samedi 16 mai 2026

Romy Liz Rose : « I am June »

 


Venue des Pays-Bas, Romy Liz Rose (Romy Laarhoven à l’état civil) fait souffler un air nouveau sur l’Americana. Peut-être parce qu’elle n’est pas américaine elle-même, Romy contemple les grands espaces étasunien de loin. Dans sa musique, la chanteuse conserve cette attitude distante. Ainsi, c’est une boîte à rythme légère et discrète qui ouvre les débats (« The Remedy »). Le reste de l’album est à l’avenant. Si la guitare folk et la lap-steele inscrivent les chansons de Romy de l’autre côté de l’Atlantique, les arrangements ramènent l’ensemble du côté de l’indie pop trouvant l’interstice secret qui sépare Nada Surf des Cowboy Junkies ou des Great Lake Swimmers, dont elle a récemment assuré la première partie. L’album est portée par ces ambiances éthérées, parfaitement incarnées par la voix délicate et aérienne de la chanteuse. Un pied dans les deux mondes, quoi de plus indiqué pour un album ayant pour thèmes principaux, le changement et le passage à l’âge adulte ?





vendredi 15 mai 2026

The Lords Of Altamont : « DFFL »

 


Attention, tous aux abris, les Lords Of Altamont reviennent et ils vont martyriser vos enceintes et, accessoirement, vos oreilles ! Huitième album donc pour le groupe de Jake Cavaliere et, depuis 2002, la formation s’est imposée comme un classique du rock garage étasunien. Point de révolution copernicienne à attendre de ce nouvel opus, les groupe se concentre sur l’écriture de chansons et les délivre avec la justesse nécessaire. Car oui on peut voir les Lords of Altamont comme un groupe de gros durs en cuir noir, bardé de tatouages délivrant un rock’n’roll fou furieux. Il y a bien évidemment de cela, guitares abrasives et chant rugueux à l’appui. Mais il y a aussi dans ce groupe un orgue (joué par Jake en personne) ce qui ouvre considérablement le champ des perspectives, ajoute un soupçon de groove bienvenu (« Get Out Of My Head ») dans la musique (ainsi l’album est costaud mais jamais bourrin) et fait basculer l’ensemble dans le psychédélisme, musclé et saturé certes, ce qui se traduit ici en un « Rusty Guns » particulièrement réussi ou un « A Procession For A Gorehound » entêtant à souhait. Une réussite, habituelle, pour ce groupe qui déçoit rarement.

En concert le 16 mai à La Maroquinerie.

https://lordsofaltamont.com/

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jeudi 14 mai 2026

Hugh Coltman + Natascha Rogers, L’Archipel, 13 mai 2026.



Pour sa nouvelle résidence à l’Archipel, Hugh Coltman a décidé d’inviter chaque soir un invité différent pour une collaboration voyant l’Anglais s’attaquer au répertoire de son invitée et inversement. Pour cette deuxième soirée Hugh a invité la chanteuse/pianiste/percussionniste Natascha Rogers. Un choix plutôt judicieux tant l’aspect « trippant » des compositions de la chanteuse s’accorde parfaitement au « voodoo » New Orleans qui préoccupe le Britannique, installé en France depuis de longues années, depuis quelque temps. L’instrumentation est classieuse et soignée, contrebasse, batterie et la fabuleuse guitare du génial Mathis Pascaud (la paire a déjà consacré un album au corpus de Dr John), Hugh prenant en charge la deuxième guitare et l’harmonica. Car Hugh Coltman a jusqu’ici eu un parcours sinueux, atypique et foncièrement passionnant qui l’a vu évoluer du rock au jazz en passant par le folk ou la pop. Dernièrement c’est le blues qui le préoccupe. Finalement Hugh Coltman ne rentre dans aucune case mais en remplit plusieurs à lui tout seul. Le concert du soir ressemble finalement un peu à tout ça et donnera lieu a de nombreux moments d’anthologie, l’alchimie entre Hugh et Natascha semblant naturelle. Peu à peu, c’est une véritable transe qui s’empare des protagonistes sur scène au point que le chanteur en perdra ses lunettes, envolée dans la ferveur du moment. Sublime soirée.

