jeudi 24 novembre 2022

Amythyst Kiah, Point Ephémère, 22 novembre 2022

 

Seule sur scène et avec en tout et pour tout trois instruments, une guitare électrique, un banjo et une guitare acoustique, Amythyst Kiah a fait une démonstration de grande classe sur la scène du Point Ephémère. Nous retiendrons d’elle tout d’abord son charisme, sa présence envahit l’espace, sa voix puissante résonne et remue les émotions. Son jeu empreint de feeling extirpe du blues partout et même là où on ne l’attends pas (cf. la reprise de « Love will tear us apart » de Joy Division, si, si…) Et c’est bien là que réside la grande découverte de ce concert, si, sur disque, l’artiste n’hésite pas à partir dans une direction néo-soul tout à fait contemporaine, le rendu sur scène reste brut et traditionnel, une voix et une guitare. Outre ses propres compositions, Amythyst Kiah revisite aussi ses influences, suivant un sceptre assez large allant de la pop (« Sugar » de Tori Amos) au traditionnel « Trouble so hard » (Vera Hall, 1937) popularisée par Moby sous le titre de « Natural Blues ». Quelque soit le contexte, le contraste entre la puissance de sa voix et la délicatesse de son jeu emporte l’adhésion. Grand moment !

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dimanche 13 novembre 2022

Marie Pierre, Walrus, 12 novembre 2022.


La silhouette toute de noire vêtue de la chanteuse s’avance sur la scène, accompagnée de son acolyte Alexandre Delmas, chapeau et vêtements noirs également. Alors que les premières nappes sonores s’échappent des claviers, nous sommes immédiatement happés. Marie Pierre sur scène c’est une expérience cérémonieuse, presque hiératique, c’est surfer sur une vague douce, par laquelle il convient de se laisser emporter. La musique de Marie Pierre célèbre la nature : bruits de vagues, chants d’oiseaux et le bruit du vent s’amalgament aux nappes envoûtantes et à la poésie déclamée par la chanteuse entre deux impressionnantes vocalises. La musique est mouvante, voyage, des chants enregistrés dans une église de Riga (Lettonie) et un harmonium indien sont également utilisés. L’ensemble transporte l’auditeur dans un ailleurs imaginaire et fantasmé, inconnu, dans un entre-deux entre vol plané et flottaison. Il nous faut un certain temps pour redescendre… Le set se termine dans un silence impressionnant, l’audience, comme figée sur place, n’ose bouger le petit doigt, de peur de casser la magie du moment. C’est impressionnant.

samedi 12 novembre 2022

Touch of Groove + Lux The Band, La Dame de Canton, 11 novembre 2022.



Prenons le fleuve en ce jour férié dans le cadre exotique et suranné de la Dame de Canton, une jonque chinoise posée sur la Seine, où nous attendent deux formations aux aspirations complémentaires.

On commence par Lux The Band (anciennement Lux), présent ce soir en version acoustique, Angela au chant et Sylvain à la guitare acoustique pour un court set d’une petite demi-heure en prévision de la sortie du nouvel album prévue pour le 9 décembre prochain. Le contexte acoustique sied particulièrement bien à la chanteuse dont la voix épouse à la perfection les contours virtuoses de la guitare et le montre tout en mouvements gracieux sans en faire trop non plus. Un beau voyage en musiques, folk et rock, entre Paris et New York City (la ville d’où est originaire Angela). Car même sans amplification, Sylvain attaque ses cordes et se révèle un maître du solo acoustique.

