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lundi 16 février 2026

Une Nuit dans le désert, Festival Sons d'Hiver, Maison des Arts, Créteil, 14 février 2026.

Quelle plus belle promesse que celle de passer une nuit dans le désert, alors que la neige tombe derrière la fenêtre à l’heure où sont écrites ces lignes… Une nuit dans le désert, c’est la nouvelle création du festival Sons d’Hiver qui se propose d’organiser la rencontre de plusieurs musiciens venu du Sahel, entre le Maroc et le Niger.

On débute avec deux fines pointures Majid Bekkas (gembri) et Jamaaladeen Tacuma (basse), un ancien musicien d’Ornette Coleman, entourés, entre autres, du guitariste Hervé Samb ou du balafoniste Aly Keïta. Le groupe ainsi constitué fait le trait d’union entre le jazz, le blues et la musique gnanoua. Les compositions sont assez longues pour laisser le groove désertique s’installer à plein. C’est le souffle du désert qui habite le swing et l’occasion d’un fabuleux dialogue entre gembri et guitare, les instruments se répondent, les musiciens s’écoutent sous le haut patronage du bassiste Jamaaldeen et de son injonction : « Talk to each other ». C’est beau un monde qui joue ensemble.


Après 20 ans et quelques de carrière le guitariste Bombino a réussi son pari de placer le Niger (un pays où la guitare électrique a été interdite pendant un temps) sur la carte du blues et du rock. Pour son retour sur scène le guitariste est accompagné de nouveaux comparses, une deuxième guitare rythmique ainsi qu’une chanteuse font leur apparition dans son groupe. Le set débute par deux titres joués en acoustique qui seront les moments, suspendus, les plus mélodiques de sa prestation avant que les choses ne s’emballent brusquement lorsque le batteur prend place et que les amplis sont branchés. Les premières minutes scotchent le spectateur sur place, soufflé par la puissance musicale, le feeling et la technicité de Bombino. Hélas, l’esprit décroche un peu sous les coups de boutoir d’un batteur survolté qui multiplie les descentes à mille à l’heure alors que Bombino répète les mêmes phrases à l’envi, tout au long de compositions interminables qui hypnotisent un temps avant de lasser. Une prestation un peu en demi-teinte donc mais qui n’altère en rien le parcours et la discographie de Bombino, un guitariste marquant de notre époque.

dimanche 9 février 2025

Nino de Elche + Jorge Prado Ensemble, Festival Sons d'Hiver, Maison des Arts de Créteil, 8 février 2025.

Cette année, le festival Sons d'Hiver met le cap sur l'Espagne et une tradition musicale séculaire, celle du Flamenco dont plusieurs versions modernes, et ouvertes à d'autres sonorités, seront délivrées tout au cours de la soirée.

Nino de Elche dont le spectacle s'intitule sobrement "Flamenco" et s'ouvre tel un film au cinéma, livre une interprétation brute de décoffrage de l'idiome. Entouré de deux guitaristes et de deux autres chanteurs, Nino de Elche livre une performance à vif, où les émotions sont livrées sans masque, ne s'exonérant pas de la douleur. Comme le sous-titre l'indique "Mausoleo de Celebration Amor y Muerte", l'amour et la mort se côtoient, le chanteur se livre corps et âme, les guitares expriment à la fois une grande douceur mais aussi une puissance phénoménale, proche, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, du heavy-metal. On ne sort pas totalement indemne d'une telle décharge émotionnelle, creusant profondément au fin fond de l'âme, celles des musiciens mais aussi des spectateurs.

Ancien compagnon de route de Paco de Lucia, auquel le spectacle rend hommage, Jorge Prado a à coeur de sortir le flamenco des sentiers battus pour l'emmener sur des chemins autres, suivants d'autres influences. Lui-même, saxophoniste et flûtiste, présente un profil atypique pour ce genre musical, basé sur les guitares et les percussions "palmas". C'est donc une grande formation qui prend possession de la scène. Un bassiste électrique, des percussions (cajon, cymbales, caisses), une guitare électrique et la flûte traversière de Jorge Prado, en constituent les éléments les plus surprenants. Mais la tradition est tout de même respectée. Une guitare classique, la sublime chanteuse Bego Salazar et la danseuse Karen Lugo (rappelant au passage la transversalité de cet art qui se joue, se chante et se danse) complètent le line-up. Nous constatons donc que deux formations se superposent dans le même ensemble, une classique et une autre plus aventureuse. Si aucun musicien n'a été présent sur la totalité du set, cela ne signifie en rien que le groupe manque de cohérence. Il s'agit plutôt de voyager entre plusieurs influences, sons et couleurs et d'adapter la composition musicale suivant le besoin de l'instant. Ainsi le groupe varie les plaisirs se rapprochant du jazz, du blues ou de la soul, avec un swing prononcé, se situant au confluent du jazz latin (on pense parfois au Brésil) ou manouche. Une longue dérive instrumentale à la guitare électrique flirte avec le free jazz et le blues, à certains moments la magnifique chanteuse Bego Salazar fait montre d'un coffre digne d'une chanteuse soul. Une sublime divagation.

https://www.sonsdhiver.org/


dimanche 18 février 2024

Leyla McCalla + Rihannon Giddens, Festival Sons d’Hiver, Maisons des Arts de Créteil, 10 février 2024.


