jeudi 31 mars 2022

JACOB : « Metamorphosis »

 


Un harmonica croise le battement lourd et ténébreux de la batterie, rien d’anormal vous venez de pénétrer dans l’univers baroque de Jacob (a.k.a Jaypee & The Cannibal Orgasmic Band) ! Autrefois artiste solo, Jaypee-Jaypar a décidé de transformer son projet en formant un véritable groupe. Une sacrée bande de cintrés aux contours fuyants où la voix caverneuse, intrinsèquement métallique, du chanteur fait le grand écart entre le blues et le heavy métal, de quoi faire bondir les puristes d’une esthétique comme de l’autre (cf. « Son of bitch » qui lâche les décibels après une intro acoustique) ! Sans oublier de mentionner que le folk fait aussi partie des préoccupations principales du groupe, qui compte une violoncelliste dans ses rangs, flirtant avec la country (la très réussie « The Loser Song ») tout en faisant preuve de délicatesse (« Lonesome Bastard » ; « Rain » ; "In my Realm"). Comme quoi, en dépit de l’univers très sombre du projet (cf. la pochette) derrière la voix de gorge et le chant râpeux, se cache un cœur qui bât au rythme de la musique. Tant de diversité aurait pu finir par poser un problème de cohérence mais il n’en est finalement rien, le groupe trouvant dans chaque chanson le petit dénominateur commun qui finit par rendre l’ensemble cohérent. Peut-être en décidant, avec ou sans saturation du son, que le mieux était de tout jouer avec la même énergie, amplis crachant les décibels sous la main ou non. Surprenant et réussi.

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lundi 28 mars 2022

Jesper Lindell : « Twilights »

 


Un grain de voix suintant le vécu, légèrement éraillé d’une petite cassure soul, au fond de la gorge, des cordes de guitare folk arpégées avec délicatesse, un groove lent et alangui de la batterie, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, ce nouvel album du songwriter s’impose comme une évidence, venue, surprise, de Suède, mais que l’on jurerait sortie du studio de feu Levon Helm à Woodstock (bon on y presque, Amy la fille du regretté batteur du Band chante sur le disque). Jesper Lindell donc s’inscrit dans un croisement très précis, là où le folk rencontre la soul, le tout surmonté de légères touches country, autant d’inspirations bien éloignées de sa terre natale, mais qu’il a su s’approprier avec talent et feeling. Après avoir passé une partie de la pandémie à l’hôpital, pour un problème de santé étranger au Covid, et l’autre partie dans son studio entouré de son groupe, Jesper est simplement content d’être là, de jouer et de chanter. Et cela s’entend ! Une joie de jouer qui irradie d’un bout à l’autre de l’album, sensible dans les grandes rasades chaudes de l’orgue (« Dance » en duo avec Theo Lawrence) et terriblement évocatrice des grands espaces et des herbes folles se balançant au gré du vent dans le soleil couchant. Car il n’est finalement question que de cela, d’un disque proche de la nature et à écouter au bord d’un feu de camp, tel que celui figuré sur la pochette.

En showcase (gratuit) le 29/03 au Walrus (19h)

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jeudi 24 mars 2022

Delvon Lamarr Organ Trio : « Cold as Weiss »

 


Un an après son éclosion internationale, le trio est déjà de retour, avec un nouveau batteur, Daniel Weiss et c’est une excellente nouvelle ! Troisième album studio (le quatrième en tout) pour le groupe et le signe que l’inspiration, ainsi que l’excellence du geste musical qui les anime, ne se tarit pas le moins du monde. En résumé, ce nouvel effort, est la suite exacte du précédent, sans la moindre révolution et les ingrédients utilisés sont toujours les mêmes, guitare, batterie et orgue, exclusivement instrumental, mais qu’importe puisque la qualité est au rendez-vous et la formule fonctionne ! En effet, insérer le disque dans le lecteur, c’est la promesse d’un excellent moment, porté par la douce euphorie, et le groove irrésistible, de la musique. « Feel good music » appelle-t-on la chose, tenez-vous le pour dit ! Situé à la lisière du funk, du blues, du jazz et de la soul, le Delvon Lamarr Organ Trio, propage ses bonnes ondes dans un style intemporel, ou subsiste une pointe d’acidité psychédélique à la Jimi Hendrix (cf. « Big TT’s Blues »). Et puisque la bonne nouvelle n’arrive pas seule, le trio débarque enfin sur scène chez nous dès le mois d’avril, grand moment en perspective !

