samedi 10 mai 2008

The Black Crowes : Warpaint





Suivant la perspective selon laquelle on se place, les Black Crowes (venus d’Atlanta, Georgie) sont soit les sauveurs du rock ou la pire engeance que ce dernier pouvait connaître. Je m’explique : lorsqu’ils sont apparus, en 1990, les Black Crowes étaient à contre-courant de toutes les tendances possibles et imaginables : c’était un groupe de rock n’roll ! Sur leur premier album, éponyme, ils reprenaient, avec beaucoup de talent, « Hard to Handle » d’Otis Redding. Ca n’a l’air de rien, dit comme ça, mais les Black Crowes étaient alors en totale rupture avec ce qui était en vogue à l’époque. Réentendre un groupe qui savait alors ce qu’était le swing après des années (80) étouffantes de lourdeur métallique et de groupes chevelus californiens tous plus insupportables les uns que les autres, cela faisait un bien fou. Le rock est alors entré dans un trip fleurant la nostalgie des années 60/70. Les Black Crowes étaient les précurseurs, ensuite il y a eu, avec un bonheur inégal, Lenny Kravitz, Oasis, le Brian Jonestown Massacre et j’en oublie… L’engeance dont je parlais au début, c’est qu’aujourd’hui on en est toujours pas sorti, de cette nostalgie…




Bref, après 8 années d’absence, finalement pas si longues que cela, les corbeaux d’Atlanta sont de retour. Une reformation avec un effectif remanié. Exit (hélas) le génial guitariste Marc Ford (qui a également été membre des Innocent Criminals, le groupe de Ben Harper) parti chercher sa bonne fortune en solo (son premier album en solo « it’s about time » est introuvable et je ne suis pas loin de penser que c’est un crime contre l’humanité tellement ce disque est riche) et est remplacé ici par Luther Dickinson. Fin de parcours également pour le claviériste Eddie Harsh, le nouvel organiste s’appelle Adam McDougall. Musicalement peu de choses ont changé chez les Black Crowes, sous les influences conjuguées de Jimi Hendrix (Wee who see the deep) et des Rolling Stones pour les titres électriques et de Neil Young (« Locus street ») pour les chansons acoustiques. Le passage de Jimmy Page (avec qui ils ont partagé une tournée, un album live existe en guise de témoignage) dans leurs rangs a également laissé une empreinte durable dans la guitare de Rich Robinson. Le gospel qui a probablement bercé leur enfance dans leur sud natal (entraînant de fait d’infinies comparaisons avec les Allman Brothers et Lynyrd Skynyrd) fait toujours partie de leurs préoccupations premières : « Movin’on down the line » et « God’s got it » en sont la preuve. Comme avant, l’ensemble de l’album a été composé par les deux frères terribles Chris (chant) et Rich (guitare) Robinson, espérons toutefois qu’ils perdent l’habitude de s’engueuler à tout va. Et alors, tout ira bien dans le plus rock n’roll des mondes. Welcome back brothers !

http://www.blackcrowes.com/


The Black Crowes : "Wounded Bird" (on Letterman 04/25/2008)

vendredi 9 mai 2008

« Shine a light » de Martin Scorsese


Martin Scorsese est à bien des égards un cinéaste rock. Cadreur débutant sur le film-concert « Woodstock », réalisateur de « The Last Waltz » (le concert d’adieu de The Band), du documentaire « No direction Home » ayant Bob Dylan pour sujet et producteur d’une série de films sur le blues. Il paraît qu’il choisit lui-même les chansons de ses bandes originales en puisant dans sa collection personnelle de disques (Tarantino fait la même chose). Laquelle collection doit contenir un certain nombre d’albums des Rolling Stones, il a utilisé trois fois le titre « Gimme Shelter » (ne pas confondre avec le film du même nom) pour ses films « Les Affranchis », « Casino » et « Les Infiltrés ». Aussi la rencontre d’un mythe du 7ème art avec un autre mythe rock n’roll s’annonçait plutôt excitante. Mais c’est hélas une montagne qui accouche d’une souris.

Le film commence donc comme un documentaire qui nous présente les coulisses de l’exploit ainsi que le dispositif technique mis en place pour le tournage : caméras qui pivotent dans toutes les directions, projecteurs qui risquent de cramer Jagger, ouais, bon, c’est un peu comme un Taratata version deluxe. En ce sens le film rappelle un peu « Gimme Shelter » (ne pas confondre avec la chanson du même nom), le documentaire sur le concert d’Altamont, à la différence notable que ce coup-ci, personne ne se fait poignarder dans le public. Vient ensuite le concert. Il faut reconnaître que la qualité de l’image, sur grand écran, est époustouflante, la définition est incroyable, on a vraiment l’impression « d’être dedans ». Le revers de la médaille, c’est que du coup, les rides se voient beaucoup plus. C’est finalement ça le problème de « Shine a light », les Rolling Stones eux-mêmes. C’est assez dur pour moi de l’admettre, vu que je suis un très gros fan et ce depuis des années, mais les Stones c’est un groupe à l’agonie. Le show est ampoulé, pas très emballant, ils ne sont plus que l’ombre de l’ombre du grand groupe qu’ils ont été jusqu’à l’album « Goats head soup » qui date quand même de 1973. Bon OK, je vous vois venir prêt à m’étriper, j’admet « Tattoo you » (et « Start me up ») c’était aussi de la bonne came. Mais c’était en 1981. Et puis il y a aussi les invités, les voir jammer avec Buddy Guy, c’est naturel. Jack White (The White Stripes), c’est plus étonnant, mais bon pourquoi pas. Mais alors Christina Aguilera, là, je ne comprends pas. En fait, j’ai surtout l’impression que c’est son manager qui a fait le bon deal. Et enfin, Scorsese semble dépassé par l’enjeu, noyé dans la technologie mise à sa disposition. Il n’y a aucun regard personnel sur le groupe, ce que Godard, par exemple, avait réussi avec « One plus one » ou ce que Scorsese lui-même avait accompli lorsqu’il filmait The Band (« La dernière valse »). Ce film pourrait être signé du premier tâcheron venu. C’est dans le fond tellement déprimant que moi je retourne aussi sec revoir « Rock n’roll circus »…

La bande annonce :

Jonah

Dans une époque où la crétinerie règne en maître, où le nivellement par le bas est la règle, où l’on pousse le vice jusqu’à penser que c’est d’un écran plasma que sortira « la nouvelle star », à notre époque, une autre voie est-elle possible ?

A l’évidence, la réponse est positive, et c’est sur ces entrefaites que fait son apparition notre héros du jour Jonathan Fenez a.k.a DJ Jonah. Autant l’avouer de suite, Jonah c’est un malade, complètement taré, capable de faire fondre ses disques dans le but d’assouvir une recherche compulsive et obsessionnelle du « Son ». C’est aussi un homme qui en un seul scratch rageur rend totalement obsolète les notions de « mode » ou de « tendance ». Vous en connaissez beaucoup vous des DJ qui passent de la musique classique ?

