lundi 30 mai 2022

Marc O : « L’homme de l’ombre »

 


Après un quart de siècle passé en Angleterre, et autant de temps à s’exprimer dans la langue de Shakespeare, Marc O, sort, enfin (les premières ébauches de l’album datent de 2016), de l’ombre avec un premier effort en solo, chanté, oh surprise, dans sa langue natale, le français. Un étrange album, intriguant à bien des égards, un petit miracle, en équilibre entre les influences et les époques. Truffé d’influences littéraires, signés de la plume de son frère, le philosophe et écrivain Bruno Pons Levy, il se dégage de l’album une forme d’élégance décadente, quelque part entre Serge Gainsbourg (« Le test de la femme à barbe ») et le glam-rock (« Le Dyssimètre »). Et pourtant, si influence seventies il y a, cette dernière est totalement assimilée et se fond, avec bonheur, dans des sonorités synthétiques, mi-cold wave / mi-industrielles (« Les démodés » ; « Rendons le leurre »), formant une sorte de tapis glacé sur lequel glissent les compositions dans un ensemble cohérent transcendant totalement les notions de nostalgie ou de revivalisme musical. Et mine de rien, il s’agit là de la plus belle façon de rendre hommage à cet âge d’or révolu.

En concert le 7 juin (Supersonic)

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vendredi 13 mai 2022

Lisa Portelli, La Marbrerie, 12 mai 2022

 

Lisa Portelli, La Marbrerie, 12 mai 2022 (c) RG

La Marbrerie, (c) RG

Avec ses murs tout de béton bruts, l’ancien site industriel de La Marbrerie, sis à Montreuil, reconverti en salle de concerts, offre un décor tout à fait étonnant voire sidérant. Sur la scène ce soir nous retrouvons Lisa Portelli, une artiste elle aussi étonnante, et totalement transformée. Après des débuts plutôt rock’n’roll Lisa, merveilleuse guitariste, s’est muée en chanteuse, accompagnée d’un pianiste, et se produit dorénavant en duo. La musique se pare dorénavant d’une teinte électro feutrée à laquelle la chanteuse apporte une étrange intensité en trafiquant les fréquences en un note étrange, et baroque. Merveilleusement éclairée, l’artiste chante et danse, au rythme des boîtes, mue par les ondulations de la musique, baignée de lumières blanches ou bleues, dans un rapport charnel et intime à la musique. Les passages récités, s’intercalant entre les chansons, accentue le côté performance empreint de poésie et de mysticisme. Mais Lisa n’a pas totalement renoncée à sa guitare et, le temps de quelques titres, cisaille l’air ambiant de ses riffs acérés. Si la tonalité générale est plutôt sombre, mais la chanteuse elle-même n’est pas dénuée d’humour. Enfin, il est rare de voir une musicienne aussi virtuose se détourner de son instrument fétiche, la prise de risque assumée, et réussie, mérite d’être saluée. Le concert fut beau, intense et émouvant.

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mercredi 11 mai 2022

Sugar & Tiger : « Cristal Temporel »

 


Chez Sugar (Florence Virginie) et Tiger (Didier Wampas) on fonctionne en trompe l’œil. Côté pile, des couleurs chaudes, des fleurs en guise de costumes de scène et, forcément, serait-on tenté de croire de prime abord, de jolies chansons pop mené par la voix juvénile de Sugar. Côté face, des guitares punk et le contre-chant rugueux de Tiger ; le résultat, ils le chantent eux-mêmes : « Il y a un paradoxe dans le paradigme » ! Avec Sugar & Tiger, le punk se veut joyeux, festif, décalé, rigolo, un peu piquant tout de même, tout en assumant, sans complexe aucun, la francité de la démarche. En les écoutant, on se prend à imaginer le point de rencontre entre les yéyés primesautières, les girls groups des années 60 (en version française) et l’attaque frontale punk, débordante d’énergie et d’électricité, des années 1970. En résumé un joli groupe pop qui vitriole ses chansons avec talent, ça ne se refuse pas !

