samedi 22 septembre 2012

Interview Ben Mazué




Si je peux me permettre une petite aparté personnelle, c’est toujours un peu particulier pour moi d’interviewer Ben Mazué, simplement par c’est avec lui que j’ai fait ma toute première « vraie » interview il y a (déjà) quelques années de cela… Tripotant son téléphone, installé dans un canapé le chanteur nous attends aujourd’hui pour évoque son nouveau disque, « La règle des trois unités » qui s’inscrit dans un contexte particulier comme un trait d’union entre deux albums. Confessions d’un rap addict…

Ton nouvel EP s’inscrit dans une démarche un peu particulière, comme un trait d’union entre tes deux premiers albums…
Ben Mazué : Oui un peu comme pour toutes les créations artistiques d’une manière générale. J’avais fait un premier EP qui servait d’intro à mon premier album et là c’est l’outro. La coda. Comme toutes les conclusions elle clôt une histoire mais elle ouvre aussi sur une autre. L’idée c’est ça. Fermer la page de l’album et d’ouvrir sur un nouveau. Pour boucler la boucle j’ai repris différemment des morceaux de l’album mais aussi des chansons que l’on n’avait finalement pas gardé. L’ouverture, c’est que j’ai réalisé tout seul le disque. C’est une idée que je garde pour la suite. Il y a aussi moins de richesse musicale.

L’EP s’appelle la règle des trois unités qui est une vieille règle du théâtre classique. Le théâtre, c’est une activité qui tu voudrais essayer ?
BM : Non, non pas du tout. Au contraire. Mais j’ai été ravi de trouver une référence littéraire un peu classe. Moi je suis assez loin de tout ça. J’avais répondu à une interview en faisant l’ep où j’expliquai que cet EP a beaucoup plus d’unité que l’album qui était finalement un recueil des morceaux des cinq dernières années. C’était beaucoup plus concentré en termes d’écritures mais aussi d’enregistrement. On a tout enregistré très vite et dans un seul endroit avec à peu près les mêmes instruments. Et là je me suis souvenu de la règle des trois unités que j’avais appris petit à l’école. Je trouvais cette règle très dogmatique mais elle fonctionnait à l’époque. J’ai l’impression qu’il y a encore beaucoup de dogme dans l’art, si tu veux que ton album marche il faut faire comme ça etc… Alors que la règle est absurde aujourd’hui. C’est quelque chose que l’on a complètement quitté aujourd’hui pour raconter une histoire. Et c’est tant mieux. On a plus de liberté. Je crois que c’est ce qui nous manque dans la musique. On a besoin de plus de liberté. Ne pas toujours faire des chansons qui soient couplets/refrains. On n’est pas non plus toujours obligé de faire des singles. Il n’y a pas qu’une voie dans la musique.

Deux chansons de l’ep « la valse » et « je regrette » qui étaient déjà sur l’album. Il s’agît là de nouvelles versions. Tu avais l’impression de ne pas en avoir fini avec ces titres ?
BM : L’idée c’était qu’on se rapproche des versions telles que moi je les avais écrites. C’était pour garder cet esprit d’un album entre deux albums.

On ne reconnaît plus trop le fan de hip hop dans l’ep…
BM : Je ne sais pas si l’idée c’est d’aller vers plus de chanson. On parlait de l’absurdité de s’obliger à être dans un style. Moi je veux aller vers plus de cohérence. Donner un nom à un album c’est déjà lui donner une cohérence, c’est un trame. La question du rap, je ne me la pose même pas. L’idée c’est que ça rentre dans un concept. Dans l’écriture, j’ai des choses qui sont très scandées mais cela ne me dérange pas. Je n’ai pas peur. Le hip hop n’est pas exclu de mon cadre.

Tu as un groupe maintenant. Tu peux nous en parler un peu ?
BM : Clément (le guitariste, ndlr) est toujours là. On s’est adjoint les services d’un batteur/percussionniste/chanteur. Ce qu’on faisait à deux, on le fait à trois. Il y a toujours des boucles, des séquences mais l’idée c’est qu’on le voit le moins possible. On essaye chacun de montrer tout ce qu’on sait faire. C’est ça qui m’intéresse. Notre spectacle est le vrai prolongement de notre ep. Il y a des morceaux très live. « La valse » par exemple.

Le disque a été enregistré dans un appartement de Montparnasse. Tu en as visité plusieurs, comment tu as su que c’était le bon ?
BM : A chaque fois j’y allais avec l’ingénieur du son, l’acoustique c’était vraiment la qualité principale. Je cherchais un endroit qui soit assez éloigné d’un studio. Et puis quelque chose de très parisien ou du moins qui correspond à l’idée que je m’en fais. Parquet, moulures. C’est le genre d’ambiances qui m’inspirent. Je voulais du feutre, quelque chose de très cosy. L’appartement je l’ai tout de suite aimé. C’était un peu le bordel à l’intérieur, tu n’avais pas peur de bouger un fauteuil, un meuble. Il était dans un tel état. C’était ce qu’on recherchait. On est très content de l’expérience moi je suis prêt à la renouveler. C’est la grosse qualité de la musique d’aujourd’hui, les studios sont mobiles. Encore plus qu’avant. « Harvest » de Neil Young avait été fait dans une grange.

Ca s’entend d’ailleurs…
BM : Oui, c’est vrai (sourire).

Quelle différence tu fais avec ton travail en studio ? Tu penses que le fait d’enregistrer en appartement s’entende dans le résultat final ?
BM : Je pense que oui. On était beaucoup plus libre, il n’y avait pas ce côté : attention l’horloge tourne. Je n’aurais pas pu faire d’ep du tout si je n’avais pas été en appartement. Je n’aurais pas senti d’arriver en studio et de diriger tout seul les opérations. Les arrangements par exemple, je ne sais pas toujours comment arranger mes morceaux. Pour certains j’avais une idée mais bon. Il me fallait un endroit très neutre en matière de réflexion pour que je puisse justement y réfléchir. Le studio m’aurait bloqué. J’aurais pensé que je n’ai aucune légitimité pour faire ça et qu’il me fallait un réalisateur. Pour faire un parallèle avec le cinéma, d’habitude je ne suis que le scénariste de mon album. C’est quelqu’un d’autre qui réalise et qui finalement décide de l’humeur générale. Là j’ai décidé de réaliser moi-même pour voir jusqu’où je pouvais aller. Le résultat n’est peut-être pas hyper riche mais il me correspond plus.

Tu dis que le résultat te correspond plus, mais il s’agît de ton troisième disque. Ca vient de l’expérience ?
BM : Oui mais je pense que je dirais la même chose à chaque album. Tu te rapproches toujours un peu plus de ce que tu recherches.

Est-ce à dire que finalement, ton premier disque n’est pas très personnel ?
BM : Pourtant si. Mais une fois qu’il est sorti ça ne t’intéresses plus, t’as envie de passer à autre chose. D’essayer autre choses. J’ai envie d’aventures musicales.

Le sentiment de liberté que tu as évoqué t’a manqué sur le premier album ?
BM : Non. J’étais là pour ça aussi. J’avais envie d’optimiser mes morceaux. Il fallait que le réalisateur emmène la chanson là où je voulais en venir. Là où je ne sais pas l’emmener. Les lignes de cordes, de cuivres, toutes les programmations de batteries. J’étais incapable de faire ne serait-ce qu’un quart de ce qu’a pu inventer Régis (Ceccarelli, l’arrangeur et réalisateur du premier album de Ben, ndlr). J’avais les yeux grands ouverts. J’avais envie de comprendre comment on travaille, comment ça marche.

Quelques mots sur « Je regrette », les paroles sont assez touchantes. C’est un morceau assez personnel je crois…
BM : C’est la chanson qui parle des amis. C’est la suite de « Mes monuments ». C’est très important d’être lié par le quotidien. Dans « Je regrette » je précise que c’est très compliqué, d’être lié par le quotidien. Finalement on est plus lié avec ses collègues ou sa famille proche, femme, enfants, qu’avec ses amis ou sa famille plus large. Je trouve ça dommage. Moi, c’est ce qui me nourrit. Donc je regrette. C’est aussi une sorte de signal d’alarme. Il est temps de se réveiller, on ne va pas tous aller dans ce schéma de vie classique où autour de trente ans on perd nos amis au profit de nos crédits, femmes et enfants. On va plutôt faire l’effort de rester unis.  