En concert le 6 mai à Paris (New Morning)

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mercredi 23 mars 2022

Fred Chapellier : « Straight to the point »

 


Après deux années de pandémie, et d’incertitudes liées, Fred Chapellier, qui avait pourtant émis le souhait d’arrêter sa carrière sous son nom propre, remet la main dans le pot en allant droit à l’essentiel, « Straight to the point » ; «Si ça doit être mon dernier album, je ne veux rien y mettre d’inutile » abonde-t-il, droit au but, donc. Derrière sa facture simple et classique, point de superflu, tel est le mot d’ordre, ce nouvel album est un petit chef d’œuvre en forme de quintessence de tout ce qui fait l’art du guitariste / chanteur. Point de superflu, ne signifie en rien un album ascétique et décharné. Bien au contraire, accompagné de ses acolytes habituels, Billy Brice, Neel Black ou Alain « Footballer » Rivet, Chapellier met le cap vers la note bleue, mettant l’accent sur l’émotion avant tout le long d’un album blues, certes, mais aux effluves variées allant de la soul au R&B. Les arrangements de cuivres caressent l’oreille, la voix de Fred regorge d’émotions et le musicien surprend même en reprenant Gladys Sunlight & The Bips (« I’ve got to use my imagination »). A noter enfin deux instrumentaux, « Juliette » et « Racing with the cops », prouvant que le musicien en a suffisamment sous le manche (Dutronc ne s’y est pas trompé) pour poser un climat, une ambiance, sans le moindre mot. Superbe, comme d’habitude !

En concert (avec Grant Haua en première partie!) à Paris (New Morning) le 23/03

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dimanche 20 mars 2022

Trank : « The Ropes – Monolith Edition »

 


Le quatuor français donne une seconde vie à son premier album « The Ropes » avec cette édition « monolithique », sous la forme d’un luxueux digipack agrémenté d’un deuxième disque. Mais, commençons par le début, soit le premier album du groupe. Evoluant dans des sphères assez sombres, Trank tend de nombreuses cordes (ropes) qui ramènent à une scène dark étasunienne allant de A Perfect Circle (les signes cabalistiques ornant le cd rappellent l’atwork du premier album du groupe mené par Billy Howerdel et Maynard James Keenan) à Nine Inch Nails. Sans appartenir tout à fait à la mouvance métal, Trank n’a peur ni des décibels, ni des guitares saturées, mais apporte un contrepoint intéressant en compensant la puissance des guitares par des arrangements soignés et des nappes synthétiques planantes. Quelques titres apaisés (« Refugee ») finissent d’emballer l’album d’un voile délicat et subtil, produit à la perfection. Tout un univers en réalité incarné par la voix déformée et filtrée du chanteur Michel André Jouveaux plongeant l’auditeur dans un abîme d’étrangeté. Bien mieux qu’un disque bonus, le deuxième cd est une relecture complète de leur premier album. Proposés dans un ordre différent, soit un tout nouveau tracklisting, les titres de l’album ont été totalement remixés. Une relecture qui offre un angle d’écoute différent, plus radical, dans une ambiance électro industrielle, encore plus proche de Nine Inch Nails que l’album original, mais également de Depeche Mode. Une double sortie ambitieuse et franchement impressionnante compte-tenu du statut indé du groupe.

