mardi 18 mai 2021

Thomas Monica : « Ulysse »

 


Mais à quoi peut bien rêver Thomas Monica, face au mur, tournant ostensiblement le dos à l’objectif ? Le musicien est probablement en train de rêver à sa musique tout simplement, tant cette dernière se révèle riche d’influences et de nuances. A l’aide de sa six cordes, Thomas invente un monde musical où les frontières s’effacent, la scansion du rap/slam (« Calypso ») côtoie une guitare rock alors que les arrangements apportent une note pop voire world à la chanson française produisant une musique aussi métissée que son auteur, aux paroles dotées d’un sens de la formule imparable (cf. la formidable « L'Effondrement ») !

Sortie le 18 juin.

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dimanche 16 mai 2021

The Blue Stones : « Hidden Gems »

 


Pour autant attachante qu’elle soit, il convient de ne pas se laisser abuser par la tête de mort fièrement affichée sur la pochette du nouvel album des Canadiens. Certes, un « Shakin’off the rust » porte plutôt bien son titre et se fait fort de dégager la rouille à grands riffs électriques, dans un lointain cousinage avec les Black Keys ("Let it ride"). Mais pour le reste, le duo guitare/batterie pioche où bon lui semble affichant un éclectisme baroque, du hip-hop à la pop (« One by one »), qui s’il lui donne un semblant d’identité l’éloigne du rock’n’roll pourtant revendiqué sur la pochette. Pas mauvais pour autant, simplement décousu, et ce parfois au sein du même morceau. Dans ce contexte, le rock mais aussi le blues, n’apparaissent plus que comme des échos lointains, policés par une approche trop pop. Pour l’adrénaline et le danger, on repassera. Un peu décevant finalement, car le groupe est brillant, certes, mais par intermittence, comme un diamant caché en somme.

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samedi 15 mai 2021

Little Bob Blues Bastards : « We need hope »

 


Finalement, du haut de la sagesse apportée par l’âge, c’est bien Little Bob qui a raison : on a besoin d’espoir ! Sortant d’une période pour le moins difficile, le chanteur cherche réconfort et rédemption par la musique. Voici donc son nouvel album, le 23ème si nos calculs sont exacts (et le quatrième du groupe Blues Bastards). Un disque qui indéniablement possède une âme où la tonalité nostalgique domine (« I was a kid », « Made for me », la poignante « You can’t come back ») mais cohabite avec une mentalité de combat (cf. la reprise de « Bella Ciao »). Alors qu’il entame sa septième décennie, le chanteur n’est toujours pas prêt à lâcher le micro. Ce nouvel effort est son disque le plus rock’n’roll, le plus brut, depuis longtemps et jamais les Blues Bastards n’ont été aussi mal nommés. On ne va pas s’en plaindre. Les guitares rugissent, le son est sec et puissant et contraste avec la voix fatiguée du chanteur, qui accuse le poids des ans, mais vieillit avec grâce. Toujours prêt pour la bataille du rock’n’roll, Little Bob revient avec un album de survie, absolument indispensable !

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vendredi 14 mai 2021

Nick Waterhouse : « Promenade Blue »

 


Au fil des albums, cinq à ce jour plus un enregistrement live, Nick Waterhouse s’est imposé comme un des plus surs représentant de ce courant soul, rétro et nostalgique. A l’opposé de ses confrères œuvrant sur des labels de Brooklyn, Waterhouse le Californien s’illustre dans un genre élégant et raffiné dont les racines se trouvent autant dans la pop des années 1950 que dans le doo-wop. Ce nouvel effort ne contredira pas l’assertion : la rythmique est appuyée par un sens du swing qui fait tâche (« Vincentine », "B. Santa Ana, 1986") et est contrebalancée par des arrangements riches et soyeux, de cordes ou de cuivres accentuant le groove. Le terrain est ainsi balisé pour que le jeu de guitare bluesy de Waterhouse s’exprime à plein (« Very Blue »). Enfin il n’est point de disque soul retro digne de ce nom sans chœurs et harmonies vocales dignes de ce nom, ce que ce nouvel album se fait fort de remettre au goût du jour par le biais de divines interventions tant masculines (« Medicine ») que féminines (« The Spanish Look »). Ce dernier aspect est particulièrement appréciable tant il semblait tombé en désuétude ces derniers temps. Ainsi, ce nouvel effort se révèle solide et de haute tenue (comme d’habitude avec Nick Waterhouse) même si, avouons-le, l’ensemble n’est pas aussi impressionnant et abouti que son formidable disque éponyme sorti il y a deux ans.

