dimanche 6 septembre 2026

Rock en Seine, 28, 29 et 30 Août 2026

 

(c) Marina Viguier

Kurt Vile (c) Emilie Bardalou

The Black Keys (c) Olivier Hoffschir

Wilco (c) Olivier Hoffschir




La diversité de la programmation fait qu’il est tout à fait possible, pour tout à chacun d’assister à un festival différent, transformant le week-end de chacun en une expérience unique. Pour notre part, la journée du vendredi 28 Août a été placée sous le signe des musiques roots/americana. On débute ainsi notre week-end en compagnie de l’attachant songwriter Kurt Vile, une sorte de fils naturel de Neil Young ou de Bruce Springsteen, équipé d’une sacrée collection de guitare. Au fil du temps l’écriture de Vile a évolué vers un son plus « moelleux », enrobant l’auditeur, délaissant même la guitare au profit des claviers, pour atteindre un juste équilibre entre folk, rock et psychédélisme. Ses riffs de guitare en particulier tournant en boucle dans une sorte de répétition hypnotique entêtante. Les concert s’enchaînant les uns aux autres en cette première journée, c’est avec un petit quart d’heure de retard (le temps de traverser le site du festival de part en part) que l’on a retrouvé les Black Keys, en très grande forme. Il y a fort longtemps que le groupe ne se contente plus de la formule en duo batterie/guitare qui les a fait connaître pour apparaître sur scène comme un groupe complet avec percussion, claviers et tout le toutim. Une démarche qui a pour avantage d’étendre le son du groupe en fonction des nouveaux intervenants. Et surtout quand on compte dans ses rangs un certain Little Barrie (guitariste du groupe du même nom, fraîchement signé sur le label de Dan Auerbach, ceci expliquant cela) un véritable génie méconnu de la guitare et probablement le meilleur guitariste britannique à l’heure actuelle. En tout cas l’association fait des merveilles et le mélange des deux guitares offre des moments fabuleux en autant de soli ravageurs. A noter une très bonne reprise de « I wanna be your dog » des Stooges. On n’en revient toujours pas qu’un groupe autant épris de blues, de soul et de rock garage ait pu rencontrer un succès aussi massif. On termine cette première journée avec un petit événement, le concert de Wilco (avec toujours ce quart d’heure de retard qui nous fait rager), tant la formation de Jeff Tweedy se fait rare sur scène par chez nous. Autant dire que ça valait le coup d’être là tant la prestation du soir fût magnifique. Ancré dans le folk, le rock voire l’americana, Wilco réussit à aborder ces genres, codifiés à l’extrême, avec une véritable originalité et un angle expérimental qui peut dérouter, surtout quand la batterie prend toute la place. La qualité d’écriture et la justesse de l’interprétation nous fait passer un excellent et termine cette journée sur une note particulièrement plaisante.

Dynamite Shakers (c) Olivier Hoffschir

Grandma's Ashes (c) Antoine Jaussaud

Gwendoline et Futur Composé (c) Olivier Hoffschir

Jessica93 (c) Antoine Jaussaud

Si le vendredi fût roots, le samedi fait place à la scène francophone. On débute avec un groupe que l’on apprécie tout particulièrement, les Vendéens de Dynamite Shakers qui viennent tout juste de sortir leur deuxième album qui devrait finir de placer définitivement le groupe sur orbite. Un peu moins obnubilés par les mods sixties, le quatuor hausse le ton, quasiment punk par moment, s’essaye au français, reprenant au passage les Rita Mitsouko, et fait tourner le micro, partageant le chant. Une mue plutôt réussit d’après la prestation énergique à laquelle nous avons assisté. Un autre groupe en pleine mutation est le trio féminin Grandma’s Ashes. Plus mélodique, tantôt d’inspiration grunge et tantôt emprunt d’atmosphère planante, la musique du trio reste séduisante. Le passé métal du groupe ressurgit parfois brutalement au détour d’une attaque sèche de guitare ou d’un phrasé guttural de la voix. Place ensuite à une création originale, suffisamment rare pour être souligné, scellant la rencontre du duo cold wave Gwendoline et des musiciens, souffrant d’autisme, de Futur Composé. Une bien belle rencontre, prenant aux tripes, qui offre des moments de liesse musicale, le public, assez chaud, répondant de belle manière à la proposition musicale, même lors des reprises de « Macumba » de Jean-Pierre Mader ou de « L’amour à la plage », marquée par l’envolée jazz du piano, de Niagara. Pour finir enfin, un petit retour sur la prestation de Jessica93. Souffrant d’un manque manifeste de moyens, ce dernier fait tout en solitaire, alternant basse et guitare, aidé dans sa besogne par un système de boucles. Loin de provoquer l’hallali, le dispositif souligne la démarche profondément originale du musicien. En effet, la répétition forcée des thèmes dégage quelque chose qui relève à la fois de l’hypnotique et de la cold-wave dark, une esthétique contrariée par les accents métalliques de la guitare. Beau et troublant à la fois.


