Artiste engagé, Makja, est de retour avec un clip tristement d'actualité dans cet entre-deux tours d'élection, symboliquement mis en ligne le 21 avril...
Le petit Métis de
Brooklyn est de retour ! Un peu oublié du grand public, son
heure de gloire terminée, Garland Jeffreys poursuit sa route
musicale, armé de sa passion et de son humanisme. Ami de longue date
d'Eliott Murphy et de Bruce Springsteen (qui ne manque jamais de le
convier sur scène lorsque l'occasion se présente), Garland a grandi
à New York à une époque bénie d'un point de vue musical, ce qui
lui a permis de côtoyer quelques grands nom de Lou Reed à Bob Dylan
en passant par Bob Marley, un éclectisme musical entre rock, reggae
et soul qui aujourd'hui encore continue de nourrir sa créativité.
Le premier album de son groupe, Grinder's Switch, dont il est le
chanteur, sort en 1970. Trois ans plus tard, la formation séparée,
sort son premier disque, éponyme, en solo. Après une période de
vaches maigres, et quelques albums mineurs dans les années 80 et 90,
Garland a pris une longue pose et s'est éloigné du monde musical
pour mieux le retrouver en 2011 avec « The King of in between »
album du come back et son meilleur depuis des lustres, de qualité
égale à ses enregistrements des années 1970. L'état de grâce
continue avec « Truth Serum » en 2013 et, enfin, ce
nouvel effort.
Ce nouvel album
commence de manière un peu poussive avec « When you call
my name », tentative, pas franchement convaincante, de coller à
l'époque qui rappelle ses pires travers des années 1980/1990.
L'expérimentation terminée, Garland retrouve ses marottes
habituelles, le blues (magnifique « Schoolyard blues »),
le reggae (« Reggae on Broadway ») et bien sur le folk et
le rock n'roll. A mi-chemin entre groove et électricité, Garland
fait voyager sa musique dans l'espace, nous offrant au passage un
petit détour par l'Espagne (« Spanish heart ») et dans
le temps, revisitant quelques classiques du Velvet Underground
(« Waiting for my man ») ou des Beatles (« Help »),
le temps d'une magnifique séquence nostalgique et émouvante.
Nostalgie et émotion sont bien les deux mamelles nourricières de la
musique de Garland, lorsqu'il évoque son Père (« 14 steps to
Harlem ») ou retrouve sa fille Savannah pour un duo
bouleversant (« Time goes away »). « Colored boy
said » évoque quant-à-elle le thème du racisme, récurant
dans sa carrière (cf. « Don't call me buckwheat », 1991)
prouvant, hélas, une fois de plus l'actualité du sujet. Signalons
enfin pour finir la participation de la légendaire violoniste
virtuose Laurie Anderson sur « Luna Park love theme » qui
clôture l'album sur une note mélancolique. Un nouvel album à la
fois varié et ancré dans une tradition étasunienne qui ne pourra
que ravir les oreilles les plus exigeantes.
Cette semaine, les
mélomanes ont, aussi, rendez-vous dans les salles obscures !
Accompagnant le biopic de très bonne facture sorti ce mercredi
(chronique du film ici), la bande originale par le Rosenberg Trio
est, elle aussi, d'excellente tenue. Spécialiste de l'idiome jazz
manouche, le groupe, formé à la fin des années 1970, se
réapproprie ici le répertoire du guitariste avec tout le respect
que l’œuvre originale mérite. Cependant, loin de se contenter
d'une simple copie, certes classieuse, le Rosenberg Trio réussit a
poser une patte personnelle sur le répertoire. Toute la différence
se trouve dans l'exécution. Grâce à un jeu survolté, les
compositions retrouvent ici une nouvelle jeunesse, les musiciens
réussissant la prouesse d'apporter une dynamique contemporaine aux
pièces sans pour autant les dénaturer. Résultat : l'ensemble
pulse et swingue sur un rythme infernal faisant frissonner
l'auditeur. Le répertoire est quant à lui varié passant du jazz à
la chanson (« Mélodie au crépuscule ») en faisant un
petit détour par la musique traditionnelle tzigane (« Mer Ham
Sinti »). Enfin, le disque se termine avec « Lacrimosa
song », composée par le réalisateur Etienne Comar et Warren
Ellis (The Bad Seeds) inspiré par le Requiem composé par Django, la
seule incursion du guitariste dans la musique classique, joué une
seule fois et dont les partitions ont été en partie perdues depuis.