Etre un bon « turntablist », c’est tout un art et cela demande beaucoup de travail, la preuve :

Jonah : "Micro Macro"
micro macro


Et un grand merci à DJ DUCLOCK pour la découverte !

jeudi 8 mai 2008

The Dirtbombs : « We have you surrounded »




Oui, je sais, je vous casse souvent les oreilles sur ce blog avec The BellRays et dans le même genre, je vais aujourd’hui vous présenter une autre de mes marottes, The Dirtbombs from Detroit. Les Dirtbombs, c’est une sacrée bande de frappés, vous n’avez jamais entendu un groupe pareil : deux batteries, deux basses, et un chanteur/guitariste. Mick Collins, chanteur et guitariste, c’est la tête pensante du groupe et le compositeur quasi exclusif. Il possède une voix Noire, musclée et profonde, un peu comme un chanteur soul sous acide. Les références à la soul ne s’arrête pas là, en 2001, ils ont consacré un album entier « Ultraglide in Black » à des reprises motown et rhythm & blues. Les deux batteurs (Ben Blackwell et Patrick Pantano) leur donnent un groove terrible, une pulsation infernale, la première basse entre les mains expertes de l’excellent Troy Gregory (il a également joué avec Nathaniel Mayer voir mes messages des 4 août et 3 décembre 2007) joue un rythme d’enfer, la deuxième basse (Ko Melina) remplace dans les faits une guitare rythmique le son est trafiqué avec tout un tas d’effet et beaucoup de fuzz. Avouez qu’il faut quand même être malade quelque part pour imaginer des sons pareils ! D’ailleurs, les Dirtbombs c’est le type même du groupe qui a tout pour être foireux si l’essentiel n’était pas là : les chansons. Mick Collins et Troy Gregory (qui n’a signé aucune chanson sur ce nouvel album) sont deux excellents songwriters, nourris aux sons stax, motown et du rock furieux des Stooges et du MC5, en ce sens, ils sont l’épitomé de la ville de Detroit : du rock n’roll et de la soul. Ce groupe ne pouvait pas venir d’une autre ville, c’est de la déliquescence post industrielle de Detroit, du ghetto, que leur vient ce feu, cette rage de jouer par tout moyens cette énergie déployée jusqu’à la dernière goutte de sueur, de sang.

http://www.thedirtbombs.net/
www.myspace.com/dirtbombs
www.myspace.com/thedirtbombs

The Dirtbombs : Indivisible


The Dirtbombs : Wreck my flow


The Dirtbombs : Pretty princess day

lundi 5 mai 2008

Candi Staton : « The best thing you ever had »

« I hope you’re happy with your new love » tonne Candi Staton. Le ton est donné dès la première strophe. Candi joue ici sur le registre de la femme délaissée et/ou trompée, abandonnée. Certes, le thème est classique mais c’est ce qui fait toute l’universalité (et la beauté aussi) de la soul music qui justifie ici, sa traduction de « musique de l’âme ». Car, garçon ou fille, nous traînons tous nos casseroles et chacun dans son histoire personnelle peut trouver quelque chose ou un épisode particulier de sa vie qui le relie à ce qui est ici chanté par Candi Staton :

« I was the best thing you ever had »
« J’étais la meilleure chose qui te soit jamais arrivé »

Musicalement, le morceau montre toute l’étendue du savoir-faire des studios FAME situé à Muscle Shoals. Car c’est dans ce coin paumé de l’Alabama qu’un important chapitre de la soul s’est écrit entre 1969 et 1973 à l’époque où le label Atlantic y envoyait toutes ses stars enregistrer sous les fourches caudines du producteur Rick Hall dans l’espoir d’obtenir un tube. Ce qui a fonctionné à plusieurs reprises.

Mais revenons un instant à « The best thing you ever had ». L’intro est nerveuse, la tension est extrême avant que les cuivres ne viennent trancher dans le vif, dans une attaque typique du son sudiste. Candi trouve ici un terrain à sa juste mesure et chante merveilleusement bien. On sent l’émotion dans sa voix et le vécu coule à travers son chant. C’est troublant de constater que ce titre elle ne l’a pas écrit elle-même, la chanson est créditée à un mystérieux « Jackson »…

Malgré la grande classe déployée ici, Candi Staton ne sortira pas de la masse et retombera vite dans l’oubli, le talent est bien mal rétribué parfois. Elle a toutefois un petit quart d’heure de gloire grâce au tube disco « Young hearts run free » en 1976. Longtemps Candi Station a été considérée comme une has been et il a fallu tout le génie du label londonien Honest Jons (spécialiste des causes perdues) pour la sortir de l’anonymat. Une compilation regroupant les enregistrements FAME, sortie en 2004, a transformé quasiment du jour au lendemain Candi Staton en icône branchée. Depuis, elle est venue deux fois à Paris à l’Elysée-Montmartre et à la scène Bastille et a chanté, à chaque fois, devant des salles combles pour un public plutôt jeune aux anges (le concert du 4 avril 2006 à la scène Bastille était exceptionnel). C’est cette même année 2006 qu’est sorti son dernier album en date « his hands » petite merveille country/soul, mélange typiquement sudiste.

J’espère que vous me pardonnerez ce petit message personnel, mais alors que vient le moment de conclure ce message, je pense très fort à certaines de mes amies (qui se reconnaîtront) à qui je dédicace ce post et la chanson qui va avec.

Bonne écoute.

Candi Staton : "The Best Thing You Ever Had"

samedi 3 mai 2008

Jill Scott

Il est temps de réparer une grave omission. En effet, je n’ai pas jusqu’ici pris le temps de vous toucher deux mots du dernier album de Jill Scott lorsque celui-ci est sorti à la rentrée dernière. Pris dans le flot des sorties, j’ai, honte à moi, oublié cette Grande Dame, pourtant inoubliable à bien des égards.
Jill Scott, et sa copine Erykah Badu (voir le message précédent), je l’avais repéré dans le film Dave Chappelle’s Block Party réalisé par Michel Gondry. Après une petite pause, voici donc son nouvel album « The Real Thing Words and sounds Vol. 3 ». Disons le d’emblée ce qui la singularise par rapport à nombre de ses consoeurs c’est sa capacité à aborder frontalement des sujets assez intimes, de parler de sexe de façon assez crue. Mais pourtant tout au long de cet opus, elle le fait avec tellement de grâce, d’élégance, de sensibilité et même d’humour qu’elle en devient irrésistible. Prenez « Celibacy Blues » (le blues du célibataire, titre génial pourquoi personne n’y a pensé avant ?) par exemple. Jill évoque un endroit qu’il convient de « gratter convenablement » (Scratching it right) ainsi qu’un certain accessoire dont elle « change les piles pratiquement tous les soirs » (I get some new batteries almost every night). Certaines de mes copines vont se reconnaître dans les paroles (je n’en dirai pas plus ni ne citerai de noms). Bon, trêve de grivoiseries. Jill Scott vaut bien plus que ça, ce nouvel album dresse le portrait d’une femme à la sensibilité à fleur de peau qui « Wanna be loved », pour reprendre le titre d’une des meilleures plages du disque. « My love », « Come see me », « Crown Royal » sont délicates à l’oreille, on pense notamment à Millie Jackson. Mais la palme revient, à mon sens, au morceau qui donne son titre à l’album « The Real thing », je fonds à chaque écoute !


Jill Scott est une grande voix nu soul. On le savait, mais cette impression se confirme à l’écoute de ce nouvel album et se confirme avec le tout nouveau disque « live in Paris » enregistré à l’Elysée-Montmartre qui vient de sortir. Commentaire de mon frère après que je l’ai invité à visionner le DVD qui accompagne le disque : « Pourquoi on n’y est pas allé ? ». C’est une très bonne question et j’avoue que je n’en ai pas la moindre idée. Et pour tout vous dire à voir et écouter « Jilly from Philly », j’ai même des regrets. Le set commence avec une longue intro qui s’enchaîne avec le tube « The Way » (C’est comme ça que tu m’aimes Baby ?). Le climax du concert c’est la chanson « Rasool » où Jill peine à retenir ses larmes lorsqu’elle évoque sa communauté et ses amis trop tôt disparus. Encore une fois c’est une artiste sensible mais en même temps tellement forte… Et quelle voix ! Elle donne une véritable démonstration sur « He loves me » ou elle tâte de l’opéra. C’est même cruel si on compare avec quelques autres pépettes en vogue à l’heure actuelle, mais très largement surcotées. Et je sens que vous vous posez la question, mais oui « Golden » et son incroyable final jazzy est bien présente sur le disque, vous voilà rassurés. Et cela vous donne une raison supplémentaire de vous le procurer en attendant sa tournée européenne prévue pour cet été.

http://www.jillscott.com/
www.myspace.com/whoisjillscott
http://www.hiddenbeach.com/


