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samedi 27 janvier 2024

Bror Gunnar Jansson + Matt Van T., Festival des Nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, 26 janvier 2024.

Une programmation circonscrite aux musiques que l’on aime, entre blues, country, rock garage voire psychédélique et un soupçon de soul, dans le cadre roots, briques rouges apparentes, de La Maroquinerie, c’est toujours un plaisir éternellement renouvelé de retrouver le Festival des Nuits de l’Alligator pour bien commencer l’année (il s’agît quasiment des premiers concerts de l’année).

On commence l’année donc en bonne compagnie avec Matt Van T. Guitare folk en mains, harmonica autour du cou, et grosse caisse de batterie aux pieds, assis derrière son micro, Matt excelle dans l’exercice du one-man band, d’obédience country-folk. Accent sudiste fort prononcé plus vrai que nature, phrasé si typique de la country reproduit à l’identique, on en vient à se demander dans quel village paumé au fin fond des États-Unis l’équipe du festival est allé le débusquer. Il suffit pourtant d’écouter Matt parler au public, dans un français parfait sans le moindre accent, entre deux chansons pour comprendre que ledit chanteur est bien de chez nous. Illusion parfaite donc. Arrivé à mi-parcours de son set Matt empoigne une guitare électrique : Vous n’avez rien contre un peu de rock’n’roll ? Bah non, pardi ! C’est donc en mode électrique, garage, que le musicien a fini son court set de trente minute de haute facture.

Vient ensuite une vieille connaissance que l’on a plaisir à retrouver dans le lieu même où il a débuté sur notre sol, et dans le cadre du même festival, Bror Gunnar Jansson, toujours aussi élégant et apprêté. C’est que le Suédois en a des choses à fêter, dix ans de carrière professionnelle à plein temps, et le dixième anniversaire de son album « Moan Snake Moan » qui ressort pour l’occasion en vinyle dans une édition deluxe agrémentée d’un deuxième disque (ce qui double la durée de l’album initiale) sur lequel on retrouve, entre autre, un EP sorti la même année (qui avait échappé à nos radars à l’époque et dont on ignorait jusqu’à l’existence même). Toutes ces raisons sont bonnes pour donner à l’artiste l’occasion de renouer avec un exercice qu’il avait abandonné depuis des années : celui du one-man band, la guitare en mains et la batterie aux pieds. Celle petite nouveauté, le Suédois a récemment découvert l’usage du médiator (l’accessoire pour gratter les cordes de la guitare, pas le médicament à scandale) ! Pour le reste on retrouve l’univers du Suédois, soit une interprétation assez dark du blues, à la guitare nimbée d’effets sonores fantomatiques et au chant assez plaintif. Un univers plutôt lent contrebalancé d’accélérations soniques fulgurantes, le Suédois s’étant fait une spécialité de détourner les instruments de leur usage initial. Un set de très haute tenue.

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vendredi 4 février 2022

Bror Gunnar Jansson : « Faceless Evil, Nameless Fear »

 


Les dernières nouvelles que le Suédois nous avait laissées, ne nous avaient guère inspirées (cf. l’album « They Found My Body in a Bag », 2019). Sans doute arrivé en bout de course, après 10 ans à arpenter les scènes en solitaire, assurant à lui seul guitare et batterie, Bror Gunnar Jansson a ressenti un besoin de renouvellement. Première révolution, le chanteur est désormais accompagné d’un groupe. Deuxième révolution, autrefois thuriféraire d’un blues roots et rétro jusque dans son look de scène, Gunnar a désormais ouvert son horizon musical et n’hésite pas à lorgner vers le rock voire le métal stoner. Un changement qui sied plutôt bien à son univers dark où rode les tueurs en série et autres malfaisants. C’est donc un prélude au violoncelle qui nous accueille dans ce nouvel effort, avant le déferlement de riffs lourds et envoûtants (« I Can’t » ; « Breathe »). Nous ne sommes certes plus dans le blues au sens strict du terme, mais son influence est toujours là, rôde dans l’arrière plan, prête à nous sauter à la figure (« Cancer »). L’autre plus incontestable réside dans le groove hypnotique apporté par une véritable batterie, loin du rythme simple assuré par le chanteur lui-même autrefois, et qui fait réellement évoluer sa musique. Un Gunnar nouvelle formule, remarquablement produit sans fioriture inutile, et sans aucun doute son meilleur album depuis longtemps.

