mercredi 31 octobre 2007

Puscifer : V is for Vagina






Maynard James Keenan est, avec Anton Newcombe leader du Brian Jonestown Massacre, l’un des personnages les plus intriguants du rock US. L’homme donne de très rares interviews, n’apparaît jamais en photo sur les pochettes de ses disques, très rarement dans les clips et, en concert, chante parfois en tournant le dos au public. Disons qu’il fait partie de ces artistes qui préfèrent être écouté plutôt que vu. Ce qui dans le fond, n’est peut-être pas plus mal. Maynard James Keenan se divise en trois, le premier est chauve et depuis 1992 est le leader de TOOL, le groupe métal le plus intéressant de sa génération.

Tool débute donc à l’orée des années 1990, son premier EP Opiate, sorti en 92, est dans la lignée « grunge » de l’époque. Rapidement Tool sort de la masse, leur batteur Danny Carey part en Inde où il apprend à jouer des tablas, ces percussions locales, qui deviennent l’un des éléments marquants du « son TOOL ». Les compositions de Tool sont assez denses, avec de longs passages instrumentaux plutôt planants et assez complexes qui alternent avec des déflagrations d’agressivité pure. Un groupe assez difficile d’accès mélangeant des influences psychédéliques, rock progressif et métal gothique. Et puis il y a la voix de Keenan, dotée d’indéniables qualités mélodiques, capable de hurler, fort bien au demeurant, dans le mic mais aussi de chanter avec une palette très large des aigus aux graves.

Le deuxième Maynard est affublé d’une perruque postiche à la Nosferatu et chante dans le groupe A Perfect Circle. APC sort son premier album en 1999 alors que Tool, bloqué dans une impasse juridique avec sa maison de disque, ne peut sortir d’album. A Perfect Circle est beaucoup plus accessible que Tool, distille une imagerie moins malsaine. Hybride métal/new wave assez proche des Smashing Pumpkins (le guitariste James Iha a joué avec les deux groupes). Les deux premiers albums d’APC, « Mer de noms » et « Thirteen Step » sont superbes de colère rentrée avec une tension qui va crescendo. Malheureusement les choses se sont quelque peu gâtées avec « eMOTIVe » le troisième album bâclé, composé de reprises autour des thèmes de la paix et de la guerre où le groupe réussi l’exploit (vain) de rendre cohérent un agrégat d’auteurs compositeurs qui va de Marvin Gaye à John Lennon en passant par Martin Gore (Depeche Mode). Il semble que ce disque (le dernier en date) soit sorti à la va vite, pour se débarrasser d’un contrat avec un label…

Enfin le troisième Maynard est l’unique membre clairement identifié du collectif Pusicfer qui vient de sortir son premier disque « V is for Vagina » (est-il vraiment besoin de traduire ?). Plutôt du genre hyper actif, Keenan, car aucun de ses deux précédents groupes n’est officiellement séparé. Ou trouve-t-il le temps d’enregistrer tous ces disques, sachant qu’en plus il est propriétaire de vignes, producteur de vin et qu’il possède plusieurs galeries d’art contemporain à Los Angeles. Maynard délaisse ici les guitares pour des sonorités plus électro parsemées ici et là de décharges électriques qui nous replacent en terrain connu. Une fois encore sa voix est l’élément qui nous frappe le plus à l’écoute du disque, mélodique sur le très beau « Rev 22 :20 » dans une version au piano assez différente de celle entendue en avant première sur les BO des films « Underworld » et « Saw II », et méconnaissable, très basse dans les graves sur l’excellent premier single « Queen B » et sa rythmique efficace ainsi que sur le très bel acoustique « Momma Sed ». Un album de saison, sorte de bande originale sortie tout droit d’un nanar horrifique. Happy Halloween à tous.

dimanche 28 octobre 2007

PAUL COLLINS’ BEAT







Au Royaumes des Losers, Paul Collins est le champion du monde. Comme beaucoup de belles histoires musicales, la sienne commence dans la belle ville de San Francisco où Paul Collins, alors âgé de 18 ans fonde son premier groupe, le power trio, The Nerves. Aujourd’hui il faut une patience de philatéliste pour retrouver la trace des Nerves, le groupe n’a jamais été signé, n’a jamais enregistré d’album, seulement deux EPs qu’ils vendront après les concerts. Pourtant The Nerves trouvera un petit bout de gloire sous le soleil lorsque leur titre « Hanging on the telephone » deviendra un tube…. Repris par Blondie. Sauf qu’Hanging on the telephone n’a pas été écrite par Paul Collins mais par Jack Lee. Loser vous avez dit loser ? Paul Collins n’aura pas plus de chance avec son groupe suivant The Beat rebaptisé plus tard Paul Collins’Beat. Les débuts furent pourtant encourageant, le premier album éponyme sort en 1979 sur la major Columbia et est produit par Bruce Botnick, connu pour son travail avec les Doors. On a connu pire. L’album se vend très mal. Et pourtant, Collins met au point un son extrêmement novateur pour l’époque. C’est lui qui a inventé ce son « power pop » à base de guitares sur vitaminées au service d’un talent certain pour la composition de standards de moins de trois minutes. Lorsque l’on écoute le Paul Collins’ Beat on ressent une étrange impression de familiarité sans pourtant connaître les chansons. Normal des tonnes de groupes ont décroché la timbale en pompant tous ses plans. The Knack par exemple fera un tube avec « My Sharona » que Paul Collins aurait pu composer par dizaine. Plus proche de nous, on est en droit de penser que Weezer ou American Hi-Fi doivent une fière chandelle à Paul Collins. Lequel n’en a pas fini avec ses ennuis puisque le deuxième album de son groupe « The kids are the same » n’aura pas plus de succès que le premier. S’en est trop pour la major Columbia qui fout Collins dehors. S’en est trop également pour Collins lui-même qui quitte Los Angeles pour s’installer en Europe, en France dans un premier temps, qui l’abrite le temps de deux maxis de son groupe, les derniers du Beat.