On change de registre avec Touch of Groove qui, comme le veut la tradition, commence son set avec deux instrumentaux, histoire de faire monter l’ambiance, avant l’arrivée en grandes pompes de la chanteuse Letty M. Nous nous sommes déjà énamourés de sa voix, qui, en live, prend encore une autre ampleur. Lorsque les instruments se mettent en sourdine, comme ce fut le cas au tout début du set, sa voix brille de mille feux, avec une ferveur proche du gospel, quelle claque ! Avec un enthousiasme débordant qui fait plaisir à voir (mention spécial à Sylvain surexcité derrière son clavier) et d’énormes sourires barrant leurs visages les musiciens (Paco à la guitare, Pascal à la basse, Olivier à la batterie) pratiquent une soul/rhythm’n’blues de grande classe. Justesse des interventions, soli pleins de feeling sans démonstration superfétatoire, outre l’intégralité de l’album le concert est ponctué de nombreuses reprises/hommages à Aretha Franklin ou Etta James. Bien plus en avant qu’à l’époque du Blues Power Band, le guitariste Paco fait montre d’une virtuosité discrète, juste et sans ostentation. L’enthousiasme du groupe a vite fait de gagner le public transformant le lieu en piste de danse bon enfant. Le groupe a du mal à quitter la scène, nous aussi !

jeudi 10 novembre 2022

Meskerem Mees : « Caesar »

 


A peine un an après la sortie de son premier album, qui, déjà, nous avait mis à genoux, la jeune Belge est de retour avec ce nouvel EP, assez copieux, de 8 titres. Et force est de constater que la magie fonctionne encore, et ce dès le premier titre, « The City », qui s’enlumine d’une patine vintage (c’est assez nouveau pour elle) plus vraie que nature et qui d’emblée transporte l’auditeur dans une machine temporelle fantasmée. Ayant plus d’un tour dans la caisse de résonance de sa guitare, l’artiste ne se contente pas de jouer cette carte nostalgique mais se concentre sur l’écriture de petites perles où folk, soul, blues et pop s’amalgament dans un ensemble débordant de charme auquel le violon apporte une légère note nostalgique. Le style convient à merveille à son grain de voix mélodique. Une guitare, une voix, tout à l’air tellement simple et évident à l’écouter… Avec simplicité, l’artiste a trouvé son chemin personnel et l’exprime avec émotion dans cet EP intemporel. Dans un monde parfait, Meskerem Mees est faîte pour durer.

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mercredi 9 novembre 2022

Touch of Groove

 


Cette toute nouvelle formation permet de retrouver quelques figures connues telles que le guitariste Pascal « Paco » Guegan (Blues Power Band, Paco Duke) ou le clavier Sylvain Lansardière (Elise & The Sugarsweets) qui entourent la nouvelle venue Letty M, une chanteuse qui jusqu’à présent s’était illustrée loin de chez nous, en Australie ou en Géorgie. Sans vouloir diminuer l’apport des uns ou des autres, cette dernière est la grande révélation du disque ! Impossible de ne pas tomber en amour avec ce grain, ouaté, ourlé et terriblement sexy, avant même la fin de la première piste de l’album ! Cette voix sublime, la chanteuse réussit a en extraire des émotions infinies à donner des frissons. Lui donner un écrin à la hauteur était loin d’être évident. Paco et Sylvain ont opté pour une soul grand teint, digne des classiques où la guitare et l’orgue Hammond s’entremêlent avec bonheur dans un scoubidou groove, qui n’a rien à envier à la scène étasunienne, mettant en valeur les capacités acrobatiques de la chanteuse à l’aise sur tous les tempos (l’enlevée « This summer 21 » ou la tendre « People of the damned »). Enfin, si le groupe s’inspire des années 1960 et 1970, ce dernier garde les yeux ouverts sur les problématiques actuelles telles que la pandémie et autres confinements (« Breathe », « This summer 21 ») ou les enjeux climatiques (« The very last snowflakes »). Un disque de grande classe donc mais aussi un baume musical aussi bon pour les oreilles que le cœur.