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mercredi 19 juillet 2017

Bror Gunnar Jansson : « And the great unknown Part II »


Après un premier EP sorti il y a quelques mois voici la deuxième partie du diptyque entamé par Bror Gunnar Jansson. Mis bout à bout, l'ensemble constitue le nouvel album du dandy Suédois et son œuvre la plus ambitieuse à ce jour. Car à l'écoute il semble évident que le terme de « bluesman » et s'applique plus à la musique du Suédois, trop à l'étroit dans le costume. Même si le ternaire reste une influence prégnante, la musique de Gunnar brille par ses arrangements et est d'une telle richesse que les styles s'y croisent autant qu'ils se mélangent. On y trouve du blues et du rock n'roll bien sur mais aussi des effluves mexicaines par le biais d'une trompette inspirée (cf. « Edward Young took his gun ») ou des relents de rumba (cf. « I ain't going down that road no more »), de gospel (« O'death ») et de country (« While I fight the tears ») fantomatiques. Au-delà c'est un véritable trait de fracture qui sépare la musique de Gunnar en deux. D'un côté on retrouve du rock n'roll fiévreux, sous influence garage, à base de riffs de guitare concassés d'une efficacité redoutable (« Moan snake moan part III », « The Lonesome shack », « He had a knife in his hand, part II »). Il est ainsi entendu que Gunnar s'y connaît en rock n'roll et son howl en ferait pâlir plus d'un. Rapide au sprint, Jansson aime aussi prendre son temps, parfois au-delà des dix minutes (cf. « The Preacher ») et livre des pièces d'americana hantée, faisant froid dans le dos par leur noirceur cinématographique, et on trouverait probablement de quoi nourrir des dizaines d'histoires de serial killer malade dans ce nouveau disque. Produit avec autorité et maîtrisé de bout en bout, ce nouvel album voit Bror Gunnar Jansson entrer, encore un petit peu plus, dans la cour des grands. 
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mercredi 15 février 2017

Les Nuits de l'alligator 2017



Avec sa programmation tournant autour du blues, du rock garage, de la soul et du folk/country, le festival Les Nuits de L'alligator fait notre bonheur depuis douze ans puisqu'on est sûr, d'une part de trouver des groupes que l'on aime et, d'autre part de faire de belles découvertes. Avec une programmation de haut vol, cette nouvelle édition n'a pas échappée à la règle, le tout dans le cadre intime et intrinsèquement rock n'roll de la maroquinerie. Retour sur les trois premières soirées parisiennes du cru 2017...

Jeudi 9 février : C'est aux Espagnols de Guadalupe Plata qu'il revient l'insigne honneur d'ouvrir les débats de cette nouvelle édition. Le trio, assez atypique, compte en son sein un musicien préposé à d'étranges instruments dépassant rarement les deux cordes en sus des classiques batterie et guitare. La musique est majoritairement instrumentale, twangue en diable et chasse sur les terres punk et blues, rappelant le Gun Club et autres RL Burnside. Déjà assez côté dans son pays natal, le groupe devrait conquérir l'autre versant des Pyrénées. Enfin, dans un monde parfait. Il y a quelques mois de cela, on s'était extasié sur le nouvel album des Sore Losers et leur prestation du soir ne fait que renforcer l'excellente impression laissée par l'album. Le set débute sur une note à la fois lourde et lancinante rappelant Black Sabbath puis vire vers un son rock n'roll garage brutal et sauvage bien aidé dans sa tâche par un chanteur charismatique et un guitariste maniant l'art du solo sans en faire des tonnes. Excellent de bout en bout, le groupe apporte une touche de métal qui jusqu'à présent faisait défaut au festival. Non, Boss Hog n'est pas le nouveau groupe de l'hyperactif Jon Spencer (Blues Explosion, Heavy Thrash). C'est même un projet très ancien, formé avec son épouse Cristina Martinez, dont les premiers pas discographiques remontent à 1990 et dont on avait perdu la trace à la fin du siècle dernier. Un retour remarqué, après 17 ans d'absence, c'est dire si l'événement est d'importance. La Maroquinerie est pleine comme un œuf, pas évident de trouver le spot idéal pour voir la scène (à vrai dire on n'y sera jamais totalement arrivé) mais on est littéralement emporté par la tornade rock n'roll ourdie par Spencer & Co. Contrairement à ses autres formations, cette dernière est plus fournie, claviers (pour une légère touche électronique assez rare chez Spencer), batterie et deux guitares. Les voix étant dans leur majorité assurées par Cristina Martinez qui harangue la foule dans une attitude foncièrement rock n'roll. Le son est énorme, le public assommé. Grand moment.