Hugh Coltman sera de retour à l’Archipel le 11 juin accompagné cette fois de Thomas de Pourquery

samedi 9 mai 2026

Parlor Greens + Kendra Morris + Taylor Williams, New Morning, 5 mai 2026.




Précieux label de la scène soul actuelle, Colemine Records est à la fête en ce mardi soir sur la scène du New Morning avec pas moins de trois artistes à l’affiche.

On commence avec la plus récente signature, le chanteur Taylor Williams qui ne manque pas d’arguments. Joli grain de voix, un falsetto dans la lignée de Curtis Mayfield, habile à la guitare, le talent de Taylor Williams est réel mais, hélas, passe difficilement le cap de la scène dans cette configuration bien particulière du solo guitare/voix, avec par la suite le support de son ordinateur portable. Ce n’est lors que des derniers titres joués en groupe avec l’aide des musiciens de Kendra Morris et du guitariste Jimmy James que Taylor Williams emporte réellement l’adhésion et emballe l’affaire. Mais il s’agît assurément d’un talent en devenir, à suivre…

Place ensuite à la première vedette de la soirée, la new-yorkaise Kendra Morris, talent sûr de la soul actuelle dont on s’entonne qu’elle ne soit pas encore la superstar que son talent suppose. Chanteuse/guitariste, Kendra Morris est entourée d’un groupe resserré, guitare, basse et batterie, finalement assez rock dans l’esprit. Ainsi va le set de la soirée, tantôt charmeuse, tantôt intimiste, seule à la guitare, avant de finir en trombe avec les chansons les plus nerveuses et groovy (jolie démonstration hendrixienne du guitariste) de son répertoire, majoritairement issu de son récent album « Next », sorti à l’automne dernier.

https://www.kendramorrismusic.com/

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On termine enfin avec Parlor Greens, un trio que nous n’avons jamais eu l’occasion d’évoquer sur cette page, mais dont les membres sont loin d’être des inconnus ! Pour son nouveau projet, le génial guitariste Jimmy James a gardé la configuration de son groupe précédent (Delvon Lamarr Organ Trio) à savoir un trio guitare/orgue/batterie, la proposition musicale de l’ensemble étant entièrement instrumentale. A la batterie, nous retrouvons Tim Carman (GA-20) et enfin derrière l’orgue se tient Adam Scone (Sugarman 3). Un sacré casting donc dont l’association tient à la fois du Delvon Lamarr Organ Trio et de The Sugarman 3 (la guitare à la place du saxophone) en y ajoutant l’habile guitare de Jimmy James, plus que jamais sous l’influence d’un autre Jimi (Hendrix). Entre groove jazz et puissance rock’n’roll le trio ensorcelle le public n’ayant pas peur des longues dérives instrumentales, solo à l’appui. La musique devient alors une puissance organique évoluant au fil des regards échangés par les musiciens. C’est à la fois beau, émouvant et diablement groovy !

https://parlorgreens.bandcamp.com/

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vendredi 8 mai 2026

Foo Fighters : « Your Favorite Toy »

 