Cet album constitue le plus bel hommage à la musique de Django
entendu depuis des lustres.
Se souvenant de ses
années de formation au sein du label Tricatel, le guitariste Suédois
nous livre un quatrième album plus ambitieux que jamais. En effet,
richement arrangées (cordes, orgues, bassons, hautbois), flirtant
avec l'électronique, les nouvelles compositions de Peter ne sont pas
sans rappeler celles de son ancien patron, Bertrand Burgalat. Les
influences venues du rock progressif et psychédélique sont ainsi
parfaitement digérées et le rendu final, hautement mélodique,
transcende lesdites influences. Plutôt que de plagier les classiques
des années 1960/1970 (influence prégnante ici), le musicien préfère
en donner sa version personnelle : neuve, contemporaine, excitante.
Derrière ses allures de classique immédiat, ce nouvel effort
regorge de pépites planantes : le premier single « Inertia »,
« A stack of fire wood », « Sympathetic magic ».
Tellement riche que plusieurs écoutes ne suffisent pas en faire le
tour, chaque passage sur la platine révélant son lot de trésors
cachés, gageons que ce nouvel effort se bonifiera avec les ans. En concert le 7 juin à Paris (Café de la danse)
Troisième album
pour cette formation originaire de Californie. De prime abord, tout
chez les Buttertones rappelle une formation rétro, entre surf music
et rock n'roll garage, un vieux truc de la fin des années 50/début
60, la bande son idéale pour le prochain salon du vintage. Mais au
fil des écoutes, un deuxième niveau de lecture (ou plutôt d'écoute
en l'espèce) se fait jour. Derrière les roucoulades surf de la
guitare (« Morrocan Mansoon ») ou le growl swing du
saxophone (« Two headed shark ») on entend un groupe à
la précision et à la rectitude toute contemporaine. Le charme du
vintage n'est ainsi qu'un vernis cachant une efficacité à toute
épreuve. Et puis il y a cette voix, qui hante les chansons qui
évoque tantôt un crooner de charme fifties (« I ran away »)
tantôt un goth échappé d'une batcave des années 80 (« Pistol
Whip », « Sadie's a sadist ») apportant une couleur
dark au tableau du couché de soleil sur la plage ("A tear for Rosie"). Dynamitant la
sunshine pop par le biais d'influences punk et post punk, The
Buttertones nous capture ainsi dans les filets d'une partition unique
en son genre.
C'est avec Cory
Seznec, une belle découverte, que nous avons débuté la soirée. Ce
dernier, guitariste et banjoïste est accompagné d'un excellent
percussionniste, avec qui il déconstruit le blues de façon très
personnelle à l'aide de guitares désaccordées et « trafiquées »
selon ses propres termes, afin d'obtenir un son pour le moins
étonnant. Les classiques du blues en ressortent transfigurés, entre
expérimentations et incursions africaines. Charismatique et sympa,
la paire nous livre un résultat intriguant mais séduisant.
Place ensuite à la
tête d'affiche de la soirée, Mathis Haug, venu fêter en trio la
sortie de son excellent album « Wild Country ».