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vendredi 18 mars 2022

Jay and The Cooks : « Dried up dreams »

 


A peine un an après la sortie de son effort précédent, le groupe Jay Ryan est de retour avec un nouvel album en suite directe du disque précédent (le même artwork a été recyclé, cette fois en pochette intérieure du cd). On en veut pour preuve cette nouvelle reprise, adaptée en anglais cette fois, du « Je suis venu te dire que je m’en vais » (« I just came to tell you that I’m going ») de Serge Gainsbourg. Une reprise à l’image de ce nouvel album, entièrement chanté dans la langue maternelle de l’artiste, l’anglais, après l’effort francophone précédent. Si au passage l’album perd de son originalité (et l’artiste de son unicité) le geste musical reste impeccable, entre rock’n’roll / blues rageur (« Chew the cud » ; « Poor everybody ») et country/folk rocailleuse (« Frontline worker blues ») ; le tout convient à merveille au timbre de gorge, éraillé, du chanteur, dont le vécu transcende les cordes vocales. Les mandolines et contrebasses sont de sorties, tout ceci représente une magnifique nouvelle dans le paysage musical hexagonal !

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jeudi 17 mars 2022

Euphrates Ride : « Therapy »

 


Si derrière chaque grand disque se cache histoire, alors pour le coup, nous avons des choses à raconter ! C’est alors qu’il est hospitalisé dans une clinique psychiatrique pour dépression sévère que David Mauro (aka Rigil Kent) compose cet album, poussé par un soignant, Lewis Féraud, lui-même musicien et qui finira par jouer sur le disque, persuadé que la musique est la seule sortie possible de la maladie. C’est à sa sortie de la clinique, en 2021, une fois remis (enfin on l’espère pour lui), que l’album est enregistré à La Ciotat. Conçu comme un journal de bord de la maladie il y avait fort à craindre d’un disque chaotique et bruyant. Étonnamment il n’en est rien, passé l’intro anxiogène, David Mauro accouche d’un album pop lumineux (« Every Single Grain of Sand has A Mass »), ponctué de virgules électriques, bienvenues, à la guitare faisant le lien entre les influences psychédéliques et progressives des années 60/70 (il y a un peu de Syd Barrett en lui cf. « Gathering the Waves ») et le son saturé et contemporain du rock stoner (« Trans Part I et II »). Dans un cas comme dans l’autre, il est question de répétition hypnotique et d’envoûtement par la musique. Un album en forme de voyage, dans lequel il est bon de se perdre en route, dans les méandres…

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mercredi 16 mars 2022

Cherry Pills : « Blackjack »

 


La basse gronde et imprime un rythme entêtant, le moins que l’on puisse dire est que le premier album du trio part sur les bons rails. Anciens membres de Cheyenne, Marine, Christophe et Nicolas se sont réinventés sous ce nouvel alias en forme de pilule à la cerise pour notre plus grand bonheur. Concassé, compact, le trio fait le maximum et délivre un album à l’effet semblable à deux doigts collés dans la prise d’électricité, électrochoc assuré. Mais la plus grande réussite du trio réside dans cette capacité à jouer sur la retenue, l’électricité est savamment maîtrisée, l’énergie débordante canalisée, le groupe sent à merveille quand il est opportun de lâcher les chevaux pour de bon, l’interaction entre musiciens joue à plein. Le résultat est euphorisant, mené tambour battant par une section rythmique d’enfer, et ce merveilleux son étouffé de la batterie. Sans affection particulière pour le passé, les années 60, 70 ou autres, sans jouer la moindre carte nostalgique, le groupe nous délivre en dix titres une galette intemporelle prouvant que ce bon vieux rock’n’roll est increvable !