Aujourd’hui Paul Collins s’est fixé définitivement en Espagne, pays ou il jouit d’une côte de popularité inédite, après les attentats du 11 septembre 2001. Il enregistre en solo des albums plutôt folk-country et tourne avec une nouvelle mouture du Beat entièrement composée de musiciens espagnols (un passage en février dernier à la flèche d’or, je m’en mords encore les doigts de l’avoir raté). Paul Collins est également particulièrement actif sur la toile et crée de nombreuses pages pour promouvoir son œuvre, trois myspace différents, des pages entières sur youtube, daily motion et même amazon. En sus d’un site internet particulièrement fourni.

http://www.paulcollinsbeat.com/

mardi 23 octobre 2007

Jesus « Sixto » Rodriguez, génie oublié des sixties.







L’histoire est injuste. Le succès mal foutu. Comment expliquer que certains accèdent à une célébrité superfétatoire en s’agitant le popotin sur des plateaux télé scabreux du samedi soir alors que d’authentiques talents restent dans l’ombre des décennies durant. La reconnaissance. Certains courent après toute une vie. Pour d’autres, elle tombe toute cuite. Sixto Rodriguez est originaire de Detroit dans le Michigan où il est né le 10 juillet 1942. Rodriguez a enregistré en tout deux albums studio « Cold Fact » sorti en 1970 et « Coming from reality » publié un an plus tard. Devant l’absence totale de succès sa maison de disque l’a jeté comme un malpropre. Sixto n’a jamais tourné aux Etats-Unis, n’a pas participé aux agapes des différents festivals hippies (Monterrey, Woodstock, Isle de Wight…), il est largement méprisé sur sa terre natale et complètement inconnu en Europe. Peut-être était-il trop en avance sur son temps. On pense qu’une décennie n’a plus rien à offrir, que l’on a tout entendu, que tout a été réédité en double voire triple bonus, et là l’air de rien un Sixto Rodriguez vous tombe dessus, tombé du ciel. Sa musique est indéfinissable. Prenez à la base un songwriter folk, ajoutez-y la grandiloquence typiquement Beatles des arrangements psychédéliques (époque Sgt Pepper), une dose de free-jazz à la soft machine / sweet smoke (album « just a poke ») et une petite touche rythm n’blues pour la bonne note groove. Et voilà vous obtenez Sixto Rodriguez. Les échos de « Sugar Man », la ligne de basse d’ « I Wonder » n’ont pas fini de vous hanter. Comment ce type a-t-il pu à ce point passer à côté du succès ? Enfin pas tout à fait puisqu’il est une authentique star en… Afrique du Sud et en Australie ! D’ailleurs il s’agit des seuls pays où son œuvre en disponible en CD. Et encore pas complètement seul son premier album « Cold Fact » a été réédité. Il existe également un best of (pour un artiste qui n’a enregistré que deux albums !!!) qui malgré les doublons (6 titres sont sur les deux CD) est indispensable, les 5 titres restants sont de vrais pépites. Plutôt que de publier une compilation, le label aurait plus inspiré de rééditer son deuxième album « Coming from reality » qui a ma connaissance est inédit en format CD. Mais enfin que voulez-vous, l’industrie du disque marche sur la tête et bien souvent au détriment des authentiques passionnés, mais il ne s’agit ici que du premier chapitre d’une interminable diatribe, alors arrêtons-nous là et écoutons Jesus Sixto Rodriguez, génie oublié des sixties.

http://www.sugarman.org/

dimanche 21 octobre 2007

Foo Fighters : Echoes, Silence, Patience & Grace.



Douze ans de rock avec les Foo Fighters (les soucoupes volantes). Douze années se sont écoulées depuis que Dave Grohl a fondé le groupe sur les cendres de Nirvana, dont il fût le batteur. Dix ans après leur deuxième album « The color and the shape », que beaucoup considèrent comme leur meilleur, les foos retrouvent le producteur Gil Norton (Pixies) qui leur a fait un son tranchant comme jamais. Ce nouvel opus est leur album le plus équilibré. Sans rien renier de leurs influences punk/métal/pop, ce qui est déjà un sacré cocktail en soi, les fighters agrémentent le tout de guitares acoustiques et de piano. Ce qui est finalement dans la continuité du double album précédent « In your honor », divisé en deux disques, l’un acoustique, l’autre électrique. « Come alive » est assez représentative de ce style, le titre commence comme une ballade acoustique avant de déraper dans un final metal. Autres grandes réussites du disque l’agressive « Let it die » et la délicate « Stranger things have happened ». Mention particulière pour « Cheer up, boys » pop et entraînante ainsi que pour « Summer’s end », leur titre le plus roots à ce jour. Douze ans de rock dans la vie des Foo Fighters, douze ans de rock dans votre existence et dans la mienne.

http://www.foofighters.com/home

samedi 20 octobre 2007

Bettye LaVette : The scene of the crime.


