dimanche 16 juillet 2023

Shaun Ferguson : « La lumière de l’Ombre – L’Ombre de la Lumière »

 





Si d’aucuns aiment à cliquer sur un lien pour écouter de la musique, nous sommes pour notre part particulièrement heureux de recevoir le nouvel album du Canadien. Avec sa double pochette réversible absolument sublime, l’objet semble ne cesser de exhorter, en substance : « écoute moi ! » Et le ravissement commence dès le disque inséré dans le lecteur. Le talent de guitariste de Shaun Ferguson est tel que le qualificatif de musicien semble trop étroit pour lui. De fait, avec cet album Ferguson réussit une prouesse rare, celle d’un album quasiment solo (violon et violoncelle en soutien sur quelques titres tout de même) et presque entièrement instrumental. Usant d’une diversité de techniques autour de sa guitare classique, jouée avec ou sans archet, Ferguson réussit à dépeindre un univers entier et mélodieux avec ses six cordes usant de la tension sous-jacente (la première plage « Flying Black Crow ») ou de sonorités hispanisantes/orientalisantes (l’homme joue aussi de la darbouka) plus apaisées. Le seul titre chanté « Heal » nous ramène à une approche folk plus classique où le fantôme de Nick Drake semble venir hanter la platine. Un album de très haute tenue, aux vertus curatrices, faisant voyager et rêver. A écouter allongé les yeux fermés.






samedi 15 juillet 2023

The Lords of Altamont : « To hell with tomorrow, the Lords are now ! »

 


Voilà un titre qui résume bien toute l’affaire. L’orgue Farfisa brandi tel un étendard, les guitares abrasives et saturées et un look motard 100 % cuir, si il y a bien un truc dont se fout totalement Jake Cavaliere et sa bande c’est bien l’avenir. Certes, on pourrait dégoiser des heures durant sur le passé, les décennies 1960 et 1970, dans lesquelles le groupe enracine sa musique et ses influences, mais, dans le fond, pour tout fan de rock’n’roll ce qui compte vraiment, c’est l’instant T, cette adrénaline rock qu’elle provienne d’une salle de concert ou qu’elle sorte des enceintes. Alors certes, après 20 ans à arpenter la route et les studios, la formule des Lords of Altamont est bien rodée, présente bien peu de surprises et frôle la redite (« Action » qui était déjà présente sur leur deuxième album en 2005). Comme ils le disent eux-même : « Going nowhere fast ». Le groupe ne va donc nulle part mais en vitesse. Ce qui ne les empêche nullement de sortir un nouvel effort d’excellente facture, dopé à l’adrénaline et qui fait notre bonheur d’écoute du jour. Et pour ça, on est prêts à les suivre jusque dans le mur !

https://lordsofaltamont.com/

https://www.facebook.com/LordsOfAltamont

vendredi 14 juillet 2023

Dalton : « Soleil Orange »

 


S’engouffrant dans une faille temporelle aux contours indéfinis, Dalton ouvre une brèche dans le rock français. Un soupçon de candeur héritée des années 1980 habite les paroles du groupe (« Pull sans manches ») à laquelle répondent les guitares, elles aussi perdues dans le temps entre les groupes garage des années 1960 (« Abandonne » ; "Cours de poterie") et une basse qui mène l’affaire tambour battant avec un grondement (« Des éblouissements »), mêlé à celui d’une boîte à rythme utilisé intelligemment (« Laure »), rappelant la cold wave. Mais l’abondance de références ne doit pas faire oublier l’essentiel, le ton résolument personnel de l’album, grâce au chant dans la langue de Molière, tel qu’on n’en avait plus entendu depuis longtemps. Quelques mois après le sublime album de Marc O, c’est un souffle nouveau qui emporte le rock français.

https://www.facebook.com/legroupedalton/

https://daltonlegroupe.bandcamp.com/album/soleil-orange




jeudi 13 juillet 2023

Von Der Val : « Relentless »

 


