vendredi 23 septembre 2022

Cash Savage and The Last Drinks + Parlor Snakes à La Maroquinerie le 30 Septembre


 

Jesper Lindell, Le Méridien Jazz Club Etoile, 22 septembre 2022


Santiags aux pieds, chapeau, jeans et chemise à carreaux, lorsque Jesper Lindell débarque sur scène, le musicien dégage un petit quelque chose de roots et, d’un coup, le classieux Jazz Club de l’Etoile prends des airs de Woodstock. Woodstock, non pas à cause du célèbre festival mais plutôt le village ou vivait, quasiment reclus, les membres de The Band. La filiation semble évidente, et pas uniquement à cause des deux reprises jouées par le groupe suédois. Débarqué au grand complet, la formation compte six musiciens : piano, orgue, deux guitares, basse et batterie auquel s’ajoutent quelques instruments accessoires, accordéon, violon et trompette, autant d’instruments peu usités dans le rock et qui donnent sa véritable identité au groupe. C’est précisément là que se noue la filiation avec The Band. Même grand écart entre country-folk et soul music (influence particulièrement perceptible dans le chant), éclairs électriques et rock’n’roll en prime, le long de solo de guitare particulièrement inspirés. Avouons-le, pendant les deux heures et quelques du concert, on a voyagé en musique. Un trip le long de routes et de paysages imaginaires, suivant le groove implacable de la batterie, finalement bien plus intemporel que nostalgique. Sublime soirée.

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jeudi 22 septembre 2022

Jonathan Jeremiah : « Horsepower for the streets »

 


Plus que jamais, à l’écoute de ce superbe nouvel album, le chanteur apparaît au croisement des cultures et des influences. Britannique, il a gardé de la culture musicale de son pays de naissance une forme d’appétence pour le spleen, la mélancolie et les arrangements de cordes soyeux qui caressent l’oreille de l’auditeur. Une approche qui rappelle d’une manière générale le regretté Nick Drake et les classiques du folk britannique, qui a le don d’emballer l’auditeur dans une bulle de douceur apaisante. Mais, Jonathan a également les yeux tournés vers l’autre rive de l’Atlantique. Ainsi, la soul music irradie son chant doux et délicat, de même qu’un certain sens du groove imprime durablement l’oreille, perceptible notamment dans les lignes de basses, rondes et bourdonnantes, que l’on jurerait issues des années 1960, et dans les chœurs féminin qui illuminent ses compositions. Richement produites, les compositions de haut vol de Jonathan Jeremiah trouvent une nouvelle ampleur sonore mettant particulièrement en valeur l’émotion qui se dégage du chant. Enfin, une forme de sobriété habite la durée des chansons, le disque dans son ensemble n’excède pas la durée d’un vinyle des années 60, comme un véritable classique instantané.

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dimanche 18 septembre 2022

Jonathan Personne

 


Sur son précédent album, le magnifique « Disparitions », le Québécois Jonathan Personne (leader par ailleurs de Corridor) chantait le titre « Springsteen » sans pour autant que sa musique évoque en une quelconque manière le boss du New Jersey. Le lien est toujours aussi ténu sur ce nouvel effort et s’il fallait rechercher un lien avec un autre songwriter célèbre ce serait plutôt vers son compatriote canadien Neil Young que les regards se tourneraient. C’est dire le niveau auquel le Québécois évolue sur ce nouveau disque : simplicité mélodique, pureté acoustique ou éclairs abrasifs et électriques : ce nouvel album possède tous les attributs du classique immédiat auquel l’écho fantomatique posé sur la voix de Jonathan Personne (aucun lien avec notre Paul national) ajoute un soupçon d’étrangeté évoquant un entre-deux bizarre. Il faut dire que la vie du chanteur s’est singulièrement compliquée lorsque son groupe Corridor a affolé le Landerneau rock en devenant, en 2019, la première signature francophone du vénérable label Sup Pop (celui de Nirvana), entraînant un excès de sollicitations achevée par un burn out du chanteur. Un malaise exorcisé et mis en musique, cette dernière servant de thérapie pour le musicien, qui trouve ici une sublime incarnation.