Le retour sur les lieux du crime. La scène du crime c’est le studio Fame à Muscle Shoals en Alabama. C’est là, il y a 35 ans (en 1972) que la native de Detroit a enregistré son premier album « Children of the seventies ». L’album n’est officiellement sorti qu’en l’an …. 2000 grâce au français Gilles Pétard. Dans l’intervalle, la vie, la carrière de LaVette a pris une tournure incroyablement compliquée. Des années à chanter dans l’anonymat de pizzerias et autres bouges. Une carrière brisée qui n’a repris son élan que depuis l’an 2000. Et enfin un début de reconnaissance. C’est dans ces épreuves que Bettye a trouvé sa Voix, son chant incroyable de sincérité et d’émotion. Une voix qui remet à sa place, et de beaucoup, toutes les jeunettes de 20 ans, qu’elles se nomment Amy Winehouse ou Joss Stone, dont on fait grand cas à l’heure actuelle. L’authentique soul elle se trouve dans le chant de Bettye LaVette. Sur ce nouvel album, Bettye est accompagné par le groupe de rock sudiste Drive-by truckers. D’où cette tonalité country et blues plus accentuée (encore que) que d’habitude typiquement sudiste. Autre joueur majeur sur l’album le légendaire pianiste Spooner Oldham un habitué des lieux qui a joué pour des gens aussi divers que Candi Staton, Bob Dylan, Neil Young. Et qui a sorti, avec son compère Dan Penn, un admirable album « moments from this theatre » qui est également son seul disque. La paire Penn/Oldham est d’ailleurs responsable du « A woman left lonely » chanté par Janis Joplin et de la fameuse « dark end of the street » (James Carr). Une sacrée pointure donc. Et l’alchimie fonctionne à merveille…

mardi 16 octobre 2007

Sharon Jones & The Dap-Kings : 100 DAYS 100 NIGHTS.



Enfin le grand retour de Sharon Jones ! Sharon est à la soul music et au rythm’n’blues ce qu’Oasis, Lenny Kravitz ou bien encore les Black Crowes furent au rock. A savoir une plongée dans les années 60 une recréation d’un groove « à l’ancienne » que l’on croyait perdu à tout jamais. Sauf que Sharon, désormais quinquagénaire, aurait, dans un monde parfait, déjà fait une longue carrière. Il n’en est rien puisque les aléas de l’existence ont fait que « 100 days 100 nights » n’est que le troisième album de la soul sister #1. Enfin le quatrième si l’on tient compte de son premier disque « Let’s Get a Groove On » introuvable et véritable éden des collectionneurs (même moi je ne l’ai pas, c’est dire !). Bref, notre soul sister #1, tient son surnom de la ville d’Augusta en Georgia, son lieu de naissance, qu’elle a en commun avec le soul brother #1, Mister James Brown. Très vite elle déménage à New York avec ses parents et chante le gospel à l’église le dimanche matin. Puis s’engage dans une vie faite de petits boulots, entre autres à la prison de Rikers dont elle fut gardienne et chante lorsqu’elle en a le loisir. Et réussi finalement a se faire embaucher comme choriste de Lee Fields puis à se lancer en solo. Musicalement, les dap-kings sont toujours aussi impeccables et distillent ce groove que l’on jurerait d’époque. Les grandes influences de Sharon sont Tina Turner, Otis Redding et James Brown. Après un premier morceau plutôt gospel, c’est une nouveauté chez elle, les pépites funk s’enchaînent sans temps mort. Inutile d’entrer dans une énumération vaine, tout est impeccable, ce disque est fait d’une matière rare, celle qui s’attache aux oreilles et refuse de quitter la platine. Achetez-le c’est plus simple.
http://www.daptonerecords.com/
http://www.teraterre.com/

lundi 15 octobre 2007

Pura Fé + Mighty Mo Rodgers, Le New Morning, 14 Octobre 2007.



Ce week end, dans le cadre du JVC jazz festival, c’est la chanteuse Indienne Tuscarora Pura Fé accompagnée du bluesman de Memphis Mighty Mo Rodgers qui sont venus nous rendre visite.

C’est dans un silence respectueux, quasi religieux, que Pura Fé est venue s’asseoir derrière sa guitare lap steel acoustique. Contrairement à son concert de l’année dernière au Sunset, elle est cette fois accompagnée par le guitariste Danny Godinez qui a joué sur son sublime dernier album « Hold the rain » sorti un peu plus tôt cette année. Les deux musiciens ont commencé leur set avec « Follow your heart’s desire ». Je suis d’emblée un peu surpris par les solos et sonorités quasi rock, très électriques, de Danny Godinez qui tranchent avec l’esprit acoustique qui prédomine sur disque. Sinon Godinez est un excellent guitariste bien aidé malgré tout par toute une profusion de pédales d’effets et autres séquenceurs, ce qui explique que la musique continue alors que lui s’est arrêté de jouer pour transformer sa gratte en djembé ! Et puisqu’on parle de guitare signalons que Pura est elle aussi plutôt virtuose dans son domaine (la lap-steel). Pura Fé, c’est aussi une VOIX qui n’a pas fini de vous hanter. Très mélodieuse, mélodique mais aussi d’une puissance redoutable. Ce petit bout de femme est dotée d’un sacré coffre, elle en fera d’ailleurs la preuve sur un impitoyable duel guitare (Godinez) / voix (Pura Fé) qui a emmaillé « If i was your guitar ». Le set se terminera avec une émouvante reprise de « Summertime » qui fut autrefois chantée par Janis Joplin mais aussi surtout, par la maman de Pura (avec l’orchestre de Duke Ellington) qui explique que bien qu’elle adore Janis (moi aussi) sa reprise est avant tout un hommage à sa maman. Ce fut en tout cas une excellente performance mais ce n’est pas tout car la soirée est loin d’être finie.

