mardi 7 février 2023

Alyssa Bourjlate : « I’ve lost myself on the way... »

 


Attention les oreilles, voici un album comme on en a peu l’occasion d’écouter, venant d’un artiste français : un disque de country ! Un vrai de vrai : banjo, mandoline et pedal steel guitar à l’appui ! La stupéfaction première passée, il est temps d’apprécier l’album pour ce qu’il est, c’est à dire rien de moins qu’excellent. La découverte de l’univers d’Alyssa s’apparente au sentiment qui nous avait saisi lorsque Neil Young était entré dans nos vies à l’adolescence. Un sentiment où voyage et dépaysement cohabitent, où l’auditeur est transporté par le glissé du bottelneck sur les cordes des guitares ou par le picking du banjo. C’est peu dire que les images affluent à l’écoute de l’album. Citons pêle-mêle, le désert et la poussière soulevée au bord de la route, le ciel d’un bleu céruléen, les cactus et le soleil à son zénith. Alyssa possède ce don rare de retourner le cœur de quiconque l’écoute par le biais de sa voix, légèrement voilée par une petite brisure dans le fond de la gorge, par laquelle s’écoule les émotions vives qui animent ses cordes vocales. Autour d’elle, un casting cinq étoiles de musiciens, (le batteur Toma Milteau, ancien musicien de Greg Zlap, Gilles Michel, vu sur scène aux côtés de J.J. Milteau, l’harmoniciste Chris Lancry, les guitaristes Manu Vergeade et Jean-Yves Lozac’h), tous français et tous parfaitement crédibles dans cet idiome typiquement étasunien où folk, blues et country s’amalgament harmonieusement. A noter enfin, une reprise étonnante de R.E.M, « Losing my religion », ranimant d’autres souvenirs d’un autre genre. On ignore si Alyssa s’est perdue en cours de route, mais il est cependant certain que cet album a trouvé son chemin dans nos cœurs. A découvrir.

En concert le 15 février (Utopia)

https://alyssabourjlate-music.com/

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dimanche 5 février 2023

Justine Blue : « True »

 


Et le maître-mot résidait dans le titre de cet album ? Véritable et fidèle, Justine Blue a décidé de l’être jusqu’au bout de son premier album. Fidèle à ses influences, couvrant un large spectre allant du jazz à la soul, en passant par le folk et le blues, et vraie dans sa plume et ses textes évoquant des thèmes personnels mais ô combien fédérateur, comme la confiance (ou la perte de) en soi. Le tout en mis en sons sur un groove léger mais persistant, nappé d’une élégance aux allures de classique immédiat. C’est effectivement un bon moment que l’on passe en compagnie de ce disque. Justine et son groupe ont parfaitement remis en perspective le pouvoir d’évocation de la musique, les images défilent à son écoute. A l’écouter tout à l’air finalement assez simple, le swing souple des doigts courant sur le clavier, le son confortablement ourlé des cuivres, un peu de chaleur acoustique, et le son chaud et rond de la contrebasse. Et puis il y a la voix de Justine, l’inverse une « screameuse » aux puissants coups de gorge, quelque chose de plus léger, au charme raffiné dans la droite lignée d’une Rickie Lee Jones. Un premier album d’une qualité superlative, vous auriez tort de vous en priver.

Www.justineblue.com

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samedi 4 février 2023

Cecilya and The Candy Kings : « Back in 1955 »

 


Après un premier album plein de charme, la chanteuse espagnole est de retour entourée d’une toute nouvelle formation, The Candy Kings, dans laquelle on retrouve le fidèle guitariste Rodolphe Dumont et le légendaire saxophoniste Gordon Beagle. A l’image de l’immense sourire barrant le visage de la chanteuse sur la pochette, nous pouvons affirmer sans prendre trop de risques, que ce nouvel effort donne la banane. Baigné dans une tradition séculaire, dont les racines s’étendent des années 40 à 60, le groupe s’infiltre dans un fin interstice entre rock’n’roll et rhythm’n’blues. La finesse de la section rythmique, contrebasse à l’appui et rimshot ravageur de la batterie, baigne l’ensemble d’un swing jazz raffiné. Tout est à l’avenant et d’une grande élégance : du piano boogie woogie dévastateur (« From Barcelona ») à la guitare aux effluves blues (« Evening »). Et sans oublier de mentionner les interventions pleines de feeling de Sax Gordon au CV prestigieux (Duke Robillard, Solomon Burke, James Cotton, Junior Wells, Ben E.King etc.) Le décorum rétro parfaitement mis en place, la chanteuse peut ainsi briller de mille feux. Tour à tour, charmeuse, féline ou rugueuse, bien en gorge, c’est un véritable festival vocal auquel nous sommes conviés. Un album au charme rétro intemporel, que l’on n’a pas fini d’écouter.

En concert le 25 février (Sunset Sunside)

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vendredi 3 février 2023

Betty Jane : « La voisine en culotte »

 


Le titre laissait augurer du pire… Et c’est au final une bonne surprise que ce premier EP de Betty Jane. A l'image de l'immense sourire barrant le visage de la musicienne, le disque se révèle frais, décomplexé (« Ouais l’amour ? ») et fun (« La Voisine en culotte ») et nous ramène dans les années 1980 à une époque où le rock français était festif et synonyme de bonne humeur. Un angle que l’on retrouve également dans le traitement des guitares, où la saturation est maîtrisée pour limiter l’agressivité de l’instrument tout en ménageant une bonne dose d’énergie électrique dans les compositions. Même lorsque le ton se veut plus grave (« Flirt avec la drogue » ; « Je vous laisse »), l’ambiance reste dénuée de pathos, évitant une lourdeur excessive. Le seul regret réside finalement dans la dernière piste, « My Neighbour in Panties », version anglaise de la plage titulaire, une reprise inutile tant l’artiste se révèle bien moins à l’aise dans la langue de Shakespeare. Pour le reste, ce n’est qu’énergie et bonne humeur.