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lundi 14 mars 2022

Virage : « Daleco »

 


Si la musique est pleine de virages, alors le groupe du même nom a décidé de les enchaîner dans une sorte de grand huit proprement assourdissant. Les membres de Virage sont au nombre de deux, on y retrouve le batteur Cyril Gilibert et, plus étonnant, l’accordéoniste François Castiello (Bratsch, Lalala Napoli). Une recette somme toute assez simple mais au résultat étonnant, sous influence électro et particulièrement sensible dans la pulsion donnée à la musique par la batterie. François Castiello utilise son instrument, multipliant les effets sonores, comme un peintre dispose de sa palette, toujours à la recherche de nouvelles couleurs, dans un grand raout psychédélique. Transe, expérimentations et hypnotisme sont les mamelles nourricières de la musique du duo qui ne ressemble à rien de connu. Une expérience unique en son genre, intense, dont on ressort rincé et c’est peut-être là que se situe la limite de la démarche. Dans ce contexte, une composition cinématographique telle que « Labyrinthe » fait du bien, repose, et ajoute de la profondeur à l’album. Il n’empêche, l’effet doit être saisissant en concert !



dimanche 13 mars 2022

Chichi et Banane : « Littérature de Ficelle »

 


Faisons plus ample connaissance avec nos nouveaux amis. Chichi (déclamade) et Banane (guitare, banjo, percussions, basse) sont originaires de La Ciotat (Bouches du Rhône), une ville et son mode de vie qu’ils chantent avec passion et enthousiasme. Qu’il s’agisse du « O Central » (un bar du centre ville), de l’Escalet (la place du bal du samedi soir) ou de la déveine d’un pêcheur malchanceux le duo n’a pas son pareil pour faire voyager l’auditeur dans sa ville natale en musique et en mots, l’effet est garanti ! Pour accompagner la déclamade de Chichi, Banane fait le pari d’une musique acoustique où l’écho du blues et de la country résonne dans la guitare, le banjo ou la contrebasse. Un disque plein de charme présenté dans le luxueux écrin d’un livre-disque de 36 pages, magnifiquement illustré à l’encre, publié en collaboration avec la librairie Au Poivre d’Âne, sise dans le vieux port. Accent chantant du Midi et banjo, voici le disque idéal pour un dimanche pluvieux !

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samedi 12 mars 2022

Fabulous Sheep, La Boule Noire, 10 mars 2022.

 

Le poing brandi en l’air, le groupe de Béziers fait son entrée sur scène, 15 jours avant la sortie de son nouvel album « Social Violence » prévue pour le 25 mars prochain. Le premier effort du quintet avait fait forte impression en son temps et la prestation scénique de ce soir ne fait que confirmer le bien que l’on pense d’eux. Passée au révélateur de la scène la musique de Fabulous Sheep prend de l’épaisseur. Il serait facile de n’entendre en eux que bruit et fureur post punk dans un cocktail énergique où les giclées acides du synthés sont contrecarrées par des attaques brutes et sèches des guitares le tout mené tambour battant, sur un tempo infernal respectant les trois minutes. Il y a bien évidemment de cela et à ce petit jeu les musiciens, tout comme les spectateurs, pourraient bien être foudroyés sur place débordés par une telle intensité ; le quintet n’est pas du genre à faire semblant et l’énergie déployée semble être décuplée par l’engagement social du groupe et les raisons profondes qui l’ont poussés à se lancer dans le grand bain du rock. Pour l’heure c’est avec surprise que le groupe dégaine un harmonica et, dans le même état d’esprit, le saxophone apporte une couleur différente à la musique à telle enseigne qu’il n’est pas déraisonnable d’entendre chez eux des échos lointains venus du blues ou du jazz, le temps de quelques ballades calmant un peu l’ambiance. Carré engagé et efficace, Fabulous Sheep s’impose comme l’une des meilleures formations de l’hexagone. Ne ratez pas leur nouvel album !

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mercredi 9 mars 2022

Les Deuxluxes, Centre Culturel Canadien, 07/03/2022.