En effet, après cette première partie des plus plaisante, ce fût au tour de Mighty Mo Rodgers, dans un style beaucoup plus groove, d’attaquer la scène. Ils sont quatre sur scène Mighty Mo à la voix et aux claviers (piano et orgue), le guitariste Steve et nos deux frenchies, qui forment la section rythmique André Charlier et Jean-Michel Charbonnel (deux anciens du groupe de JJ Milteau). Le set de Mo fut marqué par une violente diatribe envers l’administration de Mr Bush, une déclaration d’amour à la France (qui forme un couple en amour avec les Etats-Unis et avec qui il arrive de se fâcher comme dans tous les couples) et une autre à la ville de Chicago que Mo a fini à cappella debout au milieu de la scène et près du public. Et puisque l’on parle de ce grand Monsieur qu’est Jean-Jacques Milteau (voir mes messages des 25 février et 30 août), précisons que ce dernier n’a pas pu s’empêcher, pour le plus grand plaisir de nos oreilles, de venir partager la scène avec son pote Mo, les deux hommes ayant collaboré par le passé sur l’album « Memphis » de JJ. Et c’est ainsi que l’harmonica de Jean-Jacques est venu une fois de plus embellir ce qui était déjà une fort belle soirée. Soirée qui se terminera sur une note assez forte, la reprise de « Dock on the Bay » d’Otis Redding, avec le public qui sifflera à l’unisson (sauf votre serviteur incapable de siffler). Ce fut, mes amis, une bien belle soirée. Et comme l’avait prévu Mo, la nuit fut courte et la journée du lundi (Monday blues) d’autant plus pénible. J’ai le blues tient…

samedi 13 octobre 2007

The John Butler Trio, L’Olympia, 10 octobre 2007.


Il a fait du chemin John Butler, depuis ses débuts comme musicien dans les rues de Fremantle, Western Australia. Et aujourd’hui, une bonne dizaine d’années plus tard, il a fondé son trio, sorti quatre albums studio et maintenant le voila en tête d’affiche à l’Olympia pour trois soirées sold out. Vous avez déjà vu un homme heureux ? Moi oui et il s’appelle John Butler. Tout dans sa musique respire le bonheur et la joie de vivre. L’artiste sait trop d’où il vient, la rue rappelons-le, pour ne pas apprécier aujourd’hui son statut de musicien vivant de son art. Et son trio, Michael Barker à la batterie et Shannon Birchall à la basse, n’a jamais été aussi soudé. Ils sont au taquet dans leur trip. Compact et serré. Leur métissage folk/reggae/blues avec un soupçon de jazz a fait un triomphe mercredi soir dernier. Les trois hommes sont tous virtuose. Et ils ont envie de jouer. Vous auriez du vivre ce « Peaches & Cream » repris en cappella et en chœur par la foule pendant dix bonnes minutes. Un truc à vous donner des frissons le long de la colonne vertébrale. Vous auriez du les voir jammer avec l’aide de Nicky Bomba, guitariste et batteur et beau-frère de Butler, « funky tonight » n’a jamais aussi bien porté son nom. Et ce « gov did nothing » dédié aux victimes de Katrina et terminé par un exercice collectif de percussions. Autre moment fort, l’instrumental « Valley » une prière « peace & love & unity ». Et l’ovation qui a suivi au bout de ce marathon de plus de deux heures et demi de concert. Un grand merci à John Butler pour son humanité, sa générosité. En fait vous auriez du être là tout simplement…

mardi 9 octobre 2007

THE LAST SHOW de Robert Altman


Le film commence, tel un roman noir, par une nuit pluvieuse à Saint Paul, bled perdu du Minnesota. C’est ce soir, la dernière de « Prairie home Companion », un show radio à l’ancienne mélangeant chansons et comédie, diffusé en direct devant public depuis un vieux théâtre local voué à une destruction prochaine et qui sera bientôt remplacé par un parking. Le film n’a pas vraiment de scénario à proprement parler et dure le temps de ladite émission. Le montage alterne les scènes backstage et les numéros sur scène. Les musiques sont jouées live, les comédiens poussent vraiment la chansonnette, notons à ce propos la très belle voix de la comédienne Jearlyn Steele. Les acteurs jouent même en direct les monologues de publicités imaginaires. « Prairie home companion » est un authentique show radio (qui a ma connaissance existe toujours aux USA) animé par Garrison KEILLOR qui joue son propre rôle à l’écran. Le film est aussi l’occasion d’une formidable plongée aux sources de la musique américaine de la country à la soul. Et la mort, sous les traits de l’actrice Virginia Madsen, plane au dessus du métrage, celle imaginaire de l’émission de radio relatée dans le film, et celle bien réelle du réalisateur Robert Altman décédé avant même la sortie française de ce formidable film, au titre hélas prémonitoire, et qui sera bientôt l’un de vos préférés.
Pour voir la bande annonce cliquez ici.

lundi 8 octobre 2007

Joe Barr + Joanna Connor, Live at Kingston Mines, Chicago, 2 Octobre 2007.

Situé dans le quartier de Lakeview, ou je réside ces jours-ci, le Kingston Mines, baptisé en hommage à une ville de l’Illinois, est une institution du Blues de Chicago qui a ouvert en 1972. La programmation blues de Chicago fonctionne en circuit fermé. Les bluesman sortent peu de la ville où ils ont chacun leurs résidences dans les nombreux clubs de la ville. Parfois ils arrivent jusqu’à nous par le biais des festivals d’été. Autant dire qu’ils sont plutôt underground.

