Il y a quelque temps que nous n’avions pas eu de nouvelles
du trio grenoblois Yellow Dogs. Les fans du premier effort du groupe (chronique ici) seront heureux d’apprendre que les chiens jaunes ont sorti leur deuxième
album, « Dog’s Breakfast », un peu plus tôt cette année. Pas de
révolution en vue, les Yellow Dogs oeuvrent toujours, avec bonheur et pour
notre plus grand plaisir, dans la note bleue. Ce nouvel album est la suite
logique du précédent, on reprend donc les mêmes ingrédients : guitare,
basse et batterie, de bonnes compositions et une énorme énergie (écoutez
« Be late » sous influence Dr Feelgood). Le tout au service de deux
causes qui nous sont particulièrement chères : le blues et ce bon vieux
rock n’roll. Tout juste peut on noter une évolution dans la voix de Yannick qui
me semble plus profonde et grave que dans mon souvenir. Comme dans le disque
précédent, la variété des genres est de rigueur boogies énormes (« Do me
right »), blues sous influence Chicago, attaque à la limite du rock n’roll
(« Keep on Barking ») et titres apaisés (« Cadillac
Walk »). Extrêmement bien produit, le groupe n’a pas à rougir, loin de là,
de l’apparente économie de moyen, et bien écrit le trio a visiblement soigné
ses effets pour ce nouvel effort. Preuve de la nouvelle ambition du groupe, les
six minutes de « Trader Blues » qui n’hésite pas à sortir de sa zone
de confort et du format habituel tournant autour des 3 minutes. Enfin je ne
peux terminer cette chronique sans une petite mention spéciale pour les paroles
de « Football makes me sick ». Voici en tout cas un album bien
équilibré et comme un vrai petit déjeuner digne de son titre idéal pour bien
commencer la journée.
dimanche 21 octobre 2012
mercredi 17 octobre 2012
Lazy Buddies : « This little girl’s gone rockin »
Le disque s’ouvre par le grésillement typique d’un vieux
vinyle. En à peine trente secondes, le ton est donné et l’auditeur transporté
dans un tunnel temporel remontant jusqu’aux années 50 (cf. le design très
réussi de la pochette). Embarquons donc, si vous le voulez bien, pour notre
voyage. Au programme un peu de rockabilly mais surtout beaucoup de blues,
tendance jump comme à la grande époque. Swing soyeux, merci la contrebasse,
shuffle efficace de la batterie (« Midnight Boogie »), guitares
véloces aux sons clairs, interventions discrètes mais toujours à propos de
l’harmonica… Le menu est plutôt bon vous ne trouvez pas ? La chanteuse
Soazig Lebreton, quant à elle, se trouve à son aise quel que soit le contexte,
lent et intimiste (« Fairy tale of a a womanizer ») ou plus enlevé,
sa voix profonde et pleine de coffre trouve toujours l’intonation juste. Mais
les Lazy Buddies impressionnent aussi côté songwriting, les sept compositions
originales (sur les 13 au total que compte le disque) sonnent immédiatement
comme des classiques oubliés du genre. Rien de révolutionnaire certes, ce n’est
de toute façon pas le propos, mais joué avec passion.
lundi 15 octobre 2012
Sallie Ford and The Sound Outside : « Dirty Radio »
La première chose qui frappe à l’écoute de ce disque, c’est
la voix de Sallie Ford, étonnante de maturité pour cette jeune artiste âgée d’à
peine 22 ans. Et l’intuition immédiate pour l’auditeur de détenir en Sallie
Ford et son groupe The Sound Outside, l’une des plus belles promesses musicales
de l’année. Puisant à la source du rockabilly (les tubes en puissance
« This Crew », « Where did you go ? » et « Write
me a letter »), de la country (les deux vont souvent de pair) voire du
gospel (« Poison Milk »), Sallie Ford se construit un univers
musical, certes vintage, mais dépassement allègrement la stérile copie. Grâce à
son timbre un peu éraillé, digne d’une authentique blues woman, Sallie
n’interprète pas mais incarne littéralement un répertoire, entièrement
original, qui lui va comme un gant. Sallie est particulièrement bien entourée par
les excellents sound outside : la contrebasse (Tyler Tornfelt), le swing
sec et claquant de la batterie (Ford Tennis) et le guitariste Jeffrey Munger,
au jeu très terrien, dessinant le cadre idéal. Produit à l’ancienne, sans faute
de goût, mais profitant de quelques avancées technologiques malgré tout, au
niveau des volumes notamment, qui ont le bon goût de rester discrètes Sallie
Ford et The Sound Outside ont accouché d’un excellent disque, à la durée d’un
ancien vinyle, qui s’écoute avec grand plaisir et sans lassitude aucune. Assurément
l’un des projets les plus attachants de l’année.
En concert à Paris (Le Trianon) le 19 novembre et en tournée dans toute la France en novembre et décembre.
Libellés :
Sallie Ford and The Sound Outside
dimanche 14 octobre 2012
Grand Duchy : « Let the people speak »
Grand Duchy représente une facette méconnue et aussi le
grand paradoxe de la carrière de Black Francis. Superstar au sein des Pixies,
capable de remplir le Zénith de Paris en quelques heures, Black Francis
retrouve l’anonymat dès qu’il s’éloigne de son groupe fétiche et peine alors à
remplir des salles de taille beaucoup plus modestes comme le Bataclan. Dans le
même ordre d’idée est sorti cette année, dans l’indifférence générale, le
deuxième album de Grand Duchy, le groupe que Francis a monté avec sa femme. Il
est vrai que le projet peut désarçonner, avec ses arrangements lorgnant
ouvertement du côté de l’électro et rappelant parfois la new-wave des années
1980 (« White out » ; « Geode »). Pourtant Black et
ses consorts n’a pas oublié l’indie-rock qui a fait sa réputation
(« Shady ») livrant avec « Where is John Frum ? » un
titre qui n’aurait pas dépareillé sur un album des Pixies du moins dans sa
première moitié avant de s’embarquer dans une direction totalement différente.
Un peu à l’image de l’album : « ça ressemble à », « ça a le
goût de » mais dans le fond c’est totalement différent. Et pas
nécessairement mauvais. L’album copieux, 66 minutes, se présente comme un bloc,
dont le concept nous échappe un peu avouons-le, un narrateur à la voix grave
intervenant entre chaque morceau en guise d’introduction. Un vent de liberté
souffle sur ce disque, Black et compagnie ne s’interdisant pas grand-chose en
matière d’arrangements. On passe de l’électro-disco au western au sein du même
morceau, les guitares rock servant de base sur laquelle l’ensemble est
construit. Complètement fou.
www.grandduchy.com
lundi 8 octobre 2012
Interview avec Los Disidentes Del Sucio Motel
C’est à Belfort, pendant le festival des Eurockéennes, un
jour de pluie battante, sous la tente média de l’espace presse que le groupe
stoner strasbourgeois, nous a raconté son histoire, la condition des groupes de
rock français ou l’utilité d’avoir un sheriff sur scène…
D’abord, pourquoi Los Disidentes Del Sucio Motel ?
C’est un peu compliqué comme nom (et assez difficile à orthographier sans se
tromper, ndlr)…
LDDSM : C’est volontaire, ah ah ! C’est le résultat
d’un brainstorming d’après répète. On est tous issus de groupes différents.
Comme souvent dans le milieu rock, tout le monde se connaît un peu et se
mélange avec tout le monde. Pour l’anecdote, je partais en répète et ma mère me
demande si j’allais répéter avec mon groupe punk où avec les dissidents. Elle
considérait que mon nouveau groupe (Los Disidentes del Sucio Motel, donc, ndlr)
était un groupe de dissidents. On était tous dissidents de nos propres groupes
en fait. Le côté « nom en espagnol », c’était une envie, ça ne se
fait pas beaucoup et ça nous rapprochait de l’univers visuel que l’on voulait
mettre en place. De fil en aiguille c’est devenu les dissidents du motel sale.
C’est évocateur et ça nous faisait marrer d’avoir un nom à rallonge… Et qui
laisse personne indifférent, donc c’était une bonne idée.
Justement, l’aspect visuel est très étudié chez vous et la
pochette du disque ressemble à une affiche de film. Comment votre image s’est
elle définie ?