 

Le duo québécois fête son retour dans l’hexagone par une date de prestige (et complète) dans le cadre, très officiel, du Centre Culturel Canadien, sis au sein de l’Ambassade du Canada. Une prestation à laquelle on a assisté le masque sur le nez, conformément à la législation en vigueur au Canada, à laquelle nous sommes soumis dès lors que nous pénétrâmes dans l’enceinte du bâtiment, après avoir franchi, bien entendu, les contrôles de rigueur (un peu comme à l’aéroport). Un cadre très officiel donc, inhabituel pour un concert de rock, qui a quelque peu figé le public, assez timide en début de concert. Mais peu importe, car sur scène, se trouve les Deuxluxes, un groupe québécois qui n’a pas son pareil pour faire monter l’ambiance. Ils sont donc deux, Étienne Barry que l’on retrouve à la guitare et à la batterie rudimentaire (grosse caisse, caisse claire, cymbale) façon one man band et l’exubérante Anna Frances Meyer au chant, à la guitare ténor (une guitare miniature à 4 cordes) et à la flûte. Les Deuxluxes évoluent dans un périmètre resserré entre rock garage et rock psychédélique où les influences sixties règnent en maître. Ce n’est pas pour rien qu’ils s’attaquent aux « Loose » des Stooges ! Une mission dont ils s’acquittent avec énergie, passion et beaucoup d’humour déjanté. Un bon moment, pédale fuzz, wha-wha et son saturé à go-go, le public ne s’y trompe pas et les réserves du début de concert tombent au fur et à mesure. En tout cas, après, Le Nombre, Chocolat ou les Hôtesses d’Hilaire, voici un nouveau groupe Canadien avec lequel se délecter, preuve de la vitalité du genre chez nos cousins francophones d’outre-Atlantique.

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dimanche 6 mars 2022

No Money Kids, Le Trianon, 03/03/2022

 

Dans le cadre sublime du Trianon, entouré de faux palmiers et d’un néon rose fluo reprenant le nom du groupe accroché dans le mur du fond, une déco so eighties on se croirait dans Miami Vice, les No Money Kids, en trio avec batteur, ont donné une prestation enthousiasmante ! L’électronique légèrement mise de côté, du moins pour la soirée, les musiciens se sont souvent retrouvés dans une configuration classique du power trio, guitare, basse et batterie. Le résultat est limpide, aussi tranchant que le rock, aussi profond que le blues, les deux mamelles nourricières de leur musique. Aux soli rageurs de la guitares se sont malgré tout ajoutées quelques nappes synthétiques et autres thérémine créant une structure étrange et planante, un contrepoint étonnant à l’électricité ambiante propulsant le rock et le blues dans une autre dimension.

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dimanche 27 février 2022

NO MONEY KIDS

 



La formule du duo guitare/batterie a fait bien des émules, depuis le début des années 2000, dans la foulée du succès mondial rencontré par les Black Keys et autres White Stripes. S’ils sont bien deux, Félix et JM (aka No Money Kids), ont repris la formule à leur compte mais suivant un angle des plus personnels. Tout d’abord en jouant de la multiplicité des instruments ne se cantonnant pas uniquement aux guitares et batteries. De cette ouverture, aux claviers notamment, découle naturellement un éclectisme musical plus électro, mêlant guitares d’inspiration blues ou rock aux nappes planantes, parfois au sein du même titre, entraînant l’auditeur dans un drôle d’ascenseur. La réflexion vaut également pour le chant qui s’aventure parfois dans la scansion rap. Ainsi des gamins sans argent (mais pas sans amis cf. les featurings de The Toxic Avengers ou Charles X sur le deuxième album) on ne peut dire qu’ils sont au sens strict un groupe de rock ou de blues mais un subtil agrégat n’appartenant qu’à eux dont la seule constance semble être l’approche lo-fi et DIY acharnée. Lo-fi, car en dépit de tous les moyens mis en œuvre, leur musique conserve ce côté bancal et bricolé (cf. « Dear Friend »). Trois albums sont sortis de cette savante cuisine (les pochettes des deux derniers sont en présentation en début de post) et la suite immédiate s’écrira sur scène où leur sens de l’ampleur sonore et le petit je ne sais quoi clubesque de leur musique devrait offrir de beaux moments festifs.