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jeudi 13 mai 2021

Myles Sanko : « Memories of love »

 


Ah, c’est sûr, il peut avoir la banane Myles Sanko, tant le Britannique donne l’impression d’avoir réussi son coup ! Et pourtant, c’est peu dire que sa précédente incarnation musicale ne nous avait pas franchement emballée, la faute à une production plus que poussive. Mais, rien de tel, ici, tant le chanteur maîtrise son sujet. On n’avait réellement jamais douté des capacités vocales du chanteur qui n’avait jamais été aussi bien mises en valeur ici. C’est en se replongeant dans les classiques du jazz et de la soul que Myles a retrouvé l’inspiration quelque part à un fameux croisement où le swing de l’un et le groove de l’autre battent à l’unisson. Classieux et élégant, on pense notamment à la prédominance du piano, avec une touche d’excentricité (cf. l’intro du « Where do we stand » qui ouvre l’album) en prime, Sanko a trouvé la bonne formule, celle qui le place en héritier d’une ligne qui partirait de Marvin Gaye (« Rainbow in your cloud ») à Gregory Porter (cf. l’influence jazzy qui prédomine l’ensemble). Partout, son placement rythmique et son phrasé sont impeccables et incarne à la perfection les émotions découlant de ses cordes vocales. Myles Sanko peut bien afficher un sourire éclatant sur la pochette, il vient de sortir son meilleur album à ce jour !

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mercredi 12 mai 2021

Dreamers : « Palm Reader »

 


Les mains tendues, Nick Wold, le leader du groupe américain, nous offre ce nouvel EP. Et si l’on examine les palmes desdites mains, que peut-on y lire ? L’ambition d’y groupe qui, s’il manie d’une main très sure les grosses guitares (« Heat Seeker ») et autres artefacts pop psychédéliques (« Teddy Bear » ; « True Crime ») ne s’interdit surtout pas d’aller jeter un œil en dehors du rock histoire de constater de visu ce qu’il s’y passe. Ainsi les rythmes se font urbains, chaloupent suivant un dodelinement reggae (« Palm Reader »), alors que, régulièrement, les voix adoptent un phrasé hip-hop (« Still Not Dead »). Un grand écart à 180°, bien plus riche musicalement que la (superbe) pochette purement psyché ne le laisse supposer. Efficace.

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mercredi 17 mars 2021

Manuel Bienvenu : « Glo »

 


Arrivé à ce niveau, on préférera parler d'architecture sonore. Maniaque du son, obsédé par la recherche de la perfection pop (attention Manuel, beaucoup, et pas des moindres, y ont laissé la raison!) Manuel Bienvenu empile les notes et les instruments un à un avant d'arriver à l'équilibre parfait. Electronique et acoustique s'imbriquent ainsi parfaitement tout au long de cet album aux échos teintés de pop et de free jazz (influence particulièrement sensible sur le traitement de la basse) calme et apaisé, planant au point de donner à l'auditeur la sensation de flotter à l'image des poissons figurés sur la (superbe) pochette. D'autant plus remarquable que l'album ne donne, finalement, pas cette impression de luxuriance mais plutôt d'instruments utilisés à juste escient. Ainsi, il se dégage du disque un effet de minimalisme justement ordonné ou chaque élément est à sa place, une pyramide au-dessus de laquelle se pose la voix, quasi-murmure, venant caresser les oreilles. L'album se distingue également par son angle, expérimental, baroque, débordant de sonorités originales, voire inédites, sortant d'instruments parfois bricolés pour l'occasion. Un album apaisé et sortant des sentiers balisés.

https://microcultures.bandcamp.com/album/glo

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mardi 16 mars 2021

Olivier Rocabois goes too far

 


Rassurons tout de suite le principal intéressé, mais non Olivier, tu ne vas pas trop loin ! Trop loin mais dans quoi ? Cavalcade d'arrangements de cordes soyeux, régalade de claviers vintage (Wurlitzer, Orgue Hammond, Fender Rhodes, Grand Piano, Mellotron), cuivres élégants, le compositeur breton mets les petits plats dans les grands pour faire vivre à nos oreilles une expérience inoubliable, l'équivalent musical, pop, du cinémascope, aussi envoûtante que les bruits des vagues agrémentant la première plage (« The sound of the waves »). Mais au-delà, ces neuf nouvelles compositions sont une déclaration d'amour immodéré à la (sunshine) pop, de chambre ou non, des années 1960. Les Beatles, bien entendu, dont l'ombre plane sur le disque mais aussi, par extension, Les Beach Boys, Burt Bacharach, Phil Spector jusqu'à Steely Dan (« In my drunken dreamspace ») de la décennie suivante. Mais non, Olivier tu ne vas pas trop loin, au contraire, c'est l'auditeur qui décolle à l'écoute du disque !