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samedi 17 septembre 2022

Something Borrowed, Something New : A Tribute to John Anderson

 


Largement méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique, John Anderson est un pionnier de la country, dont le parcours a débuté à la fin des années 1970 et est toujours actif de nos jours. A l’initiative de Dan Auerbach, le présent album, enregistré chez Easy Eye Sound, rend hommage au répertoire d’Anderson, qu’il soit signé de sa plume ou nom. Avant toute chose, l’unicité du lieu d’enregistrement donne sa cohérence artistique au projet et l’album, qui s’écoute d’une traite, forme un tout cohérent. Pas si évident que ça vu la diversité du casting ayant répondu présent : de la star country FM Eric Church (inconnu ici mais une superstar remplissant les stades aux Etats-Unis) aux figures plus habituelles de l’americana, telles que Nathaniel Rateliff ou la sublime Sierra Ferrell, et autres voix de l’alt-country comme Sturgill Simpson. L’ensemble donne un panorama complet de l’idiome à l’heure actuelle au-dessus de laquelle John Anderson fait figure d’ange tutélaire. Un excellent album.

jeudi 1 septembre 2022

Tami Neilson, Le Balajo, 31 Août 2022.

 

C’est dans le cadre incroyablement suranné du Balajo, le dernier dancing rock’n’roll de Paris, ouvert en 1936, que l’on a pu, enfin, découvrir sur scène la formidable Tami Neilson (et son sens de l’humour), en provenance directe de Nouvelle-Zélande. La piste de danse occupe la majorité de l’espace, tout autour sont installée tables et banquettes, la scène minuscule occupe un coin, juste à côté d’un pole pour la danse. C’est un peu le problème de l’endroit, pas vraiment étudié pour accueillir un concert, la scène reléguée dans un coin semble plus pensée pour un groupe accompagnant les danseurs. Mais peu importe, Tami se fond dans le décor, resté dans son jus. Le groupe qui l’accompagne se résume à sa plus simple expression : un batteur et un guitariste (son frère Jay Neilson). Tami quant à elle, joue de l’harmonica sur le premier titre et assure la rythmique à la guitare acoustique la plupart du temps. Mais surtout Tami chante ! Et sa voix est d’une puissance incroyable et tutoie les sommets d’émotions (il est rageant d’entendre certains discuter pendant ces moments particulièrement émouvants). Un peu de rock’n’roll, un peu de country, beaucoup de soul au sens large, cf. la reprise de « It’s a man’s man’s man’s world » de James Brown dont Tami changeât les paroles pour mieux coller à ses préoccupations, voici la recette magique de la chanteuse aux influences aussi sûres que bien digérées. Enfin, sa voix incroyable a séché le public sur place, surtout dans les titres quasiment à cappella, sur un simple accompagnement rythmique (cf. « Queenie, Queenie »). Excellent.

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The Deslondes : « Ways and Means »

 


Originaire de La Nouvelle-Orleans, The Deslondes voit plus loin que le patrimoine musical, déjà immense, de sa ville natale. S’il fallait qualifier la musique du groupe, on parlerait de nos jours d’Americana, cet hybride entre folk et country (cf. « South Dakota Wild One »), qui semble être la manne nourricière du quintet. Ancré dans le sud des Etats-Unis, au sens large, The Deslondes agrège une multitude de styles, des studios Suns (cf. « Wild Eden ») à la Stax (cf. « Ways & Means ») sans renier à l’occasion une petite dose de psychédélisme dans les arrangements ("Standing Still"). Un éclectisme qui fait la force du groupe, et donne, paradoxalement, sa ligne directrice aux Deslondes ; formation qui ne dérive jamais de sa trajectoire. Varié mais pas dispersé pour autant, c’est le petit tour de passe-passe d’un album en forme de BO pour la route qui file en ligne droite dans la poussière et le soleil couchant.

