dimanche 19 août 2018

France de Griessen : « Orpheon »



Artiste pluridisciplinaire (musique, poésie, comédie, aquarelles...), France de Griessen ne pouvait se contenter d'un album balancé en streaming sur la toile. Se faisant forte de réhabiliter l'objet physique, France a conçu son nouvel effort sous la forme d'un livre disque. L'objet est beau, désirable, le toucher délicat du papier fait un bien fou en ces temps de digitalisation forcée. Pour l'auditeur c'est également une expérience particulièrement immersive puisque le livre regroupe, outre la totalité des paroles, des notes explicatives expliquant la genèse de chaque titre, et l'ouvrage est richement illustré d'aquarelles de l'artiste et de nombreuses photos documentent l'aventure californienne de ce nouvel album. Car ce fût une aventure… En effet, ce nouvel album marque une évolution significative dans la carrière de France : la volonté de s'assumer comme une musicienne accomplie. Ce nouveau disque a été enregistré en petit comité, France et sa guitare, accompagnée du producteur Jamie Candiloro. A eux deux ils ont enregistré, à Los Angeles, l'album dans sa totalité. Le cœur de l'inspiration de France réside dans le punk, mais sa volonté était de faire un disque folk à son image, punk et acoustique, folk mais sauvage (« Tell me why », « A taste of you »). Ici point de balades gentillettes grattouillées sur des cordes en nylon mais un disque transpercé par des éclairs percussifs (« Civil War »), l'accent ayant été mis sur le rythme, la pulsation, la percussion qui prend ici diverses formes, psychédéliques et orientalisantes sur le premier titre « The Chosen One » (qui rappellent un peu le travail du batteur de Tool, Danny Carey, avec les tablas) mais qui le plus souvent incarnent l'élément « sauvage » de l'équation (cf. « Orpheon »). Enfin, l'album met en évidence le lien profond entretenu par l'artiste avec la nature. Une ballade en forêt, le chant des oiseaux ou une fleur sont autant de motifs d'émerveillements ou d'inspirations pour la chanteuse, qui, ici, ne se prive pas du plaisir d'arranger ses morceaux au moyen de bruits enregistrés au hasard comme le crépitement d'un feu de cheminée. Ainsi, l'album se termine de la plus belle des manières avec le bruit du roulement de vagues enregistrées sur la plage. Une manière de dire que l'on aborde le rivage signifiant la fin de ce magnifique voyage. 

L'album est également disponible seul au format digital.

https://francedegriessen.bandcamp.com/album/orpheon
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samedi 18 août 2018

Ian Siegal : « All the rage »



C'était en 2008. Une voix venue d'outre-tombe éructait « Who's gonna take my damn soul » sur l'album « Road movies » de l'harmoniciste Greg Zlap. Cette voix, qui avait tant marqué à l'époque, c'était celle de Ian Siegal, un personnage fascinant autant pour son talent, sa prestance et sa voix que pour son mode de vie supposément « décalé ». Autant dire que l'on s'est fait une joie de recevoir son nouvel album, le douzième d'une carrière s'étalant sur trois décennies (!) le tout dans un relatif anonymat... Donc, la chose s'intitule « All the rage », toute la rage, titre auquel on serait tenté d'ajouter l'adjectif « contenue ». En effet le blues de Siegal repose sur un équilibre délicat entre sa fameuse voix, râpeuse, qui possède un petit quelque chose de Tom Waits et de Calvin Russell, un vécu dont le blues traverse les cordes vocales, et la musicalité extrême du groupe qui l'accompagne. Des pointures dans leurs domaines respectifs : les guitaristes Jimbo Mathus et Dusty Cigaar, le bassiste Danny Van't Hoff et le batteur Rafael Schwiddessen. La bande des quatre tisse une toile classique et élégante dont la fluidité rappelle celle de Robert Cray. Tout le charme vient de cette opposition, le grand écart, entre le timbre de gorge, écorché, tabagique, faîte pour le blues, du chanteur et l'accompagnement faussement sage, car les apparences sont trompeuses et, derrière le calme apparent, l'orage gronde (« One-eyed king »). Le résultat est un disque hallucinant traversé d'éclairs baroques (« Jacob's ladder », « Ain't you great ? ») et d'effluves country sur les titres les plus acoustiques (« Won't be your shotgun rider », « My flame »). Un magnifique voyage. Puisse ce nouvel album ouvrir à Ian les portes d'une large reconnaissance amplement méritée. 