Cette dernière soirée du festival s’inscrit sous le signe des retrouvailles au sommet, celles de Leyla McCalla et de Rihannon Giddens, toutes deux ex-membres Carolina Chocolate Drops et réunies le temps de ce plateau superbement pensé par l’équipe, de quoi nous consoler de la suppression (provisoire?) de l’habituel concert du vendredi en ce même lieu. Une seule soirée au lieu de deux, les temps sont durs…

Leyla McCalla, donc. Née à New-York, d’origine haïtienne et installée depuis quelques années à la Nouvelle-Orléans, la chanteuse a depuis entamé une exploration de la créolité sous toutes ses formes et tente de trouver des points de convergences entre la tradition musicale cajun (typique de New Orleans) et la musique haïtienne. En creux, c’est aussi une éloge de la francophonie, tous les participants faisant l’effort de s’exprimer dans la langue de Molière. En l’espèce, la violoncelliste et banjoïste s’est entouré de quatre musiciens, Louis Michot (chant, violon), l’immense accordéoniste Cory Ledet (spécialiste du zydeco) et deux percussionnistes haïtiens : Claude Saturne et Kebyesou. Une sorte de grand écart s’effectue alors devant nos yeux ébahis entre le violon (fiddle) et l’accordéon, tenants d’une tradition proche de la country et les percussions d’obédience plutôt africaine, pas très éloignées de la transe. Tout ce beau petit monde ainsi réuni réussit à jouer ensemble, confortant l’adage selon lequel la musique n’a pas de frontière. Un très beau moment.

La venue de Rihannon Giddens quant à elle fait figure d’événement immanquable tant la chanteuse (elle aussi également banjoïste) se fait rare sur scène de ce côté-ce de l’Atlantique. Un changement d’ambiance se fait immédiatement sentir dès les premières notes de la contrebasse, la puissance du groupe au grand complet (dans lequel on reconnaît Attis Clopton, l’ancien batteur d’Eli « Paperboy » Reed and The True Loves), guitares électriques et claviers, enveloppe immédiatement l’auditeur, en opposition à l’intimité ressentie lors de la première partie. Pieds nus sur son petit tapis de sol, la chanteuse dégage une puissance vocale phénoménale débordant d’émotions, idoine pour incarner ce subtile mélange de blues, soul et jazz teinté de folk traditionnel, incarné par le banjo. Enfin, nous avons vécu un grand moment d’émotion lorsque Leyla McCalla a rejoint sur scène (par deux fois) son ancienne compagne de jeu, comme le dit Rhiannon Giddens : « We go way back » (nous deux, ça remonte à loin). Une très très belle soirée. A l’année prochaine !



jeudi 24 février 2022

Sons d’hiver, Maison des Arts, Créteil, 19/02/2022


Il en aura fallu de la résilience aux organisateurs de Sons d’hiver pour, après deux ans d’arrêt forcé, pour organiser coûte que coûte ce dernier week-end de concerts, perturbé à la dernière minute par une grève massive dans les transports en commun. Soirée du vendredi annulée, on aura hélas perdu Anthony Joseph dans la manœuvre, les artistes ont été reportés au samedi pour un programme assez chargé. Et ce n’est rien de le dire, débutée à 19h, cette dernière soirée s’achèvera quasiment cinq heures plus tard, sur le coup de minuit !

On débute donc avec William Parker et cette création ambitieuse « Trail of tears – A continuum 1492-2022 ». Il s’agît d’un poème symphonique, récit de la relocalisation des nations Cherokee et Choctaw, une thématique entrant forcément en résonance avec le destin tragique des réfugiés de nos jours. Pour illustrer son propos, le contrebassiste William Parker se repose sur une formation de grande ampleur, avec sections de cordes et de vents, des danseurs et un chœur où se mélange récitants, chanteuses et chanteurs. Le résultat est à la hauteur des ambitions élevées de Parker et passe allégrement du classique au jazz, de la poésie saupoudrée d’un soupçon de gospel lorsque les voix sont mises en valeur, parfois free et expérimental (cf. les déroutantes stridences des violons) mais mené avec un sens du swing remarquable. Superbe !

La soirée se poursuit ensuite avec Hamid Drake, rien de moins que l’un des meilleurs batteurs de jazz au monde, pour un hommage à Alice Coltrane (décédée en 2007) mêlant une fois encore musique et danse. Le jazz fougueux et expérimental du batteur virtuose s’agrémente également d’électronique (un musicien sur scène est équipé d’un ordinateur portable) lequel ajoute une note bizarre mais restant relativement discrète. Sorte de grand huit faisant passer l’auditeur par tous les états on ressort un peu exténué par la performance, et sa déferlante de notes, passant d’un swing surexcité à des moments plus planants, mais néanmoins magnifiques.

On en serait restés là-dessus que l’on aurait déjà passé une soirée des plus consistantes. Mais ce n’était pas encore fini puisque The Master Musicians of Jajouka ont ensuite fait leur apparition sur scène. Encore une performance contrariée, non pas par la grève mais par la Covid, entre pénurie de vaccins et ouverture tardive des frontières marocaines, le groupe s’est présenté à quatre membres au lieu des sept initialement prévus. Mais comptant sur le soutien du groupe précédent, celui d’Hamid Drake, les maîtres du Jajouka nous ont proposé un grand voyage entre Amérique et Maghreb imposant la musique comme langage universel. Il est d’ailleurs très émouvant d’entendre Hamid Drake (l’un des meilleurs batteurs au monde rappelons-le) parler avec déférence du percussionniste Mohamed El Attar, invitant le public à l’écouter attentivement car « que l’on joue du jazz, du rock’n’roll ou de la funk, il y a toujours quelque chose à apprendre en l’écoutant jouer ». Belle leçon d’humilité.

samedi 4 février 2017

Archie Shepp + Matt Wilson Quartet, Festival Sons d'Hiver, Maison des Arts de Créteil, 03 février 2017.

Matt Wilson (c) John Abbott
Archie Shepp (c) Monette Berthomier

Avec le sens de l'à-propos qu'on lui connaît habituellement, le Festival Sons d'Hiver fête le centenaire de l'arrivée du jazz en France avec une soirée hommage à Sidney Bechet avec deux réinterprétations complémentaires de l’œuvre du musicien natif de la Nouvelle-Orléans.

