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dimanche 28 mai 2023

Bill Pritchard : « Sings Poems by Patrick Woodcock »

 


De retour aux affaires après une décennie de pause, entre 2004 et 2014, c’est depuis son come-back surprise, il y a neuf ans, que Bill Pritchard, le plus francophile des Britanniques (ayant collaboré avec Daniel Darc, Etienne Daho ou Frédéric Lo) aligne les albums comme autant de perles dans ce qui ressemble de plus en plus à un nouvel age d’or dans sa carrière. Une sorte de maturité atteinte avec l’age avançant l’aidant à séparer le bon grain de l’ivraie. Preuve nous en est donnée une nouvelle fois avec ce nouvel effort surprenant car rompant avec les habitudes de l’artiste. Plume reconnue, Pritchard n’a pour une fois pas signé un seul texte mais adapté les poésies du Canadien Patrick Woodcock, qu’il n’a pourtant rencontré qu’à distance. Enregistré en petit comité avec l’aide du seul batteur Scott Ralph (Bill assurant seul l’intégrité des guitares, basses et claviers, une première là encore), Pritchard a pris des risques avec ce nouveau disque. Risques payants tant l’album atteint une forme d’altérité pop folk, à l’acoustique chaleureuse, intemporelle et réconfortante. Un disque dans lequel il fait bon se lover, bercé par les délicats arpèges et son chant à la patine légèrement brisée par les années.

En concert le 17 juin au NO.PI

https://www.billpritchardmusic.com/




vendredi 15 novembre 2019

Pritchard & Lo : « Rendez-vous Streets »



Comme une lueur dans le noir, l'album scellant la collaboration entre Bill Pritchard et Frédéric Lo fait partie des projets les plus excitants de l'année. Un disque fantasmé dès son annonce et que l'on était impatient de découvrir ! Il faut dire que loin d'arriver de nulle part, la collaboration entre les deux musiciens clôt un cycle entamé il y a trente ans, en 1988, alors que le même Bill Pritchard sortait « Parce que », un album devenu culte enregistré avec Daniel Darc. Une quinzaine d'année plus tard, en 2004, c'est Frédéric Lo qui enregistrait le come-back, triomphal, du même Daniel Darc avec son album, devenu également un classique, « Crève cœur ». Daniel, hélas disparu, la démarche de ses deux anciens amis, apparemment prise sur un coup de tête, prenait soudainement un tour pour le moins émouvant. Et ce n'est pas peu dire que ledit album prend l'auditeur à la gorge dès les premiers accords de la magnifique « Digging for diamonds » qui ouvre les débats. Oscillant entre mélancolie (« Magic Mountain ») et électricité rock savamment dosée (« In Shibuya », la petite bombe abrasive du lot ; « Always » sous influence Velvet Underground) l'album revêt, avec classe et élégance, un costume classique à la fois pop et immédiat. Il souffle un air intemporel sur ce disque, richement arrangé, nourri d'une audace typiquement sixties (« Palace of dreams » ; « Hey Mimsey » ; « Rendez-vous Streets ») mettant particulièrement bien en lumière les qualités de crooner de Bill Pritchard jamais aussi à l'aise que dans un contexte acoustique (« Arts and Crafts»). A noter enfin la participation d'Etienne Daho (qui a également bien connu Bill et Daniel) aux agapes qui illumine « Luck » de sa voix moins basse qu'à l'accoutumée. Un album magnifique qui n'a pas fini de nous réchauffer le cœur alors que pointent les premiers frimas de l'hiver. 

https://www.facebook.com/frederic.lo.official/
https://www.facebook.com/bill.pritchard.official/



dimanche 30 juin 2019

Frédéric Lo + Bill Pritchard, Le Café de la danse, 27 juin 2019.


« Barefoot Bill is coming to town », une antienne sonnant comme le titre d'un western, mais qui décrit bien la condition d'un Bill Pritchard ayant perdu ses « boots » dans les loges et qui se présente pieds nus accompagné de son guitariste Mike. Une petite demi-heure en duo de guitares durant laquelle le Britannique égrène les titres de ses albums, récents ("Midland Lullabies") comme anciens, une configuration légère qui met en valeur le côté intemporel de ses chansons, leur immédiateté pop et leur nostalgie aussi, une fois débarrassées de leurs encombrants oripeaux. Une originalité, Bill au piano, une première depuis « 16 saisons ». Musicien trop rare par nos contrées, dont il parle couramment la langue, on profite de cet instant privilégié dans une salle intime, à taille humaine. 

Mais un fantôme plane au-dessus de la scène ce soir, Daniel Darc, descendu de son nuage pour nous faire un coucou depuis l'au-delà, « un ami commun » dixit Bill, qui après avoir enregistré un disque en duo avec lui (« Parce que ») à la fin des années 1980, a connu la renaissance artistique auprès de Frédéric Lo qui a produit le disque du come-back (« Crève cœur ») au début des années 2000. Il est, quelque part, beau de voir les deux artistes collaborer ensemble le temps d'un album (« un truc fou » d'après Frédéric) qui sortira dans le courant de l'année, formant une sorte de trilogie prolongeant les deux albums cités précédemment. 