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mercredi 31 août 2022

Datura4 : « Neanderthal Jam »

 


Dans le parcours musical de Dom Mariani, déjà membre (entre autres) du légendaire combo psyché The Stems dans les années 1980, Datura4, actif depuis une dizaine d’années, s’impose à la fois comme une suite logique mais aussi un petit pas de côté. Logique, car on retrouve l’obsession de l’Australien pour le rock teinté des influences 60s/70s. Petit pas de côté, car cette influence prégnante (cf. la magnifique « Open the line ») se pare, dans ce nouveau contexte, de guitares saturées et de rythmes ternaires, hérités de blues et de boogie (« Black Speakers ») dans un parfait artefact hard rock des années 1970 (« Bad Times »). « Plus heavy, meilleur c’est !» pourrait bien être la devise du groupe sur ce nouvel effort. Et en effet le groupe s’y entend comme pas deux pour entraîner l’auditeur dans ce voyage temporel au pays du gros son, volontiers hypnotique à l’occasion. C’est assez addictif.

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mardi 30 août 2022

Interview avec Lulu Van Trapp

 

Lulu Van Trapp, Rock en Seine, le 27 août 2022 (c) Victor Picon

Lulu Van Trapp, Rock en Seine, 27 août 2022, (c) Victor Picon

Si un groupe est bien content d’être là, à Rock en Seine, c’est Lulu Van Trapp ! « C’est la première fois qu’on joue, l’expérience est très différente par rapport à une salle. Il y a plein de choses qui se passent, des rencontres, des amitiés naissent avec d’autres artistes. Et puis le look des festivaliers est assez rigolo». Une expérience qui avait pourtant mal débuté, le synthé de Rebecca (également chanteuse) ayant rendu l’âme juste avant le début du concert : « C’est la toute première fois que je ne fais que chanter, c’était déstabilisant, d’habitude le clavier constitue une sorte de rempart avec le public ». Un public avec lequel ils entretiennent un rapport particulier : « On est là pour les regarder dans les yeux, les attraper par le colback et ne plus les lâcher. En vrai, on n’est pas là pour draguer les gens. La scène c’est notre terrain conquis, dès qu’on pose le pied sur scène, il n’y a plus de question, ni d’hésitation, on sait qui on est et on est nous et entièrement nous ». Un exercice qu’ils abordent selon un angle bien particulier, à l’image du batteur qui joue debout (ce qui reste quand même assez rare exception faîte des Stray Cats ou d’Art Brut) : « On est en mode Avengers, debout, alignés, prêts à partir au front !» Un champ lexical guerrier qui incarne assez bien l’attaque du groupe, son côté rentre-dedans, foutraque et décalé où les influences, Nina Hagen (revendiquée par la chanteuse, « j’étais obsédée par elle »), du punk, de la surf music ou du reggae/ska se télescopent : « C’est la somme de toutes ces influences qui nous a faits ». Et pourtant derrière cette image se cache une bande de cœurs tendres dont certains se connaissent depuis le CM2 : « En vrai, le premier album, "I’m not here to save the world", est grave un disque de chansons d’amour, il n’y a pas un titre qui ne soit pas nourri par nos expériences, espoirs ou déceptions que l’on a tous assez nombreuses ». De quoi largement nourrir un deuxième disque, dont l’enregistrement est prévu pour cet automne.

Propos recueillis à Rock en Seine, le 27 Août 2022.

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lundi 29 août 2022

Rock en Seine, 25, 26, 27 août 2022.