Particulièrement survolté, extatique, Mathis nous a livré un
concert fort en émotions où à de nombreuses occasions la musique
est sortie grande gagnante des débats, mené par un trio de
musiciens en transe. Stéphane le batteur fait forte impression. Son
kit mélange des tomes et cymbales classiques agrémenté d'éléments
de récupération assez étonnants. Une vieille valise abîmée fait
office de grosse caisse (contre toute attente ça sonne super bien),
une boîte de café en fer et une bonbonne d'eau vide complètent le
dispositif. Ceci dit seul un musicien aussi virtuose et puissant que
Stéphane peut faire sonner aussi bien un tel assemblage de bric et
de broc. Sa frappe est puissante (il faut voir les cymbales onduler
telles des vagues sous ses coups de baguettes) et pleine de feeling
sur des rythmiques ternaires jazzy. Egalement très impressionnant au
frottoir, son énergie contagieuse se transmet aux autres musiciens
et au public aussi qu'il emporte dans sa transe. Derrière sa
guitare, Mathis n'est pas en reste et saute comme un cabri avec un
enthousiasme communicatif comme il le dit lui-même : « C'est
presque un concert de rock n'roll ». Profitant d'un line-up
sortant de l'ordinaire, un clavier remplace la basse, un violon et
une deuxième guitare font une apparition sporadique, Mathis exploite
toutes les variations qu'offrent cette formation, passant d'ambiances
mélancoliques (le violon) servant son propos humaniste (cf.
« Luigi ») à un groove soul puissant (le clavier funky)
sans oublier un duo de guitares entre blues et rock et un soupçon de
country. Après deux heures de road trip immobile au cœur de
musiques telluriques, le show s'achève sur une magnifique reprise de
« Cortez the killer » (Neil Young) en forme de bœuf
improvisé. Magnifique soirée.
Dix albums, la
discographie de Thornbjorn Risager commence à être conséquente. En
pleine possession de ses moyens, le Danois attaque cette nouvelle
phase de sa carrière de manière oblique. S'ancrer dans le blues
tout en tournant autour, voilà le défi que s'est imposé le
musicien. The Black Tornado, le groupe accompagnant le chanteur est
bien fourni, huit musiciens : Cuivres, claviers, guitares et
section rythmique sont de la partie, autant de raisons de s'amuser à
multiplier les ambiances. Un groupe polymorphe, offrant plein de
possibilités, que l'artiste est bien décidé à exploiter à son
maximum. Le début de l'album est à ce titre particulièrement
évocateur et voit le groupe passer d'une ballade « I used to
love you » (un peu trop FM pour être honnête, c'est le seul
moment faible du disque) à un titre rock, « Dreamland »,
particulièrement ardent, toute guitares dehors avant d'enchaîner
sur une chanson groove et funky, « Change my game »
(c'est le cas de le dire!). Sans oublier la nécessaire note
acoustique (« Holler 'n' moan », « Hard time »).
Quatre titres sont passés et on ne peut que constater l'étendue du
registre de la formation qui trouve sa cohérence dans la voix
puissante de son chanteur, Thornbjorn, caméléon vocal aussi à
l'aise devant un mur de guitares (« Hold my lover tight »)
que dans le dépouillement acoustique ou un ensemble de cuivres
funky. Un album tout en nuances fait d'ambiances nocturnes à l'image
de sa superbe pochette.
Hier soir, dans le
cadre étonnant de la maison Sonos, s'est tenue la soirée de
présentation de Cannes Soundtrack. En effet, la musique de film est
la grande absente du festival de Cannes. Aussi étonnant que cela
puisse paraître, l'art de la bande originale a été récompensé pour la première fois, lors de la première édition de 1946 (victoire de
Georges Auric pour La symphonie pastorale, réalisé par Jean
Delannoy) avant d'être rapidement abandonné. Pourtant, en marge de la compétition officielle, depuis
2012, sont décernés les Cannes Soundtrack Awards par un jury de
journalistes. Qui succédera à Cliff Martinez, lauréat 2016 pour la
BO de The Neon Demon (Nicolas Winding Refn) ? Réponse le 27 mai
sur la Croisette…
Tirant son nom d'une
chanson de Django Reinhardt (cela ne s'invente pas), Les Yeux Noirs
sort son premier album en 1992. Intitulé « Band of Gypsies »,
le disque, enregistré dans les conditions du direct, ne fait pas
référence au fameux album de Jimi Hendrix mais fait plutôt écho
au jazz manouche. Profitant d'une formation particulièrement
complète (guitare, contrebasse, violon, accordéon, violoncelle), le groupe mené
par les frères violonistes Eric et Olivier Slabiak fait le lien
entre les traditions Yiddish (l'accordéon) et Tzigane (le violon).