En concert le 11/11 (La dame de Canton)

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dimanche 6 novembre 2022

Beechwood : « Sleep without dreaming »

 


Que reste-t-il de New York aujourd’hui ? Ne serait-ce que pour le Velvet Underground et la scène folk de Greenwich Village, dont la figure la plus connue reste Bob Dylan, New York City a toujours représenté quelque chose de spécial pour tout amateur de rock’n’roll. Patti Smith, Garland Jeffreys, Elliott Murphy, Jesse Malin, Sonic Youth, les New York Dolls, Ramones, Television et même Kiss voire Interpol, le casting laisse rêveur et a installé une solide culture rock dans la Grosse Pomme, aujourd’hui réduite à néant. Même le CBGB a fermé ses portes ! Dans ce marasme, un seul groupe a fait son apparition ces dernières années, le quatuor Beechwood dont le quatrième effort est sorti un peu plus tôt cette année. Beechwood excelle dans un genre de chansons courtes et ultra efficaces (avec 12 titres ce nouvel album est plutôt du genre copieux) entre punk et glam dominé par une guitare agressive, où le chanteur Gordon Lawrence, à l’unisson, s’arrache les cordes vocales (« Carved Arm » ; « Friendly Fire »). Et pourtant il y a bien plus de musique en eux, « She broke me » les trouvent particulièrement à l’aise dans un genre de psychédélisme barré et bruitiste (new-yorkais en résumé) parfois mâtiné de folk envoûtant (« Gently towards the light »). Conscients de leur statut, les musiciens se posent en gardiens de la chose rock, qui les voit régulièrement reprendre sur scène les classiques signés Kinks ou Beatles (« Rain » dans le cas présent, qu’ils passent à la moulinette électrique). Un album d’excellente facture signé d’un groupe attachant.

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samedi 5 novembre 2022

Tedeschi Trucks Band : « I am the moon I. Crescent »

 


A bien des égards, la musicalité du Tedeschi Trucks Band est imprégnée des années 1970. Une chose relativement commune de nos jours où les doigts des deux mains ne suffiraient pas à compter le nombre de formations nostalgiques. A ceci près que chez le couple Susan Tedeschi / Derek Trucks, la démarche semble plus profonde et loin de se résumer à une posture et à une collection d’instruments et de fringues vintages. Non, Tedeschi Trucks Band est un groupe comme il n’en existe plus que dans nos souvenirs. Une formation XXL, douze musiciens, une incongruité égale à celle de l’époque où Joe Cocker, Leon Russell ou Eric Clapton réunissaient une bande de musiciens cintrés pour accoucher de chef d’œuvres qui ont écrit la légende des années 1970. La comparaison avec Clapton est d’autant plus pertinente que ce nouvel effort prend sa source dans le poème perse « Layla et Majnûn », le même que celui qui a inspiré l’opus magnum « Layla and assorted love songs » de Derek and The Dominos. D’ailleurs peut on encore parler d’album tant la démarche du groupe assomme par son gigantisme : un coffret de 4 cds, dont voici le premier volume. Qui d’autre peut se targuer de tenir cette distance sans lasser, de proposer un cocktail de musiques, ancrées dans l’americana, qui du rock à la soul, du blues au psychédélisme, du folk à la country en passant par le jazz, propose une diversité d’ambiances pour aboutir à un résultat d’un rare cohérence finale. Une qualité d’écriture rare magnifiée par une virtuosité, sans esbroufe et dénuée d’ambages, tout à l’air si simple, coulé et naturel à l’écoute. Sans aucun doute, le signe des très grands !

En concert les 12 et 13/11 (Le Trianon) et le 15/11 (Bataclan).