En concert au Trianon le 3 mars 2022.

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samedi 26 février 2022

Howlin’Jaws + Alvilda, Les Nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, 25/02/2022.



La deuxième soirée du festival débute avec Alvilda, tout jeune quatuor de jeunes musiciennes, qui n’a pour le moment sorti qu’un seul 45 tours (quatre chansons) rapidement épuisé. Il faut dire que le groupe a tout pour séduire derrière ses nombreux tatouages. Chantées en français, les chansons d’Alvilda possèdent ce charme typiquement français, comme un lien entre les yéyés des années 1960 et les jeunes gens modernes des années 1980. Quelque chose d’intrinsèquement pop, vitriolé par une attaque punk de tous les instants, genre par lequel elles sont passées, particulièrement perceptible dans la batterie, au taquet, et dans les attaques sèches des deux guitares. Frais et énergique, une belle découverte saluée par force applaudissements obligeant les musiciennes, à court de titres, à reprendre la première chanson « Négatif ».

Après un imbroglio dû à un bouton d’alerte malencontreusement enclenché ayant pour conséquence la mise en route de la sirène d’urgence et provoquant l’évacuation de la salle (le bar à cocktail gratuit à base de Jack Daniels, c’était pas forcément une bonne idée les gars) ; la soirée à pu reprendre son cours normal.

Et heureusement, car c’est un groupe particulièrement classieux, les Howlin’Jaws que l’on retrouve sur scène. Quelle classe et quelle leçon de rock’n’roll donnée par le trio ! Débuté dans le rockabilly, il en reste encore un peu (cf. la contrebasse) le trio continue son parcours dans une veine très sixties Kinks/Beatles. Le chant est remarquable, séduit, le guitariste aux interventions toujours justes et pleines de feeling, la batterie mène le tout tambour battant. On imagine les heures de travail et de répétitions derrière pour arriver à un tel résultat, intemporel dès leur premier album ! Le public se déchaîne alors que le guitariste visite régulièrement la fosse, pour la première fois depuis la reprise des concerts, on retrouve un peu ce qui faisait le sel de la vie d’avant. Merci !

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Ariane Moffatt, Le Café de la Danse, 22/02/2022

 

Cela fait exactement six longues années que la Québécoise n’était pas revenue en France. Un retour attendu, et qui s’est effectué avec un nouvel album sous le bras, le sublime « Incarnat », un disque de confinement, minimaliste et articulé autour du piano et de la voix de la chanteuse. La déclinaison scénique dudit album se fait dans les mêmes conditions, seule sur scène, équipée de quelques instruments. Seule, certes, mais avec une arme secrète (il paraît même qu’il s’agît d’une invention française!), un cadre laser accroché sur le mur du fond de la scène et qui fait basculer le show dans la quatrième dimension : séparant la scène d’un mur de lumière, plongeant le spectateur au milieu de rayons lumineux roses, ou envahissant la salle d’une lumière d’un bleu céruléen, parsemé de quelques nuages de fumée, imitant le ciel et donnant l’illusion d’un vol plané, l’effet whaou est garanti ! Musicalement le spectacle s’est déroulé en plusieurs parties, débuté de manière mélancolique, seule au piano (on note une reprise de Leonard Cohen) et à peine agrémenté de quelques sons électro préenregistrés avant de basculer dans une partie plus festive où Ariane, toujours seule, s’accompagne aux synthés, plus dansant mais plus psychédélique également. Enfin, pour les rappels, Ariane enfile l’improbable (au vu de tout ce qui a précédé) costume de la rock star, guitare vintage demi-caisse et grosse caisse au pied, pour un final rock endiablé. Et finalement on retiendra qu’Ariane n’a besoin que des 88 touches de son piano pour vous retourner le cœur.

