mardi 30 septembre 2014

Orange Blossom : « Under the shade of violets »



Porté disparu depuis 2005, le duo Carlos Robles Arenas (batterie) et PJ Chabot (violon), aka Orange Blossom, est de retour. Nouveau disque donc, mais surtout, une nouvelle voix, celle de la chanteuse Hend Ahmed (28 ans) dénichée au Caire. Il serait aisé de ranger la musique d'Orange Blossom dans la case « world » mais on se gardera bien d'effectuer de tels raccourcis, beaucoup trop réducteurs pour un disque et un groupe de cette ampleur. Certes la musique d'Orange Blossom procède d'un grand voyage, celui déjà qu'il a fallu effectuer pour l'enregistrement : L’Égypte d'où est originaire la chanteuse Hend Ahmed, Aman (Jordanie) pour enregistrer des chanteurs traditionnels, Cholet enfin pour travailler avec l'orchestre du conservatoire. Mais avant de tomber dans le grand bain des musiques dites « du monde », Carlos et PJ ont eu des parcours qui les ont vu passer par des groupes de rock. Et c'est finalement un peu de tout cela que l'on entends chez Orange Blossom, le fruit d'expériences diverses où le chant majestueux en langue vernaculaire vogue sur un tapis fait de cordes classiques et de percussions orientales usant d'une mélancolie contagieuse et prégnante (« Ya sîdî », « Jerusalem », « Good Bye Kô »). Insaisissable, se jouant de tous les contrastes la musique d'Orange Blossom vous retournera le cœur, « Mexico » à l'acoustique vénéneuse. Un peu plus loin, une écriture électro/pop/rock se confronte aux vocalises orientales, l'étonnante « Pitcha » aux différents mouvements comme autant de tableaux bien distincts. Et le tout se termine dans un déluge de décibels, le groupe payant son tribut au rock et à l'électro (« The Nubian », « Black box », "Pink Man") ayant nourri son adolescence. Finalement on écoute Orange Blossom comme on feuillette un vieil et précieux album photo conservant les images d'un voyage fondateur, le regard nostalgique...

https://fr-fr.facebook.com/orangeblossomofficiel

lundi 29 septembre 2014

The Lords of Altamont : « Lords take Altamont »



Au départ conçu pour être le pendant californien du festival de Woodstock, le concert gratuit d'Altamont, qui a eu lieu sur le circuit automobile du même nom à quelques encablures de San Francisco à viré à la catastrophe. La date du 6 décembre 1969 restera à jamais comme l'une des journées les plus noires de l'histoire du rock n'roll qui s'est soldée par la mort de Meredith Hunter, jeune fan (18 ans) Afro-Américain assassiné par les Hells Angels chargés de la sécurité de l'événement. En sus, trois autres personnes ont également perdu la vie ce jour là de manière accidentelle. Comble de l'ignominie, le concert a été filmé (il s'agissait de concurrencer Woodstock, sur tous les plans) et à fait l'objet d'un documentaire morbide « Gimme Shelter » sorti en 1970. Un jour honni, qui, sans coup férir, a soldé en une seule fois les illusions hippies et le summer of love mettant un terme tragique aux années 1960. Avec le recul on peut également y voir la naissance du punk de la décennie suivante, un mouvement nettement plus violent voire nihiliste, comme annonciateur d'une histoire du rock qui s'écrira dorénavant dans le sang entre meurtres (John Lennon), suicides (Ian Curtis, Kurt Cobain) et autres tragédies diverses, généralement survenues à l'age de 27 ans...

Formé en 1999, l'excellent groupe garage rock The Lords of Altamont s'est pourtant inspiré du concert tragique pour trouver son patronyme usant de raisons restées obscures et que l'on suppose un tantinet provocatrices voire dérangeantes. Ce cinquième effort de la formation marque le 15ème anniversaire du groupe lequel s'offre pour l'occasion un album tribute au concept étrange puisqu'il ne s'agit ni de rendre hommage à un groupe ou à une œuvre en particulier mais au festival d'Altamont, reprenant pour l'occasion plusieurs chansons jouées ce jour là. Soit des reprises des groupes présents à savoir les Rolling Stones (les têtes d'affiches qui étaient absentes de Woodstock, rappelons-le), le Jefferson Airplane, Crosby Stills and Nash, Santana et les Flying Burrito Brothers. Également prévus à l'affiche le Grateful Dead a préféré se décommander à la dernière minute, sentant les événements tourner au vinaigre. Ce disque marque également le retour au bercail de plusieurs anciens membres puisque tous ont été invités (soit une vingtaine de personnes) à participer à l'enregistrement.

Entre guitares survoltées et giclées d'orgue acides, les Lords of Altamont ont toujours su se créer une identité sonore facilement identifiable faite d'agressivité mais aussi de groove. Un trait d'union entre rock, blues et soul music. Si la confrontation avec le répertoire des Stones est convenue (« Stray Cat blues », « Gimme Shelter »), elle n'en n'est pas moins savoureuse, les Lords poussant un peu plus loin le bouton de volume. Il est par contre franchement curieux, mais délectable, de voir comment le gang de bikers s'est approprié le folk psychédélique, féminin et délicat, du Jefferson Airplane. « 3/5 of a mile in 10 seconds » est méconnaissable. Idem pour « Black Queen », à l'origine une blues acoustique signé Stephen Stills. Un excellent album, conforme aux standards, élevés, du groupe, mais aussi une manière ludique de revisiter le répertoire des années 1960 comme on traverse l'histoire du rock n'roll...
En concert le 30/10 à Paris (Batofar)



vendredi 26 septembre 2014

The Impellers : « My Certainty »



On avait déjà évoqué sur cette page Les Impellers le temps d'un 45 tours (chronique ici). Voici le groupe de retour avec un album en bonne et due forme qui confirme l'excellente santé de la scène soul/funk de Brighton. Un album copieux (14 titres) qui n'est pas sans rappeler les productions Daptone, Sharon Jones en particulier, surtout lorsque la chanteuse au coffre puissant Clair Witcher entre en scène (spectaculaire « The routine »). Le tout se situe dans la droite lignée des classiques des années 1960 servie avec un copieux accompagnement à base de cuivres. Mâtinée de funk, la soul des Impellers met l'accent sur l'aspect rythmique avec forces percussions pour la note latine. En mode instrumental (« Veeber ») le groupe évoque plutôt le jazz et on pense alors à Sugarman 3. Solide et bien foutu à défaut d'être foncièrement original (le créneau soul vintage commence à être bien encombré...)