Issus de générations et de cultures différentes (l'Italie, la
Belgique, la Bulgarie) les musiciens se retrouvent autour de cette
musique si particulière faisant le grand écart, passant de
l'euphorie (grâce à son énergie rythmique élevée) à la
mélancolie (le duo de violons, le violoncelle) en un instant, jouant avec les
émotions des auditeurs. La présente sortie regroupe sur deux cds
les deux premiers efforts, principalement instrumentaux, des Yeux
Noirs « A band of gypsies » (1992) et « Suites »
(1994). Une réédition bienvenue.
Week-end de Pâques
ou pas, c'est toujours le bon moment pour écouter Chocolat ! La
recette de ce Chocolat québecois est assez subtile. De prime abord,
le goût est fort en bouche (aux oreilles aussi) par le biais de
guitares en perpétuelle effervescence sur un tempo mené tambour
battant par Evan, le véloce batteur. La basse se faufile
dans les interstices laissés libres. Puis, le premier choc passé,
le Chocolat révèle toutes ses saveurs. Des dérives vers le free
jazz (le saxophone s'époumone) finement amenées, des transitions
progressives au clavier nostalgique et planant, puis vint la
décharge, le tonnerre de guitares (superbe Rickenbacker
demi-caisse), psychédéliques, hypnotiques (le solo de Gibson SG
joué le manche collé au pied du micro), répétitives qui tournent
et retournent le cerveau. Le chant éthéré, mélodique, haut perché
et presque effacé de Jimmy ajoute à la bizarrerie de l'ensemble
(les paroles absconses aussi). Punk, garage, psychédélie,
progressif, le Chocolat prend une saveur unique. Les influences
passées (Stooges, Soft Machine) sont parfaitement digérées en un
rendu intemporel et exaltant. Sur disque comme sur scène, ce
Chocolat là est excellent !
Toujours fidèles au
rock n'roll et à sa kyrielle d'influences venues des années 1960,
les Madcaps évoluent en douceur avec ce troisième effort à la
faveur d'un changement de personnel. Mettant un peu de côté les
influences garage et sa cohorte de guitares dégénérées, le groupe
évolue sur un territoire pop évoquant parfois les Beatles (« Come »
ressemble un peu à « Ticket to ride ») teinté de
cuivres groovy ajoutant une note de rhythm and blues dans le cocktail
(« Slow down », « Silver & Gold »).
Enregistré dans les conditions du live, ce nouvel effort conserve
intact le côté brut de leur musique (« Fair enough »).
Brut certes mais travaillé (« Le passe muraille »),
subtilement arrangé (cuivres, piano, orgue, percussions exotiques et même un surprenant synthé vintage sur "Devil Money" le dernier titre) ; on note également un effort certain porté sur les harmonies vocales auquel on est
particulièrement sensible. Pour le reste, l'efficacité est toujours
de mise et le quatuor n'a pas son pareil pour tisser de jolies
ritournelles s'incrustant durablement à l'oreille (« She's so
hot ») pour notre plus grand plaisir. Ralentir le tempo (cf. le
titre) leur fait visiblement du bien. Une des formations les plus
attachantes de l'Hexagone et une réussite supplémentaire à mettre
au crédit de l'excellent label Howlin'Banana.
Après deux albums
en compagnie de son groupe The Sound Outside et un troisième disque
avec un groupe entièrement féminin, Sallie Ford est de retour avec
un premier effort en solo. Autrefois reine du style vintage fortement
teinté de rockabilly, Sallie Ford fait montre d'une belle évolution
et d'une maturité certaine avec ce nouveau disque. D'une part Sallie
reste fidèle au genre qui a fait sa réputation, les stomps énormes
de « Loneliness is Power » et de « Middle Child »
auraient pu faire partie du répertoire du Sound Outside ; la
très belle « Screw up » teintée d'influences sixties.