Www.facebook.com/BettyJane.dactylo.rock

www.bettyjane.bandcamp.com




jeudi 2 février 2023

Alexis Evans : « Yours Truly »

 


Toujours fidèle à la soul et au rhythm’n’blues qui l’a bercé toute sa vie, le franco-britannique Alexis Evans, un pilier de la scène bordelaise, est de retour avec un troisième album. Fidèle donc à un son roots et vintage, au groove assuré à grands renforts de cuivres, une franche réussite dans ce créneau déjà saturé par ailleurs ("Meet me Halfway"). Mais loin de vivre dans la nostalgie d’un passé fantasmé, Alexis garde les oreilles grandes ouvertes sur les sons d’aujourd’hui et tente des expériences, « Mister Right on Time », « Do Something » et « What is this feeling » au groove dévastateur porté par une basse synthé. Une note d’originalité personnelle qui souligne, en creux, la qualité d’écriture de l’album, finalement plus intemporel que simplement nostalgique, tant l’ensemble s’amalgame harmonieusement. Une réussite.

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Gaspard Royant : « The Real Thing »

 


Derrière les couleurs chatoyantes de sa pochette, se cache un véritable changement de direction pour Gaspard Royant. Autrefois « 10 hit wonder » (le titre de son premier album) dans son costume cintré, gomina, cravate et lunettes noires, à la Blues Brothers, Gaspard Royant s’est réinventé en crooner pop, plus aussi focalisé qu’avant sur les années 50 et 60, au son nettement plus contemporain. Adieu rock’n’roll et rhythm’n’blues, autant le dire honnêtement avec ses synthés, à la limite du pompier, mis en avant, le résultat déroute parfois (cf. « The Real Thing »). Ces réserves mises à part ne signifient en rien que la totalité de cet album est à jeter aux orties. Restent le chant, toujours aussi charmeur, le savoir-faire de l’artiste et cette pulsation groove qui agite toujours sa musique comme le prouvent « Man », « More », « We wanted the world » et « Cursed », qui comptent parmi les grandes réussites de cet effort surprenant. Gageons, qu’il s’agît là d’une étape transitoire pour l’artiste à la recherche d’une voie personnelle. Quitte à se perdre un peu en route…

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mercredi 1 février 2023

Julia Jean-Baptiste : « Cinérama »

 


Comme l’indique son titre, le premier album solo de la chanteuse Julia Jean-Baptiste (Pendentif, Nouvelle Vague) entraîne l’auditeur dans un univers varié aux couleurs multiples et cinématographique. Qu’elle décide d’agiter le dance floor (« Music-hall » ; « Je continue à danser ») ou que sa voix caresse l’oreille de l’auditeur le temps d’une ballade intime et acoustique (« Pleine lune ») aux résonances latines (« Sierra Do Mar »), Julia met toujours l’émotion en avant grâce à ses textes sensibles aux thématiques universelles vues à travers un prisme personnel (l’amitié, l’empathie, la nostalgie, l’amour, la famille). Son grain de voix, doux et velouté, est envoûtant quelque soit le contexte, chanté ou parlé. Ces passages parlés (« La Ville »), sont un peu la signature de cet album se concevant comme un film sans image (« Ce matin » en duo avec Jean Sylvain Le Gouic) et qui téléporte l’imaginaire de l’auditeur au cinéma sans se déplacer. Avec ce disque doux et propice à la rêverie, qui tient le cœur bien au chaud, Julia Jean-Baptiste apporte sa pierre (colorée) au renouveau pop hexagonal. Ecoutez-le, il fait du bien !

En concert le 16 mars (La Boule Noire)

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mardi 31 janvier 2023

Ha The Unclear : « Handprint Negatives »

 


Fraîchement débarqué de Nouvelle-Zélande, le quatuor au look hippie assez improbable, se singularise particulièrement par son évidence mélodique. Une sorte de signature sonore, faite de guitares à la ligne claire, un agrégat de pop et de folk (la tendre « Cave Paintings ») et de chant à l’accent assez marqué, finalement assez rêche et sans fioriture excessive. Sec et autour de l’os, un peu dans l’esprit des La’s, le quatuor réussit à dépasser le simple postulat nostalgique, les sixties constituent certes leur fond culturel (les charmantes « Growing Mould », « Mannequins », « Paperboarts »), cette influence est transcendée en un rendu contemporain et intemporel. Plutôt chouette et bien troussé.