Bien qu’il s’agisse de leur premier EP, le duo originaire d’Angers n’est pas inconnu, loin s’en faut, et s’est bâti sur les ruines de leur précédent groupe, Match. Von der val signifiant en néerlandais « à partir de la chute », il est heureux que les musiciens Tom Lecomte et Lucas Manchette aient pu rebondir avec un tel allant. Sur ce premier EP (six titres) le duo guitare/batterie se distingue par une sorte de mur du son infranchissable qui n’est pas sans rappeler un autre duo, Royal Blood, bien que ce dernier soit exempt de guitare. Sauvage et intrinsèquement rock’n’roll, bien que produit au millimètre avec un soin maniaque, le duo est du genre à sauter sur l’auditeur et à le faire succomber sous ses coups de butoir saturés d’électricité (« Lev »). Batterie qui tabasse, guitares saturées au son particulièrement travaillé, la dynamique est au cœur du projet, quitte à flirter avec un BPM proche de celui des musiques électroniques (« Jungle » qui file sur un train d’enfer). Pour le reste ce n’est que de la déglingue rock’n’roll mais avec classe et un soupçon d’audace électro/psyché dans les arrangements qui fait toute la différence.

https://www.facebook.com/vonderval





jeudi 6 juillet 2023

Jon Muq, Studio GDP, 5 juillet 2023.

 

(c) Marshallmoonphoto

Bien que fortement ancré dans le rock garage et le blues downhome, Dan Auerbach n’en garde pas moins les oreilles ouvertes sur les musiques du monde et avait aidé, il y a dix ans, le fabuleux guitariste nigerian Bombino à se lancer sur le marché international. Dans la même lignée, l’occasion nous a été donnée cette semaine de découvrir le songwriter ougandais Jon Muq, installé à Austin depuis 5 ans, la nouvelle pépite découverte par Auerbach ; de passage express dans le flambant neuf Studio GDP (une pièce magnifique, toute ronde et au mur du fond tapissé de cymbales). Une prestation trop courte (seulement quatre chansons soit à peine plus d’un quart d’heure) pour se faire une idée réellement précise. Ce qui n’empêche nullement de tomber sous le charme de voix sublime du chanteur et de son jeu de guitare incisif, très carré d’un point de vue rythmique, et à la fois si mélodique, dans la lignée du Ben Harper des débuts ou de Tracy Chapman. Le premier album de Jon Muq, produit par Auerbach, est en cours d’enregistrement et sortira sur le label de ce dernier, Easy Eye Sound. S’il est pour l’instant difficile d’augurer des choix de production qui seront opérés par le leader des Black Keys, la courte prestation du jour constitue néanmoins une véritable promesse pour l’avenir.

https://www.jonmuqmusic.com/

https://www.facebook.com/Jonmuq/




lundi 3 juillet 2023

Sandor : « La médaille »

 


Adepte d’une électro pop très axée sur les synthés surdimensionnés et les sons vintage, la Suissesse Sandor voit plus loin que la simple madeleine nostalgique. Ainsi aux sonorités très années 1980 de son nouvel album, l’artiste oppose des textes aux préoccupations on ne peut plus actuelles. Ainsi « La Médaille » du titre fait référence au cyberharcèlement autant qu’un appel à l’apaisement général : « Plus de guerre, plus de médaille, plus de revers » (écrit avant la guerre en Ukraine). Il en va ainsi de cet album, coloré à l’extérieur, noir à l’intérieur, assez radical dans son approche et dans le chant (« Les Limites De Ton Intelligence ») à la tonalité volontiers envoûtante.

https://www.sandormusic.com/

https://www.facebook.com/mynameissandor




jeudi 29 juin 2023

Binic Folks-Blues Festival, du 29 au 30 juillet

 


En vérité, les raisons d'aller assister au Festival de Binic sont nombreuses : les tarifs tout doux (le pass trois jours est à 25 euros), l'excellence de la programmation dans une veine allant du blues au rock garage/psyché, le site sur le port en bord de mer et enfin le fait que les groupes jouent plusieurs fois tout au long du week-end !

