De retour aux affaires après une décennie de pause, entre 2004 et 2014, c’est depuis son come-back surprise, il y a neuf ans, que Bill Pritchard, le plus francophile des Britanniques (ayant collaboré avec Daniel Darc, Etienne Daho ou Frédéric Lo) aligne les albums comme autant de perles dans ce qui ressemble de plus en plus à un nouvel age d’or dans sa carrière. Une sorte de maturité atteinte avec l’age avançant l’aidant à séparer le bon grain de l’ivraie. Preuve nous en est donnée une nouvelle fois avec ce nouvel effort surprenant car rompant avec les habitudes de l’artiste. Plume reconnue, Pritchard n’a pour une fois pas signé un seul texte mais adapté les poésies du Canadien Patrick Woodcock, qu’il n’a pourtant rencontré qu’à distance. Enregistré en petit comité avec l’aide du seul batteur Scott Ralph (Bill assurant seul l’intégrité des guitares, basses et claviers, une première là encore), Pritchard a pris des risques avec ce nouveau disque. Risques payants tant l’album atteint une forme d’altérité pop folk, à l’acoustique chaleureuse, intemporelle et réconfortante. Un disque dans lequel il fait bon se lover, bercé par les délicats arpèges et son chant à la patine légèrement brisée par les années.
Comme une lueur dans le noir, l'album scellant la collaboration entre Bill Pritchard et Frédéric Lo fait partie des projets les plus excitants de l'année. Un disque fantasmé dès son annonce et que l'on était impatient de découvrir ! Il faut dire que loin d'arriver de nulle part, la collaboration entre les deux musiciens clôt un cycle entamé il y a trente ans, en 1988, alors que le même Bill Pritchard sortait « Parce que », un album devenu culte enregistré avec Daniel Darc. Une quinzaine d'année plus tard, en 2004, c'est Frédéric Lo qui enregistrait le come-back, triomphal, du même Daniel Darc avec son album, devenu également un classique, « Crève cœur ». Daniel, hélas disparu, la démarche de ses deux anciens amis, apparemment prise sur un coup de tête, prenait soudainement un tour pour le moins émouvant. Et ce n'est pas peu dire que ledit album prend l'auditeur à la gorge dès les premiers accords de la magnifique « Digging for diamonds » qui ouvre les débats. Oscillant entre mélancolie (« Magic Mountain ») et électricité rock savamment dosée (« In Shibuya », la petite bombe abrasive du lot ; « Always » sous influence Velvet Underground) l'album revêt, avec classe et élégance, un costume classique à la fois pop et immédiat. Il souffle un air intemporel sur ce disque, richement arrangé, nourri d'une audace typiquement sixties (« Palace of dreams » ; « Hey Mimsey » ; « Rendez-vous Streets ») mettant particulièrement bien en lumière les qualités de crooner de Bill Pritchard jamais aussi à l'aise que dans un contexte acoustique (« Arts and Crafts»). A noter enfin la participation d'Etienne Daho (qui a également bien connu Bill et Daniel) aux agapes qui illumine « Luck » de sa voix moins basse qu'à l'accoutumée. Un album magnifique qui n'a pas fini de nous réchauffer le cœur alors que pointent les premiers frimas de l'hiver.
« Barefoot Bill is coming to town », une antienne sonnant comme le titre d'un western, mais qui décrit bien la condition d'un Bill Pritchard ayant perdu ses « boots » dans les loges et qui se présente pieds nus accompagné de son guitariste Mike. Une petite demi-heure en duo de guitares durant laquelle le Britannique égrène les titres de ses albums, récents ("Midland Lullabies") comme anciens, une configuration légère qui met en valeur le côté intemporel de ses chansons, leur immédiateté pop et leur nostalgie aussi, une fois débarrassées de leurs encombrants oripeaux. Une originalité, Bill au piano, une première depuis « 16 saisons ». Musicien trop rare par nos contrées, dont il parle couramment la langue, on profite de cet instant privilégié dans une salle intime, à taille humaine.
Mais un fantôme plane au-dessus de la scène ce soir, Daniel Darc, descendu de son nuage pour nous faire un coucou depuis l'au-delà, « un ami commun » dixit Bill, qui après avoir enregistré un disque en duo avec lui (« Parce que ») à la fin des années 1980, a connu la renaissance artistique auprès de Frédéric Lo qui a produit le disque du come-back (« Crève cœur ») au début des années 2000. Il est, quelque part, beau de voir les deux artistes collaborer ensemble le temps d'un album (« un truc fou » d'après Frédéric) qui sortira dans le courant de l'année, formant une sorte de trilogie prolongeant les deux albums cités précédemment.
Pour l'heure, nous redécouvrons Frédéric Lo, producteur côté mais chanteur méconnu, dont le troisième album et le premier depuis des lustres, « Hallelujah » est sorti ce printemps. D'emblée on est frappés par sa voix, ses intonations, son parlé/chanté quelque part entre Daho et Daniel Darc. Ce soir Frédéric est accompagné d'un groupe de musiciens prodigieux, un merveilleux batteur, Christophe Deschamps, aux descentes redoutables dont l'association avec la basse au bourdonnement énorme fait des étincelles, un guitariste à la classe rock rock’n’roll, clavier et violoncelle pour la note classique et la mélancolie contagieuse. Ainsi accompagné la musique fait des allers retour entre pop et chanson, un soupçon de cold wave également, le tout constitue un univers des plus séduisants surlignés par plusieurs duos de prestige (Alex Beaupain, Florent Marchet et Alain Chamfort en invités). Quelques sommets d'émotions atteints lors des différentes reprises de Daniel Darc effectuées par les deux principaux protagonistes (« La pluie qui tombe », « Pauvre Petite » etc.) qui ont présenté en exclusivité, et en guise de rappel, trois chansons de l'album à venir. On en ignore encore le titre à l'heure actuelle, mais le morceau final est extraordinaire dans sa version live, on attends la suite avec impatience !