On commence avec le quartet mené par le batteur Matt Wilson. Ancien compagnon de route de Charlie Haden, Matt Wilson est un magnifique batteur au swing élégant. Trouvant la note juste, refusant le concours de vitesse généralement associé au solo, Wilson brille par son sens du ralentissement. N'ayant pas froid aux yeux, le musicien n'hésite pas à démonter sa caisse claire pour en tirer des sonorités inédites et développe un feeling égale aux baguettes ou aux balais. Bien entouré par une contrebasse et des vents, parmi lesquels on note la présence de la française, Catherine Delaunay à la clarinette en invitée spéciale, le batteur a livré une relecture classieuse et intemporelle du répertoire. Un superbe moment de musique, tout en swing.


Après une pause d'une vingtaine de minutes, inhérente à l'habituel changement de plateau, c'est au tour d'un monstre sacré, le saxophoniste Archie Shepp de s'attaquer au répertoire de Bechet, qui a comme lui trouvé une terre d'adoption en France. L'instrumentation est légèrement différente, on note la présence du piano et laisse plus de place à la voix assurée par Shepp lui-même ou par la chanteuse Marion Rampal. La prestation se révèle plus personnelle et inclut également des compositions hommages de Shepp ainsi que des reprises qu'affectionnait Bechet (de Fats Waller notamment). La démarche se révèle à la fois aventureuse et nerveuse. Sur scène Shepp impressionne par sa stature et son apparente économie de mouvement, gestes précis et notes calculées autant que soufflées. Généreux avec le public le groupe à prolongé le concert aussi longtemps que possible avant de saluer le public jusqu'à la prochaine fois, enfin si tout va bien. Magnifique.

lundi 16 février 2015

Festival sons d'hiver, Maison des Arts de la Culture, Créteil, 13 et 14 février 2015.


Vendredi 13 février : Bien plus que « d'hiver », les sons proposés par le festival sont réellement « divers ». Preuve en est donnée avec le grand écart effectué ce soir avec deux formations, emballantes dans des registres très différents. On commence avec le jazz du trompetiste Ambrose Akinmusire, musicien dont on parle de plus en plus en des termes élogieux. Pour la création du soir, le quintet (piano, contrebasse, batterie, cuivres) d'Akinmusire se retrouve augmenté de deux membres, le guitariste Charles Altura et l'incroyable chanteur Theo Bleckmann, qui vocalise bien plus qu'il ne chante, usant de sa voix comme d'un instrument soliste. Le jazz, relativement classique par ailleurs, d'Akinmusire prend alors une tournure planante et rêveuse. Iréel. Le phrasé du trompetiste rappelle un peu Miles Davis, reste à voir si Akinmusire aura la même capacité de transformation que son modèle. Chouette prestation.

Traditionnellement ancré dans les musiques « Noires » au sens large (jazz, reggae, soul, blues etc...) le festival Sons d'hiver ouvre parfois une petite porte vers le rock, genre abordé sous un angle expérimental (Pere Ubu l'année dernière) et souvent instrumental, Tortoise ou Massacre, que l'on voit à titre personnel pour la deuxième fois sur cette même scène de la MAC de Créteil. Lorsqu'il déboule sur scène, le super trio composé du guitariste anglais Fred Frith, du bassiste star Bill Laswell et de l'inusable batteur Charles Hayward, prend possession de ses instruments pour ne les lâcher qu'une heure et quart plus tard. Nous assistons alors à un flot de musique, et de sons, ininterrompu. Si Massacre il y a, c'est bien celui des structures conventionnelles couplet/refrain/couplet. L'incroyable section rythmique maintient la baraque à flot alors que Frith part dans l'exploration de sa guitare, tirant de cette dernière des sons improbables usant parfois d'accessoires divers tels qu'une serviette pour recouvrir les cordes ou d'un archet. A la batterie, Hayward impressionne par son sens du swing et sa capacité d'accélération/décélération. Dans ce contexte Laswell fait preuve d'inventivité, son jeu est imprégné de reggae, et ses différentes pédales d'effets apportent une note saturée et distordue. Véritable exploit, on ne perds jamais le fil de ce « free rock » pourtant tortueux à souhait. Quel groupe !

Samedi 14 février : En ce soir de la Saint-Valentin, on retombe amoureux de la musique une nouvelle grâce à un magnifique plateau orienté blues, gospel et soul. Premier à ouvrir le bal, Otis Taylor est un bluesman à part. Il y a déjà sa présence, imposante, sur scène et son visage (à moitié caché par une casquette) qui est un roman d'aventures à lui seul. Une gueule, pour résumer mais aussi une voix grave et profonde. Accompagné de ses quatre musiciens (deux violons, basse et batterie), Taylor (voix/guitares) investit un champ blues/country/folk où se télescopent violons et banjo, instruments que l'on a pas forcèment l'habitude d'entendre dans la « musique du diable ». C'est surtout sur un plan rythmique que la chose impressionne, le groupe atteignant une sorte de transe quasi tribale (surtout la violoniste qui danse avec des mouvements assez amples). Composée d'un public d'abonnés, d'ordinaire assez sage, la MAC est cette fois-ci debout comme un seul homme ! On se croirait presque dans le sud profond. Belle ambiance. A noter une reprise très belle quoiqu'un peu longue de « Hey Joe » popularisée en son temps par Jimi Hendrix.

Dans un registre plus « sacré » c'est au tour des Campbell Brothers d'investir ensuite la scène. Fidèles serviteurs du gospel, les Campbell Brothers jouent une musique où les lap steel et pedal steel guitar (instruments se jouant assis, la guitare posée à plat) tiennent un place centrale. C'est un style de gospel bien particulier que l'on nomme le « Sacred steel ». Bien entendu les voix, multiples, sont de première importance. Le tout est rondement mené avec un solide sens du groove qui aide à faire passer le message, positif, sur une note festive. On est encore une fois emballé par le sens du spectacle du groupe qui se fait lever le public, applaudissant à tout rompre. Avec ça, on est paré pour la Messe demain matin !