https://lanefdfous.fr/

https://www.facebook.com/BinicFolksBluesFestival/


lundi 26 juin 2023

La Trilogie 72, les 15, 16 et 24 juillet au Festival d'Avignon

La Maison Tellier (c) Mathieu Foucher

Silly Boy Blue (c) Jean-Adrien Morandeau

Léonie Pernet (c) Antoine Mongier du Sorbier


C'est un magnifique enchaînement de trois concerts hommages, issus d'un partenariat avec le Printemps de Bourges, que présentera le Festival d'Avignon. Trois albums majeurs, tous sortis en 1972, seront remis au goût du jour par la fine fleur du folk et de l'électro pop française à Avignon. "Transformer" de Lou Reed (décédé en 2013) par Silly Boy Blue (le 15 juillet - Cour du Lycée Saint-Joseph) ; "Ziggy Stardust" de David Bowie (décédé en 2016) par la magnétique Léonie Pernet (le 16 juillet - Cour du Lycée Saint-Joseph) et, pour finir en fanfare, l'inusable "Harvest", le chef d'oeuvre de Neil Young (qui a déclaré récemment renoncer à l'avion et aux concerts en Europe) par La Maison Tellier (le 24 juillet à l'Opéra Grand Avignon). Que de belles soirées en perspectives !

jeudi 22 juin 2023

Lux Montes : « La Traversée »

 


Depuis son installation en Belgique, il y a quelques années de cela, Lux Montes a totalement revu son projet artistique. Autrefois guitariste, la chanteuse préfère dorénavant s’exprimer au piano, même si la guitare reste présente, et dans un registre à la fois vaporeux et mélodique, folk et intimiste. Une traversée intime dont le présent album est le résumé entre poésie (« Crossing the water » d’après le poème de Sylvia Plath) et reprises méconnaissables (cf. la relecture mélancolique d’« Où sont les femmes » de Patrick Juvet) où l’espagnol fait une apparition en hommage à ses origines. Ainsi, au-delà des chansons, c’est aussi un climat, une ambiance, qu’instaure Lux Montes (cf. la touchante « Vision ») où tout est affaire de texture sonore. N’ayant pas peur d’exposer failles et fêlures, la chanteuse évolue sur un fil, la voix trahissant les émotions à fleur de peau. Un album touchant et terriblement humain qui fait du bien en contrepoint de toutes ces intelligences artificielles tentant de ressusciter les rock stars du passé.

https://luxmontes.com/

https://www.facebook.com/luxmontesmusic/






mardi 20 juin 2023

Fredda : « Phosphène »

 


Si l’on en croit le dictionnaire, le phosphène, qui donne son titre à l’album, désigne la sensation de voir une lumière ou des corps flottants. Un titre heureux donc, particulièrement bien trouvé, tant on ne saurait trouver mieux pour décrire la sensation qui s’empare de l’auditeur à l’écoute de ce nouvel effort de la chanteuse. Lumineux, cet album l’est assurément, du moins sur un plan strictement mélodique. C’est une sorte de ligne claire que trace la chanteuse au-dessus de laquelle plane sa voix dégagée des contingences, à cheval entre le folk qui constitue la base des compositions et les arrangements pop qui agrémentent ces dernières, comme autant de petites notes électro ou cuivrées, chargées de pimenter le tout. Ainsi Fredda nous transporte et nous ravit avec ce disque, pourtant assez sombre quant aux thématiques abordées dans les textes, entretenant une savante dichotomie avec la sérénité musicale qui habite l’ensemble.

En concert le 23 juin au Zèbre de Belleville

https://www.fredda-music.com/

https://www.facebook.com/officiellepageFreddamusic






jeudi 1 juin 2023

Caesar Spencer : « Get out into yourself »

 


De par ses origines, Anglais né au Pérou, possédant la double nationalité suédoise et installé désormais en France, Caesar Spencer a plus que le choix quant à la nationalité indiquée sur son passeport. A défaut de choisir, le chanteur préfère se concentrer sur sa musique qu’il envisage de manière internationale et comme un hommage à sa terre d’accueil (cf. la gainsbourgienne « When I whisper in your ear » en duo avec Mareva Galanter). Mais les choses sont un peu plus complexes. Si la pop anglaise constitue le socle solide sur lequel s’appuie l’artiste, comme le prouve son chant de crooner blasé, c’est pour mieux s’en échapper par la suite vers des rivages surf (« Hail Caesar »), des envolées cinématographiques ou classiques, sample de Beethoven à l’appui (« Jane loves the highway ») ou hommages à Gabriel Fauré (« Requiem »). C’est ainsi cette dichotomie baroque qui offre sa dynamique à l’album, oscillant toujours entre préciosité pop et éclairs de guitares dévastateurs. Avec l’aide de quelques soutiens légendaires (Jacqueline Taïeb ou Gilles « Olivensteins » Tandy) Caesar Spencer nous gratifie d’un impressionnant album, dense et ambitieux, dont on n’a pas fini de faire le tour de la richesse infinie de ses arrangements et de sa production à la précision millimétrique. A tel point que plusieurs écoutes, attentives et répétées, sont nécessaires pour digérer une telle somme. Forcément précieux et très probablement la bande son de notre été.

