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dimanche 20 juin 2021

Popa Chubby : « Tinfoil Hat »



Le plus beau des héritages laissé par le confinement sera certainement toute cette série d’albums « fait à la maison ». Un disque entièrement solo où l’artiste assure lui-même tous les instruments, Paul McCartney l’a fait, Popa Chubby aussi ! Ce dernier, bien esseulé après l’arrêt de sa tournée, du jour au lendemain, après une dernière date en Floride, a plongé la tête la première dans l’inconnu, imposé par la pandémie, en faisant ce qu’il fait de mieux : un disque ! Et « Baby put on your mask » tel qu’il le chante sur ce nouvel effort ! Retrouvant l’usage d’instruments qu’il ne pratique pas en temps ordinaire (on pense notamment à la batterie) Popa assure, avec le minimum de technique nécessaire mais le plus de cœur possible. Ainsi ce nouvel effort s’inscrit dans la lignée récente de l’artiste où, enfin apaisé à l’aube de sa sixième décennie, il sort ses meilleurs disques, avec le supplément d’âme qui fait toute la différence (« No justice, no peace ») muselant ses envies électriques pour enfin trouver la note juste (« You ain’t said shit »). Un cri, du cœur, d’amour, de rage et de colère aussi, bref, un album humain et attachant. Solide !

https://www.popachubby.com/

https://fr-fr.facebook.com/popachubbyband






dimanche 3 mai 2020

Popa Chubby


Allez, on peut bien l'avouer maintenant, on n'a jamais été trop portés sur Popa Chubby jusqu'ici. A l'image de l'un de ses, nombreux, surnoms « The Beast from the East » n'a jamais fait dans la dentelle (avoir une érection est la traduction de l'expression argotique « pop a chubby » qui a inspiré son patronyme). Le lourd et le gras seraient plutôt les deux mamelles de la musique de Chubby qui a longtemps incarné une version plutôt rock, aux accents métalliques, du blues. Un manque de finesse caractérisé par les doigts d'honneur en pagaille qui lui ont un temps servis de signature visuelle dans un geste assez peu élégant.

Et pourtant, l'âge aidant, une certaine forme de sérénité s'est emparée du musicien. Un changement de cap qui s'est fait sentir à l'époque de son album hommage à Jimi Hendrix (« Electric Chubbyland », 2006) et qui se confirme pour le New-Yorkais qui reste sur deux excellents albums de haute volée. Focus.




Sorti en 2017, « Two Dogs » fait montre d'un feeling à toute épreuve (« Cayophus Dupree ») et d'une ambition musicale revue à la hausse des hendrixien (on y revient toujours) « Two dogs » et « Me won't back down », la pédale wha wha dans le rouge, aux cuivres chauffés à blanc de « Preexisting Conditions » ; du shuffle (cf. « Rescue ») au boogie (cf. « Chubby's Boogie ») ainsi que les nombreux accents soul (« Dirty old blues », « Shakedown »), la variété de styles abordés ne font que souligner la maîtrise du musicien au sommet de son art et désormais à l'aise dans tous les contextes y compris acoustiques, cf. la très belle ballade mid-tempo mi psychédélique « Wound up getting high » où le chanteur évoque Elliott Murphy ! L'acoustique en l’occurrence est un signe de l'apaisement de l'artiste, qui a réussi à canaliser sa colère revendicatrice en créativité musicale. Seul accroc de cette solide collection de chansons, les deux reprises inutiles placées en bonus dont celle d' « Hallelujah » (Léonard Cohen) loin de rivaliser avec celle, inoubliable, du regretté Jeff Buckley. Pour le reste, c'est du tout bon !