jeudi 25 septembre 2014

Theo Lawrence Electric le 2 octobre au Badaboum



Les Velvet Veins splittés, à la stupéfaction générale moins d'un mois après avoir enflammé Rock en Seine, le chanteur Theo Lawrence n'aura pas été long pour retomber sur ses pattes. Ce dernier évolue dorénavant en power trio, accompagné par le bassiste Olivier Viscat (ex-Velvet Veins également) et le batteur Louis-Marin Renaud. Ce tout nouveau groupe, nommé Theo Lawrence Electric se produira pour la première fois au Badaboum (avec Caravage) le 2 octobre prochain à 19h30.

CharlElie Couture : « Immortel »



Quatre ans après « Fort Rêveur » un album « étasunien », enregistré et produit à New York par Sean Flora, CharlElie Couture est de retour. Ce nouvel effort marque une sorte de retour, strictement musical, au pays pour CharlElie qui collabore dorénavant avec Benjamin Biolay. D'emblée, le résultat sonne moins marqué par le rock, et par extension le blues, que le disque précédent. Mais le perte en électricité brute est compensée par la musicalité de l'ensemble. Fort de climats variés, le disque est habillé avec élégance porté par des arrangements luxurieux de cordes (« Méchante envie »), de vents (saxophone ou flûte) et une acoustique chatoyante (« L'autre côté »). Tapie dans un coin, la bête rock n'roll ne peut toutefois s'empêcher de venir chatouiller CharlElie en deuxième partie de programme : « Broken », « La comédienne », « J'ai des visions » ou bien encore « Be an artist » à la forte saveur bleutée. Plus que jamais basé entre les deux rives de l'Atlantique, CharlElie clôture l'album avec un clin d’œil instrumental et jazzy à son New York d'adoption intitulé « A french man in New York ». Un disque certes classique, et quelque part sans surprise, mais solide, parfaitement réalisé et bien écrit avec ce ton doux-amer qui caractérise ses paroles. En résumé, du travail propre qui s'écoute avec grand plaisir.


mercredi 24 septembre 2014

Portrait Dorian Pimpernel



(c) Sylvere Hieulle

C'est au terme d'un véritable acharnement téléphonique (environ sept coups de fil reçus en l'espace d'une demie-heure) lors de la dernière édition de Rock en Seine que l'on a pu rencontrer Dorian Pimpernel. Où plus exactement, Jérémie Orsel, chanteur/guitariste de ladite formation et seul membre du groupe encore sobre (l'affirmation est de lui) à cette heure. Ah la dure vie de festivalier...

(c) Sylvere Hieulle
D'un abord sympathique, Jérémie commence par nous éclairer sur le patronyme du groupe, objet de multiples spéculations : « Dorian est un adjectif qualifiant un mode musical évoqué par Platon dont la définition est viril et conquérant, ce qui est plutôt ironique dans notre cas (sourire). Pimpernel, c'est le mot anglais pour désigner le mouron, une fleur. Les deux accolés ensemble sonnent plutôt bien, comme le nom d'un personnage fictif ». Comme bien souvent à l'origine de Dorian Pimpernel se trouve un musicien solitaire, Johan Girard, la cheville ouvrière du groupe, composant seul sur ses claviers : « En fait Johan composait des démos seul dans son coin et cherchait des musiciens pour assurer des concerts. Au départ je suis arrivé pour être le guitariste et faire des essais pour les chœurs. Finalement je suis le chanteur. Mais je ne suis que l'interprète des compositions de Johan. Sur notre set list actuelle, il n'y a qu'un seul titre que Johan n'a pas écrit seul. ». La « moonshine pop » de Dorian Pimpernel se singularise par son extrême sophistication tant sur le plan mélodique qu'harmonique. Le fait est que le groupe rappelle beaucoup les productions (anglaises notamment) de la fin des années 1960 (en vrac citons les Zombies, Left Banke, King Crimson ou bien encore l'école de Canterbury) ainsi que le krautrock de la décennie suivante sans pour autant tomber dans l'écueil de la pâle copie. Une démarche que le groupe qualifie « d'anti naturalisme », où les claviers imitent les instruments acoustiques : « l'artificialité doit s'entendre » insiste le guitariste. La seule utilisation du Variophon peut résumer la chose : « C'est un synthé Allemand actionné par le souffle. On l'utilise pour remplacer les instruments à vents ». Ainsi le chanteur nous confie la passion du groupe pour les claviers sans tomber dans le vintage à outrance : « Les claviers sont plutôt choisis en fonction de leur originalité et de leur rareté. Au final il y a autant de claviers anciens que modernes. C'est notre façon de créer notre univers musical personnel ». Bien évidemment la transposition sur scène d'un tel univers n'est pas chose aisée : « En fait on fonctionne à l'inverse d'un groupe de rock classique dont les morceaux sont bruts de décoffrage et peaufinés ensuite en studio. Nous, nos compositions sont très élaborées dès le départ et on doit les simplifier pour la scène. Il y a des arrangements que l'on ne peut absolument pas reproduire en concert. On est parfois obligé d'utiliser des bandes ». La seconde composante principale du son Dorian Pimpernel, c'est la basse. Une basse ronde, terriblement sixties, qui est pour beaucoup dans l'attrait exercé par le groupe. Le mélange avec les claviers n'est pas sans rappeler l'album « Triggers », le chef d'oeuvre signé April March, au point que l'on n'est pas loin de penser que Dorian Pimpernel aurait trouvé un refuge naturel chez Tricatel, le label de Bertrand Burgalat, sur lequel était signé April March à l'époque (2002, ndlr) : « En fait on a quelques liens avec Tricatel. Notre batteur, Hadrien Grange, était assistant ingénieur du son sur le premier disque des Shades, « le meurtre de Vénus » (sorti en 2008, ndlr). Quant à moi, Bertrand m'appelle de temps en temps pour des commandes, assurer des chœurs des choses comme ça... On ne se fréquente pas vraiment cependant. Je pense que Bertrand cherche surtout la singularité dans les projets qu'il signe. On aurait fait double emploi avec April March ou avec ce qu'il a pu faire lui-même en solo ». Faute de Tricatel, le groupe est finalement abrité par Born Bad, l'excellent disquaire devenu label et plutôt orienté sur le garage et le rock psyché (Wall Of Death ou les très prometteurs Forever Pavot). La signature de Dorian Pimpernel marque également une évolution douce de la ligne éditoriale du label : « Les premiers contacts avec JB (Wizz, le patron de Born Bad, ndlr) datent de 2004/2005 à l'époque où Johan tâtait du journalisme. On a sorti un premier 45 tours sur un autre label ce qui nous a rappelé à son bon souvenir. Il nous a mis au défi de lui fournir un disque en trois mois ». Une gageure que l'on imagine immense pour des musiciens aussi méticuleux. Alors que le temps qui nous est alloué arrive à son terme, il nous reste une question fondamentale à élucider : alors Dorian Pimpernel, plutôt Pet Sounds ou Sgt Pepper ? Beach Boys ou Beatles ? « Franchement au sein du groupe c'est du 50/50 ! » (rires)...