On termine enfin avec des vielles connaissances, les Nantais de Malted Milk accompagné de la chanteuse Américaine Toni Green que l'on retrouve pour la première fois sur scène après avoir été épaté par leur album commun en fin d'année dernière. L'association se place dans un revival soul soyeux et groovy de qualité au moins égal à celui des productions Daptone. C'est dire à quel point nos Nantais maîtrisent cette idiome. La rythmique est à la fois souple et solide et l'orgue Hammond (Damien Cornelis également membre du Blues Power Band) enveloppe le tout de nappes de son chaud. Les interventions des cuivres sont toujours à bon escients et les guitares ramènent le tout vers le terrain du blues. La présence de la chanteuse de Memphis Toni Green (une ancienne choriste d'Isaac Hayes, ça vous classe le personnage) aide le groupe à s'ancrer dans ce territoire de musiques telluriques. Le chanteur/guitariste Arnaud Fradin relaye efficacement Toni au chant sur quelques titres, c'est aussi une présence réconfortante lorsque la chanteuse est prise par l'émotion au milieu de « Just ain't working out ». Le plateau que nous a concocté l'équipe de Sons d'hiver est tout simplement superbe pour finir ce dernier weekend du festival. Rendez-vous l'année prochaine pour les 25 ans du festival !

dimanche 24 février 2013

Tortoise, Festival sons d’hiver, Maison des arts et de la culture, Créteil, 24 février 2013.




Mélangeant les influences, électro, free jazz ou bien encore la musique de film, les chicagoans de Tortoise jetaient, au milieu des années 1990, les bases de ce que l’on appelle aujourd’hui, au gré des modes, le post rock ou le math rock. Et il faut bien comprendre que dans ces dénominations ce sont bien les termes de « post » ou de « math » qui sont les plus importants… Il en résulte une musique complexe, intellectuelle dont le format (10, 20 minutes par titre) déborde très largement de ce qui passe habituellement en radio. Cela peut-être selon les cas passionnant (l’album « TNT » de 1998 est une petite merveille) ou disons le franchement un peu rasoir. La remarque vaut également pour les compositions tantôt mélodiques, tantôt partant dans tous les sens possibles. Tortoise donc est ce soir sur la scène de la maison des arts et de la culture dans le cadre du festival sons d’hiver. Le concert est présenté sous l’égide d’une toute nouvelle association transatlantique, The Bridge, visant à favoriser les échanges entre musiciens français et étasuniens. La formation est donc complétée ce soir par des musiciens français invités, soit une petite dizaine de personnes installées sur scène dans une disposition rectangulaire : cuivres, deux batteries, autant de guitares, basse, piano et manipulations sonores diverses sont au programme de cette création totalement originale. Dernière précision avant d’entrer dans le vif du sujet, Tortoise, mené par le sorcier du son John McEntire, est un groupe exclusivement instrumental. Les débats commencent dans la confusion, chacun donnant l’impression de ferrailler dans son coin sans grande cohérence puis, après quelques minutes de maelström, le miracle survint et d’un coût l’ensemble prend toute sa logique. La musique est très fouillée et le moindre petit feulement de guitare à son importance. Le groupe part en général d’un gimmick de basse ou de guitare efficace puis extrapole ensuite autour pendant de longues minutes chacun y allant de son petit solo. Ruptures brutales, changements d’ambiances, de rythmes, instruments devenant d’un coup muet pour laisser plus d’espace aux autres… Les possibilités sont multiples et infinies. On passe ainsi du jazz à l’électro dans une sorte de déconstruction étudiée pour mieux reconstruire ensuite. Parfois déroutant et imprévisible, le résultat n’en est pas moins poignant. Et pourquoi me direz-vous ? Parce que c’est le jazz reste la clef ouvrant toutes les portes…

samedi 23 février 2013

Rainbow Shadow + David Murray + James Blood Ulmer, Maisons des Arts, Créteil, Festival Sons d’hiver, 23 février 2013.

Jef Lee Johnson


La soirée commence par une note très émouvante lorsque le speaker apprend au public, médusé, la nouvelle de la disparition, aussi inattendue que soudaine, survenue le 28 janvier dernier, de Jef Lee Johnson qui devait assurer ce soir la première partie. Et dire qu’un peu partout en ville, son nom orne les affiches du festival… Bluesman d’avant-garde, piochant aussi bien dans le rock que dans le free-jazz, le guitariste virtuose et chanteur laisse une discographie forte d’une quinzaine d’albums. Sessionman accompli on avait également pu l’entendre au côté d’Erykah Badu notamment. On avait fait sa connaissance lors de l’édition 2004, sur cette même scène de la maison des arts, du festival sons d’hiver dont il était l’un des habitués. Il était âgé de 53 ans et c’est une lourde perte. Un peu esseulé les deux membres restant de son trio ont décidé de recruter un nouveau chanteur/guitariste (mais pour combien de temps ?) et d’assurer le concert du soir sous le nom de Rainbow Shadow (rainbow étant le surnom de Jef Lee Johnson). Pendant une petite heure le trio ainsi reconstitué a revisité le répertoire du regretté guitariste de Philadelphie, non pas à la note près mais en « emmenant la musique dans une nouvelle dimension par ce que c’est ce que Jef aurait voulu ». Une prestation extrêmement émouvante et à cet égard l’étreinte du bassiste et du batteur le set une fois fini est bien plus forte que tous les discours possibles…

Changement d’ambiance ensuite avec une création originale dont le festival à le secret, la rencontre entre un big band de jazz swing (17 musiciens sur scène dont 11 cuivres) mené par David Murray et le bluesman old school James Blood Ulmer. Du jazz swing au blues ce sont deux facettes de la grande musique Noire Américaine qui se rencontrent ce soir. Au-delà de l’aspect cocasse, il est assez inhabituel d’assister à un concert de blues avec chef d’orchestre, surtout quand ce dernier ce met en tête de diriger le guitariste en plein solo, la création est absolument sublime. Cuivres puissants, orgue hammond B3, une formidable section rythmique d’une rare efficacité et enfin la voix et la guitare wha wha de ce vieux barde d’Ulmer. Que demander de plus ?  C’est un grand et beau moment de musique auquel nous avons assisté.

dimanche 19 février 2012

Archie Shepp et Joachim Kühn + Defunkt Millenium feat. Joe Bowie, Maison des Arts de Créteil, festival sons d’hiver, 18 février 2012.