Le Kingston Mines c’est un peu deux clubs en un seul. Il y a deux salles distinctes, séparées par un bar qui court dans le sens de la longueur. Chaque salle présente peu ou prou le même décor boisé du juke joint du vieux sud. L’assistance est plutôt clairsemée, après tout on est un mardi soir, en pleine semaine, et plutôt composée de touristes, oui mais qui s’intéressent à la chose bleue, venus principalement du Canada, d’Angleterre et d’autres Etats des Etats-Unis d’Amérique. Pourtant il ne s’agit pas de se tromper, le Kingston Mines a du cachet, de l’authenticité et on est loin de Disney. Les concerts ne commençant qu’à 21h30, je patiente en sirotant une bière et en jouant sur des jeux vidéos aussi vintage, pacman et space invaders, que l’endroit lui-même. Je constate avec dépit que les années ont fait leur œuvre et que je ne suis plus aussi diligent que par le passé…

Bref sur ces entrefaites, un sacré personnage fait son entrée en scène sous la forme du MC venu présenter le premier groupe Joe Barr and the Soul Purpose. Ce mec donne l’impression d’avoir vécu toute sa vie dans ce genre d’endroit, la casquette kangol visée sur le crâne il explique la législation anti-tabac en vigueur tout en fumant tranquillement sa clope. Sa voix graveleuse trahit les années, les mégots et les fonds de bouteilles, sur qu’il en aurait de belles à raconter…

Puis la musique commence et on se sent immédiatement à l’aise. Joe Barr et son quartet commencent leur set, composé à 90 % de matériel original à l’exception de la reprise du classique « Cheaper to keep her ». La musique est pleine de feeling, en particulier le clavier et Joe a un organe « soulful ». Il ne tarde d’ailleurs pas à en faire la preuve allant se balader parmi le public pour aller chanter la sérénade à toute l’assistance féminine présente ce soir là. Après une heure de bon soul/blues, l’assistance est invitée à passer dans la salle d’à côté ou nous attend le Joanna Connor Band.

Cette dernière et son quartet, deux guitares, basse et batterie évolue dans un registre nettement plus rock, plus électrique, proche de Led Zeppelin ou de l’AC/DC des débuts qui n’oublie cependant pas les classiques de la soul comme le prouvera la reprise de Sex Machine (James Brown) sur la fin du set. Evidemment ça change, y compris parmi le public beaucoup plus dansant que dans la chambre d’à côté. Comme l’avait prédit le fameux MC c’est du blues with attitude, la nénette en a dans le pantalon. Après une heure de show tout le monde finira en nage sous les vivats de la foule et on passe d’une salle à l’autre jusqu’à quatre heures du matin…
http://joannaconnorband.com/
Contact Joe Barr : joebar1952@yahoo.com

lundi 24 septembre 2007

Gossip : Standing in the way of control


Il est de ces disques qui en trente secondes vous redonnent une fois inébranlable dans le rock n’roll et son avenir. Ainsi est le nouvel des américains de Gossip, trio qui ne s’embarrasse pas de fioritures. Le membre le plus marquant du groupe est certainement sa chanteuse, Beth Ditto, 1 mètre 60 et une centaine de kilos, partie en guerre contre les préjugés et l’industrie de la mode qui en imposant ses canons réduit, selon elle, les femmes à l’état de poupées barbies. Beth Ditto, lesbienne revendiquée, est également une chanteuse dotée d’une voix exceptionnelle, fabuleuse. C’est un véritable appel à la liberté qu’elle nous lance. Le groupe doit également une fière chandelle à sa batteuse Hannah qui à elle seule a complètement transfiguré le groupe. En appliquant ses tempos disco, Hannah a transformé Gossip en une formidable machine à danser. Une boule disco en feu, qui fait les délices des remixeurs électro (mais hélas pas forcément ceux de mes oreilles) de par le monde. Enfin, last but not least, dernier membre du groupe, Brace, Nathan de son vrai nom, qui joue tantôt de la guitare, tantôt de la basse. Musicalement l’album se place dans une étrange mouvance entre rock garage et disco. La guitare (ou la basse) ultra efficace se greffe sur des tempos implacables. Et puis il y a cette voix, digne d’une diva blues/soul. Ils ont beau avoir déménagés à Olympia (banlieue de Portland dans le nord-ouest des Etats-Unis) et détester leur patelin natal du vieux sud (Searcy, dans l’Arkansas) ils en ont gardé quelques bonnes choses. Notamment ce blues, cette soul, si souvent entendue sur les radios locales de leur enfance. C’est même probablement là que « Standing in the way of Control » séduit le plus. Au-delà de la puissance sonore brute, c’est lorsqu’ils baissent les watts, sur « Coal to Diamonds » et « Dark Lines » par exemple, que Gossip touche droit au cœur. Et c’est là que se niche l’avenir de Gossip.

http://www.gossipyouth.co.uk/
www.myspace.com/gossipband

dimanche 23 septembre 2007

Ben Harper & The Innocent Criminals : Lifeline.


En dépit de ses défauts récurrents, son côté variété / rock FM, Ben Harper reste un des personnages les plus attachants du paysage musical. « Le retour à la source de la Soul » clame le sticker sur le CD. Bof, pour moi son album correspondant le mieux à ladite définition serait plutôt celui avec les Blind Boys of Alabama (par ailleurs excellent). « Lifeline », donc a tout du concept album. A la fin de sa tournée précédente, en novembre 2006, Ben et son groupe ont fait une pause à Paris, au studio Gang, pour enregistrer un nouvel album. Tout le boulot a été fait à l’ancienne, pas d’ordinateur, de pro-tools, juste des musiciens qui s’esquintent les mains. Et ça fait du bien d’entendre un tel disque. Les sonorités sont très « roots », guitares acoustiques, piano, percussions, piano électrique. Franchement mais si il n’y a rien d’extraordinaire là-dedans, c’est bien fait, inspiré, calme et agréable. Mention spéciale aux titres « Fight outta you » et au gospel «say you will ». L’album est accompagné d’un livret de photos en couleurs documentant l’enregistrement et d’un DVD live. Enfin saluons l’excellente initiative, l’ensemble a été imprimé sur du papier 100 % recyclé. Voilà et maintenant Ben, il faut reprendre la route, ainsi va la vie…

samedi 22 septembre 2007

Make Some Noise : The Campaign to save Darfur


Il n’est jamais évident de chroniquer un disque caritatif. L’importance de l’enjeu peut aisément faire passer l’intérêt artistique de la chose au second plan. Pourtant, il est nécessaire de le faire, puisqu’il existe toujours la possibilité d’envoyer un chèque afin de soutenir la cause de son choix.