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jeudi 24 février 2022

Théo Charaf + Jerron Paxton + Left Lane Cruiser, Les nuits de l’Alligator, La Maroquinerie, 20/02/2022.


A la fois solaire et intense, c’est seul sur une chaise et armé de sa guitare que Théo Charaf se présente sur scène. Paradoxal pour un artiste à l’univers assez sombre mettant son malaise en chanson (cf. « Vampire »), triturant sa voix pour en faire ressortir de vibrantes émotions caressant délicatement et avec feeling ses cordes. Une force se dégage du musicien qui impose le silence parmi le public, c’est assez impressionnant, totalement hypnotisé par la performance hiératique. Comme sur son remarquable premier album solo, c’est en toute fin de set que l’électricité fait son apparition, très certainement une porte ouverte pour le futur. C’est dans ce genre de moment que l’on réalise à quel point l’expérience du concert nous avait manqué. Ainsi, il est difficile de contredire Théo lorsque ce dernier affirme, avec force et justesse : « Aux chiottes les streams » !

Théo Charaf nous avait prévenus en quittant la scène, « vous n’êtes absolument pas prêts pour ce qui va se passer » et encore il était en-dessous de la vérité. Le Louisianais Jerron Paxton, relativement méconnu, est la grande révélation de la soirée ! Seul sur scène, mais multi-instrumentiste surdoué (guitare, banjo, piano, harmonica, violon) Jarron Paxton assure tout à lui tout seul ! Il lui suffit de souffler dans son harmonica pour simuler le passage d’un train et faire voyager le spectateur à travers le sud des Etats-Unis. Voix soulful, chaque geste, chaque note jouée par le musicien est empreint d’un énorme feeling et d’une musicalité sans pareille, entre folk, blues et country. A découvrir absolument !

Enfin, au regard de tout ce qui a précédé sur scène, la présence du duo Left Lane Cruiser a quelque chose de quelque peu décalée. Apparu au début des années 2000 dans la foulée des duos aux patronymes noirs (Black Keys) ou blancs (The White Stripes) prétendant remettre le blues au goût du jour sous couvert de rock garage, Left Lane Cruiser a inversé la problématique mettant la note bleue au cœur de ses préoccupations. On en veut pour preuve le fait que le duo débute son set en reprenant R.L Burnside mais aussi que le batteur, debout derrière un kit minimaliste, soit également équipé d’un frottoir. Déglingué, cradingue, fort en notes saturées, Left Lane Cruiser reprends avec brio l’esthétique du label Fat Possum et, plus généralement, du Hill Country Blues. Aussi excellent soit-il, on peine un peu à rentrer dans l’univers du duo tout penaud que nous sommes après les chocs musicaux précédents.

Sons d’hiver, Maison des Arts, Créteil, 19/02/2022


Il en aura fallu de la résilience aux organisateurs de Sons d’hiver pour, après deux ans d’arrêt forcé, pour organiser coûte que coûte ce dernier week-end de concerts, perturbé à la dernière minute par une grève massive dans les transports en commun. Soirée du vendredi annulée, on aura hélas perdu Anthony Joseph dans la manœuvre, les artistes ont été reportés au samedi pour un programme assez chargé. Et ce n’est rien de le dire, débutée à 19h, cette dernière soirée s’achèvera quasiment cinq heures plus tard, sur le coup de minuit !