Nouvelle édition du festival sons d’hiver et nouvelle soirée de prestige dans le cadre de la belle salle de la maisons de arts de Créteil.




On commence avec un duo de légende, à savoir le saxophoniste Archie Shepp, un pilier de la scène free jazz et qui a joué entre autre avec John Coltrane accompagné du pianiste Joachim Kühn. Pour cette nouvelle visite à sons d’hiver, Archie Shepp a donc choisi une formule simple où l’intimité domine, comme pour mieux faire résonner son saxophone solitaire dans la nuit francilienne. De fait le concert prend des allures de récital où tout un chacun écoute la musique religieusement. Il est question ici de musicalité et d’un dialogue touchant entre les deux virtuoses. Le pianiste Joachim Kühn aux doigts habiles alternent les changements de rythmes, poussant des accélérations folles allant jusqu’à frapper le clavier avant de ralentir considérablement le rythme alors que hurle la douleur du saxophone. Chaque composition est minutieusement fouillée dans les moindres recoins, ce qui donne lieu à de nombreux soli de chacun des deux intervenants. Malheureusement la prestation fut un peu gâchée par de petits soucis techniques et de fort malencontreuses saturations dès que Künh frappe son clavier un peu trop fort. Si la musicalité de la chose fût en tout point absolument passionnante, la prestation du duo a parfois manqué d’un peu de piquant. Un batteur aurait probablement été trop intrusif et aurait modifié la nature profonde du projet en brisant son intimité. Cependant une contrebasse aurait été la bienvenue et aurait apporté surtout du liant entre les deux intervenants. Une prestation remarquable malgré tout. On n’en attendait pas moins vu le CV des deux musiciens.
 
Joe Bowie, accompagné de son projet Defunkt Millenium a apporté un contrepoint après cette délicate première partie. On avait déjà pu admirer les talents de tromboniste sur la scène de la maison des arts à l’époque où il accompagnait Anthony Joseph. Il revient maintenant à la tête de son propre groupe, Defunkt, formation qu’il a crée au début des années 80 mélangeant funk, jazz et free jazz. Une prestation très rythmée donc, dansante même où se mélangent différentes sortes de jazz, parfois classiquement « swing » et parfois très free. Un peu à l’image de l’organiste qui alterne entre hammond B3 (on adore) et synthé 80s (là on adore beaucoup moins). Pour le reste un bon duo de souffleurs, saxophone et trombone et une section rythmique (batterie et basse électrique) qui va le pied au plancher. Le batteur est excellent mais me paraît tout de même un peu raide, crispé derrière son kit, probablement un effet collatéral du tempo parfois délirant du groupe. Le groupe aura néanmoins réussi à faire danser quelques grappes de spectateurs réunis dans les coins de la scène, pas forcément évident, vu la configuration de la salle, sans fosse, qui ressemble plus à un théâtre. C’est donc sur cette note festive que c’est terminée cette nouvelle édition du festival.

  

mercredi 16 février 2011

Carmen Linares, Maisons des Arts de Créteil, Festival sons d’hiver, 11 février 2011.


La programmation toujours impeccable du festival sons d’hiver nous a mené cette année du côté de l’Espagne en compagnie de la chanteuse flamenco Carmen Linares et de son spectacle Verso à Verso, divisé en deux parties : la première consacrée au chant ; la deuxième à une interprétation chantée des textes des poètes Lorca, Hernandez, Machado, Jimenez... Installés en arc de cercle, les musiciens sont aux nombre de cinq entourant Carmen Linares : deux guitaristes, les jambes croisées dans la position typique du joueur de flamenco, un percussionniste jouant du cajon (cette percussion en forme de cube sur laquelle on joue assis), la choriste et le dernier musicien accompagnant la musique par des frappements de mains. Carmen Linares habille de sa voix grave et éraillée les délicats arpèges de guitares, un timbre déchirant qui prend souvent la forme d’un cri de douleur. La musique nous ramène parfois du côté du blues dont le flamenco est peut-être un lointain cousin. La formule est évolutive parfois la voix est accompagnée d’une seule guitare mais c’est lorsque le groupe est au complet, et le son plus dense, que la séduction fonctionne à plein. Le flamenco est aussi un art de la danse et l’accompagnateur frappant le rythme des mains danse, sur un tapis installé au devant de la scène, dans une gestuelle ample accentuant la dimension dramatique, accompagnée de petits pas saccadés faisant office de claquettes ponctuant le rythme. Eprouvés par tant de tension le groupe relâche la pression en toute fin de soirée finissant le concert totalement débranchés, a cappella loin des micros, improvisant de petits pas de danse caractéristiques chacun à tour de rôle, un seul guitariste échappant finalement à l’ignominie.

dimanche 15 février 2009

Festival sons d’hiver 2009, maison des arts de Créteil, 13 et 14 février 2009.