LDDSM : Dès le début, le cinéma était une influence
importante pour nous. Ca a été le dénominateur commun pour l’ensemble du
groupe. On aime tous cet univers à la Quentin Tarantino, Robert Rodriguez… Pour
notre premier album on voulait faire une espèce de fausse B.O et le nom du film
serait le nom du groupe. On a la chance d’être entourés d’amis graphistes et
photographes et qui ont conçus la chose avec nous. Ils ont tout de suite
compris notre délire. C’est tellement facile de monter un groupe de musique
maintenant, il y en a des dizaines qui se montent tous les jours… Nous on vient
d’une région, l’Alsace, qui est hyper foisonnante, avec un nombre incroyable de
groupes de qualité qui jouent. A un moment si tu veux faire autre chose,
percer, il faut arriver à trouver ta différence. Pour nous, c’est le visuel. La
pochette d’album, c’est un truc essentiel qui tend hélas à disparaître. On a
voulu développer un univers autour du groupe, une mythologie. Faire en sorte
que le groupe soit aussi reconnaissable visuellement et pas uniquement que par
la musique. Ca passe aussi par la scène. Le fait d’avoir le sheriff sur scène,
les guns… Le groupe on aussi la vocation de le faire évoluer. Pour le prochain
album, l’orientation sera toujours cinématographique mais dans un autre
univers, plus sombre… Plus proche d’un film d’horreur que du road movie.
Si le film, Los Disidentes Del Sucio Motel, existait
vraiment à quoi ressemblerait-il ?
LDDSM : Ca serait l’histoire de cinq mecs en cavale
poursuivis pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Des gros loosers qui n’ont
pas de bol, qui ne savent que faire de la musique de leurs dix doigts et qui
sont toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Ils sont poursuivis par un
sheriff, immigré russe, énervé d’avoir quitté sa mère patrie ! C’est un
peu comme Lucky Luke et les Daltons. Un road movie avec beaucoup d’humour et de
second degré. De jolies filles, de belles voitures et un esprit vintage 70s.
Avec de grosses explosions ! Le groupe marcherait devant les explosions
sans les regarder ! Un peu comme la pochette de Damage Plan. La dernière
apparition de Dimebag Darrell, c’était comme ça devant une explosion, ça nous
irait bien ! Good guys never look at the explosion !
Le groupe fait très américain, vous avez un lien particulier
avec l’Amérique ?
LDDSM : Non, c’est surtout le genre musical qui veut
ça. Le stoner c’est un genre qui est né dans le désert, dans le sud des
Etats-Unis. A la base cela vient des generators parties, c'est-à-dire jouer au
milieu de nulle part grâce à a des groupes électrogènes. Le genre c’est toujours
nourri de ce côté un peu sud-ouest américain. C’est indissociable, ça sent le
sable, le gasoil. C’est un peu sale. C’est très dur de jouer de faire du stoner
sans y penser. En ce qui concerne notre relation aux Etats-Unis, on est un peu
comme les enfants spirituels d’Eddy Mitchell. La musique française des années
50 et 60 a été biberonnée au son de l’Amérique et a essayé d’importer ça en
France. Nous c’est un peu pareil. On n’a pas ce fantasme de rêve américain. La
pop culture française est tellement pauvre que c’est beaucoup plus intéressant
d’aller chercher ce qui se fait aux Etats-Unis. Ca nous parle beaucoup plus.
Après concrètement, dans le futur, aller tourner en Amérique, ça serait
l’idéal. Notre style de musique parle aux Américains. C’est toujours agréable
de se frotter à un public de connaisseurs.
Vous êtes un groupe stoner, pourtant sur l’album il y a
quelques surprises comme « Somewhere else to drive » qui sonne plus
folk/country/roots ou l’intro au piano de « We rock the world »…
LDDSM : C’est la particularité de notre groupe, on
vient tous du rock mais de branches différentes. On a plein d’artistes en
commun. Mais chacun, dans la composition, met un peu de son identité, ce qui à
la fin donne son entité au groupe. Sur le prochain album, qui sortira en fin
d’année, on a essayé de mettre cet aspect en avant tout en gardant notre patte.
On reconnaîtra le son de gratte un peu dégeu, les influences du punk et du
métal dans certains arrangements. Mais on a aussi essayé d’aller chercher un
peu plus loin, il y aura encore du piano, des ambiances plus atmosphériques,
plus planantes. On a travaillé les arrangements vocaux. On ne se pose pas trop
de questions en fait. Le stoner est très riche, il y a beaucoup de sous-genres
dans le genre. Il n’y a pas cinquante accords de guitare qui sonnent stoner.
C’est basé sur le blues et le rock 70s, c’est l’interprétation qui fait la
différence. Chercher l’originalité dans le stoner, ce n’est pas évident mais
c’est notre démarche. Sur le prochain album on a vraiment voulu chiader les
parties vocales. Sur le premier elles étaient faites en trois jours avec trois
chanteurs différents. Le côté brut est sympa, mais c’était dur. Là on a voulu
prendre notre temps pour travailler les arrangements avec le mec du studio. On
a été poussé dans nos derniers retranchements pour composer.
Le disque a été enregistré en dix jours. Vous pensez que
cela s’entend ?
LDDSM : Oui mais il faut être clair, c’était surtout
une contrainte financière. On n’avait pas les moyens de rester plus longtemps
en studio. On a commencé l’enregistrement en se disant, on a dix jours, il faut
que l’album sonne le plus brut et le plus live possible. 95 % de l’album doit
s’entendre sur scène. On a joué comme on joue en live, il y a très peu
d’arrangements. Les guitares et les batteries on été prises en live, en même
temps pour gagner du temps. Il y a une vraie notion d’urgence dans l’album.
Souvent les imperfections font le charme. Tu prends « Heartbreaker »
de Led Zeppelin, le solo du milieu est dégeu. Mais il y a un truc. Tu sens que
Jimmy Page tient absolument à caser son plan. Je crois qu’il a fait des
dizaines de prises et qu’il a gardé la première qui était la plus spontanée. C’est
devenu mythique. L’urgence à son intérêt, surtout dans la musique actuelle où
les productions sont très léchées. Combien de disques mythiques ont été
enregistrés sur 6 ou 12 pistes, des trucs ridicules. La stéréo apportée par les
Beatles c’était déjà une révolution. Aujourd’hui tu télécharges un logiciel sur
ton ordi et avec un bon micro tu peux presque tout faire tout seul. On voulait
quelque chose de brut, c’était l’envie du moment et puis de toute façon
financièrement on ne pouvait pas faire mieux. On voulait une production
radicale, une guitare à gauche, une guitare à droite, la batterie au milieu et
c’est tout. Un peu à la AC/DC. On espère que cela vieillira bien. On a conservé
le côté brut sur le nouveau mais la composition et les arrangements sont
poussés beaucoup plus loin.
![]() |
| Petit souvenir des eurokéennes de Belfort - copyright Salmanski Bartosch |
Vous avez ouvert le festival cette année. Les Eurockéennes,
c’est votre plus gros concert à ce jour ?
LDDSM : Un des plus gros certainement. On a aussi
ouvert pour les Smashing Pumpkins à la foire aux vins à Colmar, c’était un truc
d’environ 7000/8000 personnes. Mais en termes de visibilité et de rayonnement,
les Eurockéennes c’est notre concert le plus important à ce jour.
Comment vous avez été sélectionnés par l’organisation du
festival ?
LDDSM : On est passé par un système de repérage d’un
des partenaires du festival. Il y 800/900 candidatures. Ils en ont gardé 50 qui
sont passé devant un jury composé de membres de la production du festival et du
partenaire en question. Finalement ils ont gardé trois groupes, un par jour, et
on a été les derniers retenus.
Ca fait vraiment parcours du combattant…
LDDSM : Ca a tout le temps été comme ça pour tout. Le
terme de combattant s’applique bien au groupe. Ca fait 7 ans qu’on existe, on
n’a jamais rien lâché, on a fait plus de 250 concerts. On est dans une culture
« do it yourself » mais bien. On n’a jamais rien fait à l’arrache.
Dans le milieu musical underground dans lequel on tourne on a une réputation de
groupe entreprise. Les groupes qui tournent avec nous nous disent
souvent : « Putain les gars, vous êtes organisés, c’est un truc de
fou ». Ca nous paraît naturel, on est assez cartésiens, très organisés. On
a tous des boulots à côté de la musique avec pas mal de responsabilités. On a
cette image de groupe qui se démène dans tous les sens sans oublier son côté
fun et rock n’roll, par ce que c’est important. C’est l’image qu’on donne à
notre public. C’est très rare qu’on refuse une proposition. Sur la dernière
tournée on a fait 14 heures de route pour faire un Prague/Paris. On avait une
super proposition pour jouer à Prague et un autre truc génial à Paris le lendemain.
On a roulé de nuit, ça a été dur mais on l’a fait. On aime ça et on a envie de
se battre pour continuer. On n’a pas non plus le sentiment d’être une exception
non plus. En France, il y a plein de groupes qui se cassent le cul, qui se
démènent comme nous. Il y a quelque mois, on a fait le desert fest à Berlin qui
est un peu la Mecque du stoner. On a joué avec The Grand Astoria, un groupe
russe. Le mec est tout seul, compose tout, change régulièrement son line up
pour partir en tournée environ 6 mois par an. Et tout en « do it
yourself », il se débrouille tout seul, sans tourneur. Il fait 500 bornes
pour gagner 50 euros mais il le fait. Sur l’année, il amortit son budget quand
même mais il en chie, il n’y a pas d’autre mot. C’est la réalité du milieu.