Notre conversation avec Ben s’achève dans un dernier sourire : « A chaque fois tu me fais parler pendant des heures »…
www.benmazue.com

Propos recueillis le 4 juin 2012.

dimanche 16 septembre 2012

Richard Galliano : « Piazzolla Forever »



Au-delà des notes, ce disque nous conte une histoire, celle de l’indéfectible amitié qui unissait ces deux maîtres de l’accordéon, l’Argentin Astor Piazzolla et le français Richard Galliano. L’argentin inventeur du « new tango » qui inspirera le français lorsqu’il se lancera dans l’aventure du « new musette ». Meurtri par la disparition de son ami (en 1992), Richard Galliano formera le « Piazzolla Forever » septet dix ans plus tard. Sept musiciens issus des registres classiques et jazz pour rendre hommage à la musique d’Astor Piazzolla. Une tournée mondiale s’en suivra puis chacun retournera vaquer à ses occupations premières. 2012. Astor Piazzolla a disparu il y a maintenant vingt ans et cet enregistrement d’un concert donné en 2002 lors d’un festival de jazz en Suisse voit le jour. Un luxueux digipack composé d’un cd et d’un dvd. Que les oreilles peu averties de l’accordéon (à commencer par celles de l’auteur de ces lignes) se rassurent ; la chose est d’une musicalité extrême. Entouré par son groupe, des cordes (violons, contrebasse et violoncelle) et un piano, l’accordéoniste Richard Galliano emmène la musique d’Astor Piazzolla vers des rivages à la fois jazz et classiques tout en conservant la latinité du projet. La mélodie est mise en avant entrecoupant les envolées euphoriques et la mélancolie ou inversement. De la joie et de la peine. C’est surtout un très beau moment de musique. Et qui se prolonge puisque le Piazzolla Forever a décidé de reprendre la route en cette année 2012.

Shana Morrison + Van Morrison, L’Olympia, 14 septembre 2012.


Retour sur une scène parisienne du vieux barde irlandais dans un registre inédit. Ancien leader des Them, un fameux groupe rock des 60s reconverti en chanteur folk lors de la décennie suivante, Van Morrison est désormais un crooner entre jazz et blues pratiquant plus volontiers le saxophone ou l’harmonica que la guitare acoustique qu’il n’a pas touché de la soirée. Entouré par une formation au grand complet, guitare, batterie, basse (ou contrebasse), percussions, claviers et cuivres, Van Morrison débarque sur scène impeccable dans son costume noir, chapeau et lunettes fumées. Ambiance feutrée (voire peut être un peu trop), musiciens de haut vol, on assiste à une prestation de grande classe, Morrison revisitant la grande musique étasunienne se glissant dans les guêtres d’un crooner jazz à la Frank Sinatra ou faisant rugir son harmonica dans un registre plus blues. Les titres s’enchaînent naturellement, la soirée se passe agréablement même si Morrison parle peu au public. Pourtant il manque quand même un petit quelque chose qui rendrait le tout vraiment inoubliable, un peu de peps, un peu de folie… C’est un peu à l’image de sa nouvelle version de « Gloria », qui clôture la soirée moins électrique avec des arrangements de cuivres, un des plus grands hymnes de l’histoire du rock n’roll devient une ballade jazzy. Un petit mot pour finir sur Shana Morrison très seyante dans sa robe rouge, qui a assuré la première partie de son père avec beaucoup d’aplomb évoluant entre country, blues et rock n’roll. Une belle soirée.

jeudi 13 septembre 2012

Interview avec les Wankin’ Noodles





Quelques heures avant de mettre la maroquinerie à feu et à sang, les sales gosses mais absolument charmants et très rigolos des Wankin Noodles, installés dans leur loge, prennent le temps de répondre à quelques questions. Chez les Wankin Noodles tout est une question de style. Tirés à quatre épingles, dans leurs tenues de scène, chemises et cravates, le groupe est en pleine préparation d’avant concert. Le chanteur Régis, un peigne dans une main, la mousse coiffante dans l’autre, en pleine effervescence capillaire pré-concert, nous accueille. On ne plaisante pas avec la classe !  

Vous avez le bonjour des Manceau !
Wankin’Noodles : Ah cool ! Pareil !

Il y a une grosse émulation sur la scène Rennaise en ce moment…
WN : On a plein de groupes que l’on connaît depuis plusieurs années et tout le monde sort des disques en même temps. On commence à avoir des groupes qui font parler d’eux au niveau national. Souvent on reproche aux groupes qui ont fait les transmusicales, comme nous, de ne pas sortir de Rennes. Ce qui est dommage. Là on est quelques uns à s’être mis le défi de sortir de Rennes et de le faire bien. Ce qui intéressant c’est que chacun à des expériences individuelles qu’il partage avec tout le monde. On s’entraide, on se prête du matos, on se file des coups de mains… C’est super intéressant. C’est assez vivant et ultra dynamique.

Alors, les Wankin’Noodles, comment vous avez commencé ?
WN : Comme beaucoup de jeunes des Côtes d’Armor, on a fait nos études supérieures à Rennes. On s’est retrouvé d’un coup dans une grande ville, qui brasse les musiciens. On était tous un peu musiciens avant. On s’est retrouvé et on voulait fonder un groupe ultra énergique, très scénique. On s’est retrouvé par hasard, tu connais un musicien qui connaît un musicien… Tu fais une soirée avec untel qui a fait une soirée avec untel… Au final tout le monde se connaît un peu… Au début on était juste quatre mecs qui ne se connaissait pas vraiment beaucoup mais qui avaient les mêmes influences et on avait envie de croquer de la scène très vite…

Wankin’Noodles (tentative de traduction hasardeuse : Nouilles Branleuses, ndlr), ça vient d’où ?
WN : Ca sonne super et ça ne veut rien dire…

Pas de référence onaniste donc…
WN : Plus le côté branleur disons (rires)… Nous sommes d’incroyables branleurs (rires) ! Enfin, nous sommes des éternels adolescents. Et l’adolescent masculin reste un branleur. Et puis un nom qui accroche sans avoir de réelle signification collait bien au projet qui se veut très accrocheur et qui se revendique très stupide, très débile. On n’est pas du tout engagés… Nos sujets sont toujours très simples. On nous pose la question assez souvent et on commence à développer une sorte de parano sur le sujet. Rolling Stones ça ne voulait pas dire grand-chose. Supergrass non plus (ça, ça reste à voir, ndlr). C’est une identité qui correspond à notre musique et à l’état d’esprit dans laquelle on la fait.

Chanter en français pour un groupe garage, musicalement assez typé US, c’était un défi ?
WN : OUI ! C’était un vrai défi qu’on nous a posé. Pour le côté garage, Dutronc était assez garage. Peut-être que nous on fait un travail tautologique pour en arriver à la conclusion que Dutronc était très sixties comme le garage rock. Pour nous ça reste le même travail, chercher des hymnes, des formules accrocheuses. C’est plus compliqué en français, ça peut très vite tourner au « vinaigre variet ». Ca prend du temps. En trois mots tu peux flinguer un titre. Tout dépends de l’écriture, de l’orchestration, du mix. Nous l’album on l’a voulu très anglais, très rock n’roll, assez violent. Avec le traitement français, la voix au-dessus des instrumentations, tout de suite… C’est une vision très anglaise de textes en français, tout simplement. On trouvait ça intéressant, beaucoup de groupes qui chantent en français… Font du français. Nous ce n’est pas ça. On ne se reconnaît pas dans le rock français, tous ces gens qui bâtissent du post-Noir Désir. Ca, il n’y a que Noir Désir qui a réussi à le faire.

C’est le problème du rock français…
WN : C’EST LE PROBLEME DU ROCK FRANÇAIS (rires) ! Nous on n’a pas eu l’impression de se vendre. Mais on a essayé plein de trucs. Franchement ça a été un gros labo. Il y a des fois on se disait « on est en train de se vendre » simplement par ce que le résultat ne nous plaisait pas. Mais sur cet album, on n’a mis que des choses que l’on a envie de voir en live. On les a mis sur disque par ce qu’on arrive à les maîtriser, à sentir et à défendre. Il n’y a rien de FM pour attirer le chaland. Passer derrière les BB Brunes on s’en fout. « Tu dormiras seule ce soir » est notre single par ce qu’il s’agît de notre titre le plus accrocheur, pas parce qu’elle est en français même si c’est cool que les gens la comprennent. Mais l’exercice est très amusant. Quand on arrive à avoir des choses qui nous font plaisir. Ca devient vachement très divertissement, c’est très fun d’être compris directement sur un concert. Quatre vingt dix pour cent de nos dates ce sont quand même passées sur le territoire français pour l’instant. On travaille la formule par ce que c’est assez jouissif d’être compris tout de suite. Le public tend l’oreille différemment. L’écoute et l’attention sont complètement différentes.