Jill Scott : "Hate on me"


Jill Scott : "My love"

jeudi 1 mai 2008

Erykah Badu : New Amerykah Part One (4th world war)







Après une longue absence, voici enfin le grand retour d’Erykah Badu. C’est sur un fil tendu entre le passé et le futur qu’Erykah se balance avec grâce et intelligence tout au long de ce « New Amerykah ». On n’est plus dans un délire rétro comme chez Sharon Jones ou Nicole Willis par exemple mais pas non plus dans un r n’b tendance ado/MTV morose et épuisant. Les influences de l’age d’or des années 70 sont pourtant bien présentes mais Erykah les propulse aussitôt vers l’avenir, se servir du passé pour inventer le futur… L’album dépote sec dès la première plage « Amerykahn Promise », disco/funk explosif qui présente l’album comme une bande annonce de film d’action. Le reste de l’album enchaîne les perles avec une facilité déconcertante entre soul (« Me ») et hip hop old school (« The Healer » au sample bien trouvé et utilisé avec brio ; « My People »). Le titre de l’album « New Amerykah » le laissait présager, sur cet opus Erykah retrouve la verve sociale qui était l’apanage de Gil Scott Heron et Curtis Mayfield et dresse un constat alarmant sur l’état de l’Amérique d’aujourd’hui. Et puis il y également le grain de voix d’Erykah qui après toutes ces années n’a pas bougé, Erykah qui est non seulement un grande chanteuse mais possède un flow hip hop (pas trop utilisé sur ce disque) intéressant. Ce disque peut également s’enorgueillir des participation du bluesman/guitariste (de Philadelphie) Jef Lee Johnson, d’Omar Rodriguez (guitariste de The Mars Volta et ancien membre d’At the drive-in) ainsi que celle d’Ahmir Thompson (le batteur de The Roots).

Mais pourtant la meilleure plage du disque n’est pas indiquée sur la pochette, c’est en bonus que l’on trouve « l’ingrédient spécial » à savoir la chanson « Honey » au charme 80s indéniable, le meilleur de The Gap Band n’est pas bien loin. Les possesseur d’une place pour admirer la belle (elle est à tomber par terre !) le 28 juin prochain ont bien de la chance, le concert est archi complet depuis plusieurs semaines déjà…

http://www.baduworld.com/

Erykah Badu : "Honey" live (vous avez peut-être déjà vu cette vidéo chez Saab mais c'est trop de la balle !)


Erykah Badu : "The Healer"


The Roots (feat. Erykah Badu) : "You got me" (un petit souvenir pour finir, la chanson qui m'a fait découvrir Erykah)

mardi 29 avril 2008

The BellRays, la maroquinerie, 27 avril 2008.




En première partie, on a pu découvrir l’excellent trio (une batterie et deux guitares) Power Solo. Un groupe de rockabilly déjanté et surtout une sacrée bande de malades. Le chanteur a une tête de psychopathe, en fait, c’est le sosie de mon pote Steph qui est juste un peu moins tatoué que lui.

Ensuite, pour leur retour sur une scène parisienne, les BellRays ont plutôt surpris. Certes, le groupe est toujours aussi efficace. Le batteur Craig Waters a été exceptionnel toute la soirée, Robert Vennum, désormais guitariste, s’en est sorti avec les honneurs quant à Lisa, c’est une véritable prêcheuse soul au milieu d’un torrent de guitare. Elle n’a pas peur d’aller traverser la fosse, transformée en ring de boxe, les bras en l’air, le tambourin à la main. Le petit nouveau, le bassiste Billy Mohler est très expansif sur scène et rebondit dans tous les coins et surtout est à l’aise dans tous les styles, ce qui est la condition sine qua none pour jouer avec ce groupe. Si depuis quelque temps, les BellRays ont (un peu) levé le pied en studio, sur scène ils restent un groupe de rock n’roll sauvage et plutôt extrême. Si vous vous apprêtez à les découvrir en concert, les boules Quiès sont obligatoires (conseil d’ami), ils jouent très très fort.

Maintenant, la surprise est venue de la tracklisting qui a été joué dimanche soir, essentiellement basée sur le dernier album en date (« Infection », « Blue against the sky », « Footprints on the water » toutes magnifiques) avec quelques inédits. Il semble en effet que le guitariste démissionnaire Tony Fate soit parti en emportant ses chansons avec lui. Où sont passées les « Zero PM », « Have a little faith in me », « They glued your head on upside down » et surtout « Tell the lie » (une des meilleures chansons jamais enregistrée par les BellRays) qui ont tant de fois fait le bonheur de nos oreilles en live ? Savoir que ces trésors resteront peut être à jamais enfermés me brise le cœur, vous n’avez même pas idée… Des anciens BellRays, seules subsistent « Too many houses in here » et « Blues for Godzilla ». Dans le même ordre d’idée, le set a été expédié en une heure chrono, les BellRays ne nous avait pas habitués à une telle célérité. Enfin, on ne va pas faire la fine bouche, ils ont joué en rappel « Hard, Sweet & Sticky » qui, hélas, ne figure pas sur l’album du même nom, une petite bombe soul/funk qui groove comme pas possible, la voix de Lisa fait des merveilles sur ce titre, petite lueur d’espoir au milieu d’un ciel brusquement assombri…

lundi 28 avril 2008

Robin Trower, Le Plan, Ris-Orangis, 26 avril 2008.




Même s’il n’a jamais bénéficié du même crédit que ses collègues et contemporains, Eric Clapton, Jeff Beck et Jimmy Page, Robin Trower est l’un des guitaristes les plus intéressant issus de la scène rock anglaise de la fin des années 60. Entre 1967 et 1971, Robin Trower fut le guitariste du groupe Procol Harum, mondialement connu grâce au hit « A whiter shade of pale ». Bluesman dans l’âme, Robin Trower, se sentit vite à l’étroit dans ce groupe, se reconnaissant à peine dans le mélange psychédélique/progressif pratiqué par le sextet. En 1973, Robin publie son premier album solo, sous son nom propre, alors qu’il n’a jamais, ou si peu, chanté de sa vie. Une image vient immédiatement à l’esprit à l’écoute de la guitare de Robin Trower, celle de Jimi Hendrix, auquel il a souvent été comparé. Si l’influence d’Hendrix est évidente chez Robin, ce dernier a néanmoins sa propre personnalité. Il est quoi qu’il en soit (avec les Black Keys), l’un des plus dignes des héritiers d’Hendrix, la folie et la flamboyance en moins. Mais quelqu’un est-il seulement capable d’égaler l’immense Jimi dans ce domaine là ?

Le fait que le concert de ce soir ait lieu non pas à Paris mais à Ris-Orangis, une banlieue perdue au milieu des champs, est quelque part symptomatique du manque de crédit accordé à Robin Trower. Je dis ça, mais il ne faut surtout pas le prendre comme une insulte faite au Plan, par ailleurs une belle salle noire et rouge qui me rappelle un peu le New Morning et dans laquelle on a été très bien accueilli, qui se bat pour exister à côté de Paris et propose régulièrement des concerts de qualité et dans laquelle plusieurs pointures internationales se sont déjà produit. La rue où est située le Plan a d’ailleurs été rebaptisée rue Rory Gallagher, en hommage au grand bluesman irlandais qui avait ses habitudes ici. C’est sur, j’adorerai avoir un endroit comme celui-là à Créteil… C’est juste que c’est un peu une aventure pour aller jusqu’à là-bas, et je ne vous parle même pas du retour (laborieux, c’est le moins que l’on puisse dire !) en pleine nuit !