Comment vous avez abordé l’exercice du festival ? C’est
un peu spécial, c’est en plein air, les gens vont et viennent et comme il n’y a
pas de rappels, ça passe vite…
LDDSM : Ca passe très vite ! On a du redéfinir notre set pour rentrer dans le cadre des
trente minutes qui nous avaient été accordées. Et puis on est dans un festival,
tu commences et tu finis à l’heure, sinon tout le monde te déteste. Pour le
côté technique de la chose, on a fait une grosse journée de filage dans une
salle à Colmar pour vraiment tout préparer. On a bossé avec notre ingénieur du
son, on a joué le set quatre/cinq fois dans les conditions du festival. On a
mis au point les placements, il ne fallait pas oublier que la scène est grande.
On s’est filmé pour voir ce que cela donnait, on a vraiment essayé de tout
optimiser. Pour le va et viens des spectateurs on n’était pas très inquiets. On
a ouvert le festival, les portes on ouvert une heure avant notre passage, et on
était les seuls à jouer à ce moment là. En plus on était sur la scène de la
plage (au passage superbe scène, ndlr) qui était dans le prolongement de
l’entrée du festival. On se doutait que les gens aller arriver et qu’il y
aurait du monde. Et puis on est basé à Strasbourg, pas très loin d’ici, on a
une armée de fans qui était motivés pour nous suivre et qui on fait le
déplacement. Après, en tant que musicien c’est aussi à toi de capter
l’attention des gens et de faire le meilleur show possible pour que le public
reste, il faut donner le meilleur. Même si on fait un rock très énergique, qui
joue fort, on a quand même un côté grand public, ne serait-ce que grâce à nos
chants qui ne sont pas braillés. On n’a pas de voix gutturale, qui pourrait
rebuter les oreilles sensibles, ça aide un peu (sourire).
C’est galère d’être un groupe de rock en France ?
LDDSM : A fond, c’est super difficile. On a tous un taf
à côté. Nous on est dans un statut semi professionnel. On n’est plus amateurs,
mais on n’est pas encore professionnels non plus. Le cul entre deux chaises. Et
pour passer pro en France et vivre de notre musique, la dernière marche est
vraiment très très dure. Déjà dans les grands médias, le rock est très mal
représenté. Le métal, le punk. Nous on est encore plus spécialisé… On a morceau
« Persia » dans lequel on essaye de relativiser la situation. Ce
n’est pas confortable d’être un groupe de rock en France mais comparé à
certains pays, on a énormément de chance, d’exercer notre passion dans un pays
démocratique. Dans certains endroits du monde tu peux aller en prison où être
condamné à mort pour avoir fait du rock n’roll. Dans quel monde on vit ?
Ce n’est que de la musique ! Ca se passe aussi sur le terrain, les cachets
pour les groupes de rock sont ridicules. Quand on est sur la route, on est six,
cinq musiciens et le sheriff. On ne peut pas se permettre de prendre du monde
pour vendre les cds, on n’a pas de techniciens avec nous pour le son où les
lumières, personne pour gérer le management. Tous ces gens que tu prends en
plus et qui te facilitent la tâche. Il faut pouvoir les nourrir, les loger, les
faire voyager, les payer… C’est des frais en plus. On ne peut pas se le
permettre. Même toi en tant que musicien, tu ne peux même pas avoir ton cachet
d’intermittent. Je ne sais pas si cela vient du milieu rock, mais on a des amis
qui jouent du jazz et qui se gagnent beaucoup plus que nous. Au début on a
bouffé de la vache enragée, les plans payés en fonction des entrées, à la fin
de la soirée tu ne sais même pas combien tu vas toucher. Maintenant ces plans
là c’est terminé. Trop risqué. Aujourd’hui, on est un groupe rentable dans le
sens où on arrive à financer des albums et du marchandising mais on ne peut pas
en vivre. On n’est pas une exception, 99 % des groupes français sont dans notre
cas. En France on ne sait pas vendre nos groupes de rock. On ne fait pas de
promotion pour les groupes rock par contre tout le reste, la pop et compagnie
prennent tellement de place dans l’horizon musical qu’il ne reste plus
grand-chose pour les groupes comme nous. Les groupes français qui veulent
continuer et grandir sont obligés de s’exporter comme Gojira. Ils vont aux
Etats-Unis où ailleurs où ils sont appréciés et reconnus comme les maîtres du
métal contemporain. Tu prends Shaka Ponk par exemple, on aime où on n’aime pas
ce qu’ils font mais c’est un groupe qui a galéré pendant des années en
Allemagne. Ils ont tourné des années et des années en Allemagne par ce qu’en
France ils n’y arrivaient pas. Et puis bizarrement un jour ça y est, on les
reconnaît finalement dans le pays d’où ils sont originaires. Ils font des
tournées monstrueuses. Aujourd’hui on en est là, on préfère laisser partir nos
artistes à l’étranger s’embourber à faire des dates de merde dans des squatts
et machins plutôt que de les aider directement en France. La situation actuelle
des groupes de rock français, c’est on joue d’abord à l’étranger et après
seulement en France. On ne se plaint pas, nous on fait notre truc, on joue mais
c’est frustrant. Il y a un côté un peu rageant. T’es perpétuellement en train
de ramer contre le courant. Quand on était en Suède, c’était marrant, à la
radio ils passent du rock. En France on n’est même plus habitué à ça. Ici quand
t’entends un morceau d’AC/DC, c’est le bout du monde. Bon tu vas toujours entendre
le même morceau, mais déjà t’es content d’entendre AC/DC. Et pourtant ils
remplissent les stades. Dans notre entourage quand on parle de notre groupe,
les réactions c’est : « mais vous pouvez pas être connus, vous ne
passez pas à la radio ». On n’y prête plus attention…
Un petit mot sur le sheriff pour finir ? Il fait partie
du groupe, j’ai vu qu’il est cité dans les crédits…
LDDSM : Mais tout à fait ! C’est prolongement sur
scène de l’univers qu’on a développé. C’est parti d’une connerie au départ, tu
n’as qu’à monter sur scène et faire le sheriff dont on parle dans la bio. Ca a
super bien marché. Les gens après le concert sont tous venus le voir, il a fait
plein de photos avec les nanas qui étaient dans le public. Et nous on était là,
et wow c’était marrant (rires). Ca nous a fait marrer. Au final on réalise
que pour le public, on est le groupe avec le sheriff. Ca fait parler. C’est une
autre identité du groupe, pour se démarquer.
Propos recueillis à Belfort, le 1er juillet 2012.
Libellés :
Interview,
Los Disidentes Del Sucio Motel
mercredi 3 octobre 2012
Kiss Kiss Bang Bang : « Kaboom! »
Originaires de Los Angeles, le quintet Kiss Kiss Bang Bang a
tout d’abord été découvert par les Love Me Nots qui se sont empressés de les
recommander à leur label français, Bad Reputation. Quelle riche idée les Love
Me Nots ont-ils eu là ! Et on ne les remerciera jamais assez ! En
effet, Kiss Kiss Bang Bang est le genre de groupe dont on tombe immédiatement
amoureux. Ô certes, la formule est des plus classiques et il n’y a rien de
fondamentalement révolutionnaire là-dedans mais c’est oublier que l’urgence
reste et restera la vertu cardinale du rock n’roll. De fait, Kiss Kiss Bang
Bang entretien une certaine proximité artistique avec les Love me nots
utilisant les mêmes ingrédients, voix féminine, rythmique groovy, orgues et
grosses guitares. On retrouve tous les fondamentaux du garage rock, ce rock
n’roll, pas avare en décibels, mais ayant totalement intégré l’influence
fondamentale des musiques Noires. Et qu’est-ce qu’on aime ça ! C’est
bon ! Kiss Kiss Bang Bang pousse la formule dans ses derniers
retranchements, l’album est volontairement court, 12 titres en une petite
demi-heure, et le tout s’enchaîne sans le moindre temps mort. Tout est résumé
dans le titre : Kaboom ! Le genre de truc qui t’explose dans les oreilles
une fois la cellophane retirée. Les titres « Love Me Kill Me » et
« The Troubled Kind » montrent également tout le savoir-faire certain
du quintet en matière de jolies mélodies lorsqu’il s’agit de lever un peu le
pied de l’accélérateur. Ce qui a aussi pour mérite de mettre en valeur la jolie
voix de la chanteuse Devon Dunsmoor qui se place d’entrée de jeu dans le haut
du panier en la matière. Ladies and Gentlemen, ready to rock ? Kaboom!
mardi 2 octobre 2012
Mudhoney : Live in Berlin 1988
Mudhoney: Live in Berlin, 1988 - DVD Trailer from K7 Records on Vimeo.