Pour l'heure, nous redécouvrons Frédéric Lo, producteur côté mais chanteur méconnu, dont le troisième album et le premier depuis des lustres, « Hallelujah » est sorti ce printemps. D'emblée on est frappés par sa voix, ses intonations, son parlé/chanté quelque part entre Daho et Daniel Darc. Ce soir Frédéric est accompagné d'un groupe de musiciens prodigieux, un merveilleux batteur, Christophe Deschamps, aux descentes redoutables dont l'association avec la basse au bourdonnement énorme fait des étincelles, un guitariste à la classe rock rock’n’roll, clavier et violoncelle pour la note classique et la mélancolie contagieuse. Ainsi accompagné la musique fait des allers retour entre pop et chanson, un soupçon de cold wave également, le tout constitue un univers des plus séduisants surlignés par plusieurs duos de prestige (Alex Beaupain, Florent Marchet et Alain Chamfort en invités). Quelques sommets d'émotions atteints lors des différentes reprises de Daniel Darc effectuées par les deux principaux protagonistes (« La pluie qui tombe », « Pauvre Petite » etc.) qui ont présenté en exclusivité, et en guise de rappel, trois chansons de l'album à venir. On en ignore encore le titre à l'heure actuelle, mais le morceau final est extraordinaire dans sa version live, on attends la suite avec impatience !

samedi 18 février 2017

Festival How To Love, Petit Bain, 17/02/2017



Ce soir, le festival How to love rend hommage au regretté Daniel Darc dont plusieurs portraits ornent les murs du Petit Bain. Un moment forcément très émouvant assuré avec classe, précision et élégance par le groupe GYP qui a accepté de faire le backing band pour la kyrielle d'invités se succédant au chant. Impossible de citer tout le monde (désolé Cléa Vincent, Mathieu Malon, Alex Rossi et les autres) mais signalons tout de même la présence de quelques collaborateurs du regretté chanteur parmi lesquels Frédéric Lo (dont le métier principal n'est pas de chanter mais qui se sort de l'exercice avec les honneurs) et Bill Pritchard co-auteur avec Daniel de l'album « Parce que » sorti en 1988. Dans un autre genre, Jean Felzine, leader de Mustang, armé de sa sublime Gretsh blanche jette son dévolu sur « Anyday now », un titre d'Elvis (une passion commune avec Daniel), apportant une note 50s à l'ensemble. Dans la foulée GYP assure un set autour de son album « S'il fait jour encore » exhumé l'an dernier, 35 ans après son enregistrement.

Plus tard, pour finir la soirée, Alister a, à son tour, pris possession de la scène pour un set en deux parties, la première axée sur le piano puis la deuxième plutôt orientée guitare. Avec le chic et le détachement qu'on lui connaît, Alister ravit le public de ses piques parfois décalées mais toujours bien senties. Musicalement, Alister reprend le flambeau, un peu laissé à l'abandon, d'une pop à la française, assumant l'héritage des Polnareff et autres Gainsbourg avec une certaine réussite (la fantastique et baroque « Cathédrale »), une bonne dose de second degré (encore que…) et un accompagnement musical au top (fantastique basse au son rond et bourdonnant comme dans les 60s). La deuxième partie du set, celle consacrée à la guitare, révèle un tempérament plus agressif, limite garage rock, porté par l'efficace scansion du batteur. Séduisant.



lundi 28 novembre 2016

Bill Pritchard, Planète Mars, 26/11/2016


Bill Pritchard, Planète Mars, 26/11/2016 (c) Régis Gaudin

Bill Pritchard, Planète Mars, 26/11/2016 (c) Régis Gaudin

Bonne nouvelle pour finir cette semaine très marquée par des concerts 80s, le songwriter Bill Pritchard est revenu nous rendre visite au Planète Mars, un petit bar sympa décoré d'affiches de concerts aussi rocks que la playlist diffusée pour patienter, réécouter un petit Stone Roses (« I wanna be adored ») ça fait toujours plaisir (et accessoirement du bien). Sur ce, le taulier, hilare, viens nous trouver : « J'ai préparé une fausse track list pour Bill », on jette un coup d'oeil sur l'objet du délit où se côtoient des titres de Metallica et de Duran Duran, effectivement ça va être drôle. Hélas, pris par le stress, Bill ne se rendra pas compte de la supercherie, tant d'efforts aussi mal récompensés… Il est un peu plus de 21h00 lorsque Bill Pritchard prendra place sur la petite scène, légèrement surélevée de trois marches : « A sept heures ce matin, j'étais dans le Nord de l'Angleterre et maintenant je suis à Paris. La vie parfois est belle ». L'endroit baigne dans une lumière rouge/orangée onirique. Sur une guitare empruntée à Fred Lo (une gageure, Bill étant gaucher), le chanteur entame son set en solo intégral. Le répertoire est principalement pioché dans quatre albums (en gros ses meilleurs) : « Three months, three weeks and two days » ("Tommy & Co", produit par Etienne Daho, 1989), « Jolie »  ("Number Five", "I'm in love forever", "Maxine" ; 1991) et ses deux (excellentes) sorties les plus récentes sur Tapete Records : « A trip to the coast » et « Mother town hall » ("Mont Saint Michel"). L'écoute s'avère particulièrement intéressante comme l'affirme Bill, « c'est comme ça que je compose » et permet ainsi de découvrir les titres dans « leur versions originales ». La prestation regorge d'anecdotes rigolotes : « C'est comme ça que j'ai joué cette chanson à Etienne Daho chez lui». Un concert très émouvant également lorsque Bill reprend Léonard Cohen (« I'm your man ») ou lorsque rejoint par Frédéric Lo (le producteur de « Crève coeur » et d' « Amours suprêmes ») pour un duo en forme d'hommage au regretté Daniel Darc. Une note nostalgique pour conclure cette chouette soirée.  

lundi 5 septembre 2016

Pete Astor + Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3 septembre 2016.


Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3/09/2016 (c) Régis Gaudin

Pete Astor (ex-The Loft, ex-The Weather Prophets) et Bill Pritchard, deux songwriters, britanniques, de la même génération, celle des années 1980. C'est l'histoire de deux destins parallèles, celui d'un retour aux sources après une longue absence. C'est aussi une magnifique affiche pour débuter cette nouvelle saison de concerts. Pour son premier « vrai » concert depuis des lustres sur une scène parisienne, Bill Pritchard, très classe avec son chapeau doté d'une plume, se présente dans une formation trio assez inhabituelle comptant dans ses rangs son fidèle producteur Tim Bradshaw qui tient la basse avec sérieux et application et Mike Rhead (également présent sur l'album) à la guitare électrique (son clair), Bill se chargeant de la guitare acoustique et du chant. Ravissant ses plus anciens fans, Bill a régalé son public piochant sa setlist dans une sélection resserrée de quatre albums : « Three months, three weeks and two days » (1989, produit par Etienne Daho), « Jolie » (1991) et ses deux dernières sorties « A trip to the coast » et « Mother town hall ». Cette formation semi-acoustique fait ressortir la beauté intemporelle des chansons et des harmonies. Même si certains titres y perdent au change (« Vampire in New York » sans la couleur jazz qui fait tout son charme) d'autres y gagnent un éclat suranné propre à faire fondre les oreilles (« Saturn & Co » et ses harmonies vocales). Quel plaisir enfin de redécouvrir en live ces vieux titres : « Number five », la sexy/langoureuse « I'm in love forever », « We were lovers », « Tommy & Co », la mélancolique « Sometimes », « Romance sans paroles »… Et puisqu'on est à Paris, Bill ne pouvait pas quitter la scène sans un clin d'oeil au « good old » et regretté Daniel Darc, le temps d'un « Rien de toi » extrait de « Parce que » (album sorti en duo avec Daniel Darc en 1988). Un chouette moment de musique, hélas trop court, une petite heure qui passe trop vite, aussi charmant qu'une ballade dans un jardin anglais…
Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3/09/2016 (c) Régis Gaudin
Un peu plus tard, Pete Astor, toujours svelte, a également ravi le public dans un style de pop plus électrique et proche du Velvet Underground, tout en dissonances, à la fois accessible et expérimental, entre passages calmes et brusques montées dans les décibels. La batteuse jouant debout sur un kit rudimentaire (une cymbale, un tome basse et une caisse claire), rappelant Maureen Tucker du VU. Une excellente soirée.

dimanche 28 août 2016

Interview with Bill Pritchard




This is your second record after a long break away from music and i think something has changed in your music in-between…
Bill Pritchard : I think that basically i came back to what i like to do which is guitar based pop using real instruments that i like and that evokes memories. We used real piano, horns and getting away from anything synthsized or electronic. It's very important.

Was that an input from your producer Tim Bradshaw on your music ?
BP : I've known Tim for a very long time. I needed somebody to translate my musical ideas into music. I would write the songs, get the bare bones of the songs. The skeleton. And he would dress the whole thing with skin. I suggest thing. For « Saturn & Co » i told him i wanted to sound mid-sixties B-Side Brigitte Bardot. That sort of thing. And then he goes, i understand that, let's do it ! I can do it.

Like « A trip to the coast », the new album is released on the Tapete Records label which happens to have an impressive roster of 80s songwriters. Lloyd Cole, Robert Forster...
BP : Yes, a big collection of them (smile).

How did you got in touch with that label ?
BP : I played a gig in France, and Vincent Lemarchand, a bass player in the band with me, asked me if i've got any stuff recorded. He has all my old albums. He listened to some demos made with Tim and some friends and he told me you've got to have this released. So i thought about it. A german fan suggested Tapete Records so i got in touch with them. The first label i've approached and they said yes. That is very rare (smile). Fantastic.

Funny thing is you often sings about France, songs like « Paname », « Mont Saint Michel », but you don't sing in French much…
BP : « Mont Saint Michel », i was there with my family. I was suddenly going through a bleak period in my life. That happens sometimes in life, you know. So i was there and it felt fantastic. Suddenly it all made sense to me. That's why the song is there. Interestingly i did a tour in Germany recently and i played « Rien de toi », a song from « Parce que » wrote by Daniel Darc. I've been singing that in french really enjoying it and i got good reactions. In Germany ! It's really strange. I did « Tout Seul » on « A trip to the coast ». The origin is a song by an American band from the 60s The Fugs. « Morning morning ». A french Canadian Richard Drouet wrote a french version, in the early sevneties and he brought this beautiful lyrics to it. I loved it so we did our version of it.


« Vampire in New York » has a very surprising jazz angle, almost New Orleans…
BP : I loved New Orleans jazz, Dr John, i love all that stuff. I've played with him once ! I never had the opportunity to do it. I wrote the song on the piano. We got some french people to do the trumpets, to get that New Orleans feel.

Do you like to fool around in the studio while recording ?
BP : I like to experiment especially with harmonies. I love the idea of being spontaneous. And also lyrics. I write lyrics down but i would change lyrical sentences depending on how it sounds. I like to play around changing an adjective or a verb.

Do you often shop in the « Deja vu boutique » ?
BP (laughs) : I'll tell you a secret. The « Deja vu boutique » is actually an hair dresser in Newcastle. I was driving and i saw the title « Deja Vu Boutique » on the left i thought what a brilliant thing ! So I used it. I'll send you a picture of the Deja Vu boutique. I must take a picture of that. In the middle of the midlands. What was the odd of that !

And what lies in the « 50 A Holy Street » ?
BP : 50A holy street is a place from Erfuhrt, Germany. I wrote it there i was there with a friend.

Some songs like « Victorious » are ambitious with a very big sound and it's quite opposed to « A trip to the coast » that was more intimate…
BP : We wanted to develop our sound. And we had more of an idea of what the overall sound was going to be because we knew we will released it. « A trip to the coast » was written and recorded over a long period of time without an idea of an end thing of releasing it. This time it was very specific and that was better for working together. We had a very good idea of what we wanted. For example we got a live drummer, we got horns in, we used different guitars and strings. We had an idea of what we wanted, that was the reason.