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vendredi 17 août 2018

Shane Guerrette



Du folk psychédélique (« Ivory and gold ») au rock teinté de blues et de soul (« Good times »), le jeune impétrant Shane Guerrette a, visiblement, beaucoup écouté de disques dans années 1960 et 1970, influence majeure qui constitue aujourd'hui le cœur de sa musique. Un décade magique dont il a parfaitement intégré les codes, de quoi donner un petit air de Black Crowes (cf. « Runaway blues ») a son premier EP. Parfaitement produit et bien écrit, cette première livraison constitue en soi un aboutissement. On peut toutefois regretter le côté patchwork du disque, sautant d'un genre à l'autre, qui brouille un peu l'écoute et dans laquelle on peine encore un peu a distinguer une véritable identité. C'est le majeur du disque, son côté scolaire auquel il manque un peu de folie, une prise de risque ou une signature personnelle. Un défaut de jeunesse qui se gommera probablement avec le temps, une simple question de maturation. Bien peu de chose dans le fond au regard des promesses ici esquissées. Car les débuts sont pour le moins encourageants… 

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jeudi 16 août 2018

Ben Harper et Charlie Musselwhite : « No mercy in this land »



Et dire qu'on pensait qu'il s'agissait d'un one shot… Quel ne fût pas notre plaisir lorsque l'on a appris, au printemps dernier, que la collaboration entre Ben Harper et l'harmoniciste vétéran Charlie Musselwhite allait connaître une suite après un premier effort commun « Get Up » sorti en 2013. Surtout quand cette dernière se révèle de cette qualité. On connaît tous Ben Harper, une idole des nineties qui a le bon goût de particulièrement bien vieillir, le guitariste et songwriter inspiré, le chanteur au timbre de voix émouvant. Et pourtant on a l'impression de le découvrir sous une nouvelle facette. Car l'âme de ce disque vient de l'harmonica de Musselwhite. Sa seule présence propulse Harper dans une nouvelle dimension, celle des classiques. Chaque ligne d'harmonica charrie avec elle un torrent de vécu, d'émotion (cf. le morceau titre « No mercy in this land », climax émotionnel du disque), et poursuit une lignée entamée il y a bien longtemps quelque part entre le Sud et Chicago. « Bad Habits », « Love and trust », « The bottle wins again » autant de titres sortant en 2018 et qui auraient aussi bien pu être enregistrés dans les années 1960. C'est là que réside tout la différence avec la cohorte des suiveurs revivalistes. Le duo ne cherche pas à recréer, il poursuit une œuvre, s'ancre dans une tradition. Décidément, Ben Harper n'est jamais aussi inspiré que lorsqu'il collabore avec ses aînés (cf. son album enregistré en 2004 avec les Blind Boys of Alabama)… 

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mercredi 15 août 2018

Tio Manuel : « Dos Tios »