 
Yard Act (c) Olivier Hoffschir

Inhaler (c) Olivier Hoffschir

Newdad (c) Christophe Crénel

UTO (c) Victor Picon

Grandes retrouvailles au Domaine National de Saint-Cloud après deux ans de disette, pour les raisons que tout le monde connaît ! On commence le 25 août avec l’impression d’embarquer sur le ferry en direction de Dublin, tant l’Irlande est omniprésente dans la programmation de ce premier jour : Yard Act, Fontaines DC, Inhaler et Newdad. On commence avec Yard Act, excellente formation post punk à l’énergie aussi débordante que contagieuse et dotée, qui plus est, d’un grand sens de l’humour. Une excellente découverte en forme de petite mise en jambe avant le choc provoqué par la prestation à couper le souffle de Fontaines DC. L’énergie du quatuor, à grands coups de riffs de guitare addictif entraîne le spectateur dans sa folie, un concert fait de hauts, de bas et de subites montées en tension, difficile de s’en remettre… On termine cette première journée avec trois découvertes, Inhaler dont le chanteur Elijah Hewson n’est autre que le fils de Bono (U2) dont on retrouve un petit quelque chose dans le chant. Sur scène la pop rock énergique d’Inhaler assure le job inhérent à la scène d’un festival mais sans être d’une originalité folle non plus. Une question de maturation sans doute. Un peu plus loin, sur la scène Firestone, nous faisons la connaissance de Newdad, groupe éthéré, une forme de My Bloody Valentine moins expérimentale, aux compositions planantes, raffinées, menées par une basse que n’aurait pas renié The Cure ou Joy Division. La voix de la chanteuse, très mélodieuse, apporte un contrepoint bienvenu et incarne avec grâce les compositions en apesanteur du groupe. Plutôt que de supporter ce pathétique golden pit (un quart de l’espace disponible cloisonné avec des barrières et réservé aux VIP +) nous préférons nous éclater sur la petite scène Ile de France en compagnie du jeune duo électro pop UTO. Déjantée et haute en couleurs, la proposition musicale du duo enchante et hypnotise. Eux-mêmes évoquent le cycle d’une machine à laver pour décrire leur compositions qui tournent en boucle. On sent une grande complicité dans le chant, et dans le jeu de scène, ainsi qu’une énergie débordante qui emballe le public dans une sorte de transe collective. La guitare apporte une note progressive étonnamment connotée 70s dans le contexte si original et novateur du groupe, qui sortait son premier album le soir même à minuit.
 
Aldous Harding (c) Olivier Hoffschir

The Liminanas (c) Olivier Hoffschir

Los Bitchos (c) Victor Picon

Kraftwerk (c) Olivier Hoffschir

Jehnny Beth (c) Olivier Hoffschir

DIIV (c) Olivier Hoffschir


Sans conteste la journée du 26 août aura été la plus dense et la plus satisfaisante sur le plan musical. On commence par faire un petit coucou à Jehnny Beth en grande forme synth punk sur la scène de la cascade, ce qui constitue un bon shoot d’énergie pour le reste de la journée. Sur la controversée grande scène, le golden pit nous aura laissé un peu d’espace pour admirer la sublime Aldous Harding. Cette dernière, assise sur une chaise, la guitare folk sur les genoux, incarne un contrepoint et une présence rare dans le cadre d’un festival où les décibels font la loi, c’est beau, mélodique, inattendu (cf. la tasse à café utilisée comme une percussion) et ça fait du bien. Les New-Yorkais de DIIV (prononcez dive) ont également fait sensation. Le groupe incarne une sorte de trait d’union post-grunge où Sonic Youth devient progressif shoegaze et planant, difficile de ne pas se laisser emporter par la spirale hypnotique. En parlant de spirale hypnotique, l’enchaînement avec les Limiñanas semble tout trouvé ! En l’espèce les Catalans incarnent une sorte d’épitomé inégalable. Le groupe est en grande forme et nous transporte séance tenante dans les sixties psychédélique (les visuels diffusés en arrière plan y sont pour beaucoup). La collaboration avec Anton Newcombe a laissé des traces dans le son du groupe dans lequel on retrouve parfois un peu ce côté foutraque cher à BJM. En parlant de psychédélisme nous aimerions maintenant partager notre entrain pour les Anglaises de Los Bitchos qui ont la particularité d’être un groupe entièrement instrumental (rare dans le contexte d’un festival). Un grand carambolage de sons psyché, surf, exotica rétro futuriste où les percussions latines prennent parfois le dessus sur l’orgue et la guitare. Dommage toutefois de sombrer dans le cliché en reprenant cette vieille scie de « Tequila » mais une très belle découverte. Enfin, l’ovni du week-end aura été sans conteste la prestation (en 3D !) de Kraftwerk (des lunettes spéciales ont été mises à disposition du public). Les quatre membres du groupe sont alignés de manière robotique derrière des pupitres identiques ne laissant apercevoir que peu de chose, alors que, derrière, l’écran géant diffuse les films en 3D, parfois assez creepy lorsque la main du mannequin incarnant « The Robots » vient nous frôler le visage où lorsqu’un satellite (« Spacelab ») nous arrive en pleine poire. Incarnant un futur dystopique (« Computer Love », « Computer World », « The Man Machine ») ou une évocation de l’essor industriel du 20ème siècle (« Autobahn ») dans ce qu’il peut avoir de pire (« Radioactivity »), Kraftwerk reste indispensable un demi-siècle après sa formation. A la fin du set, chaque musicien a droit à son solo de clavier avant de quitter la scène, Ralf Hütter, le seul membre original du groupe encore en activité, quittant les lieux en dernier. Nous sommes hébétés.
Lulu Van Trapp (c) Victor Picon