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lundi 30 janvier 2023

Jesse Malin : « Glitter in the Gutter »

 


Cette copieuse (14 titres) réédition, remastérisée, du troisième album de l’attachant Jesse Malin (sorti en 2007 alors que ce blog en était à ses premiers balbutiements) permet de revenir sur un passage méconnu de la carrière du chanteur : son, bref, exil californien (« California seems so cold » chante-t-il in « Lucinda »). Car, palmiers ou non, c’est le subway new-yorkais qui coule dans les veines du chanteur et lui donne son énergie. Qu’importe que la guitare soit acoustique, Malin s’en empare, frotte les cordes avec la même énergie, et chante dans le micro, comme si sa voix devait passer par-dessus un mur d’amplis (« Don’t let them take you down » ; « Lucinda » ; « Love Streams »). C’est donc à une attaque tout à fait personnelle de l’idiome folk à laquelle s’adonne le chanteur ici. Troubadour punk, on ne saurait trouver une plus juste définition pour la musique de Jesse Malin, qui ne se prive pas non plus de rendre hommage au genre qui a bercé sa jeunesse (la rageuse « Prisoners of Paradise »). Enregistré avec une poignée de potes, Ryan Adams, Jakob Dylan, Josh Homme (Queens of the Stone Age) ou Chris Shiflett (Foo Fighters) et agrémenté d’une touchante ballade en duo avec Bruce Springsteen (« Broken Radio »), voici une pépite méconnue à (re)découvrir.

En concert le 18 février (La Boule Noire)

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Les Nuits de l'Alligator #17

 


Nous sommes particulièrement heureux du retour de l'un de nos festivals préférés à la programmation pointue du rock garage à la soul en passant par le blues et la country. A ne pas manquer cette année, la renaissance inattendue de The Staples Jr Singers, l'hommage à Dr John par Matthis Pascaud et Hugh Coltman, la diva turque Gaye Su Akyol, ainsi que nos talents locaux, Cory Seznec, Des Lions pour des Lions et Vicious Steel... Que de belles soirées en perspective !

https://www.nuitsdelalligator.com/

Billetterie


Sarah McCoy : « High Priestess »

 


On l’avait découverte, en 2015, fraîchement débarquée de la Nouvelle-Orléans, sur la scène de la Maroquinerie, où, le temps d’un set, très roots, piano, au boogie redoutable, elle avait mis le feu au festival des Nuits de l’Alligator. Une époque lointaine et qui semble révolue tant la chanteuse a évolué, musicalement, depuis son installation en France. Alors que les comparaisons avec Janis Joplin abondaient à l’époque, Sarah McCoy, passée entre-temps sous les fourches caudines du producteur Renaud Letang, s’est muée en artiste électro. Une évolution pas aussi contre nature qu’une écoute superficielle pourrait le laisser le penser. Car une oreille attentive révèle la nature intrinsèquement blues de ce nouvel effort (ce que le premier album de Sarah « Blood Siren » n’avait réussi que de manière imparfaite). Les synthés évoluent sur un mode ternaire, le vécu découle de ses toujours aussi impressionnantes capacités vocales, débordantes de feeling. Le tout incarne une sorte de blues électro 2.0, tenant du psychédélisme 21ème siècle (« Oracle »). On aurait pu attendre de Sarah McCoy qu’elle singe ad vitam æternam les divas du passé. Cette dernière a préféré choisir une voie plus personnelle, pas exempte non plus d’un clin d’œil au passé (cf. le piano de « Take it all » ; « La Fenêtre »). Petit à petit, Sarah McCoy trouve sa place. Et son cheminement se révèle particulièrement émouvant.

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mardi 24 janvier 2023

BlauBird, Fontenay-aux-Roses, 22 janvier 2023.

 




Et si, faisant honneur à son patronyme, BlauBird était finalement un oiseau bleu, dont la voix en apesanteur et dégagées des contingences terrestres, survole les plaines désolées de l’Europe centrale et de l’Est, balayées d’un vent glacial (le chant en allemand et en yiddish), pour atteindre les rives ensoleillées de la Méditerranée (l’espagnol et l’arabe). C’est en tout cas à une magnifique odyssée à laquelle la chanteuse nous a convié en ce dimanche après-midi gris et froid. Silhouette gracile derrière son piano, accompagné de son fidèle compagnon Michel Schick (clarinette, ukulélé et autres instruments à vent), touchée par la grâce, BlauBird nous a bouleversé. La tête en arrière, acrobate en équilibre sur le fil de l’émotion, toujours sur la brèche et sur le point de chavirer sous le poids de l’émotion, alors que ses mains effleurent délicatement les touches du piano, BlauBird, sa voix et son chant passionné, dégage quelque chose d’extrêmement fort. Sa fragilité, l’émotion palpable à fleur de peau et toute l’humanité qui se dégage de ses chansons, dont l’expression polyglotte représente la plus belle incarnation d’un élan fraternel de paix et d’amour, nous a serré le cœur, noué la gorge et humidifié les yeux. Il faut avoir un cœur de pierre, voir être totalement dépourvu de l’organe palpitant, pour ne pas succomber de tout notre être. C’était sublime.

https://blaubird.com/

samedi 21 janvier 2023

François Premiers : "Space Time"

 


Quiquonque à eu la chance un jour de vivre, en direct, la frénésie rock et psychédélique qui habite leurs concerts ne peut que regretter que le groupe mené par les deux François (ex-Roadrunners et Fixed Up) soit aussi rare sur scène par chez nous. Enfin, voilà une petite vidéo live au Tetris dans leur ville natale du Havre pour se consoler en attendant...


vendredi 20 janvier 2023

Cancre : « Tout s’efface »

 


La ligne de basse bourdonnante qui ouvre l’album laisse poindre une menace sourde, qui durera tout le disque pour ne s’effacer finalement que sur la dernière piste. Dans l’intervalle, c’est à un voyage temporel que le trio mené par les frères Robin et Mathias Millasseau nous invite. Car tout à la base du projet, se trouve un carnet de poèmes, rédigé par Marcel Millasseau (arrière-grand-oncle des principaux intéressés) depuis les tranchées de la Première Guerre mondiale et qui fournit la matière première de 7 titres de l’album (notons également la participation de David Sander aux autres compositions du groupe). Le rapport au temps est donc au centre de toutes choses. Les textes rédigés il y a 110 ans, mais aux résonances, hélas, si actuelles, sont accompagnés de compositions rock contemporaines, sans nostalgie aucune. Textes et musiques se fondent dans un ensemble cohérent en dépit de l’écart crée par le passage des aiguilles du temps. Poignant et émouvant, plus souvent qu’à son tour (en pense en particulier à « Survivants » dont la cruauté des paroles ressort de façon plus prégnante en version acoustique), porté par l’évidence mélodique des guitares à la ligne claire, Cancre s’ouvre ainsi une voix unique dans le microcosme du rock français.