Ce soir, le festival
How to love rend hommage au regretté Daniel Darc dont plusieurs
portraits ornent les murs du Petit Bain. Un moment forcément très
émouvant assuré avec classe, précision et élégance par le groupe
GYP qui a accepté de faire le backing band pour la kyrielle
d'invités se succédant au chant. Impossible de citer tout le monde
(désolé Cléa Vincent, Mathieu Malon, Alex Rossi et les autres)
mais signalons tout de même la présence de quelques collaborateurs
du regretté chanteur parmi lesquels Frédéric Lo (dont le métier
principal n'est pas de chanter mais qui se sort de l'exercice avec
les honneurs) et Bill Pritchard co-auteur avec Daniel de l'album
« Parce que » sorti en 1988. Dans un autre genre, Jean
Felzine, leader de Mustang, armé de sa sublime Gretsh blanche jette son
dévolu sur « Anyday now », un titre d'Elvis (une passion
commune avec Daniel), apportant une note 50s à l'ensemble. Dans la
foulée GYP assure un set autour de son album « S'il fait jour
encore » exhumé l'an dernier, 35 ans après son
enregistrement.
Plus tard, pour
finir la soirée, Alister a, à son tour, pris possession de la scène
pour un set en deux parties, la première axée sur le piano puis la
deuxième plutôt orientée guitare. Avec le chic et le détachement
qu'on lui connaît, Alister ravit le public de ses piques parfois
décalées mais toujours bien senties. Musicalement, Alister reprend
le flambeau, un peu laissé à l'abandon, d'une pop à la française,
assumant l'héritage des Polnareff et autres Gainsbourg avec une
certaine réussite (la fantastique et baroque « Cathédrale »),
une bonne dose de second degré (encore que…) et un accompagnement
musical au top (fantastique basse au son rond et bourdonnant comme
dans les 60s). La deuxième partie du set, celle consacrée à la
guitare, révèle un tempérament plus agressif, limite garage rock,
porté par l'efficace scansion du batteur. Séduisant.
Bill Pritchard, Planète Mars, 26/11/2016 (c) Régis Gaudin
Bill Pritchard, Planète Mars, 26/11/2016 (c) Régis Gaudin
Bonne nouvelle pour
finir cette semaine très marquée par des concerts 80s, le
songwriter Bill Pritchard est revenu nous rendre visite au Planète
Mars, un petit bar sympa décoré d'affiches de concerts aussi rocks
que la playlist diffusée pour patienter, réécouter un petit Stone
Roses (« I wanna be adored ») ça fait toujours plaisir
(et accessoirement du bien). Sur ce, le taulier, hilare, viens nous
trouver : « J'ai préparé une fausse track list pour
Bill », on jette un coup d'oeil sur l'objet du délit où se
côtoient des titres de Metallica et de Duran Duran, effectivement ça
va être drôle. Hélas, pris par le stress, Bill ne se rendra pas
compte de la supercherie, tant d'efforts aussi mal récompensés…
Il est un peu plus de 21h00 lorsque Bill Pritchard prendra place sur
la petite scène, légèrement surélevée de trois marches :
« A sept heures ce matin, j'étais dans le Nord de l'Angleterre
et maintenant je suis à Paris. La vie parfois est belle ».
L'endroit baigne dans une lumière rouge/orangée onirique. Sur une
guitare empruntée à Fred Lo (une gageure, Bill étant gaucher), le
chanteur entame son set en solo intégral. Le répertoire est
principalement pioché dans quatre albums (en gros ses meilleurs) :
« Three months, three weeks and two days » ("Tommy & Co", produit par
Etienne Daho, 1989), « Jolie » ("Number Five", "I'm in love forever", "Maxine" ; 1991) et ses deux
(excellentes) sorties les plus récentes sur Tapete Records :
« A trip to the coast » et « Mother town hall » ("Mont Saint Michel").
L'écoute s'avère particulièrement intéressante comme l'affirme
Bill, « c'est comme ça que je compose » et permet ainsi
de découvrir les titres dans « leur versions originales ».
La prestation regorge d'anecdotes rigolotes : « C'est
comme ça que j'ai joué cette chanson à Etienne Daho chez
lui». Un concert très émouvant également lorsque Bill reprend
Léonard Cohen (« I'm your man ») ou lorsque rejoint par
Frédéric Lo (le producteur de « Crève coeur » et
d' « Amours suprêmes ») pour un duo en forme
d'hommage au regretté Daniel Darc. Une note nostalgique pour
conclure cette chouette soirée.
Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3/09/2016 (c) Régis Gaudin
Pete Astor (ex-The
Loft, ex-The Weather Prophets) et Bill Pritchard, deux songwriters,
britanniques, de la même génération, celle des années 1980. C'est
l'histoire de deux destins parallèles, celui d'un retour aux sources
après une longue absence. C'est aussi une magnifique affiche pour
débuter cette nouvelle saison de concerts. Pour son premier « vrai »
concert depuis des lustres sur une scène parisienne, Bill Pritchard,
très classe avec son chapeau doté d'une plume, se présente dans
une formation trio assez inhabituelle comptant dans ses rangs son
fidèle producteur Tim Bradshaw qui tient la basse avec sérieux et
application et Mike Rhead (également présent sur l'album) à la
guitare électrique (son clair), Bill se chargeant de la guitare
acoustique et du chant. Ravissant ses plus anciens fans, Bill a
régalé son public piochant sa setlist dans une sélection resserrée
de quatre albums : « Three months, three weeks and two
days » (1989, produit par Etienne Daho), « Jolie »
(1991) et ses deux dernières sorties « A trip to the coast »
et « Mother town hall ». Cette formation semi-acoustique
fait ressortir la beauté intemporelle des chansons et des harmonies.