Le 14 novembre prochain verra la sortie en DVD du concert donné par Mudhoney à Berlin, dans le cadre du festival Independant Days, en 1988. Le document, récemment retrouvé après avoir été estimé perdu à tout jamais pendant longtemps, est historique à plusieurs titres. Il s'agit tout d'abord du premier concert de Mudhoney, alors débutant, en dehors des Etats-Unis mais également du premier concert grunge donné en Europe. Le public européen découvrait alors là la scène de Seattle qui quelques années plus tard dominera les charts...
lundi 1 octobre 2012
Zero Zero : « Mayday »
Sur le dernier album des Love Me Nots, « The Demon and The Devotee », sorti en 2011, un titre nous avait particulièrement étonné.
Situé en troisième position sur le cd, « Demons » prenait le
contre-pied de tout ce qui avait fait la réputation des Love Me Nots, jouant
sur un registre plus new wave, le groupe révélait alors des sources
d’inspirations inattendues allant bien au-delà du garage rock des années 60.
Plutôt que de semer le doute et la confusion chez leurs fans, le duo Nicole
Laurenne et Michael Johnny Walker a préféré lancer un tout nouveau groupe, Zero
Zero dont le premier album, intitulé « Mayday » est un peu la suite
de ce qui avait été esquissé sur « Demons ». Ce nouveau projet
s’articule autour de la cheville ouvrière des Love Me Nots : la guitare de
Michael Johnny Walker et la chanteuse Nicole Laurenne qui a troqué pour
l’occasion ses orgues vintages, vox et farfisa, pour des synthés. Que ceux qui
attrapent une crise d’urticaire à la simple évocation des années 1980 se rassurent,
le duo n’a pas tourné le dos, loin s’en faut au rock échevelé qui a fait sa
réputation. A ce titre, des chansons comme « Tear it up » ou
« The Pink ones » n’auraient pas dépareillées sur un album des Love
Me Nots. Alors Love me nots / Zero Zero même combat ? Pas tout a fait.
Mais les points communs sont suffisamment nombreux pour que les fans d’un
groupe se retrouvent dans l’autre. Certes, le contexte est différent, plus pop
(« Go » ; « Two Wrongs »), des synthés tout droit
sortis des 1980s et des boîtes à rythmes font leur apparition sur certains
titres, la voix de Nicole semble aussi différente, plus modifiée ou moins
naturelle qu’à l’accoutumée. Mais l’exigence en matière de composition reste la
même, « I’ll wait », une des grandes réussites de l’album à tout du
tube potentiel. Le rock n’roll est tellement ancré dans les gênes du duo qu’il
est totalement impossible pour eux de s’en éloigner tout à fait. Quoi qu’il
fasse, le rock est toujours là tapi dans l’ombre, prêt à rugir. Idem pour le
groove et le swing qui a fait la réputation des Love Me Nots. Il n’y a dès lors
aucune raison pour ne pas suivre le duo dans cette nouvelle aventure. D’autant
qu’il a accouché, une fois de plus, d’un excellent disque.
Sortie le 5 octobre.
dimanche 30 septembre 2012
Pony Taylor : « How to fold paper in half twelve times »
D’emblée, dès les premières notes, Pony Taylor s’impose
comme une incongruité. Fans des sixties, les mods ne sont jamais bien loin,
rendu précis et énergique, ce groupe ne peut être qu’Anglais… Pas du tout, les
Pony Taylor, au nombre de cinq, sont français originaires d’Avignon. Sur ce
deuxième album, les Pony Taylor s’imposent comme des revivalistes de premier
ordre. C'est-à-dire de ceux qui au lieu de plagier le passé, préfèrent
continuer l’histoire. Prendre les mêmes ingrédients, en l’espèce des guitares
et des orgues vintages, et imaginer la suite de la grande aventure commencée
par les anciens des sixties. Ce nouvel effort les place de suite dans la
catégorie des groupes à suivre. Excellent songwriting, ambiances variées
(tantôt orgue, tantôt piano, arrangements de cordes) mais cohérentes le tout
est très bien produit sans faute de goût. Le petit plus se cache dans les
arrangements, le groupe a tâté, avec bonheur, de l’électro. Rien de trop voyant
ou clinquant cependant, juste quelques bruitages électro-rigolos qui
s’intègrent parfaitement dans le mix final sans dénaturer le fond, ancré dans
les sixties. C’est ce qui fait la force des Pony Taylor, propulser les sixties
dans le vingt-et-unième siècle, une dynamique moderne au service de
compositions classiques. Au point de réaliser de condenser en 12 titres 40
années d’histoires de la pop, de la fin des années 60 à nos jours. Réjouissant.
samedi 29 septembre 2012
John Morillion : « Love it all »
Le disque s’ouvre avec la power pop accrocheuse d’« Alive »
teintée d’influences des années 90. On pense alors être tombé sur un avatar
français de Weezer. Que nenni. Bien au contraire, multipliant les couleurs et
les ambiances, John Morrillion entraîne l’auditeur dans un cheminement unique
fait d’acoustique (« Such a light soul » ; « High »)
et de swing (« Fancy Cars » ; « Love it all » ; « Rat
in a trap »). S’il ne fait aucun doute que John aime le rock et les grosses
guitares, la palette du jeune parisien va bien au-delà. Avec un bonheur égal,
John touche un peu à tout, soignant ses mélodies et le rythme. Et finit par
coucher une œuvre consistante, où la patte de l’artiste est présente et qui
évite habilement l’écueil du patchwork. Mais le plus étonnant reste la voix de
l’artiste, un timbre légèrement éraillé et surtout polymorphe à tel point que l’on
finit par se demander si on écoute bien le même chanteur du début à la fin.
Soigné dans ses moindres détails, varié mais cohérent, voici un effort
inaugural particulièrement maîtrisé et prometteur pour la suite.
mercredi 26 septembre 2012
The Hyènes : « Peace and loud »
Le retour des héros. Longtemps cheville ouvrière de Noir
Désir, la doublette Denis Barthe/Jean-Paul Roy est de retour avec un nouveau
groupe, The Hyènes, projet éphémère formé à l’origine pour enregistrer la
musique d’un film avant que la nouvelle formation ne décide de prolonger
l’aventure avec un album en bonne et due forme. Vincent Bosler (Spooky Jam) et
Olivier Mathios (Ten Cuidado / Timides) les accompagne au sein de The Hyènes.
Les comparaisons étant (hélas) inévitables évacuons-les de suite en affirmant
que The Hyènes se situe à l’exact opposé de Noir Désir qui à la fin de sa
carrière s’était autant rapproché de la chanson qu’il s’était éloigné du rock n’roll.
Point de dérapage ici, The Hyènes privilégie une approche volontairement
binaire : grosses guitares et chansons volontairement courtes. Le retour à
un rock n’roll pur et dur, brut de fonderie, qui rappelle avec bonheur les
grandes heures du rock français de la fin des années 70 et du début des années
80. Un retour aux fondamentaux. La remarque vaut également pour les paroles,
toutes en français à l’exception de deux titres dans la langue de Shakespeare. Le
groupe a eu l’intelligence de s’éloigner de la poésie romantico-sombre qui a
certes fait le bonheur de Noir Désir mais qui aussi causé la perte de dizaines
de groupes qui ont commis l’erreur de vouloir imiter ce style inimitable.
Peut-on imaginer Bertrand Cantat chanter : « Je connais une chanson
qui va emmerder les gens » ? Les textes sont donc à l’unisson de la
musique, une approche directe et des mots simples privilégiant l’humour second
degré volontairement potache (« Die Deutschen ») ou la guillerette
provocation anti-bourgeois, sans tomber non plus dans la prise de tête. Au
final donc, un album de rock n’roll direct et efficace, pas d’une originalité
folle certes mais bien ficelé et foncièrement attachant. Contrairement à ce
qu’ils affirment, punk is not dead !
lundi 24 septembre 2012
Mass Hysteria : « L’armée des ombres »
Album après album, Mass Hysteria continue tranquillement sa
route en marge des courants et aux autres modes en vogue dans le petit monde du
rock français. S’il emprunte son nom au classique de Jean-Pierre Melville, ce
nouvel effort partage (un peu) la philosophie du grand maître du polar
français, une ambiance parfois un peu pesante (« Comedia
dell’inferno ») parfois traversé d’une lueur d’espoir
(« Positif à bloc »). Et surtout ce disque est fait d’ambiances,
de tensions à l’image de l’intro au piano de « Même si j’explose ».