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mardi 17 janvier 2023

Miraculous Mule : « Old bones, new fire »

 


Par son simple patronyme, ultra référencé, Miraculous Mule, s’impose comme une incongruité sur la scène britannique, portant son amour immodéré du blues et du gospel tel un étendard. Une sorte du british boom nouvelle génération à eux seuls. Silencieux depuis 2017, le groupe effectue un retour surprise avec ce nouvel effort, construit de manière assez curieuse, et regroupant des titres enregistrés sur une décennie entre 2011 (ce qui est la cas par exemple du single « O Death »), soit avant même la sortie officielle de leur premier album, et 2021. Comme si la pandémie avait remis tous les compteurs à zéro et que ce disque, plus qu’un nouvel album, se présentait comme un nouveau départ pour le groupe. Uniquement composé de reprises de traditionnels de l’idiome bleu, auxquels le groupe impose un traitement minimaliste et en sourdine, pour un rendu particulièrement homogène et cohérent en dépit du temps espaçant les séances. Et au fil des titres, une sorte de fascination se met en place chez l’auditeur, emporté dans une spirale hypnotique à force percussions, clochettes et guitares acoustiques, dans la lignée d’un BJM. Une réussite de plus à mettre au crédit de Miraculous Mule.

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vendredi 13 janvier 2023

The Courettes : « Back in mono »

 


Alors évidemment, avec un album intitulé « Back in mono », difficile en l’espèce de ne pas voir l’ombre de Phil Spector planer sur le disque. De fait, embrassant le concept dans les grandes largeurs, le duo composé de Flavia et Martin Couri ne lésine pas sur les moyens afin de renouer avec le « Wall of Sound » cher au producteur. C’est donc avec force clochettes, percussions et autres orgues que le duo enlumine ses compositions, sans grand orchestre et avec un seul intervenant extérieur (le pianiste Soren Christensen). Saluons la performance ! Ensuite, une formule aussi ambitieuse ne peut fonctionner que si le répertoire est à l’avenant, ce qui est le cas ici. C’est donc à de grandes agapes, entre pop et soul, auxquelles l’auditeur est convié. Mais aussi de rock’n’roll (une petite différence avec Phil Spector, du moins lorsque ce dernier ne travaillait pas avec les Ramones) par le biais d’une guitare garage, souvent fuzz, de bon aloi (« Until you’re mine » ; « Trash Can Honey » ; « Hop the twig ») dynamitant l’ensemble et apportant la note finale à cet album aussi rétro que charmant.

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lundi 9 janvier 2023

SUN : « Brutal Pop II »

 


Entre pop et brutal, il est difficile de savoir de quel côté penche le cœur de la musicienne. Ce que l’on retiendra avant tout c’est le soin apporté à chaque détail, de l’écriture à la production, qui fait que le grand écart global réalisé par le disque tient aussi bien la route. Car s’il est avant tout question de chansons, pop il va sans dire, c’est l’ombre du métal qui plane un peu partout, double pédale de la batterie, et scream inclus, faisant foi des bluffantes qualités vocales de la chanteuse. Sans contestation possible, ce nouvel EP fait partie de cette catégorie de disques qui vous prennent à la gorge, par surprise et sans coup férir. La bascule se fait d’une seconde à l’autre, la tension monte crescendo et c’est l’attaque métal des guitares en règle. Difficile donc de mettre une étiquette sur sa musique et c’est plutôt heureux, Sun déteste ça, les étiquettes…

Sortie le 13 janvier.

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samedi 7 janvier 2023

BlauBird : « Le ciel est partout »

 


Dans la vie de Laure Slabiak (a.k.a BlauBird), il y a eu, avant la chanson, une première existence, celle d’une chanteuse lyrique élevée aux répertoires de Malher et de Schubert. Elle a en gardé un goût certain pour ces ambiances vaporeuses, hiératiques, où sa voix, si particulière à la tonalité grave et tellement fragile pourtant, s’envole au-dessus des contingences. Ce nouvel album s’écoute comme on nous conte une histoire : un prologue, l’intermède, puis l’épilogue. Entre chaque étape, un voyage. Au sens physique puisque le disque a été enregistré entre Paris et Montréal avec autant de musiciens français, certains venant du classique, que québécois (dont François Lalonde et Yves Desrosiers, accompagnateurs de la regrettée Lhasa, avec qui les comparaisons abondent). Puis, un autre voyage, intérieur, celui-ci. Un périple multilingue, du yiddish à l’arabe, de l’anglais à l’allemand, du français à l’espagnol. Autant de ponts, reliant les cultures et au final, un album d’une remarquable constance. Envoûtant et mélancolique, émouvant au possible tant BlauBird touche au cœur par la grâce de ses cordes vocales. C’est finalement un tourbillon vénéneux qui emporte l’auditeur. Si le ciel est partout, c’est surtout la beauté qui irradie de ce disque.