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mardi 1 novembre 2022

JE T’AIME : « Passive / Aggressive »

 



Le trio parisien a été particulièrement ambitieux, présentant son nouvel album en deux temps. Le premier disque, « Passive » est sorti le 14 février dernier, jour de la Saint-Valentin, et le deuxième disque « Aggressive » sort ce 1er novembre, jour de la fête des morts. Amour et mort sont donc intimement liés à ce corpus de vingt chansons. Symboliquement nommé « Je t’aime », le trio fait preuve d’un romantisme à toute épreuve. Mais sa vision est loin du romantisme béat. Tortueuse et parfois violente, la vision de l’amour, mise en musique par le groupe, se révèle plutôt tourmentée. Une vision assez subtile en vérité. Battement implacable d’une boîte à rythme digne des Sisters of Mercy, échos de Robert Smith (The Cure) dans le chant, sons de basse énorme (coucou Simon Gallup!) s’intégrant parfaitement dans le mix de guitares et de synthés : du punk à la cold wave, l’écho des années 1980 sonne partout dans le disque, le trio se révélant le parfait héritier de la mouvance froide et noire de l’époque. Il n’est pourtant nullement question de nostalgie à l’écoute. D’abord parce le groupe sait faire preuve d’audace, intégrant subtilement quelques rythmes reggae/dub à l’occasion (cf. « Unleashed »), ensuite parce que le trio appartient définitivement à notre époque, faisant également sien l’électro clash (cf. « Stupid Songs ») ou le post punk. Symboliquement, c’est avec le son d’un orage enregistré que se clôture « Passive », le premier disque. Signe de la déflagration à venir, le deuxième album « Aggressive » fait honneur à son titre et se révèle à la fois nerveux, tendu et électrique, dopé par l’amertume en parfait complément du premier disque. Une sublime doublette d’albums intemporels.

En concert le 17/12 à La Maroquinerie

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dimanche 30 octobre 2022

Tiki Black : « The sound of the broken wand »

 


Il aura fallu huit années de maturation à la chanteuse avant de donner suite à son premier album. Une période assez longue conclue par un projet particulièrement ambitieux se composant, outre le disque, d’un recueil de poèmes (en anglais). Le tout porte un nom assez mystérieux, le son de la baguette brisée. Le terme « wand » fait probablement référence à la baguette magique du magicien, en cela l’album illustre les thèmes des illusions perdues ou de la résilience face à l’adversité. Un spectre assez large mis en musique, de façon majoritairement acoustique, entre jazz vocal et soupçon de classique perceptible dans les envolées lyriques de la chanteuse. Piano, cordes voluptueuses, une section rythmique, l’accompagnement sobre a le mérite de mettre en valeur la voix expressive de la chanteuse, empreint d’une mélancolie parfaitement soulignée par les cordes. L’album est par ailleurs un ascenseur émotionnel dans lequel l’auditeur est guidé par la voix, souvent douce et délicate, mais aussi ponctué d’éclatant coup de gorge rageurs. Emouvant et bouleversant à la fois.

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jeudi 27 octobre 2022

Barton Hartshorn : « Manchester Sun »

 


Depuis son formidable album « I died of boredom and came back as me », sorti en 2018, c’est avec intérêt et plaisir que l’on suit le parcours de Barton Hartshorn. C’est donc avec une joie non feinte que l’on accueille son nouvel effort ! Une nouvelle étape qui voit Duncan Roberts, son véritable patronyme, retourner sur sa terre natale où le disque a été enregistré quasiment en solo avec l’aide de quelques amis de longue date : David Lewis (Paris Combo), Melissa Cox («également accompagnatrice d’Elliott Murphy) ou Vincent Guibert. Conséquence directe, la tonalité du disque se veut plus acoustique et la guitare folk de Barton se retrouve au centre des débats (« I had other ideas » chante-t-il sur « Semaphore Signal »). Moins produite, la musique du chanteur gagne en profondeur ce qu’elle perd en euphorie électrique. Le contexte dépouillé convient à merveille à la poésie qui anime intrinsèquement la plume du Britannique et le léger voile mélancolique qui recouvre le disque fait ressortir la profondeur de la voix, légèrement éraillée. Le tout y gagne en émotion. Ainsi, l’album possède le charme instantané des choses improvisées, en dehors des sentiers battus, dans un contexte particulièrement émouvant. Une réussite supplémentaire à mettre au crédit du britannique.