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lundi 9 mai 2022

Ceramic Animal : « Sweet Unknown »

 


Du regretté Dr John en 2012 à, tout récemment, Son House, le savoir-faire de Dan Auerbach en matière de musiciens légendaires n’est plus à prouver. Mais, Auerbach garde aussi un œil sur la nouvelle scène rock, en observateur privilégié depuis son studio Easy Eye Sound sis dans sa base de Nashville. Et c’est ainsi que nous arrive sa dernière trouvaille en la personne du quintet Ceramic Animal, qui doit penser, à juste titre, avoir tiré le gros lot. Impliqué, Dan Auerbach a participé a l’écriture et par sa production, a su tirer la quintessence du groupe. Il en ressort un sublime album, comme un road-trip au sein de la musique tellurique étasunienne, où même les tentatives disco (« I love a stranger ») ne font pas office de sortie de route. Pour le reste c’est un magnifique agrégat de soul-folk-rock, débordant de feeling où la voix délicate du chanteur Chris Regan est sublimée par l’écrin, varié mais cohérent et finement tressé. Comme du Kings of Leon, en mieux, c’est à dire sans les effets pompiers de ces derniers quand ils lorgnent avec un peu trop d’insistance du côté de U2. La bande son idéale d’un couché de soleil langoureux.

https://ceramicanimal.net/

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dimanche 8 mai 2022

Pagan Poetry, concert hommage à Nathalie Réaux, Les Trois Baudets, 7 mai 2022.





Quand on y pense, compte-tenu des contingences liées à la vie de musiciennes, aux déplacements, à la disponibilité (ou non) du lieu, il est tout simplement inouï que tout le monde, ou presque (seule la pianiste Julie Gomel manque à l’appel), soit disponible en ce 7 mai pour rendre hommage à la regrettée Nathalie Réaux. A croire que Nathalie elle-même a tout manigancé depuis l’au-delà pour que toutes les planètes s’alignent aussi parfaitement.

Qu’elles soient sur scène ou dans la salle, qu’elles aient connu Nathalie en musique ou dans la vie, toutes les personnes réunies entre les quatre murs des Trois Baudets, sont toutes venues par amour, et il s’agît bien là de la seule raison finalement valable. Aussi, c’est une vibration bien particulière qui agite l’air en cette soirée, totalement différente de celle qui se dégage d’un concert ordinaire. Dire que l’on a crevé le plafond de l’émotion est un euphémisme (l’auteur de ces lignes avoue sans peine avoir eu la gorge serrée à de nombreuses reprises au cours de la soirée).

Comme il était impensable de pas voir ni entendre Nathalie en cette soirée, cette dernière a débuté par une petite projection, sur grand écran, de clips et d’extraits de concerts et, même si tout est facilement retrouvable sur le net, les images ont une signification particulière en cette soirée, l’émotion nous étreint avant même que la première note aie été jouée.

Elles sont donc sept sur scène, toutes anciennes musiciennes et amies de Nathalie : Marie Lesnik, Karen Lano, Claire Joseph et Skye (soit le duo Pur-Sang), S.am (Sarah Amsellem), Chloé Girodon et Christelle Lassort. Un magnifique assemblage de musiciennes et chanteuses qui ont repris les titres de Pagan Poetry et aussi quelques reprises aimées de Nathalie (dont une sublime version du « Way to Blue » de Nick Drake, soutenue par un trio de cordes ; « I Follow Rivers » de Lykke Li). Tant de joie, tant de tristesse, tant d’émotions ! Les premières larmes discrètement séchées au coin de l’œil, les mains des musiciennes qui se serrent dans un geste de soutien mutuel et les sourires qui en disent long sur la connivence entre elles. Entre la joie simple et débordante d’être sur scène, de jouer, de faire de la musique et la peine, les musiciennes ont réussi à se glisser dans le fin interstice qui sépare l’euphorie de l’affliction. L’émotion est bien le maître mot en cette soirée, ce petit supplément d’âme perceptible dans le moindre touché délicat du piano, dans le plus petit pincement des cordes des violons. Les cinq chanteuses ont toutes, sans exception, été sublimes et ont atteint des sommets vocaux. La dimension prophétique des paroles écrites par Nathalie (« L’Autre Rive » notamment, particulièrement troublante) apparaît dans toute sa cruauté. Comme si elle savait déjà, comme si elle était là, elle aussi sur scène avec ses sœurs de musique. Nathalie peut bien reposer en paix, son héritage est entre de bonnes mains.