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www.caesarspencer.com

www.twitter.com/caesarspencer21







lundi 29 mai 2023

Holy Bones : « Alma PerdidA »

 


Contenant le mot « os » dans son patronyme, Holy Bones évoque dans l’instant les grands espaces d’un désert inhospitalier et dangereux où chaleur rime avec mort. Le décor est ainsi posé avant même d’avoir entendu la moindre note. Et quel décor ! Pensé comme la bande originale d’un film imaginaire, ce deuxième album d’Holy Bones, contre toute attente il s’agît d’un groupe français, ne se contente pas d’aligner les chansons folk, rock et blues, toutes formidables, mais alterne ces dernières avec des plages de sound design afin de plonger l’auditeur dans l’intrigue : après une rupture douloureuse, le personnage prend la fuite dans sa Cadillac jusqu’à la frontière mexicaine. On y croise toute une flopée de personnages louches et, surtout, son lot de magnifiques chansons où règnent les guitares slidées et les ombres de Chris Isaak (pour la voix), de Calexico et de 16 Horsepower pour l’ambiance poussiéreuse et le ciel d’un bleu céruléen qui surplombe le tout. Superbe !

https://www.facebook.com/holybonesgrenoble




dimanche 28 mai 2023

Bill Pritchard : « Sings Poems by Patrick Woodcock »

 


De retour aux affaires après une décennie de pause, entre 2004 et 2014, c’est depuis son come-back surprise, il y a neuf ans, que Bill Pritchard, le plus francophile des Britanniques (ayant collaboré avec Daniel Darc, Etienne Daho ou Frédéric Lo) aligne les albums comme autant de perles dans ce qui ressemble de plus en plus à un nouvel age d’or dans sa carrière. Une sorte de maturité atteinte avec l’age avançant l’aidant à séparer le bon grain de l’ivraie. Preuve nous en est donnée une nouvelle fois avec ce nouvel effort surprenant car rompant avec les habitudes de l’artiste. Plume reconnue, Pritchard n’a pour une fois pas signé un seul texte mais adapté les poésies du Canadien Patrick Woodcock, qu’il n’a pourtant rencontré qu’à distance. Enregistré en petit comité avec l’aide du seul batteur Scott Ralph (Bill assurant seul l’intégrité des guitares, basses et claviers, une première là encore), Pritchard a pris des risques avec ce nouveau disque. Risques payants tant l’album atteint une forme d’altérité pop folk, à l’acoustique chaleureuse, intemporelle et réconfortante. Un disque dans lequel il fait bon se lover, bercé par les délicats arpèges et son chant à la patine légèrement brisée par les années.

En concert le 17 juin au NO.PI

https://www.billpritchardmusic.com/




samedi 27 mai 2023

Claire Days : « Emotional Territory »

 


Le titre, évocateur, de l’album promettait des sommets d’émotions. Le moins que l’on puisse dire est que, pour son premier album, Claire Days tient les promesses évoquées plus avant. Chez Claire Days tout commence par un délicat arpège de guitare folk. Telle une Nick Drake au féminin, son touché de guitare tout en finesse caresse l’oreille de l’auditeur. Ensuite, par la grâce de sa voix, Claire Days transporte l’auditeur dans une sorte de spleen automnal, un tapis de feuilles mortes dans lequel il fait bon se lover. Mais il y a bien plus de musiques chez Claire. Les arrangements audacieux apportent une note pop plus contemporaine et l’artiste réussit parfaitement cet élégant amalgame entre acoustique, électricité et un soupçon d’électronique ouatée (ces derniers éléments sont savamment dosés cf. « Order », « Benny »). Ainsi, malgré la grande douceur musicale qui habite l’ensemble, qui contrebalance la gravité des thèmes abordés, jamais l’album ne sombre dans la contemplation lénifiante, une ligne de batterie bien troussée ou un arrangement aventureux dont elle a le secret maintient l’intérêt de l’album du début à la fin. De bien beaux débuts.