Même si certains titres y perdent au change (« Vampire in New
York » sans la couleur jazz qui fait tout son charme) d'autres
y gagnent un éclat suranné propre à faire fondre les oreilles
(« Saturn & Co » et ses harmonies vocales). Quel
plaisir enfin de redécouvrir en live ces vieux titres :
« Number five », la sexy/langoureuse « I'm in love
forever », « We were lovers », « Tommy &
Co », la mélancolique « Sometimes », « Romance
sans paroles »… Et puisqu'on est à Paris, Bill ne pouvait
pas quitter la scène sans un clin d'oeil au « good old »
et regretté Daniel Darc, le temps d'un « Rien de toi »
extrait de « Parce que » (album sorti en duo avec Daniel
Darc en 1988). Un chouette moment de musique, hélas trop court, une
petite heure qui passe trop vite, aussi charmant qu'une ballade dans
un jardin anglais…
Bill Pritchard, Le Petit Bain, 3/09/2016 (c) Régis Gaudin
Un peu plus tard,
Pete Astor, toujours svelte, a également ravi le public dans un
style de pop plus électrique et proche du Velvet Underground, tout
en dissonances, à la fois accessible et expérimental, entre
passages calmes et brusques montées dans les décibels. La batteuse
jouant debout sur un kit rudimentaire (une cymbale, un tome basse et
une caisse claire), rappelant Maureen Tucker du VU. Une excellente
soirée.
This is your second
record after a long break away from music and i think something has
changed in your music in-between…
Bill Pritchard :
I think that basically i came back to what i like to do which is
guitar based pop using real instruments that i like and that evokes
memories. We used real piano, horns and getting away from anything
synthsized or electronic. It's very important.
Was that an input
from your producer Tim Bradshaw on your music ?
BP : I've known
Tim for a very long time. I needed somebody to translate my musical
ideas into music. I would write the songs, get the bare bones of the
songs. The skeleton. And he would dress the whole thing with skin. I
suggest thing. For « Saturn & Co » i told him i
wanted to sound mid-sixties B-Side Brigitte Bardot. That sort of
thing. And then he goes, i understand that, let's do it ! I can
do it.
Like « A trip
to the coast », the new album is released on the Tapete Records
label which happens to have an impressive roster of 80s songwriters.
Lloyd Cole, Robert Forster...
BP : Yes, a big
collection of them (smile).
How did you got in
touch with that label ?
BP : I played a
gig in France, and Vincent Lemarchand, a bass player in the band with
me, asked me if i've got any stuff recorded. He has all my old
albums. He listened to some demos made with Tim and some friends and
he told me you've got to have this released. So i thought about it. A
german fan suggested Tapete Records so i got in touch with them. The
first label i've approached and they said yes. That is very rare
(smile). Fantastic.
Funny thing is you
often sings about France, songs like « Paname », « Mont
Saint Michel », but you don't sing in French much…
BP : « Mont
Saint Michel », i was there with my family. I was suddenly
going through a bleak period in my life. That happens sometimes in
life, you know. So i was there and it felt fantastic. Suddenly it all
made sense to me. That's why the song is there. Interestingly i did a
tour in Germany recently and i played « Rien de toi », a
song from « Parce que » wrote by Daniel Darc. I've been
singing that in french really enjoying it and i got good reactions.
In Germany ! It's really strange. I did « Tout Seul »
on « A trip to the coast ». The origin is a song by an
American band from the 60s The Fugs. « Morning morning ».
A french Canadian Richard Drouet wrote a french version, in the early
sevneties and he brought this beautiful lyrics to it. I loved it so
we did our version of it.
« Vampire in
New York » has a very surprising jazz angle, almost New
Orleans…
BP : I loved
New Orleans jazz, Dr John, i love all that stuff. I've played with
him once ! I never had the opportunity to do it. I wrote the
song on the piano. We got some french people to do the trumpets, to
get that New Orleans feel.
Do you like to fool
around in the studio while recording ?
BP : I like to
experiment especially with harmonies. I love the idea of being
spontaneous. And also lyrics. I write lyrics down but i would change
lyrical sentences depending on how it sounds. I like to play around
changing an adjective or a verb.
Do you often shop in
the « Deja vu boutique » ?
BP (laughs) :
I'll tell you a secret. The « Deja vu boutique » is
actually an hair dresser in Newcastle. I was driving and i saw the
title « Deja Vu Boutique » on the left i thought what a
brilliant thing ! So I used it. I'll send you a picture of the
Deja Vu boutique. I must take a picture of that. In the middle of the
midlands. What was the odd of that !
And what lies in the
« 50 A Holy Street » ?
BP : 50A holy
street is a place from Erfuhrt, Germany. I wrote it there i was there
with a friend.
Some songs like
« Victorious » are ambitious with a very big sound and
it's quite opposed to « A trip to the coast » that was
more intimate…
BP : We wanted
to develop our sound. And we had more of an idea of what the overall
sound was going to be because we knew we will released it. « A
trip to the coast » was written and recorded over a long period
of time without an idea of an end thing of releasing it. This time it
was very specific and that was better for working together. We had a
very good idea of what we wanted. For example we got a live drummer,
we got horns in, we used different guitars and strings. We had an
idea of what we wanted, that was the reason.
One of my favourite
on the album is « Lily ann », i thought the song has some
sort of a 60s Gainsbourg quality…
BP : Oh wow,
thank you very much ! That is a really nice thing to say.
Actually thinking
about it, it's a little like the Brigitte Bardot thing we talked
earlier…
BP : Yes
definetely. It has an very specific atmosphere like a Parisian club
in a certain period when certain people used to hang around. You
could just imagine Dani in her heyday. All the 60s style, that sort
of vibe.