vendredi 6 mai 2022

First Draft : « Declines are long gone »

 


A la recherche d’une voie originale, First Draft a trouvé l’inspiration dans le post-rock, le stoner, le shoegaze, ou le rock anglais d’une manière générale. Autant d’influences premières totalement digérées et sublimées par le duo. Et oui, et c’est bien là l’aspect le plus bluffant de toute cette affaire, les First Draft ne sont que deux : une basse et une batterie ! Développer une telle palette de sons, au point de faire totalement oublier l’absence de guitare (l’illusion est parfaite) est assez inouï. Ainsi, alternant passages éthérés et violentes déflagrations sonores, le duo nous prend par l’oreille et nous entraîne dans son sillage à travers les ruines figurées sur la pochette, nous émeut par la grâce fragile de la voix de la chanteuse Marine, jamais aussi émotive que lorsque les nappes sonores sont à l’avenant (« Kneel Down in Silence »), donnant corps à l’expression "le calme avant la tempête". C’est beau.

https://firstdraftmusic.com/

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jeudi 5 mai 2022

Slift + You Said Strange, Le Trabendo, 3 mai 2022.


Cela plane haut au Trabendo ! Et pas uniquement à cause des fumigènes donnant l’illusion d’avoir la tête dans les nuages ! C’est en effet un superbe plateau rock psychédélique qui a été réuni en ce mardi soir. On commence avec les Normands de You Said Strange dont les strates de guitares plongent l’auditeur dans un magma sonore flirtant avec l’abstraction musicale et bruitiste. Et pourtant dans le fond, il s’agît bien d’un redoutable groupe de rock’n’roll, écoutez le batteur, il dynamite à lui seul la chose et, régulièrement, envoie le charbon qui fait avancer la machine. Les bases sont déjà, dès la première partie, posées très haut. Et on n’a encore rien entendu, car alors, que le trio toulousain Slift arrive sur scène, on se prépare à rentrer littéralement dans la quatrième dimension. Dans le fond de la scène, un écran projette de curieux motifs psychédéliques et colorés, répétitifs, provoquant une sorte d’hypnose chez le spectateur. Sentiment dont on est vite sortis par la puissance du trio, car si de psychédélisme il est question, de rock progressif aussi, Slift en donne une version radicale et musclée, forte en décibels, flirtant avec le métal et le hard-rock. Hawkwind, es-tu là ? Même dans les moments apaisés, ou les synthés acides prennent le relai, la section rythmique, toujours au taquet, charge l’air en électricité. Guitare et basse, tous deux jouant d’un modèle SG blanc, pratiquent une étrange chanson de geste, participant de cette ambiance aux décibels surréalistes. C’est fort, très fort (dans tous les sens du terme), on en ressort abasourdi !

https://fr-fr.facebook.com/sliftrock

http://sliftrock.com/

https://slift.bandcamp.com/music


https://www.facebook.com/yousaidstrange

https://you-said-strange.com/



mercredi 4 mai 2022

Crowdfunding S.am




Pour tous les amoureux de la musique sur support physique (il doit bien en rester quelques-uns, dites-oui svp, je me sentirais moins seul !) : Il nous semble important de signaler, qu'outre le fait d'aider S.am (Sarah Amsellem), cette merveilleuse artiste, à fabriquer son nouvel EP, certaines contreparties donnent une occasion unique de s'offrir, en CD, les sublimes albums "Muses, les Filles de la Mémoire" (sorti uniquement en digital à l'époque) et "Hidden Echoes" (uniquement disponible en digital sur le bandcamp de l'artiste). Collectors assurés ! Voilà tout est dit et à votre bon cœur !