Mais au-delà Sallie teinte sa musique d'influences indie (« Record
on repeat » ) ou psyché (« Get out », « Never
gonna please ») nettement plus contemporaines et tirant un
trait d'union entre passé et présent. L'unité est préservée
grâce à la personnalité vocale de Sallie, très en forme ici, qui
tient l'ensemble quelque soit le contexte. Si Sallie est au top de sa
forme d'un point de vue vocal (comme on l'a constaté précédemment),
le moral semble en berne (le titre de l'album est évocateur à ce
sujet) et un coup d’œil sur le tracklisting file le bourdon :
« Screw up », « Failure », « Hurts so
bad » et on en passe… Reste l'album riche de compositions
solides, produit au millimètre, faisant évoluer l'univers de
l'artiste tout en lui restant fidèle. Une réussite.
Nom : Schoos,
Benjamin. Profession : Chanteur. A défaut d'une compilation de
ses plus grands succès, le Liégeois, cheville ouvrière des
excellents Phantom (le groupe maison du label Freaksville) fait son
retour avec cet album regroupant des titres issus de ses trois
derniers disques en solo. Benjamin Schoos, cheveux gominés et nœud
papillon, le charme un peu rétro, un peu passé de mode, le genre de
type que l'on retrouve derrière son piano au fond d'une salle de
balle désuète. Crooner gauche, romantique déçu déclarant sa
flamme de manière maladroite (« Je ne vois que vous »,
« I love you »), Benjamin Schoos est souvent bien
accompagné par Lætitia Sadier (Stereolab) ou April March. Derrière
des atours modestes, ses chansons évoquent les amours ratés (« A
mort l'amour » comme il dit, « J'ai essayé de t'aimer »)
ou le destin ordinaire de gens qui ne le sont pas, qu'ils soient
catcheur ou cascadeurs (voire chanteur!). A mi-chemin entre la
chanson et la pop, Benjamin excelle dans un registre rappelant
pèle-mêle Serge Gainsbourg, William Sheller, Bertrand Burgalat ou
Alain Chamfort. La bande-son de la déconfiture sentimentale à
écouter un soir de solitude sur « le walk of fame ».
Si Mathis Haug donne
autant l'impression de faire partie du paysage, c'est avant tout
parce qu'il a élu domicile dans l'Hexagone depuis fort
longtemps : « Je suis arrivé avec ma Mère, après
le divorce de mes parents, en 1982 à l'age de 6 ans » après
un retour en Allemagne puis un détour par Barcelone, Mathis s'est
finalement installé en France, « dans le pays où j'ai suivi
toute ma scolarité » autant d'expériences qui lui permettent
d'affirmer aujourd'hui « Je suis Européen avant tout ».
Pourtant Mathis aimerait bien maintenant percer sur sa terre
natale : « Je n'ai pas vraiment de carrière en
Allemagne, c'est un très gros marché. Pour les concerts c'est
compliqué sauf à jouer dans les bars. Mes deux premiers albums
Paying my dues et Distance, on s'est focalisé sur le
marché français. Cela devrait changer bientôt, mon nouveau disque
Wild Country va être distribuer en Allemagne ». On y
trouve d'ailleurs un titre en allemand, « Une langue très
douce à mes oreilles », Luigi et c'est une
première pour l'artiste: « Cette chanson parle d'un sentiment
d'exil que j'ai connu. Assez mélancolique. Luigi c'est le type qui
est bien intégré mais qui, dans le fond, reste le vendeur du
kiosque, à côté »...