Musicalement, le groupe évolue pas à pas. Les boucles électro, déjà présentes
sur le précédent album « failles », s’intègrent de mieux en mieux
dans le déluge de guitares qui est la marque de fabrique du groupe ("pulsion"). Fidèle à sa
réputation, le groupe soigne les détails, les arrangements, les rythmiques
plombées comme il se doit (le bassiste Vince Mercier, ex-Vegastar, Die on Monday a rejoint le groupe) et les textes toujours signés en français (ça devient
de plus en plus rare pour être souligné) comme un regard posé sur le monde qui
nous entoure. Mass Hysteria reste une valeur sure du métal à la française. Et
ce depuis 18 ans.
www.masshysteriaofficial.com
dimanche 23 septembre 2012
Ice-T prend la plume
Ice-T marche sur les pas de celui qui lui a inspiré son pseudonyme, le proxénète devenu écrivain Iceberg Slim, et rédige à son tour ses mémoires. L'ouvrage intitulé, "Mémoires de ma vie de gangster et de ma rédemption, de South Central à Hollywood", le voit restituer le fil d'une existence qui l'a vu passer du ghetto à la gloire international aussi bien comme rappeur, en solo ou avec son groupe fusion métal body count, que comme acteur (de nombreux films et la série télé "New York, Unité Spéciale")
Sortie le 15 novembre aux éditions G3J
samedi 22 septembre 2012
Los disidentes del sucio motel : "Z"
Los Disidentes Del Sucio Motel - "Z" (Official Clip) from Mathieu Garcia on Vimeo.
En attendant leur deuxième album, prévu pour cet hiver, le groupe stoner strasbourgeois est de retour avec un clip monumental frisant les dix minutes. Conçu comme un hommage à la série B (avec générique) le clip rend hommage au classique "la nuit des morts vivants" de George A. Romero.
www.facebook.com/lddsm
Libellés :
Los Disidentes Del Sucio Motel,
songs
Interview Ben Mazué
Si je peux me permettre une petite aparté personnelle, c’est
toujours un peu particulier pour moi d’interviewer Ben Mazué, simplement par
c’est avec lui que j’ai fait ma toute première « vraie » interview il
y a (déjà) quelques années de cela… Tripotant son téléphone, installé dans un
canapé le chanteur nous attends aujourd’hui pour évoque son nouveau disque,
« La règle des trois unités » qui s’inscrit dans un contexte
particulier comme un trait d’union entre deux albums. Confessions d’un rap
addict…
Ton nouvel EP s’inscrit dans une démarche un peu
particulière, comme un trait d’union entre tes deux premiers albums…
Ben Mazué : Oui un peu comme pour toutes les créations
artistiques d’une manière générale. J’avais fait un premier EP qui servait
d’intro à mon premier album et là c’est l’outro. La coda. Comme toutes les
conclusions elle clôt une histoire mais elle ouvre aussi sur une autre. L’idée
c’est ça. Fermer la page de l’album et d’ouvrir sur un nouveau. Pour boucler la
boucle j’ai repris différemment des morceaux de l’album mais aussi des chansons
que l’on n’avait finalement pas gardé. L’ouverture, c’est que j’ai réalisé tout
seul le disque. C’est une idée que je garde pour la suite. Il y a aussi moins
de richesse musicale.
L’EP s’appelle la règle des trois unités qui est une vieille
règle du théâtre classique. Le théâtre, c’est une activité qui tu voudrais
essayer ?
BM : Non, non pas du tout. Au contraire. Mais j’ai été
ravi de trouver une référence littéraire un peu classe. Moi je suis assez loin
de tout ça. J’avais répondu à une interview en faisant l’ep où j’expliquai que
cet EP a beaucoup plus d’unité que l’album qui était finalement un recueil des
morceaux des cinq dernières années. C’était beaucoup plus concentré en termes
d’écritures mais aussi d’enregistrement. On a tout enregistré très vite et dans
un seul endroit avec à peu près les mêmes instruments. Et là je me suis souvenu
de la règle des trois unités que j’avais appris petit à l’école. Je trouvais
cette règle très dogmatique mais elle fonctionnait à l’époque. J’ai
l’impression qu’il y a encore beaucoup de dogme dans l’art, si tu veux que ton
album marche il faut faire comme ça etc… Alors que la règle est absurde
aujourd’hui. C’est quelque chose que l’on a complètement quitté aujourd’hui
pour raconter une histoire. Et c’est tant mieux. On a plus de liberté. Je crois
que c’est ce qui nous manque dans la musique. On a besoin de plus de liberté.
Ne pas toujours faire des chansons qui soient couplets/refrains. On n’est pas
non plus toujours obligé de faire des singles. Il n’y a pas qu’une voie dans la
musique.
Deux chansons de l’ep « la valse » et « je
regrette » qui étaient déjà sur l’album. Il s’agît là de nouvelles
versions. Tu avais l’impression de ne pas en avoir fini avec ces titres ?
BM : L’idée c’était qu’on se rapproche des versions
telles que moi je les avais écrites. C’était pour garder cet esprit d’un album
entre deux albums.
On ne reconnaît plus trop le fan de hip hop dans l’ep…
BM : Je ne sais pas si l’idée c’est d’aller vers plus
de chanson. On parlait de l’absurdité de s’obliger à être dans un style. Moi je
veux aller vers plus de cohérence. Donner un nom à un album c’est déjà lui
donner une cohérence, c’est un trame. La question du rap, je ne me la pose même
pas. L’idée c’est que ça rentre dans un concept. Dans l’écriture, j’ai des
choses qui sont très scandées mais cela ne me dérange pas. Je n’ai pas peur. Le
hip hop n’est pas exclu de mon cadre.
Tu as un groupe maintenant. Tu peux nous en parler un
peu ?
BM : Clément (le guitariste, ndlr) est toujours là. On
s’est adjoint les services d’un batteur/percussionniste/chanteur. Ce qu’on
faisait à deux, on le fait à trois. Il y a toujours des boucles, des séquences
mais l’idée c’est qu’on le voit le moins possible. On essaye chacun de montrer
tout ce qu’on sait faire. C’est ça qui m’intéresse. Notre spectacle est le vrai
prolongement de notre ep. Il y a des morceaux très live. « La valse »
par exemple.
Le disque a été enregistré dans un appartement de
Montparnasse. Tu en as visité plusieurs, comment tu as su que c’était le
bon ?
BM : A chaque fois j’y allais avec l’ingénieur du son,
l’acoustique c’était vraiment la qualité principale. Je cherchais un endroit
qui soit assez éloigné d’un studio. Et puis quelque chose de très parisien ou
du moins qui correspond à l’idée que je m’en fais. Parquet, moulures. C’est le
genre d’ambiances qui m’inspirent. Je voulais du feutre, quelque chose de très
cosy. L’appartement je l’ai tout de suite aimé. C’était un peu le bordel à l’intérieur,
tu n’avais pas peur de bouger un fauteuil, un meuble. Il était dans un tel
état. C’était ce qu’on recherchait. On est très content de l’expérience moi je
suis prêt à la renouveler. C’est la grosse qualité de la musique d’aujourd’hui,
les studios sont mobiles. Encore plus qu’avant. « Harvest » de Neil
Young avait été fait dans une grange.
Ca s’entend d’ailleurs…
BM : Oui, c’est vrai (sourire).
Quelle différence tu fais avec ton travail en studio ?
Tu penses que le fait d’enregistrer en appartement s’entende dans le résultat
final ?
BM : Je pense que oui. On était beaucoup plus libre, il
n’y avait pas ce côté : attention l’horloge tourne. Je n’aurais pas pu
faire d’ep du tout si je n’avais pas été en appartement. Je n’aurais pas senti
d’arriver en studio et de diriger tout seul les opérations. Les arrangements
par exemple, je ne sais pas toujours comment arranger mes morceaux. Pour
certains j’avais une idée mais bon. Il me fallait un endroit très neutre en
matière de réflexion pour que je puisse justement y réfléchir. Le studio
m’aurait bloqué. J’aurais pensé que je n’ai aucune légitimité pour faire ça et
qu’il me fallait un réalisateur. Pour faire un parallèle avec le cinéma,
d’habitude je ne suis que le scénariste de mon album. C’est quelqu’un d’autre
qui réalise et qui finalement décide de l’humeur générale. Là j’ai décidé de
réaliser moi-même pour voir jusqu’où je pouvais aller. Le résultat n’est
peut-être pas hyper riche mais il me correspond plus.
Tu dis que le résultat te correspond plus, mais il s’agît de
ton troisième disque. Ca vient de l’expérience ?
BM : Oui mais je pense que je dirais la même chose à
chaque album. Tu te rapproches toujours un peu plus de ce que tu recherches.
Est-ce à dire que finalement, ton premier disque n’est pas
très personnel ?
BM : Pourtant si. Mais une fois qu’il est sorti ça ne
t’intéresses plus, t’as envie de passer à autre chose. D’essayer autre choses.
J’ai envie d’aventures musicales.
Le sentiment de liberté que tu as évoqué t’a manqué sur le
premier album ?
BM : Non. J’étais là pour ça aussi. J’avais envie
d’optimiser mes morceaux. Il fallait que le réalisateur emmène la chanson là où
je voulais en venir. Là où je ne sais pas l’emmener. Les lignes de cordes, de
cuivres, toutes les programmations de batteries. J’étais incapable de faire ne
serait-ce qu’un quart de ce qu’a pu inventer Régis (Ceccarelli, l’arrangeur et
réalisateur du premier album de Ben, ndlr). J’avais les yeux grands ouverts.