The last song, « The
lamplighter » ends the album on an harder note. It reminds me
the song « In june » for the previous album.
BP : It is
strange because i had an repetitive piano beat. It was two songs put
together. The second one worked with the first one. And we build it
up, build it up and it felt like an natural conclusion to an album. I
always think of albums. 12 songs 6 songs side one, 6 songs side two.
I always think vinyl in my head. That was the natural finisher it had
to be powerful.
Did you had an
specific idea on how to sequence the songs ?
BP : I spent a
lot of time sequencing. An album is a whole, two sides. Not as much
as Carole King did with « Tapestry », she spent months.
We spent a couple of nights over it.
How does it feels
being back in Paris ?
BP : Absolutely
fantastic. I sent an instagram on my way in saying : Brilliant
Paris, why did i stayed away for so long ? It has an nice feel
to it. I was heartbroken after what happened in Le Bataclan (sad). I
had history there, i've played there years ago. I knew people who
know people who were affected by what happened. I just thaught why ?
I was just sad.
And how would you
discribe your bound with France ?
BP : I think
it's still there. I can't grow out of it !
Survivant des années
1980, Bill Pritchard est comme le bon vin, se bonifie avec le temps,
vieillit avec élégance. Après une décennie passée loin des
scènes et des studios, Bill a opéré un retour remarquable en 2014
avec un excellent album « A trip to the coast », un état
de grâce prolongé cet année avec « Mother town hall »,
un disque excellent en tout points. « Classiques instantanés »
étant les termes venant spontanément à l'esprit à l'évocation de
ces deux albums. Professeur de français dans le civil, et
parfaitement francophone, Bill a depuis longtemps noué des liens
étroits avec la France collaborant avec Daniel Darc (l'album « Parce
que », 1988) ou Etienne Daho (« Three months, three weeks
and two days », 1989). C'est donc avec grand plaisir que l'on
retrouve Bill, deux ans après une première rencontre, quelques
semaines avant de retrouver une scène Parisienne, celle du Petit
Bain, le trois septembre prochain…
Bonjour Bill, ravi
de te revoir. Donc « Mother town hall » est ton deuxième
album après un long break et j'ai l'impression que quelque chose a
changé dans ta musique…
Bill Pritchard :
En fait, je suis revenu à ce que j'aime faire, c'est à dire de la
pop basée sur la guitare. On a utilisé des « vrais »
instruments, que j'aime et qui m'évoquent des souvenirs : du
piano, des cuivres… On s'est éloigné de tout ce qui est
électronique ou synthétique. C'est très important.
Quel a été
l'apport de ton fidèle producteur, Tim Bradshaw, dans cette
démarche ?
B.P : Je
connais Tim depuis très longtemps. Je voulais quelqu'un pour
traduire en musique mes idées. J'écrivais les chansons, le
squelette et Tim arrivait pour les habiller. J'ai fait quelques
suggestions cependant. Pour « Saturn & Co » (un titre
du nouvel album, ndlr) je lui ai dit que je voulais sonner comme une
face B de Brigitte Bardot de la moitié des années 1960. Ce genre de
trucs. Et Tim disait, « Ok je comprends. Faisons-le ! »
Ce nouvel album,
comme le précédent « A trip to the Coast » sort sur le
label Tapete Records, qui a signé beaucoup de songwriters des années
1980 comme toi…
B.P : Ah oui,
Lloyd Cole, Robert Forster, il y en a toute une collection (sourire)…
Comment les choses
ont-elles commencées avec ce label ?
B.P : J'ai fait
un concert en France et il y avait ce bassiste Vincent Lemarchand
dans mon groupe. Il m'a demandé si j'avais de nouvelles chansons, ce
type possède tous mes vieux albums… Il a écouté quelques démos
faites avec Tim et quelques amis et il m'a dit : Il faut
absolument les sortir ! J'ai commencé à y penser. Et puis un
fan Allemand m'a suggéré Tapete Records. Je les ai contactés. Le
premier label que je contacte et ils me disent oui tout de suite !
C'est tellement rare (sourire) ! Fantastique !
Tu chantes souvent à
propos de la France (« Paname », « Mont St
Michel ») mais tu ne chantes pas souvent en français
(rappelons que Bill est parfaitement francophone et professeur de
français dans le civil, ndlr)…
B.P. : Le Mont
St Michel, j'y étais avec ma famille. Je traversais une période un
peu morne dans ma vie. Tu sais, ça arrive des fois… Donc, j'étais
là-bas et d'un coup je me suis senti super bien ! Soudainement,
tout cela faisait sens pour moi. C'est la raison pour laquelle la
chanson existe. Récemment j'ai fait une tournée en Allemagne et
j'ai joué « Rien de toi » une chanson écrite par Daniel
(Darc, ndlr) sur notre disque en commun (« Parce que »,
1988). J'ai chanté en Français et j'ai vraiment aimé cela. Et le
public a adoré ! En Allemagne ! Très surprenant !
Sur « A trip to the coast » j'ai enregistré « Tout
seul ». La chanson originale « Morning Morning »
(1966, ndlr) vient d'un groupe Américain, The Fugs. Un Québecois,
Richard Drouet en a fait une version française au début des années
1970 avec des paroles magnifiques. J'ai adoré, j'en ai fait ma
propre version.
« Vampire in
New York » a un angle jazz assez surprenant, presque New
Orleans…
B.P. : J'adore
le jazz New Orleans, Dr John, ce genre de trucs. J'ai même joué
avec lui une fois ! Je n'avais jamais eu l'opportunité
auparavant d'embrasser ce style. La chanson a été écrite au piano,
on a fait venir des musiciens français pour les cuivres afin de
s'approcher au plus près de ce feeling Nouvelle-Orléans.