C’est déjà samedi et la fin (pour nous) de cette édition 2022. On commence l’après-midi sous le charme charismatique de Malik Djoudi dont la proposition électro soul pop, chantée en français, constitue la bande son idéale de cet après-midi de canicule ! Un sprint pour traverser le site dans son intégralité et on a raté, hélas, le début du concert de November Ultra, chanteuse qui évolue quasiment dans son jardin (elle est de Boulogne-Billancourt) et qui a failli, selon ses propres dires « venir en pyjama ». Une idée pas si idiote que cela tant son folk dépouillé (elle est seule sur scène assurant tour à tour clavier, guitare sèche ou électrique) apaise, repose et émeut quand elle évoque le deuil, le temps d’une chanson pudique, ou convoque ses racines et le passé en chantant en espagnol. On en a des nœuds dans l’estomac. Sublime ! Enfin après tant de douceur il est temps de se réveiller et pour ça rien de mieux qu’un bon shoot de rock’n’roll déjanté en compagnie de Lulu Van Trapp. Aligné sur la scène qu’ils semblent prêts à prendre d’assaut (même le batteur joue debout) le quatuor attaque littéralement le public de ses compositions où surf music, ska et reggae se télescopent au punk garage psyché. Quel cocktail mené avec énergie par la chanteuse Rebecca qui, à peine déstabilisée par son synthé tombé en panne pendant le soundcheck (soit quelques minutes à peine avant le show) n’a pas hésité à venir visiter le public déchaîné, dans un grand nuage de poussière, à plusieurs reprises dans un grand moment d’euphorie collective, ce à quoi un festival digne de ce nom doit ressembler. Alors évidemment on aurait aimé vous parler de Tame Impala, d’Idles ou de Nick Cave, autant d’artistes que l’on adore, mais ce golden pit, sinistre, sans âme et bloquant la vue, nous a découragé d’avance. On a préféré aller faire la fête ailleurs.


Malik Djoudi (c) Christophe Crénel

November Ultra (c) Victor Picon





















vendredi 26 août 2022

Eels : « Extreme Witchcraft »

 


Cette année a vu le retour en grande forme du groupe mené par E ! Dès le premier titre « Amateur Hour », Eels excelle dans ce qu’il fait de mieux, ce rock’n’roll énergique mené tambour battant par des guitares à se damner, teinté d’influences rhythm’n’blues. On sait le chanteur miné par des deuils et autres épreuves difficiles à surmonter, ce qui a souvent nourri sa musique. La nouveauté réside dans le fait qu’il semble s’amuser et, pour le coup, vraiment jouer. Il se dégage dès lors de ces 12 nouvelles compositions une sensation « feel good » qui fait du bien à écouter, d’autant que ses qualités d’écriture sont à l’avenant. Intemporel !