Tio Manuel est un duo composé de Manu Castillo (guitare, voix, harmonica) et Gilles Fégeant (dobro). Le communiqué de presse nous apprend qu'il s'agit là de leur sixième effort : comment un tel groupe a-t-il pu passer entre les mailles de notre filet aussi longtemps ? Sixième album donc, qui s'articule autour de deux choix artistiques forts : enregistrer un disque acoustique et chanter en espagnol la majorité des titres, langue natale du chanteur Manu. Deux choix déterminants donnant une identité forte au groupe et une signature sonore qui permet au duo de se démarquer du tout venant blues. Chanter dans sa langue natale, voilà un conseil qui pourrait s'appliquer aux trois quarts des scènes rock et blues d'ici. Ici point de pose ou d'idiome mal maîtrisé. Au contraire, le chant de Manuel y gagne un plus incontestable en termes de véracité. Son expression transcende la barrière de la langue, chaque mot pèse son poids, le vécu transperce les cordes vocales du chanteur. Qu'importe si l'on a gardé quelques vagues souvenirs des cours d'espagnol du lycée (mea culpa), l'émotion est bien là, palpable et encore renforcée par le timbre rocailleux du vocaliste. C'est même presque mieux ainsi, l'imagination travaille à plein et s'invente des romans imaginant ce que peuvent bien cacher ses mots mystérieux servis par une voix d'outre-tombe. Le destin de quelques âmes perdues au fin fond d'un bouge interlope en tôle ondulée peut-être ? Les titres en anglais semblent un brin pâlots, scolaires, en comparaison. Ce choix de l'espagnol est corroboré par l'acoustique du disque, la grain et la chaleur des guitares sèches renforce la latinité du projet, la cohérence est parfaite. Le tout y gagne en intimité sous laquelle gronde l'orage. Car aussi chatoyant soit-il on sent le feu brûler dans les doigts des musiciens. Un superbe moment de musique, c'est aussi simple que cela. Merci. 
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mardi 14 août 2018

Hooka Hey : « War Cry »



Cela fait un petit moment que nous étions sans nouvelle d'Hooka Hey... Relocalisé à Austin, Texas, Hugo, chanteur de son état, sort un mini album de sept titres (disponible en digital uniquement) enregistré avec une nouvelle incarnation, étasunienne, du groupe. Au plus près de ses inspirations musicales, Hooka Hey vit probablement un rêve éveillé et la musique du groupe en est bouleversée… Certes, l'univers du groupe reste le même, entre blues et gros rock 70s, mais l'ensemble s'est considérablement densifié. Le bottelneck creuse un peu plus profondément le sillon du blues (cf. les huit minutes de « Burn »), l'écho des guitares d'obédiences stoner résonnent plus lourdement (« Bullseye »), plus violemment (« Expected Rejected »). Ainsi, Hooka Hey fait l'aller retour entre ces deux extrêmes, parfois au sein du même morceau, et part en toupie, invente des lignes de guitare baroques (cf. « Coney Island »), étire les chansons à l'extrême (les sept minutes de « Twisted Reality»), joue de la répétition hypnotique (« Herlock ») et parsème le tout d'effets bizarroïdes qui donnent le tournis tout en réinventant une nouvelle manière de psychédélisme, traditionnel -pas la moindre trace d'électronique ici- mais cependant moderne et sans clichés nostalgiques. Etourdissant ! 

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lundi 13 août 2018

Theo Lawrence & The Hearts : « Homemade Lemonade »



Ce premier album appartient à une catégorie rare. Celle de ces disques qui sonnent immédiatement familiers aux oreilles des auditeurs. Intemporels, qui en rappellent des milliers d'autres tout en proposant un contenu frais et original. Un classique immédiat. Et il faut dire que pour un premier album, Theo Lawrence et son groupe The Hearts fait fort. La chose est située dans un espace temps très précis. Une sorte DeLorean musicale qui nous ramène immanquablement aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, début 1970. C'est là que se situent, assurément, les racines qui ont produit ce magnifique album de rock’n’roll soulful (« A house but not a home »), teinté de folk (« Who was I »). Theo Lawrence n'a que 22 ans et on doit se pincer pour y croire, tant l'album est maîtrisé tant sur le plan vocal (écoutez le râle sur la coda de « Heaven to me ») que musical. Produit avec un sens du détail qui confine à la maniaquerie, l'album dégage une âme, une atmosphère, une ruralité de bon goût comme un couché de soleil sur les champs de blé ("Shaghai Lady"), entre un bon vieux Creedence (« Chew me up ») et un classique de la soul sudiste (« My Sunshine is dead », « Sucker for love »). Excellent. 