Propos recueillis le 23 août 2014 à Rock en Seine.
En concert le 1er octobre à Paris (Petit Bain) avec Forever Pavot et Orval Carlos Sibelius.

lundi 22 septembre 2014

Velvet Veins : « Bound to pretend »



Au fil du temps et la nostalgie aidant, peu à peu, les sixties, ou tout du moins le souvenir que l'inconscient collectif en a gardé, se sont imposées comme un age d'or du rock n'roll. Une époque riche et fertile utilisée depuis comme un mètre étalon à l'aune duquel chaque nouveau venu est plus ou moins comparé. Depuis 20 ans, une telle nostalgie a engendré un nombre incalculables de groupes « moines copistes », souvent sympathiques mais manquant cruellement d'ampleur et de personnalité. Et bien entendu, l'emballement récent et généralisé autour de tout artefact estampillé « vintage » n'a rien arrangé. Au milieu de cette cohorte de suiveurs, nos franciliens de Velvet Veins pourraient bien faire la différence. Car eux ont réellement saisi l'essence de la musique sixties. Pour résumer en deux mots : le blues. Que seraient devenus les Doors, les Rolling Stones, Led Zeppelin et autres Jimi Hendrix sans le blues ? On vous laisse juge...


En attendant, cette longue introduction passée, on en arrive à notre sujet du jour, le premier EP du jeune quatuor Velvet Veins, formation découverte une après midi pluvieuse à Rock En Seine le mois dernier. On vous a longuement entretenu du blues un peu plus tôt et cela tombe fort à propos puisque le premier EP des Velvet Veins déborde de la note bleue par tous les sillons (« Nation Sack »). Note à laquelle ils joignent un esprit aventureux, jam, typique de la décennie bénie. Riche en breaks, changements brusques de directions et autres surprises (« Arizona Ghost »), le disque tourne autour du blues qu'ils n'attaquent jamais frontalement mais qu'il marient à des couleurs funky (l'intro à la wha-wha de « Sweet Heat ») ou heavy, bien servi en cela par la voix, profonde et riche de mille nuances, du chanteur Théo et un instinct musical à toute épreuve au fil de soli inspirés. Plutôt que de chercher à en faire des tonnes pour épater la galerie, les Velvet Veins préfèrent privilégier la mélodie ce qui donne naissance à de jolies ballades « Opal » ou « Bound to pretend » qui ouvre les débats. Des débuts fort encourageant pour cette formation que l'on ne peut que vous conseiller de découvrir...  

lundi 1 septembre 2014

Meredith : «The shape of things to come »



Un énième duo batterie/guitare de plus ? Et bien non pas tout à fait. Si la formule du duo nous a habitué à chasser sur un terrain blues/garage, les français de Meredith ont choisi une tangente plutôt grunge. Et ça commence assez fort avec le morceau titre « The shape of things to come » : rythmique béton tendance lourde (Dave Grohl, sort de ce corps !), guitare puissante et chant, guttural mais intelligible, sur le fil : l'affaire part sur des bases élevées, les potards à fond dans le rouge. Un peu plus loin, « Let's say » et « Lou » prouvent que le groupe peut également baisser le volume de plusieurs crans mais violenter, toujours, un peu les mélodies, histoire de rester foutrement rock n'roll (la coda de « Lou »). C'est d'ailleurs une constante, un pattern que l'on retrouve régulièrement l'ep : après une intro assez calme, la tension va crescendo jusqu'à l'explosion finale de la guitare à la vitesse du gros son. «Meredith », une sorte de drone instrumental assez étrange et « Sober », le morceau le plus sensible du lot complètent cette collection inaugurale. Entre évidence mélodique et puissance d'exécution (parfois au sein de la même composition cf. « Sober ») Meredith se trace ainsi un chemin personnel sur la grande carte du rock. A conseiller à tous ceux qui aiment leur rock n'roll avec un fort goût en bouche...









dimanche 31 août 2014

Tiki Black : « Out of the black »



Une voix s'élève dans le silence. Son grain est étrange, expressif, lyrique et mélancolique, plutôt grave et, quoi qu'il en soit, unique en son genre. Avec un je ne sais quoi de rond dans son expression. Une voix comme un vecteur de mille émotions. Cette voix c'est celle de Tiki Black, jeune chanteuse née en France de parents Camerounais et désormais installée à Manchester. Son premier album s'appelle « Out of the black » et plutôt que d'en sortir, on a plutôt envie de plonger la tête la première dedans. Entre folk et un soupçon de jazz, ce premier disque s'exprime dans un registre acoustique et dépouillé. Ici est là, les influences africaines, au détour de quelques percussions choisies, se font jour (« Swallen »). Mais c'est surtout le piano qui joue un rôle prépondérant, les arrangements de cordes (« Escape ») renforcent la mélancolie ambiante. L'accompagnement est donc frugal, la fameuse voix à ainsi toute latitude pour s'exprimer, remplir l'espace. Le disque idéal d'une fin de soirée. Laissez-vous porter...



jeudi 28 août 2014

Rock en Seine 2014, 22, 23 et 24 Août 2014.