One of my favourite on the album is « Lily ann », i thought the song has some sort of a 60s Gainsbourg quality…
BP : Oh wow, thank you very much ! That is a really nice thing to say.


Actually thinking about it, it's a little like the Brigitte Bardot thing we talked earlier…
BP : Yes definetely. It has an very specific atmosphere like a Parisian club in a certain period when certain people used to hang around. You could just imagine Dani in her heyday. All the 60s style, that sort of vibe.

The last song, « The lamplighter » ends the album on an harder note. It reminds me the song « In june » for the previous album.
BP : It is strange because i had an repetitive piano beat. It was two songs put together. The second one worked with the first one. And we build it up, build it up and it felt like an natural conclusion to an album. I always think of albums. 12 songs 6 songs side one, 6 songs side two. I always think vinyl in my head. That was the natural finisher it had to be powerful.

Did you had an specific idea on how to sequence the songs ?
BP : I spent a lot of time sequencing. An album is a whole, two sides. Not as much as Carole King did with « Tapestry », she spent months. We spent a couple of nights over it.

How does it feels being back in Paris ?
BP : Absolutely fantastic. I sent an instagram on my way in saying : Brilliant Paris, why did i stayed away for so long ? It has an nice feel to it. I was heartbroken after what happened in Le Bataclan (sad). I had history there, i've played there years ago. I knew people who know people who were affected by what happened. I just thaught why ? I was just sad.

And how would you discribe your bound with France ?
BP : I think it's still there. I can't grow out of it !


vendredi 26 août 2016

Interview avec Bill Pritchard




Survivant des années 1980, Bill Pritchard est comme le bon vin, se bonifie avec le temps, vieillit avec élégance. Après une décennie passée loin des scènes et des studios, Bill a opéré un retour remarquable en 2014 avec un excellent album « A trip to the coast », un état de grâce prolongé cet année avec « Mother town hall », un disque excellent en tout points. « Classiques instantanés » étant les termes venant spontanément à l'esprit à l'évocation de ces deux albums. Professeur de français dans le civil, et parfaitement francophone, Bill a depuis longtemps noué des liens étroits avec la France collaborant avec Daniel Darc (l'album « Parce que », 1988) ou Etienne Daho (« Three months, three weeks and two days », 1989). C'est donc avec grand plaisir que l'on retrouve Bill, deux ans après une première rencontre, quelques semaines avant de retrouver une scène Parisienne, celle du Petit Bain, le trois septembre prochain…


Bonjour Bill, ravi de te revoir. Donc « Mother town hall » est ton deuxième album après un long break et j'ai l'impression que quelque chose a changé dans ta musique…
Bill Pritchard : En fait, je suis revenu à ce que j'aime faire, c'est à dire de la pop basée sur la guitare. On a utilisé des « vrais » instruments, que j'aime et qui m'évoquent des souvenirs : du piano, des cuivres… On s'est éloigné de tout ce qui est électronique ou synthétique. C'est très important.

Quel a été l'apport de ton fidèle producteur, Tim Bradshaw, dans cette démarche ?
B.P : Je connais Tim depuis très longtemps. Je voulais quelqu'un pour traduire en musique mes idées. J'écrivais les chansons, le squelette et Tim arrivait pour les habiller. J'ai fait quelques suggestions cependant. Pour « Saturn & Co » (un titre du nouvel album, ndlr) je lui ai dit que je voulais sonner comme une face B de Brigitte Bardot de la moitié des années 1960. Ce genre de trucs. Et Tim disait, « Ok je comprends. Faisons-le ! »

Ce nouvel album, comme le précédent « A trip to the Coast » sort sur le label Tapete Records, qui a signé beaucoup de songwriters des années 1980 comme toi…
B.P : Ah oui, Lloyd Cole, Robert Forster, il y en a toute une collection (sourire)…

Comment les choses ont-elles commencées avec ce label ?
B.P : J'ai fait un concert en France et il y avait ce bassiste Vincent Lemarchand dans mon groupe. Il m'a demandé si j'avais de nouvelles chansons, ce type possède tous mes vieux albums… Il a écouté quelques démos faites avec Tim et quelques amis et il m'a dit : Il faut absolument les sortir ! J'ai commencé à y penser. Et puis un fan Allemand m'a suggéré Tapete Records. Je les ai contactés. Le premier label que je contacte et ils me disent oui tout de suite ! C'est tellement rare (sourire) ! Fantastique !

Tu chantes souvent à propos de la France (« Paname », « Mont St Michel ») mais tu ne chantes pas souvent en français (rappelons que Bill est parfaitement francophone et professeur de français dans le civil, ndlr)…
B.P. : Le Mont St Michel, j'y étais avec ma famille. Je traversais une période un peu morne dans ma vie. Tu sais, ça arrive des fois… Donc, j'étais là-bas et d'un coup je me suis senti super bien ! Soudainement, tout cela faisait sens pour moi. C'est la raison pour laquelle la chanson existe. Récemment j'ai fait une tournée en Allemagne et j'ai joué « Rien de toi » une chanson écrite par Daniel (Darc, ndlr) sur notre disque en commun (« Parce que », 1988). J'ai chanté en Français et j'ai vraiment aimé cela. Et le public a adoré ! En Allemagne ! Très surprenant ! Sur « A trip to the coast » j'ai enregistré « Tout seul ». La chanson originale « Morning Morning » (1966, ndlr) vient d'un groupe Américain, The Fugs. Un Québecois, Richard Drouet en a fait une version française au début des années 1970 avec des paroles magnifiques. J'ai adoré, j'en ai fait ma propre version.