« Make some noise » a pour but de réunir des fonds à destination de la population du Darfour, victime, au Soudan, de la répression des Janjawids, la situation au Darfour est brièvement expliquée dans le livret. Le tout se présente sous la forme d’un double album en forme de tribute au grand John Lennon.

Passons maintenant aux sujets qui fâchent un peu plus. Sans animosité aucune, on pouvait sans problème se passer de Christina Aguilera, Avril Lavigne, Tokio Hotel, Duran Duran et autres a-ha de funeste mémoire. Trois versions différentes d’ « Instant Karma » (aucune n’arrive à la hauteur de l’originale), deux de « #9 Dream », « gimme some truth » et « Imagine » : il semble que les artistes ici connaissent bien mal le répertoire de John Lennon, tout ça manque singulièrement d’originalité. Soyons honnête même si le disque est vendu à un prix raisonnable (moins de 15 euros), une bonne moitié du tracklisting n’a aucun intérêt. Seulement voilà il y a le reste. Le grand gagnant de l’affaire est, à mon avis, une fois de plus les Cure qui réinvente « Love » en le traînant dans un bourbier de guitares, directement issu du dernier opus du groupe. Le tout est marqué par une performance exceptionnelle du batteur Jason Cooper. Dans un registre plus soul, Corinne Bailey Rae fait des merveilles avec son joli timbre de voix dans une version dépouillée d’ « I’m losing you » enregistrée live avec pour seul accompagnement un fender rhodes. Lenny Kravitz livre quant à lui une version soul de « Cold Turkey » avec sa voix lancinante. Jakob Dylan et Dhani Harrison (deux célèbres fils de…) reprennent « Gimme some truth » où Dhani réussi la prouesse de recréer le son de guitare de son paternel. Ben Harper livre un « Beautiful Boy » à l’acoustique impeccable tout comme Jack Johnson, l’ancien champion du monde de surf, seul avec ses arpèges de guitare folk habités sur « Imagine ». Green Day n’a jamais été aussi bon que sur cette version de « Working class hero ». Quant à U2 sa relecture pop/reggae d’Instant Karma a le mérite d’être originale à défaut d’être vraiment convaincante.

Comme vous pouvez le constater, il y a vraiment à boire et à manger dans ce disque. Avec en plus la satisfaction de faire une bonne action. A vous de juger…

www.amnesty.org/noise

vendredi 21 septembre 2007

Richard Hawley : Lady’s Bridge.


Le monde de la musique regorge de ces héros anonymes, smicards de la six cordes, qui, anonymement, jouent peut-être sur quelques uns de vos disques préférés. On appelle cela des musiciens de studios. Vous venez de lire, peut-être sans le savoir, l’histoire de Richard Hawley. Ce dernier a passé une bonne partie des années 1990 au sein du groupe Pulp, où il officiait comme guitariste. Et personne ne l’a remarqué. Je ne sais pas qui l’a un jour persuadé qu’il avait une belle voix et qu’il devrait chanter. J’ignore qui est ce bienfaiteur mystérieux, mais une chose est certaine, mes oreilles lui en seront éternellement reconnaissantes. Et c’est donc en 2001, à l’age de 34 ans, que Richard Hawley, originaire de Sheffield dans le nord de l’Angleterre, a commencé à faire de la musique pour lui et non au service de la rock star de passage, en chantant ses propres chansons. « Lady’s Bridge » est son cinquième album. Enfin quatrième et demi, puisque son premier opus éponyme ne contenait que sept morceaux. Musicalement Richard, le crooner, navigue toujours plus ou moins dans les mêmes eaux, entre Elvis et Sinatra ; sauf que lui n’a pas décroché la timbale emportée par Chris Isaak. La grande réussite du disque est à mon sens la pièce « Roll river roll » et son solo de piano jazzy. Autre titre majeur du disque « Dark road » plus country. Sinon l’album se tient et est tout indiqué pour une écoute solitaire et nocturne lorsque la ville dort…

http://www.richardhawley.co.uk/

mercredi 19 septembre 2007

The Bishops, la Cigale, 18 septembre 2007.


J’ai un petit peu les boules ce soir, par ce que je suis arrivé en retard au concert des Bishops et que j’ai raté le début. Je le dis souvent, mais les concerts à 19 heures en semaine, c’est un peu tôt. D’autant qu’on a eu la mauvaise idée de les faire passer en premier. C’est donc devant une salle au trois quart vide qu’ils ont commencé leur set. Et la classe furieuse des Bishops mérite bien plus, bien mieux que ça. Le trio a pris la scène comme on monte sur un ring : d’assaut. Bien décidé à en découdre avec ce public qui ne les connaît pas encore. Mike, le guitariste, se donne beaucoup de mal, harangue le public, l’exhorte à se bouger, secouant les bras en l’air, hurlant à gorge déployée. Il fait monter la sauce, réclame des encouragements, des applaudissements. Joue au plus près du public et manque d’assommer la moitié du premier rang à grands coups de manche de guitare. C’est un étrange tableau peint par les Bishops. Les deux jumeaux, Mike (guitare) et Pete (basse) sont côte à côte au bord de la scène. Habillés à l’identique, chemises blanches, costumes et cravates noires. Même coupe de cheveux bol tendance sixties/Beatles. Ils chantent en choeur, bougent à l’unisson. Ils sont l’air très jeunes, un peu comme des gamins en fugue. On se croirait chez David Lynch ou dans « Freaks » de Todd Browning…

Le concert fut à l’image de l’album court, intense, carré et précis. On tranche dans le vif, droit au but, à l’essentiel. Une bonne moitié de l’assistance ignorait tout des Bishops en pénétrant dans la Cigale en ce 18 septembre 2007. Une chose est sûre, ils ne sont pas près de les oublier.

lundi 17 septembre 2007

La rentrée de Pamela Hute.