Votre réputation scénique vous précède. La scène vous excite ?
WN : Complètement. C’est le moteur du groupe. Si on a fait un disque, monté un groupe, un label, tout ça c’est pour faire du live. C’est cette vie là qu’on veut. Même l’album a été enregistré dans les conditions du live, dans une salle de concert. L’ubu à Rennes. On l’a enregistré tous ensemble comme pendant un concert pour retrouver cette sensation là quand on écoute le disque. Le groupe est tellement lié à la scène… On ne voyait pas d’autres manières de faire. On n’était pas persuadés, contrairement aux labels, que les gens auraient envie d’entendre les chansons « posées », mises à plat, travaillées. En fait on essaye de capter sur disque les « moments ». Comme quand on est en concert, qu’on joue ensemble, il y a des « moments » où il se passe quelque chose. On voulait capter ça, cette grâce, quitte à garder les erreurs. Il y a des pains sur l’album, mais ils font partie de notre musique.

Comment est-ce que vous vous êtes retrouvés en Russie et en République Tchèque ?    
WN : On est des enfants des Transmusicales. On a pu faire plein de dates grâce au concert des Trans. Ca nous a beaucoup apporté. La petite cerise sur le gâteau, c’est que l’année suivante ils ont fait deux transexports en Russie et en République Tchèque. Moi (Régis le chanteur, ndlr) qui ai peur de l’avion j’y suis allé. Au final c’était une expérience incroyable.

Qu’avez-vous retiré de ce voyage ?
WN : De l’envie ! Les concerts étaient vraiment super, les gens ont accroché. On est français et pour l’instant on joue principalement pour des français sur une culture qui est finalement très anglo-saxonne mais vue de France. Là c’était l’occasion de confronter tout ça à un public qui a une culture complètement différente. Le rock n’roll en Russie, on ne l’a pas forcément au biberon. D’ailleurs ils n’en peuvent plus de ce qu’ils entendent chez eux, que des djs qui jouent une espèce de techno à moitié 80s… Les petits artistes sont très mal représentés. Là-bas il n’y a que des têtes d’affiches, des gros noms et pas de première partie… C’était d’ailleurs assez marrant pour nous de faire les festivals au milieu des stars. Après on n’est pas non plus entré en profondeur dans la culture russe. On est resté trois jours pour deux concerts… Mais c’était incroyable de confronter notre musique à l’autre bout du monde… Ca nous confirme dans notre envie de faire du live et de tourner partout où on pourra.

Votre album sonne très garage, pensez-vous que cette scène est en train de se développer en France ?
WN : Elle a toujours été là. Mais elle a toujours vivoté. On peut se demander d’ailleurs c’est quoi le garage ? Pour nous c’est un son et un esprit de groupe. On ne fait pas la même musique que les Hushpuppies mais eux aussi revendiquent cette culture garage rock. Cette culture sixties… Nous on n’est pas un groupe revival, on ne se revendique pas non plus comme l’incarnation parfaite du garage. Tu prends les Hives, ils se considèrent comme le plus grand groupe garage du monde alors qu’ils deviennent de plus en plus un groupe de stade, qu’on adore cependant… Et pour toi c’est quoi ta définition du garage ?

Une réinterprétation sauvage et rock n’roll des musiques black…
WN : Ca rend pas mal.

Quelques mots sur votre chanson « Paris » ?
WN : Précision importante, « Paris » n’est pas une chanson pour chier sur Paris. On n’espère pas la vendre à l’OM… C’est surtout une chanson pour chier sur le parisianisme ou du moins sur une certaine conception de la chose. Evidemment, Paris c’est beau et il y a des trucs supers. Mais nous on est un groupe de province et quand on vient jouer ici, il y a parfois des parisiens qui arrivent à te persuader que Paris est vraiment incroyable et que toi tu n’es vraiment rien… Les conditions sont cent fois mieux en province pour faire des concerts. Quand t’arrives à Paris souvent, mais pas tout le temps, tu passes pour le tocard de province. Nous on est les provinciaux, c’est vous les tocards ! Encore une fois, on aime bien taper débilement sur ce qui nous embête… Tout est dans les paroles. Quand on chante : « La ville est fière de ses remparts qui n’abritent plus grand-chose » on ne s’en prends pas à Paris. Pourquoi il y a un tel décalage entre ce qui se passe à Paris et ce qui se passent en province à tel point que les parisiens ne sont même pas au courant de ce qui se passe chez nous ? Il y a des gens en province qui développent un état d’esprit très anti-parisien. Alors que nous on a côtoyé des groupes parisiens qu’on a trouvé énormes. En fait on essaye juste de faire chier un petit peu pour provoquer une réaction. On est parti de ce constat musical mais c’est valable pour tout, dans l’art ou la culture en général. On ne cherche pas à créer le conflit, Paris c’est aussi une rigolade, cette chanson on la joue en concert quand on vient ici. Paris est faîte de provinciaux de toute façon. Nous on n’a pas eu de retours négatifs en tout cas.

Elle vous a fait quoi Beth Ditto, au juste ? (Chanteuse de Gossip, la question fait  référence au titre « Kill Beth Ditto » des Wankin’Noodles,  ndlr)
WN : C’est un peu le même principe de la petite baffe. Quand on a écrit cette chanson, Beth Ditto était partout. Il y a une histoire, on est un peu des conteurs, toute simple : nous, les Wankin’Noodles sommes un groupe de rock n’roll et notre ambition est, clairement, de conquérir le monde. Comment fait-on ? On traverse l’Atlantique, en super-héros, tu arrives à New York et au milieu de la hype new-yorkaise il y a l’énorme Beth Ditto qui mange les hipsters, qui erre dans les rues et écrase les voitures. En résumé elle nous barre le passage. Donc nous on se met à son niveau et on va lui péter la gueule. On va te péter la gueule (il insiste). Et du coup on lui péte la gueule. On justifie notre acte. C’est le droit chemin. Dans les paroles on dit : « on va tous vous sauver », on va vous sauver de son joug tyrannique… Beth Ditto c’est probablement quelqu’un de super cool, c’est ce que les médias on en fait et ce qu’elle représente qui nous pose problème. Tout comme on tape sur Paris. Gossip a probablement fait aussi la maroquinerie (où se passe l’interview, ndlr) à l’époque où le groupe était super underground. Et quatre ans après ils passent à Bercy et tout le monde se reconnaît là dedans, dans une espèce de grand-messe. Nous on n’a pas envie de susciter ça. Si un jour on remplit Bercy, j’espère que les gens n’auront pas peur de nous dire des fuck. Nous on a envie de s’en prendre au « sacré ». Ce qui devient sacré, il faut le désacraliser, faire pipi dans un coin, comme dans une église (rires). « Kill Beth Ditto » c’est exactement ça.

Et « Tu dormiras seule ce soir » (le premier single du groupe, ndlr) ? Une copine m’a demandé si vous aviez des problèmes avec la gent féminine ?
WN : Oh non, pas du tout !!!!

Plus sérieusement, c’est un peu gonflé comme titre pour un premier single…
WN : Ouais (très fier d’eux). Encore une fois c’est traiter d’un sujet qui concerne tout le monde, les relations garçons-filles, d’une manière inédite. Mais le morceau fonctionne aussi du point de vue d’une fille et être rapidement transformé en sens inverse. Le sujet s’est imposé assez naturellement puisque c’est arrivé à tout le monde (de se faire larguer, ndlr). Et qui n’avait jamais vraiment été traité de cette manière là. Nous on n’aime bien aller taquiner un peu… On a écrit cette chanson, assez bête et méchante sur le mode, je te quitte parce que tu me casses les couilles… C’était assez intéressant. Souvent c’est « tu m’aimes plus, je suis triste par ce que tu m’as quitté, je t’aime plus bla bla bla »… Jamais personne n’a jamais dit : « TU ME FAIS CHIER, DEGAGE !!!! » (rires). Une aubaine comme ça, on n’allait pas passer à côté, évidemment ! C’est un sentiment fort, on a essayé de l’exprimer avec des mots simples, c’est ça qu’on cherche aussi. On est plus littéral que littéraire.

J’aimerai, à titre personnel, avoir quelques explications sur le titre « Rex Régis »…
WN : C’est du latin, et ça veut dire le roi où le maître (Rex est la racine latine du mot roi mais aussi des prénoms Régis et Régine, ndlr). On parle du point de vue d’un personnage qui ne souhaite que le pouvoir. Qui décide un beau jour de s’accomplir et de monter au château pour mettre du sang sur la couronne. Il va tuer le roi, il ne veut plus avoir de maître, il va devenir le maître. Il va devenir le pire des dictateurs. Cela s’adresse aux gens qui font de la politique ou ce genre de choses. Et qui se fichent que ce pouvoir va peut-être les anéantir eux-mêmes. Le dictateur finit souvent assez mal en général. C’est sa voie de monter tout en haut, de faire saigner le peuple et pleurer les braves gens. Il le dit d’ailleurs, il ira en enfer mais ce n’est pas grave parce que tous ces potes sont déjà là-bas. C’est un morceau qui a beaucoup évolué avec le live. On gardé cette trame qui venait du live sur l’enregistrement. Avec une montée psychédélique très malsaine. C’est dans la continuité de l’album, un thème, le pouvoir, qui nous fait marrer.