En concert le 25/08 à Rock en Seine
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jeudi 9 août 2018

Nevermind The Car : "EP2"



Qu'il s'agisse du musicien en tournée, de quelques notes sortant de l'autoradio pour accompagner le voyageur occasionnel ou de tout ceux qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, ont une passion pour l'automobile et adorent écouter la musique en conduisant, la route, et par extension la voiture, est indissociable de la musique. Heureuse chance, le groupe, bien nommé, Nevermind The Car, vient de sortir le disque idéal pour faire groover l'autoroute, un nouveau compagnon de voyage que ce nouvel EP, quelle merveilleuse nouvelle ! Et, pour ce faire, le trio (quatuor sur scène) a mis au point un mélange des plus efficace au croisement des années 80 et 90. Deux influences parfaitement digérées ici, ces six titres s'avérant plus intemporels que nostalgiques. Des années 80, le groupe garde un certain spleen, pas nécessaire flagrant au premier abord, mais lancinant, perceptible dans quelques nappes de claviers ou un désenchantement perceptible dans la voix (cf. « Elastic », « Angels Fall »). De la décennie suivante, les années 1990, le groupe a retenu surtout la pèche, la patate, de la power pop de l'époque (cf. « Sweet Love », « Innocent » à la limite du stoner). De l'énergie et des guitares qui dépotent et qui constituent, dans le fond, le cœur de l'affaire, le spleen et la retenue agissant comme un vernis posé sur les compositions (« Ghost Crisis », « Never let you go »). Le visuel de la pochette, une muscle car épurée, en impose. Et traduit finalement bien la chose : attention à manier avec précaution, sinon gare au danger. 

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mercredi 8 août 2018

Nine Inch Nails : « Bad Witch »



Un début et une fin. Avec ce nouvel EP, le duo Trent Reznor et Atticus Ross achève une trilogie entamée avec « Not the actual events » en 2016, poursuivie avec « Add Violence » l'an dernier et terminée ici. Une fin. Et un début car à l'écoute du disque le sentiment qu'un cycle se termine pour le groupe se fait jour. Friand d'expérimentations en tout genres, le duo pousse le bouchon assez loin, et accouche d'un disque déstabilisant à plus d'un titre. Depuis longtemps, Reznor tente d'inoculer une dose de groove (une conséquence des ses années à La Nouvelle Orléans ?) dans sa musique toujours estampillée industrielle. Là, Reznor est passée à l'étape suivante, celle du free jazz : le saxophone fantôme de l'instrumental « Play the goddamned part », le chant crooner de « God break down the door » et de « Over and out ». Comme il a toujours su le faire avant, Reznor incopore ces éléments dans sa musique pour l'enrichir sans la dénature tout à fait, mais suffisamment pour lancer une sorte de défi à ses fans. Ainsi, le disque enchaîne les coupures brutales, les éclairs de guitare d'une violence inouïe, les rythmiques tordues et les nappes de claviers biscornues et malsaines (« Shit Mirror », « Ahead of ourselves »). Tout un décorum mis en place pour sublimer le pessimisme extrême de Reznor : l'humanité court à sa perte, il en est pleinement conscient (« Shit mirror »), en conclut qu'il ne peut pas être de ce monde (« I'm not from this world ») et signe finalement un disque en forme de bande originale de l'apocalypse. Nihiliste comme à ses plus belles heures. Et pourtant l'ep annonce un nouveau cycle pour le groupe, plus cinématographique et d'une certaine manière plus aéré (« I'm not from this world », « Over and out »). Enfin, si nous survivons à la catastrophe annoncée… 