Sortie le 2 avril.

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dimanche 14 mars 2021

Samuel Strouk : « Nouveaux Mondes »

 


Virtuose de la six-cordes, musicien aventureux, Samuel Strouk n'a pas tant l'intention avec ce nouvel album de créer un nouveau monde mais plutôt d'en effacer les frontières pour en redessiner la géographie. Véritable poupée russe musicale, ce nouvel effort en cache un autre. On y trouve d'une part une section de cordes, élégante et majestueuse, assurant le cachet classique du disque. Mais aussi une batterie et une basse constituant avec le guitariste un power trio débordant de swing, évoluant dans un registre jazz. Les arpèges délicats de Strouk constituant la passerelle, le passage, reliant le classique au jazz, dans cette volonté évoquée plus avant de redessiner la carte. L'amalgame fonctionnant au-delà des espérances (la merveilleuse « Proxima Centauri ») c'est ainsi que naissent les fameux « Nouveaux Mondes » donnant son titre à ce nouveau disque. C'est à la fois beau mais surtout très libre même si on ne doute pas que la musique jouée ici résulte d'un processus d'écriture rigoureux que les musiciens réussissent à faire oublier. Ne reste plus qu'à fermer les yeux et à se laisser bercer par la beauté de « Hermano Tony » et « My Romantic Lebanon », tout le reste n'étant finalement que littérature inutile…

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mercredi 10 mars 2021

Bianca Rossini : « Rio Paradise »

 


Ah, qu'il est doux de se réchauffer aux tendres sons de ce nouvel EP de la chanteuse brésilienne, dont la voix délicieuse œuvre tel un baume propre à soulager toutes les peines. La langue, le portugais brésilien, joue également pour beaucoup dans le charme dégagé par ces nouvelles chansons, il s'en dégage une sorte de mystère lointain qui laisse imaginer plus qu'il ne dévoile. On se prend alors à rêver, à déambuler, en imagination, dans ces chansons aux effluves, folk, jazz et pop, entre piano délicat et arpèges de guitare sèche ensoleillés.

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mardi 9 mars 2021

Jeremy Ivey : « The Monolith Sessions »

 


En pleine pandémie, on s'occupe comme on peut. Parce qu'il est musicien, Jeremy Ivey, lui, fait de la musique, pandémie ou non. Ainsi, quelques mois après la sortie de son excellent album « Waiting out the storm », le songwriter revient avec un EP de cinq titres, extraits dudit album, joués live dans son club préféré, The 5 Spot à Nashville, sans public (ou du moins, un public bien silencieux sur le disque). Plus brut, sans fioritures et allant à l'essentiel, la performance a le mérite de faire ressortir la beauté intrinsèque des compositions et la poésie qui se dégage de ces dernières. Il y a ici de quoi rêver, un peu, aux grands espaces américains évoqués dans sa musique. Anecdotique, quoi qu'émouvant, l'EP constitue une excellente porte d'entrée dans l'univers du musicien ou, pour les convertis, une piqûre de rappel de très haute tenue.

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lundi 8 mars 2021

Liquid Bear : « Heavy Grounds »

 


Trois ans après des débuts tourneboulants, Liquid Bear est de retour, avec un nouvel EP, aux accents apocalyptiques, inspiré par l'air du temps. Un climat actuel qui se retrouve également dans le son du groupe qui a gardé du rock progressif des années 1970 un angle expérimental qui fait basculer les compositions dans le versant baroque de l'affaire (« Goblin Crusher », « The Frog »), créant ainsi un véritable chausse-trappe musical dans lequel l'auditeur ne manquera pas de tomber. La modernité de la chose est incarnée par la violence des guitares qui tranchent l'air suivant le martellement de la batterie. Autant d'artefacts typiques du métal et du stoner permettant au quatuor de se démarquer du revivalisme psyché/progressif habituellement en vigueur. Robert Fripp et King Crimson l'avaient déjà prouvé il y a un demi-siècle, guitares saturées et rock progressif peuvent faire bon ménage. Un véritable triangle des Bermudes rock dont Liquid Bear reprend le flambeau avec brio. Attention tout de même, le danger rode dans la moindre note jouée sur ce disque…