Vendredi 13 février 2009 : Le dernier week-end du cru 2009 du festival sons d’hiver commence par un énorme coup de cœur pour le slameur Anthony Joseph et son bien nommé Spasm Band. Originaire de Trinidad, ce dernier nous a gratifié d’un concert aussi chaud (ça fait du bien) et humide que son île natale. Le Spasm band a la particularité de ne pas avoir un batteur mais trois percussionnistes, le mélange entre le djembé, typiquement africain, et les percussions latines créent une sorte de groove world assez irrésistible. Quant au batteur son kit est tellement réduit, une caisse claire et quelques cymbales, qu’il joue debout. Sur cet aspect « world » vient se greffer un saxophone typiquement free jazz, une basse très solide et une guitare wha-wha toute droit échappée d’une bande originale blaxploitation 70s. Et puis il y a notre lascar Anthony Joseph qui, finalement, chante beaucoup plus qu’il ne slamme et plutôt bien d’ailleurs. Belle voix, suave et chaude. Un bon chanteur donc et aussi un sportif accompli : 100 mètres, le long de la scène, saut en hauteur, gymnastique rythmique et sportive, contorsions diverses et variées, mais toujours en rythme. Quel athlète ! Il danse comme un dieu, la gente féminine adore. Showman accompli, il met le public dans sa poche dès la fin du deuxième titre. Le public s’agite devant la scène, ça chauffe dans les allées. Je suis assez fier de le dire, mais ce soir ça swingue sec dans ma banlieue de Créteil ! Il y eu un très beau moment quand Anthony Joseph a chanté avec pour seul accompagnement son guitariste, Christian Arcucci, qui porte des dread locks qui lui arrivent aux genoux, et public qui frappe des mains à l’unisson, comme le reste du groupe d’ailleurs. La communion entre l’artiste et son public est alors totale. Hélas, le concert s’achèvera bien trop tôt, les bons moments passent toujours trop vite de toute façon…

Changement radical d’ambiance avec Saul Williams l’autre slammeur qui a la lourde tâche de succéder sur scène à Anthony Joseph. Vous-vous souvenez peut-être de « Slam », film qui il y a une dizaine d’année a révélé Saul Williams. J’avoue que je l’avais un peu perdu de vue depuis. Pour son dernier opus Williams a été chercher une collaboration inédite avec Trent Reznor, le leader de Nine Inch Nails, qui artistiquement parlant est à son opposé. Donc sur scène, cela se résume à un déluge sonore entre électro et métal phrasé slam/rap en plus. A noter toutefois une reprise étonnante de « Sunday, bloody Sunday » de U2. Cependant il y eu dans l’œil du cyclone, alors l’énorme machinerie s’arrête, de véritables moments de poésie où Saul Williams déclame ses textes avec ardeur. Par contre la sécurité n’est pas à la fête, la scène est envahie par les spectateurs qui sautent dans tous les sens, les pauvres types de la sécurité sont complètement débordés, génial ! Saul Williams, pas un mauvais gars, congratule un par un le public venu le rejoindre sur scène et remercie tout le monde de s’être déplacé, c’est rafraîchissant et agréable. Et c’est sur cette note que s’achève cette avant dernière soirée.

Samedi 14 février : Comme l’année dernière, la dernière soirée du festival est consacrée à la Black Rock Coalition Orchestra qui délègue deux formations cette année. Tout d’abord, et il s’agit là du deuxième coup de cœur du week-end, The Yohimbe Brothers, le nouveau projet de la star, le guitar-hero, ex-Living Colour, Vernon Reid associé pour la circonstance à DJ Logic. Avec ce nouveau groupe, les deux partenaires dans le crime, revisitent la musique noire américaine du rock n’roll au hip-hop en passant par toutes les variantes jazz, soul et reggae qui soient. Et surtout, ils ont trouvé, tour de force, le point d’équilibre parfait entre efficacité, brute de décoffrage, binaire et expérimentation sonore, nappes synthétiques et scratches. La chanteuse à une très belle voix, soulful à souhait et le MC, Taylor McFerrin, apporte une touche hip hop plus moderne. Le résultat est assez irrésistible et échevelé à souhait. Les claviers, basse et batterie sont à l’unisson et nous ramènent dans des structures connues que DJ Logic se charge de faire exploser de l’intérieur à grands coups de scratches ravageurs. Un petit mot pour finir sur l’excellent batteur Don McKenzie, une montagne de muscles, entre force brute et swing.

Après cette excellente mise en patte vint ensuite l’événement du soir avec la toute première européenne de la dernière création de la Black Rock Coalition Orchestra, The Daughters of Nina, conçu comme un hommage (après celui à James Brown de l’an dernier) à Nina Simone. Elles sont donc 19 femmes, menées par la délicieuse Tamar-Kali, à mille lieues de ses assauts afro-punk-métal de l’an dernier, à rendre hommage à la grande Nina. Les 19 protagonistes n’interviennent pas en même temps, ce qui pourrait rapidement virer à la cacophonie, mais l’une après l’autre. Cela occasionne quelques flottements mais permet de varier avantageusement les ambiances, du quatuor à cordes à la section de cuivres. Seule la pianiste, Angela Johnson, est restée sur scène du début à la fin. Cette dernière s’est taillée un joli succès lorsque son tour de chant fut venu grâce à une interprétation toute en émotion chaleureusement saluée par le public. La pauvre, chavirée d’émotions, a fini le cœur au bord des lèvres et a aussitôt fondue en larmes. Autres grands moments les reprises de « Lilac Wine » avec les cordes et « Feeling good », interprété avec classe par Tamar-Kali. La batteuse Lauren Sevian a également été assez impressionnante, toute la soirée, c’est assez rare de voir des filles oser s’attaquer à cet instrument, il faut donc la saluer avec respect. C’est assez injuste pour les autres protagonistes mais la place manque pour les saluer toutes, elles ont été, cependant toutes excellentes sans exception. Et c’est donc sur cette soirée exceptionnelle que le rideau est tombé sur ce cru 2009 du festival sons d’hiver. A l’année prochaine.
www.myspace.com/yohimbebrothers
Anthony Joseph and The Spasm Band :

dimanche 24 février 2008

Festival Sons d’Hiver #2, Tamar-Kali + Black Rock Coalition Orchestra, Maison des Arts de Créteil, 23 février 2008.