« Vampire in New York » a un angle jazz assez surprenant, presque New Orleans…
B.P. : J'adore le jazz New Orleans, Dr John, ce genre de trucs. J'ai même joué avec lui une fois ! Je n'avais jamais eu l'opportunité auparavant d'embrasser ce style. La chanson a été écrite au piano, on a fait venir des musiciens français pour les cuivres afin de s'approcher au plus près de ce feeling Nouvelle-Orléans.

Tu aimes tenter des trucs dingues en studio ?
B.P : J'aime expérimenter. Avec les harmonies. J'adore l'idée d'être spontané. Avec les paroles également. J'écris les paroles mais je me permet de changer un verbe ou un adjectif suivant la façon dont cela sonne.


Est-ce que tu fais souvent tes courses dans la « Déjà vu boutique » (un titre du nouvel album, ndlr) ?
B.P. : (rires) Je vais te dire un secret. La « Déjà vu boutique » c'est en fait un coiffeur à Newcastle. Je conduisais et j'ai vu l'enseigne « Déjà vu boutique » sur la gauche. C'était génial, alors je l'ai utilisé ! Je vais t'envoyer une photo ! Il faut absolument que je prenne cette vitrine en photo ! Au beau milieu des Midlands, quelles étaient les chances de voir un truc pareil !

Qui réside au « 50 A Holy Street » (une chanson du nouveau disque, ndlr) ?
B.P. : C'est à Erfuhrt en Allemagne. J'y étais avec un ami. Le titre a été écrit là-bas.

Une chanson comme « Victorious » est très ambitieuse, très arrangée, c'est une démarche très différente de « A trip to the coast » qui semblait plus intimiste…
B.P. : On voulait développer notre son. On avait une idée générale plus précise sur la façon dont le disque devait sonner. Savoir que le disque allait sortir dans le commerce a tout changé ! « A trip to the coast » a été écrit et enregistré sur une période très longue sans savoir ce que les chansons allaient devenir. Cette fois on avait un objectif et c'était beaucoup mieux pour bosser. On avait une idée très précise de ce que l'on voulait. On a fait venir un batteur, des cuivres, on a utilisé plusieurs guitares, des cordages différents.

« Lily Anne » est une de mes préférées sur ce nouveau disque. Il y a quelque chose qui me rappelle le Gainsbourg des années 60…
B.P. : Oh wow, merci beaucoup, c'est super gentil de me dire ça !

En fait, maintenant que j'y pense, c'est dans la lignée de ce qu'on disait tout à l'heure à propos de Brigitte Bardot…
B.P. : Oui tout à fait. Il faut imaginer une atmosphère particulière. Un club parisien à une époque donnée avec une certaine catégorie de personnes. On peut penser à Dani par exemple à sa grande époque. Les sixties, ce genre de choses…

La chanson finale « The Lamplighter » termine l'album sur une note plus dure. Cela me rappelle « In June » du disque précédent...
B.P. : Elle est basée sur un motif de piano répétitif. Ta ta ta (Il chantonne). En fait il s'agît de deux chansons que l'on a assemblée l'une dans l'autre. On a fait monter la sauce et cela me semblait comme une conclusion naturelle pour un album. Je résonne toujours en termes d'album : douze chansons. Six sur la face A et six sur la face B. Je pense toujours en vinyle ! C'était la fin naturelle pour l'album, elle se devait d'être puissante.

Le séquençage, définir l'ordre des chansons, c'est un travail important pour toi ?
B.P. : Ah oui ! J'y passe beaucoup de temps. Un album c'est un tout. Deux faces. Bon je ne passe pas autant de temps que Carole King pour « Tapestry » (1971, ndlr) qui a duré des mois. Mais on a quand même passé quelques nuits sur la question.

Et à part ça, qu'est-ce que cela te fait de revenir à Paris ?
B.P. : C'est génial, fantastique ! J'ai envoyé un message sur Instagram en arrivant : « Paris génial. Pourquoi je suis resté éloigné si longtemps ? ». Le feeling est très plaisant. Tu sais j'étais dévasté après les événements du Bataclan. J'ai une histoire avec l'endroit, j'y ai joué il y a longtemps. Je connais des gens qui connaissais des gens qui ont été affectés par ce désastre. J'ai pensé : « Mais, pourquoi ? ». J'étais triste tout simplement…

Et comment tu décrirais ton lien avec la France ?
B.P. : Il est toujours là. Je n'arrive pas à m'en séparer. Tu vois mon lien avec la France il est là (il sort un exemplaire du « Premier Homme » d'Albert Camus)...

En concert à Paris (Petit Bain) le 3 septembre 2016.

Propos recueillis le 2 mai 2016.

vendredi 4 mars 2016

Bill Pritchard : « Mother town hall »



