Traditionnellement consacré au théâtre, le festival d’Avignon réserve toujours une place à la musique dans la bagatelle des 1 500 spectacles qui constituent la programmation du festival off. Ainsi, cet été, il nous a été donné la possibilité d’assister à une représentation du sublime spectacle « Kay ! Lettres à un poète disparu ». Le trio articulé autour de Lamine Diagne, à la fois saxophoniste, conteur ou slammeur, prend possession de la scène. Autour de lui se trouve le batteur Cédric Bec et le guitariste Wim. Ni vraiment un spectacle, ni vraiment un concert, mais un peu les deux à la fois, la représentation est un dialogue avec Claude McKay (1889-1948), poète né en Jamaïque et disparu à Marseille, assez largement oublié de nos jours, et vise à la fois à remettre en lumière la vie, l’œuvre de l’auteur et aussi à la mettre en résonance avec l’époque à travers notamment d’un long passage consacré à la ville de Marseille. Ainsi, lectures, témoignage et musique live alternent. Les thématiques abordées sont évidemment terribles puisqu’il y est question d’exil, d’esclavage, de commerce triangulaire, de racisme et de ségrégation. Et pourtant au-milieu de toute cette misère, le trio réussit à trouver un peu de lumière et d’espoir, grâce à la beauté formelle des mots mais aussi grâce au groove irrésistible développé par le remarquable trio de musiciens. Un voyage à la fois sublime et ubuesque, emprunt de jazz, de soul et d’afrobeat. Le spectacle est décliné sous la forme d’un disque cd-livre audio.
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