Vendredi 10 février : La soirée débute avec une jolie découverte, l'atypique trio King Biscuit, originaire de Normandie. Derrière sa jolie guitare vintage demi-caisse, Sylvain Choinier dispense un blues envoûtant de sa voix de gorge. L'ensemble est très rythmique, la formation est complétée par un batteur et un percussionniste, la transe n'est jamais bien loin. Une étrange petite guitare carrée (une mini Bo Diddley) et quelques discrètes notes de claviers gardent la routine à distance, faisant pencher la balance vers plus de modernité. Belle découverte. Lorsqu'il arrive sur scène Theo Lawrence et ses Hearts emmène avec lui son univers sous la forme de divers artefacts. Des plantes vertes et autres lampes chinoises font ainsi leur apparition transformant la maroquinerie en salon douillet. Situé au crossroads entre soul, blues et rock n'roll, l'univers musical de Theo transpire le raffinement et l'élégance, bien servi par sa voix de crooner et des musiciens de haute volée. Superbe exercice. On termine enfin avec Luke Winslow King, chanteur et guitariste venu de la Nouvelle-Orléans qui se produit pour la première fois dans nos contrées. Sorte de Jeff Buckley du blues, Winslow King enlumine son songwriting pop d'influences venues du blues, du jazz et du folk. Son groupe est remarquable, le batteur swing avec efficacité sur des patterns venus du jazz et la paire de guitaristes (dont Winslow King lui-même) maîtrise le bottelneck à la perfection. Hélas, la durée (trop longue) des compositions tends à en réduire l'impact. Une belle découverte quoi qu'il en soit.


Dimanche 12 février : Le plateau regroupant des artistes masculins est superbe. On commence par un chanteur dont l'album nous avait particulièrement impressionné en début d'année William Z. Villain. La complexité rythmique du disque laissait augurer une transposition scénique compliquée. Et ce fut le cas. Seul avec sa guitare et tout un attirail de percussions diverses, William passe de longues minutes, entre chaque morceau, pour mettre au point le pattern nécessaire à la chanson. La performance d'ensemble perd ainsi un peu de son impact. Fort heureusement, la personnalité fraîche, chaleureuse et enthousiaste de William aide à patienter. Visiblement heureux d'être sur scène, William emballe le public en moins de deux grâce à ses blagues et son français, approximatif mais charmant. Lorsque tous les éléments sont en place, la musique est une véritable beauté hypnotique, à l'image du magnifique « Her Song » de clôture ou du tube « Anybody gonna move » dont les méandres rythmiques rappellent l'Afrique. Un jeune artiste à suivre. Avec leurs chemises à carreaux et leurs stetson sur la tête, Karl Blau et son groupe œuvrent dans un registre différent, celui de la country raffinée et romantique. La pedal steel amène un indéniable supplément d'authenticité et la voix déborde d'âme. L'ensemble évoque comme une version tendre et assagie de Steve Earle. Magnifique. Lorsque Bror Gunnar Jansson, tiré à quatre épingles, arrive sur scène, le silence se fait dans la salle. Le public, comme impressionné par la stature de l'artiste, est dans l'attente d'un grand moment. De fait, un concert de Bror Gunnar Jansson est toujours un moment fort en émotions tant l'investissement du musicien est total. Ce sont ainsi mille tourments qui s'échappent de sa guitare et de sa voix. Ses accords déchirent l'air ambiant et le chanteur, les yeux exorbités, semble littéralement possédé. Limite flippant tant son esthétique est sombre. En formation one man band, assurant à lui seul l'ensemble des orchestrations, Gunnar impressionne et excelle, comme d'habitude.