J’avais envie de comprendre comment on travaille, comment ça marche.
Quelques mots sur « Je regrette », les paroles
sont assez touchantes. C’est un morceau assez personnel je crois…
BM : C’est la chanson qui parle des amis. C’est la
suite de « Mes monuments ». C’est très important d’être lié par le
quotidien. Dans « Je regrette » je précise que c’est très compliqué,
d’être lié par le quotidien. Finalement on est plus lié avec ses collègues ou
sa famille proche, femme, enfants, qu’avec ses amis ou sa famille plus large.
Je trouve ça dommage. Moi, c’est ce qui me nourrit. Donc je regrette. C’est
aussi une sorte de signal d’alarme. Il est temps de se réveiller, on ne va pas
tous aller dans ce schéma de vie classique où autour de trente ans on perd nos
amis au profit de nos crédits, femmes et enfants. On va plutôt faire l’effort
de rester unis.
Notre conversation avec Ben s’achève dans un dernier
sourire : « A chaque fois tu me fais parler pendant des
heures »…
www.benmazue.com
Propos recueillis le 4 juin 2012.
dimanche 16 septembre 2012
Richard Galliano : « Piazzolla Forever »
Au-delà des notes, ce disque nous conte une histoire, celle
de l’indéfectible amitié qui unissait ces deux maîtres de l’accordéon,
l’Argentin Astor Piazzolla et le français Richard Galliano. L’argentin
inventeur du « new tango » qui inspirera le français lorsqu’il se
lancera dans l’aventure du « new musette ». Meurtri par la
disparition de son ami (en 1992), Richard Galliano formera le « Piazzolla
Forever » septet dix ans plus tard. Sept musiciens issus des registres
classiques et jazz pour rendre hommage à la musique d’Astor Piazzolla. Une
tournée mondiale s’en suivra puis chacun retournera vaquer à ses occupations
premières. 2012. Astor Piazzolla a disparu il y a maintenant vingt ans et cet
enregistrement d’un concert donné en 2002 lors d’un festival de jazz en Suisse
voit le jour. Un luxueux digipack composé d’un cd et d’un dvd. Que les oreilles
peu averties de l’accordéon (à commencer par celles de l’auteur de ces lignes)
se rassurent ; la chose est d’une musicalité extrême. Entouré par son
groupe, des cordes (violons, contrebasse et violoncelle) et un piano,
l’accordéoniste Richard Galliano emmène la musique d’Astor Piazzolla vers des
rivages à la fois jazz et classiques tout en conservant la latinité du projet.
La mélodie est mise en avant entrecoupant les envolées euphoriques et la
mélancolie ou inversement. De la joie et de la peine. C’est surtout un très
beau moment de musique. Et qui se prolonge puisque le Piazzolla Forever a
décidé de reprendre la route en cette année 2012.
Libellés :
Astor Piazzolla,
Richard Galliano
Shana Morrison + Van Morrison, L’Olympia, 14 septembre 2012.
Retour sur une scène parisienne du vieux barde irlandais
dans un registre inédit. Ancien leader des Them, un fameux groupe rock des 60s
reconverti en chanteur folk lors de la décennie suivante, Van Morrison est
désormais un crooner entre jazz et blues pratiquant plus volontiers le
saxophone ou l’harmonica que la guitare acoustique qu’il n’a pas touché de la
soirée. Entouré par une formation au grand complet, guitare, batterie, basse
(ou contrebasse), percussions, claviers et cuivres, Van Morrison débarque sur
scène impeccable dans son costume noir, chapeau et lunettes fumées. Ambiance
feutrée (voire peut être un peu trop), musiciens de haut vol, on assiste à une
prestation de grande classe, Morrison revisitant la grande musique étasunienne
se glissant dans les guêtres d’un crooner jazz à la Frank Sinatra ou faisant
rugir son harmonica dans un registre plus blues. Les titres s’enchaînent
naturellement, la soirée se passe agréablement même si Morrison parle peu au
public. Pourtant il manque quand même un petit quelque chose qui rendrait le
tout vraiment inoubliable, un peu de peps, un peu de folie… C’est un peu à
l’image de sa nouvelle version de « Gloria », qui clôture la soirée
moins électrique avec des arrangements de cuivres, un des plus grands hymnes de
l’histoire du rock n’roll devient une ballade jazzy. Un petit mot pour finir
sur Shana Morrison très seyante dans sa robe rouge, qui a assuré la première
partie de son père avec beaucoup d’aplomb évoluant entre country, blues et rock
n’roll. Une belle soirée.
jeudi 13 septembre 2012
Interview avec les Wankin’ Noodles
Quelques heures avant de mettre la maroquinerie à feu et à
sang, les sales gosses mais absolument charmants et très rigolos des Wankin
Noodles, installés dans leur loge, prennent le temps de répondre à quelques
questions. Chez les Wankin Noodles tout est une question de style. Tirés à
quatre épingles, dans leurs tenues de scène, chemises et cravates, le groupe
est en pleine préparation d’avant concert. Le chanteur Régis, un peigne dans
une main, la mousse coiffante dans l’autre, en pleine effervescence capillaire
pré-concert, nous accueille. On ne plaisante pas avec la classe !
Vous avez le bonjour des Manceau !
Wankin’Noodles : Ah cool ! Pareil !
Il y a une grosse émulation sur la scène Rennaise en ce
moment…
WN : On a plein de groupes que l’on connaît depuis
plusieurs années et tout le monde sort des disques en même temps. On commence à
avoir des groupes qui font parler d’eux au niveau national. Souvent on reproche
aux groupes qui ont fait les transmusicales, comme nous, de ne pas sortir de
Rennes. Ce qui est dommage. Là on est quelques uns à s’être mis le défi de
sortir de Rennes et de le faire bien. Ce qui intéressant c’est que chacun à des
expériences individuelles qu’il partage avec tout le monde. On s’entraide, on
se prête du matos, on se file des coups de mains… C’est super intéressant. C’est
assez vivant et ultra dynamique.
Alors, les Wankin’Noodles, comment vous avez commencé ?
WN : Comme beaucoup de jeunes des Côtes d’Armor, on a
fait nos études supérieures à Rennes. On s’est retrouvé d’un coup dans une
grande ville, qui brasse les musiciens. On était tous un peu musiciens avant.
On s’est retrouvé et on voulait fonder un groupe ultra énergique, très
scénique. On s’est retrouvé par hasard, tu connais un musicien qui connaît un
musicien… Tu fais une soirée avec untel qui a fait une soirée avec untel… Au
final tout le monde se connaît un peu… Au début on était juste quatre mecs qui
ne se connaissait pas vraiment beaucoup mais qui avaient les mêmes influences
et on avait envie de croquer de la scène très vite…
Wankin’Noodles (tentative de traduction hasardeuse : Nouilles Branleuses, ndlr), ça vient d’où ?
WN : Ca sonne super et ça ne veut rien dire…
Pas de référence onaniste donc…
WN : Plus le côté branleur disons (rires)… Nous sommes
d’incroyables branleurs (rires) ! Enfin, nous sommes des éternels
adolescents. Et l’adolescent masculin reste un branleur. Et puis un nom qui
accroche sans avoir de réelle signification collait bien au projet qui se veut
très accrocheur et qui se revendique très stupide, très débile. On n’est pas du
tout engagés… Nos sujets sont toujours très simples. On nous pose la question
assez souvent et on commence à développer une sorte de parano sur le sujet.
Rolling Stones ça ne voulait pas dire grand-chose. Supergrass non plus (ça, ça
reste à voir, ndlr). C’est une identité qui correspond à notre musique et à
l’état d’esprit dans laquelle on la fait.
Chanter en français pour un groupe garage, musicalement
assez typé US, c’était un défi ?
WN : OUI ! C’était un vrai défi qu’on nous a posé.
Pour le côté garage, Dutronc était assez garage. Peut-être que nous on fait un
travail tautologique pour en arriver à la conclusion que Dutronc était très
sixties comme le garage rock. Pour nous ça reste le même travail, chercher des
hymnes, des formules accrocheuses. C’est plus compliqué en français, ça peut
très vite tourner au « vinaigre variet ». Ca prend du temps. En trois
mots tu peux flinguer un titre. Tout dépends de l’écriture, de l’orchestration,
du mix. Nous l’album on l’a voulu très anglais, très rock n’roll, assez
violent. Avec le traitement français, la voix au-dessus des instrumentations,
tout de suite… C’est une vision très anglaise de textes en français, tout
simplement. On trouvait ça intéressant, beaucoup de groupes qui chantent en
français… Font du français. Nous ce n’est pas ça. On ne se reconnaît pas dans
le rock français, tous ces gens qui bâtissent du post-Noir Désir. Ca, il n’y a
que Noir Désir qui a réussi à le faire.
C’est le problème du rock français…
WN : C’EST LE PROBLEME DU ROCK FRANÇAIS (rires) !