Bref, fin de la parenthèse, parlons musique maintenant ! Et sur ce plan là, Robin Trower n’a rien à envier à personne et en remontre même aux jeunes turcs de la scène rock actuelle. Extrêmement bien entouré par un groupe de vieux de la vieille qui connaît toutes les ficelles par cœur, Robin a donné une prestation avec l’enthousiasme d’un jouvenceau ! Comptant avec gourmandise, « one two three four », entre chaque chanson et se contorsionnant de plaisir derrière sa Fender. Sa wha-wha infernale m’a envoyé au paradis plus d’une fois au cours de cette soirée ! Ca c’est du rock n’roll Baby ! J’aimerais pour finir rendre hommage au chanteur, valeureux, une bonne voix mais qui manque cruellement de charisme et s’est effacé plusieurs fois derrière la guitare de Trower au point même de quitter la scène à plusieurs reprises.

http://www.trowerpower.com/


Robin Trower : "Too rolling stoned" (live)


Robin Trower : "Day of the eagle" (live)

samedi 26 avril 2008

Shake Your Hips !

Comment peut-on être à la fois l'un des meilleurs groupe de blues en France et dans le même temps complètement anonyme ? Tentative de réponse avec le groupe Shake Your Hips ! (voir mes messages des 18 février et 30 mars)
1) Comment est-né le groupe ?
Olivier Raymond (Guitare et choeurs) : Jean Marc HENAUX (Harmonica) et moi, on se connaît depuis longtemps car nous avons eu l’occasion de jouer dans différents groupes de Blues, sans être vraiment pleinement satisfait des différentes formules. Nous avons les mêmes influences (Blues de Chicago mais aussi des Blues plus actuels tels que Tomy Castro ou Mason Casey par exemple). Puis un jour, la formule SYH est née et là on a senti que ce serait différent, on avait fait les bonnes rencontres qui allaient permettre de réaliser cette aventure. C’est d’abord Frédéric MILLER au chant qui nous a rejoint, puis Daniel BOISSINOT à la basse et enfin Olivier FERRIE à la batterie. Nous avons depuis 2005 fait de nombreux concerts et enregistré un album (Caroline’s Smile). Aujourd’hui le groupe prend un nouvel élan avec de nouveaux objectifs (dont l’enregistrement du 2ème album) aidé par l’arrivée de Jérôme FERRIE qui remplace Daniel à la basse.

2) Est-ce que tu peux, en quelques mots, nous présenter les membres du groupe ?
Jean-Marc Henaux (harmonica) : Nous avons Freddy au chant. Ce qui est incroyable avec lui c’est qu’avant il chantait avec des potes pour s’éclater ! C’est vraiment avec l’aventure SYH qu’il a commencé à chanter du blues !
Olivier c’est le guitariste mais aussi l’homme qui s’occupe de la partie sonorisation du groupe ! Un peu l’homme à tout faire…
Notre batteur Bobi (Olivier Ferrié de son vrai nom), discret et calme, c’est un vrai métronome !
Puis le dernier arrivé dans l’aventure c’est Jéjé (Jérôme Ferrié, oui ! oui ! c’est bien le frère du batteur !) qui remplace notre vieux bassiste Daniel qui a pris sa retraite musicale après plusieurs années au service de la musique ! Jérôme nous apporte une touche de modernité et de tradition par son jeu de basse.
Et enfin moi, l’harmoniciste du groupe. Je m’occupe également de gérer les informations vis-à-vis du « monde du blues »….
Mais c’est vraiment l’alchimie de ces 5 personnes réunies, qui donne la pleine mesure du groupe SYH !

3) Est-il possible de vivre du Blues en France ? Avez-vous tous des boulots à côté ?
O.R : Vivre du Blues en France...la question est difficile, très difficile. Cette musique, pourtant si fédératrice, si universelle, est cependant loin de soulever les foules dans nos contrées. Quelques irréductibles tentent de faire garder la tête haute à cette musique en France en organisant des concerts, festivals ou encore en dédiant des lieux bien trop rare à cette musique. Nous les remercions d'ailleurs chaleureusement (ils se reconnaîtront...). Pourtant il y a plein de musiciens de Blues talentueux en France, mais qui, pour s'assurer des revenus suffisants, doivent lier leur plaisir à d'autres activités comme par exemple donner des cours. En ce qui nous concerne, nous sommes tous obligé de travailler à côté !
4) Comment le groupe choisit-il ses reprises ?
J-M.H :
C’est très simple, c’est Olivier et moi qui apportons en général une liste de morceaux à reprendre, mais après une étude minutieuse d’artistes et de morceaux différents ! Puis on les propose au groupe et c’est tous ensemble qu’on écoute les morceaux de cette liste et qu’on fait le choix final en studio de répétition !
On ne reprend que des morceaux peu connus, d’artistes qui nous touchent et nous influencent, mais on y rajoute notre son, notre style à nous. On reprend parfois quelques titres plus connus mais on s’efforce à chaque fois d’en faire une version différente, une version SYH.
Sur notre premier album on voulait enregistrer en prise live pour retrouver le son brut de fonderie de nos concerts, avec les imperfections et le charme. On a enregistré en 3 jours nos versions de différentes reprises, mais il nous semblait aussi important d'y joindre notre première composition originale, Caroline’Smile qui a donné le titre à l'album... Notre disque est sorti en Octobre 2006 et aujourd’hui on en a vendu environ 850 !
Nous sommes en train de préparer notre deuxième album qui sera essentiellement composé de compositions originales toujours dans le style SYH ! Nous avons déjà enregistré un des titres pour une « Compilation Blues » qui sortira après l’été, mais il nous arrive déjà de jouer 3 de ces nouveaux morceaux en concert…
5) A ton avis, le Blues chanté en français est-il trop proche de la variété ?
Freddy Miller (chant)
: Le Blues en français est vraiment un exercice délicat. Rares sont ceux qui arrivent à trouver les bons mots, le bon rythme de phrase, la bonne histoire, tous ces ingrédients qui font « un bon blues en français ». Actuellement dans la variété française, on retrouve les mêmes défauts et c’est pourquoi, oui le blues en français se retrouve souvent proche de la variété. Malgré tout, tendez parfois l’oreille vers la langue (Bleue !) de Voltaire, et vous découvrirez, j’en suis sur, de purs moments de bonheur !!!


Un grand merci au groupe pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Propos recueillis par email le 25 avril 2008.

vendredi 25 avril 2008

Nada Surf, le Bataclan, 22 avril 2008.


Le rocker ne vieillit pas. Regardez Nada Surf (voir mes messages des 11 et 22 février) par exemple, 12 ans après leur débuts, le trio new yorkais nous a délivré pour son retour au Bataclan une prestation aussi fougueuse et excitante qu’au premier soir. Trois musiciens (renforcé ce soir par la présence d’un clavier) en grande forme, Ira Elliott (le batteur) exceptionnel du début à la fin, Daniel Lorca (le bassiste), un peu bougon, mais qui saute dans tous les sens et Matthew Caws (guitare/voix) qui assure la connexion avec le public dans son français parfait. Beaucoup de titres du nouvel album « Lucky » furent joués : « See these bones », « Whose Authority », « Beautiful Beat », « Weightless », « I like what you say », « Ice on the wing » et enfin, la très intrigante « The Fox », dédicacée à la chaîne de télévision Fox News « qui n’arrête pas de dire des mensonges » dixit Matthew. Mon passage préféré fut la chanson « Inside of Love » (de l’album « Let go ») que Matthew a décrit comme une « soul song d’inspiration Motown ». Une influence pas si évidente que cela à déceler, mais cette remarque ne pouvait que me plaire, j’adore quand les extrémités musicales se rejoignent.

Il y eu à la fois de l’énergie (« Popular » / « Hi speed soul »), de l’émotion (« Inside of Love » / « Always Love » formidable pulsation de la batterie sur ce dernier titre), de l’intime (« Blizzard of 77 ») et au final une gentillesse et une générosité énorme avec le public. Merci.

http://www.nadasurf.com/
www.myspace.com/nadasurf


Nada Surf : "Hi Speed Soul" (vidéo extraite de l'album "let go") :


"Blizzard of 77" (let go) :

jeudi 24 avril 2008

Weezer : « Beverly Hills » (2005)

En attendant la sortie du nouvel album prévue pour juin (patience…), voici un petit souvenir, extrait de l’album « make believe ».