(c) Clément Puig
(c) Clément Puig
Ce nouvel album,
somptueux cocktail de blues, folk, country et rock n'roll, a pris
naissance de manière assez particulière, après sa participation au
festival Rochefort en accords : « C'est un chouette
festival ! 20 artistes sont invités, des chanteurs, des
musiciens, tous venant d'horizons différents et tous s'accompagnent
les uns, les autres. On a voulu reproduire la même chose pour le
disque, ne pas trop préparer les arrangements, laisser couler les
choses. On a fait un album teinté de country avec des musiciens qui
n'étaient pas spécialistes du genre». Ce nouvel album marque
ce que Mathis appelle « Une ouverture musicale. J'ai appris la
guitare avec le blues et ma musique en est empreinte sans être du
blues pur et dur. Je suis curieux d'autres formes musicales. J'aime
beaucoup la country car elle raconte des histoires simples de la vie
de tous les jours. La musique ne doit pas être enfermée dans un
musée et rester vivante avant tout ». Vagues migratoires (Des
Miles), exils (Luigi), les thèmes abordés dans ce nouvel
effort son parfois assez graves et teintés de mélancolie :
« On arrive à l'automne de notre civilisation » constate
le musicien. « Où on va ? Notre train de vie nous mène
droit dans le mur et le changement fait peur. Où on va ? C'est
quand même hallucinant, des gens travaillent et dorment dans leur
bagnole, on fabrique des bancs pour empêcher les sdf de s'allonger,
notre société est malade. Il y a un truc qui ne fonctionne pas ».
Dans ce contexte, la musique fait office d'ultime planche de salut,
comme l'artiste s'en explique dans sa chanson Rock
n'roll band : « On pousse nos gosses à faire
des études, à être les meilleurs. Ils sont diplômés puis se
retrouvent à faire complètement autre chose dans la vie. Il n'y a
pas de place pour tout le monde, c'est dur. Finalement il ne reste
plus qu'une seule chose à faire, prendre une guitare, former un
groupe de rock et essayer de s'en sortir comme ça ». Une
résolution à laquelle l'artiste s'accroche coûte que
coûte : « Jouer mon dû. Cela sera comme ça jusqu'à
la fin je pense. Prendre une guitare et jouer le blues. Il y a eu
beaucoup de monde avant, il y en aura beaucoup après. Il faut le
prendre au sérieux ».
Partons aujourd'hui
à la rencontre d'un personnage absolument fascinant. Gueule cassée
du blues (cf. la pochette) dont le visage ravagé trahit les
vicissitudes passées, Watermelon Slim est un cas à part. Né à
Boston et installé à Clarksdale (le lieu de naissance du blues sis
dans le Mississippi), Bill Homans, de son vrai nom, a vécu mille
vies, ancien combattant au Vietnam reconverti depuis en militant
anti-guerre et engagé politiquement à gauche (militant socialiste
plutôt rare pour un Américain). Watermelon Slim n'est pas à un
paradoxe près, récipiendaire du WC Handy Award du « meilleur
débutant » à l'age de 56 ans (en 2005) ; bardé de
diplômes universitaires, il a pourtant vécu la majorité de sa vie
comme ouvrier camionneur, expérience dont il tire aujourd'hui son
blues, perceptible dans le chant de sa voix qui se brise un peu plus
à chaque chanson. Non Watermelon Slim n'est ni le plus doué, ni le
plus virtuose, ni le plus beau (on apprécie à sa juste mesure toute
l'ironie du titre « Golden Boy ») mais il est difficile
de faire plus authentique. Chez Watermelon Slim chaque mot, chaque
note est lourde de sens et vient des tripes à défaut d'être techniquement parfaite. Loin de se complaire après un parcours de vie pour le
moins chaotique (il a été battu à mort pour d'obscures raisons)
Watermelon Slim tire au contraire de ses expériences passées un
disque euphorisant (« Mean Streets », « Northern
blues »), s'éloignant parfois du blues au sens strict pour des
horizons plus rock (le « Pickup my guidon » d'ouverture),
des sonorités celtiques (« WCBN », « Cabbagetown »)
ou amérindiennes (« Wolf cry »). Le tout formant une
sorte de portrait caché de l'Amérique, celle des SDF et autres
laissés pour compte du rêve américain. Excellent dans sa face
électrique comme acoustique, up ou down tempo (« Winner of us
all »), c'est une révélation !
