La soirée débute avec un énorme coup de cœur pour Las Robertas, formation psychédélique venue du Costa-Rica, dont le son ressemble à celui du Brian Jonestown Massacre, en moins foutraque, plus électrique et avec une chanteuse. Il n’y a cependant rien de latin dans leurs chansons, chantées en anglais. Le groupe ne manque pas de charme et développe quelque de profondément addictif dans leurs compositions fleuves, comme de longues dérives psyché, à la répétition hypnotique entêtante, dont l’effet conjugué de la guitare et de la batterie provoque quelques coups de sang contrebalancés par un clavier rêveur et planant. Très très belle découverte !
Débuté en l’an 2000, achevé six ans plus tard au terme d’une discographie composée de quatre albums, le parcours des Soledad Brothers fait figure de comète. On avait appris leur séparation un soir, à la Maroquinerie, un événement annoncé sur scène, alors que le groupe devait assurer la première partie des BellRays quelques minutes plus tard… Les Soledad Brothers n’avaient plus joués en France depuis 20 ans. Formé dans l’Ohio mais à quelques encablures du Michigan (et donc de Detroit), le son des Soledad Brothers reste profondément marqué par ces origines prolétariennes et industrielles produisant un rock’n’roll débridé et fou furieux. La composition du groupe, atypique avec ses deux guitares et une batterie, est identique à celle de Jon Spencer Blues Explosion et annonciatrice de groupes plus tardifs comme GA-20 ou Daddy Long Legs. Apparu au sein de l’explosion rock’n’roll du début du siècle au milieu des Strokes et autres Black Keys, le groupe est resté proche des White Stripes (connexion Detroit oblige) mais surtout de Jack White avec qui ils ont collaboré. Au milieu de cette masse de groupe apparus à cette époque, les Soledad Brothers se sont distingués par leur appétence pour le blues, un idiome dans lequel ils sont tout à fait crédibles, harmonica à l’appui. La présence, et le bourdonnement caractéristique, du saxophone bariton en fin de set rappelle le son des regrettés Morphine mais aussi des Stooges (époque « Funhouse ») pour ce mélange avec les guitares saturées. Quoi qu’il en soit, après une aussi longue absence, le répertoire des Soledad Brothers n’a pas bougé d’un iota, toujours aussi efficace, entre blues et rock garage, et il n’en faut guère plus pour que le public bouge avec ardeur, faisant fi des années qui passent. Les chansons ont même gagnées en patine pour prendre des allures de classiques. En fin de set, le saxophone change la donne et la musique paraît moins structurée, le chaos s’installe dans une longue dérive noise, semblant improvisée, avant-gardiste et expérimentale. C’est avec un plaisir non feint que l’on a retrouvé ce groupe !
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