Surmontant toutes les épreuves, le décès du batteur Taylor Hawkins, le recrutement raté de Josh Freese en remplacement du regretté batteur, le groupe mené par le vaillant Dave Grohl sort son douzième album ! Un album de résilience dont la porte d’entrée serait « Caught in the echo » titre inaugural qui ouvre les débats de manière classique avec ce riff de guitare saccadé typique du son du groupe. Mais une fois la porte d’entrée passée, l’horizon s’étoffe et l’ambiance de ce nouvel album prend de l’ampleur avec les assauts punks (« Of All People », « Spit Shine ») des années que les Foo Fighters n’avait pas déclenché un tel bazar dans les enceintes ! Il faut ensuite peu de temps pour tomber sur un tube, « Window », remarquable bonbon power-pop, qui s’attache aux oreilles aussi sûrement que le sparadrap du Capitaine Haddock, dans une veine quelque peu mélancolique. C’est d’ailleurs ce sentiment qui traverse en filigrane la totalité de l’album telle une constante fantôme. Un album résilient disait-on en ouverture de cette chronique. A qui Dave Grohl s’adresse-t-il lorsqu’il chante « Of all people you should be dead » (sur le titre « Of All People ») ? Confronté par deux fois aux décès (Kurt Cobain, Taylor Hawkins), dans des conditions dramatiques, dans le cadre de ses différents groupes (Nirvana, dont il fut le batteur, Foo Fighters) Dave Grohl, derrière ses allures de gai luron, semble marqué par les épreuves et en fait la synthèse sur un titre poignant « Asking For A Friend » en forme d’épitaphe qui ponctue le disque sur une note émouvante. L’album possède donc plusieurs dimensions et autant de lectures possibles, un vrai bon disque de rock, entre punk et power-pop, euphorisant et procurant un plaisir d’écoute immédiat, mais sous-tendu par une mélancolie persistante (« The clock is ticking » affirme-t-il sur « Unconditional »), signe des années qui passent : « If you only knew » (si seulement tu savais) chante Dave Grohl sur le titre du même nom…

https://foofighters.com/

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dimanche 3 mai 2026

Rodney Crowell + Bobbie, Le Café de la Danse, 30 avril 2026.

Nous retrouvons en première partie une vieille connaissance, la chanteuse Bobbie, dont le premier album nous avait bluffé. Seule avec sa guitare folk, la chanteuse égrène les chansons dudit album et profite de l’occasion pour présenter quelques nouveaux titres. Dans un registre folk, teinté d’Americana mélancolique, Bobbie charme : son grain de voix s’éraille légèrement sous l’émotion et peut aussi descendre dans les graves. Dans ce genre bien spécifique, difficile de trouver mieux à l’heure actuelle en France ! Bobbie aura même l’honneur d’un duo avec Rodney Crowell un peu plus tard dans la soirée.

https://www.facebook.com/bobbiemusicofficial


Soixante-dix ans passés, une carrière débutée dans les années 1970, Rodney Crowell est un légende, une vraie, de la musique américaine, bien trop méconnue par chez nous, il s’agît seulement de son deuxième passage sur une scène française. Chemise à carreaux et jeans fatigués, utilisant une seule guitare folk durant tout le set, le chanteur, qui n’a jamais joui d’une telle exposition en France auparavant, n’est pas là pour prendre la pose et préfère laisser parler les chansons. He’s the real deal dit-on en anglais ! En trio, accompagné d’une pianiste et d’un violoniste (également à la mandoline de temps à autres) le chanteur impressionne par sa présence rythmique et sa capacité à créer du groove en dépit de la formule limitée, là où tant d’autres alignent les performance monolithiques. Parfaitement placé rythmiquement le trio alterne morceaux enlevés et passages lents et mélancoliques. Le chanteur prend également le temps d’expliquer comment lui viennent les chansons, avec humour souvent, d’expériences, de rêves, de cauchemar (comme cet adultère cauchemardé) et, surtout, des rencontres. Des destins compliqués, voire brisés, que le chanteur évoque avant de conclure souvent par la même formule : « He deserved a song » (il méritait que je lui écrive une chanson). Cette humanité est ce qui nous a le plus touché chez le chanteur, le concert fût sublime !

https://www.facebook.com/RodneyCrowellOfficial

https://rodneycrowell.com/


samedi 2 mai 2026

The Animeros + Marco Ferreira, L’Archipel, 29 avril 2026.