Www.blaubird.com

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https://blaubird.bandcamp.com/album/album-le-ciel-est-partout-2022




vendredi 6 janvier 2023

Claire Veritti : « Seule »

 


Qu’elle à l’air esseulée et pensive, Claire Veritti, sur la pochette de son EP, aussi belle qu’un tableau de Rembrandt. Il serait facile dès lors de s’apitoyer, attendu que le disque s’intitule, gravement, « Seule ». Les mots y sont lourds de sens et parfois durs. Mais les mots y sont aussi à double sens et tout n’est pas aussi sombre qu’il n’y paraît : « C’est si facile de se morfondre ». La voix de Claire Veritti enlumine l’ensemble et réussit à y faire passer la lumière. Un parfum des années 1980, vénéneux, habite la musique de l’artiste, habillée de synthés analogiques aux accents hypnotiques, dont le sens de l’ampleur impressionne.

Sortie le 27 janvier 2023

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mercredi 4 janvier 2023

A Forest Man and The Elements : "Lost Control"

 


C'est une formation survoltée, toute en guitares abrasives et entêtantes, qui nous entraîne dans sa spirale hypnotique et électrique. A Forest Man & The Elements est de retour avec ce nouveau titre évoquant un sujet difficile et sensible.

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mardi 3 janvier 2023

Sum'one : "Crazy"

 


Après plus de vingt ans de carrière, JustMike, que l'on avait déjà à l'époque croisé au sein des excellents Otis Stacks, se lance dans son premier projet solo. Assez entêtant, le titre met en valeur les deux passions de l'artiste qui constituent son ambiance musicale : le beatmaking hip-hop et les synthés analogiques, l'électro vintage. Le tout sans jamais réellement perdre de vue la soul à laquelle Sum'One apporte une touche contemporaine et électronique. Le clip en animation est magnifique, évoquant tout autant Metropolis que le retour à la nature.

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samedi 31 décembre 2022

Jean-Pierre Kalfon : « Méfistofélange »

 


En voilà un disque qui fait plaisir à écouter ! Jean-Pierre Kalfon, icône de mai 1968, acteur, guitariste et chanteur, sort un premier album solo, à 84 ans ! Un disque propre à redonner un coup de fouet, et de jeune, au rock français ! Une raison toute simple à cela : le vécu. Le vécu unique du survivant de toutes les batailles, qui a surmonté toutes les errances de la vie, aujourd’hui mises en musiques avec une émotion unique et palpable, perceptible dans son grain de voix rocailleux (cf. « Une main amie ») aux textes lucides et acérés, toujours, hélas, actuels. Et ce n’est pas tout car, musicalement, Kalfon possède un goût très sûr. Ainsi, l’album ratisse large, du blues au rock, du rhythm’n’blues au free-jazz, c’est au sources les plus sûres que le disque trouve son origine, trouvant ainsi un cachet intemporel, produit aux petits oignons, qui lui va bien au teint (cf. « Gypsies rock’n’roll band », titre de 1980 totalement revisité). Un album, qui plus est, superbement présenté et agrémenté d’un chouette poster en guise de livret. Une pépite pour finir l’année en beauté !

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vendredi 30 décembre 2022

Honey Harper : « Honey Harper and the Infinite Sky »

 


C’est un ovni venu de nulle part. Le trait d’union entre la country et la pop psychédélique existe et ce nomme Honey Harper ! Derrière le patronyme se cache le chanteur William Fussell et son épouse Alana Pagnutti qui co-signe avec lui l’intégralité de l’album. Et quel album ! Tout commence de la manière la plus naturelle du monde entre guitare folk joliment arpégées, quelque virgules de lap-steel du meilleur effet soulignant l’ancrage country de la chose, chant idoine à l’appui. L’auditeur commence à peine à prendre tranquillement ses aises dans ce décor de western poussiéreux, grand espaces et soleil de plomb, avant qu’un synthé venu d’on ne sait où ne fasse vaciller le décorum de carton pâte. C’est le petit jeu favori de notre ami en miel, pervertir les codes de la ballade country folk (par ailleurs tous parfaitement respectés) par des arrangements psychés et synthétiques et autres clin d’œil appuyés vers le groove disco. Un grand bain de musiques qui s’impose en véritable bonne surprise !

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jeudi 29 décembre 2022

Niton : « Cemento 3D »

 




Attention ovni ! Le trio nous prévient dès le départ, via une petite note sur la pochette : « Pour être pleinement apprécié, le son en 3D spatialisé, doit être écouté uniquement avec un casque ». On s’imagine alors être loin d’un trio classique et de compositions couplet/refrain/couplet. Pauvres naïfs que nous sommes, nous étions loin, très loin, du compte… La composition même de Niton (l’ancien nom du Radon, tombé en désuétude) donne même le tournis. On y retrouve le dénommé El Toxyque pratiquant de biens mystérieux « Amplified Objects », Luca Xelius Martegani (synthé analogique) et Zeno Gabaglio (violoncelle électrique). L’ambiance posée, nous voici projetés en plein labo d’expérimentation sonore, et l’on imagine aisément les musiciens en blouse blanche, le regard grave posé sur les bandes en train de tourner à l’infini. Car, quand bien même le groupe joue à fond la carte de l’expérimentation sonore, éloignée au possible de la simple notion de chansons, quelque chose relie cet album aux années 70 et 80. Déjà parce qu’il est avant tout questions d’instruments et non de boucles trafiquées sur ordinateur. Ensuite par ce que sa nature foncièrement libre et dégagée des contingences matérielles, fait de cet album un objet aussi sauvage que planant, entre kraut et progressif, plaçant la créativité et la recherche de nouvelles voies en valeurs cardinales absolues. Soit exactement le même créneau que les libertaires des années 70. A écouter les yeux fermés en rêvant à un monde meilleur. On en a besoin.