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mardi 7 août 2018

ECS BROGH'N



Voici un étrange objet. Visuel abscons, aucun mention des titres nulle part, aucun crédit et ce nom de groupe imprononçable... Avant même d'avoir écouté la moindre note le disque éveille un sentiment ambivalent entre crainte et curiosité un tantinet malsaine. On sent la chose inquiétante. Puis vint le moment d'insérer le disque dans le lecteur. Et là le choc. La musique, d'obédience métallique est-il besoin de le préciser, est d'une brutalité extrême. La voix, gutturale au possible, égrène des paroles inaudibles, incompréhensibles, d'où quelques mots se dégagent tantôt en français, tantôt en anglais. Puis vint la deuxième plage (toujours pas de titre) expérimentale, une sorte de fusion jazz/métal déglinguée, la voix émet des sons s'harmonisant aux guitares. Le tout semble avoir été capté sur le vif, une sorte d'happening sonore. Arrivé à ce point deux solutions. Soit le décrochage complet, soit on s'accroche. On opte pour la deuxième solution et on plonge alors dans un abîme de perplexité et de noirceur. Quelque fois l'horizon s'éclaire, le temps de quelques mesures moins brutales. Un disque manifeste autant fascinant, qu'effrayant, un pavé jeté dans la mare de nos enceintes. Faites du bruit.

lundi 6 août 2018

Robin Foster : « La Forêt / Ma Unan »



Robin Foster fait partie de ces anglo-saxons, exilés dans l’Hexagone et qui font les beaux jours de nos oreilles. Ce nouvel EP se veut un hommage à sa terre d'adoption et à la forêt. Et c'est l'esprit de la forêt, tantôt sombre et inquiétante, mais également havre de paix, qui habite les cinq titres de ce nouvel effort. Cela commence par un grondement, une nappe de clavier, sourde et menaçante avant qu'une guitare teinté de blues ne fasse son entrée en son. Et c'est dans cet entre-deux, ambivalent, entre quiétude et intranquillité, que le disque fait son petit bout de chemin. La musique est ample, cinématographique, traversée d'éclairs lyriques (le chant de Madelyn Ann en langue bretonne sur « Ma Unan ») singuliers et mystérieux, post-rock rehaussé de légères touches électroniques de bon aloi. A noter une magnifique reprise aérienne, du classique du Velvet Underground « Oh ! Sweet Nuthin » (Sigur Ros n'aurait pas fait mieux) en compagnie de Pamela Hute qui a eu le bon goût de signer l'artiste sur son propre label My Dear Recordings. 

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dimanche 5 août 2018

The Blind Suns : « Offshore »


(c) Antoine Villiers


A en croire la pochette de ce nouvel album, l'océan, les grands espaces, le surf et la quête de liberté sont autant d'éléments constitutifs du groupe The Blind Suns. Mais là, ou on pouvait s'attendre à un disque rétro et ensoleillé, le trio étonne par sa démarche. Car oui si il est bien question de surf music ici, en partie grâce à quelques parties de guitares inspirées qui parsèment l'album (cf. « Ride »), la reddition qui est faite de l'idiome est bien loin des clichés. A la plage ensoleillée, le groupe préfère les gros rouleaux sous un ciel orageux. Ainsi l'ambiance du disque est plutôt froide, entre synthés cold wave (cf. « Brand new start ») et nappes brumeuses de guitares atmosphériques (cf. « Hush », "Offshore") rappelant le shoegaze. Le tout forme un étrange agglomérat faisant le lien entre les années 1960 (le rock psychédélique, la surf music), les années 1980 (la cold et la new wave) et les années 1990 (le shoegaze). Un album assez bizarre dans le fond, inclassable, loin des clichés et de la nostalgie dont la voix, diaphane et éthérée, de la chanteuse Dorota (d'origine polonaise) renforce la singularité. A découvrir ne serait-ce que pour la fabuleuse « Texas Sky » avec Dirty Deep en invité, que l'on n'attendait pas du tout dans un tel contexte, pour un résultat évoquant Jesus and Mary Chain ou le Black Rebel Motorcycle Club. Une affaire de grand écart stylistique, toujours…


samedi 4 août 2018

BIJOU Dauga : « Sans pitié – En public »