Tu aimes tenter des
trucs dingues en studio ?
B.P : J'aime
expérimenter. Avec les harmonies. J'adore l'idée d'être spontané.
Avec les paroles également. J'écris les paroles mais je me permet
de changer un verbe ou un adjectif suivant la façon dont cela sonne.
Est-ce que tu fais
souvent tes courses dans la « Déjà vu boutique » (un
titre du nouvel album, ndlr) ?
B.P. : (rires)
Je vais te dire un secret. La « Déjà vu boutique »
c'est en fait un coiffeur à Newcastle. Je conduisais et j'ai vu
l'enseigne « Déjà vu boutique » sur la gauche. C'était
génial, alors je l'ai utilisé ! Je vais t'envoyer une photo !
Il faut absolument que je prenne cette vitrine en photo ! Au
beau milieu des Midlands, quelles étaient les chances de voir un
truc pareil !
Qui réside au « 50
A Holy Street » (une chanson du nouveau disque, ndlr) ?
B.P. : C'est à
Erfuhrt en Allemagne. J'y étais avec un ami. Le titre a été écrit
là-bas.
Une chanson comme
« Victorious » est très ambitieuse, très arrangée,
c'est une démarche très différente de « A trip to the
coast » qui semblait plus intimiste…
B.P. : On
voulait développer notre son. On avait une idée générale plus
précise sur la façon dont le disque devait sonner. Savoir que le
disque allait sortir dans le commerce a tout changé ! « A
trip to the coast » a été écrit et enregistré sur une
période très longue sans savoir ce que les chansons allaient
devenir. Cette fois on avait un objectif et c'était beaucoup mieux
pour bosser. On avait une idée très précise de ce que l'on
voulait. On a fait venir un batteur, des cuivres, on a utilisé
plusieurs guitares, des cordages différents.
« Lily Anne »
est une de mes préférées sur ce nouveau disque. Il y a quelque
chose qui me rappelle le Gainsbourg des années 60…
B.P. : Oh wow,
merci beaucoup, c'est super gentil de me dire ça !
En fait, maintenant
que j'y pense, c'est dans la lignée de ce qu'on disait tout à
l'heure à propos de Brigitte Bardot…
B.P. : Oui tout
à fait. Il faut imaginer une atmosphère particulière. Un club
parisien à une époque donnée avec une certaine catégorie de
personnes. On peut penser à Dani par exemple à sa grande époque.
Les sixties, ce genre de choses…
La chanson finale
« The Lamplighter » termine l'album sur une note plus
dure. Cela me rappelle « In June » du disque précédent...
B.P. : Elle est
basée sur un motif de piano répétitif. Ta ta ta (Il chantonne). En
fait il s'agît de deux chansons que l'on a assemblée l'une dans
l'autre. On a fait monter la sauce et cela me semblait comme une
conclusion naturelle pour un album. Je résonne toujours en termes
d'album : douze chansons. Six sur la face A et six sur la face
B. Je pense toujours en vinyle ! C'était la fin naturelle pour
l'album, elle se devait d'être puissante.
Le séquençage,
définir l'ordre des chansons, c'est un travail important pour toi ?
B.P. : Ah oui !
J'y passe beaucoup de temps. Un album c'est un tout. Deux faces. Bon
je ne passe pas autant de temps que Carole King pour « Tapestry »
(1971, ndlr) qui a duré des mois. Mais on a quand même passé
quelques nuits sur la question.
Et à part ça,
qu'est-ce que cela te fait de revenir à Paris ?
B.P. : C'est
génial, fantastique ! J'ai envoyé un message sur Instagram en
arrivant : « Paris génial. Pourquoi je suis resté
éloigné si longtemps ? ». Le feeling est très plaisant.
Tu sais j'étais dévasté après les événements du Bataclan. J'ai
une histoire avec l'endroit, j'y ai joué il y a longtemps. Je
connais des gens qui connaissais des gens qui ont été affectés par
ce désastre. J'ai pensé : « Mais, pourquoi ? ».
J'étais triste tout simplement…
Et comment tu
décrirais ton lien avec la France ?
B.P. : Il est
toujours là. Je n'arrive pas à m'en séparer. Tu vois mon lien avec
la France il est là (il sort un exemplaire du « Premier
Homme » d'Albert Camus)...
En concert à Paris
(Petit Bain) le 3 septembre 2016.
Appelons cela un
signe des temps. Ces derniers mois ont vu la résurgence d'une
génération de songwriters oubliés des années 1980 revenir sous
les feux de la rampe, avec des albums de haute tenue, souvent publiés
sur le label Tapete Records. C'est ainsi que l'on a pu découvrir,
avec un ravissement certain, les nouveaux efforts de Lloyd Cole,
Robert Forster ou Pete Astor. Bill Pritchard pour sa part était
parti avec une longueur d'avance sur ses collègues, publiant il y a
deux ans le remarquable « A trip to the coast » après
pratiquement une décennie d'inactivité. Ce nouvel album « Mother
town hall » reprends les choses là où elles s'étaient
arrêtées en 2014, toujours produit par le fidèle Tim Bradshaw. Et
dès les premières notes de « Saturn & Co » qui
ouvre le bal, la magie opère une fois de plus. Lignes claires,
orchestrations classique et classieuse, comme lassé par une vaine
course à l'échalote, Bill Pritchard, abandonne ici ses oripeaux
hasardeux (cf. l'électronique de l'album « By Paris, By Taxi,
By Accident ») pour s'inscrire dans une veine pop intemporelle.