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dimanche 7 mars 2021

Helluvah : « Lonely Riots »

 


Passé par le folk, l'électro et toutes formes de déclinaisons « post », Helluvah fait, depuis son apparition en 2005, montre d'un bel éclectisme. C'est sur la suggestion de son producteur (et accompagnateur sur scène) BobX que Camille (la matière grise d'Helluvah) a repris « A Forest » de The Cure, ce qui a déclenché chez la musicienne l'envie d'un univers musical plus sombre décliné sur ce nouveau disque (« Whisper » ; « Soleil Noir »). Plus sombre mais aussi plus pop (« Sex in the club ») la musicienne, en dépit de l'accent métallique des guitares (« Different now », « I know, I know »), s'éloigne du rock au profit d'une approche plus électronique. Inspiré du thème de la rupture amoureuse, mais surtout du chaos émotionnel qui s'en suit, l'album carbure d'une forme d'urgence, comme un ascenseur émotionnel lancé à toute berzingue entre colère, désespoir et excès faussement réconfortants, entrecoupés de rares moments d'accalmie. A noter enfin les deux titres chantés en français (« Soleil Noir », « Mon cœur est parti à la guerre »), pas tout à fait une nouveauté pour Camille, mais suffisamment rare pour être souligné.

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samedi 6 mars 2021

Gloria : «Sabbat Matters »

 


Cinq ans après leur premier album et trois ans après leur dernière trace discographique sous la forme d'un EP, le sextet lyonnais est de retour ! Il n'aura échappé à personne qu'entre temps le monde et nos vies ont été bien chamboulées. Eux, ont continué leur route suivant la lancée de leur excellent premier disque. C'est avec un bonheur certain que l'on retrouve le groupe et son rock psychédélique unique en son genre, croisement entre les girls groups, la formation compte dans ses rangs trois chanteuses, et le rock psychédélique des années 1960. Le chaînon manquant, et improbable, entre les Crystals (par exemple) et Jefferson Airplane, Phil Spector plongé de force dans les eaux agitées du rock psyché. Ainsi, le cœur de la formation réside dans ces sublimes harmonies vocales (« Miss Tambourine ») sur lesquelles se superpose toute la créativité du groupe, guitares fuzz déchaînées, arrangements baroques aux sonorités invraisemblables où brillent les artefacts typiques du rock psyché (« Skeletons » ; « Back in town ») dans une sorte de labyrinthe géant dans lequel on pourrait se perdre des jours entiers tant la production est travaillée. On note toutefois une tonalité plus sombre, comparée au premier disque (« Dance with death », « Global warning ») et plus mystique (« Sabbat Matters », « Holy Water ») incarnée par des guitares plus furieuses que par le passé. Enfin, la pochette signée de l'artiste Nicole Claveloux est sublime, à elle seule une ode au support physique.

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vendredi 5 mars 2021

Kristel : "My Man"

On nous annonce ce jour le retour du trio malgache Kristel avec ce superbe nouveau clip, plus pop, et à l'esthétique séduisante, marquée par les années 1980, rétro et évoquant la nature généreuse de leur île natale.






Xixa : « Genesis »

 


Si l'on considère la musique comme un voyage, alors nous voici embarqués dans un drôle de périple à l'écoute du nouvel effort de Xixa, œuvre de deux anciens de Giant Sand, groupe qui avait jusqu'alors échappé à notre radar. Il est facile, lorsque l'on s'attaque à la chronique d'un disque, d'évoquer les influences de grands noms du passé. En l'espèce, on parlera plutôt d'échos, venus du rock, évidemment, mais aussi du folk mexicain (ou plus généralement d'influences latino américaines) ou de la bande originale d'un western des années 1960 tombé dans l'oubli. Ainsi, le sextet se révèle roublard et particulièrement à son aise lorsqu'il s'agit de faire cohabiter éclairs fuzz acides, percussions/clochettes et arpèges de guitare acoustique typiquement latinos (cf. « Eclipse », « Eve of Agnes »). Un cocktail baroque qui gagne encore en étrangeté lorsque ces synthés venus d'outre cosmos se mêlent à la danse (« Soma »). La voix aussi marque l'oreille, dans un registre rocailleux et de gorge au-dessus duquel plane l'ombre d'Howe Gelb, mythique chanteur du Giant Sand tutélaire. Le péril était grand, avec un tel mélange d'influences disparates, de tomber dans une marmite bouillonnante d'un magma sonore inécoutable. Fruit d'une intense réflexion, et probablement d'une longue expérience, des différents intervenants, l'album ne souffre aucunement de ce mélange détonnant. Au contraire, dans ses meilleurs moments (« Genesis of Gaea », « Land where we lie ») le disque dépayse et revigore ces vieilles antiennes garage et psyché que l'on aime tant.