(c) Victor Picon

Parmi les nouveautés de cette édition 2014, la plus marquante fut certainement l'installation d'un village du disque regroupant plusieurs disquaires réputés (Born Bad, Fargo, Ground Zero entre autres) de la place de Paris dans l'enceinte même du site. L'occasion de faire quelques emplettes entre deux concerts, attention l'endroit est un véritable lieu de perdition pour les cartes bleues... On en profite également pour faire un petit tour de l'exposition regroupant les affiches créées tout spécialement pour illustrer l'ensemble des concerts du festival...

Vendredi 22 Aout
Cage the Elephant (c) Victor Picon
 
Niveau musique on attaque très fort d'entrée avec CAGE THE ELEPHANT, de retour trois ans après une première apparition très remarquée sur la scène de la cascade. Suite à la défection de dernière minute de Volbeat, les Américains ont cette fois les honneurs de la grande scène. Festival oblige, leur prestation d'une petite heure ne permet de voir la totalité du spectre musical couvert par CAGE THE ELEPHANT désormais plus porté sur la pop et la mélodie. Le set est orienté sur le dernier album en date, « Melophobia » mais le punk fait cependant toujours parti de leur préoccupations comme le prouve un « Aberdeen » du feu de Dieu. Matt Shultz le chanteur tout de blanc vêtu est en grande forme. Triple saut, 100 mètres départ arrêté, saut en hauteur, vraiment, quelle perte pour l'athlétisme que cet homme là ! C'est également la sécurité de l'emploi assurée pour tous les services de sécurité de la planète qui sont en général bien occupés dès que notre homme Matt pose le pied sur scène... Ce fût un excellent moment passé en leur compagnie.
Kitty Daisy and Lewis (c) Nicolas Joubard

Direction en suite la scène de la cascade où, divine surprise, nous attends Kitty Daisy & Lewis débarqués en toute dernière minute en remplacement des danois de Volbeat. En pleine préparation de leur troisième album la famille rockabilly nous a plongé dans une ambiance surannée 1950s plutôt étonnante en ces lieux. Piano, harmonica, contrebasse, guitare ça fait du bien ! Multi instrumentistes surdoués chaque membres de fratrie passe du piano à la batterie en passant par la guitare. Papa assure la guitare rythmique et Maman est à la contrebasse. La transformation physique des musiciens, que l'on a connus adolescents à leurs débuts rappelons-le, est étonnante. Combinaison moulante dorée ou cuir des pieds à la tête, Mon Dieu Kitty et Daisy sont devenues des vraies femmes...

Gary Clark Jnr (c) Victor Picon
On continue dans une veine très roots avec le bluesman Gary Clark Junior sur la grande scène toujours aussi hypnotique avec ses riffs de guitare qui s'étirent à l'envie. Ah si seulement il pouvait montrer la même classe sur disque au lieu de se disperser entre blues et R n'B... Toujours sur la grande scène le petit prodige anglais du songwriting Jake Bugg prends ensuite possession des lieux. Evoluant désormais en quatuor, Bugg livre un set mi-électrique/mi-acoustique très marqué par la country mais également les années 1960. A noter une très belle et étonnante reprise du « Voodoo Chile (Slight Return) » de l'immense Hendrix. Si on ne retrouve rien à redire sur la qualité musicale de la chose, entre country, pop et Mersey Beat, la prestation de Bugg manque tout de même de passion, un petit grain de folie serait plutôt bienvenu. Mine renfrognée, assez peu expressive, manque flagrant de charisme, déjà blasé à 20 ans, Jake ?
Jake Bugg (c) Victor Picon
 
Coincée entre les stands de sandwiches, la minuscule scène Ile-de-France, dont l'ambiance rappelle celle d'une petite salle de concert, offre une fenêtre d'exposition aux groupes locaux. C'est également l'occasion de faire de belles découvertes. Comme les Velvet Veins par exemple, notre coup de cœur du week-end. Lookés à l'extrême, genre Dandys, le quatuor fait montre d'une classe très sixties et d'une formidable compréhension du blues au fil de soli de guitares assez inspirés. Lorsque le volume monte d'un cran, c'est toute la scène rock des années 1960 qui défile devant nos yeux. Rythmique solide, guitares sur le fil, le groupe est bluffant. Chaude ambiance, applaudissements nourris, comment se fait-il qu'une formation de cette qualité ne partage pas la scène avec les « grands » ? Mystère...

Mac Demarco (c) Nicolas Joubard
On termine enfin par un petit tour sur la scène de l'industrie ou se trouve la coqueluche canadienne Mac Demarco et son impayable sens de l'humour (The Hives jouent en même temps, vous êtes sur que vous ne vous êtes pas trompés de concert ? Ah ah!). Petit génie du songwriting (son dernier disque « Salad Days » est un régal), entre pop et garage, Mac Demarco évoque un je ne sais quoi de Californien. Etonnant pour un type débarqué des plaines glacées du Canada et désormais installé à New-York. Mélodique et ensoleillée, on pense à un Chris Isaak en version slacker 1990s, les influences 50s en moins. Plutôt déconneur, du genre à nous faire une reprise au débotté de « Yellow » (Coldplay) chantée par le bassiste, Mac Demarco nous a offert la prestation la plus décontractée du week-end dans un registre bricolo fort sympathique.

Samedi 23 Août.
Dorian Pimpernel (c) Sylvere Hieulle
 
La deuxième journée des agapes commence par un petit tour par la scène de l'industrie où se trouve le quintet parisien Dorian Pimpernel. Très porté sur les années 1960, mais pas uniquement, Dorian Pimpernel montre une appétence particulière pour les claviers et les instruments vintage (amplis vox, rickenbaker demi-caisse, mellotron, ce genre de choses). La « Moonshine pop », ouvragée à l'extrême, de Dorian Pimpernel est un savant mélange où se télescope une basse très ronde, très sixties (« Paralipomenon ») et les synthés krautrock (« Existential Suit ») de la décennie suivante au service d'un songwriting soigné. Le résultat, forcément précieux, est à classer entre « Sgt Pepper », « Pet Sounds » et le « Triggers » d'April March. Excellent.