Je me répète peut-être, mais je suis cette année encore, épaté par l’organisation du festival sons d’hiver, qui a, de nouveau, réussi un coup fumant pour cette soirée de clôture de l’édition 2008. La soirée new-yorkaise de samedi a tout simplement été exceptionnelle avec par ordre d’apparition la chanteuse Tamar-Kali puis The Black Rock Coalition Orchestra dans un concert « Salutes to James Brown ». Vraiment, réussir à attirer dans cette banlieue de Créteil des musiciens américains de classe internationale, cela relève de l’exploit. Exploit qui rend malgré tout, criant le manque d’actualité dans cette belle salle de la maison des arts le reste de l’année.

Donc, Tamar-Kali accompagnée de son groupe les « 5ive-Pieces » a assurée une première partie rageuse et franchement emballante. Chanteuse Noire, Tamar-Kali a une voix superbe soul. Ceci pour le fond. La forme, elle déroute, car son groupe est très rock voire même franchement métal. C’est assez étonnant, mais on accroche facilement, car les musiciens sont excellents. Ce mélange est issu d’un mouvement typiquement new-yorkais que l’on appelle l’afropunk. On pense aux BellRays (voir mes messages des 4 février et 4 juillet 2007) ou aux Noisettes (voir mes posts des 19 mars et 12 novembre 2007) mais en version encore plus rentre dedans. Pourtant, sous le déluge de décibels, c’est pourtant de la soul music que l’on entend, le batteur en particulier possède le sens du groove.


Groove, le mot est lâché et la transition toute trouvée pour évoquer la suite de la soirée et le concert hommage au soul brother number one. Derrière son clavier, Gene Williams donne le ton : « Nous sommes tous là pour la même raison, on adore James Brown ». Collectif à géométrie variable fondé en 1985 par Vernon Reid (le guitariste de Fishbone, absent ce soir) The Black Rock Coalition Orchestra est en mission pour remettre le rock n’roll à la place qui lui revient de droit, au sein de la communauté Noire, car sans le peuple Noir, il n’y aurait pas de rock n’roll aujourd’hui. Après avoir rendu hommage à Jimi Hendrix, Sly Stone et Stevie Wonder, le nouveau projet de la Coalition est consacré à James Brown. Et c’est un véritable big band qui a fait le déplacement jusqu’à Créteil. Trompette (Wayne Cobham), saxophone (Roger Byam), batterie (Fred Alias, à la frappe aussi impressionnante que celle de Buddy Miles), clavier, basse (Ron Munroe) et deux guitares. Bien évidemment, pour n’importe quel chanteur, il n’est pas aisé de se glisser dans les mocassins de Mr Dynamite. En sus des deux guitaristes (Michael Hill et Kelvyn Bell), il seront deux (Manchild Black et George Thomas O’Bryant aka GTO) plus une chanteuse (Queen Aminah) a tenter de relever le défi à tour de rôle. Des cinq vocalistes que l’on a entendu, GTO, qui possède une voix qui rugit autant que le moteur de la voiture du même nom, a le timbre qui se rapproche le plus de celui de James. Il est également le plus expansif sur scène et paye de sa personne pour assurer le show : roulades, grands écarts, sprints dans le public, l’athlète a probablement fini la soirée sur les rotules. Queen Aminah est la plus jolie du lot, talons haut et petites robes sexy comme tout, elle est aussi une chanteuse remarquable. Manchild Black a lui eu la faveur de la gente féminine, sa voix évolue plus dans un registre crooner, très émouvante par exemple sur « Try Me ». Musicalement le rendu brownien est impeccable, funky et rageur, aussi bon que les concerts de Fred Wesley (voir mes messages des 14 mai et 1er septembre 2007) auxquels j’ai assisté. J’ai particulièrement aimé « Payback », « Cold Sweat », « It’s a man’s world » (dans une version à tirer les larmes), « I feel good », « Get on the good foot »… Il ne faut cependant pas croire que l’on a assisté à un simple copié/collé. Le groupe s’est vraiment approprié la musique de James et s’est lancé dans des jams impressionnantes, chaque musicien aura ainsi droit à son solo. Cette impressionnante prestation s’est terminée dans la liesse avec « Sex Machine ». Plus personne n’est assis, le concert se termine à cappella et même le batteur s’est emparé du micro, avec pour seul accompagnement les battements de mains du public. Ouah, quelle soirée…

samedi 23 février 2008

Festival Sons d’hiver #1, Massacre, Maison des arts de Créteil, 22 février 2008.


Déjà, ça commence mal ! A peine arrivé à la Maison des Arts, une affichette nous informe que Joe Henry, victime d’une grippe, ne peut assurer le concert prévu ce soir. Aïe ! Il faudra donc se contenter du trio Massacre. Peu connu du grand public, Joe Henry c’est un sacré client qui va nous faire défaut. Comme producteur, Henry a travaillé avec Elvis Costello et Allen Toussaint, sur le sublime album « River in Reverse », Salomon Burke et la magnifique Bettye Lavette sur l’album de son remarquable come-back «I’ve got my own hell to raise ». Saluons tout de même la gentillesse de l’équipe de la maisons des arts qui, aussitôt, nous propose un remboursement voire une invitation pour la soirée du lendemain. Toutes les salles sont loin d’avoir ce genre d’attention pour leur public. Certaines salles parisiennes, bien plus prestigieuses, feraient bien de s’en inspirer.

Donc, le trio Massacre est un peu esseulé ce soir. Massacre a été formé au début des années 80 par le guitariste anglais Fred Firth accompagné par le bassiste américain Bill Laswell et le batteur, étasunien également Fred Maher. Leur premier album « Killing Times » deviendra culte, car pendant longtemps il sera le seul du groupe. Ce n’est que depuis 1998 que Laswell et Firth, accompagné d’un nouveau batteur Charles Hayward, ont décidé de réactiver Massacre.