Comme avec Beth Ditto ?
WN : C’est un peu différent. C’est un peu plus abstrait. Mais il y a une continuité, une trame qui se tient. Les femmes, le pouvoir, la luxure, le vice… C’est du rock n’roll tout ça (rires). C’est un album de gangsta-rap en fait. Snoop Dog n’aurait pas fait mieux (rires) ! Mais on reste très polis, je pense. Les textes sont assez élégants, on essaye d’être classieux. A part « Kill Beth Ditto » où il y a quand-même un appel au meurtre (rires) ! Ca serait bien qu’elle trouve ça drôle. Je trouverais ça super, si un jour on se retrouve sur le même festival, qu’elle vienne sur scène avec nous pendant « Kill Beth Ditto ». Si nous on monte pendant qu’elle descend, on va peut-être se rejoindre à un moment. On verra…

Un petit mot pour finir sur le label que vous avez monté ?
WN : La wankin’noodles company ! On était deux doigts de signer avec un label. Mais on s’est rendu compte qu’on était à des kilomètres de ce qu’on avait envie de faire. En France notre démarche allait difficilement être comprise des labels. Il y a un public qui avait envie de nous voir en concert, tout risquait de retomber à force d’attendre. Le groupe était en pleine mutation, le line up avait changé. L’album était en cours d’écriture, la ligne directrice était de plus en plus claire, il fallait faire du rock n’roll pur sang, sans diluer. Les labels ont vu le français, des choses qu’ils voulaient développer pour être « bankable ». Et nous on a senti que l’attente allait nous tuer, il fallait provoquer ce premier album, très vite. Le gros avantage, même si c’est beaucoup de boulot par ailleurs, c’est d’avoir vraiment les clés de la création. On a fait ce qu’on voulait : on n’est pas allé en studio mais dans une salle de spectacle, on a fait un album volontairement court, le clip nous correspond exactement… Les pochettes, tout viens de nous et c’est super important pour le groupe et tous les gens qui travaillent avec nous, l’éditeur, l’équipe technique etc… On a vraiment travaillé avec cette notion d’équipe, de collectif, et tout ces gens ont été associés à cette idée de label. On a réussi à faire une sortie sans qu’une personne moins impliquée, mais qui signe les chèques, ne vienne mettre son nez dans nos affaires. On a peut-être mis de côté les études de marché mais c’était pour pouvoir aller au bout de notre démarche. C’était une nécessité pour nous d’aller vite. Comme pour le live. On sait où est notre métier, on sait ce qu’est notre travail sur ce projet, il ne fallait pas faire autre chose. Pas pour l’instant en tout cas. C’est bien beau d’être signé encore faut-il que le contenu te plaise à 100 %. J’espère que les groupes signés peuvent y prétendre, en tout cas nous, sans être signés, c’est ce qu’on est allé chercher. Sans, bien sur, fermer la porte à une signature. Il faut que les conditions nous conviennent et que l’on puisse faire l’album qui nous plaît.

C’est aussi beaucoup de responsabilités, de tâches administratives… Beaucoup laissent tomber parce que c’est trop prenant…
WN : Ca on va le découvrir avec le temps… On en est au tout début. On a la chance d’être entourés, d’autres groupes comme Manceau par exemple, se sont lancés dans la création de label. Il y a beaucoup d’entraide entre les groupes. C’est aussi parfois beaucoup de stress, mais c’est le prix à payer et on est prêt à le payer. On reste positifs dans notre démarche. On apprend, on se développe. On verra où on sera dans six mois, dans un an…


Propos recueillis le 25 avril 2012. 

jeudi 6 septembre 2012

Lady Linn and her Magnificent Seven : « No Goodbye at all »




Dans cette magnifique machine à remonter le temps à laquelle peut parfois s’apparenter l’écoute d’un disque, arrêtons-nous un instant à la station sixties en compagnie de la charmante Lady Linn. Déjà auteur d’un excellent disque, « Here we go again », dont la sortie a été confinée dans sa Belgique natale Lady Linn est encore relativement inconnue dans l’hexagone ; « No goodbye at all » est sa première sortie française. Si les Dieux du swing existent, cet anonymat ne devrait guère durer. « No goodbye at all » est en effet un disque de tout premier ordre, débordant de classe, au swing assumé avec assurance. Si il est bien question de jazz, parfois en version big band, parfois délicieusement vintage ou doo-wop (« Good Morning »), Lady ne se prive pas d’un pas de côté en direction de la pop (« over »).  Le tout baigne dans une ambiance délicatement sixties et colorée à souhait. Au fil de l’écoute de ces douze compositions, on fait peu à peu la découverte d’une véritable chanteuse, une très belle voix légèrement grave avec beaucoup de coffre. Et lorsque une telle voix rencontre l’habillage musical idoine, alors la réussite ne peut qu’être au rendez-vous.

mercredi 5 septembre 2012

Blake Worrell : « Blake it up ep »




En marge de son groupe hip hop, The Puppetmastaz, le californien exilé à Berlin Blake Worrell sort son premier ep en solo « Blake it up » composé de cinq titres. En séparant le hip hop de ses racines great black american music, Blake Worrell obtient un résultat original et parfois déroutant. Parsemant son flow d’arrangements électro pop, Blake Worrell étonne. Le tout baigne dans une atmosphère sombre voire franchement sinistre dans une veine proche du dubstep parfois éclairé par quelques aspirations plus pop. Dans l’ensemble c’est assez réussi même si, avouons-le, le tout est assez éloigné des préoccupations principales de l’auteur de ces lignes.

mardi 4 septembre 2012

Wallis Bird




Troisième album pour cette mystérieuse artiste irlandaise. Pratiquant avec bonheur l’art du contre-pied, Wallis Bird nous embobine pour, dans un premier temps, se faire passer pour une chanteuse folk. Que nenni ! Si le disque s’ouvre bien sur les arpèges délicats et mélodique d’une guitare acoustique (la très réussie « Dress my skin and Become what i’m supposed to »), c’est pour mieux nous rouler dans la farine dès le titre suivant « I am so tired of that line » aux atours très pop. Autant de titres qui résonnent comme une perpétuelle recherche directionnelle. Ainsi va ce troisième de Wallis Bird, bondissant de surprises en surprises, durcissant le ton à l’occasion ou optant pour une approche quasi-expérimentale (la dernière plage « Polarised »). De cette collection hétéroclite de chansons la plus réussie reste à notre sens « Heartbeating City » au tempo plein de sensibilité swing. Divers et varié, le disque de Wallis évite pourtant l’écueil du patchwork désordonné grâce à sa voix délicate qui suffit pour marquer chaque titre de son empreinte où son style inimitable à la guitare résultant d’un accident de jeunesse ayant abîmé sa main gauche, ce qui impacte encore son jeu de guitare à ce jour. Finement troussé, bien que pas facilement saisissable, ce disque s’avère être une excellente surprise.

jeudi 30 août 2012

Los disidentes del sucio motel + Flashfalcon : « East side story »



LDDSM + Flashfalcon


Reprenant à leur compte une formule qui a connu un certain succès aux Etats-Unis dans les années 90, les alsaciens Los disidentes delsucio motel s’associent avec leurs potes Flashfalcon pour sortir un split ep. Pour résumer : un disque, deux groupes, huit titres, une face de quatre chansons chacun (il s’agît d’un vinyle comme à la grande époque). Trois inédits par groupe et puisqu’il faut bien rigoler un peu, Los disidentes s’amusent à reprendre un titre des Flashfalcon et vice-versa. Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, Los disidentes del sucio motel sont un groupe de métal stoner déjà auteur d’un album et que l’on a également pu admirer sur scène récemment lors des Eurockéeennes de Belfort. C’est avec plaisir qu’on les retrouve ici en pleine forme. Le son est énorme, les rythmes claquent et les guitares sont compactes. Les quatre titres des Disidentes s’enchaînent sans temps morts entre tempi enlevés (« Eternal lonesome boy ») où plus lourds (« Persia »). Le stoner rock (mouvement né au plein milieu du désert) peut être d’une certaine manière interprété comme une réinterprétation métallique de musiques étasuniennes nettement plus telluriques. Et c’est précisément ce que l’on entend ici, des solos de guitare wha-wha acides, et autres emprunts mélodiques venant apporter recul et distanciation aux assauts bruts du métal. Si l’on connaissait déjà relativement bien Los disidentes del sucio motel, ce disque permet de faire la découverte de Flashfalcon. Plutôt une belle découverte en l’occurrence que ce groupe évoluant également dans un genre de stoner un peu similaire que celui des Disidentes. Flashfalcon est peut être un peu plus punk, rentre dedans, plus lourd en résumé. Quoi qu’il en soit, les deux groupes se complètent très bien. Suffisamment en tout cas pour faire de cette galette un achat intéressant pour tous les fans du genre…    