https://www.facebook.com/iamclairedays/






vendredi 26 mai 2023

Coco Aikura : « A place called home »

 


Le visage fragmenté de l’artiste s’affichant sur la pochette résume le parcours de l’ancienne chanteuse de Yalta Club, allemande de naissance et installée en France, qui la voit naviguer entre trois langues (l’anglais s’invitant aussi aux agapes) sur son premier album solo. Ainsi, comme l’indique le titre, Coco Aikura cherche un toit et finit par le trouver sur « Silent Record », la deuxième plage du disque, affirmant :« Home is where the heart is ». Et puisque l’on parle de cœur, celui de la chanteuse balance beaucoup sur ce premier album entre pop indé et électro, de la délicate acoustique au piano de « Mirror » ou de « Rise up and Fall » (nos préférées) aux accents pop beaucoup plus amples de « Not like you ». Mais qu’elle se niche dans le tréfonds de ses cordes vocales, de la caisse de résonance de sa guitare ou dans une bulle électronique cotonneuse savamment entretenue (« Die letzen Meter »), Coco Aikura n’a de cesse de rechercher cette vibration, chaude et réconfortante, qui habite sa musique, la rend précieuse et hypnotise l’auditeur.

https://www.facebook.com/cocoaikura/

https://www.cocoaikura.com/





jeudi 25 mai 2023

GA-20

 



C’est, pour notre part, avec leur deuxième effort, un album de reprise de Hound Dog Taylor, que nous avions découvert le trio de Boston en 2021. Depuis, le groupe a fait sensation dégainant, coup sur coup, deux albums ! Tirant son nom d’un mythique ampli de la marque Gibson des années 1950, GA-20 reprends à son compte ce qui fut une figure de style typique des années 1990, celle du trio atypique, où l’un des instruments traditionnels (guitare, basse et batterie) est remplacé. Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, c’est la basse qui est absente. Le groupe se présente donc sous la forme d’un duo de guitares accompagné d’une batterie, dans la lignée du Jon Spencer Blues Explosion tout en entretenant une sorte de cousinage éloigné avec les Black Keys du début. Avec ces glorieux aînés, GA-20 partage un amour du blues et du rock’n’roll garage mâtiné d’un soupçon de soul ou de rhythm’n’blues, influence particulièrement perceptible dans le chant de Pat Faherty et dans le groove de la batterie de Tim Carman. Matthew Stubbs et Pat Faherty constituent quant à eux une doublette de guitares, inspirée et vivifiante, jouant, avec une virtuosité discrète, plus de l’énergie et de l’émotion que de la saturation à outrance ; ce qui rend leur interprétation du blues aussi intense et débordante de feeling. Esthète et cultivé, le trio connaît ses classiques et se joue souvent de l’art de la reprise comme le démontre le nouvel album surprise live (enregistré chez Plaid Room Records in Loveland, disquaire tenu par le patron de leur label Terry Cole) qui en contient de nombreuses, mais pas de Hound Dog Taylor, le sujet ayant déjà été épuisé par ailleurs. Le groupe foulera pour la première fois une scène française le 30 mai prochain au Petit Bain, en première partie de Chuck Prophet, et l’événement promet d’être d’importance !

EN CONCERT LE 30 MAI (Petit Bain)

https://ga20band.com/

https://www.facebook.com/GA20blues/





mercredi 24 mai 2023

Jérôme Castel : « Doggerland »

 


Musicien éclectique, guitariste et/ou bassiste chez d’autres (Nesles, Fredda), également passé par la musique électronique, Jérôme Castel renoue avec ses racines rock sur ce nouvel effort. Enregistré à trois (avec basse et batterie) et en quatre jours en décembre 2019, juste avant que le monde ne bascule, il se dégage de ce magnifique album, chanté tout en français, de fortes effluves du rock indé américain des années 1990. Tout en guitares tempétueuses, mû par une tension sous-jacente qui n’explose jamais tout à fait, évoluant sur un ligne de crête rare avant de basculer dans le chaos des guitares (cf. la sublime « Léger », morceau de bravoure de 8 minutes dans lequel résonne le fantôme de Sonic Youth) produisant un étonnant effet hypnotisant chez l’auditeur (« La Beauté Nouvelle ») ; c’est à l’aune de notre époque qu’il convient de jauger cet album. Finalisé entre deux confinements, le disque fait écho à l’angoisse sourde du 21ème siècle. Ainsi, la pochette, signée Christophe Lavergne, représente la platisphère, ce continent de plastique polluant l’océan, un véritable écosystème toxique à part entière, tel une épée de Damoclès dont les chansons tourmentées de Jérôme Castel sont le pendant musical. Et quand répit il y a (la délicate et acoustique plage titulaire, "Vermeil"), il est forcément de courte durée…