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jeudi 25 août 2022

John Paul Keith : « The Rhythm of the City »

 


En dépit de son patronyme, qui nous laisse rêveur (un spécialiste du marketing à la recherche d’un nom pour un groupe de reprises n’aurait pas trouvé mieux), John Paul Keith, n’a que peu à voir avec un fantasme rock’n’roll british à la Rolling Beatles. Ce qui ne signifie en rien que le grand frisson n’est pas au rendez-vous à l’écoute de son nouvel album ! A Memphis, faisant honneur au titre de son disque, chez John Paul Keith, le rythme est sacrément bon ! Pourquoi, diable, choisir entre le rock’n’roll, la soul ou le rhythm and blues ? John Paul Keith ne choisit pas et aborde tous les styles avec un talent égal. Un petit quelque chose d’Elvis dans la voix (sans être ridicule cf. « Love love love »), l’élégance d’écriture d’un Buddy Holly, le charme d’un Roy Orbison, une touche soul psyché à la Motown (« The Sun is gonna shine again ») où à la Stax (« The Rhythm of the City ») : tout l’album baigne dans un classicisme intemporel nourri aux meilleures sources. Charmant du début à la fin, pris en flagrant délit d’élégance dès le premier titre, cet album est un must !

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mardi 23 août 2022

Ben Harper : « Bloodline Maintenance »

 


Après avoir souvent recherché une forme de caution auprès d’autres musiciens, spécialisés dans le blues et le gospel, tels que Charlie Musselwhite ou les Blind Boys of Alabama, Ben Harper assume enfin seul son destin de soulman. C’est la grande révélation de cet album qui voit le Californien s’inscrire dans le sillage de Curtis Mayfield ou de Marvin Gaye, pour le commentaire socialement fort (« We need to talk about it »). Dans ce contexte soul, guitares wha-wha à l’appui, le falsetto et le timbre de l’artiste haut perché font des miracles. Et le chanteur d’aligner les perles intemporelles, à la brièveté bienvenue, dignes de l'âge d'or des années 70. Le résultat, bien qu’extrêmement codifié, possède une petite touche moderne, personnelle, et réside dans les soli de guitares de Ben Harper, au son particulièrement travaillé, un témoignage de son passé rock, ou de quelques scratches habilement mixés (« Problem Child »), qu’il arrive à intégrer le plus naturellement du monde dans ses compositions sans âge (« More than love »). Après toutes ces années, Ben Harper a encore des choses à dire et c’est fort heureux. Gageons que, tel un nectar délicat, cet album vieillira bien.

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lundi 22 août 2022

Father John Misty : « Chloë and the Next 20th Century »

 


Si Father John Misty n’existait pas, il faudrait l’inventer ! Si d’aucun aiment à écouter de la musique pour voyager dans le temps ou l’imaginaire, alors voici la bande originale idéale pour toutes sortes d’escapades immobiles. Le cinquième album de Joshua Michael Tillman (aka Father John Misty) est le plus évocateur, doux et délicat de toute sa carrière ! Un sublime voyage en musique qui débute dans les effluves jazzy et rétro de « Chloë », comme échappée d’une comédie musicale des années 30, écrite dans la Tin Pan Alley. Il est pourtant difficile de tenir la distance après un tel titre d’ouverture mais Misty n’en a cure et, en chemin, ne se prive pas du plaisir de revisiter la scène folk californienne (cf. « Goodbye Mr Blue ») propulsant l’auditeur en plein Laurel Canyon des sixties, ni de charmer l’auditeur de sa voix de crooner (« Buddy’s Rendezvous »), saxophone sirupeux à l’appui, sans jamais tomber dans le kitsch. Et on ne parle même pas de l’audacieux néo psychédélique au clavecin (cf. « Q4 »). C’est certain, un tel album nous aurait fait du bien pendant le confinement !