En concert le 1er
juillet (Sunset-Paris) et les 7 & 8 juillet (Cognac Blues
Passions)
Voilà une soirée
que l'on attendait avec impatience faisant le lien entre piliers et
nouveaux venus de la scène blues hexagonale.
On commence avec du
sang neuf, celui d'Elise & The Sugarsweets, un seul EP pour
l'instant et déjà tant de promesses… Le groupe accompagnant la
chanteuse n'est certainement pas inconnu des amateurs parisiens de la
note bleue. Oliver Raymond (guitare) et les frères Jérôme et
Olivier Férrié (basse et batterie) ayant roulé leur bosse dans
différentes formations. Ce nouveau groupe les voit rejoindre Sylvain
Lansardière (orgue) et la chanteuse Elise Heyte, 19 ans seulement et
impressionnante de prestance et de maturité vocale. Sa voix,
magnifique, est grave juste comme il faut et véhicule une foule
d'émotions. Ce n'est pas Bannish (Blues Power Band) venu se prêter
à un duo qui nous contredira. L'expérience et le savoir-faire des
musiciens encadrant la fougue de la chanteuse, particulièrement
charismatique et énergique sur scène. Le répertoire interprété
fleure le bon goût et l'érudition (Magic Sam, Junior Wells, Freddie
King, Aretha Franklin) et est parfaitement rendu en termes de feeling
et de groove : (rhythm et) blues sont au programme. Seul petit
regret, le manque de compositions originales (signalons toutefois la
très belle « Road to coal mine » signée du guitariste
Olivier) mais ce point devrait évoluer à l'avenir. On a toutefois
passé une très belle heure en leur compagnie. Et le groupe a fait
un tabac auprès du public.
Avec dix albums au
compteur, les Toulousains d'Awek sont une valeur sûre du blues made
in France. Leur performance du soir ne fera que confirmer tout le
bien que l'on pense d'eux. Leur champ d'action est bien loin de se
limiter à un seul style de blues mais va picorer des influences
partout où bon leur semble et notamment dans le rock n'roll de Chuck
Berry (duck walk parfaitement exécuté mais ne va pas te péter un
truc Bernard!). Le swing semblant être la constante grâce à la
section rythmique composée de Joël Ferron (basse) et Olivier Trebel
(véloce batteur alliant puissance et finesse du touché).
L'harmonica de Stéphane Bertolino apporte un plus « roots »
indispensable et ancrant ce groupe, assez volage dans le fond, un peu
plus profondément dans le blues. Sur une bonne moitié du set, le
quartet a été rejoint par le guitariste Fred Chapellier (un renvoi
d'ascenseur), une pointure de l'instrument en France, auteur d'une
discographie en solo respectable et (accessoirement) accompagnateur
de Jacques Dutronc. Musicien magnifique Chapellier possède ce don
rare, celui de savoir s'exprimer avec son instrument, ses
interventions étant toujours pleines d'émotions palpables. Jamais
envahissant, trouvant toujours la note juste et le moindre espace
pour s'exprimer, Fred s'est fondu dans le paysage comme un poisson
dans l'eau pour le plus grand bonheur (auditif) des spectateurs. Les
derniers rappels ont vu tout ce beau petit monde se réunir une
dernière fois sur scène pour un mini bœuf, histoire de clôturer
en beauté cette superbe soirée.