On débute donc avec William Parker et cette création ambitieuse « Trail of tears – A continuum 1492-2022 ». Il s’agît d’un poème symphonique, récit de la relocalisation des nations Cherokee et Choctaw, une thématique entrant forcément en résonance avec le destin tragique des réfugiés de nos jours. Pour illustrer son propos, le contrebassiste William Parker se repose sur une formation de grande ampleur, avec sections de cordes et de vents, des danseurs et un chœur où se mélange récitants, chanteuses et chanteurs. Le résultat est à la hauteur des ambitions élevées de Parker et passe allégrement du classique au jazz, de la poésie saupoudrée d’un soupçon de gospel lorsque les voix sont mises en valeur, parfois free et expérimental (cf. les déroutantes stridences des violons) mais mené avec un sens du swing remarquable. Superbe !

La soirée se poursuit ensuite avec Hamid Drake, rien de moins que l’un des meilleurs batteurs de jazz au monde, pour un hommage à Alice Coltrane (décédée en 2007) mêlant une fois encore musique et danse. Le jazz fougueux et expérimental du batteur virtuose s’agrémente également d’électronique (un musicien sur scène est équipé d’un ordinateur portable) lequel ajoute une note bizarre mais restant relativement discrète. Sorte de grand huit faisant passer l’auditeur par tous les états on ressort un peu exténué par la performance, et sa déferlante de notes, passant d’un swing surexcité à des moments plus planants, mais néanmoins magnifiques.

On en serait restés là-dessus que l’on aurait déjà passé une soirée des plus consistantes. Mais ce n’était pas encore fini puisque The Master Musicians of Jajouka ont ensuite fait leur apparition sur scène. Encore une performance contrariée, non pas par la grève mais par la Covid, entre pénurie de vaccins et ouverture tardive des frontières marocaines, le groupe s’est présenté à quatre membres au lieu des sept initialement prévus. Mais comptant sur le soutien du groupe précédent, celui d’Hamid Drake, les maîtres du Jajouka nous ont proposé un grand voyage entre Amérique et Maghreb imposant la musique comme langage universel. Il est d’ailleurs très émouvant d’entendre Hamid Drake (l’un des meilleurs batteurs au monde rappelons-le) parler avec déférence du percussionniste Mohamed El Attar, invitant le public à l’écouter attentivement car « que l’on joue du jazz, du rock’n’roll ou de la funk, il y a toujours quelque chose à apprendre en l’écoutant jouer ». Belle leçon d’humilité.

jeudi 17 février 2022

Ariane Moffatt : "Incarnat"

Dans un décor majestueux, se détache la silhouette d'Ariane Moffatt. La chanteuse québécoise a décidé d'innover avec ce "piano-film", un clip de 20 minutes, accompagnant la sortie de son album du même nom, où les tableaux s'enchaînent comme les éléments (eau, forêt) illustrant les différentes chansons interprétées avec grâce et émotion. De toute beauté !

En concert le 22/02 au Café de la danse.

https://www.arianemoffatt.com/

mercredi 16 février 2022

Cecilya, Le Triton, 12 février 2022.

 

D’origine barcelonaise, la jeune chanteuse Cecilya est arrivée en France, il y a deux ans, juste avant le confinement. Confinée, seule, dans une ville et un pays nouveau, la chanteuse en est ressortie avec un album qui rêve des grands espaces et de l’ouest des États-Unis. Entourée d’un groupe de pointures, la chanteuse, parfaitement francophone, dévoile son répertoire sur scène et pour la première fois ! Folk, rock, americana, un soupçon de blues sont les inspirations principales de la chanteuse auxquelles elle rend hommage de bien belle manière, pour un peu, on s’y croirait, on sent le vent et la poussière retomber dans le moindre solo, inspiré, de guitare ou de clavier. Dotée d’un joli brin de voix, tantôt frêle et tantôt affirmé, débordant de feeling et d’émotion, la chanteuse, de plus charismatique et drôle sur scène ce qui ne gâche rien, se révèle à l’aise dans tous les contextes, de l’émotion pure acoustique à l’électricité plus enlevée. Le public ne s’y est pas trompé, réservant des applaudissements nourris. Un talent à suivre, pourvu qu’elle reste encore un peu chez nous !

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https://www.cecilyamestres.com/?locale=fr