Pour accéder à la campagne de crowdfunding cliquez ici

dimanche 1 mai 2022

It It Anita : « Sauvé »

 


La tradition veut que le groupe belge nomme chaque nouvel effort du nom de son producteur. Après « Laurent » en 2018, voici donc « Sauvé » (Amaury de son prénom) ! Toujours tiraillé entre une envie de chansons pop mélodiques et une tentation bruitiste à pousser les potards des amplis dans le rouge, le quatuor belge a trouvé en la personne d’Amaury Sauvé (producteur du disque donc) le complice idéal pour passer un cap. Ainsi, les tentations contraires du groupe n’ont jamais été aussi bien couchées sur bande. Le début de l’album se révèle étouffant. Précises, frappant là où cela fait mal « Ghost », « More » et « Sermonizer », savamment déconstruites, sont autant de bombes à fragmentation électriques envoyées directement dans les oreilles de l’auditeur. Plus nuancée « See Through » alterne entre une apparente délicatesse de façade, où la tension reste sous-jacente, et violentes déflagrations électriques servies sur un martellement quasi-métallique de la batterie, un soupçon de dinguerie expérimentale en plus. A l’opposé la sublime ballade « Authority » incarne, pour de vrai ce coup-ci, la véritable tendresse mélodique dont le groupe sait, aussi, faire preuve. Un des sommets du disque. Soulignons enfin pour finir l’angle trip hallucinatoire du disque, ces longues dérives dépassant les six minutes, « Routine » et « 53 », des odyssées au long cours dont le quatuor est spécialiste.

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https://ititanita.com/







samedi 30 avril 2022

Jostone Traffic Festival, le Cabaret Sauvage, 29 avril 2022.

 


Tourneur précieux pour tous les amoureux de la cause garage rock, Jostone Traffic, qui a tant fait pour faire venir tous ces groupes aimés (BellRays, Fleshtones et tant d’autres qui ont honorés le Cool Soul Festival) fête ses trente ans en grandes pompes dans le cadre majestueux et suranné du Cabaret Sauvage, idéalement placé en retrait de la ville et dans un cadre presque champêtre au bord du canal Saint-Martin. Le line-up est fabuleux et, bien entendu, légendaire ! On commence avec Nine Pound Hammer. Originaire du Kentucky, formé en 1988, le groupe revient fouler une scène parisienne pour le première fois depuis 2008 ! Comme si les années n’avaient aucune prise sur le groupe, ce dernier est toujours aussi rageur, dans un registre punk, qui n’occulte pas son origine terrienne aux accents countrysant. Un pied dans la prise, l’autre dans la boue, on adore ça ! Lorsque les Morlocks débarquent sur scène c’est une leçon de classe rock’n’roll. Formés en 1985, les Morlocks sont arrivés bien après le supposé age d’or du rock garage, dans les années 1960. Pourtant la formation se révèle une merveilleuse machine à voyager dans le temps. Riffs acérés, batterie puissante et voix caverneuse, c’est un voyage dans le train fantôme du rock’n’roll, génial de quoi avoir la banane tout le week-end ! Enfin, last but not least, la soirée se termine avec une légende, une vraie de vraie, les Flamin’Groovies. Oui, oui, ceux de « Supersnazz » (1969), « Flamingo » (1970) et « Teenage Head » (1971), une sorte de sainte trinité du rock garage. Toujours vaillant, Cyril Jordan et son inusable guitare en plexiglas aux étranges reflets colorés est toujours prêt à défendre la cause d’un rock ardent, influencé par Chuck Berry, une incongruité dans sa ville natale de San Francisco. Pourtant, les années passant, Cyril et ses nouveaux compagnons de jeu mettent la pédale douce sur l’électricité et l’énergie brute au profit d’une musicalité plus élevée, les décibels sont maîtrisées et c’est d’autant plus appréciable. Ce fut une magnifique soirée.