samedi 7 janvier 2017

Bror Gunnar Jansson : « And the great unknown (Part I) »



2017 verra le retour de Frère (Bror en suédois) Gunnar Jansson avec une œuvre au long cours qui sera dévoilée au public en deux temps. La première étape interviendra le trois février avec la sortie de cet EP de sept titres. Sur la lancée de son remarquable album précédent, « Moan snake moan », Gunnar continue son exploration des bas-fonds, délaissant quelque peu le blues au sens strict, au profit d'une americana dark piochant également dans le folk. Une fois de plus, on est ébahis par le résultat. Il ne faut pas se laisser avoir par l'ambiance apparemment calme et acoustique de la chose, le disque est mû par une tension, qui prend l'auditeur à la gorge dès les premières secondes pour ne plus le lâcher par la suite. Remarquablement produit, il s'agît sans conteste d'un disque d'ambiance, sombre et cinématographique qui s'écoute comme la bande son d'un mauvais rêve (cf. « Ritual », « War Tubas »). Toujours hanté par des sons rugueux et primitifs, l'EP regorge de moments étonnants : « The ukulele blues » (un instrument dont il a généralement assez peu l'usage) , « Day/Night » en duo avec une voix féminine et l'excellente « At the diner » qui rappelle les sonorités garage des albums précédents.

Cet excellent EP est un avant-goût prometteur du prochain LP « And the great unknown (Part II) » dont la sortie est prévue au printemps 2017. Vivement la suite !

En concert le 12 février prochain à Paris (La Maroquinerie, festival les nuits de l'Alligator)


samedi 18 juin 2016

Butch McKoy + Bror Gunnar Jansson, la boule noire, 17 juin 2016.



Magnifique plateau en ce vendredi soir à la boule noire. On commence avec Butch McKoy, l'ex-leader des dingos psyché de I Love UFO reconverti en hobo country folk. Tatouages, barbe fournie et chapeau sur la tête notre bon vieux Butch navigue sur des eaux fréquentées naguère par Tom Waits et Captain Beefheart. Seul guitare acoustique en mains (un seul morceau électrique au programme) Butch évoque des paysages désertiques le temps de compositions suintant la poussière. Excellent.


Place ensuite au gros morceau de la soirée en la personne du bluesman Bror Gunnar Jansson. Difficile de décrire avec des mots la charge tant sonore qu'émotionnelle que provoque une prestation live du Suédois. Partout où il passe, Gunnar relocalise le Delta du Mississippi. Seul, arc-bouté derrière sa guitare, martelant les percussions avec les pieds (magnifiques chaussettes à pois multicolores soit dit en passant) Gunnar ressuscite à lui seul la puissance des White Stripes et autres Black Keys (ceux des premiers disques). Les traits du visage tirés à la serpe, façon Rutger Hauer dans Blade Runner, entre blues et garage rock, Jansson est un artiste rare pouvait clouer le public sur place dans un tonnerre de décibels en ternaire, dégoulinant de rage, ou sécher le cœur de son audience de son americana dark. Le regard fou et exorbité le musicien, timide maladif dans la vie, se transforme une fois sur scène chantant des histoires de serial killer (entre autres joyeusetés) chapeau sur la tête et costume de dandy telle une créature du passé débarquée par accident. Évidemment, on l'adore. Et vu le volume des applaudissement à la fin, on n'est pas les seuls.
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mercredi 15 juin 2016

Interview avec Bror Gunnar Jansson



Avant de prendre d'assaut la scène de la boule noire de son show incendiaire, pour deux soirs de suite, Bror Gunnar Jansson, le très dark bluesman suédois, a accepté de se soumettre à la question...