mardi 28 août 2012

The Dandy Warhols




Ils sont cool les Dandy Warhols. C’est peut-être même le groupe le plus cool du monde. Ils ont en tout cas été les seuls artistes de calibre international à avoir donné une conférence de presse pendant la dernière édition de rock en seine. Et par chance on y était. De près Courtney Taylor, accompagné par l’occasion du batteur (et accessoirement son cousin) Brent deBoer donnent l’impression d’avoir pris un coup de vieux (Courtney vient de fêter ses 45 ans) malgré les cheveux longs et les looks d’éternels adolescents. Impression encore renforcée par les lunettes de vue que Courtney arbore quand il n’est pas sur scène. Arrivé un peu en retard le duo débarque verres, de vin pour Courtney, et clopes à la main. Le vin semble être une passion pour Courtney qui s’est récemment épris de la chose œnologique au point de traverser les Etats-Unis de long en large afin de goûter les breuvages et de glaner les informations nécessaires avant de lancer sa propre cuvée. Sur le nouvel album de son groupe, le chanteur se fait à peine moins disert : « Le titre This machine est un hommage à Woody Guthrie qui arborait un sticker « This machine kills fascists » sur sa guitare. Puis dans les années 60 Donovan avait un sticker « This Machine kills » sur son instrument. Et ensuite ben DAH !!!! » esquisse-t-il dans un sourire. « Je ne suis pas un très bon songwriter » enchaîne-t-il. La confidence peut surprendre venant d’un personnage souvent brocardé par la presse dans le passé pour ses déclarations fracassantes et autres sorties plus ou moins heureuses. Avant de préciser sa pensée : « enfin dans le sens où je suis incapable de rester assis derrière un bureau toute la journée pour écrire des chansons. En fait je n’arrête jamais d’écrire, l’inspiration vient au fil du temps. Sur ce nouveau disque il y a des morceaux que j’avais commencés il y a 14 ans ! C’est pour ça que cela nous prend autant de temps pour faire un disque. On n’a pas assez de titres tout simplement. C’est aussi pour cela que l’on ne s’est jamais lancé dans un concept album. Mais là on a procédé différemment tout le monde à contribué à l’écriture ». La notoriété des Dandy Warhols a subi un soudain coup d’accélérateur il y a sept ans avec la sortie du (fascinant) documentaire Dig!, réalisé par Ondi Timoner, film pour lequel elle a filmé pendant sept ans le groupe et leurs potes du Brian Jonestown Massacre. Expérience sur laquelle le batteur Brent de Boer apporte aujourd’hui un éclairage nouveau : « En fait il y avait plein de choses intéressantes, des conversations hyper profondes, sur l’art et la philosophie qui n’ont pas été filmées. Je la voyais qui attendait avec la caméra sous le bras. Elle n’appuyait sur le bouton « on » qu’à partir du moment où quelqu’un commençait à crier où quand il y avait un début de bagarre… » Pas d’amertume cependant pour les deux hommes, probablement conscients de tout ce que « Dig ! » leurs a apporté. Courtney : « Anton et Joel (Newcombe et Gion, respectivement leader et tambourine man du Brian Jonestown Massacre, ndlr) sont incroyables dans le film. Nous, on n’est pas aussi géniaux… » balaye-t-il de la main. Quant à Brent de Boer, il se marre encore d’avoir « été interviewé sous la douche » pour les besoins du film. Le sujet semble cependant être clos « Enough ! » s’exclame Courtney sans jamais se départir de sa coolitude naturelle. Il admet cependant ne pas être fâché, contrairement à ce que la conclusion du film laisse supposer, avec Anton Newcombe et confie même « qu’ils se parlent toutes les semaines » confirmant que ce dernier «est actuellement en train de remixer des titres de notre dernier album » et allant même jusqu’à révéler l’existence d’un mystérieux « nouveau projet avec Anton » provoquant stupeur et regards interloqués chez la dizaine de journalistes présents dans la petite salle d’interview. Courtney, tu parles trop où pas assez ! Il faut que tu nous en dises plus ! Impossible cependant de tirer un mot supplémentaire au chanteur devenu soudainement très placide. Alors que Social Distortion prend possession de la grande scène qui jouxte la salle d’interview, Courtney hume et fait tourner son verre de vin transvasant le précieux liquide d’un verre à l’autre : « Ce Bordeaux est vraiment excellent. Le Bordeaux c’est ce que je préfère, mais vous les Français vous êtes les maîtres des arts de la table et vous savez tout cela par cœur. N’est-ce pas ? ». Les fines parois de la salle d’interview laissent passer la musique des Social Distortion à un volume plus que respectable. « Je crois que l’on devrait tous aller les voir, c’est le meilleur groupe du week end » affirme Courtney mettant ainsi fin de manière assez abrupte, mais toujours cool, à la conférence de presse. Super sympas, ils prennent quand même le temps de faire des photos souvenirs dans l’espace presse avant de s’esquiver entre deux palissades, dont l’accès est reservé aux artistes : « Désolé, mais je dois absolument aller voir Social Distortion »…

Propos recueillis lors de la conférence de presse donnée par le groupe le 26 août 2012 dans le cadre du festival rock en seine.

lundi 27 août 2012

Rock en Seine 2012 (2ème partie)

Noel Gallagher (c) Nicolas Joubard
Granville (c) Sylvere Hieulle



Samedi 25 Août 2012 : La journée commence avec le concert d’Of Monsters and Men, mené par une charmante chanteuse, groupe typiquement islandais (comprendre atmosphérique et mélodique) mais aux sonorités légèrement plus dures que la production habituelle issue de l’île de l’Atlantique nord. Le temps de traverser le site et on tombe dans une faille temporelle ouverte par les normands de Granville. Pop swing typiquement sixties, textes au charme désuet chantés en français, le tout rappelle les yéyés des années soixante. Délicieusement suranné. Un vent de fraîcheur souffle sur le festival. Quelques mètres seulement nous sépare de la scène de la cascade où se produit Alberta Cross. Une autre faille temporelle s’ouvre sous nos pieds et on se réveille une décennie plus tard en plein délire hard rock 1970s (cela rappelle un peu les Rival Sons pour citer un autre groupe récent). Gros son, cela envoie, et tout cela nous semble bien éloignée de l’influence (pourtant revendiquée) de Depeche Mode. Mais qu’importe après tout. Déglingué et rock n’roll, Alberta Cross, c’est la grande classe… On retrouve un peu plus tard le duo The Bots (guitare + batterie) sur la scène, un peu plus intimiste, de Pression Live. Là encore c’est une histoire de gros son mélangeant une guitare punk et une batterie plus métal. L’adjonction temporaire d’un clavier apporte un soupçon pop mélodique à l’ensemble, pas franchement désagréable à l’oreille. C’est frais et enjoué, rappelons que la fratrie composant le groupe est âgée de 15 et 18 ans seulement ce qui fait d’eux les benjamins de cette édition 2012. Ils jouent avec l’enthousiasme de leur jeunesse. Garçons adorables et bien élevés, ils chantent même happy birthday pour leur manager. On retient son souffle quand le chanteur se met en tête d’escalader l’échafaudage situé sur le côté de la scène… Toujours aussi efficace les Deus… Les années ne semblent pas avoir de prise sur le groupe belge mené par Tom Barman toujours aussi inspiré dans un registre noise rock typiquement 90s (mais absolument pas daté) qu’ils s’amusent à pousser dans ses derniers retranchements. Une journée assez dense donc avant l’exceptionnel enchaînement du soir sur la grande scène, propre à satisfaire tous les amateurs de véritable rock n’roll : Noel Gallagher suivi des Black Keys. On commence avec le mancunien qui délivre un excellent set basé principalement sur les titres de son album solo dans des versions plus directes et efficaces sur scène par rapport au disque. La foule chavire vers la fin avec l’enchaînement « Whatever » (avec un arrangement sensiblement différent par rapport à l’original) / « Don’t look back in anger ». Ah nostalgie quand tu nous tiens, on verse une petite larme… Le temps de se remettre de nos émotions et hop les Black Keys sont là. Le duo d’Akron (Ohio) est désormais (sur scène uniquement) un groupe à géométrie variable parfois quatuor (avec une basse et un clavier) et plus rarement un duo guitare/batterie. A quatre, les Black Keys sont plus soul, plus nuancés. A deux, ils sont plus puissants et font plus de bruit. Quoiqu’il en soit, plus le temps passe, plus les Black Keys s’inscrivent dans une tradition musicale typiquement étasunienne qui va du blues au garage rock avec une touche soulful. Si musicalement le rendu est impeccable, la densité de la foule présente sur le site de la grande scène à ce moment précis empêche un peu de profiter totalement du groupe (bien que raisonnablement près de la scène on ne voit pas grand-chose). C’est triste mais on se surprend à remercier l’inventeur de l’écran géant… On repense avec nostalgie aux concerts de la Cigale et du Bataclan, mais c’était un autre temps avant la gloire, la célébrité et le succès massif (entièrement mérité cependant)…