Appelons cela un signe des temps. Ces derniers mois ont vu la résurgence d'une génération de songwriters oubliés des années 1980 revenir sous les feux de la rampe, avec des albums de haute tenue, souvent publiés sur le label Tapete Records. C'est ainsi que l'on a pu découvrir, avec un ravissement certain, les nouveaux efforts de Lloyd Cole, Robert Forster ou Pete Astor. Bill Pritchard pour sa part était parti avec une longueur d'avance sur ses collègues, publiant il y a deux ans le remarquable « A trip to the coast » après pratiquement une décennie d'inactivité. Ce nouvel album « Mother town hall » reprends les choses là où elles s'étaient arrêtées en 2014, toujours produit par le fidèle Tim Bradshaw. Et dès les premières notes de « Saturn & Co » qui ouvre le bal, la magie opère une fois de plus. Lignes claires, orchestrations classique et classieuse, comme lassé par une vaine course à l'échalote, Bill Pritchard, abandonne ici ses oripeaux hasardeux (cf. l'électronique de l'album « By Paris, By Taxi, By Accident ») pour s'inscrire dans une veine pop intemporelle. Un peu comme si le Britannique, lassé par des années d'errance artistique, avait décidé de faire de la musique pour son propre plaisir n'écoutant que ses envies. Cette fois encore, ce francophile invétéré, prof de français dans le civil et co-interprète en 1988 de l'album « Parce que » en duo avec Daniel Darc, a décidé de chanter dans sa langue maternelle même si la France apparaît toujours en filigrane (« Mont St Michel »). L'orchestration s'appuie sur du classique, du solide, piano, guitare, basse et batterie parfois agrémenté de quelques cuivres distillant un parfum jazzy (« Vampire from New York »), mélancolique (« Déjà vu boutique », « September haze ») ou plus enjoué sur un tempo rock (« In heaven »). Agé de cinquante deux ans, Bill Pritchard est plus que jamais cet honnête artisan de la chanson, résistant aux sirènes du temps et des modes, composant pour la beauté du geste. Puisse-t-il longtemps continuer à sortir des disque de cette qualité.
http://www.billpritchardmusic.com/

dimanche 25 janvier 2015

Interview with Bill Pritchard (English Edition)





(c) Cooper
Almost a decade after his last effort, British songwriter Bill Pritchard is back with an instant classic new album « A trip to the coast ».

Do you have a special bond with France ?
Bill Pritchard : Yes, my first introduction was getting a single from Vogue, from my grand dad who didn't know what it was. But i loved the design of the vogue thing. I was nine at the time. I couldn't understand it. And the years went by and i went to the university of Bordeaux. And i did a free radio thing there. I was introduced to a lot of french sixties music, Yé yé music and a lot of punk stuff as well. There was quite an interesting punk movement going on at the time. Situationists that was interesting to me. I was at the university at the time studying french and german. French writers, poets, politics I was enchanted, captivated by it.

You don't come to Paris too often ?
B.P : No i don't. This is my first time in six years. I was in France in August. I played one gig in Normandy. I'm glad i have the opportunity to come to Paris and that coincide with the german tour.

You used to live in Paris ?
B.P : Yeah, i know so many people here, it's a shame i'm staying for just one night. They come and say, « Hi Bill, where have you been ? » (laughs).

Regarding the new album, « A trip to the coast ». Honestly, the album came as a surprise to me and i thought you retired from music...
B.P : And so did I (laughs) ! Basically it was done with a friend of mine Tim Bradshaw. I met him in the early nineties and he moved to America. He's a professional musician, that's what he does, and he's also my mate, one of my best mates. He called me and said : « Bill i'm back ». I assumed he meant back in London. And i told him, you know Tim i don't like going to London, i don't like going around. I like being at home. And then he said, No, no Bill, i moved two streets away from you ! And that was it, we had to do something. And we just gradually made this album together in my house. And then, the bass player suggested to me : « Bill, this is very good, why don't you go find a label for it ? ». So thought, yeah we'll do it. Very Spontaneous. It wasn't part of a big plan to make an album every seven years or something. It just happened like that.

This new album is more acoustic, as opposed to the last one « By Paris by accident » who was more into electronic sounds. Anyways this new record came to me as an instant classic...
B.P. : It's funny because it wasn't made with the intention of releasing it, initially. We did it ourselves and we got the record label afterwards. We chose what we really wanted to do. Tim and I came from the same part of England and this is a very english album. There is a lot of stuff from there and different places. But I'm really glad, you made my day ! Thank you !


You often sing about specific geographic locations...
B.P : This album has very much to do with movement. Flight. Transition. A lot of things changed in my life. The transition, the movement all that ends up with a trip to the coast. You started in Stoke, where Tim and I lived, and you finished in Anglesey where my dad lives.

A little word about your Paris songs, « Paname » and « Pigalle on a tuesday is charming » ?
B.P : « Pigalle on a tuesday is charming » is interesting. I was in an hamburger place in Pigalle. Wendy's burger or something. I don't remember the name, it wasn't a chain. It was tuesday, i was watching all these people coming and go. And that was that.

For some reason, i don't know exactly why but it made me think of Elliott Murphy's work. Do you know him ?
B.P : I met him once, we played a gig together at the Rex Club. Very nice fellow, pleasant to talk to. Quiet.

Tell me about the cover. It looks like a postcard and i thought, oh Bill is back, sending us new songs...
B.P : Yeah that's right, every seven years i send a postcard and some new songs (laughs) ! Somebody asked me why it took me so long to release a new album. I'm just saying, to whoever is interested that i ain't dead yet. I'm still alive and this is what is going on now. It's like a postcard exactly. This is a seaside resort, Anglesey. When i was a child, we used to go there. It's a island at the top of Wales. This is the beach. It's amazing, it's the real place. We wanted the colors to match the music, this is why we got it like that.
Jolie album cover by Anton Corbijn

Are you inspired by the ocean, the beach ? I'm thinking about the « Jolie » album cover ?
B.P. : Yeah it's true. But that picture was took in the desert in Los Angeles. We couldn't be any further from the sea. In the Joshua tree part of California. But i know what you mean but it looks like the ocean is just over there. The picture was taken by Anton Corbijn, i think he wanted to give that seaside impression. And this is his own handwriting. He really liked the music and wanted to do the whole cover. He had a vision of what it was going to look like. It's really nice. He's very talented.

You're not touring that much lately...
B.P : Only in Germany. But I know what you mean. I don't usually play more than one gig a year ! I want to come back. I'd love to. I had to.

Back in 1988 you've recorded one album with Daniel Darc. How do you remember him ?
B.P. (touched) : Very funny. Great sense of humour. A great lyricist, probably the greatest.