vendredi 29 avril 2022

January Sons : « Ocean of days »

 


Faisant fi de l’esthétique minimaliste souvent associé au genre folk, le trio propose une lecture de l’idiome bien différente. On y retrouve pourtant les mêmes ingrédients essentiels, des guitares et même des mandolines. Mais la chose se joue à un autre niveau. Ce n’est certainement pas par hasard que le groupe a choisi d’utiliser le mot « Ocean » dans le titre de son nouvel EP. Qui dit océan, dit vent et, on y vient, c’est justement un souffle, digne du grand large, qui vient habiter la musique du trio. Un sentiment épique qui s’invite dans les compositions : voix ample, martèlement des percussions, éclairs électriques, nappes de claviers, l’instrumentation choisie par le groupe converge vers la scène indie autant pop que rock, le tout incarné par différentes voix, les trois musiciens sont tous chanteurs. Une incongruité mise à profit par le groupe pour travailler avec soin les harmonies vocales. A découvrir.

https://fr-fr.facebook.com/januarysons/




jeudi 28 avril 2022

Jostone Traffic Festival, le 29 avril au Cabaret Sauvage

 


https://www.cabaretsauvage.com/work/jostone-traffic-festival-flamin-groovies-morlocks-nine-pound

Le Bingo

 


Echappé de Forever Pavot, Olivier Cardinal lance son projet solo, et Bingo ! « Bonne Nouvelle » également ainsi qu’il le chante en ouverture du disque. En effet, ce premier EP entretient le cousinage avec Forever Pavot (Emile Sornin, tête pensante de ce dernier groupe en assure la production) et c’est déjà, en soi, le gage d’une pop psychédélique à la française de haute-volée. On y retrouve la même appétence pour les instruments anciens (le Fender Rhodes en particulier) ou les basses rondes à la mode sixties. Tout un arsenal mis au services de pièces pop n’hésitant pas à flirter avec le jazz ou l’expérimentation au synthé analogique décrivant, avec une douce ironie et beaucoup d’humour, l’absurdité du quotidien. On se croirait dans un film de Jacques Tati ! Excellent !

https://lebingomusique.fr/

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mardi 26 avril 2022

Pagan Poetry : « The Unseen / L’Autre Rive » (2021)

 


Sa voix s’est envolée pour l’éternité. C’était le 15 février 2020, un lendemain de Saint-Valentin et quelques semaines à peine avant que le monde ne tombe dans l’ubuesque, la chanteuse Nathalie Réaux nous quittait, après un long combat perdu contre la maladie. Comédienne voix-off, musicienne et choriste dans des projets de grande ampleur, tels que Miossec ou Yael Naim par exemple, Nathalie était également à la tête de son projet personnel, Pagan Poetry (d’après une chanson de Björk). Sorti en 2013 et devenu introuvable, l’EP « The Unseen », la seule trace discographique de Pagan Poetry, a été réédité en vinyle en début d’année. Un bien bel et émouvant objet ! Un magma (mot utilisé à dessein) complexe de mélodies, baroque et lyrique, ésotérique et progressif, mystique et psychédélique. Les moyens mis en œuvre impressionnent, une ampleur sonore dont on mesure encore mieux la magnitude sur le support vinyle. Travaillé dans les moindres détails, produit avec un soin maniaque, l’écrin est parfait pour les envolées vocales de la chanteuse, dont la fascination pour la nuit éternelle de l’espace (on retrouve les paroles prononcées par Neil Armstrong lorsqu’il posa le pied sur la lune en 1969 samplées sur le disque) donne le tournis, une impressionnante sensation de vertige, comme une descente le long d’une spirale. Mais peut-être que le véritable trésor se trouve sur la face B, intitulée « L’autre rive », totalement inédite. On y retrouve l’inédit « From the Dusk till Dawn », une version live acoustique de « The Dark Side of The moon » procurant une étonnante forme d’intimité avec la chanteuse dont on a l’impression qu’elle nous susurre directement dans le creux et de l’oreille et, surtout, deux versions françaises, « Des Siècles Encore » et « L’Autre Rive ». La barrière imposée par la langue anglaise tombée, redécouvrir Nathalie dans ce contexte se révèle encore plus bouleversant. Toutes les aiguilles de la nostalgie dans le rouge, cette dernière ne nous a jamais semblé aussi proche. L’EP original de 2013 se terminait avec ce titre « Wonderworld ». Peu importe l’endroit où se trouve dorénavant Nathalie, nous nous plaisons à croire qu’elle finalement trouvé son « Wonderworld », son monde merveilleux.