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mercredi 3 mars 2021

Aaron Lee Tasjan : « Tasjan ! Tasjan ! Tasjan ! »

 


Sur la photo ornant l'intérieur de l'album, le jeune impétrant pose au côté d'un cabriolet du siècle dernier, mais volant, appelons-cela le syndrome DeLorean. Ainsi va la musique d'Aaron Lee Tasjan, l’œil posé dans le rétro mais allant fermement de l'avant. Inutile dès lors de citer les références d'untel et untel, nous préférons souligner le caractère pop intemporel de ce sublime album, ni d'hier, ni de demain, mais bien d'aujourd'hui. Une sorte de classique immédiat qui a le don de faire planer l'auditeur sur son petit nuage mélodique où les synthés et les guitares acoustiques arpégées avec un feeling imparable cohabitent harmonieusement, faisant fi des modes, des époques, des tendances (la merveilleuse « Another Lonely Day »). Un album confortable donc, au sein duquel on se sent immédiatement à l'aise, comme de retrouver un vieil ami sauf qu'à ce jour nous n'avions jamais entendu parler d'Aaron Lee Tasjan. Et on se demande pourquoi d'ailleurs ! Mais qu'importe car on reste persuadé que l'on n'a pas fini d'entendre parler de lui. Tout est finalement parfaitement résumé dans le titre : Tasjan ! Tasjan ! Tasjan ! A découvrir toutes affaires cessantes.

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mercredi 24 février 2021

Rest in Gale : « Tombola »

 


Pas forcément facile à aborder, il nous a fallu à titre personnel quelques écoutes, la musique de Rest in Gale avance à contre-courant de tout : des modes, de ses propres influences et des tendances. Tout, dans ce groupe évoque un écho lointain : le rock, le blues, les influences orientales et psychédéliques, sont autant de constituants de la musique que le groupe joue à sa manière personnelle, unique et bien éloignée du modèle. Le disque demande de l'écoute, de l'attention, du temps à l'opposé de la consommation rapide et jetable qui semble être la norme du moment (mais idéale en période de couvre-feu). En somme, un disque parfait pour le confinement, car l'écouter c'est comme embarquer dans la voiture figurée sur la pochette, c'est partir en virée dans une contrée lointaine et imaginaire. Aimer cette musique c'est avant tout accepter de se faire prendre par l'oreille et se laisser bercer par les ambiances baroques et cinématographiques du groupe, parfaitement incarnées par cette voix de gorge, aussi rocailleuse qu'un tas de gravillons, idéale pour le récit qui semble être la composante essentielle de la musique de Rest in Gale. A découvrir.

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mardi 23 février 2021

Psykup : « hello karma ! »

 


Assis sur deux chaises longues, un couple admire une explosion nucléaire comme s'il s’agissait d'un couché de soleil. Il plane comme un air d'apocalypse sur ce nouvel album des Toulousains. La bande son séditieuse d'un monde dystopique dont le groupe souligne la déliquescence à coups de riffs saturés hyper-puissant, du martèlement de la batterie (et vive la double pédale!) au chant écorché mi-hurlé. Et au-bout l'espoir (« Letter to Greta ») grâce à quelques ponts, doux et mélodique qui parsèment le tout, calment l'ambiance autant qu'ils soulignent la brutalité alentour. Accrocheur, rugueux, violent.