Funny, really ?
B.P : Oh yeah. There is an ambiguity because his songs are so dark. Actually his lyrics had a lot of humour, but it's not very obvious... His lyrics are troughtful, telling the real thing. And also i remember him because we are both left handed. He's the only person that is more left handed than me ! He was so maladroit. Very talented. Probably the best lyricist i've ever met.

You're playing his tribute show tonight. Is it very moving for you to be here ?
B.P. (lower voice) : It's very touching. I wanted to come to the funeral but i couldn't because it was in Paris, it was complicated. I wanted to play his tribute show as soon as i've heard of it. It's my way to say goodbye to him. I'm only playing three songs but it's going to be nice and spontaneous. That's what i wanted.
http://www.billpritchardmusic.com/

Interview avec Bill Pritchard



(c) Cooper
Sis rue Mazarine et autrefois connu sous les noms de Whisky à gogo ou du Rock n'roll circus, fréquenté naguére par Jimmy Page et les Rolling Stones, le Jane club est l'un des rares endroits parisiens à porter l'histoire du rock n'roll entre ses murs. La légende, en contradiction avec la version officielle, dit que Jim Morrisson serait mort ici, après un malaise dans les toilettes, avant d'être transporté dans la proverbiale baignoire. Même si il est bien moins connu que l'ex leader des Doors, le songwriter anglais Bill Pritchard, de retour avec un magnifique « A trip to the coast » aux allures de classique instantané, tient une place particulière dans nos cœurs grâce à ses albums « Jolie » (1991), « Three months, three weeks and two days » (1989, produit par Etienne Daho) et « Parce que » (1988) en duo avec Daniel Darc ; un disque qui a forcément une résonnance particulière depuis la disparition de ce dernier. Interview, au Jane club, avec Bill Pritchard, dont le retour après neuf ans d'absence fût l'une des excellentes surprises de l'an passé...


Est-ce que tu as un lien particulier avec la France ?
Bill Pritchard : Mon premier contact avec la France, c'est un quarante-cinq tours de chez Vogue que m'a offert mon Grand-Père. Il ne savait pas du tout ce que c'était. J'adorais le design, le logo Vogue, tout ça. J'avais neuf ans. Bien sur à l'époque, je ne comprenais rien. Les années ont passées et je suis allé à l'université à Bordeaux. J'ai fait de la radio libre là-bas. J'ai découvert les chanteurs français des années 1960, le mouvement yéyé. Beaucoup de punk aussi. Il y avait un mouvement punk très intéressant à l'époque, les situationistes. A l'université j'étudiais le français et l'allemand (dans le civil, Bill Pritchard est professeur de français, ndlr). Les écrivains, les poètes, les politiques français m'enchantaient. J'étais captivé.

Tu as habité à Paris aussi ?
B.P. : Oui, je connais tellement de monde ici. C'est vraiment dommage de ne rester qu'un seul soir. Beaucoup de gens viennent me trouver et me disent : « Salut Bill, où t'étais passé ? » (Rires).

Tu ne reviens pas tellement souvent, non ?
B.P. : Non c'est vrai. C'est la première fois depuis six ans. Je suis venu en France en Août, j'ai fait un concert en Normandie. Je suis content d'avoir cette opportunité de revenir. Cela coïncidait avec ma tournée en Allemagne.


Ton dernier album « A trip to the coast » est arrivé un peu par surprise. Honnêtement, je pensais que tu t'étais retiré...
B.P : Moi aussi je le pensais (rires) ! Le disque a été fait avec mon ami Tim Bradshaw. On s'est rencontré au début des années 1990 avant son déménagement aux Etats-Unis. C'est un musicien professionnel, c'est son boulot. C'est aussi mon pote, un des meilleurs. Un jour il m'appelle : « Bill, je suis de retour ». Moi j'avais compris qu'il était revenu vivre à Londres. Je lui ai dit : « Tu sais Tim, je n'aime pas tellement aller à Londres ». Je suis un peu casanier, j'aime bien rester à la maison. Et là il me dit : « Non, non, Bill j'ai déménagé à Stoke, à deux rues de chez toi ! ». Et voilà, il fallait absolument qu'on fasse quelque chose ensemble ! De fil en aiguille, on a fait cet album ensemble, chez moi, à la maison. Ensuite, Remy le bassiste m'a suggéré de trouver un label, il trouvait le résultat vraiment bon. J'ai pensé oui, pourquoi pas ? Tout ça c'est fait de manière très spontanée. Il n'y avait pas de plan pour faire un album tout les sept ans ou quelque chose dans le genre. Ca c'est fait comme ça, c'est tout...

Ce nouveau disque est très acoustique, contrairement au précédent, « By Paris, by accident » qui était plus électronique. Un peu comme un classique instantané...
B.P : C'est amusant parce que, au début, on n'avait pas du tout l'intention de le sortir dans le commerce. On l'a fait avec nos propres moyens et après on est allé chercher un label. En fait on a vraiment fait ce qu'on a voulu. Tim et moi, on vient du même coin d'Angleterre et c'est un album très anglais. Il y a beaucoup de différents endroits d'Angleterre dans ce disque. Et merci pour le compliment ! Ca me fait ma journée.

Souvent, dans tes chansons on retrouve des références géographiques bien précises...
B.P : Cet album a beaucoup à voir avec le mouvement, l'avion, le vol, la transition. Beaucoup de choses ont changées dans ma vie ces derniers temps. La transition, le mouvement, tout ça se termine par ce voyage sur la côte (A trip to the coast, ndlr). On part de Stoke, où on habite avec Tim, et on finit à Anglesey, là où habite mon Papa.