Concert hommage le 7 mai au Trois Baudets.






lundi 25 avril 2022

Lisa Portelli : « L’innocence »

 


L’innocence. Retrouver l’innocence du musicien qui découvre un nouvel instrument, la joie simple de faire de la musique. Après un parcours accidenté, ponctué de longues poses, Lisa Portelli semble avoir retrouvé cette fameuse innocence au point de nommer ainsi son nouvel effort. Autrefois très portée sur la guitare, on se souvient de son album « Le Régal » (2011) et des convulsions électriques qui animait l’« Animal K », Lisa revient aujourd’hui, presque sereine, métamorphosée, pianiste, dont la musique se pare d’élégants atours (légèrement) électroniques et pop (« Spleen »). Mais il ne s’agît là que de l’arbre qui cache la forêt des sentiments qui animent sa musique restés, quant à eux, identiques. Comme si tout ce qui avait précédé devait mener à cette étape précise, devenir soi et trouver une voie (et une voix aussi) personnelle et unique. Sur ce nouvel effort Lisa enchante, ensorcelle, mais toujours avec douceur et bienveillance. Le toucher délicat du piano (« Prière » enluminée du récit émouvant de Dani), la voix claire et posée, toujours aussi troublante, envoûtante, dans une sorte de mélancolie doucereuse (« Promenade »). Et lorsque Lisa retrouve ses six cordes fétiches, c’est avec une fraîcheur renouvelée à l’image des éclairs électriques qui traversent « L’Epoux » de part en part. Située en toute fin de parcours, « L’innocence » incarne le sommet émouvant de l’album. A l’origine destinée à Christophe, que la musicienne a à peine eu le temps de rencontrer avant sa disparition, le titre est présenté dans sa version instrumentale (Lisa assurant le piano), immaculée. Cet émouvant voyage ne pouvait finir autrement.
En concert le 12 mai à La Marbrerie (Montreuil)

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samedi 23 avril 2022

Rivkah : « Duet »

 


Désormais mère de famille (on entends son bébé sur le disque) et installée dans le Loiret, une grande sérénité habite désormais Rebeka (Rivkah), qui pose, sereine, en compagnie de son chien sur la pochette. Et c’est un sentiment calme et apaisant qui habite ce nouvel effort. Une sorte de simplicité bienveillante ensorcelle ces chansons douces à l’accompagnement acoustique, guitares folk et contrebasse, une batterie à peine effleurée soutenant rythmiquement les compositions. Dans ce contexte, la voix délicatement haut perchée de Rebeka se glisse comme une goutte d’eau entre les arpèges de guitares, trouvant naturellement sa place dans ce flot délicat. Les chansons en elles-mêmes (on avoue un faible particulier pour l’excellente tentative jazz manouche « For You ») semblent relever d’un miracle échappé d’une faille temporelle, sans affectation particulière pour le passé mais avec un sentiment d’intemporalité prégnant. Un classique immédiat, écoutez-le, il apaise et fait du bien.