Un peu comme si le Britannique, lassé par des années d'errance
artistique, avait décidé de faire de la musique pour son propre
plaisir n'écoutant que ses envies. Cette fois encore, ce francophile
invétéré, prof de français dans le civil et co-interprète en
1988 de l'album « Parce que » en duo avec Daniel Darc, a
décidé de chanter dans sa langue maternelle même si la France
apparaît toujours en filigrane (« Mont St Michel »).
L'orchestration s'appuie sur du classique, du solide, piano, guitare,
basse et batterie parfois agrémenté de quelques cuivres distillant
un parfum jazzy (« Vampire from New York »), mélancolique
(« Déjà vu boutique », « September haze »)
ou plus enjoué sur un tempo rock (« In heaven »). Agé
de cinquante deux ans, Bill Pritchard est plus que jamais cet honnête
artisan de la chanson, résistant aux sirènes du temps et des modes,
composant pour la beauté du geste. Puisse-t-il longtemps continuer à
sortir des disque de cette qualité.
Almost a decade after
his last effort, British songwriter Bill Pritchard is back with an
instant classic new album « A trip to the coast ».
Do you have a special
bond with France ?
Bill Pritchard :
Yes, my first introduction was getting a single from Vogue, from my
grand dad who didn't know what it was. But i loved the design of the
vogue thing. I was nine at the time. I couldn't understand it. And
the years went by and i went to the university of Bordeaux. And i did
a free radio thing there. I was introduced to a lot of french sixties
music, Yé yé music and a lot of punk stuff as well. There was quite
an interesting punk movement going on at the time. Situationists that
was interesting to me. I was at the university at the time studying
french and german. French writers, poets, politics I was enchanted,
captivated by it.
You don't come to Paris
too often ?
B.P : No i don't.
This is my first time in six years. I was in France in August. I
played one gig in Normandy. I'm glad i have the opportunity to come
to Paris and that coincide with the german tour.
You used to live in
Paris ?
B.P : Yeah, i know
so many people here, it's a shame i'm staying for just one night.
They come and say, « Hi Bill, where have you been ? »
(laughs).
Regarding the new
album, « A trip to the coast ». Honestly, the album came
as a surprise to me and i thought you retired from music...
B.P : And so did I
(laughs) ! Basically it was done with a friend of mine Tim
Bradshaw. I met him in the early nineties and he moved to America.
He's a professional musician, that's what he does, and he's also my
mate, one of my best mates. He called me and said : « Bill
i'm back ». I assumed he meant back in London. And i told him,
you know Tim i don't like going to London, i don't like going around.
I like being at home. And then he said, No, no Bill, i moved two
streets away from you ! And that was it, we had to do something.
And we just gradually made this album together in my house. And then,
the bass player suggested to me : « Bill, this is very
good, why don't you go find a label for it ? ». So
thought, yeah we'll do it. Very Spontaneous. It wasn't part of a big
plan to make an album every seven years or something. It just
happened like that.
This new album is more
acoustic, as opposed to the last one « By Paris by accident »
who was more into electronic sounds. Anyways this new record came to
me as an instant classic...
B.P. : It's funny
because it wasn't made with the intention of releasing it, initially.
We did it ourselves and we got the record label afterwards. We chose
what we really wanted to do. Tim and I came from the same part of
England and this is a very english album. There is a lot of stuff
from there and different places. But I'm really glad, you made my
day ! Thank you !
You often sing about
specific geographic locations...
B.P : This album
has very much to do with movement. Flight. Transition. A lot of
things changed in my life. The transition, the movement all that ends
up with a trip to the coast. You started in Stoke, where Tim and I
lived, and you finished in Anglesey where my dad lives.
A little word about
your Paris songs, « Paname » and « Pigalle on a
tuesday is charming » ?
B.P : « Pigalle
on a tuesday is charming » is interesting. I was in an
hamburger place in Pigalle. Wendy's burger or something. I don't
remember the name, it wasn't a chain. It was tuesday, i was watching
all these people coming and go. And that was that.
For some reason, i
don't know exactly why but it made me think of Elliott Murphy's work.
Do you know him ?
B.P : I met him
once, we played a gig together at the Rex Club. Very nice fellow,
pleasant to talk to. Quiet.
Tell me about the
cover. It looks like a postcard and i thought, oh Bill is back,
sending us new songs...
B.P : Yeah that's
right, every seven years i send a postcard and some new songs
(laughs) ! Somebody asked me why it took me so long to release a
new album. I'm just saying, to whoever is interested that i ain't
dead yet. I'm still alive and this is what is going on now. It's like
a postcard exactly. This is a seaside resort, Anglesey. When i was a
child, we used to go there. It's a island at the top of Wales. This
is the beach. It's amazing, it's the real place. We wanted the colors
to match the music, this is why we got it like that.
Jolie album cover by Anton Corbijn
Are you inspired by the
ocean, the beach ? I'm thinking about the « Jolie »
album cover ?
B.P. : Yeah it's
true. But that picture was took in the desert in Los Angeles. We
couldn't be any further from the sea. In the Joshua tree part of
California. But i know what you mean but it looks like the ocean is
just over there. The picture was taken by Anton Corbijn, i think he
wanted to give that seaside impression. And this is his own
handwriting. He really liked the music and wanted to do the whole
cover. He had a vision of what it was going to look like. It's really
nice. He's very talented.
You're not touring that
much lately...
B.P : Only in
Germany. But I know what you mean. I don't usually play more than one
gig a year ! I want to come back. I'd love to. I had to.
Back in 1988 you've
recorded one album with Daniel Darc. How do you remember him ?
B.P. (touched) :
Very funny. Great sense of humour. A great lyricist, probably the
greatest.
Funny, really ?
B.P : Oh yeah.
There is an ambiguity because his songs are so dark. Actually his
lyrics had a lot of humour, but it's not very obvious... His lyrics
are troughtful, telling the real thing. And also i remember him
because we are both left handed. He's the only person that is more
left handed than me ! He was so maladroit. Very talented.