La photo a vieilli, on l'a sans doute un peu oubliée. Mais à la fin des années 1970, la France avait une scène rock rock’n’roll de haute tenue : Little Bob Story, Dogs et Bijou. Ce dernier avait nos faveurs, pour sa capacité a amalgamer les tendances : mod, blues ou pub rock, peu importait dans le fond, Bijou avait la fièvre et le démon du rock rock’n’roll chevillé au corps. Et contrairement aux autres groupes précités, chantait en français sur des compositions soutenant, haut la main, la comparaison avec le sacro-saint modèle anglo-saxon. Là, dès 1981, Bijou mettait la clé sous la porte en même temps que ses membres tombaient peu à peu dans l'oubli. Et puis, Philippe Dauga, le bassiste/chanteur, tentait tant bien que mal de relancer la machine. Il y eut un 45 tours en 1988 (Passage Souterrain/Lola) resté sans suite. Puis un nouveau line-up « SVP » (sans Vincent Palmer, l'emblématique guitariste devenu journaliste à Rock n'Folk) mais avec le batteur Dynamite Yan. Puis sans ce dernier pour cette formule Bijou Dauga. Enregistré live à Annemasse, l'album ouvre, dans un premier temps, la boîte aux souvenirs reprenant les titres du trio d'origine : « Danse avec moi », « C'est un animal », « Je connais ton numéro de téléphone ». La première séquence donne le frisson, on retrouve les chansons avec un grand plaisir. Le rendu est parfait et les nouveaux venus Frantz Grimm (guitare) et Fred Maizier (batterie) se glissent sans peine dans les baskets des anciens, ce qui n'avait rien d'évident. Mais, probablement parce qu'il refuse d'être ancré dans son passé et aussi parce que sa carrière ne se résume pas à son trio, Dauga dégaine ses nouvelles compositions et les raretés issues de son œuvre en solo. Soyons honnêtes, on découvre cette nouvelle facette du guitariste avec ce live. Mais les compositions tiennent le coup. Sans chercher à réinventer l'eau chaude, Dauga fait ce qu'il réussit de mieux : du rock rock’n’roll, c'est simple et ça marche à tout les coups. L'excitation est la même qu'il y a quarante ans, imparable (« Descente aux enfers », « Au nom de l'amour ») ! A noter une chouette reprise de « Harley Davidson » (à la grande époque, le trio avait collaboré avec Gainsbourg, cf. « Betty Jane Rose ») et une virée très réussie du côté du blues « C'est encore l'automne ». Intemporel, le disque transcende la nostalgie, c'est un tour de force ! La sélection des titres est d'une grande homogénéité, les musiciens impeccables, le répertoire apparaît plus dense en live au point que l'excitation passe à travers les enceintes. Voici le disque parfait pour relancer la machine de ce grand bonhomme oublié du rock français. 
Sortie le 31/08.
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vendredi 3 août 2018

Céline Tolosa : « Vendredi Soir »