En 2020, Popa Chubby à des choses à fêter : 30 ans de carrière et son retour sous les fourches caudines du label Dixiefrog après cinq d'absence ! Et un excellent nouvel album pour fêter cela, « It's a mighty hard road », le tout emballé dans une magnifique pochette signée Ben Hito (comme d'habitude) et accompagné d'une superbe série de photos prises dans Greenwich Village pour orner le livret. Et oui, pour fêter ses trente ans de carrière Popa Chubby a décidé de se retourner sur son passé et sa ville, depuis toujours, New York City. Ainsi, le regard quelque peu nostalgique qui se fait jour (« It's a mighty hard road ») est aussitôt contré par une vision positive (« Let love free the day », « More time making love », « The best is yet to come ») ; le tout confirmant la quiétude nouvelle du musicien, toujours aussi mordant par ailleurs (« Buyer Beware » ; le survolté mais canalisé « If you're looking for trouble » ; « I'm the beast from the east »). Moins diversifié que son prédécesseur, évoqué plus tôt, ce nouvel effort se veut plus direct et ancré dans le blues, enregistré en petit comité, où les guitares et le piano véloce se disputent la part du lion. Inspiré et soulful, l'album se permet quelques pas de côté, des clins d'oeil vers la soul langoureuse (« Let Love free the day » sous influence Barry White!), la délicatesse du jazz ("Lost Again") ou le reggae ("Enough is enough"). Mais surtout la proposition musicale est suffisamment évocatrice (cf. le merveilleux instrumental « Gordito ») pour transporter l'auditeur dans les rues d'un New-York fantasmé ne ressemblant plus guère à la ville d'aujourd'hui. Donnant autant envie de se lover que de taper du pied, ce nouveau disque confirme la vitalité du musicien, donnant enfin la pleine mesure de son talent, en pleine possession de ses moyens.

En concert à Paris (Olympia) le 11 octobre.

https://www.popachubby.com/
https://www.facebook.com/popachubbyband/

vendredi 30 mars 2007

Popa Chubby plays Jimi Hendrix, Le Bataclan, 28 mars 2007.


Il y a des soirs comme ça, où la vie est mal faite, pas bien calculée. Ce mercredi soir on a le choix entre voir Popa Chubby (oui mais dans un concert hommage au grand Jimi Hendrix et ça change tout) ou alors Sharon Jones & the dap-kings (qui sera soit dit en passant l’invitée de l’émission la musicale sur canal + le vendredi 20 avril prochain), pas facile comme choix, cornélien même.

La façade du Bataclan a été repeinte dans des couleurs vives et psychédéliques, jaune, orange et rouge qui contrastent avec les autres façades, sobres, du boulevard Voltaire. Ca me rappelle les maisons victoriennes de Haight Street à San Francisco que je n’ai pas revu depuis plus de deux ans. Souvenirs, souvenirs… Le Bataclan a une configuration similaire à celle de la cigale avec une fosse et un balcon. Le bar est au fond, les fauteuils sont rouges. Un rideau de velours rouge encadre la scène. Cette très vieille et chouette salle a été refaite à neuf il y a une dizaine d’années maintenant.

Le personnage de Popa Chubby, sa sale habitude d’en faire des tonnes et ses majeurs tendus éparpillés en pagaille, m’a toujours agacé. Suis-je, ce soir, venu voir Popa Chubby ou bien alors écouter la musique de Jimi Hendrix ? J’aurai un premier élément de réponse dès le premier morceau « Hey Joe ». Chubby fait de son mieux pour essayer d’imiter le jeu de Jimi mais garde son sens de l’attaque. Plus punk que blues. Beaucoup plus agressif que Jimi. Les chansons sont beaucoup plus longues, autour des 10 minutes, Chubby partant dans des solis, longues dérives psychédéliques, à la limite de l’indigestion. Pour schématiser Popa brode autour du canevas tissé par la section rythmique, basse et batterie, qui reste très fidèle à l’original. Je décolle de la fosse dès le deuxième titre, le trippant « Who Knows » (de l’album Band of Gypsys). Avec l’odeur de l’encens qui brûle sur le côté gauche de la scène, j’ai l’impression d’être au Fillmore West ou à l’Avalon Ballroom de San Francisco en plein summer of love. Chubby quitte la scène un temps laissant le champ libre au bassiste et au batteur qui prennent à leur tour un solo. Avec tous ces soli, je ne sais même plus de quel morceau il s’agit… Quand il revient Chubby, obèse et épuisé, joue assis de sa stratocaster dorée à paillettes. On le voit à peine de la fosse. Malgré ces réserves, le plaisir d’entendre pour la première fois en live ces « little wing » et autres « foxy lady » pendant 2h30 de show a été le plus fort.