Junip (c) Sylvere Hieulle
Puisque chaque journée semble se dérouler suivant une thématique particulière, on continue dans cette veine planante en compagnie des belges de Junip. La troupe menée par le baladin folk José Gonzalez mélange claviers et guitare acoustique à cheval entre les grands classiques et une approche indie pop plus contemporaine. Pas mal.
Thee Oh Sees (c) Sylvere Hieulle
 
La tension monte d'un cran ensuite avec l'apparition des Californiens de Thee oh sees toujours sur la scène de la cascade. Formation difficile à suivre, le groupe de San Francisco à multiplié les annonces contradictoires, un temps annoncés comme splittés le groupe a finalement sorti un nouvel album... Bref, passons, la troupe de John Dwyer est désormais un trio se partageant entre punk, garage et rock psyché. On passe d'une attaque frontale de guitare, belle SG en plexiglas soit dit en passant, à une longue dérive psyché noisy entre guitare saturée ou mini clavier. A noter la belle efficacité des marathoniens de la section rythmique. Une prestation solide en dépit d'un son un peu mal foutu.
The Goastt (c) Nicolas Joubard

The Goastt (c) Nicolas Joubard

Toujours dans cette veine psyché, on retrouve The Ghost of a Saber Tooth Tiger (aka The Goastt) le groupe mené par le couple Sean Lennon (voix/guitare) et la très jolie Charlotte Kemp Muhl (basse/voix). Très sincèrement, et cela fait des années qu'on le répète, on ne donne pas assez de crédit à Sean Lennon. Ce type, compte-tenu de son hérédité et de la fortune personnelle qui en découle, pourrait se contenter de traverser l'existence en faisant les délices de la presse à scandale, victime d'une sorte de syndrome Paris Hilton. Il n'en est rien. Bien au contraire, Sean Lennon est un artiste appliqué, menant de front carrière solo et en groupe ainsi que la destinée de son label Chimera. Et ce n'est pas la très solide prestation du jour qui va nous faire changer d'avis. The Goastt se présente en cette après-midi en sextet et revisite les thèmes classiques du rock psychédélique des années 1960 entre giclées de guitares acides (le fils de John est un soliste inspiré), nappes de claviers planantes et percussions rigolotes à base d'instruments de cuisine. Sean fait en plus l'effort de s'exprimer dans notre langue. Franchement pas mal. On reste sur la grande scène le temps de vérifier que le temps n'a pas de prise sur le spleen lancinant de Portishead, vingt ans après la sortie de « Dummy » (des obligations nous ont empêchés d'assister au concert entier). On termine enfin la soirée par un petit détour par la scène pression live profiter du groove exotique (et très marqué par l'Afrique) de François & The Atlas Mountains. Etonnante prestation entre pop française et world music chantée tantôt en français tantôt en anglais. Plutôt énergique sur scène, François communie avec le public avec un enthousiasme communicatif. La petite danse finale du groupe est assez sympathique.
François & The Atlas Mountains (c) Nicolas Joubard

Dimanche 24 Août.
 
Cloud Nothnigs (c) Victor Picon
 
Petite déception pour commencer avec le trio punk/grunge US Cloud Nothings, formation pas foncièrement mauvaise mais sans ampleur véritable. Chanter faux cela n'amuse qu'un temps... Cela ne s'arrange guère avec les Australiens de Airbourne, le meilleur succédané d'AC/DC lorsque le version originale n'est pas disponible. Gros hard rock à la crétinerie assumée et revendiquée, Airbourne lâche les watts grâce à un impressionnant mur composé de 24 (on a compté) amplis Marshall. La clé de voûte du show d'Airbourne semble être le jet de bière en direction du public après un savant fracassage de ladite canette sur le sommet du crâne. Tout un art maîtrisé à la perfection par les gros bras des antipodes. Le plaisir régressif du week-end, on est même resté jusqu'au bout ! Changement d'ambiance avec Jeanne Added sur la petite scène Ile-de-France accompagnée de son excellente batteuse. Alternant entre basse et clavier, qu'elle soit en version rock ou électro Jeanne laisse transparaître des influences punk, ce qui n'est pas fait pour nous déplaire. Chant passionné, lyrisme exacerbé, Jeanne est très certainement une incorrigible romantique. Un projet à suivre... On aurait aimé ensuite vous toucher deux mot de la punkette Brody Dalle mais impossible de s'approcher de la scène de l'industrie, tellement la foule est impressionnante. Un passage sur la grande scène aurait été plus approprié. On a cependant pu profiter du lâché de décibels...
Airbourne (c) Nicolas Joubard

Maline la programmation de la scène pression live qui en ce dimanche après-midi propose un revival de la scène alternative US avec un excellent enchaînement Thurston Moore / Stephen Malkmus respectivement anciens membres de Sonic Youth et de Pavement ! Un véritable voyage dans le temps qui nous régale ! Toujours accompagné du batteur Steve Shelley, Thurston Moore paye son tribut à la scène bruitiste depuis près de trente ans. Même séparé de Sonic Youth, sa démarche reste équivalente, faîte d'un solide songwriting pop vitriolé à grands coups de larsen, distorsions, harmoniques et autres dissonances. Avec le temps le guitariste a acquis un sens du psychédélisme au détour de compositions à rallonge (15 minutes pour le morceau d'ouverture), tiens, tiens cela rappelle le concert de Thee oh sees la veille (où John Dwyer a-t-il bien pu trouver son inspiration ?). Star éminente du grunge à l'époque de Pavement (les années 1990) Stephen Malkmus, désormais accompagné de son groupe les Jicks, a lentement évolué vers un songwriting pop/rock assez marqué par la Californie et un son classique 70s à la coule faisant la part belle aux guitares. Une prestation solide et très agréable agrémentée d'un salut amical à Thurston Moore (pour répondre aux délirantes piques amicales de ce dernier un peu plus tôt dans l'après-midi). Quoi qu'il en soit, un excellent enchaînement, on a rajeuni de vingt ans d'un coup ! Pour un peu on se croirait de retour à la fac... Mais quel dommage d'avoir raté les très prometteurs Forever Pavot programmés en même temps...
Thurston Moore (c) Sylvere Hieulle
 