N’être qu’un « outcast », laissé pour compte, originaire d’une banlieue pourrie (Créteil, dans le Val de Marne), l’oublié du bout du banc au moment des cours de sport, ne provoquer que dédain et/ou rires chez la gente féminine… Voila les thématiques abordées par le chanteur/guitariste Rivers Cuomo dans ce titre :



« …I didn’t go to boarding schools
Preppy girls never looked at me
Why Should they ? I ain’t nobody
Got nothing in my pocket

Beverly Hills
That’s where i want to be… »

« …Je ne suis pas allé à l’école maternelle
Les jolies filles apprêtées ne m’ont jamais regardé
Pourquoi le feraient-elles, je ne suis personne
Mes poches sont vides

Beverly Hills
C’est là que je veux vivre… »

« …I’m just a
No class beat-down fool
And i will always be that way… »

« … Je ne suis qu’un
Imbécile sans classe et rabat-joie
Et ça sera toujours le cas… »

Au nom de tous les geeks/freaks/nerds du monde THANK YOU RIVERS !!! RIVERS CUOMO RULES !!!!!

http://www.weezer.com/

samedi 19 avril 2008

Thomas VDB, Théâtre le temple, 18 avril 2008.






Thomas « VDB » Vandenberghe, sa vie, son œuvre.

Ancien journaliste, à rock sound (dont il fut le rédacteur en chef) et à rock n’folk, Thomas Vandenberghe a, tout comme votre serviteur, laissé tomber le journalisme. Plutôt que de monter un groupe, ce qui est un plan de reconversion communément admis dans le milieu, Thomas a décidé de brûler les planches à sa façon. Pratiquant le théâtre en amateur, Thomas a écrit un one man show sur ce qui reste sa passion, le rock n’roll. Son show commence par un simulacre d’air guitar, puis Thomas embraye sur une petite histoire du rock, et notamment sur rôle vital qu’a joué le vomi dans l’histoire de cette musique (à ce propos Thomas, Jimi Hendrix est mort le 18 septembre 1970, c’est donc un guitar-hero des années 60 et non des années 70. Je sais, ça fait tatasse, mais j’y tiens !). Ensuite, Thomas nous conte, par le menu, toutes les vicissitudes de l’intervieweur en galère, toutes plus hilarantes les unes que les autres…

Bonne plume, pratiquant avec bonheur l’autodérision, ce qui était déjà la marque de fabrique de ses articles, Thomas se révèle être un excellent comédien et même un imitateur. Le show est bien rythmé, sans temps mort, et Thomas est très dynamique sur scène (il saute dans tous les sens, le bougre !). Précisons qu’il n’est aucunement utile d’être un érudit de la chose rock pour apprécier le spectacle, moi-même, je ne connaissais que vaguement la moitié des groupes que Thomas a pris pour sujet. Mais ce n’est pas un problème puisque le spectacle est très ludique. Enfin dans la belle salle du théâtre du temple aux murs en brique, très New-Yorkais, Thomas VDB a trouvé l’écrin qu’il lui fallait pour son euphorisant one-man show. Euphorisant, comme un bon concert de rock.

http://www.thomasvdb.com/
www.myspace.com/tomvdb

Le rock par Thomas VDB :

lundi 14 avril 2008

The Brian Jonestown Massacre : My Bloody Underground






En 2005, dans une salle obscure, j’ai assisté à un des plus gros chocs musicaux de ces dernières années. Pour une fois il ce n’était pas dans une salle de concert mais dans un cinéma. Il s’agissait du film « Dig ! », documentaire rock, filmé par Ondi Timoner sur une période de sept ans, mettant en scène deux groupes amis puis rivaux : The Dandy Warhols de Portland et le Brian Jonestown Massacre de San Francisco. J’ai tout de suite était frappé par la folie du leader du BJM, Anton Newcombe, mais aussi par son immense talent de songwriter. Son talent unique pour mélanger folk, rock psychédélique, country tout en mélangeant les guitares à tout un tas d’instruments exotiques (sitar, flûte…) et de percussions issues de la world music. L’ensemble pastichait les années 60 avec beaucoup de talent. C’était un sacré groupe que je venais de découvrir.

Et en ce printemps 2008, l’histoire se continue avec la sortie du premier vrai album du Brian Jonestown Massacre (voir mon message du 4 février 2007) depuis « And this is our music » sorti en 2003 ; « We are the radio » (2005) n’était qu’un EP d’un petit quart d’heure. Pour un groupe qui dans ses grandes heures tournait au rythme insensé de trois albums par an, le temps commençait à être long ! Newcombe a pour l’occasion mis les petits plats dans les grands : 13 titres, en grande partie instrumentaux, et 78 minutes de musique. Et au final c’est un sentiment de confusion qui prédomine. Bon c’est vrai, BJM n’a jamais été connu comme un groupe « concis » balançant des singles de trois minutes. « My Bloody Underground », le titre du nouvel opus, mélange avec un bonheur inégal psychédélisme contemporain « shoegaze », ce qu’ils n’avaient plus fait depuis « Methodrone » leur premier disque, et titres plus 60s. Le meilleur du lot étant « Yeah-Yeah », qui rappelle les meilleures heures du groupe. Enfin, l’album se termine sur une plage totalement inutile « black hole symphony », pas de paroles ni même de mélodie, juste un larsen interminable de plusieurs minutes. Cet album mérite certainement de nombreuses écoutes attentives avant d’en saisir tout le sel. A moins qu’il faille être complètement défoncé.

Brian Jonestown Massacre : "Yeah Yeah"


Brian Jonestown Massacre : "Dropping bombs on the White House"


Brian Jonestown Massacre : "Who fucking pissed in my well"

http://www.brianjonestownmassacre.com/
www.cargorecords.co.uk/bjm
http://www.myspace.com/brianjonestownmassacre

dimanche 13 avril 2008

The Black Keys : Attack & Release


C’est l’histoire de deux groupes jumeaux. Deux duos batterie et guitare apparus à l’orée du 21ème siècle. L’un, en s’adoucissant jusqu’à en devenir pop, deviendra l’une des stars de la sono mondiale et repliera les Zenith de France et de Navarre. L’autre, en poursuivant une recherche « bluesistique » basée sur la sauvagerie matinée de groove, se taillera aussi un joli succès, mais plus confidentiel. Deux groupes jumeaux donc, à ma droite The White Stripes, de Detroit, à ma gauche The Black Keys, d’Akron, Ohio.

Pour ce nouvel album, le sixième, les clefs noires sont passées sous les fourches caudines du producteur Danger Mouse (oui, je sais Gorillaz pff….). L’effet de surprise passé, ce sont des nouveaux horizons qui s’ouvrent pour ce groupe. Plus « produit », plus riche en termes d’arrangements, The Black Keys, ne sonnent plus comme un groupe sauvage, enregistré à l’arrache dans une cave. Ce qui est un mal pour un bien. Les Black Keys n’ont jamais sonné aussi « soul ». Piano, basse, orgue, moog, flûte, clarinette… Jamais auparavant les Black Keys n’avaient joué sur un registre aussi large. Il y a de cela un an à peine, un titre comme « Psychotic Girl » aurait semblé complètement incongru. Autre grande nouveauté, les Black Keys font également appel à des musiciens extérieurs. Marc Ribot, génial guitariste de Tom Waits, vient éclairer de sa guitare dyslexique les compositions du duo. Ce qui donne à cet opus, un petit lien de parenté avec l’œuvre barrée du grand Tom. Mais les Black Keys sont restés fidèles à leur envolées dignes de Led Zeppelin la guitare de Dan Auerbach est toujours aussi tranchante « All you ever wanted », « Remember when » (side B) sonnent comme du pur Black Keys, portées par une dynamique impeccable. D’autant que le batteur Patrick Carney, n’est pas non plus devenu manchot du jour au lendemain. Finalement de ce nouvel album, c’est le titre « Same old thing » qui résume le mieux ces Black Keys nouvelle mouture. Riff de guitare incisif, pas de doute on est bien chez les Black Keys, jusqu’à ce qu’un solo de flûte, plutôt hip hop, vienne nous désarçonner. Je n’irai pas jusqu’à dire que ce nouvel opus est le meilleur des Black Keys, il est cependant leur plus intriguant.