Dimanche 26 août. Une journée un peu moins dense que la veille qui avait pourtant commencée sur des bases élevées grâce aux français de Versus qui mélange avec habileté groove à l’ancienne (basse, guitare, batterie, clavier, percussions) et approche plus moderne (scratches, flow hip hop). Une flûte apporte en plus une note blaxploitation. Cela secoue ! Ajoutez à cela un chanteur/rappeur élastique comme pas deux qui à quinze jours près à raté une médaille d’or olympique catégorie gymnastique rythmique et sportive… Tout cela pour dire qu’ils ont le sens du show. Versus, pourvoyeur officiel de groove de cette édition 2012 ! On reste un peu plus circonspect par contre devant le show de Kimbra. Originaire de Nouvelle Zélande, cette dernière est une star internationale depuis le succès incroyable de son duo avec Gotye « Somebody that i used to know ». La jeune femme fait cependant carrière de son côté et a sorti son premier album cette année. Assez fraîche sur scène, sa pop rock est assez efficace à défaut d’être franchement originale. Le tout semble encore assez vert. On est cependant soufflé par les capacités vocales de la jeune (seulement 22 ans). Une artiste à surveiller du coin de l’œil tout de même. Il y a un groupe qui nous a fait plaisir en ce dimanche et c’est Stuck in the sound mené par le charismatique JRF qui jubile littéralement de se retrouver sur la grande scène sept ans après avoir débuté aux « Avant Seine », signe de l’évolution des franciliens depuis leurs débuts. Il y a un mec capable de faire bouger en cadence et faire lever les bras aux milliers de personnes devant la grande scène et ce mec c’est JRF… Musicalement le groupe évolue dans une sphère shoegaze/noise qui n’est pas sans rappeler les Deus la veille avec lesquelles ils soutiennent largement la comparaison. Coincé dans le son, le groupe joue avec une intensité jamais prise en défaut poussant le curseur noisy assez loin. Excellent. On reprend son souffle et voilà que débarque The Dandy Warhols la troupe de Portland mené par Courtney Taylor qui déboule sur scène avec sa besace sous le bras qu’il ne quitte visiblement jamais. Loin d’être toujours convaincant sur scène le quatuor se sort pourtant très bien de l’exercice jouant avec maîtrise les succès d’hier (« We used to be friends ») voire même du siècle dernier (« I love you » ; « Not if you were the last junkie on earth » ; « Bohemian like you »). La setlist est assez nostalgique, on est bon pour la petite larme du jour. Si on fait la fine bouche on pourrait leur reprocher quelques baisses de tension chroniques, inhérentes à la nature psychédélique de leur musique, qu’ils ont peu de mal à faire passer sur scène. Mais ils sont superbes quand ils versent dans le rock n’roll pur et dur mettant en avant les guitares et les influences 60s et 70s de leur répertoire. Allez, c’était super chouette quand même…  On termine enfin avec les Beach House groupe pop sous influence 80s un peu trop riche en synthés et avare en guitares pour les oreilles de votre serviteur. Belle voix de la chanteuse cependant et des compositions pop dignes d’intérêt surtout lorsque les nappes synthétiques se calment un peu. C’est dans ces moments que Beach House touche à une sorte d’éternel pop que l’on espère les voir atteindre plus souvent à l’avenir…

samedi 25 août 2012

Rock en Seine, Vendredi 24 août 2012.

Get Well Soon (c) Nicolas Joubard

On commence par les canadiens de Billy Talent qui ont cette année les honneurs de la grande scène. Billy Talent est le genre de groupe calibré pour ces rassemblements massifs (sans que cela soit péjoratif) grâce à cette capacité de composer des hymnes punk rock fédérateurs qui fait bouger le public en dépit d’une méconnaissance relative de leur répertoire. Mais c’est résumé là tout le plaisir des festivals faits aussi de découvertes attisant la curiosité. Toujours sur la grande scène mais dans un registre plus pop les danois d’Asteroid Galaxy Tour font sensation, en particulier la chanteuse moulée dans un petit short à paillettes sexy en diable. Mélange subtil de pop tendance disco bricolo kitsch, avec parfois l’ajout d’une section de cuivres donnant un petit air soul old school du plus bel effet, la musique des Asteroid Galaxy Tour est festive et dansante, même sous la pluie. Ce fût un bon moment passé en leur compagnie. A l’autre bout du spectre se trouve Get Well Soon pour un concert exceptionnel puisque le groupe de Konstantin Gropper est pour l’occasion rejoint par les cinquante musiciens de l’orchestre national d’Ile de France mené de main de maître par le chef Christophe Mangou, une collaboration inédite pour fêter comme il se doit les dix ans du festival. Costume trois pièces, longue robe blanche, la prestation est d’un classicisme absolu encore renforcé par les cordes et vents. Une démarche qui n’est pas sans rappeler les Auteurs où les Tindersticks qui avaient déjà tenté ce genre de rapprochements dans les années 1990. La pluie, tombée comme par enchantement à ce moment précis, ne fait que renforcer la mélancolie de l’ensemble. Un grand moment de musique pop sombre et lumineuse à la fois. La collaboration avec Danger Mouse (un groupe appelé Broken Bells) a visiblement laissé des traces chez James Mercer qui présente ce jour la nouvelle mouture de son groupe The Shins qui a (provisoirement ?) remisé au clou les guitares folk pour des modèles électriques (jusqu’à trois), un lap steel et des claviers. Le ton est globalement plus dur, dans des proportions raisonnables toutefois. On pense parfois furtivement aux Smiths. On note également une sortie timide du soleil. On termine enfin avec un autre grand moment passé en compagnie des Islandais de Sigur Ros. Depuis longtemps Sigur Ros s’est affranchi des toutes les influences possibles et imaginables pour proposer une musique aux contours expérimentaux qui leur est propre. Adepte d’une démarche originale, la guitare jouée avec un archet, la basse avec une baguette de batterie, Sigur Ros tend tranquillement sa toile qui finit par envelopper complètement l’auditeur. Une texture sonore fascinante que le chant en Islandais rend encore plus mystérieuse. Spectaculaire en dépit de quelques remarques déplacées (et fort heureusement isolées) de spectateurs trouvant (à tort) le groupe « chiant ». 

mercredi 8 août 2012

Michael Powers : « Revolutionary Boogie »


La pochette européenne de l'album
Le même album avec la pochette américaine


Grand retour discographique pour le bluesman new-yorkais Michael Powers. Et quel retour ! Toujours aussi influencé par l’immense Jimi Hendrix (repris ici sur « Spanish Castle Magic »), Powers prends tranquillement la suite avec un album au feeling impeccable chargé en guitares soulful et rythmes groovy. Dès les premières notes les plages s’enchaînent sans temps mort « I miss your kissin’ », « Bleecker Street Strut » (un hommage à la rue de Greenwich Village où se trouve le Terra Blues Club où Michael à ses petites habitudes), la très soulful « Power of midnight lightnin’ », l’enchaînement est parfait. Et ça continue comme ça pendant une bonne heure entre compositions personnelles et reprises choisies avec soin ; entre titres aux guitares enlevées et morceaux plus soul, style qui lui va bien à sa voix éraillée. Du blues, de facture classique certes mais excellente. Hautement recommandé.