Nous on n’a pas eu l’impression de se vendre. Mais on a essayé plein de trucs.
Franchement ça a été un gros labo. Il y a des fois on se disait « on est
en train de se vendre » simplement par ce que le résultat ne nous plaisait
pas. Mais sur cet album, on n’a mis que des choses que l’on a envie de voir en
live. On les a mis sur disque par ce qu’on arrive à les maîtriser, à sentir et
à défendre. Il n’y a rien de FM pour attirer le chaland. Passer derrière les BB
Brunes on s’en fout. « Tu dormiras seule ce soir » est notre single
par ce qu’il s’agît de notre titre le plus accrocheur, pas parce qu’elle est en
français même si c’est cool que les gens la comprennent. Mais l’exercice est
très amusant. Quand on arrive à avoir des choses qui nous font plaisir. Ca
devient vachement très divertissement, c’est très fun d’être compris
directement sur un concert. Quatre vingt dix pour cent de nos dates ce sont
quand même passées sur le territoire français pour l’instant. On travaille la
formule par ce que c’est assez jouissif d’être compris tout de suite. Le public
tend l’oreille différemment. L’écoute et l’attention sont complètement
différentes.
Votre réputation scénique vous précède. La scène vous
excite ?
WN : Complètement. C’est le moteur du groupe. Si on a
fait un disque, monté un groupe, un label, tout ça c’est pour faire du live.
C’est cette vie là qu’on veut. Même l’album a été enregistré dans les
conditions du live, dans une salle de concert. L’ubu à Rennes. On l’a
enregistré tous ensemble comme pendant un concert pour retrouver cette
sensation là quand on écoute le disque. Le groupe est tellement lié à la scène…
On ne voyait pas d’autres manières de faire. On n’était pas persuadés,
contrairement aux labels, que les gens auraient envie d’entendre les chansons
« posées », mises à plat, travaillées. En fait on essaye de capter
sur disque les « moments ». Comme quand on est en concert, qu’on joue
ensemble, il y a des « moments » où il se passe quelque chose. On
voulait capter ça, cette grâce, quitte à garder les erreurs. Il y a des pains
sur l’album, mais ils font partie de notre musique.
Comment est-ce que vous vous êtes retrouvés en Russie et en
République Tchèque ?
WN : On est des enfants des Transmusicales. On a pu
faire plein de dates grâce au concert des Trans. Ca nous a beaucoup apporté. La
petite cerise sur le gâteau, c’est que l’année suivante ils ont fait deux
transexports en Russie et en République Tchèque. Moi (Régis le chanteur, ndlr)
qui ai peur de l’avion j’y suis allé. Au final c’était une expérience
incroyable.
Qu’avez-vous retiré de ce voyage ?
WN : De l’envie ! Les concerts étaient vraiment
super, les gens ont accroché. On est français et pour l’instant on joue
principalement pour des français sur une culture qui est finalement très anglo-saxonne
mais vue de France. Là c’était l’occasion de confronter tout ça à un public qui
a une culture complètement différente. Le rock n’roll en Russie, on ne l’a pas
forcément au biberon. D’ailleurs ils n’en peuvent plus de ce qu’ils entendent
chez eux, que des djs qui jouent une espèce de techno à moitié 80s… Les petits
artistes sont très mal représentés. Là-bas il n’y a que des têtes d’affiches,
des gros noms et pas de première partie… C’était d’ailleurs assez marrant pour
nous de faire les festivals au milieu des stars. Après on n’est pas non plus
entré en profondeur dans la culture russe. On est resté trois jours pour deux
concerts… Mais c’était incroyable de confronter notre musique à l’autre bout du
monde… Ca nous confirme dans notre envie de faire du live et de tourner partout
où on pourra.
Votre album sonne très garage, pensez-vous que cette scène
est en train de se développer en France ?
WN : Elle a toujours été là. Mais elle a toujours
vivoté. On peut se demander d’ailleurs c’est quoi le garage ? Pour nous
c’est un son et un esprit de groupe. On ne fait pas la même musique que les
Hushpuppies mais eux aussi revendiquent cette culture garage rock. Cette
culture sixties… Nous on n’est pas un groupe revival, on ne se revendique pas
non plus comme l’incarnation parfaite du garage. Tu prends les Hives, ils se
considèrent comme le plus grand groupe garage du monde alors qu’ils deviennent
de plus en plus un groupe de stade, qu’on adore cependant… Et pour toi c’est
quoi ta définition du garage ?
Une réinterprétation sauvage et rock n’roll des musiques
black…
WN : Ca rend pas mal.
Quelques mots sur votre chanson « Paris » ?
WN : Précision importante, « Paris » n’est
pas une chanson pour chier sur Paris. On n’espère pas la vendre à l’OM… C’est
surtout une chanson pour chier sur le parisianisme ou du moins sur une certaine
conception de la chose. Evidemment, Paris c’est beau et il y a des trucs
supers. Mais nous on est un groupe de province et quand on vient jouer ici, il
y a parfois des parisiens qui arrivent à te persuader que Paris est vraiment
incroyable et que toi tu n’es vraiment rien… Les conditions sont cent fois
mieux en province pour faire des concerts. Quand t’arrives à Paris souvent,
mais pas tout le temps, tu passes pour le tocard de province. Nous on est les
provinciaux, c’est vous les tocards ! Encore une fois, on aime bien taper
débilement sur ce qui nous embête… Tout est dans les paroles. Quand on
chante : « La ville est fière de ses remparts qui n’abritent plus
grand-chose » on ne s’en prends pas à Paris. Pourquoi il y a un tel
décalage entre ce qui se passe à Paris et ce qui se passent en province à tel
point que les parisiens ne sont même pas au courant de ce qui se passe chez
nous ? Il y a des gens en province qui développent un état d’esprit très
anti-parisien. Alors que nous on a côtoyé des groupes parisiens qu’on a trouvé
énormes. En fait on essaye juste de faire chier un petit peu pour provoquer une
réaction. On est parti de ce constat musical mais c’est valable pour tout, dans
l’art ou la culture en général. On ne cherche pas à créer le conflit, Paris
c’est aussi une rigolade, cette chanson on la joue en concert quand on vient
ici. Paris est faîte de provinciaux de toute façon. Nous on n’a pas eu de
retours négatifs en tout cas.
Elle vous a fait quoi Beth Ditto, au juste ? (Chanteuse
de Gossip, la question fait référence au
titre « Kill Beth Ditto » des Wankin’Noodles, ndlr)
WN : C’est un peu le même principe de la petite baffe.
Quand on a écrit cette chanson, Beth Ditto était partout. Il y a une histoire,
on est un peu des conteurs, toute simple : nous, les Wankin’Noodles sommes
un groupe de rock n’roll et notre ambition est, clairement, de conquérir le
monde. Comment fait-on ? On traverse l’Atlantique, en super-héros, tu arrives
à New York et au milieu de la hype new-yorkaise il y a l’énorme Beth Ditto qui
mange les hipsters, qui erre dans les rues et écrase les voitures. En résumé
elle nous barre le passage. Donc nous on se met à son niveau et on va lui péter
la gueule. On va te péter la gueule (il insiste). Et du coup on lui péte la
gueule. On justifie notre acte. C’est le droit chemin. Dans les paroles on
dit : « on va tous vous sauver », on va vous sauver de son joug
tyrannique… Beth Ditto c’est probablement quelqu’un de super cool, c’est ce que
les médias on en fait et ce qu’elle représente qui nous pose problème. Tout
comme on tape sur Paris. Gossip a probablement fait aussi la maroquinerie (où
se passe l’interview, ndlr) à l’époque où le groupe était super underground. Et
quatre ans après ils passent à Bercy et tout le monde se reconnaît là dedans,
dans une espèce de grand-messe. Nous on n’a pas envie de susciter ça. Si un
jour on remplit Bercy, j’espère que les gens n’auront pas peur de nous dire des
fuck. Nous on a envie de s’en prendre au « sacré ». Ce qui devient
sacré, il faut le désacraliser, faire pipi dans un coin, comme dans une église
(rires). « Kill Beth Ditto » c’est exactement ça.
Et « Tu dormiras seule ce soir » (le premier
single du groupe, ndlr) ? Une copine m’a demandé si vous aviez des
problèmes avec la gent féminine ?
WN : Oh non, pas du tout !!!!
Plus sérieusement, c’est un peu gonflé comme titre pour un
premier single…
WN : Ouais (très fier d’eux). Encore une fois c’est
traiter d’un sujet qui concerne tout le monde, les relations garçons-filles,
d’une manière inédite. Mais le morceau fonctionne aussi du point de vue d’une
fille et être rapidement transformé en sens inverse. Le sujet s’est imposé
assez naturellement puisque c’est arrivé à tout le monde (de se faire larguer,
ndlr). Et qui n’avait jamais vraiment été traité de cette manière là. Nous on
n’aime bien aller taquiner un peu… On a écrit cette chanson, assez bête et
méchante sur le mode, je te quitte parce que tu me casses les couilles… C’était
assez intéressant. Souvent c’est « tu m’aimes plus, je suis triste par ce
que tu m’as quitté, je t’aime plus bla bla bla »… Jamais personne n’a
jamais dit : « TU ME FAIS CHIER, DEGAGE !!!! »
(rires). Une aubaine comme ça, on n’allait pas passer à côté, évidemment !