http://www.theblackkeys.com/
P.S : J'aurai bien aimé içi vous présenter quelques nouvelles vidéos, mais ces dernières ayant mystérieusement disparues de Youtube ou alors "n'étant pas disponible" dans mon pays (la France ; mes amis francophones d'autres contrées auront-ils plus de chance ?) il faudra se contenter de quelques anciennes :

"Just got to be" (extrait de l'album "Magic Potion" )

"Your Touch" (extrait de l'album "Magic Potion" )

samedi 12 avril 2008

« Mon Cadavre sera piégé », Théâtre du Splendid, 11 avril 2008.


De scène, il en est souvent question sur ce blog. Aujourd’hui, j’aimerais faire une petite digression, délaisser la musique un (court) instant, pour vous entretenir d’une autre scène, celle d’un théâtre.

Afin de rendre hommage à Pierre Desproges, le jeune comédien Emmanuel Matte, joue les textes de Desproges sur la scène du Splendid. Matte, excellent, a saisi son sujet à corps perdu. Il impressionne et tient, avec beaucoup de dignité, la scène a lui tout seul, enfermé dans une cabine. Mais, sans lui faire injure, c’est au grand Pierre Desproges que l’on pense tout le long de ce one man show. Desproges pratiquait un humour fin et intelligent quoique complètement absurde. Extrêmement littéraire, probablement trop pour être pleinement apprécié à l’oral, ce type était un véritable écrivain, ce dont il se défendait pourtant avec force. Derrière son flot de provocations en tout genre et ses insanités diverses, une manière comme une autre de juguler ses angoisses, Desproges était dans le fond humaniste (étonnant, non ?). Et un vilipendeur acharné de toutes les hypocrisies possibles et imaginables. Deux décennies après sa disparition, ses textes n’ont pas pris une ride et restent d’une brûlante actualité. Faut-il saluer le talent d’un visionnaire ou se désoler de ce consensus. Quoiqu’il en soit, ce spectacle fait un bien fou. Une véritable bouffée d’air frais dans notre époque où la crétinerie, assumée et revendiquée, est érigée en modèle.



http://www.desproges.fr/

jeudi 10 avril 2008

Sharon Jones & The Dap-Kings

Aujourd'hui, les enfants, je vous gâte ! Un énorme cadeau, je vous propose de visionner l'intégralité d'un show-case donné par la sublime Sharon Jones et son groupe les Dap-Kings (voir mes messages des 4 février et 16 octobre 2007) au magasin Amoeba Music d'Hollywood (voir mon message du 18 avril 2007). Une petite demi-heure de pur bonheur. It's funky Baby !

dimanche 6 avril 2008

Marie Queenie Lyons : « Soul Fever »




Comme une résurrection, un petit miracle, le premier album de Marie Queenie Lyons, sort pour la première fois en CD, 38 ans après sa sortie originale en vinyle. Marie Queenie Lyons, native de Louisiane a débuté en 1963 et a chanté avec Jerry Lee Lewis, James Brown, Fats Domino… Son premier album à elle, « Soul Fever » sort en 1970. La production soul de l’époque était tellement dense, les talents tellement nombreux, que celui de Queenie est passé complètement inaperçu. Pourtant cet album, très marqué par les origines sudistes de Marie, ne manque pas de qualités. « Soul Fever », c’est son titre, et c’est tout de même bien trouvé car ce disque est aussi moite qu’un après-midi d’été en Louisiane. Le disque commence avec « See and don’t see », cuivres chauds, chant inspiré, rythme, tout y est et on se retrouve d’emblée en terrain connu. « You used me », plus gospel, laisse peu de doute quant à l’endroit ou Marie a appris à chanter. « Your thing ain’t no good without my thing » attaque l’auditeur avec un angle plus funky. « Snake in the grass » évoque des influences plus Motown.

Avouons-le, la petite demi-heure que dure ce CD passe bien trop vite. C’est alors que l’on se prend à se demander, mais qu’est devenu Marie Queenie Lyons ? Nul ne le sait vraiment. Elle a disparue, telle une étoile filante une nuit d’été dans le ciel sudiste. Ce premier album est également l’unique de Queenie. Maintenant, Bettye LaVette et Candi Staton ont vu leurs carrières redémarrer après de semblables rééditions. Sexagénaires, elles sont devenues des icônes branchées et la jeunesse se presse à chacun de leur concert. Alors pourquoi pas au tour de Marie Queenie Lyons ?

Quoiqu’il advienne, un grand merci à Vampisoul, l’excellent label barcelonais, spécialisé dans ce genre de réédition, pour avoir réussi à déterrer ce trésor caché et confidentiel.

http://www.vampisoul.com/
www.myspace.com/vampisoul


En Ecoute : "Your thing ain't no good without my thing"


"See and don't see"

samedi 5 avril 2008

The BellRays : Hard, Sweet and Sticky


Le nouvel album des BellRays (voir mon message du 4 février 2007) marque le début d’un printemps à la fois dense et très excitant au niveau des sorties.

Pourtant avant même d’avoir entendu la première note de ce nouveau disque, j’ai été inquiet. Inquiet à cause de départ du guitariste Tony Fate (qui pourtant était encore membre du groupe lors de leur passage à la Maroquinerie en juillet dernier). Tony Fate était un des rouages essentiels du groupe, auteur/compositeur prolixe, guitariste incisif et parfois producteur du groupe. Pourtant à l’écoute de ce nouveau disque, il n’en est rien, les BellRays ont crée une identité musicale tellement forte, que tout sonne comme si ce bon vieux Tony s’arc-boutait toujours derrière sa Gibson SG…

Petit rappel, pour les non initiés. Les BellRays, sont un groupe fabuleux. Enfin, un de mes préférés en tout cas. Un sacré mélange quelque part entre fureur punk et sensibilité soul. Oui, vous avez bien lu, et non, ce n’est pas incompatible. Au départ, en 1992, les BellRays était un duo plutôt jazz (cf. le premier album « In the light of the sun ») composé de la chanteuse Lisa Kekaula, qui n’a rien à envier à la crème des chanteuses soul actuelle, et du bassiste Robert Vennum. Puis le fameux Tony Fate (producteur du premier disque) fait son entrée dans le périmètre et là, c’est une véritable boucherie qui commence, une véritable furie sonore, digne des meilleurs Stooges et MC5, qui durera trois albums : « Let it Blast », « Grand Fury » (qui porte assez bien son nom) et « The Red, White and Black ». Et enfin depuis l’album « Have a little faith », les BellRays ont un peu levé le pied et sont retournés avec bonheur vers leur premières amours cuivrées qu’ils se mettent parfois en tête de lacérer à grands coups de guitares électriques. L’autre atout du groupe, c’est son batteur, l’excellent Craig Waters, qui avant faisait partie du groupe de Cody Chesnutt (un jour, il faudra que je vous parle de ce cas là). Des batteurs, les BellRays ont en usé un certain nombre, quasiment un par album, avant de tomber sur la perle rare en la personne de Craig Waters. On ne le dira jamais assez, mais il est assez difficile d’être le batteur des BellRays. Le registre du groupe est tellement large (de la pop au punk en passant par la soul voir le jazz) qu’il faut savoir tout faire, tout jouer. Et la le Craig, il est excellent, net et précis. J’adore son jeu.