En concert le 19 mai à la Péniche Antipode.

https://www.rivkah.fr/

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lundi 18 avril 2022

Roland Bourbon & Serge Korjanevski : « Sacré »

 


S’il existe encore, Dieu merci, des créateurs un peu fous-fous pour nous faire rêver, alors assurément, ces deux cinglés de Roland Bourbon (batterie, percussion) et Serge Korjanevski (à peu près tout le reste pour résumer) en font partie ! Les deux musiciens se sont associés pour un projet dingue et totalement hors-sol intitulé « Sacré ». Hors-sol car il ne s’agît pas d’un simple album. L’objet se présente sous la forme d’une pochette plastique comprenant un cd, un livret sublime de 28 pages, illustré en noir et blanc (une illustration par titre), des photos et des goodies surprise et vraisemblablement uniques (l’auteur de ces lignes a eu droit à une plume!) Le tout forme un coffret luxueux mais sans ostentation, un magnifique objet fait avec le cœur en totale autoproduction, saluons l’effort ! Sur le plan musical, la proposition qui nous est faîte là encore étonne et détonne. Assez éloigné des standards du rock, le duo n’en a gardé que l’aspect progressif, voire grandiloquent, transformant l’écoute en moment suspendu, à part. Ce n’est plus un album mais un voyage, une odyssée au long cours où l’expérimentation délirante se mêle aux accents pop (il faut tout de même bien garder une base classique) et aux rares éclairs rock électriques. Libre (comprendre free comme dans le jazz) et hypnotique, le duo joue également la carte de la poésie, adaptant deux poèmes de William Blake, une qualité littéraire servie sur un plateau par deux voix, celles de Valentine Cohen et Arnaud Frémont, qui récitent avec un talent entraînant l’auditeur dans une spirale étourdissante. Un superbe voyage, un trip psychédélique, on vous l’assure.

https://rolandbourbon.bandcamp.com/album/sacr

dimanche 17 avril 2022

PARK

 


Voici le genre de projet qui intrigue et questionne avant même d’en avoir entendu la moindre note. Derrière l’alias assez passe-partout, se cache en fait une manière de super-groupe (comme disent les anglo-saxons) regroupant Frànçois Marry (des très pop Frànçois and The Atlas Mountain) et le trio punk rageur de Lysistrata. Autant dire une sorte de grand écart impossible que presque rien ne rapproche. Or, c’est précisément là, dans l’écart infime qui sépare le presque du rien que réside tout le sel de cet excitant projet. Une pelote assez difficile à démêler en vérité. Est-ce Frànçois qui au contact du trio n’hésite plus à hausser le ton où le trio qui au contact du chanteur s’est quelque peu adouci ? Certainement un peu des deux, mais le fait est que par une étrange alchimie, l’amalgame possède quelque chose de magique, où la rage de Lysistrata est canalisée et où la pop prend un sacré coup de fouet. Jouant à deux voix, en sus de François, Ben n’a en rien abandonné ses prérogatives de chanteur (et c’est tant mieux), le groupe a su trouver une voie médiane propre à ravir tout le monde sans copier personne. Enfin, les bruitages expérimentaux de Frànçois trouvent naturellement leurs places dans les compositions, apportant une note étrange et intrigante bienvenue, en contrepoint de la tendance naturellement bruitiste des guitares de Lysistrata. Le tout forme une sorte de chef d’œuvre inattendu dont on espère qu’il ne restera pas sans suite.

https://www.facebook.com/parksoundsband





samedi 16 avril 2022

Mélodies pour Gainsbourg, La Dame de Canton, 14 avril 2022.