A noter, le cd est accompagné d’un objet aussi désuet que charmant : un flexi à écouter sur tourne-disque !

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mercredi 28 décembre 2022

Roxane Arnal feat. Baptiste Bailly : « ELIOR »

 


On avait déjà repéré la chanteuse au sein du formidable duo Beauty & The Beast en 2017, avant son envol en solo avec un premier EP sorti en 3 ans plus tard. Signée sur le vénérable label Dixiefrog, la chanteuse présente son premier effort long, se situant, d’après les propres termes de la chanteuse, dans la droite lignée de son EP. Un album qui se dévoile dès sa pochette, boisé, champêtre et acoustique, autant de termes que l’on pourrait aisément utiliser pour décrire sa musique. Dans les faits la créature est bicéphale et c’est bien la synergie existante entre les deux protagonistes qui fait avancer le disque. D’un côté, Roxane, plutôt portée sur la ballade folk, une esthétique proche de scène californienne des années 60/70. Face à elle se trouve son pianiste, Baptiste Bailly, aux envolées jazz et rock (« Elior » ; « September without rain »), dont la voix se marie superbement à l’ensemble (« Little Bird »). Voilà un album aux aspirations variées, qui a le don magique de hausser le ton à bon escient sans que l’on s’en rende vraiment compte (« Be the one you are » ; « Rushed to fly ») sans casser la douce harmonie acoustique de l’ensemble. Apaisant, relaxant, c’est une réussite !

En concert le 19 janvier au Studio de l’Ermitage.

https://www.facebook.com/roxanearnalmusic/

https://www.roxanearnal.com/




mardi 27 décembre 2022

Todd Sharpville : « Medication Time »

 


Du haut de ses trente années d’expérience, Todd Sharpville, a compris une chose : la musique doit rester, quoi qu’il arrive, enivrante, euphorisante, et ce quand bien même lorsque cette dernière trouve sa racine dans des épisodes particulièrement dramatique, comme c’est le cas ici. Ainsi, avec ce nouvel album, le bluesman revient 16 ans en arrière, lorsqu’une séparation et le douloureux combat juridique qui a suivi, s’est terminé en hospitalisation pour dépression, comme le suggère le titre de l’album et sa pochette. Mais pas question pour autant de faire un album larmoyant, un comble pour un disque de blues. Parfaitement produit par l’esthète Duke Robillard (qui présente la particularité d’être autant bluesman que jazzman), Sharpville a pris la direction inverse. Celle d’un album subtil et élégant, au groove souligné d’orgue, accompagné d’un piano au swing endiablé qui dépote, au raffinement jazzy affirmé de la section de cuivres. Le tout sans jamais obérer l’émotion présente du début à la fin (« Tangled up in thought » ; « Medication Time »). Un album d’excellente facture.

https://www.toddsharpville.net/

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samedi 24 décembre 2022

Grant Haua : « Ora Blues at the Chapel »

 


Alors que la fin d’année se rapproche, et sa cohorte de palmarès saisonniers, nous avons de notre côté un gros coup de cœur pour le bluesman Maori. Enregistré live, devant un public d’invités, dans une Eglise de la région de Tauranga, ce nouvel album fait naître chez l’auditeur un regret immense : celui de ne pas avoir assisté en personne au concert ! Nous sommes mis dans l’ambiance dès le premier titre un « Bad Man » d’une énergie insensée, provoquant, même à distance, une vague de plaisir pour quiconque aura la chance de poser une oreille sur le disque. La groupe assemblé pour l’occasion par la chanteur n’est rien moins que merveilleux et allie à la perfection l’énergie sans pour autant obérer le feeling. Comme boosté par les musiciens qui l’entourent, le chanteur livre une performance vocale exceptionnelle, à s’arracher les cordes vocales sur chaque titre, dans un subtil alliage de blues et de folk-rock mené le pied au plancher. A noter enfin, la présence de l'excellente chanteuse DeLanie Ututaonga, dans les chœurs et au lead sur un titre (« Beetlejuice »), dont on attends l’album solo, dont la sortie est également prévue sur le label Dixiefrog.

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jeudi 22 décembre 2022

Superdownhome : « Blues Pyromaniacs »

 


La collaboration entre le duo italien et le label Dixiefrog passe à un stade supérieur : la sortie d’un nouvel album ! Comme souvent les deux comparses mettent les petits plats dans les grands et battent le rappel des amis, ce coup-ci c’est le chanteur Mike Zito et le guitariste touareg nigérien Bombino qui répondent présent. Un nouvel album qui voit le duo mettre un peu d’eau dans le whisky assez corsé, entre blues et punk, qui le caractérisait jusqu’alors. Adepte d’une démarche brute de décoffrage et réduite à l’os, une batterie et une collection de guitares improbables (cigar boxes ou Diddley Bows), dans la droite lignée de Seasick Steve ; Superdownhome cultivait jusqu’ici un esprit punk, énergie et saturation électrique à l’appui, dans un corps de bluesman. Sans renier le son qui a fait leur réputation, ce nouvel album est soigné aux petits oignons. Produit au millimètre. En ce sens la collaboration avec Bombino, guitariste au jeu délié fait d’envolées orientalisantes, fait des étincelles et apporte un soupçon de psychédélisme dans la musique. Un aspect que l’on retrouve également dans « Ambition Craze » où l’on croit également déceler une pointe de nostalgie dans le chant. Pas de quoi altérer cependant la bonne humeur communicative du duo ni son enthousiasme contagieux. Du blues qui fait du bien.