Marcus Miller : « Renaissance »




Sorte de Jimi Hendrix de la basse, le jazzman Marcus Miller revient avec un nouvel album intitulé « Renaissance ». Tournant le dos aux expérimentations qui ont fait sa réputation, le Marcus Miller nouveau se veut plus simple, mais toujours aussi électrique, c’est bel et bien d’une « renaissance » dont il est question ici. Tour à tour funky, le redoutable « Detroit », latin « Setembro » ou plus apaisé « Sleepin into darkness », ce nouvel album s’articule autour de l’instrument fétiche de son auteur qui marque son empreinte quelque soit le style abordé. Sa basse rugit, roucoule, slappe, soutient la formation en force (« Jekyll & Hyde ») ou se transforme au besoin en guitare lead. Marcus Miller se lance même en solo intégral avec ses seules quatre cordes en soutient sur « I’ll be there » qui clôture cet album. Entouré par une fine équipe de musiciens (claviers, guitares, percussions, cuivres, Dr John en chanteur invité…) Marcus Miller propose un album dense et copieux, riche en ambiances variées comme un voyage avec escales au Brésil et à la Nouvelle Orléans. Avec toujours en fil conducteur ces lignes de basses monstrueuses dont on n’a pas fini de se languir. 
www.marcusmiller.com
www.myspace.com/marcusmillerband
www.facebook.com/MarcusMillerOfficialFanPage

mardi 7 août 2012

Eric Legnini Trio : « Ballads »




Dans la carrière remarquable qui est la sienne depuis dix ans, et qui plus est couronnée d’un succès critique et commercial mérité, le pianiste belge Eric Legnini s’offre une petite pause en forme d’un retour aux sources. Un an après son remarquable « The Vox » (voire chronique ici) Eric Legnini revient avec cette session enregistrée en trio : piano, batterie, contrebasse. Au menu des trois musiciens des standards immortels du jazz (« In a sentimental mood » de Duke Ellington ; « Zingaro » de Jobim…), du folk (« Don’t let me be lonely tonight » de James Taylor)  entrecoupé de quelques compositions personnelles. Et surtout un sens de l’épure remarquable, aucun titre ne dépasse les cinq minutes et l’ensemble des 15 plages tient sur trois quarts d’heure environ. Tous les effets superfétatoires et autres soli plus ou moins forcés sont supprimés. Au final on obtient un disque acoustique et apaisé, regorgeant de feeling, qui creuse le tempo au lieu de l’accélérer. Eric Legnini et ses acolytes n’ont besoin que de leurs talents de musiciens pour captiver et faire vibrer le public.

lundi 6 août 2012

Giovanni Mirabassi : « Adelante »




D’indignation en occupations diverses, notre époque est lourde de questionnements et d’inquiétudes. Giovanni Mirabassi, fameux jazzman italien, se propose d’en composer la bande son. Son nouvel album « Adelante » peut ainsi s’apparenter à une bande originale accompagnant le chaos ambiant. Point de nouvelles compositions, mais des reprises, oh combien symboliques en ces temps troublés : « Hasta Siempre », « L’internationale », « The Partisan » sont ainsi au programme de ce « best-of de la révolution ». Le disque cultive une dichotomie entre le fond, forcément engagé, et sa forme factuelle puisque Giovanni Mirabassi réinterprète les compositions seul au piano (à l’exception d’un accompagnement vocal et d’un groupe sur quelques rares titres). Il en résulte un disque pratiquant une acoustique paisible mais pas forcément apaisée vu le contexte évoqué plus haut et le matériau créatif choisi. Fidèle à l’adage qui veut qu’un jazzman ne réinterprète jamais le même morceau deux fois de la même façon, Giovanni Mirabassi ne se prive pas de prendre quelques libertés, bienvenues, avec les compositions originales. Au final c’est bien sa personnalité, et sa maestria habituelle, que l’on entend tout au long de ces 17 plages. Adapter à son style personnel les compositions d’un autre, c’est tout l’art de la reprise réussie. Pari réussi haut la main en l’espèce.

dimanche 5 août 2012

The Art of Michel Sardaby




Voulue par ses enfants, désireux de mieux faire connaître la musique de leur père, la présente compilation retrace la carrière du pianiste jazz français Michel Sardaby. Une carrière qui s’étends sur cinq décennies, des années 60 à nos jours, et qui l’a vu enregistrer aussi bien à Paris qu’à New York. Comme un résumé condensé de l’histoire du jazz, la musique de Michel Sardaby est passée par de nombreuses évolutions du piano électrique au début des années 70 (l’album Gail de 1972) au piano acoustique, du trio au groupe plus étoffé avec trompette et saxophone. Ce que l’on retient surtout de ces dix compositions (soit plus d’une heure de musique) toutes inédites enregistrée en public ou en studio, c’est l’extrême élégance du musicien, son jeu précis et racé. Et cette qualité suprême de ne pas trop tirer la couverture à soi pour laisser les autres musiciens, accompagnateurs tous de très haut niveau, s’exprimer. Les morceaux ici présents, sont à classer dans une veine plutôt smooth/cool, le swing délicat laissant parfois transparaître quelques influences venues du blues (« Dexterdays », « Five cats’blues »). Mélodique et apaisé comme une invitation à passer la nuit dans un club autour d’un verre.  

samedi 4 août 2012

Interview Manceau.



(c) Romain Joly

Comment vous avez débuté le groupe ?
Manceau : Les premières maquettes datent de 2008, à la base c’était un projet solo de julien qui avait composé des titres un peu folk. On était tous dans des groupes séparés et on se rencontrait souvent sur Rennes. Au début le but c’était surtout de faire du live. Le groupe a vraiment pris sa forme actuelle en septembre 2009, on avait également décidé de changer un peu musicalement. On est allé vers quelque chose de plus pop, mélodique. Pas juste de l’acoustique.

Vous avez une attirance particulière pour les synthés ?
Manceau : Ouais on aime bien ça. Le bois. Les vieux synthés analogiques. On voulait surtout les utiliser pour donner une couleur à l’album. Le début du projet était vraiment plus folk. Il fallait s’écarter des ambiances « pastorales et guitare acoustique » des premiers titres. On voulait casser ça.

Justement en écoutant l’album j’ai trouvé le mélange intéressant entre la rythmique assurée par la guitare folk et les sons synthétiques…
Manceau : On aime bien que le morceau sonne en version guitare ou piano/chant. Il faut que la composition soit forte dès la base, sans aucun arrangement. Après on essaye d’avoir des vrais partis pris de production sur nos titres. C’est finalement des pop songs assez classiques. Mais cela ne nous dérange pas d’enlever des choses pour ne garder qu’une basse finalement.

Les années 80, c’est une décennie qui vous parle ? Je pense à « The way it is » en particulier…
Manceau : Il y a un truc rigolo avec les années 80. Nous on a plutôt grandi musicalement dans les années 90 où tout ce qui s’est passé était en réaction par rapport à la décennie précédente. Un groupe comme Nirvana, par exemple, le grunge… La musique des années 80, c’était un truc presque honni à l’époque. C’était banni d’utiliser des synthés. En redécouvrant cette décennie, on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de titres super efficaces, très bien écrits mais qui souffraient d’une production un peu kitsch. Quand on dépasse ça, on se rend compte que c’est une décennie qui est aussi passionnante que les années 60 ou 70 finalement. Plein de groupes super populaires étaient vraiment artistiquement très exigeant. Pour en revenir à « The way it is », c’est une pop song un peu FM, eighties, deux accords, le synthés et les voix derrière. C’était vraiment l’idée de ce titre. Mais le côté 80 de l’album n’est pas celui qui ressort le plus, il y a aussi des choses qui viennent des années 70 et 90.

J’avais justement que le disque se terminait sur une note un peu « Pink Floyd »…
Manceau : « Grandma ». On écoute tous plein de choses. On voulait partir sur quelque chose un peu plus psychédélique, aérien. Ca n’a jamais vraiment été non plus une volonté de croiser toutes nos influences. C’est venu vraiment naturellement. On ne se met pas de limites non plus. Notre disque c’est une sorte de patchwork de sons que l’on a tous écouté.

Il y a aussi une pointe de disco sur « Take back ». Vous pensez être un groupe dansant ?
Manceau : Ca nous parle de plus en plus en tout cas. C’est vraiment venu pendant toute cette phase de production avec Tahiti 80. Ca fait partie de l’évolution du groupe. On a commencé par popifié nos titres avant de se rendre compte que le public réagissait plutôt bien en concert. On a continué à pousser dans cet axe là. On aime le rythme. Carrément !
  
Le groupe marche pas mal au Japon…
Manceau : On y est allé fin mai.

C’est un truc énorme non ?
Manceau : Ah bon, pourquoi (fou rire général) ? Non dire que le groupe marche fort au Japon c’est peut-être un peu prématuré, mais on est déjà super content d’avoir une maison de disque là-bas. Le disque est sorti fin mai au Japon, on a fait une semaine de promo et trois, quatre concerts. C’est super ! On avait déjà eu un retour du Japon sur le premier EP. Mais la connexion s’est surtout faîte grâce à Tahiti 80, qui a fait écouter notre album à leur maison de disque. Tahiti 80 ils ont un succès énorme au Japon…

Comment s’est passée la production du disque avec Tahiti 80 ?
Manceau : On a toujours été autonome dans notre façon de travailler. Pour notre premier album, on avait envie d’avoir un regard extérieur au projet. On avait toutes nos compositions, mais on sentait qu’on avait besoin d’aide pour la production. On leur a envoyé nos morceaux et ils ont aimé. On s’est rencontré tout simplement, on est allé boire un verre avec eux à Paris. On s’est fait une bouffe. On n’a pas arrêté de parler de musique. Nous on adorait déjà leurs disques. Tout s’est fait de manière assez naturelle. On se sentait assez proche, sur la manière dont on pense la musique en général, les mélodies, la pop… On avait écouté les mêmes choses aussi. Tout ça nous fait un background commun avec Pedro et Xavier. Ils se sont vachement investis dans la production et l’écriture. On est très content de notre collaboration.