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dimanche 21 août 2022

Pur-Sang : « Chaos Sublime »

 


Bien qu’il s’agisse là de leur premier album en commun, Skye et Claire Joseph, ont toutes les deux une longue expérience avant d’en arriver à ce disque où le duo est accompagné, entre autres, du batteur Baptiste Brondy (Delgres) et du pianiste Johan Dalgaard, deux habitués de la scène blues/soul parisienne. Tout sauf un hasard... En effet, de la « Rivière » à l’« Océan », c’est à un fabuleux voyage en musique(s) auquel nous invite ce Crazy Horse là, et il est entièrement francophone. « Rivière », « Monde », « Voyageurs », « Océan », la thématique du voyage, sous toutes ses formes, qu’il soit imaginaire, réel, fantasmé ou introspectif, se tient du début à la fin du disque. Ancré dans le folk, par la grâce de sublimes guitares arpégées avec une délicatesse qui ne semble pas appartenir à ce monde, agrémentées d’harmonies vocales aériennes (« Ancolies » ; « Voyageurs »), Pur-Sang nous indique la voie, dessine d’amples paysages sonores baignés de vent et des reflets mordorés du soleil couchant, pour finalement arriver à destination, là où la terre s’achève : vers la mer. Plus qu’un album, une véritable aventure sonore, que l’on écoute comme on lisait autrefois une carte routière. L'itinéraire se révèle sinueux, parfois escarpé d’éclairs électriques blues et rock (« Soeurs », « Monde »), et, en chemin, le calme succède à la tempête. Une manière de faire honneur à son titre où le chaos côtoie le sublime.

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samedi 20 août 2022

JAZZ OUT OF NORWAY

 


Si l’été est propice aux voyages et à la découverte, alors partons explorer, cette contrée lointaine et mystérieuse, surtout en raison de sa langue, la Norvège. Relativement peu connue à l’internationale, confondante de modestie, la Norvège possède une scène jazz diversifiée et vivifiante à découvrir sur cette copieuse compilation et trente titres par autant d’interprètes différents. Si le genre vocal est assez peu représenté (à l'exception notable de Siril Malmedal Hauge), pour le reste, la sélection ici présente laisse une large part à des explorations sonores très surprenantes, flirtant avec l’électro (Jo Berger Myrhe), aventureuses (Terje Gewelt, Ingebrigt Håker Flaten) ou une énergie quasiment rock (A tonic for the troops, Møster, Eivind Aarset 4tet). Dans un registre plus classique, le pianiste Kjetil Mulelid (en solo intégral), Olga Konkova Trio et le duo Elin Rosseland et Johannes Eick, jouant des contrastes entre la contrebasse et la voix, atteignent des sommets d’émotions. Enfin le métissage avec les traditions Klezmer ou venues d’Afrique (Shannon Mowday & Lila, Andreas Røysum Ensemble) n’est pas étranger à la scène norvégienne. Il ne s’agit là que d’un tout petit aperçu tant il reste à découvrir sur ce copieux double album digital.
 

Pour écouter


vendredi 19 août 2022

MOLLY PEPPER

 


Alliance impromptue, née en 2020, de trois musiciens désœuvrés par le confinement, Molly Pepper a sorti son premier EP de quatre titres en début d’année. La chose étonne et ne se laisse pas aborder facilement. Est-ce parce qu’ils ont tous eu un vécu en dehors de la musique ? Le fait est que le trio n’a pas son pareil pour aborder les choses de manière oblique et peu conventionnelle, en dehors des chemins battus. Chez Molly Pepper les beat électro, côtoient des guitares résolument punk/rock (cf. « All the things ») alors que les synthés entraînent l’auditeur dans une spirale hypnotique quasiment psychédélique (cf. « Hi Gene »). Enfin, le timbre obsédant de la chanteuse Sandrine Quétier participe pleinement du charme dégagé par le trio (cf. « Song »).