Passons maintenant aux choses sérieuses, le nouvel album. « Hard, Sweet and Sticky », ainsi qu’il s’intitule, met en valeur des BellRays régénérés et en forme olympique. Robert Vennum est passé de la basse à la guitare (dont il jouait au début du groupe) et ils se sont adjugés les services d’un nouveau bassiste, Billy Mohler. Le départ de Tony Fate semble avoir désinhibé les autres membres du groupe, le songwriting est bien réparti entre Robert et Lisa. La batterie de Craig tourne à la perfection et Lisa nous offre encore une fois des prouesses vocales digne des plus grandes. Dans la lignée de l’album précédent, les compositions se font plus calmes. Une fois n’est pas coutume, l’album s’ouvre sur une ballade plutôt pop, une nouveauté, « The same way ». On retrouve ensuite les BellRays comme on les aime, soul, « Footprints on the Water », « The Fire next time » où jazz « Wedding Bells». Mais attention, le feu qui anime les BellRays brûle encore. Ils sont toujours capable de balancer une avoine type « Psychotic hate man » qui va vous calmer direct. Au final un album excellent et inspiré.

P.S : On en avait eu un petit aperçu en première partie de leur dernier concert parisien à la Maroquinerie et c’est désormais officiel, le couple Robert Vennum et Lisa Kekaula a désormais un projet parallèle. Très justement intitulé Bob & Lisa, la paire se lance dans un duo folk/soul. On peut d’ores et déjà entendre quelques chansons sur le nouveau myspace et, grande nouvelle, un album serait en préparation… Affaire à suivre…
The BellRays (Feat. Tony Fate) : "Tell the lie" (extrait de l'album "Have a little faith")

mercredi 2 avril 2008

Blues Power Band : « Shoot, Shoot, Don’t Talk ! »


La scène blues hexagonale est décidément bouillonnante ces temps-ci. On connaissait Jean-Jacques Milteau, Patrick Verbeke, Nina Van Horn, Jesus Volt (et j’en oublie) et voilà que débarque coup sur coup Shake Your Hips ! et Blues Power Band (voir mon message du 16 mars), le groupe qui nous occupe aujourd’hui.

« Shoot Shoot Don’t Talk ! », c’est le cri de guerre du quintet. Et non seulement BPB « shoote » mais défarouille dans le mille à quasiment tous les coups tout le long des 14 plages de ce deuxième album. Misant sur une écriture soignée (une écoute suffit pour se surprendre à chantonner les morceaux), un savoir-faire évident (les cinq musiciens sont tous excellents) et un esprit de corps à toute épreuve, Blues Power Band frappe très, mais vraiment très fort sur ce disque, extrêmement bien produit. Le panel est très varié, plusieurs styles (Texas, Chicago…) sont couvert par ce groupe avec, toujours, au cœur cette fameuse note bleue. Le morceau titre, irrésistible, découpé en deux parties l’une ouvre et l’autre ferme l’album, vous met tout de suite dans l’ambiance. Dans ses meilleurs moments, (« let’s rock ! » par exemple) BPB est tel une muscle car américaine lancée à fond sur la highway, les guitares rugissent comme un moteur surgonflé. Avec une bonne touche de groove (que j’apprécie particulièrement) dans le plein d’essence. « B man » et «www.bluespower-band.com» swinguent à fond, cuivres à l’appui. Il ne faut pas cependant croire que cet opus n’est que bruit et fureur, la deuxième partie du disque (« askin for more », « darkside of the sun », « apologies to Freddie and Billy ») met plus en valeur les guitares acoustiques. Sur des titres lents comme «Reverse side Blues » et « Troublemaker », les BPB sont encore capable de faire des merveilles qui vous prennent aux tripes. Le tout baigne dans une ambiance de série B, film noir à l’américaine. Excellent.

http://www.bluespower-band.com/

dimanche 30 mars 2008

Shake Your Hips ! : Caroline's Smile




Découvert lors d’un showcase à la FNAC Montparnasse, les Shake Your Hips ! (Voir mon message du 18 février) m’avait assez favorablement impressionné. Et l’album « Caroline’s Smile ne fait que confirmer la bonne impression laissée par le showcase. Enregistré à l’ancienne, live en studio, ce disque souffre à peine d’une production légère largement compensée par la fougue déployée. De bons moments, il y en a beaucoup tout au long des onze plages de ce CD où le quintet francilien fait preuve d’une belle maîtrise. La rythmique Olivier Ferrié (batterie) / Daniel Boissinot (Basse) à laquelle il convient d’ajouter le guitariste Olivier Raymond est hyper solide. Le champ est alors libre pour l’harmoniciste Jean-Marc Henaux qui souffle comme si le vent de la « Windy City » lui passait directement par les poumons. Et puis il y a le chanteur Freddy Miller, une voix puissante et grasse, faîte pour le blues. Quand il n’assure pas les parties rythmiques, Olivier Raymond déploie de ses doigts agiles des soli et riffs inspirés. Non content d’exceller dans le blues, les Shake Your Hips n’ont pas oublié d’insuffler une bonne dose de groove dans leur note bleue. La guitare d’« High on the Hog » (peut-être la meilleure piste du CD) sonne comme si elle s’était échappée du « Payback » de James Brown. Autre exemple le dynamique « I got to change » et son ralentissement final qui s’enchaîne sur « Help Me », un des titres les plus lents du disque, un des plus poignant aussi. Enfin la dernière chanson, le morceau titre « Caroline’s smile », seule composition originale du disque prouve que les Shake Your Hips, sont aussi des songwriters inspirés, ce qui est probablement la prochaine étape pour ce groupe prometteur.

samedi 29 mars 2008

CRUAUTE

Depuis que j’ai commencé ce blog il y a de cela plus d’un an, il a toujours été question ici de musique, et j’ai bien conscience que ce nouveau message déborde largement du cadre que je m’était fixé au préalable. Néanmoins, certaines exactions me font vomir, et je reste persuadé, mais je suis peut-être un grand naïf, qu’ensemble il est possible de faire une différence.

En 2007, Guillermo Vargas Habacuc, prétendument « artiste », mais véritable ordure si vous voulez mon opinion, a payé deux jeunes enfants pour lui attraper un chien. Il a ensuite attaché l’animal à une corde, elle-même fixée au mur d’une galerie d’art. Il a ensuite laissé le chien mourir, le privant d’eau et de nourriture sous le regard des visiteurs de la galerie, sans que personne n’ait jugé utile de faire quoi que ce soit.

La pauvre bête est morte d’inanition.

Pire encore, ce Monsieur Habacuc a été invité par la biennale d’art du Honduras a rééditer son « œuvre » dans sa version 2008.

Il ne s’agit malheureusement pas d’une blague scabreuse ou d’un hoax de mauvais goût mais de faits avérés, très facilement vérifiables via google, photos à l’appui (mais je me refuse personnellement a diffuser de telles saloperies).

Eviter une telle ignominie est possible et une pétition (en espagnol) appelant à boycotter la présence de ce Monsieur à la biennale du Honduras est disponible ici.

Je suis le signataire n°1427768 et je vous invite tous à manifester votre écoeurement devant de semblables agissements, bien éloignés de ma définition personnelle de l’art.

Merci d’avance.

Régis Gaudin.

mercredi 26 mars 2008

Music from the motion picture JUNO

Le charmant petit film Juno ressemble aux films indépendants qui ont fait les beaux jours des salles obscures dans les années 90. Des films qui ont permis de découvrir des réalisateurs comme Quentin Tarantino, Vincent Gallo, Larry Clark, Spike Jonze ou Kevin Smith. Et la bande son de Juno est à l’avenant. Un disque plutôt acoustique qui fleure bon l’automne et les feuilles mortes. Avec au programme des classiques indémodables : The Kinks « A well respected man », Buddy Holly « Dearest », « I’m stinking with you » du Velvet Underground ou bien encore Mott The Hoople « All the young dudes ». On y trouve encore quelques raretés, la reprise de « Superstar » des Carpenters par Sonic Youth, et certains groupes côtés dans le milieu indé comme Belle & Sebastian et Cat Power. Mais la grande gagnante aux points de cette excellente BO est Kimya Dawson qu’elle soit en solo, en duo avec Antsy Pants ou accompagné de son groupe The Moldy Peaches (avec Adam Green), le timbre enfantin de Kimya est présent sur sept titres. Au final, une jolie petite compilation, mignonne comme tout, enregistrée à l’économie, et c’est ce qui fait tout son charme.