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jeudi 20 octobre 2022

Howard : « Event Horizon »

 


Etirant l’horizon des possibles, le trio parisien est de retour avec un deuxième album marqué du sceau de la maturité et de l’évolution. Et c’est, paradoxalement, en période de confinement que le groupe a trouvé sa liberté artistique. En effet, ce nouvel album sonne comme un exutoire à l’angoisse latente et à la liberté de mouvement entravée. Le groupe reste cependant enraciné dans un rock psychédélique à la saturation électrique particulièrement affirmée. Ainsi, il n’est pas étonnant, à l’écoute, de penser aux années 1970. Mais le groupe sait aller au-delà, incorporant un soupçon d’électronique, sous la forme de synthés ou de samples, qui s’amalgament parfaitement au rock saturé parfaitement maîtrisé par le groupe. Mais l’album impressionne par ses coups de sang, lorsque soudainement la musique monte dans les tours et que toutes les digues sautent une à une sous l’effet de l’intensité dégagée par le trio. Une lampée de synthé acide, un break de batterie dévastateur ou une guitare qui plonge dans les aigus, tous les moyens sont bons (et sont souvent utilisés) par le groupe pour provoquer une transe salvatrice. L’écoute du disque s’apparente ainsi à un tour de grand huit, particulièrement corsé, dans lequel le groupe se plaît à nous balader. Vous êtes prévenus !

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mercredi 19 octobre 2022

Kicca : « Call Me Sugar »

 


Comme souvent avec la chanteuse italienne (une ancienne du groupe Intrigo), ce nouvel effort brille par son éclectisme. Mais plutôt qu’une diversité d’ambiances un peu vaine, ce nouveau disque tiendrait plus de la variation au cœur de laquelle se trouve le groove et le swing. Kicca a le regard tourné vers l’autre rive de l’Atlantique et dans une époque bien précise, celle des années 1970, qu’elle réadapte à sa culture européenne et à notre époque. Un véritable festival à elle toute seule en vérité, passant du jazz langoureux (« Say So ») au reggae (« Oscar l’Etourdi ») pour finir un groove disco/funk incendiaire (« Call Me Sugar », « Annette Kellerman ») avec, toujours, cette classe vocale qui la caractérise si bien. Enregistré en 2021, alors que l’on sortait à peine des divers confinements, l’album a des fourmis dans les jambes et nous offre, le temps du titre « 2020 », un véritable pied de nez groovy à cette époque honnie ! Remontée comme une pendule, mue par une énergie communicative, la chanteuse a une forte envie d’en découdre et de faire la fête et le prouve le long de cet album festif et dansant chanté en anglais, français et italien. C’est chaud !

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mardi 18 octobre 2022

Marie Pierre : « Beyond The Apex »




Entre confinements, guerres, pandémies et autres tragédies quotidiennes, au cœur de notre époque troublée, la nouvelle impétrante Marie Pierre, dont c’est le premier album, invente une musique « Au-delà du sommet ». Tout commence par un immense bol d’air et de nombreux sons collectés en extérieur : eau, vent et chant d’oiseaux en constituent le cœur créatif. Une autre couche serait constitué de délicats arpèges de guitares, d’électro ambiant et de chant éthéré (en français ou en anglais) quasiment fantomatique, le tout constituant un court album de sept titres. Mais au-delà de la musique, l’attrait de la chose réside dans son extrême douceur. Rêveur et délicat, évoluant dans un monde parallèle, dégagé des contingences terrestres, l’album est un véritable cocon dans lequel il est bon de se lover. Une bulle de douceur, pourtant motivé par les agressions extérieures, mue par une angoisse générale et latente, totalement exorcisée en sons, chants et mélodies. Un objet rare donc, et forcément précieux, dont la sortie est prévue en numérique et en cassette audio.






dimanche 25 septembre 2022

Superdownhome, Jazz Club Etoile Le Méridien, 24 septembre 2022.