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mercredi 17 août 2022

Melaine Dalibert : « Shimmering »

 


Des 88 touches d’ivoire de son instrument, Melaine Dalibert, pianiste et compositeur, sait faire le plus bel usage. La meilleure preuve en est son nouvel album, une collection de huit pièces assez courtes, toutes enregistrées seul, ou presque. En effet, les arrangements, des plus discrets, se résument à quelques nappes électros, à peine soulignées de cordes timides, dans le but, surtout, de mettre en valeur la sonorité exquise, le velouté délicat du piano, sans ébranler l’équilibre, instable et précaire, de l’ensemble. Hiératique, atmosphérique ou planante sont autant d’adjectifs venant directement à l’esprit. Dans les faits, des fameuses 88 touches, délicatement caressées, soigneusement effleurées, se dégage une grande sensibilité. Note après note, Melaine Dalibert esquisse des paysages sonores doux et apaisants, comme autant d’invitations à la quiétude. Au diable les étiquettes, « moderne classical » ou « Ambiant » ! Et qu’importe le flacon pourvu que l’on ait l’ivresse ! Qu’il est doux de se laisser bercer par le charme minimaliste de ces pop songs dépourvues de paroles…

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dimanche 14 août 2022

Kaz Hawkins : « My life and I »

 


Plus qu’un best-of, cette nouvelle compilation est pour la chanteuse irlandaise, récemment installée en France, un moyen de célébrer sa nouvelle vie. Et il y a en effet de quoi : outre son déménagement, la chanteuse est pour la première fois de sa vie signée sur un label ! Et pas n’importe lequel, Dixiefrog, classieuse et élégante maison qui fut maintes fois par le passé un refuge pour les artistes anglo-saxons en manque d’affection sur leur sol natal (Eric Bibb, Neal Black, Popa Chubby etc.) Une longue tradition dans laquelle Kaz Hawkins s’inscrit tout naturellement. Preuve supplémentaire de l’attachement à la chanteuse, s’il en fallait une, en guise de première sortie, nous parvient cette galette introductive, au menu copieux, pas moins de 17 titres ! Un alléchant programme en perspective, solidement ancré dans le blues (« Feelin’Good »), le gospel (« Pray »), la soul (« Full Force Gale ») et le blues-rock (« Don’t make mama cry »). Entre reprises de bon goût (Nina Simone, Etta James et, naturellement, Van Morrison, origines irlandaises obligent) et compos personnelles, Kaz Hawkins, également guitariste, fait preuve d’un talent protéiforme. Mais le registre dans laquelle on la préfère reste ce répertoire piano/voix intime (la merveilleuse « Hallelujah Happy People » ; « Because you love me ») dans lequel sa voix ample exprime à plein les émotions et autres tranches de vie douloureuses qui ont jalonné son parcours et nourri sa musique jusqu’ici (« One More Fight (Lipstick and Cocaine) »). Une puissance vocale qui n’est pas sans rappeler une autre expatriée, Sarah McCoy, première période, celle d’avant le virage électro. Merveilleuse découverte, ce disque somme ne dépareillera pas dans votre collection.
En concert au festival Blues Roots de Meyreuil (13) le 8 septembre.

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samedi 13 août 2022

Yôkaï : « Coup de grâce »

 


Touchés par la grâce Yôkaï ? En attendant, le groupe, en pratiquant le mariage improbable des contraires, nous offre un album tout à fait inattendu. Du jazz psychédélique !!! Puristes à l’esprit étroit, vous pouvez d’ores et déjà passer votre route. Pour les autres, cet effort semble tout indiqué à qui aime l’expérimentation et les tortueux chemins (progressifs) de traverse. Dans les faits, la chose se rapproche du free jazz, par la longueur des morceaux et la volonté de sublimer les contraintes de l’idiome, d’en exploser les frontières ; mais s’en distingue par la face psychédélique et expérimentale s’éloignant même de l’instrumentation typique du jazz. Ainsi l’album navigue à vue dans des eaux inconnues, traverse les éclairs d’électricité, comme les nappes atmosphériques, planantes et étranges (« Het Bos »), tel un navire entre tempêtes et accalmies. Il y a quelque chose qui tient également de la bande originale d’un polar des années 1970 dans cet album, la magnifique « Roubaix » qui sonne comme un sublime hommage, digne du François du même nom. Mais la formation est bien trop créative, libre, pour se laisser enfermer dans un tel carcan rétro, en dépit des synthés analogiques("Amazonas"), et les surprises sont nombreuses au fil de l’écoute.

https://yokaibxl.bandcamp.com/album/coup-de-gr-ce

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