Michael Cera & Ellen Page : "Anyone else but you" (extrait du film)

mardi 25 mars 2008

Alvin Lee + Tony Joe White, L’Olympia, 24 mars 2008.


Je reste parfois pantois devant le manque de civisme de mes compatriotes. L’affiche de l’Olympia lundi dernier était excellente, deux légendes : l’anglais Alvin Lee (ex leader de Ten Years After dans les années 60) et le louisianais Tony Joe White. Croyez-vous que le public aurait pris le minimum de précautions nécessaire pour être à l’heure ? Non, rien à foutre. C’est non seulement un manque de respect vis-à-vis de l’artiste, mais c’est aussi, à l’Olympia dans la configuration assise où toutes les places sont numérotées avec des placeuses pour vous guider, très gênant pour les autres spectateurs. La première partie assurée par Tony Joe White, fut très courte, seulement une demi-heure, dont une bonne moitié fut gâchée par le va et viens continuel des retardataires. Je veux bien admettre qu’il y ait quelquefois des contretemps et qu’il est parfois difficile d’être à l’heure. Mais là, non. Ils étaient tout simplement trop nombreux à être en retard pour que cela relève uniquement du simple contretemps.


Bref passons et revenons au sujet principal de ce blog, la musique. Et elle fut de grande qualité hier soir. Commençons par Tony Joe White, vétéran de la scène blues de Louisiane, largement occulté sur sa terre natale, et auteur de « Polk Salad Annie ». Ce dernier a donné, on l’a vu précédemment, une prestation courte mais néanmoins intense. Assis tout du long, l’harmonica autour du cou et sa vieille Stratocaster dans les mains, Tony Joe a entamé son set en solo avant d’être rejoint par un excellent batteur, puissant, fin et technique. Un duo guitare/batterie, cet homme-là serait-il le père spirituel des Black Keys et autres White Stripes ? Je ne peux pas terminer la première partie de ce compte-rendu sans évoquer la voix de gorge profonde et grave de Tony Joe. Le temps n’a pas de prise dessus…





Vint ensuite Alvin Lee. Ancien leader de Ten Years After, créateur du riff inusable de « Love like a man », Alvin, survivant des 60s, est l’une des plus fine gâchette guitaristique en provenance d’Angleterre. Un vrai guitar-hero, mais qui à l’inverse de ses contemporains Eric Clapton, Jimmy Page et Jeff Beck n’a jamais vraiment eu le crédit qu’il méritait. En formation trio et avec sa fidèle Gibson demi-caisse rouge, Alvin a livré une prestation à mi-chemin entre John Mayall et Brian Setzer. C'est-à-dire en puisant aux sources du blues et du rock n’roll 50s. Je remarque qu’il n’utilise aucune pédale d’effet ou de distorsion, uniquement son ampli et l’overdrive. C’est du pur son, pas d’artifices. Impression renforcée par le bassiste qui quitte parfois son instrument pour utiliser une contrebasse encore plus « roots ». Alvin, je l’apprécie quand il est direct et qu’il balance ses riffs avec une précision imparable, moins quand il se perd dans des solos interminables (la remarque vaut également pour le batteur). Alvin nous a refait le coup de la nostalgie (avouons-le, c’est aussi pour cela qu’on se déplace) et nous lance un : « retournons à Woodstock » et d’enchaîner sur « I’m coming home ». La version de cette chanson (et son solo) jouée lors du festival de Woodstock en 1969 (et immortalisée sur film) l’a fait entrer dans l’histoire. L’audience en grande partie composée de vieux hippies tout droits sortis de « That 70s show » et autres « Dharma & Greg » est aux anges. J’ai pour ma part apprécié de vivre un petit bout de cette histoire par procuration.

http://www.alvinlee.com/

http://www.tonyjoewhite.com/


Ten Years After : "I'm going home" (Live Woodstock 1969)

Tony Joe White :"Polk Salad Annie"

dimanche 23 mars 2008

Elliott Murphy, le New Morning, 23 mars 2008.


« An evening with Elliott Murphy », c’est toujours la garantie de passer une excellente soirée (voir mes messages des 14 et 17 mars 2007). Elliott à ses petites habitudes dans le club de jazz du New Morning depuis qu’il a quitté son New York natal pour venir s’exiler à Paris en 1989. Il faut dire que sa carrière outre-atlantique, débutée en 1973, lui avait valu jusqu’ici plus de déceptions qu’autres choses. C’est en Europe qu’Elliott a retrouvé un nouveau souffle grâce notamment à son association avec le guitariste Havrais Olivier Durand, véritable guitar-hero anonyme. Donc, c’est un petit rituel, tous les ans au mois de mars un peu avant ou après son anniversaire (le 16) Elliott donne sa petite réception au New Morning. Et nous, eh bien on est là presque tous les ans, parce qu’on aime beaucoup le folk-rock d’Elliott.

Le duo Elliott Murphy/Olivier Durand commence le concert à deux guitares acoustiques et une nouvelle chanson. Puis arrivent le batteur Alain Fatras et Laurent Prado le bassiste. Olivier empoigne alors une superbe Gretsh demi-caisse noire jouée à l’aide d’un bottleneck et le groupe entame « Pneumonia Alley ». On arrive ensuite en terrain connu avec les tubes « Green River » et « Sonny ». Comme dans toute bonne petite réception qui se respecte, les invités se succèdent le chanteur Alain Janvier (bel organe) et la chanteuse des Natives, superbe voix soul, qu’hélas on n’entend pas assez. C’est ensuite le fils d’Elliott, Gaspard James Murphy qui vient ensuite apporter sa contribution guitaristique. L’avantage du concert annuel, c’est qu’année après année, on le voit progresser. Et il est plutôt bon le gamin, mais il est encore un ado et son papa le rappelle à l’ordre, une fois l’ovation terminée, « mais il doit avoir son bac à la fin de l’année » ! Beaucoup de nouvelles chansons on été jouées ce soir et quelques rescapées des 70s « Last of the rock stars » (Aquashow, 1973) ; « Diamonds by the yard » et « You’ll never know what you’re in for » (Nights Lights, 1976). Je suis particulièrement content d’avoir entendu « Last of the rock stars », car il s’agit de la chanson qui ouvre son premier album « Aquashow », c’est donc un titre important, car on n’a jamais deux fois la chance de faire une première bonne impression. Le concert a duré plus de deux heures et demie et de nombreux rappels car le public refuse de partir. Il y eu notamment une reprise épique du « L.A. Woman » des Doors mélangée avec des passages de « Baby please don’t go » et du classique blues « Got my mojo working ». « L.A. Woman » a permis à Elliott de tracer un parallèle entre son propre parcours et celui de Jim Morrisson qui avait lui aussi quitté les Etats-Unis pour Paris (ou il n’a hélas vécu que trois mois en Mai et Juillet 1971 avant de décéder). L’ultime rappel fut « As Good As » (extraite de l’album « Coming home again ») jouée sans rien ni amplis ni micro, près du public, guitares folk, harmonica et percussions. Hélas, certains spectateurs n’ont même pas pris la peine d’arrêter leurs conversations, ce qui a perturbé l’audition et m’a aussi quand même pas mal contrarié. Enfin bon, c’est sur ce moment de grande convivialité que cet excellent concert s’est achevé.

http://www.elliottmurphy.com/