 

Sur la pochette de son nouvel album, intitulé « Blues Pyromaniacs » (chronique à venir), le duo Superdownhome apparaît rigolard, à la bonne humeur communicative. Une impression souriante confirmée en tous points par le groupe italien, sur scène pour fêter la sortie dudit album. Vêtus de costumes aussi élégants qu’improbables, nous retrouvons, côté jardin (à gauche), Henry Sauda, chant et guitare et, côté cour (à droite) le batteur Beppe Facchetti. La bonne surprise réside dans le feeling qui habite la musique du groupe, parfois hélas un peu noyé par les décibels sur disque, surtout lorsque Henry joue acoustique, le lap-steel sur les genoux. Mais le duo rigolard, qui n’hésite pas à faire le show se baladant dans le public, solo endiablé et sourire jusqu’aux oreilles, peut également envoyer les watts, boogie à réveiller les morts, dans un déluge électrique et euphorisant. Soulignons enfin l’incroyable collection de cigar box (guitares à 4 cordes faites à partir de boîtes de cigares) d’Henry, dont une rectangulaire à la Bo Diddley. La soirée fût incandescente, ça tombe bien c’est samedi.

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samedi 24 septembre 2022

Julie Odell : « Autumn Eve »

 


Désormais installée à la Nouvelle-Orléans, Julie Odell s’apprête à dévoiler, le 30 septembre prochain, son premier effort nommé, avec poésie et acuité, soir d’automne. Le disque au titre terriblement évocateur débute avec un orage, ou du moins le son enregistré, comme un lointain souvenir de la tempête Katrina qui a dévasté son état natal, la Louisiane. Ainsi va la musique de Julie Odell, sur ce premier court album (8 titres seulement), faîte de calme et de tempête, de délicats arpèges acoustiques (« Space »), de piano à peine effleurés mais aussi de fulgurantes accélérations électriques. On en revient ainsi à l’orage du début, une tension sous-jacente anime le disque, perceptible dans la lourdeur de certaines rythmiques, comme une menace annonçant imminent l’assaut des guitares. Le chant délicat et mélodique de Julie, qui ne se prive pas du plaisir des vocalises (« Moments Later »), agît en contrepoint de ces dernières, la voix plane ainsi au-dessus des contingences qui agitent sa musique (« Cardinal Feather »). Une proposition musicale assez atypique, pour la Nouvelle-Orléans, le signe d’une personnalité artistique forte qui trace son propre sillon.

En concert le 22 novembre (Café de la danse)

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vendredi 23 septembre 2022

Cash Savage and The Last Drinks + Parlor Snakes à La Maroquinerie le 30 Septembre


 

Jesper Lindell, Le Méridien Jazz Club Etoile, 22 septembre 2022


Santiags aux pieds, chapeau, jeans et chemise à carreaux, lorsque Jesper Lindell débarque sur scène, le musicien dégage un petit quelque chose de roots et, d’un coup, le classieux Jazz Club de l’Etoile prends des airs de Woodstock. Woodstock, non pas à cause du célèbre festival mais plutôt le village ou vivait, quasiment reclus, les membres de The Band. La filiation semble évidente, et pas uniquement à cause des deux reprises jouées par le groupe suédois. Débarqué au grand complet, la formation compte six musiciens : piano, orgue, deux guitares, basse et batterie auquel s’ajoutent quelques instruments accessoires, accordéon, violon et trompette, autant d’instruments peu usités dans le rock et qui donnent sa véritable identité au groupe. C’est précisément là que se noue la filiation avec The Band. Même grand écart entre country-folk et soul music (influence particulièrement perceptible dans le chant), éclairs électriques et rock’n’roll en prime, le long de solo de guitare particulièrement inspirés. Avouons-le, pendant les deux heures et quelques du concert, on a voyagé en musique. Un trip le long de routes et de paysages imaginaires, suivant le groove implacable de la batterie, finalement bien plus intemporel que nostalgique. Sublime soirée.