C’est un sentiment fort, on a essayé de l’exprimer avec des mots simples, c’est
ça qu’on cherche aussi. On est plus littéral que littéraire.
J’aimerai, à titre personnel, avoir quelques explications
sur le titre « Rex Régis »…
WN : C’est du latin, et ça veut dire le roi où le
maître (Rex est la racine latine du mot roi mais aussi des prénoms Régis et
Régine, ndlr). On parle du point de vue d’un personnage qui ne souhaite que le
pouvoir. Qui décide un beau jour de s’accomplir et de monter au château pour mettre
du sang sur la couronne. Il va tuer le roi, il ne veut plus avoir de maître, il
va devenir le maître. Il va devenir le pire des dictateurs. Cela s’adresse aux
gens qui font de la politique ou ce genre de choses. Et qui se fichent que ce
pouvoir va peut-être les anéantir eux-mêmes. Le dictateur finit souvent assez
mal en général. C’est sa voie de monter tout en haut, de faire saigner le
peuple et pleurer les braves gens. Il le dit d’ailleurs, il ira en enfer mais
ce n’est pas grave parce que tous ces potes sont déjà là-bas. C’est un morceau
qui a beaucoup évolué avec le live. On gardé cette trame qui venait du live sur
l’enregistrement. Avec une montée psychédélique très malsaine. C’est dans la
continuité de l’album, un thème, le pouvoir, qui nous fait marrer.
Comme avec Beth Ditto ?
WN : C’est un peu différent. C’est un peu plus
abstrait. Mais il y a une continuité, une trame qui se tient. Les femmes, le
pouvoir, la luxure, le vice… C’est du rock n’roll tout ça (rires). C’est un
album de gangsta-rap en fait. Snoop Dog n’aurait pas fait mieux (rires) !
Mais on reste très polis, je pense. Les textes sont assez élégants, on essaye
d’être classieux. A part « Kill Beth Ditto » où il y a quand-même un
appel au meurtre (rires) ! Ca serait bien qu’elle trouve ça drôle. Je
trouverais ça super, si un jour on se retrouve sur le même festival, qu’elle
vienne sur scène avec nous pendant « Kill Beth Ditto ». Si nous on
monte pendant qu’elle descend, on va peut-être se rejoindre à un moment. On
verra…
Un petit mot pour finir sur le label que vous avez
monté ?
WN : La wankin’noodles company ! On était deux
doigts de signer avec un label. Mais on s’est rendu compte qu’on était à des
kilomètres de ce qu’on avait envie de faire. En France notre démarche allait
difficilement être comprise des labels. Il y a un public qui avait envie de
nous voir en concert, tout risquait de retomber à force d’attendre. Le groupe
était en pleine mutation, le line up avait changé. L’album était en cours
d’écriture, la ligne directrice était de plus en plus claire, il fallait faire
du rock n’roll pur sang, sans diluer. Les labels ont vu le français, des choses
qu’ils voulaient développer pour être « bankable ». Et nous on a
senti que l’attente allait nous tuer, il fallait provoquer ce premier album,
très vite. Le gros avantage, même si c’est beaucoup de boulot par ailleurs,
c’est d’avoir vraiment les clés de la création. On a fait ce qu’on
voulait : on n’est pas allé en studio mais dans une salle de spectacle, on
a fait un album volontairement court, le clip nous correspond exactement… Les
pochettes, tout viens de nous et c’est super important pour le groupe et tous
les gens qui travaillent avec nous, l’éditeur, l’équipe technique etc… On a
vraiment travaillé avec cette notion d’équipe, de collectif, et tout ces gens
ont été associés à cette idée de label. On a réussi à faire une sortie sans
qu’une personne moins impliquée, mais qui signe les chèques, ne vienne mettre
son nez dans nos affaires. On a peut-être mis de côté les études de marché mais
c’était pour pouvoir aller au bout de notre démarche. C’était une nécessité
pour nous d’aller vite. Comme pour le live. On sait où est notre métier, on
sait ce qu’est notre travail sur ce projet, il ne fallait pas faire autre
chose. Pas pour l’instant en tout cas. C’est bien beau d’être signé encore
faut-il que le contenu te plaise à 100 %. J’espère que les groupes signés
peuvent y prétendre, en tout cas nous, sans être signés, c’est ce qu’on est
allé chercher. Sans, bien sur, fermer la porte à une signature. Il faut que les
conditions nous conviennent et que l’on puisse faire l’album qui nous plaît.
C’est aussi beaucoup de responsabilités, de tâches
administratives… Beaucoup laissent tomber parce que c’est trop prenant…
WN : Ca on va le découvrir avec le temps… On en est au
tout début. On a la chance d’être entourés, d’autres groupes comme Manceau par
exemple, se sont lancés dans la création de label. Il y a beaucoup d’entraide
entre les groupes. C’est aussi parfois beaucoup de stress, mais c’est le prix à
payer et on est prêt à le payer. On reste positifs dans notre démarche. On
apprend, on se développe. On verra où on sera dans six mois, dans un an…
Propos recueillis le 25 avril 2012.
jeudi 6 septembre 2012
Lady Linn and her Magnificent Seven : « No Goodbye at all »
Dans cette magnifique machine à remonter le temps à laquelle
peut parfois s’apparenter l’écoute d’un disque, arrêtons-nous un instant à la
station sixties en compagnie de la charmante Lady Linn. Déjà auteur d’un
excellent disque, « Here we go again », dont la sortie a été confinée
dans sa Belgique natale Lady Linn est encore relativement inconnue dans
l’hexagone ; « No goodbye at all » est sa première sortie
française. Si les Dieux du swing existent, cet anonymat ne devrait guère durer.
« No goodbye at all » est en effet un disque de tout premier ordre,
débordant de classe, au swing assumé avec assurance. Si il est bien question de
jazz, parfois en version big band, parfois délicieusement vintage ou doo-wop
(« Good Morning »), Lady ne se prive pas d’un pas de côté en
direction de la pop (« over »).
Le tout baigne dans une ambiance délicatement sixties et colorée à
souhait. Au fil de l’écoute de ces douze compositions, on fait peu à peu la
découverte d’une véritable chanteuse, une très belle voix légèrement grave avec
beaucoup de coffre. Et lorsque une telle voix rencontre l’habillage musical
idoine, alors la réussite ne peut qu’être au rendez-vous.
Libellés :
Lady Linn and Her Magnificent Seven
mercredi 5 septembre 2012
Blake Worrell : « Blake it up ep »
En marge de son groupe hip hop, The Puppetmastaz, le
californien exilé à Berlin Blake Worrell sort son premier ep en solo
« Blake it up » composé de cinq titres. En séparant le hip hop de ses
racines great black american music, Blake Worrell obtient un résultat original
et parfois déroutant. Parsemant son flow d’arrangements électro pop, Blake
Worrell étonne. Le tout baigne dans une atmosphère sombre voire franchement
sinistre dans une veine proche du dubstep parfois éclairé par quelques
aspirations plus pop. Dans l’ensemble c’est assez réussi même si, avouons-le,
le tout est assez éloigné des préoccupations principales de l’auteur de ces
lignes.
mardi 4 septembre 2012
Wallis Bird
Troisième album pour cette mystérieuse artiste irlandaise.
Pratiquant avec bonheur l’art du contre-pied, Wallis Bird nous embobine pour,
dans un premier temps, se faire passer pour une chanteuse folk. Que
nenni ! Si le disque s’ouvre bien sur les arpèges délicats et mélodique
d’une guitare acoustique (la très réussie « Dress my skin and Become what
i’m supposed to »), c’est pour mieux nous rouler dans la farine dès le
titre suivant « I am so tired of that line » aux atours très pop.
Autant de titres qui résonnent comme une perpétuelle recherche directionnelle. Ainsi
va ce troisième de Wallis Bird, bondissant de surprises en surprises,
durcissant le ton à l’occasion ou optant pour une approche quasi-expérimentale
(la dernière plage « Polarised »). De cette collection hétéroclite de
chansons la plus réussie reste à notre sens « Heartbeating City » au
tempo plein de sensibilité swing. Divers et varié, le disque de Wallis évite
pourtant l’écueil du patchwork désordonné grâce à sa voix délicate qui suffit
pour marquer chaque titre de son empreinte où son style inimitable à la guitare
résultant d’un accident de jeunesse ayant abîmé sa main gauche, ce qui impacte
encore son jeu de guitare à ce jour. Finement troussé, bien que pas facilement
saisissable, ce disque s’avère être une excellente surprise.
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