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lundi 22 février 2021

Chris Nordman Trio : « High Wire »

 


A quoi reconnaît-on un classique ? Un air populaire, qui reste dans la mémoire collective, après avoir trusté les ondes des semaines durant ? Des classique, le pianiste Chris Nordman a du probablement en écouter beaucoup et, aujourd'hui, en est fortement imprégné. Au point d'en livrer sa version personnelle au sein de son trio composé de Ward Dumigan à la basse et du batteur Joe Adcock. Du « Isn't she lovely », « Blue Bossa », « Watermelon Man », « Sunny » et autre « Summertime » en veux-tu, en voilà ! Le tout forme un ensemble cohérent, au swing ouaté et élégant, où le pianiste, qui joue également de l'orgue hammond, fait montre d'une belle dextérité. Un album de reprises, jazz et soul, d'apparence modeste mais qu'il ne faut surtout pas sous évaluer. Joué avec précision mais, surtout, une bonne dose de plaisir partagé. Un petit album tout simple qui donne autant de plaisir que les musiciens ont eu à l'enregistrer (cela s'entend!) Une manière ludique de revisiter ses souvenirs personnels (car vous avez dû obligatoirement croiser la route de ces classiques à un moment ou à un autre) et qui transporte l'auditeur vers un ailleurs, un passé rêvé, fantasmé, une madeleine de Proust nostalgique qui ravive les souvenirs des temps heureux loin du bordel qui chamboule nos vies depuis un an. Le disque se termine et mine de rien on a passé un super bon moment en sa compagnie, merci pour tout !

https://chrisnordmanband.com/

https://chrisnordmanband.bandcamp.com/releases





vendredi 19 février 2021

Delvon Lamarr Organ Trio : « I told you so »


Après deux albums, la révélation ! Ce nouvel, le troisième du groupe, a ceci de confortable qu'il place l'auditeur dans une zone de confort que, finalement, on n'a pas trop envie de quitter. Le groove dévastateur sort des enceintes mené par une batterie qui roule et dévale la pente du groove dans un geste musical d'une classe absolue ! L'orgue apporte pour sa part un son chaud et langoureux dont le souffle transcende les enceintes. Enfin la guitare soutient le tempo, tout en cocottes funky en diable, et lorsque, en fin d'album, la saturation se déchaîne et que les amplis chauffent, c'est Jimi Hendrix que l'on ressuscite (« Aces ») ! Finalement, enregistrer en petit comité à trois (sans basse) et l'idée de génie soulignée par l'album. C'est une machine à groove qui est lâchée dans la nature, de l'autre côté des enceintes, l'auditeur ressent toutes les interactions entre les musiciens, et les notes qui se répondent les unes aux autres. On se prend à rêver d'un club en sous-sol et nos trois gaillards prêts à faire chavirer l'édifice toute une nuit durant. Il est toujours facile de ressortir une liste d'influences en guise de chronique mais, de Jimmy Smith aux Sugarman Three (sans le saxophone), arrivé à ce niveau d'excellence on ne peut que se féliciter de voir l'héritage se perpétuer de générations en générations. Il s'agît là d'une révélation majeure ! On nous l'avait bien dit pourtant (cf. le titre) !





jeudi 18 février 2021

Gilles Poizat : « Champignon flamme »



A profil atypique, disque atypique ! Gilles Poizat possède la particularité d'être à la fois scientifique, de métier, et musicien. Dès lors, rien d'étonnant à ce que Gilles considère le studio d'enregistrement comme un laboratoire où se scelle la rencontre, assez étonnante, de la trompette (son instrument de prédilection) et du synthétiseur modulaire. On passe sur les détails techniques, rébarbatifs, utilisés pour obtenir des sons comme autant de réactions sonores électroniques. De fait, « Champignon flamme » condense une proposition musicale forte, le résultat avant-gardiste de moult expérimentations ne ressemblant que de très loin à quelque chose de connu au-dessus duquel plane pourtant un petit air baroque des années 1970. Pour tous les amateurs de curiosités sortant des chemins battus, qui considèrent que le voyage est plus important que la destination, l'écoute se révèle alors passionnante.

http://gillespoizat.free.fr/

https://cartonrecords.bandcamp.com/album/champignon-flamme



mardi 16 février 2021

Tankus The Henge : « Luna Park ! »

 