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jeudi 22 septembre 2022

Jonathan Jeremiah : « Horsepower for the streets »

 


Plus que jamais, à l’écoute de ce superbe nouvel album, le chanteur apparaît au croisement des cultures et des influences. Britannique, il a gardé de la culture musicale de son pays de naissance une forme d’appétence pour le spleen, la mélancolie et les arrangements de cordes soyeux qui caressent l’oreille de l’auditeur. Une approche qui rappelle d’une manière générale le regretté Nick Drake et les classiques du folk britannique, qui a le don d’emballer l’auditeur dans une bulle de douceur apaisante. Mais, Jonathan a également les yeux tournés vers l’autre rive de l’Atlantique. Ainsi, la soul music irradie son chant doux et délicat, de même qu’un certain sens du groove imprime durablement l’oreille, perceptible notamment dans les lignes de basses, rondes et bourdonnantes, que l’on jurerait issues des années 1960, et dans les chœurs féminin qui illuminent ses compositions. Richement produites, les compositions de haut vol de Jonathan Jeremiah trouvent une nouvelle ampleur sonore mettant particulièrement en valeur l’émotion qui se dégage du chant. Enfin, une forme de sobriété habite la durée des chansons, le disque dans son ensemble n’excède pas la durée d’un vinyle des années 60, comme un véritable classique instantané.

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dimanche 18 septembre 2022

Jonathan Personne

 


Sur son précédent album, le magnifique « Disparitions », le Québécois Jonathan Personne (leader par ailleurs de Corridor) chantait le titre « Springsteen » sans pour autant que sa musique évoque en une quelconque manière le boss du New Jersey. Le lien est toujours aussi ténu sur ce nouvel effort et s’il fallait rechercher un lien avec un autre songwriter célèbre ce serait plutôt vers son compatriote canadien Neil Young que les regards se tourneraient. C’est dire le niveau auquel le Québécois évolue sur ce nouveau disque : simplicité mélodique, pureté acoustique ou éclairs abrasifs et électriques : ce nouvel album possède tous les attributs du classique immédiat auquel l’écho fantomatique posé sur la voix de Jonathan Personne (aucun lien avec notre Paul national) ajoute un soupçon d’étrangeté évoquant un entre-deux bizarre. Il faut dire que la vie du chanteur s’est singulièrement compliquée lorsque son groupe Corridor a affolé le Landerneau rock en devenant, en 2019, la première signature francophone du vénérable label Sup Pop (celui de Nirvana), entraînant un excès de sollicitations achevée par un burn out du chanteur. Un malaise exorcisé et mis en musique, cette dernière servant de thérapie pour le musicien, qui trouve ici une sublime incarnation.

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samedi 17 septembre 2022

Something Borrowed, Something New : A Tribute to John Anderson

 


Largement méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique, John Anderson est un pionnier de la country, dont le parcours a débuté à la fin des années 1970 et est toujours actif de nos jours. A l’initiative de Dan Auerbach, le présent album, enregistré chez Easy Eye Sound, rend hommage au répertoire d’Anderson, qu’il soit signé de sa plume ou nom. Avant toute chose, l’unicité du lieu d’enregistrement donne sa cohérence artistique au projet et l’album, qui s’écoute d’une traite, forme un tout cohérent. Pas si évident que ça vu la diversité du casting ayant répondu présent : de la star country FM Eric Church (inconnu ici mais une superstar remplissant les stades aux Etats-Unis) aux figures plus habituelles de l’americana, telles que Nathaniel Rateliff ou la sublime Sierra Ferrell, et autres voix de l’alt-country comme Sturgill Simpson. L’ensemble donne un panorama complet de l’idiome à l’heure actuelle au-dessus de laquelle John Anderson fait figure d’ange tutélaire. Un excellent album.