Pamela Hute et son power trio, que je suis régulièrement depuis le début de ce blog, sont de grands espoirs de la scène rock hexagonale. Si vous ne les connaissez pas encore, je ne peux que vous conseillez de faire un petit tour sur leur site et écouter les chansons sur leur myspace. Pamela a accepté de répondre à quelques questions pour faire le point en cette rentrée sur l'évolution de son groupe et de sa musique. Il s'agit de la première interview de ce blog !

1) Tu étais en studio cet été, est-ce que tu peux nous en parler ?

Pamela Hute : En effet, nous avons enregistré 3 titres en août en un week end de travail avec notre nouvel ingé son. Ce fut nos premiers enregistrements en trio. Une vraie réussite. Nous avons pris le temps de travailler les sons, passé du temps à positionner les micros pour avoir des prises qui nous convenaient parfaitement; enfin bref, rien n'a été laissé au hasard. Ce fut une expérience de studio idéale et très fructueuse.Nous sommes en train de mixer les titres et je pense qu'il seront écoutables et disponibles début 2008.

2) As-tu joué de la basse pendant cette session ?

PH : Non. Depuis que nous nous sommes séparés de notre bassiste, c'est Igor qui travaille les sons de basse et assure les lignes aux synthés, en live et en studio.Je me suis concentrée sur les prises de guitare, les sons, et la voix. Le chant a pris une place différente aussi depuis que nous sommes trois. Tout s'est re-equilibré.

3) Un nouveau disque est-il prévu ?

PH : Nous ne sommes pas pressés de sortir un album. Le premier album est une étape tellement importante...il ne s'agit pas de se tromper, on doit assumer à 100% un premier album, en être fier, défendre à fond son univers. On a encore du travail. Nous allons cependant sortir un single début 2008 et choisir 2 titres des 3 enregistrés cet été.

4) Comment se passe ta nouvelle vie en power trio ?

PH : C'est vraiment le jour et la nuit. En terme de création, d'énergie....Nous nous sommes vraiment remis en question avec ce changement de line up, les titres ont été repensés, les structures, les sons, l'orientation, le travail scénique, l'équilibre musical...C'est passionnant, et franchement je me sens vraiment entourée par deux acolytes au service des chansons, de l'univers. Il y a vraiment une cohésion de groupe; je ne savais pas vraiment ce que c'était !

5) Comment juges-tu l'influence sur votre son de la nouvelle formule power trio ?

PH : Je vais me répéter mais c'est vraiment très bénéfique. Le power trio nous permet d'aller à l'essentiel et cela correspond bien à l'idée que je me fais du rock et du song writting. Parfois il faut alléger, et en vérité tout doit être réarrangé. J'aime ce travail, l'idée de ne jamais en finir avec une chanson. A trois tout prend une nouvelle ampleur, une nouvelle direction. Paradoxalement c'est plus épais, plus brut et limpide.

6) Quand aura-t-on la chance de te revoir en concert ?

PH : Nous jouerons à Paris chez Maxim's le 28 septembre, le 8 octobre à l'Affiche, une nouvelle salle parisienne à Oberkampf. Puis nous allons faire quelques dates à Lyon, dont une au fameux Ninkasi Kafé, puis au Club Le Citron.Il faut suivre tout cela sur notre myspace et sur notre tout nouveau site http://www.pamelahute.com/Tous les concerts à venir sont et seront mis à jour régulièrement.

Un grand merci à Pam pour sa disponibilité.

Propos recueillis par email le 17 septembre 2007.

LA LECON DE PIANO

Mercredi dernier, j’ai du remplacer une collègue absente. Ce qui m’a amené à changer de bureau. Malgré des conditions de travail pas toujours évidentes, le téléphone qui n’arrête pas de sonner et de nombreux dossiers à traiter, j’apprécie d’avoir une grande fenêtre avec la lumière du jour que je me suis empressé d’ouvrir. J’étais alors entre deux messages envoyés sur le blackberry du boss, absent, lorsque quelques notes de musiques se sont fait entendre. C’est ainsi que j’ai découvert que dans le même immeuble que le mien, de l’autre côté de la cour intérieure, vivait un(e ?) professeur de piano. Qui était présentement en pleine leçon. Ces quelques notes de musique ont agréablement agrémentées ma journée. Certes ce n’était ni du rock, ni aucune des musiques dont je parle ici régulièrement, et les élèves faisant parfois des fausses notes, mais voilà une pause bienvenue dans le flot incessant d’une journée de travail. Je me rends compte à quel point les journées de boulot sont tristes et mornes d’un point de vue auditif. Rythmée par la sonnerie du téléphone et les musiques d’attente… Je me suis pris à rêvasser transporté par ce piano sorti de nulle part. Et d’attendre avec (presque) impatiente mercredi prochain et le nouveau remplacement de ma collègue au 4/5ème.