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mercredi 21 décembre 2022

Corpus Delicti + JE T’AIME, La Maroquinerie, 17 décembre 2022.

Remarqué depuis sa doublette de remarquables albums « Passive / Aggressive » sortie un peu plus cette année, c’est au trio JE T’AIME qu’il revient d’ouvrir ce dernier concert de l’année 2022. Evoluant en eaux troubles, et forcément sombres, le trio se trouve au confluent de plusieurs influences, alliant le rétro (la cold wave) au moderne (le post punk). Un cocktail varié qui prend de la valeur sur scène. Ainsi aux ambiances sombres, soulignées par des lignes de guitare prenantes, succèdent une tonalité électro, dopées aux boîtes à rythmes et autres claviers, dansante et festive. Un festival de sons mais aussi de couleurs, après les lumières jaunes du premier disque arrivent celles, mauves, du deuxième album. Retour aux loges et changement de tenues express à l’appui. En tout cas, les musiciens ne ménagent ni leur peine, ni leur énergie. Un set de haute tenue. Les litres de sueur versée peuvent en attester.

On les croyait portés disparus depuis leur dernier album, « Obsessions », sorti en 1995, on les pensait séparés depuis longtemps, s’il y a un groupe que l’on n’imaginait pas voir sur scène ni maintenant, ni jamais, c’est bien eux : Corpus Delicti, vétérans du rock gothique originaire de Nice. Signe du crédit qui est le leur, c’est une maroquinerie quasiment pleine qui a répondu présent à l’appel de la nostalgie et prête à accueillir les revenants « 25 ou 26 ans après leur dernier concert parisien », même le chanteur Sebastian a la mémoire qui flanche ! C’est en tout cas un festival de looks gothiques dans la salle. Sur scène, nous sommes marqués par la présence massive de Sebastian, crane rasé, tout de noir vêtu (forcément!) et qui toise le public presque quasiment immobile, dans une posture assez impressionnante. Musicalement le quatuor impose une ambiance envoûtante, la guitare produit une sorte de nappe planante, mené par le rythme hypnotique, tribal, de la batterie et des basses énormes. Un retour triomphal, salué d’un tonnerre d’applaudissements nourris à la grande satisfaction du chanteur Sebastian : « C’est pour cette raison, recevoir de l’amour, que l’on fait tout ça, c’est beau des goths qui s’aiment... »

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dimanche 18 décembre 2022

The Reed Conservation Society, Médiathèque Violette Leduc, 17 décembre 2022.



Il est de ces groupes qui, subrepticement, sans crier gare, sans tambour, mais avec trompette, vous enserrent dans leur toile musicale pour ne plus vous lâcher. Il en va ainsi du trio The Reed Conservation Society qui, dans le cadre fonctionnel de la médiathèque Violette Leduc (qui hélas ne nous laissera pas un souvenir exceptionnel), va totalement transcender la banalité de l’endroit une petite heure durant, le temps d’un concert. Tout chez eux respire le raffinement, la mélodie, l’apaisement voire une forme d’envoûtement musicale dans les envolées, planantes, pop et psychédéliques, croisées des guitares (acoustiques et électriques) mêlées aux nappes du clavier. Le tout incarné à merveille par le chant doux et posé de Stéphane Auzenet. Un moment de grâce musicale qui devient magique lorsque le groupe découvre, par hasard et par bonheur, un piano dans le coin de la pièce que le trio décide séance d’utiliser et dont les notes s’amalgament harmonieusement à la guitare folk. Un piano que Sera, pianiste de formation plus que claviériste, utilisa à la perfection et, sans doute, une nouvelle voie à explorer pour le groupe. Un petit mot enfin sur la trompette de Mathieu Blanc, un instrument somme toute assez rare dans la pop qui ajoute à lui seul un supplément de musicalité bienvenu. A noter pour finir deux titres en français, « Sonoma » et « Pylône », que l’on devrait retrouver sur le premier album du groupe, puisque le projet pour ce disque est de chanter entièrement dans la langue de Molière.

https://thereedconservationsociety.bandcamp.com/


Mike Andersen, Jazz Club de l’Etoile, 15 décembre 2022.

Mike Andersen et son groupe risquent de se souvenir longtemps de ce premier concert parisien, tant il est rare d’être le témoin d’autant de catastrophes qui s’enchaînent les unes après les autres. Une déveine qui commence dès l’arrivée des Danois alors que la compagnie aérienne a perdu tous leurs bagages, instruments de musique compris. Cependant, pas de quoi faire perdre le sourire au musicien qui s’amuse de la situation ainsi que de sa tenue de scène achetée au débotté l’après-midi même dans le centre commercial jouxtant l’hôtel où se tient le concert. Après un premier set joué sans encombre, la catastrophe commence lorsque la basse tombe rade et reste désespérément muette. On assiste alors à une scène inédite, voire complètement hallucinant, où la moitié de la scène est occupée par la moitié du groupe à bricoler la basse récalcitrante dans un atelier improvisé alors que le côté droit est occupé par Mike assurant à l’improviste un set acoustique avant que la guitare folk ne lâche à son tour. C’est alors le pianiste qui vient à la rescousse et voilà notre Mike transformé en crooner dans un contexte piano/voix tout à fait inédit (la soirée nous donne à écouter des choses nouvelles). La batterie entre dans la danse, puis la deuxième guitare et enfin la basse retrouve le son, et nous voilà reparti comme en 40 ! Et le rendu live tout à fait exceptionnel ! L’envie de jouer et d’en découdre semble décuplée par toutes les galères accumulées, le groupe est soudé comme jamais, l’ascenseur émotionnel est au plus haut ! L’émotion dans le chant de Mike, le feeling des guitares, l’énergie de la section rythmique, le groove des claviers, l’émouvant dialogue entre les instruments (entre les deux guitares ou la guitare et le piano notamment) : tout est poussé à son paroxysme. Qu’importe les galères, la scène peut bien s’effondrer, rien ne peut arrêter ce groupe qui assure coûte que coûte. « Dis-lui bien que je ne suis pas un amateur », dit Mike qui s’inquiète de son image auprès de ce public français qu’il découvre. Qu’il soit pleinement rassuré Mike et son groupe nous ont démontré leur professionnalisme, mais aussi toute l’étendue de leur talent tout au long de cette soirée mémorable…

