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samedi 18 janvier 2025

Karen Lano, Café de la danse, 17 janvier 2025.

De retour avec un nouvel album, sorti à l’automne dernier, Karen Lano fête la sortie de ce dernier sur la scène du Café de la danse. Un retour plus rock qu’à l’accoutumée qui voit la chanteuse marier cette influence nouvelle avec celles, plus habituelles, de la pop et de la chanson. Un retour en petit comité, entouré d’une section rythmique et d’une guitare omniprésente qui voit la chanteuse, surfeuse dorée, glisser avec grâce sur la vague électrique déclenchée par Olivier Legall, son guitariste. Un nouvel habit que la chanteuse enfile avec élégance, et dans lequel elle retrouve sa poésie habituelle qu’elle marie aux riffs hypnotiques et autres arpèges délicats. Deux invitées de marque ponctuent la soirée avec charme, Brisa Roché, qui retrouve un univers folk-rock auquel elle est habituée, et BlauBird le temps d’un duo suspendu sur « Le Bal des Laze » de Michel Polnareff, où la phrase « supprimer celui-là » est prononcée avec le sourire, dénuée de la violence de l’originale. En fin de concert un trio de cordes magiques fait son apparition (dans lequel on retrouve la fidèle Marie Lesnik) renouant avec la mélopée onirique des albums précédents de la chanteuse. « Pas assez belle, pas assez brillante » chante-t-elle, une affirmation que fait démentir Karen Lano, le temps d’un rêve, le temps d’un concert, justement beau et brillant.

https://www.karenlano.com/

https://www.facebook.com/karenlanomusic




dimanche 8 mai 2022

Pagan Poetry, concert hommage à Nathalie Réaux, Les Trois Baudets, 7 mai 2022.





Quand on y pense, compte-tenu des contingences liées à la vie de musiciennes, aux déplacements, à la disponibilité (ou non) du lieu, il est tout simplement inouï que tout le monde, ou presque (seule la pianiste Julie Gomel manque à l’appel), soit disponible en ce 7 mai pour rendre hommage à la regrettée Nathalie Réaux. A croire que Nathalie elle-même a tout manigancé depuis l’au-delà pour que toutes les planètes s’alignent aussi parfaitement.

Qu’elles soient sur scène ou dans la salle, qu’elles aient connu Nathalie en musique ou dans la vie, toutes les personnes réunies entre les quatre murs des Trois Baudets, sont toutes venues par amour, et il s’agît bien là de la seule raison finalement valable. Aussi, c’est une vibration bien particulière qui agite l’air en cette soirée, totalement différente de celle qui se dégage d’un concert ordinaire. Dire que l’on a crevé le plafond de l’émotion est un euphémisme (l’auteur de ces lignes avoue sans peine avoir eu la gorge serrée à de nombreuses reprises au cours de la soirée).

Comme il était impensable de pas voir ni entendre Nathalie en cette soirée, cette dernière a débuté par une petite projection, sur grand écran, de clips et d’extraits de concerts et, même si tout est facilement retrouvable sur le net, les images ont une signification particulière en cette soirée, l’émotion nous étreint avant même que la première note aie été jouée.

Elles sont donc sept sur scène, toutes anciennes musiciennes et amies de Nathalie : Marie Lesnik, Karen Lano, Claire Joseph et Skye (soit le duo Pur-Sang), S.am (Sarah Amsellem), Chloé Girodon et Christelle Lassort. Un magnifique assemblage de musiciennes et chanteuses qui ont repris les titres de Pagan Poetry et aussi quelques reprises aimées de Nathalie (dont une sublime version du « Way to Blue » de Nick Drake, soutenue par un trio de cordes ; « I Follow Rivers » de Lykke Li). Tant de joie, tant de tristesse, tant d’émotions ! Les premières larmes discrètement séchées au coin de l’œil, les mains des musiciennes qui se serrent dans un geste de soutien mutuel et les sourires qui en disent long sur la connivence entre elles. Entre la joie simple et débordante d’être sur scène, de jouer, de faire de la musique et la peine, les musiciennes ont réussi à se glisser dans le fin interstice qui sépare l’euphorie de l’affliction. L’émotion est bien le maître mot en cette soirée, ce petit supplément d’âme perceptible dans le moindre touché délicat du piano, dans le plus petit pincement des cordes des violons. Les cinq chanteuses ont toutes, sans exception, été sublimes et ont atteint des sommets vocaux. La dimension prophétique des paroles écrites par Nathalie (« L’Autre Rive » notamment, particulièrement troublante) apparaît dans toute sa cruauté. Comme si elle savait déjà, comme si elle était là, elle aussi sur scène avec ses sœurs de musique. Nathalie peut bien reposer en paix, son héritage est entre de bonnes mains.

lundi 15 février 2021

Karen Lano : « Muses »

 


Juillet 2020, alors que la pandémie fait rage depuis plusieurs mois (et pour plusieurs mois encore mais ça on l'ignorait à l'époque) Karen Lano décide de s'enfermer dans la petite église de Graveron-Sémerville (Eure) en compagnie de ses musiciens afin d'enregistrer un nouvel album. Bien plus qu'un disque en fait, plutôt un carnet de voyage immobile à écouter. Car c'est finalement de cela qu'il s'agît libérer nos esprits alors que notre liberté de mouvement est entravée. C'était le pari de la chanteuse et il est réussi haut la main. L'église de Graveron-Sémerville joue un rôle central et toute la solennité qui habite ses murs transparaît dans la musique. Le folk de Karen est épris de lyrisme lorsque sa voix s'élève au-dessus des contingences matérielles (« Ophélie »), doux et délicat (« Ma Douce »), mais est traversé d'éclairs épiques et d'intenses poussées de fièvre électrique (« Mélopée » ; « Sirocco ») traduisant une tension soujacente à l'image de l'orage qui a perturbé l'enregistrement et que l'on peut entendre dans le fond si l'on tends l'oreille. Le violon et la scie musicale, ainsi que le « cri tribal » du deuxième titre, participent de cette ambiance baroque (cf. « Muse » uniquement composé de voix et de percussions) et confère un soupçon d'étrangeté à cet album qui habitera longtemps quiconque aura la chance de poser une oreille dessus.

https://www.facebook.com/karenlanomusic/