Probably the best lyricist i've ever met.
You're playing his
tribute show tonight. Is it very moving for you to be here ?
B.P. (lower voice) :
It's very touching. I wanted to come to the funeral but i couldn't
because it was in Paris, it was complicated. I wanted to play his
tribute show as soon as i've heard of it. It's my way to say goodbye
to him. I'm only playing three songs but it's going to be nice and
spontaneous. That's what i wanted.
Sis rue Mazarine et
autrefois connu sous les noms de Whisky à gogo ou du Rock n'roll
circus, fréquenté naguére par Jimmy Page et les Rolling Stones, le
Jane club est l'un des rares endroits parisiens à porter l'histoire
du rock n'roll entre ses murs. La légende, en contradiction avec la
version officielle, dit que Jim Morrisson serait mort ici, après un
malaise dans les toilettes, avant d'être transporté dans la
proverbiale baignoire. Même si il est bien moins connu que l'ex
leader des Doors, le songwriter anglais Bill Pritchard, de retour
avec un magnifique « A trip to the coast » aux allures de
classique instantané, tient une place particulière dans nos cœurs
grâce à ses albums « Jolie » (1991), « Three
months, three weeks and two days » (1989, produit par Etienne
Daho) et « Parce que » (1988) en duo avec Daniel Darc ;
un disque qui a forcément une résonnance particulière depuis la
disparition de ce dernier. Interview, au Jane club, avec Bill
Pritchard, dont le retour après neuf ans d'absence fût l'une des
excellentes surprises de l'an passé...
Est-ce que tu as un
lien particulier avec la France ?
Bill Pritchard :
Mon premier contact avec la France, c'est un quarante-cinq tours de
chez Vogue que m'a offert mon Grand-Père. Il ne savait pas du tout
ce que c'était. J'adorais le design, le logo Vogue, tout ça.
J'avais neuf ans. Bien sur à l'époque, je ne comprenais rien. Les
années ont passées et je suis allé à l'université à Bordeaux.
J'ai fait de la radio libre là-bas. J'ai découvert les chanteurs
français des années 1960, le mouvement yéyé. Beaucoup de punk
aussi. Il y avait un mouvement punk très intéressant à l'époque,
les situationistes. A l'université j'étudiais le français et
l'allemand (dans le civil, Bill Pritchard est professeur de français,
ndlr). Les écrivains, les poètes, les politiques français
m'enchantaient. J'étais captivé.
Tu as habité à Paris
aussi ?
B.P. : Oui, je
connais tellement de monde ici. C'est vraiment dommage de ne rester
qu'un seul soir. Beaucoup de gens viennent me trouver et me disent :
« Salut Bill, où t'étais passé ? » (Rires).
Tu ne reviens pas
tellement souvent, non ?
B.P. : Non c'est
vrai. C'est la première fois depuis six ans. Je suis venu en France
en Août, j'ai fait un concert en Normandie. Je suis content d'avoir
cette opportunité de revenir. Cela coïncidait avec ma tournée en
Allemagne.
Ton dernier album « A trip to the coast » est arrivé un peu par surprise.
Honnêtement, je pensais que tu t'étais retiré...
B.P : Moi aussi je
le pensais (rires) ! Le disque a été fait avec mon ami Tim
Bradshaw. On s'est rencontré au début des années 1990 avant son
déménagement aux Etats-Unis. C'est un musicien professionnel, c'est
son boulot. C'est aussi mon pote, un des meilleurs. Un jour il
m'appelle : « Bill, je suis de retour ». Moi j'avais
compris qu'il était revenu vivre à Londres. Je lui ai dit :
« Tu sais Tim, je n'aime pas tellement aller à Londres ».
Je suis un peu casanier, j'aime bien rester à la maison. Et là il
me dit : « Non, non, Bill j'ai déménagé à Stoke, à
deux rues de chez toi ! ». Et voilà, il fallait
absolument qu'on fasse quelque chose ensemble ! De fil en
aiguille, on a fait cet album ensemble, chez moi, à la maison.
Ensuite, Remy le bassiste m'a suggéré de trouver un label, il
trouvait le résultat vraiment bon. J'ai pensé oui, pourquoi pas ?
Tout ça c'est fait de manière très spontanée. Il n'y avait pas de
plan pour faire un album tout les sept ans ou quelque chose dans le
genre. Ca c'est fait comme ça, c'est tout...
Ce nouveau disque est
très acoustique, contrairement au précédent, « By Paris, by
accident » qui était plus électronique. Un peu comme un
classique instantané...
B.P : C'est
amusant parce que, au début, on n'avait pas du tout l'intention de
le sortir dans le commerce. On l'a fait avec nos propres moyens et
après on est allé chercher un label. En fait on a vraiment fait ce
qu'on a voulu. Tim et moi, on vient du même coin d'Angleterre et
c'est un album très anglais. Il y a beaucoup de différents endroits
d'Angleterre dans ce disque. Et merci pour le compliment ! Ca me
fait ma journée.
Souvent, dans tes
chansons on retrouve des références géographiques bien précises...
B.P : Cet album a
beaucoup à voir avec le mouvement, l'avion, le vol, la transition. Beaucoup
de choses ont changées dans ma vie ces derniers temps. La
transition, le mouvement, tout ça se termine par ce voyage sur la
côte (A trip to the coast, ndlr). On part de Stoke, où on habite
avec Tim, et on finit à Anglesey, là où habite mon Papa.
Un petit mot sur tes
chansons parisiennes « Paname » et « Pigalle on a
tuesday is charming » ?
B.P. : « Pigalle
on a tuesday is charming », c'est une chanson intéressante.