Dans la première
scène où il apparaît, Django Reinhardt (Reda Kateb) pèche au bord
de la Seine puis s'en suit une longue scène, enfiévrée, de
concert. En deux séquences, le réalisateur Etienne Comar a défini
son personnage. « Son » Django est un type un peu
sauvage, un peu solitaire, cherchant à tout prix à maintenir son
lien avec la nature et entretenant un rapport quasi fusionnel avec la
musique et sa guitare. En inscrivant son récit dans un contexte
historique bien particulier, celui de l'Occupation de 1943, Comar
drape son film d'un voile anxiogène, installant une tension qui ne
disparaît jamais tout à fait et perceptible dans le jeu inquiet de
ses interprètes. Django n'est donc pas tout à fait un biopic, mais
un récit à moitié romancé (le personnage de Louise de Clerk
incarné par Cécile de France est totalement fictif et ressemble à
une synthèse des différentes femmes fréquentées par Django)
empruntant aux codes du thriller et des films de guerre et
d'espionnage. Dans ce contexte, la musique apparaît comme un refuge
de joie et de bonheur à l'image de Django se saisissant de sa
guitare dès que le besoin de réconfort se fait sentir. Mais le jazz
est, aussi, une source de frustration terrible à l'énoncé des
règles ridicules édictées par les dignitaires nazis (le blues est
interdit, les solos ne doivent pas dépasser les sept secondes) où
lorsque ces mêmes nazis interrompent brutalement un concert estimant
que « cette musique rend fou ». Django nous conte donc
l'itinéraire du personnage durant une période somme toute assez
courte, un parcours entamé sous les vivas de la foule d'une salle de
concert pleine comme un œuf et qui se termine par une cavale,
éperdue et solitaire, seul dans la neige, la guitare sous le bras,
ledit instrument se brisant dans la panique ambiante. D'une facture
assez classique, mais élégante, Django est porté par le talent et
le jeu fiévreux et subtil de Reda Kateb qui s'impose comme une
évidence dans le rôle titre.
En dépit de ses
vingt-cinq années de carrière, ce n'est qu'à la fin du siècle
dernier que le public français à découvert Aimee Mann grâce à la
bande-originale de Magnolia, le formidable film de Paul Thomas
Anderson (1999). Album au titre et à la pochette (magnifique)
évoquant une film d'horreur, un soupçon inquiétant, « Mental
Illness » est le onzième effort d'Aimee et le premier depuis
cinq ans. Le disque à peine posé sur la platine et les images
affluent, des guitares acoustiques, un piano et une fille qui
chante : l'album exhale un fort parfum de Californie.
Mélancolique sans jamais tomber dans un excès de noirceur, ces onze
nouvelles chansons sont belles comme un couché de soleil sur Laurel
Canyon. Simple, dans le meilleur sens du terme, l'album, d'une
facture classique et intemporelle, aurait pu sortir tel que en 1971.
Une valeur sûre.
Mettant en parallèle
le sort d'un citoyen d'Alep, fuyant la guerre et ses horreurs, et
celui d'un ancien esclave quittant le sud ségrégationniste à la
recherche d'une vie meilleure dans le nord (transhumance qui a donné
naissance au Chicago blues), Eric Bibb en arrive au constat suivant,
nous sommes tous issus de migrants, de familles qui, à un moment ou
à un autre, ont dû partir… Avec la finesse d'écriture et
l'élégance qui le caractérisent, Eric Bibb a enregistré ce nouvel
album en comité restreint. On retrouve l'harmoniciste Jean-Jacques
Milteau, un partenaire de jeu habituel d'Eric, et le
multi-instrumentiste (banjo, mandoline, guitare, violon, triangle)
Canadien Michael Jerome Brown, la grande révélation du disque. En
dépit de son caractère minimaliste, qui incarne à merveille le
propos (tous les instruments utilisés sont facilement transportables
renforçant cette impression d'exil et de route) ; Eric et ses
partenaires livrent un album minutieux, délicat et mélodique, entre
folk, blues et country. Mettant l'émotion en avant, les musiciens
jouent sur la retenue, à l'image de l'harmoniciste JJ Milteau,
discret, jamais envahissant mais aux interventions toujours justes.
L'écrin est parfait pour mettre en valeur le chant, grave et doux
d'Eric. Une pièce maîtresse supplémentaire dans la discographie de
cet artiste, profondément humaniste et toujours prompt à s'émouvoir
du sort de son prochain.