Stephen Malkmus (c) Sylvere Hieulle
Dans l'idéal, Tinariwen (sur la scène de l'industrie) et ses faux airs de Rolling Stone Touareg, serait le point de rencontre entre le rock occidental et l'Afrique. Dans l'idéal. Car dans les faits, il ne reste plus grand chose du Ténéré (hormis les costumes traditionnels, les percussions et le chant en langue vernaculaire) chez le groupe Malien, par ailleurs totalement occidental dans son mode de fonctionnement (niveau merchandising notamment). Un groupe dans le fond assez calibré même si son « desert blues », plutôt bien fait, ne manque pas de charme et réserve quelques bonnes et assez envoûtantes surprises...
Tinariwen (c) Victor Picon

QOTSA (c) Sylvere Hieulle
On termine enfin avec la tête d'affiche de cette édition, les Californiens de The Queens Of The Stone Age, groupe qui fait le désespoir de ses fans qui n'ont de cesse de réclamer à Josh Homme « Du lourd, du vulgaris » ! Las, ce dernier se complaît dans une sorte de pop ramollie (quelle idée, franchement), la monotonie guette... Une prestation en demi-teinte donc, malgré quelques éclairs de génies (« The lost art of keeping a secret », hhhuuummm!). On regrette le stoner suintant le désert et les guitares génialement heavy-metal blues...

mardi 26 août 2014

Interview avec Henri-Pierre Noël



Longtemps considéré comme culte par une poignée de spécialistes, le pianiste d'origine Haïtienne Henri-Pierre Noël est en train de vivre une véritable renaissance artistique grâce à la réédition de ses albums « Piano » (1979) et « One more step » (1980, chronique ici). Une excellente nouvelle qui permet au plus grand nombre de savourer le groove chaloupé et exotique du pianiste...

Que devenez-vous ? Jouez-vous toujours de la musique ?

Henri-Pierre Noël : Musicien un jour, musicien toujours, dit l’adage! Comment aurais-je pu abandonner mon vieil ami et confident qu’est le piano? Oui, je joue encore de la musique, je compose et j’arrange aussi… Ah, musique! Quand tu nous tiens!!! 

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à quitter à Haïti ?
 
HPN : J'ai quitté Haïti assez jeune. Mon départ a donc été la décision de mes parents. J'avoue que j'ai été plutôt déçu quand ils m'ont fait part de leur décision. Quitter les copains a été difficile mais je crois que ça a été une bonne décision. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse? Dans mon cas c’était vrai.

Arrivé à Montréal le choc météo à du être rude... Y avait-il de la solidarité entre immigrés ?

HPN : Montréal n'a pas été ma première destination quand j'ai quitté Haïti. Une chance! Le choc météo a été beaucoup moins rude à New York où j'ai habité. Après New York j'ai habité en Belgique ce qui m’a permis de continuer en douceur ma préparation au froid montréalais. Mais revenons à New-York. J'y ai trouvé à l'époque un grand esprit de camaraderie et de solidarité au sein de la communauté haïtienne et très vite je me suis fait de nouveaux amis. C'était fantastique! On s'amusait comme des petits fous. Et quelques années plus tard, j’ai retrouvé la même ambiance à Montréal. Ah la belle époque!

Vous souvenez-vous de la scène musicale de l'époque ?
HPN : Oui bien sûr! La scène musicale, à mon avis, était plutôt embryonnaire. Des orchestres haïtiens à New York commençaient lentement à se former en utilisant les moyens du bord, c'est-à-dire peu de ressources. Nous étions régulièrement visités par des orchestres venant d’Haïti. Certains de ces orchestres se sont finalement établis totalement ou partiellement dans la grosse pomme, ce qui a complètement changé le paysage musical.
 
Comment définiriez-vous les spécificités du son Haïtien ?
HPN : Existe-t-il un son spécifiquement haïtien? Excellente question! Certains disent que oui et d’autres pensent que non. Je crois que cette question pourrait faire l'objet d’un grand débat. Un débat passionnant en perspective! En tout cas, moi je le souhaite. Ce serait intéressant et instructif.
Un petit mot sur la situation actuelle de l'île et notamment depuis le tremblement de terre de 2010 ?
HPN : Je projette de faire éventuellement une visite en Haïti prochainement. À mon retour je serai plus en mesure de parler de la situation actuelle dans l’île. Pour l'instant j'hésite à colporter des nouvelles que je n’ai pas vérifiées. J’espère que j'aurai l'opportunité d’en parler sur votre site. D’ailleurs, je tiens à vous féliciter pour vos belles pages que je trouve fort intéressants. En attendant, permettez-moi de vous remercier de m'avoir accordé cette entrevue.
Propos recueillis par email le 22 août 2014.
Un grand merci à Jada Parolini et à M. Henri-Pierre Noël pour sa gentillesse et sa disponibilité.
 

jeudi 21 août 2014

Seth Lakeman : « Word of mouth »