https://www.mikeandersen.com/

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jeudi 15 décembre 2022

Maxwell Farrington : « Yuletide & I’ll tide with Yann »

 


En solo, en duo avec le SuperHomard, au sein de son groupe Dewaere, ou en duo avec son nouveau partenaire dans le crime Yann Ollivier (The Craftmen Club, Pandapendu, Thomas Howard Memorial), Maxwell Farrington (par ailleurs cuisinier de profession dans le civil) est, de loin, l’expatrié australien le plus prolifique du moment ! Un personnage atypique, attachant, toujours en action avec plusieurs projets sur le feu. Sa dernière lubie en date : enregistrer un album de Noël ! Mais, connaissant le personnage, impossible de faire un disque gentillet à siffloter au coin de la cheminée. Non, le Noël de Maxwell est forcément unique en son genre, décalé. Le résultat tient en cette collection pharaonique de 16 titres, dont certains dépassent à peine la minute, qui brille par son éclectisme. Folk, psychédélique, ou électro kitsch, à fond les synthés 80s (« On and On »), Maxwell brille d’un point de vue vocal. Un véritable crooner ! Le disque se révèle festif, vous devriez lui réserver une place à table pour le réveillon. Avec Maxwell aux manettes, on n’a pas fini de rigoler ! Joyeux Noël !

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lundi 12 décembre 2022

FRANCE MUSIC TOUR TOUR BOOK Vol. 01

 


Puisque musique et voyage sont indissociables, partons pour un petit tour de France en lecture. Reprenant le format d’un roadbook à spirale, l’indispensable accessoire des attaché(e)s de presse pendant les festivals, le livre décrit, en creux, la vivacité musicale de l’hexagone, vue par le prisme des salles de concerts. Douze salles, réparties sur l’ensemble du pays, sont ainsi décrites : infographies, statistiques, anecdotes cocasses, entretiens avec les responsables et, cerise sur le gâteau, douze sublimes illustrations inédites sont au sommaire. Loin d’être anecdotique, la démarche met en valeur tous ces activistes au service de la musique. La salle de concert apparaît ainsi comme un lieu de vie à la valeur inestimable, tant en termes festifs qu’en accompagnement de projets en développement. La lecture permet également de se replonger, avec émotion, dans ses souvenirs de spectateur (certains lieux sont ouverts depuis les années 1980) mais aussi de déclencher l’envie d’une petite virée le temps d’un week-end pour un concert.

Editions KBLIND, 114 pages, 18 euros.

vendredi 9 décembre 2022

Lux the band : « Gravity »

 


Faisant honneur au joli petit animal qui orne la pochette, Lux the band « really did put on the dog » (s’est mis sur son 31, ndlr) pour ce nouvel album. Renforcé par le bassiste Julien Boisseau (déjà présent sur scène depuis longtemps et dorénavant membre à part entière) et le batteur Amaury Blanchard, c’est avec un immense plaisir que l’on retrouve toute l’élégance du duo formé par Angela (chant) et Sylvain (guitare). Sans que le groupe le recherche vraiment, il fait revivre le rock des années 1970 grâce à une production au cordeau et à des arrangements mettant en valeur la guitare virtuose de Sylvain. Entre Laurel Canyon (souvent c’est la guitare folk que l’on retrouve à la base de toute les mélodies) et la noirceur du New York natal d’Angela, le groupe trouve sa voie naturelle. Car, c’est un paradoxe, malgré toute la luxuriance musicale déployée ici, la tonalité se veut plus sombre, hantée par les fantômes du passé. « A son of Sam » qui ouvre le disque évoque le tueur en série ayant terrorisé le New York des années 1970 (un thème déjà exploité par le regretté Elliott Smith sur le dernier album sorti de son vivant) ; « The ballad of John », hommage subtil à John Lennon, assassiné il y a 42 ans tout pile (le 8 décembre 1980, ndlr) ou presque. Et bien qu’écrite en 2019, « Did you hear they’re talking about the end of the world again » (titre prophétique) ne peut que résonner dramatiquement à nos oreilles après deux ans de pandémies et autres calamités guerrières. C’est une étrange dynamique qui anime le groupe les mélodies contrebalançant la noirceur des thèmes abordés. Si tout n’est pas rose dans le monde, Lux the band se charge de le rendre plus sympathique le temps que dure l’écoute de cet excellent album aux mélodies folk-rock et guitares acérées (la rageuse « Chemical Love »). Un album qui a du chien !

https://lux-theband.com/

https://www.facebook.com/luxtheband/