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samedi 16 avril 2022

Mélodies pour Gainsbourg, La Dame de Canton, 14 avril 2022.


Daniel et Gilbert, les deux organisateurs des agapes du soir, nous avaient prévenus en ouverture de la soirée en envisageant cette dernière comme un voyage au cœur du corpus Gainsbourgien. Le lieu s’y prête particulièrement, une jonque sur le Seine, un écrin boisé, patiné par le temps et exotique. Ne manque plus que Corto Maltese fixant l’horizon de son regard sombre et on s’y croirait. Ils sont donc quatorze, issus de la scène indé parisienne, à se succéder, une reprise après l’autre. Un programme chargé mais harmonieux en dépit des incessants changements de plateau et autant de scènes cocasses. On commence avec Gilbert reprenant « Ford Mustang » accompagné de S.am (le nouveau nom de scène de Sarah Amsellem), laquelle se glisse à la perfection dans le rôle de Brigitte Bardot. Une mise en jambe avant les choses sérieuses quand la guitariste Lisa Portelli rejoint S.am. Une configuration guitare/voix assez inédite pour la chanteuse (qui a plutôt l’habitude de s’accompagner au piano ou au ukulélé). Se glissant avec malice dans les interstices laissés vacant l’une ou l’autre, la performance est riche d’enseignement. Se concentrant sur le chant, sans se polluer l’esprit à devoir jouer d’un instrument, S.am déclenche des torrents d’émotion. Un moment de grâce suspendu, sous le soleil exactement, dans les reflets mordorés du jour finissant, le soleil se couchant sur la Seine, magique ! On retiendra de cette soirée, le charme de Pauline Drand (« La Chanson de Prévert » qui sera reprise une deuxième fois en compagnie du chanteur de Collateral), la fureur fuzz psychédélique de la Bestyons (Olivier Azzano et Armelle Yons qui a ressorti sa flûte traversière pour la première fois depuis 20 ans) dont les éclairs électrise « L’homme à tête de chou » entrecoupé d’un petit bout de « Je suis venu te dire que je m’en vais » ou la basse de François Puyalto, la longue dérive psyché de « Variation sur Marilou ». En reprenant « Sorry Angel », Guilhem Valayé étonne (il sera d’ailleurs le seul à aller piocher dans cette période honnie, les années 1980, musicalement médiocre, ou en Gainsbarre, Gainsbourg n’était plus que l’ombre du lui-même). Et pourtant, seul à la guitare, tirant la substantifique moelle de la chanson, Guilhem en soustrait une beauté absente de l’originale. Grand moment ! S’il était un animal, le duo Pur-Sang serait incontestablement un Crazy Horse filant à travers les plaines, en direction de la ville fantasmée « New York USA », le temps d’une cavalcade folk rock échevelée. Le public est emballé. Pour être tout à fait exhaustif, Robi et Lembe Lokk ont complété la soirée avec charme et beaucoup d’humour pour la seconde nommée. Enfin, tout ce beau petit monde s’est retrouvé pour le grand final « La javanaise » reprise en cœur par le public refusant de quitter le navire, dans un grand moment d’émotion partagée.

vendredi 12 février 2010

Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar




Les avis sont très tranchés sur le « Gainsbourg, vie héroïque » réalisé par le dessinateur de bande dessinée Joann Sfar qui fait ici ses premiers pas au cinéma. D’aucuns s’empressent de trouver le film « nul et chiant », d’autres l’adorent… La première erreur est de considérer ce métrage comme un film, le générique et l’affiche nous donne une idée claire des intentions de l’auteur, « Gainsbourg » est un conte. Un conte dans lequel il faut rentrer et par lequel il faut se laisser porter. « Gainsbourg » n’est pas un biopic, Sfar a tenté, tant bien que mal, de livrer sa vision de l’artiste dont il est visiblement un grand fan. Il en résulte ce conte aux visions oniriques, cette étrange créature au nez et mains proéminentes qui poursuit Serge partout et que ce dernier appelle « ma gueule ». La première partie est la plus réussie et le Paris des clubs jazzy enfumés est parfaitement reproduit. Malheureusement, Sfar, réalisateur débutant, n’a pas eu les coudées franches pour réaliser « son Gainsbourg » et on touche là aux limites du projet qui a vite fait de retomber dans un certain académisme. Le film, pardon le conte, est en fait une succession de sketchs illustrant les différentes périodes de la vie de Gainsbourg. On retrouve le cliché selon lequel ce dernier est un « génie ». Eduqué à la musique à la dure (un coup de ceinture à la première fausse note), Gainsbourg avait en fait développé une certaine aversion pour le piano et rêvait plutôt de peinture. Pianiste médiocre, il ne jouait jamais sur scène ni sur disque. C’était, du moins à mon avis, surtout un homme de lettres, un parolier de génie se jouant des doubles sens et des sonorités, qui a réussi dans la chanson en étant extrêmement bien entouré. Les arrangeurs Jean-Claude Vannier (entre autres sur le chef-d’œuvre Melody Nelson) et Michel Colombier ont eu une influence considérable sur la partie musicale de son œuvre et n’apparaissent jamais dans le film. L’autre réserve que j’entretiens vis-à-vis de « Gainsbourg, vie héroïque » concerne la B.O, franchement pas terrible vu le sujet. Il faut préciser que Sfar n’a pas utilisé les versions originales, pourtant d’authentiques bijoux de la chanson française, mais a en fait constitué une sorte d’album hommage, composé de reprises. Reste les acteurs, excellents, Eric Elmosnino et Laetitia Casta, surprenants de mimétisme et la regrettée Lucy Gordon (décédée après le tournage). Mon conseil, allez voir « Gainsbourg » ne serait-ce que pour l’hommage rendu à ce grand artiste et aussi par ce que ce conte a une véritable ambition artistique. Mais surtout replongez-vous dans les disques, ces bijoux que sont « Melody Nelson », « Confidentiel » ou bien l’album avec Jane Birkin. On aimerait aujourd’hui retrouver un tel culot dans cette chanson pop française aseptisée…