Formation atypique, les Anglais de Tankus The Henge s'étaient signalés à nos oreilles avec leur album, « I crave affection baby but not when I drive », sorti en 2018. Groupe grand format, six membres, Tankus The Henge possède en son sein une véritable section de cuivres, une rareté au sein d'un groupe de rock'n'roll. Mais Tenkus The Henge est-il un véritable groupe de rock ? On serait tenté de le croire à l'écoute de la merveilleuse « Fayaway » comme sortie du garage des Kinks, mais bien vite l’appellation semble trop réductrice pour la machine à swing anglaise qui met à profit sa section de cuivres pour teinter sa musique d'arrangements ska voire même jazz ragtime (la très belle « Worries »), comme un clin d’œil à son chanteur, authentiquement nommé Jaz(z) Delorean. Delorean, comme la machine à remonter le temps de « Retour vers le futur », et cela tombe bien ! Se jouant des courants, des modes et des époques Tankus The Henge nous offre une proposition musicale variée, entraînante, festive et primesautière (« Susie Sidewinder » ; « Sundance Kid »), qui met de bonne humeur mais peut aussi émouvoir (« Back to you » ; « Glitterlung »). Une réussite qui devrait, logiquement, faire des ravages sur scène, si seulement…

Sortie le 19 mars

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lundi 15 février 2021

Karen Lano : « Muses »

 


Juillet 2020, alors que la pandémie fait rage depuis plusieurs mois (et pour plusieurs mois encore mais ça on l'ignorait à l'époque) Karen Lano décide de s'enfermer dans la petite église de Graveron-Sémerville (Eure) en compagnie de ses musiciens afin d'enregistrer un nouvel album. Bien plus qu'un disque en fait, plutôt un carnet de voyage immobile à écouter. Car c'est finalement de cela qu'il s'agît libérer nos esprits alors que notre liberté de mouvement est entravée. C'était le pari de la chanteuse et il est réussi haut la main. L'église de Graveron-Sémerville joue un rôle central et toute la solennité qui habite ses murs transparaît dans la musique. Le folk de Karen est épris de lyrisme lorsque sa voix s'élève au-dessus des contingences matérielles (« Ophélie »), doux et délicat (« Ma Douce »), mais est traversé d'éclairs épiques et d'intenses poussées de fièvre électrique (« Mélopée » ; « Sirocco ») traduisant une tension soujacente à l'image de l'orage qui a perturbé l'enregistrement et que l'on peut entendre dans le fond si l'on tends l'oreille. Le violon et la scie musicale, ainsi que le « cri tribal » du deuxième titre, participent de cette ambiance baroque (cf. « Muse » uniquement composé de voix et de percussions) et confère un soupçon d'étrangeté à cet album qui habitera longtemps quiconque aura la chance de poser une oreille dessus.

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samedi 13 février 2021

Bacchantes

 


Elles sont quatre, Amélie, Claire, Astrid et Faustine, musiciennes mais aussi, surtout, chanteuses lyriques. Et si l'on se permet d'insister sur ce point, c'est tout simplement parce qu'il résume à lui seul toute la singularité de ce groupe. Nous tenons là un groupe de rock comme on les aime, c'est à dire avec un certain sens de la retenue, comme une manière d'exprimer une colère rentrée, un don pour les riffs de guitare addictifs, tournant dans une boucle hypnotique et répétitive. Une sorte de rock garage en sourdine, mâtiné de psychédélisme, auquel l'harmonium indien apporte une touche exotique. C'est lorsque les voix entrent dans la danse que le disque bascule pour de bon dans le baroque. Les quatre voix s'élèvent à l'unisson dans un lyrisme intriguant, avide de poésie, que l'on a plutôt l'habitude d'entendre s'échapper de l’Église (enfin pour peu que l'on s'y rende). Un décorum original pour un groupe de rock mû par la tension sous-jacente. Il faut parfois accepter d'être déstabilisé pour accéder à la beauté.

https://www.facebook.com/bacchantesmusic/

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vendredi 12 février 2021

My Own Private Alaska : « Let this rope cross all the lands »

 


Parmi tous les clichés associés au rock, la présence obligatoire de la guitare est, très probablement, le plus tenace. Une assertion à laquelle My Own Private Alaska apporte un démenti sérieux en ayant décidé de se passer depuis leurs débuts, il y a près de quinze ans, de guitare et de basse. Ce qui n’empêche nullement ces musiciens de former un groupe de métal, un vrai, et ils sont même l'incarnation du genre la plus atypique de tous les temps. Les touches de pianos, frappées, fracassées, font un boucan équivalent à un mur d'ampli, les voix écorchées incarnent la fureur avec ou sans saturation, la batterie apporte la pulsation nécessaire, au débit de mitraillette. La tension est palpable, va crescendo, avec ou sans électricité. L'engagement des musiciens est total et se ressent bien au-delà de l'écoute de ces cinq titres. Finalement, l'auditeur ne remarque même plus les absences. Le grain de sable, incarné par le piano dans un tel contexte, l'existence même du groupe amène à se poser de nombreuses questions. Pourquoi un cliché existe-t-il, est-il possible de s'y soustraire, de faire autrement ? De toute évidence, ces musiciens ont trouvé la réponse, leur réponse. Et ce n'est pas là le moindre des mérites de ce groupe forcément précieux.