C’est dans l’obscurité et dans un silence quasi religieux, tranchant avec l’ambiance habituelle des salles de concert, que le trio fait son entrée sur scène. Des ronds de lumière crue délimitent la place réservée à chacun. Maintenant, que faut-il retenir de cette heure et demie instrumentale et expérimentale. D’abord des moments de pure mélodie avant que le groupe ne s’engage dans un tunnel sans fin, malstrom sonore indescriptible. Dans une réminiscence zeppelinienne, Firth, les pieds nus, triture ses cordes de guitare à l’aide d’un archer. Bill Laswell, le bonnet sur la tête, donne aussi dans l’expérimentation, j’ai rarement entendu une basse aussi peu orthodoxe. Les trois musiciens sont virtuoses mais le batteur Charles Hayward, m’a réellement impressionné. Il a un jeu très fin et pose des fondations bien utiles aux deux autres qui me semblent un peu barrés. Musicalement Massacre se situe dans des eaux troubles entre finesse jazzy, groove funk et un torrent de guitare noise. J’avoue avoir un peu décroché par moment, tellement ce groupe demande une attention de tout les instants. Ce fut néanmoins une soirée intéressante.

samedi 17 février 2007

TORTOISE / THE EX, Festival sons d’hiver 2007, Maison des arts de Créteil, 16 février 2007



Deuxième concert en une semaine à Créteil, mais Diantre, que se passe-t-il dans cette ville où même la fête de la musique ne génère pas de semblables agapes ? La maison des arts est une salle agréable en forme d’amphithéâtre, mais qui sert aussi pour des pièces de théâtre, des one man shows, des spectacles de danse. Il n’y a pas de fosse et tout le monde est assis, mais les fauteuils rouges matelassés sont très confortables. Les cubes de différentes teintes de bleu sur les murs lui donne un air très seventies, mais surtout l’acoustique de la salle est parfaite. C’est ici que j’ai assisté à mon premier concert avec mes camarades de classe (maternelle ou primaire je ne sais plus) notre institutrice nous avait emmené voir Pierre Chêne (ou était-ce Henri Dès ?).

La programmation du festival est en général excellente. L’année dernière Linton Kwesi Johnson, la légende vivante du reggae avait donné un concert d’anthologie pour une très rare apparition scénique. En 2005, le brésilien Seu Jorge avait mis le feu créant une ambiance comme on n’en a jamais connu ici et enfin en 2004, le guitariste de Philadelphie Jef Lee Johnson et son trio de blues avait donné un excellent concert terminé avec une reprise du « spanish castle magic » de Jimi Hendrix. Cette année encore, l’équipe qui organise le festival a réussi un coup fumant en invitant Tortoise, groupe/collectif de Chicago, qui n’est même pas en tournée mais qui a fait le déplacement pour deux concerts européen et une unique apparition en France, ici à Créteil, chapeau bas ! Les vétérans néerlandais de The Ex (le groupe existe depuis 1979) complètent une affiche qui s’annonce un tantinet plus rock qu’à l’accoutumée, mais peut-on encore parler de rock en évoquant Tortoise ?

The Ex joue son set en premier, ils sont quatre : batterie, deux guitares et le chanteur, à noter l’absence de basse. The Ex est un groupe essentiellement rythmique et assez peu mélodique, déstructuré et somme toute assez expérimental. Avec eux, même la guitare devient un instrument de percussion. Les deux guitaristes, l’un est gaucher, l’autre droitier, jouent sur de superbes Fender jazzmasters et s’opposent dans une étrange symétrie. Ça frappe dans tous les sens jusqu'à atteindre une sorte de transe rythmique. Les vitupérations du chanteur dominent l'ensemble. Le groupe trouve un point d’équilibre entre Sonic Youth et Television. Le chanteur et les deux guitaristes n’hésitent pas à se lancer dans des acrobaties assez risquées, ouh là là les garçons, gare à la fracture ! L’un des guitaristes frotte ses cordes du plat de la main avant de mordre à pleines dents les cordes de sa guitare. Mais qu’est-ce qu’il fout ? Mon Dieu, mon prof de gratte ferait une syncope en voyant ça. L’ensemble est assez bruyant mais pour peu que l’on soit dans le bon état d’esprit c’est sympa.

A l’autre bout du spectre se trouve Tortoise. Depuis 1990, Tortoise, groupe totalement instrumental construit autour du batteur/producteur/ingénieur du son John Mac Entire, explose les structures du rock indé. Tortoise emprunte au Jazz (mais le plus free possible), à la musique électronique et enfin au rock indépendant. Ils sont cinq, disposés en arc de cercle. A chaque extrémité du demi-cercle, deux batteries se font face. Chaque musicien change régulièrement d’instrument. Aux classiques guitares, basses et claviers/samplers s’ajoutent vibraphone et marimba pour la note exotique. Le groupe est assez statique et commence son set avec une intrigante formation à deux basses avant d’utiliser une intéressante formule à deux batteries pour « Swing from the gutters » extrait du sublime album TNT (sorti en 1998). Le concert est excellent, évidemment avec un groupe aussi expérimental et difficile d’accès que Tortoise, on aurait pu craindre quelque chose d’assez clinique. Mais ce n’est absolument pas le cas, le groupe réussit à créer du swing en pleine expérimentation sonore, les trois musiciens se succédant à la batterie sont tous excellents.

A la fin, on assiste à la réunion, les quatre de The Ex rejoignant les cinq de Tortoise sur scène. Trois batteries et autant de guitares, le chanteur est obligé d’utiliser un mégaphone pour se faire entendre ! Très franchement on se situe là à la limite de l’écoutable, tellement c’est bruyant.