dimanche 16 septembre 2007

Control d’Anton Corbijn




Les amateurs de rock le savent, le photographe/vidéaste néerlandais Anton Corbijn est un important acteur (après les musiciens) du monde de la musique de ces vingt dernières années. Une grande partie du gratin est passé devant son objectif : U2, Depeche Mode (il a également réalisé deux de leurs concerts sortis en DVD), REM, Nirvana, Tom Waits et, notre sujet du jour, la Joy Division (le cliché ornant la couverture du CD « Peel Sessions » est de lui). Il était donc presque naturel pour Corbijn de réaliser le film qui leur est aujourd’hui consacré. Naturel mais pas forcément gagné d’avance puisque il s’agit du premier film d’Anton. D’emblée il impose des choix esthétiques audacieux pour un biopic rock, genre qui fait florès par les temps qui courent. A l’instar de ses photos, le métrage est filmé dans un noir et blanc somptueux. Ensuite, réduire Control à un film rock est réducteur. La joy division n’est presque qu’un prétexte, en dehors du personnage principal, le chanteur Ian Curtis (interprété par Sam Riley) c’est à peine si on voit les trois autres membres du groupe (le bassiste Peter Hook, le guitariste Bernard Sumner et le batteur Stephen Morris). Le film décrit le rêve puis la chute brutale d’un jeune homme (Ian Curtis est mort à 23 ans en 1980). Pourtant, les amateurs de rock à tendance new-wave en auront pour leur compte. Corbijn a insisté pour que les acteurs apprennent leurs instruments et jouent « pour de vrai » devant les caméras lors des scènes de concerts. Quant à Sam Riley il s’en sort avec les honneurs, retrouvant la voix et intonations, pourtant uniques, de Ian Curtis. A un tel point qu’il est regrettable que la bande originale du film ne soit pas sortie. Précisons que Riley a chanté dans un groupe de rock avant de se tourner vers le théâtre, même s’il avoue avoir tout appris de la joy division à l’occasion du tournage (tant mieux pour lui). Cet immense groupe a donc eu le film qu’il méritait. « Control » n’est pas qu’un biopic rock de plus, mais un drame intimiste porté par un réalisateur ayant une connaissance intime de son sujet.



Pour voir la bande annonce cliquez ici.

dimanche 9 septembre 2007

The Coral : Roots & Echoes




Ecouter le cinquième, et dernier en date, opus des anglais de The Coral c’est prendre un express direct vers les 60s, retour vers le futur ou quelque chose du genre. Le nouvel album du sextet part au taquet avec « Who’s gonna find me » et un riff de guitare tourbillonnant. L’album donne la part belle aux guitares acoustiques (« Jacqueline », « Fireflies ») avec des arrangements de claviers plutôt psychédéliques. « Jacqueline » est romantique tout plein. Entre autres réussites du disque est « fireflies » relaxante et dépaysante avec sa rythmique de guitare folk et l’électrique estampillée surf-music. « In the Rain » est plus engageante. L’avantage avec The Coral, c’est qu’ils progressent d’albums en albums. Et donc le dernier est le meilleur en date. Et la pochette est aussi l’une des plus réussies vu cette année. Il ne reste donc qu’a convaincre ces jeunes gens qu’un tunnel a été creusé sous la Manche, histoire de les persuader de passer en tournée par chez nous.

http://www.thecoral.co.uk/

vendredi 7 septembre 2007

REMEMBER WARREN ZEVON (1947-2003)


C’est aujourd’hui, le 7 septembre, le quatrième anniversaire de la mort du chanteur, auteur, compositeur Warren Zevon. Le premier album de Warren, « Wanted dead or alive », sort en 1970. A l’époque, Zevon le natif de Chicago, essaye de percer sur la scène folk californienne armé de sa guitare acoustique et de son harmonica. Il serait faux de dire que « Wanted dead or alive » est un chef d’œuvre oublié des 70’s. C’est un album honnête de folk-rock tel qu’on le jouait à cette époque. Sans génie mais sans fausses notes non plus. Le genre de disque qui tombe aux oubliettes. Et c’est d’ailleurs ce qui a failli bien arriver à Zevon qui n’a plus rien enregistré les six années suivantes. Son deuxième disque éponyme sort en 1976. Et là le changement est radical. Zevon est dans l’intervalle passé au piano qui est devenu son instrument principal. Produit par Jackson Browne, Zevon s’installe dans une veine pop/rock FM, plutôt agréable teintée d'influences country, servie avec des paroles assez caustiques. Puis vient le troisième album en 1978, « Excitable boy » toujours produit par Jackson Browne en tandem avec Waddy Watchel. Cette époque est celle des premiers tubes : « Werewolfs of London »… Puis viendra le trou noir des 80’s où Zevon, à l’instar de nombre de ses contemporains, faillira corps et âme. Son album « Transverse City » est inécoutable, plombé par des synthés et des batteries beaucoup trop lourdes et terriblement datées. Zevon tente de se relancer en jouant son propre rôle dans un épisode de la populaire (à l’époque) sitcom « Dream On ». Puis c’est le drame, à la fin du mois d’août 2002 Warren apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon en phase terminale et inopérable. Zevon et son sens de l’humour très personnel sort pour l’occasion un best of sobrement intitulée « Genius » avec un crâne en train de fumer une cigarette sur la pochette…

« The Wind » est l’ultime album de Warren Zevon. C’est malheureux mais c’est également son meilleur depuis des lustres. Enregistré avec l’aide de ses potes Tom Petty, Dwight Yoakam, Bruce Springsteen et Jackson Browne, le disque distille un excellent rock assez roots, porté tout du long par un Warren Zevon qui jette ses dernières forces dans la bataille. L’album se termine avec un très émouvant « keep me in your heart » et là, il faut avoir le cœur fait en pierre pour ne pas sentir l’émotion vous prendre à la gorge. L’album sort le 26 août 2003. Le 7 septembre de la même année, Warren Zevon décède dans une chambre d’hôpital à Los Angeles emporté par la maladie en un peu plus d’une année.