertoire n'empêche nullement de le manifester bruyamment. Visiblement c'est chaud ce soir et ça commence fort. 

On franchit encore un cran supplémentaire avec le duo rennais des Black Boys On Moped, dans un genre encore plus brutal où le son est traité comme une masse oppressante entre vocaux déchirés, marqués par le punk, guitare agressive et un martellement inconsidéré de la batterie. Ce dernier point est encore aggravé lorsqu'un second batteur se joint aux agapes, les deux musiciens sur le même instrument offrant une spectaculaire chanson de gestes dans un vacarme assourdissant. Le set s'achève dans la confusion la plus totale, le kit démonté le batteur tentant de crever la peau du tome basse à grands coups de baguettes, en vain. Rock'n'roll quoi. 

Deux mots, plus vite, plus fort. Encore plus vite et encore plus fort. Dans un premier temps, on est électrisé, physiquement, par la basse, et on réalise alors que les deux groupes précédents avaient décidés de se passer des quatre cordes. Puis les quatre jeunots goofy faces de Johnny Mafia attaquent, brutalement, leur set dans une Maroquinerie pleine comme un œuf. On constate alors que la bande a définitivement passé un cap, le groupe est à la fois compact et soudé comme jamais, les progrès sont spectaculaires. Alors que l'on pensait jusqu'ici que Johnny Mafia était un groupe garage, vaguement psychédélique, le concert nous fait revoir notre jugement. Le rendu scénique est brutal, agressif. Et s'il reste quelque chose de psyché/surf dans l'écho de la guitare rythmique, tout cela est compensé par une batterie et une deuxième guitare entre punk et grunge. Bref cela secoue sévère et on est content d'être sur la terre ferme et non pas sur une de ces salles posées sur la Seine ! Il n'en faut guère plus pour faire sombrer le public dans le chaos total, pogos dans les premiers rangs, crowd surfing incessant et verres de bières, pas toujours vides, qui volent dans tous les sens ! Ce fût une chaude soirée ! 
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samedi 1 décembre 2018

Sarah McCoy, l'Européen, 26 novembre 2018

(c) Cathimini

Après plusieurs années de flottement, et en dépit de prestations lives remarquées, notamment aux Nuits de l'Alligator, la carrière de Sarah McCoy, désormais installée en France, s'apprête à prendre un nouvel élan avec la sortie de son premier album l'année prochaine. En attendant cet excitant événement, Sarah a présenté ce nouveau répertoire, seule au piano, sur la scène de l'Européen lundi dernier. Alors que le noir se fait dans la salle, l'artiste se présente entourée de faibles lumières émanant d'ampoules à filament, comme autant d'étoiles brillantes dans la nuit. Une présence fantomatique que l'on remarque à son maquillage vif-argent, fait de paillettes scintillantes dans la pénombre. Et pourtant quasiment invisible dans le noir, la présence de la chanteuse est forte, son rire est sonore, son français presque parfait. Et la lumière se fait. En dépit de moyens réduits la salle déploie des trésors d'ingéniosité lumineuse pour mettre l'artiste en lumière ou en clair obscur. Une ambiance lumineuse à l'unisson de sa musique alternant le calme, les notes en sourdine, le silence et la tempête, le clavier frappé avec force dans un torrent de notes. La joie et la peine quand l'émotion afflue à fleur de peau en dépit de ses nombreux éclats de rires désabusés. Le jazz baroque, le blues et les torch songs restent le cœur de ses chansons qu'elle interprète d'un timbre puissant où le vécu ruisselle à flots. Grâce à son charisme, sa personnalité Sarah, absolument seule, nous a tenu en haleine pendant près d'une heure et demie. Il est magnifique de pouvoir faire autant voyager l'auditeur avec seulement 88 touches d'ivoire… 

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http://sarahmccoymusic.com/