Comment as-tu découvert le blues ?
Bror Gunnar Jansson : J'ai découvert le blues et bien d'autres musiques grâce à mon père. Il est musicien, bassiste.

Tes chansons ressemblent à des histoires, le cinéma a été une influence important pour toi ?
B. : Absolument. Lynch, Jarmusch, Gondry, Hitchcock, les frères Cohen, Argento, Sofia Coppola, Roy Andersson, Karismäki, Jeunet & Caro sont de grandes sources d'inspiration. Le fait de lire beaucoup de comics books (The Phantom, Asterix, Lucky Luke, Mega Marvel, Spider Man, Tintin) en grandissant m'a inspiré pour les histoires et les images.

Tes concerts sont assez intenses, comment te sens-tu sur scène ?
B. : Sur scène je ressens beaucoup de choses et je pense à beaucoup de choses aussi. Mais le plus important pour moi c'est de ressentir la connexion avec le public, l'énergie peut circuler librement entre moi sur scène et le public. La communication, c'est vraiment l'ingrédient clé pour faire du concert une expérience à la fois bonne et intense.

Tu as des inscriptions sur ta guitare…
B. : « Oh death, where is thy sting. » (Oh mort, où est ton dard, ndlr).

Le mal, la mort, il y a quelque chose de fascinant.

Pourrais-tu nous parler de William Joseph Dean, un personnage récurrent de tes chansons ?
B. : William est un de mes personnages préférés. Il est en partie inspiré d'une vieille légende de ma ville natale. L'histoire d'un sheriff maléfique, en partie inspirée par un des personnages de « Pretty Polly », une murder ballad traditionnelle. Sa mère s'appelait Mary Lee, une personne très religieuse, ayant peur de Dieu, qui pense que le mal se cache derrière toute source de plaisir. William est tombé amoureux de Polly étant jeune, avant de la tuer sans raison. Après, il devient de plus en plus vicieux, tue et mange ses victimes. Finalement, ses concitoyens de sa ville, Muddum, trouvent le courage de l'arrêter. Ils forment une sorte de mafia. William est attrapé, pendu et décapité. Mais plus tard, William revient d'entre les morts pour les hanter. J'ai enregistré plusieurs chansons sur William : Mary Lee, Pretty Polly, William Joseph Dean, He had a knife in his hand, William is back, Mean Old Billy's cry for freedom (j'ai enregistré cette dernière avec le groupe Det Blev Handgemäng).

Comment se fait-il que ton univers soit aussi sombre ?
B. : Ce genre d'histoire c'est vraiment mon truc. Le mal, la mort, le fait que les choses peuvent mal tourner, il y a quelque chose de fascinant.

Et pour finir, où est-ce que tu achètes tes fameuses chaussettes (rires) ?
B. : Je les achète chez un vieil homme appelé Sverker. C'est le propriétaire d'une vieille boutique abandonnée spécialisée dans les costumes et accessoires de cirque dans la banlieue de Göteborg.
Propos recueillis par email le 14 juin 2016.
En concert les 16 et 17 juin à Paris (La boule noire) avec Hoboken Division et Butch McKoy


mercredi 13 avril 2016

Bror Gunnar Jansson, Institut Suédois, 12 avril 2016.