La scène Rennaise est mythique Daho, Marquis de Sade…
Manceau : Oui mais ça c’était avant dans les années 80. Il se passe beaucoup plus de choses maintenant. On a plus de groupes qu’à l’époque. Ca foisonne de bons groupes. On a la chance d’en côtoyer certains. On partage nos locaux de répétition avec les Wankin’Noodles, les Popopopops et les Juveniles. Il y a de l’émulation. C’est une question d’actualité aussi, tous ces groupes ont des sorties en ce moment. On a tous commencé en même temps avant de suivre des parcours différents. On s’est développé ensemble.

C’est stimulant de faire partie d’une scène ?
Manceau : Ca tire vers le haut. On est un petit collectif, on travaille dans les mêmes locaux avec d’autres groupes rennais. C’est super stimulant de voir tes potes tourner un peu partout. On s’échange du matériel, des plugs pour mixer. C’est vachement collaboratif. C’est super. Et puis nous on a monté notre propre label. On en a beaucoup discuté avec les autres groupes…

Justement parlons un peu de votre label Monophonics. Pourquoi avoir lancé votre propre label ?
Manceau : C’est beaucoup de taf, de paperasse, du temps… Nous l’idée c’était de rester maître de ce qu’on produit. Et ça passe par une vraie structure. Quelque chose de crédible. Et puis pour fonctionner en licence, c'est-à-dire vendre ton disque, il faut passer par une société. Finalement, c’était obligatoire vu notre démarche. Après, ça va plus loin. On n’a pas crée une société pour un album mais pour plusieurs albums et aussi pour mettre un pied dans la production. C’est quelque chose qui nous attire tous les quatre. Pourquoi ne pas aller chercher d’autres groupes, d’autres projets via ce label ?   

Vous arrivez à séparer le côté créatif du reste ? Est-ce qu’il y a un risque d’empiètement ?
Manceau : Oui forcément. Dans un label il y a aussi un aspect stratégique. On est en pleine sortie. Il y a l’aspect juridique, la compta. On essaye de se répartir les rôles. Il y a des tâches ingrates. C’est difficile de compartimenter les choses. Ce n’est pas simple mais c’est intéressant. Et puis l’industrie du disque, c’est tellement la jungle… Plus personne n’arrive à vendre de disques. Autant sortir le notre nous-mêmes. Ce n’est pas un nouveau schéma, c’est un retour à la source. Ca nous permet de vendre notre disque à la fin de nos concerts par exemple. C’est une toute petite économie de toute façon. Ca nous paraissait plus simple de faire les choses nous-mêmes. De tout maîtriser. Avec plein d’erreurs ceci dit, on n’a pas les compétences d’une vrai maison de disques non plus. On sort un premier disque et on le paye nous-mêmes. Mais ça a la beauté d’un premier disque. Peut-être que le prochain va parler de comptabilité, des impôts, on va écrire un tube sur la TVA (rires) !

Vous n’avez jamais cherché de label à l’extérieur finalement ?
Manceau : On a eu des contacts. On n’a pas cherché. On a été approchés mais finalement on s’y intéressait peu, on était à fond dans notre projet. Ca ne s’est pas concrétisé. L’aventure est chouette en tout cas. Devenir entrepreneurs on n’y aurait jamais pensé. Dans le milieu de la musique encore moins. Alors en plus de sortir un disque… C’est hyper excitant.

L’anglais ?
Manceau : Ca fait longtemps qu’on fait de la musique, on a toujours eu des projets anglophones. Tous les groupes de pop qui se respectent chantent en anglais. J’ai commencé à écouter du rock avec Nirvana. J’ai toujours écouté de la musique anglo-saxonne. Ce n’est même pas un choix dans le fond. Ca c’est fait naturellement. On n’est pas du tout fermé avec le français. Quelques groupes s’y mettent et c’est super pertinent. Le français est tout à fait adapté à la pop. On en a un peu discuté avant d’enregistrer l’album mais on est revenu très rapidement à l’anglais. Les morceaux étaient construits comme ça.

Quels sont les projets du groupe à court terme ?
Manceau : Un nouveau clip et une tournée à la rentrée. On va certainement profiter de l’été pour composer de nouveaux morceaux. Pour préparer la suite…

Propos recueillis le 23 avril 2012.
www.manceau-music.com

vendredi 3 août 2012

Overhead : « Facing the grim »


C’est une excellente nouvelle, Overhead est de retour après huit longues années d’absence ! En préambule, avant la sortie de leur troisième album, voici un nouvel EP de cinq titres. On y retrouve ce mélange, toujours anglophone, bien particulier hérité de l’écoute conjuguée de free jazz, d’électro et de rock le tout baignant dans une atmosphère sombre parfois pesante comme la bande originale d’un film se déroulant sous un ciel d’orage avant que la tempête ne gronde. Et déjà une nouvelle pépite à se mettre entre les oreilles « The Wanderer » portée toute entière par une guitare nerveuse évoluant dans un inquiétant paysage. La bande de Nicolas Leroux ne choisit pas entre ambiances éthérées ou nerveuses et transporte l’auditeur sur une route improbable… Vivement la suite du voyage…

jeudi 2 août 2012

Im Takt : EP 2




Nouvel EP (trois titres et deux remixes) pour ce groupe breton découvert l’année dernière (chronique ici). Et un nouveau voyage spatio-temporel en perspective. Faisant fi des époques, Im takt mélange, assez habilement il faut l’avouer, l’électro actuelle avec un soupçon de mélancolie héritée de la new-wave des années 80, particulièrement sensible dans les voix et les rythmes, toujours aussi dansants soit dit en passant. Le groupe semble cependant de plus en plus sur les sonorités électroniques et la guitare semble être pour le coup restée au placard (à l’exception de « Stop Time »). Evolution passagère ou mutation profonde ? Un premier album nous donnera certainement la réponse.
www.imtaktdance.com

Côme



Alors que l’intro de « Presto ! » coule des enceintes, on ne peut s’empêcher de penser que l’on a trouvé dans les français Côme un nouvel avatar pop sous influence anglo-saxonne (l’intro en question rappelant un peu U2). Impression vite contrariée. Car si Côme est bel et bien un groupe pop/rock, ses membres ne peuvent s’empêcher d’y introduire un soupçon de perversité bienvenu, empêchant le tout de tomber dans la facilité. Quelques guitares bien senties, un soupçon de noise on pourrait (presque) se croire chez My Bloody Valentine version light. Un peu de gros son, quelques dissonances (« I Killy ou ») juste ce qu’il faut pour rendre les choses intéressantes. Navigant entre deux identités, Côme propose un EP un poil schizophrénique avec de jolies ritournelles bien troussées (« The House » ; "Childhood") et aussi bien torturées (« Who wanna Dance »). Pour ce qui nous concerne une belle réussite mais en attente d’être validée par un album.
  

mercredi 1 août 2012

Charles-Baptiste : « Premiers aveux »




Personnage iconoclaste et décalé, cultivant le no look façon nerd avec soin Charles-Baptiste se veut différent. A contre courant de toutes les modes possibles et imaginables, pas hype pour deux sous, Charles-Baptiste se fout royalement du rock, de l’électro et de tout le reste communément regroupé derrière l’adjectif « branché »… Non son influence revendiquée, et assumée avec talent, est du côte de… Euh alors comment dire… La variété française... Et pas n’importe laquelle, celle des années 70 ou malgré tout le mal que l’on peut en penser il était quand même question d’instruments organiques (dans le cas qui nous occupe, le piano sous influence Michel Berger), de mélodies, voire de pop légère (les ouh ouh ouh qui parsèment ça et là les chansons). Et puis surtout de textes qui sans être engagés ont néanmoins du sens. Pour ce qui nous concerne, les quatre titres ici présents (soit une bonne dizaine de minutes) s’écoutent assez agréablement. A vérifier toutefois sur la durée d’un album. Quoiqu’il en soit, si Charles-Baptiste assume ses influences avec autant de facilité, on peut de notre côté assumer qu’on l’écoute avec plaisir et sans second degré.