Cela commence avec un grondement de cordes. Menaçant. Dès les premières notes de « The Wanderer », qui ouvre le disque, l'auditeur est transporté. Le voyage commence. La Grande-Bretagne, verte, sauvage et indomptée, vous ouvre ses portes. Un pied dans le folk (« Labour she calls home »), un autre dans la musique celtique (« The Courrier », « Another long night »), Lakeman met à l'honneur les paysages sauvages de la verte Albion. Les yeux fermés, on imagine de la roche, des collines vertes et escarpées à perte de vue le tout sous un ciel noir de suie, l'orage sur le point d'éclater. Entre banjo, violons, contrebasse, orgue et bien sur guitare acoustique, Lakeman met les petits plats dans les grands pour vous embarquer dans son périple. Son nouvel album, le cinquième en solo d'une longue carrière débutée il y a vingt ans, marque une étape pour cet auteur/compositeur/multi instrumentiste toujours aussi peu connu en France (pays dans lequel il s'est d'ailleurs très peu produit). Avant d'écrire des chansons, Lakeman a d'abord voulu raconter des histoires. Patiemment il est parti sur les routes, a rencontré des anonymes, recueillis leurs impressions. Un ouvrier vétéran des docks, un survivant de la seconde guerre mondiale, un couple vivant sur la route. Autant de destins, de gens de peu mis ensuite en musique. Le résultat n'est pas seulement dépaysant, il est magistral.
http://www.sethlakeman.co.uk/


mercredi 20 août 2014

The Pretty Reckless : « Going to hell »



Bien décidée à casser son image assez sage, Taylor Momsen (une des vedettes de la série télé Gossip Girls) donne dans le hard rock en compagnie de son groupe The Pretty Reckless dont le deuxième album est sorti récemment. Et l'affaire part sur les chapeaux de roues avec un râle féminin fort suggestif (renseignements pris la responsable s'appelle Jenna Haze et c'est une star du porno), tiens, tiens on dirait le premier album des Guns n'Roses qui usait du même stratagème... Dans le même ordre d'idées, The Pretty Reckless ne se prive pas pour utiliser la plastique, assez avantageuse il est vrai, de sa chanteuse pour assurer sa promotion. Aurait-on remonté le temps jusqu'aux années 1980 ? Car, par bien des aspects, The Pretty Reckless rappelle tous ces groupes de hair métal qui squattaient les ondes de MTV en ces années. Plans de guitares, martellement de la batterie, on s'y croirait. Et pourtant, bien loin de tous ces groupes hédonistes qui prônait un certain mode de vie (en gros sexualité débridée, drogue et alcool) dans un alignement de clichés faisant office de paroles, The Pretty Reckless apporte une certaine noirceur à l'équation, un regard lucide sur le monde à moitié hérité des années grunge. « Why'd you bring a shotgun to the party » évoque le phénomène des tueries de masse en cours aux Etats-Unis ; « Sweet things » en dépit de son titre est une terrifiante dénonciation de la pédophilie quant à « Dear sister » il s'agit là de la minute émotion du disque. On arrête là l'inventaire qui s'apparente au conducteur du JT de 20 heures... Pour éviter de sombrer dans la déprime, The Pretty Reckless contrebalance le tout par une efficacité à toute épreuve les guitares en avant aussi bien à l'aise en électrique qu'en acoustique (l'intro d'« Absolution », « Burn »). Et la voix de la miss Momsen, qui chante ou hurle au choix, vaut également son pesant de décibel (le feulement de « Blame me »). L'a priori ne peut dès lors qu'être positif.
http://goingtohell.me/uk/

Black Lips : « Underneath the rainbow »



Formé au début des années 2000, Black Lips formation originaire d'Atlanta sort son nouvel album. Pour cet effort, le neuvième chapitre d'une carrière assez riche, le groupe sort les grands moyens confiant le bébé à une excitante doublette de producteur : Patrick Carney (le batteur des Black Keys) et Thomas Brenneck (Dap-Kings, Charles Bradley, Menahan Street Band), un des piliers du label Daptone que l'on a peu l'habitude de croiser dans le domaine du rock n'roll. En dépit du visuel de l'album qui les voit jouer aux gros durs, chaîne à la main, les Black Lips sortent ici leur album le plus accessible. Jouant dans la cour psychédélique/garage, le quatuor propose un disque dont l'horloge biologique serait bloquée en 1967 (malgré des paroles évoquant parfois les téléphones portables) quelque part entre les Sonics et le 13th floor elevator. Le groupe excelle dans des durées assez courtes (environ trois minutes) les guitares en avant dans une ambiance un peu bricolo ; plus d'une fois l'album donne l'impression d'avoir été enregistré dans une cave avec peu de moyens. Les amateurs de gros son et de productions léchées en seront pour leurs frais, cela contribue à rendre la chose sympathique. Parmi les réussites citons la grondante « Funny », le western « I don't wanna go home », la menacante « Dog Year » ou les bluesy « Boys in the wood » et « Do the vibrate » (qui rappelle un peu le thème de Peter Gunn). Si on ne s'ennuie pas vraiment, à la longue, le disque sonne comme une redite, moins réussie cependant, d'« Arabia Mountain » (leur album précédent). Un album honorable, mais en demi-teinte, doublé de cette incapacité récurrente à défendre ses chanson en concert (ce groupe est calamiteux sur scène) : Les Black Lips seraient-ils rentrés dans une immense zone grise ?



mercredi 13 août 2014

Last Train : "Cold Fever"


 

L'aventure au pays du rock n'roll continue pour les Alsaciens de Last Train, de retour avec un nouvel EP de deux titres. Un EP marqué par un changement de personnel, le chant étant assuré dorénavant par le guitariste Jean-Noël. Par contre, ce qui ne change pas, c'est l'efficacité de Last Train. L'affaire commence donc « Cold Fever » un rock puissant et carré dans la lignée des grands anciens des seventies. Notons que Jean-Noël est déjà particulièrement à son aise au chant et son timbre éraillé donne un nouveau relief à la composition. C'est du lourd, solide et efficace à défaut d'être original. En face B on retrouve « Fire » et là l'affaire prends un tour autrement plus ambitieux. Morceau à tiroirs « Fire » s'étire sur plus de six minutes, multipliant les fausses pistes. L'into bluesy est suivi d'un break heavy ; l'art, consommé, de la tension-détente est ici servi avec force accélérations... Du grand art à savourer en attendant la suite de l'aventure pour ce groupe prometteur...