En première partie, nous avons pu découvrir Marco Ferreira, jeune talent, l’air un peu geek avec son tee-shirt X-Men, qui, seul avec sa guitare, nous a fait voyager entre ses deux pays, la France et le Portugal. Loin de se contenter du chant, bilingue sur quelques titres, son jeu de guitare semble également imprégné de cette double culture, empreint d’influences latines venues du fado. Précis et délicat, ses doigts arpègent les cordes de sa guitare avec un raffinement soigné, à l’instar de son chant. Lorsqu’il se saisit de sa guitare électrique, sur un titre seulement, sa musique change d’aspect et emprunte des voies plus aventureuses, sans saturation électrique excessive, mais avec toujours la même délicatesse. Belle découverte.

Les politiciens peuvent bien construire tous les murs possibles et imaginables, il n’en reste pas moins que les cultures, (musiques, cuisines etc...) restent, et c’est heureux, poreuses. En ce sens, le cas des Animeros, est bien symptomatique. Venu du Texas, le quintet est imprégné de cette culture latine venue de l’autre côté de la frontière. Pour résumer, The Animeros c’est un groupe de rock, garage et psychédélique, qui aurait remplacé la batterie par des percussions latines, des congas notamment. Menée tambour battant, pulsant le groove et le soleil à plein, la musique emprunte à plusieurs idiomes, du blues (un peu), une pédale wha-wha à réveiller le fantôme de Jimi, un orgue psyché et des percussions soul inspirées par Curtis Mayfield ou les Dap-Kings de Sharon Jones. Quelque part entre Los Lobos et Xixa (sans le côté goth) la proposition musicale des Animeros est, en majorité, instrumentale, et les quelques chœurs qui agrémentent les compostions sont, bien évidemment en espagnol. Le groupe présente un avantage considérable, celui de rendre joyeux et de bonne humeur ! Quel concert ! Pour sa toute première européenne, The Animeros (dont le premier album sortira à la fin de l’été) a choisi Paris. Qu’ils en soient ici remerciés !

https://www.facebook.com/theanimeros

https://theanimeros.com/

vendredi 1 mai 2026

Cat Clyde + Valentine Lambert, Supersonic Records, 28 avril 2026.

La petite scène du Supersonic Records prend des airs de hootenanny avec une soirée placée sous le signe des guitares et des chanteuses. On commence avec Valentine Lambert qui, derrière son patronyme bien de chez nous, cache une artiste grandement influencée par le folk et l’americana. Le tout dans la langue de Molière ! Malheureusement gênée aux entournures par une guitare récalcitrante, la chanteuse égrène des accords arpégées avec talent et délicatesse, à l’instar de son chant velouté, et des textes inspirés par sa vie quotidienne, les rencontres, le tout constituant une sorte de fuite en avant, vers un imaginaire musical (« La tête ailleurs » chante-t-elle) magnifié. Une manière d’embellir la vie de tous les jours, d’enluminer le quotidien, comme un rayon de soleil mélodique. Belle découverte.

https://valentinelambertmusic.fr/

https://www.facebook.com/valentine.lambert.9


On monte dans les tours, en intensité, les amplis chauffent dans le rouge, attention la tornade Cat Clyde arrive sur scène ! Méconnue dans nos contrées, en dépit d’un parcours discographique déjà conséquent, la Canadienne nous avait soufflé avec son dernier album au titre prophétique « Mud Blood Bone » soit, dans l’ordre, de la boue, du sang et des os. C’est, à peu de choses près, le programme de la soirée. De la boue, la chanteuse se situant dans une forme de ruralité musicale, le folk, la country, le blues et, forcément, du rock’n’roll, en tête de gondole de ses préoccupations musicales. Le concert fut absolument formidable, d’une énergie euphorisante (le sang et les os du titre) emprunt de feeling, et traversé de moments émouvants lorsque le pied se relève de l’accélérateur. Quelque soit le contexte la chanteuse adapte son chant aux accents country bien aidée dans sa tâche par un groupe (guitare, basse et batterie) aux petits oignons. On en redemande !

https://catclydemusic.com/

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