C'est dans le cadre du nouveau festival Polar, consacré à la culture nordique, que le bluesman Bror Gunnar Jansson a investi l'écrin intime de l'institut Suédois, sis dans le Marais, pour un concert intense et absolument tourneboulant. Savamment looké façon vintage, chapeau, costume trois pièces à rayures et chaussettes absolument délirantes (l'artiste a l'habitude de se déchausser sur scène) notre bluesman Suédois excelle dans l'exercice, compliqué, du one man band, assurant à lui seul la guitare et l'assise rythmique grâce à une caisse claire, une grosse caisse et une cymbale charleston dont il joue avec les deux pieds. Dès les premières notes, c'est une boule d'émotion qui nous prend à l'écoute de l'artiste. Littéralement habité par la musique, les yeux clos ou totalement exorbités, Gunnar nous fait même un peu flipper lorsqu'il chante les histoires de serial killer, que, visiblement, il affectionne. Faisant de la noirceur sa marque de fabrique, débarrassant sa musique de ses rares oripeaux (saxophone, cordes) dans le contexte du live, Gunnar touche au cœur et dégage, à lui seul, autant d'énergie qu'un power trio. Un ange passe parmi les spectateurs, silencieux la plupart du temps, captivés par la performance du Scandinave. S'éloignant parfois des rivages du blues pour se rapprocher d'une americana gothique, Gunnar sait également faire preuve de mesure, alternant morceaux enlevés et douloureusement lents. Un concert dont l'intensité, la variété, dépasse très allègrement le cadre, restrictif au possible, du one man band. Une claque.
En concert le 16 juin à Paris (la boule noire) avec Hoboken Division

http://www.polarfestival.com/

mardi 22 mars 2016

Bror Gunnar Jansson : « Moan snake moan »



Le stupéfiant bluesman Suédois revient nous hanter avec un deuxième album habité. S'écartant des chemins balisés du blues, l'artiste scandinave élargit sa palette sur ce nouvel effort usant d'instruments jusqu'ici inédits dans son univers : le saxophone, le pump organ ou le banjo sont autant de nouveaux ingrédients destinés à varier les paysages sonores, plus proches par moments de l'americana tendance dark que du blues pur et dur (« New Mountain ballad n°1 »). C'est peu dire que Jansson est le genre d'artiste qui vous prend aux tripes quitte à vous étouffer littéralement. La tension qui habite « One for earth » est palpable, à couper au couteau. Ailleurs, Bror (aka Gugges Enmanna) renoue avec le climat sombre et inquiétant, la marque de fabrique qui habite ses compositions où les meurtriers ont le premier rôle (« William is back » suite des aventures de l'assassin William Joseph Dean ; « He had a knife »). Notons pour finir l'extraordinaire reprise du « Ain't no grave » de Brother Claude Ely où la voix et les guitares déchirées font des merveilles et transportent la chanson sur un étonnant terrain garage rock. L'album a reçu le coup de cœur de l'académie Charles Cros, une récompense amplement méritée pour cet artiste singulier.


dimanche 20 mars 2016

Bror Gunnar Jansson



Puisque la musique est un langage sans frontière, partons aujourd'hui à la découverte d'un personnage fascinant : le bluesman Suédois Bror Gunnar Jansson. Ce premier album est d'abord sorti de manière assez confidentielle (100 exemplaires produits et rapidement épuisés) dans sa Suède natale avant d'être réédité par l'excellent label, français de surcroît, Normandeep blues, cocorico, saluons l'initiative au passage ! Bror Gunnar Jansson excelle dans un exercice assez compliqué, celui du one-man band, autrement dit le musicien qui fait tout, tout seul la guitare sur les genoux et deux pédales aux pieds pour assurer la batterie, en l'espèce le flight case de sa guitare faisant office de grosse caisse ! Entièrement enregistré live, ce premier album distille un poison malsain et venimeux. Dès les premières notes, Bror instille un climat lourd qui ne fait que s'appesantir au fil des morceaux. Le disque commence de manière assez cérémonieuse avec « Dead Cold Hands », tout est dit dans le titre, martèlement martial de la grosse caisse, guitare lourde et traînante, Jansson traîne le blues du fin fond de l'âme humaine pour le ramener sous la lumière blafarde d'un lampadaire. Sa voix de gorge, au timbre profond, sort littéralement des tripes, on jurerait redécouvrir un vieux bluesman oublié du Delta, plus vrai que nature ! Avec son climat inquiétant (le tueur William Joseph Dean, personnage récurrent de son œuvre) et son ambiance sombre, Bror Gunnar Jansson livre un album dense dont on ne revient pas tout à fait indemne.
En concert le 16 juin à Paris (La Boule Noire).