https://www.facebook.com/myownprivatealaska

https://difymusic.com/mopa






mercredi 10 février 2021

The Reducers : « Live : New York City 2005 »

 


Dans ce contexte inédit, voici une sortie qui nous fait particulièrement plaisir ! Alors que les salles sont fermées et que l'on a pas vu un vrai concert depuis près d'un an (une situation ubuesque qui aurait paru totalement impensable il y a 365 jours) pour les raisons que vous savez, les punks de The Reducers exhument de leurs archives ce concert de 2005 dans la grosse pomme. Redécouvrir l'adrénaline du live et l'électricité palpable qui flotte dans l'air les soirs de shows, transcende totalement les enceintes ! Même la reprise des Stones (« Get off of my cloud ») en ressort transformée. La performance ressort tel quelle, sans filtre, le set est rythmé par les silences et les brèves conversations entre musiciens, entre deux chansons. La prise de son est parfaite, les applaudissements ne sont pas trop envahissants, il en manque même un peu pour s'y croire vraiment. Mais pour le reste, c'est un pur bonheur de rock'n'roll, nerveux, carré et énergique. Il suffit de l'écouter en fermant les yeux pour croire à un monde meilleur. Ça fait du bien !

https://reducers.bandcamp.com/album/live-new-york-city-2005


mardi 9 février 2021

Brisa Roché et Fred Fortuny : « Freeze where U R »

 


Entre la chanteuse et le musicien, le coup de foudre artistique fût immédiat. Conçu comme un hommage à la grande tradition américaine d'Est en Ouest, du Brill Building à Laurel Canyon en passant par les comédies musicales de Broadway, le duo s'est scellé autour d'une passion commune pour les figures tutélaires comme Carole King ou Joni Mitchell. Mais, assez rapidement, la créativité débordante du duo a vite dépassé le simple hommage pour aboutir à cet hybride rétro-futuriste bien plus passionnant. C'est sur ce fil tendu entre le passé et le futur, que la voix de Brisa charme et joue à plein. La chanteuse est parfaitement à l'aise sur les ritournelles pop rétro (« Don't want a man » ; « Woman with a star » que l'on jureraient inédites en provenances directe des archives cachées de Phil Spector) ou ces airs jazzy au piano, « Blue Light », lui donnant l'occasion de renouer avec ses premières amours. D'ailleurs c'est ce titre « Blue Light » qui résume le mieux la démarche du duo : une chanson au charme rétro immédiat mais aux résonances très actuelles puisque traitant de l'addiction au téléphone portable. Ailleurs, le duo déstabilise franchement avec des morceaux aux allures d'abstractions électroniques (« Freeze where U R » ; « I Love You ») s'appuyant sur le passé pour imaginer l'avenir. Enfin, et ce n'est pas là la moindre des qualités de cet album, « Freeze where U R » est un magnifique album de voix, chanté à plein volume.

https://www.brisaroche.com/

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lundi 8 février 2021

Don Troop and Naked Spurs : « Hard Life »

 


Ils sont quelques-uns, comme lui, à traîner sur les routes poussiéreuses, l'âme en peine. Nul ne sait vraiment d'où ils viennent, encore moins où ils vont, mais une chose est sûre : ils ont des choses à raconter ! Don Troop est fait de ce bois, l'entendre, de sa voix cabossée, assurer que la vie est dure et le combat rude (cf. « Hard Life ») fout les chocottes et bouleverse le cœur. Surtout quand, comme c'est le cas ici, le discours s'accompagne d'un geste musical de grande classe, entre folk et blues-rock rocailleux, perpétuant la tradition de la musique étasunienne. En acoustique comme en électrique, d'un coup de pédale wha-wha inspiré, Don Troop ressuscite une époque avec beaucoup de feeling et du groove aussi (« You »). Mieux que nostalgique : intemporel ! On ignore encore comment se fait-il que l'on n'ait jamais entendu parler de lui avant (misère!) mais on n'a désormais une hâte : celle d'écouter l'album !

Sortie de l'EP le 12 février.

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