Daniel et Gilbert, les deux organisateurs des agapes du soir, nous avaient prévenus en ouverture de la soirée en envisageant cette dernière comme un voyage au cœur du corpus Gainsbourgien. Le lieu s’y prête particulièrement, une jonque sur le Seine, un écrin boisé, patiné par le temps et exotique. Ne manque plus que Corto Maltese fixant l’horizon de son regard sombre et on s’y croirait. Ils sont donc quatorze, issus de la scène indé parisienne, à se succéder, une reprise après l’autre. Un programme chargé mais harmonieux en dépit des incessants changements de plateau et autant de scènes cocasses. On commence avec Gilbert reprenant « Ford Mustang » accompagné de S.am (le nouveau nom de scène de Sarah Amsellem), laquelle se glisse à la perfection dans le rôle de Brigitte Bardot. Une mise en jambe avant les choses sérieuses quand la guitariste Lisa Portelli rejoint S.am. Une configuration guitare/voix assez inédite pour la chanteuse (qui a plutôt l’habitude de s’accompagner au piano ou au ukulélé). Se glissant avec malice dans les interstices laissés vacant l’une ou l’autre, la performance est riche d’enseignement. Se concentrant sur le chant, sans se polluer l’esprit à devoir jouer d’un instrument, S.am déclenche des torrents d’émotion. Un moment de grâce suspendu, sous le soleil exactement, dans les reflets mordorés du jour finissant, le soleil se couchant sur la Seine, magique ! On retiendra de cette soirée, le charme de Pauline Drand (« La Chanson de Prévert » qui sera reprise une deuxième fois en compagnie du chanteur de Collateral), la fureur fuzz psychédélique de la Bestyons (Olivier Azzano et Armelle Yons qui a ressorti sa flûte traversière pour la première fois depuis 20 ans) dont les éclairs électrise « L’homme à tête de chou » entrecoupé d’un petit bout de « Je suis venu te dire que je m’en vais » ou la basse de François Puyalto, la longue dérive psyché de « Variation sur Marilou ». En reprenant « Sorry Angel », Guilhem Valayé étonne (il sera d’ailleurs le seul à aller piocher dans cette période honnie, les années 1980, musicalement médiocre, ou en Gainsbarre, Gainsbourg n’était plus que l’ombre du lui-même). Et pourtant, seul à la guitare, tirant la substantifique moelle de la chanson, Guilhem en soustrait une beauté absente de l’originale. Grand moment ! S’il était un animal, le duo Pur-Sang serait incontestablement un Crazy Horse filant à travers les plaines, en direction de la ville fantasmée « New York USA », le temps d’une cavalcade folk rock échevelée. Le public est emballé. Pour être tout à fait exhaustif, Robi et Lembe Lokk ont complété la soirée avec charme et beaucoup d’humour pour la seconde nommée. Enfin, tout ce beau petit monde s’est retrouvé pour le grand final « La javanaise » reprise en cœur par le public refusant de quitter le navire, dans un grand moment d’émotion partagée.

vendredi 15 avril 2022

Natalia M. King + Roxane Arnal, New Morning, 13 avril 2022.



En première partie on retrouve la jeune Roxane Arnal, que l’on avait connu au sein du duo Beauty and The Beast, qui défend vaillamment son projet solo en dépit de vents contraires, problème de micro, guitare quasi-muette, mais la guitariste garde le sourire en toute circonstance, simplement contente d’être sur scène. Envolées classiques du piano, contraste entre batterie plutôt swing jazz et groove funk de la guitare, le premier album solo de la chanteuse, annoncé sur le label Dixiefrog, dont plusieurs extraits on été dévoilés, s’annonce plutôt bien !

En arrivant sur scène, Natalia M. King, nous promettait « de l’amour, des voyages et du blues » ! Le contrat est amplement rempli ! Le rendu live se caractérise par une élégance de tous les instants. La contrebasse en impose, le batteur pratique le geste avec une précision clinique tout faisant montre d’un feeling de tous les instants. Le piano aux accents classiques s’envole, par contraste, l’orgue injecte une dose de groove acide bienvenu. Enfin, ils sont deux à se partager les guitares, dont Natalia, également très à l’aise en français. Le blues, mâtinée de swing jazz, est classieux, élégant, et est incarné à la perfection par la voix rauque de Natalia. Un superbe moment !