J'étais assis dans ce restaurant à hamburger à Pigalle. Wendy's
burger ou quelque chose comme ça. Je ne me souviens plus du nom, ça
n'était pas une chaine. Enfin, c'était un mardi, en 1988, je
regardais les gens aller et venir. Et voilà !
Les chansons de ton
dernier album me font penser à Elliott Murphy. Tu le connais ?
B.P : On s'est
rencontré une fois. On a fait un concert ensemble au Rex Club. Un
mec très bien. C'est très agréable de parler avec lui. Un type
calme.
Un petit mot sur la
pochette ? Elle ressemble un peu à une carte postale. Je me
suis dit, tiens Bill est de retour, il nous envoie une carte postale
avec de nouvelles chansons ?
B.P : C'est
exactement ça, tous les sept ans j'envoie une carte postale avec de
nouvelles chansons (rires) ! Quelqu'un m'a demandé pourquoi ça
m'avait pris autant de temps pour faire un nouveau disque. Moi je dis
simplement, pour ceux que cela intéresse, je ne suis pas encore
mort ! Je suis toujours vivant et voilà ce qui se passe
maintenant ! C'est exactement comme une carte postale. Tu vois
là ,sur la pochette, c'est Anglesey, une station balnéaire où
j'allais enfant. C'est une île au nord du Pays de Galles. La plage
est incroyable. On voulait que les couleurs correspondent à la
musique. C'est pour cela qu'on a choisi ces tons...
La pochette de "Jolie" (1991) signée Anton Corbijn
La plage, l'océan
c'est quelque chose qui t'inspire ? Je pense notamment à la
pochette de « Jolie »...
B.P : Oui, c'est
vrai. Mais la photo en question a été prise dans le désert à Los
Angeles. On ne pouvait pas être plus éloigné de la mer. C'était
dans le coin du Joshua Tree. Mais je vois ce que tu veux dire, on a
l'impression que la plage est juste à côté. La photo est signée
Anton Corbijn (devenu depuis réalisateur de cinéma cf. Control, The
American, A most wanted man, ndlr), je pense qu'il voulait donner
cette impression de bord de mer. Et c'est son écriture sur la
pochette. Il aimait la musique et voulait s'occuper de la pochette
dans son intégralité. Il avait une vision. C'est très réussi,
c'est un type très talentueux.
Tu ne tournes pas
tellement en ce moment...
B.P : Seulement en
Allemagne. Mais je vois ce que tu veux dire, d'ordinaire je ne fais
qu'un seul concert par an ! Il faut vraiment que je revienne.
J'en ai envie.
En 1988 tu as
enregistré un album avec Daniel Darc « Parce que ». Quel
souvenir tu gardes de lui ?
B.P (ému) :
C'était un type très rigolo avec un grand sens de l'humour. Et un
très grand parolier. Peut-être bien le meilleur.
Un rigolo, vraiment ?
B.P : Oh oui !
Mais il y a une ambiguïté, ses chansons sont tellement sombres. En
fait les chansons de Daniel sont pleines d'humour, mais c'est un
humour loin d'être évident. Ses paroles sont très honnêtes, il
disait toujours la vérité. Et je me souviens de lui parce que nous
sommes tous les deux gauchers. En fait je pense qu'il était le seul
type encore plus gauche que moi ! Il était tellement maladroit.
Tout le temps en train de renverser des trucs. Un type très
talentueux. Probalement le meilleur parolier que j'ai jamais
rencontré.
C'est le concert en son
hommage ce soir. C'est émouvant pour toi d'être ici ?
B.P (il chuchote,
ému) : C'est très touchant. Je voulais venir à ses
funérailles. Finalement je n'ai pas pu, c'était à Paris, c'était
compliqué. J'ai voulu participer à ce concert hommage dès que j'en
ai entendu parler. C'est ma manière de lui dire au revoir. Je ne
vais jouer que trois chansons, mais cela sera bien. Spontané. C'est
ce que je voulais. Propos recueillis le 24
mai 2014.
Many Thanks to Bill for his kindness.
Perdu de vue depuis 2005, Bill
Pritchard est de retour. Et quel retour ! Songwriter originaire
de Lichfield (Grande-Bretagne), Bill Pritchard, lorsqu'il ne chante
pas, ce qui fût assez souvent le cas ces dernières années, exerce
la vénérable profession de prof de français dans sa région
natale. Ce qui lui vaut une certaine popularité par chez nous, Bill
chantant régulièrement dans notre langue. Las, sa discographie,
débutée dans les années 1980, a souvent mal vieillie, les excès
de productions de l'époque ayant du mal à passer l'épreuve du
temps (à l'image de son « Parce que » enregistré avec
Daniel Darc en 1988). Et il est rageant de voir des compositions de
cette qualité gâchées par une production datée abusant des effets
de manche. Fort heureusement, rien de tel ici. Pour son retour, Bill
Pritchard signe enfin le grand album que l'on attendait depuis des
lunes. Clarté des lignes, orchestrations organiques autour de la
guitare folk, les dix titres composant ce « Trip to the coast »
prennent des allures de classiques instantanés ; dégageant
cette étrange impression de familiarité avec un disque que l'on
écoute pourtant pour la première fois. A cheval entre folk et pop,
Bill Pritchard tisse l'écrin idéal pour sa voix de crooner chaude
et profonde. Soulignons pour finir la belle mélancolie de « Truly
blue » (piano et cordes, classique mais intemporel), le rock
plus musclé et l'accroche de guitare assez efficace de « In
June » et « Tout seul », le seul titre en français
de cette nouvelle livraison. Jolie carte postale envoyée depuis la
côte, ce nouvel album de Bill Pritchard n'est pas sans rappeler
celle d'un autre anglophone épris de culture française, que l'on
adore également, Elliott Murphy.