S’il est bien un groupe qui a marqué son époque, par son instrumentation unique, c’est bien Morphine qui, après réflexion et le recul du temps, est le groupe le plus marquant des années 1990. A ce titre, Mark Sandman (décédé en 1999), le regretté leader du trio a crée un truc unique. A la fois luthier, musicien et auteur-compositeur, ce dernier a inventé un instrument (une basse à deux cordes), écrit le répertoire autour dudit instrument et à fondé le trio (batterie et saxophone) pour l’accompagner dans cette aventure. Très peu de guitare, à l’exception de quelques titres, et pourtant un sacré groupe de rock’n’roll imprégné de swing, de jazz et de blues. Un truc unique vous disait-on ! Il faut donc une bonne de courage, voire d’inconscience, pour s’attaquer au répertoire de ce groupe au son si caractéristique, et ils sont très peu à s’être essayé à l’exercice de la reprise. Il y en a un qui n’a pas eu froid aux yeux, c’est le norvégien Bjørn Berge, qui se distingue déjà par son utilisation très personnelle de la guitare folk (la « stringmachine », la machine à cordes comme il se décrit lui-même). Piochant dans l’intégralité du corpus de Morphine, voire dans des titres obscurs et oubliés (« Potion »), Berge a choisi huit titres qu’il reprend dans une formule plus classique, guitare, basse et batterie. A la fois fidèle aux originaux tout en s’en écartant sensiblement, Berge réussit l’exploit de retrouver le feeling si particulier de Morphine. Sa voix est certes plus grave, de gorge, que celle de Mark Sandman, son approche générale est plus musclée mais le tout n’est pas exempt de swing (une composante essentielle du son Morphine) ni de feeling. Bjørn Berge est un artiste bien trop clivant pour faire l’unanimité chez les fans du trio, néanmoins voici un album propre à séduire les nostalgiques du groupe mais aussi de convertir les autres à ce trio essentiel.
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