Un petit mot sur tes chansons parisiennes « Paname » et « Pigalle on a tuesday is charming » ?
B.P. : « Pigalle on a tuesday is charming », c'est une chanson intéressante. J'étais assis dans ce restaurant à hamburger à Pigalle. Wendy's burger ou quelque chose comme ça. Je ne me souviens plus du nom, ça n'était pas une chaine. Enfin, c'était un mardi, en 1988, je regardais les gens aller et venir. Et voilà !

Les chansons de ton dernier album me font penser à Elliott Murphy. Tu le connais ?
B.P : On s'est rencontré une fois. On a fait un concert ensemble au Rex Club. Un mec très bien. C'est très agréable de parler avec lui. Un type calme.

Un petit mot sur la pochette ? Elle ressemble un peu à une carte postale. Je me suis dit, tiens Bill est de retour, il nous envoie une carte postale avec de nouvelles chansons ?
B.P : C'est exactement ça, tous les sept ans j'envoie une carte postale avec de nouvelles chansons (rires) ! Quelqu'un m'a demandé pourquoi ça m'avait pris autant de temps pour faire un nouveau disque. Moi je dis simplement, pour ceux que cela intéresse, je ne suis pas encore mort ! Je suis toujours vivant et voilà ce qui se passe maintenant ! C'est exactement comme une carte postale. Tu vois là ,sur la pochette, c'est Anglesey, une station balnéaire où j'allais enfant. C'est une île au nord du Pays de Galles. La plage est incroyable. On voulait que les couleurs correspondent à la musique. C'est pour cela qu'on a choisi ces tons...

La pochette de "Jolie" (1991) signée Anton Corbijn

La plage, l'océan c'est quelque chose qui t'inspire ? Je pense notamment à la pochette de « Jolie »...
B.P : Oui, c'est vrai. Mais la photo en question a été prise dans le désert à Los Angeles. On ne pouvait pas être plus éloigné de la mer. C'était dans le coin du Joshua Tree. Mais je vois ce que tu veux dire, on a l'impression que la plage est juste à côté. La photo est signée Anton Corbijn (devenu depuis réalisateur de cinéma cf. Control, The American, A most wanted man, ndlr), je pense qu'il voulait donner cette impression de bord de mer. Et c'est son écriture sur la pochette. Il aimait la musique et voulait s'occuper de la pochette dans son intégralité. Il avait une vision. C'est très réussi, c'est un type très talentueux.

Tu ne tournes pas tellement en ce moment...
B.P : Seulement en Allemagne. Mais je vois ce que tu veux dire, d'ordinaire je ne fais qu'un seul concert par an ! Il faut vraiment que je revienne. J'en ai envie.

En 1988 tu as enregistré un album avec Daniel Darc « Parce que ». Quel souvenir tu gardes de lui ?
B.P (ému) : C'était un type très rigolo avec un grand sens de l'humour. Et un très grand parolier. Peut-être bien le meilleur.

Un rigolo, vraiment ?
B.P : Oh oui ! Mais il y a une ambiguïté, ses chansons sont tellement sombres. En fait les chansons de Daniel sont pleines d'humour, mais c'est un humour loin d'être évident. Ses paroles sont très honnêtes, il disait toujours la vérité. Et je me souviens de lui parce que nous sommes tous les deux gauchers. En fait je pense qu'il était le seul type encore plus gauche que moi ! Il était tellement maladroit. Tout le temps en train de renverser des trucs. Un type très talentueux. Probalement le meilleur parolier que j'ai jamais rencontré.

C'est le concert en son hommage ce soir. C'est émouvant pour toi d'être ici ?
B.P (il chuchote, ému) : C'est très touchant. Je voulais venir à ses funérailles. Finalement je n'ai pas pu, c'était à Paris, c'était compliqué. J'ai voulu participer à ce concert hommage dès que j'en ai entendu parler. C'est ma manière de lui dire au revoir. Je ne vais jouer que trois chansons, mais cela sera bien. Spontané. C'est ce que je voulais.
Propos recueillis le 24 mai 2014.
Many Thanks to Bill for his kindness.
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Tommy & Co (1989)

samedi 22 mars 2014

Bill Pritchard : « A trip to the coast »



Perdu de vue depuis 2005, Bill Pritchard est de retour. Et quel retour ! Songwriter originaire de Lichfield (Grande-Bretagne), Bill Pritchard, lorsqu'il ne chante pas, ce qui fût assez souvent le cas ces dernières années, exerce la vénérable profession de prof de français dans sa région natale. Ce qui lui vaut une certaine popularité par chez nous, Bill chantant régulièrement dans notre langue. Las, sa discographie, débutée dans les années 1980, a souvent mal vieillie, les excès de productions de l'époque ayant du mal à passer l'épreuve du temps (à l'image de son « Parce que » enregistré avec Daniel Darc en 1988). Et il est rageant de voir des compositions de cette qualité gâchées par une production datée abusant des effets de manche. Fort heureusement, rien de tel ici. Pour son retour, Bill Pritchard signe enfin le grand album que l'on attendait depuis des lunes. Clarté des lignes, orchestrations organiques autour de la guitare folk, les dix titres composant ce « Trip to the coast » prennent des allures de classiques instantanés ; dégageant cette étrange impression de familiarité avec un disque que l'on écoute pourtant pour la première fois. A cheval entre folk et pop, Bill Pritchard tisse l'écrin idéal pour sa voix de crooner chaude et profonde. Soulignons pour finir la belle mélancolie de « Truly blue » (piano et cordes, classique mais intemporel), le rock plus musclé et l'accroche de guitare assez efficace de « In June » et « Tout seul », le seul titre en français de cette nouvelle livraison. Jolie carte postale envoyée depuis la côte, ce nouvel album de Bill Pritchard n'est pas sans rappeler celle d'un autre anglophone épris de culture française, que l'on adore également, Elliott Murphy.