Nous sommes donc vendredi soir et le moment semble idéal pour évoquer le nouvel EP de la chanteuse, six titres qui marquent une évolution notable de la direction musicale de l'artiste. Le fond, celui de la cover girl nostalgique, une vision romantique des sixties, reste mais la forme diffère ; mettant l'accent sur les synthés new-wave, tout en maintenant un noyau dur organique (« Dis-moi », « Les Beaux Garçons »). En ce sens ce nouveau disque rappelle Etienne Daho et Arnold Turboust qui, à l'époque, avaient réinterprété le mythe yé-yé en le mettant au goût du jour synthétique. Céline Tolosa a grandi dans une famille de comédiens, sa voie première, qu'elle a abandonné pour s'adonner à la musique. Il en reste un fond aujourd'hui car Céline habite, et interprète littéralement sa musique. En ce sens la reprise de « L'amour en fuite », chipée chez Souchon mais aussi (surtout) chez François Truffaut (extraite de la bande originale du film du même nom) prend tout son sens. Ailleurs, Céline nous fait un grand numéro de charme (cf. « Dis-moi » : aïe aïe aïe, on est à deux doigts de tomber en amour là!) ou donnant des accent de film noir au « Beaux Garçons », dont l'ambiance rappelle la bande originale d'un polar 70s signée François de Roubaix ou Philippe Sarde. Mais le thème de prédilection de Céline reste Paris, son spleen, sa solitude, ses désillusions, les trottoir arpentés de la ville que l'on adore mais que l'on rêve pourtant de quitter (cf. « Bahia »). Ainsi l'ep collectionne les mots touchants évoquant une mélancolie paradoxalement joyeuse. Voici un magnifique disque nocturne, un voyage en musique, que l'on prendra plaisir à réécouter tous les soirs de la semaine… 
Sortie le 5 octobre.

jeudi 2 août 2018

Steve Amber : « From a temple on the hill »



Quelque part entre Brest et Paris, se cache un jeune impétrant, un certain Steve Amber, qui a le bon goût de s'exprimer, musicalement, dans un idiome que l'on affectionne particulièrement par ici : la psychédélie. A l'écoute on devine sans peine la discographie qui habite la demeure (ou plutôt le temple sur la colline) : Brian Jonestown Massacre, King Gizzard et une bonne dose de pop anglaise. Comme ses modèles, Amber n'a pas son pareil pour tisser une toile sonore addictive, superposant les couches sonores (de guitares entre autres) dans un amalgame répétitif et entêtant (cf « Dust ») assez irrésistible. Mais contrairement à certains, cités plus avant, Amber ajoute un soupçon de pop à la facture, prenant soin de la forme. Voix comme guitare ou batterie, tout est cadré dans certaines limites, empêchant à l'ensemble de sombrer dans le chaos, une caractéristique certes fascinante chez certains mais épuisante chez (beaucoup) d'autres. Une petite couche de vernis pop pour gommer le brouillon qui en l'espèce ne fait pas de mal (cf. la bluesy « At road's end », « The self as a wave » dont les arpèges progressifs rappellent le Radiohead des débuts). La démarche a l'avantage de mettre en valeur les compositions et les arrangements. Ainsi l'ep ressemble à un vieux coffre à jouets de notre enfance dont on redécouvre les trésors oubliés au fil du temps et des écoutes, de plus en plus agréables. 

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mercredi 1 août 2018

Sapiens Sapiens : « Sex on the beach »



Sous le titre évocateur de « Sex on the beach » (on se calme les loulous il s'agît du nom d'un cocktail, le genre qui se boit) Sapiens Sapiens est de retour avec un troisième EP coloré et festif qui se veut idéal pour la saison estivale. Le duo électro entends ainsi rendre hommage à tout un pan de la musique électronique allant de la french touch au big beat sans oublier le hip hop ou les tendances plus récentes de l'électro. Dans les faits on apprécie surtout le premier titre « Every Booty Up and Down », l'ouverture vers les musiques noires et le subtil alliage entre son organique et électronique (dans un style plus hip hop « This is the town » est aussi très réussi). Mais hélas c'est à peu près tout. La deuxième plage « She's about to jump off » commence plutôt bien avec une intrigante intro tout en synthés hypnotiques avant que le martèlement sonore ne débute sous la forme d'un déluge technoïde (un défaut récurrent, cf. « My Venus »), qui symbolise point de rupture pour nous. Pas nécessairement mauvais mais disons que nos oreilles ne sont pas nécessairement les plus indiquées à recevoir ce disque assez éloigné de nos préoccupations habituelles. 

https://sapienssapiens.bandcamp.com/
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