Preuve de la grande richesse de la pop française depuis quelques années, hélas sans grand écho médiatique, Feutre sort son deuxième album « Les Grands Ensembles » au titre inspiré par le décor d’enfance (les HLM de Sarcelles) du bassiste Michaël Korchia. Si la pochette évoque l’ambiance délicieusement surannée des années 1970, la musique se révèle beaucoup plus riche qu’un simple revival nostalgique. Bien évidemment Feutre n’est pas étranger à la musique des années 1970, le son de la basse (rond et mis en avant comme sur « Melody Nelson ») et l’utilisation de claviers vintage (Rhodes, orgues) ancre la musique dans cette période avec des résultats spectaculaires (la merveilleuse « Adam », « Ma Jolie » étonnamment funky). Plus généralement la production précise et millimétrée, la volonté d’exploration sonore y afférent n’est pas sans rappeler Bertrand Burgalat ou, plus généralement, les sorties du label Tricatel (cf. « Les Grands Ensembles »). Mais Feutre trouve également son identité dans l’envoûtement du chant éthéré d’Elsa Leroyer ou dans les guitares obliques de Jérôme Excoffier (pas un manchot soit dit en passant), le petit grain de sable qui déséquilibre l’ambiance volontiers planante du groupe (« Eté 82 ») pour y ajouter un soupçon de piquant qui donne tout son sel à l’affaire (« Gold Mine »). Une belle réussite !
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