https://fr-fr.facebook.com/JeromeCastelchanson/

https://jeromecastel.com/

https://jeromecastel.bandcamp.com/album/doggerland-2




mardi 23 mai 2023

Wakan Tanka : « Heat »

 


Un œil dans le rétro, l’autre résolument tourné vers l’avenir, Wakan Tanka, a trouvé la bonne recette. Il y a tout d’abord, ces influences blues prégnantes qui charment l’oreille lors des intros, comme autant de bases solides, sur lequel le quatuor s’appuie afin de bâtir sa cathédrale sonore. A ces influences bleues, devenues assez rares, le groupe y ajoute un soupçon de psychédélisme (« Circles ») mais surtout d’énormes guitares stoner, qui se chargent de propulser l’ensemble dans une autre dimension où le passé et le contemporain se rejoignent. L’acoustique, la pop et le folk ("All the shades") constituent une autre influence disséminée par le biais d’un piano élégant (« Windwalkers »). C’est extrêmement bien fait et produit au millimètre.

https://fr-fr.facebook.com/wakantankaofficial/





samedi 13 mai 2023

Phoenix : « Alpha Zulu »

 


Nouvel album et nouveau casse-tête en perspective pour le chroniqueur car, en dépit de son duo de guitaristes, Phoenix n’a jamais vraiment été un groupe de rock’n’roll. Mais de quoi s’agît-il alors ? De pop ? Probablement trop électro (cf. la quasi-techno "All eyes on me"). D’électro alors ? Et non pas vraiment non plus. Et voilà c’est comme ça, Phoenix n’aime pas trop les cases et le chroniqueur n’a pas fini de se gratter le crâne de perplexité et cela fait 20 ans que cela dure ! Une chose ne change cependant pas, la science du tube infuse du groupe qui déroule tout seul, quelque part entre toutes ces influences, porté par des lignes de basse énorme et une rythmique au cordeau (« Alpha Zulu », « The Only One », « Winter Soltice », « Season 2 »). Le groupe ne s’inscrivant plus dans une perspective strictement française depuis belle lurette, ce nouvel effort fait office de retour à la maison, enregistré au Musée des Arts Décoratifs, entre deux chefs d’œuvres signés Dubuffet, Lalanne, Dalí ou Botticelli, qui a par ailleurs inspiré la pochette. De quoi inspirer le quatuor et faire, un peu, oublier l’absence de Philippe Zdar (décédé en 2019), habituel accompagnateur du groupe auquel le groupe dédie l’émouvant « Identical » qui ponctue l’album.

https://wearephoenix.com/




vendredi 12 mai 2023

Bigger : « Les Myosotis »

 



Habitué des alliances avec des chanteurs anglo-saxons (cf. Dead Chic avec Andy Balcon), le guitariste Damien Félix (ex-Catfish) s’est acoquiné depuis 2016 avec l’Irlandais Kevin Twomey (Monsieur Pink) sous l’alias Bigger. Et après deux Eps, le groupe ainsi constitué présente son premier album en bonne et due forme. Un premier disque étonnant qui fascine par son approche oblique. L’aspect qui frappe l’esprit en premier lieu est la sophistication de la musique, laissant une large place aux arrangements baroques avec force claviers (piano, orgues, clavecins), bien servie par le chant aventureux et des lignes de guitares à l’avenant. Pop est ainsi le premier adjectif venant à l’esprit, mais une pop traversée de violents éclairs de guitare rock’n’roll et mue par une énergie menaçante se traduisant par une rythmique tendue à l’extrême. Le danger rode ainsi dans ces lignes de basses et ce groove mécanique de la batterie avant l’explosion sonore des guitares. Un magnifique album également disponible en version deluxe agrémentée de quatre titres bonus (soit une quinzaine de minutes).

https://www.bigger-music.com/

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