Cass McCombs : « Big Wheel and others »


Personnage mystérieux s'il en est, dont on ne sait finalement peu de choses, si ce n'est qu'il est Californien et aurait vécu un temps dans la rue, Cass McCombs n'en poursuit pas moins une carrière remarquable depuis une dizaine d'années. Fin 2013 est sorti, en toute discrétion, « Big Wheel and others », le septième album de McCombs. Disque du genre monumental, le double album contient 22 titres entrecoupés par trois interviews avec Sean, un petit garçon de quatre ans. D'emblée, « Big Wheel and others » se classe dans la catégorie des disques de songwriter et le résultat n'est pas sans rappeler le regretté Jason Molina. Au delà de la musique, l'album est une exploration des musiques étasuniennes et, par delà, de la beauté de l'Amérique. Le périple s'ouvre avec « Big Wheel », un morceau rock, emmené par un riff de guitare puissant (dans le genre « Satan is my toy » vaut également son pesant de décibels). Et ce n'est qu'un début, « Angel Blood » le voit flirter avec des influences country/folk alors que « The burning of the temple, 2012 » est un blues noctambule parsemé d'influences jazzy par le biais d'un saxophone d'inspiration free. Jouant sur la longueur, McCombs délivre quelques morceaux assez sombres, les sept minutes baroques de « Everything has to be just so » ou « Joe Murder » modèle de ballade meurtrière servie par la voix en demi teinte de McCombs, grave mais mélodique. Parmi les grandes réussites de l'album citons la fabuleuse ballade « Home on the Range », d'une évidence mélodique rare ou la délicatesse folk de « Dealing » que l'on jurerait échappée du Laurel Canyon des seventies. Plus anecdotique, l'instrumental pop/jazzy « It means a lot to know that you care » n'en est pas moins appréciable. Mention spéciale également à « Brighter ! » enregistré avec la complicité de l'actrice/égérie des seventies Karen Black (« Five easy pieces », « Nashville »), décédée depuis. Bien évidemment, il est délicat de maintenir un niveau de qualité égal sur la durée d'une heure vingt, et le disque comprend quelques temps faibles. Concentré sur une durée plus courte, McCombs aurait certainement accouché d'un chef d’œuvre en bonne et due forme. En attendant contentons-nous de ce double disque, œuvre de l'un des meilleurs songwriters américains actuellement en activité...



mardi 12 août 2014

The Taikonauts : « Mysteriis Alienis Mundi »


Deuxième album pour cet énergique groupe de surf music d'origine toulousaine. Et quel étrange album... En effet, tels des surfeurs d'argent fondant sur la ville, Les Taikonauts s'emparent de la surf music pour la propulser dans le futur ou l'espace c'est selon. Compensant l'absence de chanteur par toute une série de samples issus d'improbables séries B de science-fiction ou d'horreur, les Taikonauts développent tout le long de ce disque, instrumental, une tout à fait nerdique obsession pour les Aliens, Cowboys et autres Zombies. Même le digipack, très classe au demeurant, est présenté comme une affiche de film. Mélangeant les guitares et le theremin, cet album, très cinématographique, est une ode à la série B. Fans de Tarantino, accourez, c'est excellent.
Www.thetaikonauts.org
https://fr-fr.facebook.com/thetaikonautsofficial




 

lundi 11 août 2014

Marc Loy : « Barfume »


« Barfume », mot imaginaire, évoque un bar enfumé, un endroit échappé du siècle dernier. Dans un coin, sur une petite scène se tiendrait Marc Loy et une vieille guitare usée. De sa voix grave, profonde et éraillée, Marc raconte ses histoires, la vie, le temps qui passe... Depuis ses débuts, à la fin des années 1970, la musique de Marc à connu différentes incarnations et c'est un peu tout cela que l'on entends sur son album. « La beauté du geste » ouvre le bal avec une guitare wha wha furieusement funky, l'enchaînement « Touchez la / Stomachache » évoquerait plutôt un bon vieux rock n'roll fifties de derrière les fagots (excellente intro de batterie soit dit en passant), « Les souris » est une belle tentative de country chantée en français et quand il proclame haut et fort « I hate the blues », il faut, bien entendu, ne pas le prendre pour argent comptant. Le disque donne à entendre un toucher de guitare fin et délicat, efficace aussi bien en électrique qu'en acoustique (« Joliment dit », « Alexis », « Belle de jour », "Tu ne m'emporteras pas au paradis"). Chanté majoritairement dans la langue de Molière, Marc Loy propose un copieux et attachant album. Il ne bouleversera pas votre soirée, mais la rendra, pour sur, certainement plus agréable.
https://myspace.com/markloy


samedi 9 août 2014

Philippe Grancher And His G-Men



Pianiste, guitariste et chanteur, le Normand Philippe Grancher est un vétéran méconnu de la scène blues hexagonale avec quarante ans de carrière dans les pattes. Et ouais, voilà qui vous classe d'emblée le bonhomme. Depuis 1996, Philippe a produit trois albums de blues. Voici le quatrième, un enregistrement live au festival Gresiblues, le 3 juillet 2012. Un album fait pour la beauté du geste, retranscription fidèle du concert joué ce soir là sans aucune retouche, même les petites imperfections ont été laissées telles quelles, ça fait partie du charme de la chose. Seul l'orgue a été rajouté en post production pour reproduire le son du groupe en quintet. Avec son expérience, Grancher a le pied très sur, inutile de lui parler de tel ou tel gadget à la mode, notre homme sait ce qu'il veut et surtout ce qu'il aime. Alors voilà, ce n'est pas compliqué, la came de Philippe, c'est le blues, électrifié, Chicago style, comme un contre pied à toute la scène jump, inspiré des années 1950 qui fleurie un peu partout dans notre beau pays. Le track listing du concert est composé de grands classiques signés Willie Dixon, BB King ou Otis Rush. Pas foncièrement original, certes, mais l'essentiel est ailleurs, dans l'amour que porte Philippe à cette musique et qui se sent (et s'écoute) à la moindre note jouée suivant le fil de ses soli inspirés. Ecoutez-moi cette guitare sur « As the years go passin'by », « Guess who » ou « Help me » bon sang ! Ce disque déborde de feeling, de cœur, d'âme. Et dans le fond en matière de blues, c'est bien cela le plus important. Citons pour finir les autres membres de G-Men qui sont loin de démériter : Jérémie Tepper à la guitare, Yannick Laguide à la basse et le batteur Clément Duventru.