Slowdive (c) Roxanemo

Interpol

The Cure (c) Roxanemo

A chaque journée sa thématique, celle du dimanche, sera sous le signe du revival cold wave. On débute sur la grande scène avec les mythiques Slowdive, une institution de ce qu’on appelait autrefois, dans les années 1990, le shoegazing et que l’on désigne maintenant sous le terme de post-punk. Glacé, envoûtant, le groupe n’a rien perdu de son attrait au fil des années ! Magnifique. Cette année 2026 sera marquée par le renaissance d’un groupe sur lequel on ne misait plus un kopeck depuis longtemps, les New-Yorkais d’Interpol qui viennent de sortir un magnifique album, leur meilleur depuis au moins 20 ans ! Si les nouvelles chansons, lentes et éthérées, délaissant parfois la guitare pour le piano (instrument sur lequel le guitariste Daniel Kessler semble un peu gauche) ont plus de mal à passer le test de la scène, le groupe ressort ses vieux tubes (« Obstacle 1 », « Slow Hands », « NYC » etc.) pour notre plus grand plaisir ! Le mélange des deux approches crée un set assez équilibré, toujours marqué par la voix de stentor de Paul Banks (avec le guitariste Daniel Kessler il s’agît là des deux seuls membres originaux du groupe présent sur scène ce jour). Un retour en grâce. Place enfin pour finir à la pièce de choix de ce week-end, le groupe qui a lui seul a rempli le site du festival, The Cure pour la dernière date de sa tournée estivale. Une formation renforcée par la présence d’Eden Gallup (le fils de Simon) qui remplace le regretté Perry Bamonte (hélas décédé fin 2025) à la guitare et aux claviers. Un choix qui semble judicieux et qui, à l’oreille, renforce la cohérence sonore de l’ensemble. Le set ne présente pas de nouveau titres, mais réserve une surprise de taille aux fans : « Secrets » un titre ultra rare extrait de « Seventeen Seconds » ! Pour le reste, la collection de tubes reste impressionnante, comme d’habitude chez eux, et restera marquée par une image inédite, celle de Robert (qui a forci et s’est épaissi avec les années) et de Simon épaule contre épaule durant la magnifique « Burn » (extraite de la B.O. du film « The Crow »), offrant une rare image d’intimité entre les deux musiciens. Reeves Gabrels, l’ancien guitariste de Bowie, s’intègre de mieux en mieux au groupe et évite les dérives hard rock 80s qui marquaient ses prestations précédentes avec le groupe. Si on regrette l’absence totale de titres issus du chef d’œuvre « Pornography », l’ensemble reste de très haute volée, remémorant une foule de souvenirs qui suffisent à notre bonheur du soir.

jeudi 27 août 2026

Alicia Witt, The Mixtape, 25 Août 2026

La nouvelle est arrivée comme une surprise, Alicia Witt, comédienne bien connue pour son travail avec David Lynch ou pour avoir joué dans la série Les Sopranos, sort un nouvel album (le 28 Août) intitulé « Between Heaven and Earth »). Son huitième, et dire que jusqu'à présent on ignorait totalement qu'elle chantait ! Une excellente surprise donc ! Cette semaine, Alicia a donné son tout premier concert en France (un showcase plutôt) dans le cadre intimiste de la Mixtape, un disquaire niché aux Abbesses. La foule s'est donc précipitée dans l'endroit, assez petit et donc rapidement rempli, pour écouter la chanteuse, seule au piano. Première constatation, Alicia Witt a été formée au piano classique et cela s'entend, dans sa manière d'organiser les harmonies, les mélodies et aussi dans son jeu. C'est donc avec ce prisme bien particulier que la chanteuse aborde la pop music. Ses chansons sont empreintes de classicisme, quelque part entre Tom Waits et Carole King, et une voile mélancolique se pose sur ces dernières, Alicia a également un grain de voix à l'avenant pour ce style de musique, qu'elle chante, qu'elle susurre, qu'elle pousse dans les aigus, une émotion palpable émane de sa musique. Très belle découverte d'un talent bien caché jusqu'ici !

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vendredi 21 août 2026

Blues Corner : « All What We Are »

 


On peut-être un groupe indépendant, spécialisé dans un genre, le blues, boudé et incompris dans ce pays, et, pourtant, déborder d’ambition. Prenez Blues Corner par exemple qui, faisant fi de la crise actuelle, n’a pas froid aux yeux au moment de se jeter dans le grand bain. Un double-album, 16 titres, marqué par des collaborations prestigieuses avec des invités marquant de la scène nationale (le guitariste Fred Chapellier), européenne (Marco Cinelli) et internationale (Sonny Landreth). Rien que ça ! Et le résultat est plus que convaincant, mû par une belle dynamique (« Music is King ») croisée avec un soupçon d’americana (« Our Legacy »). Voix soulful, belle maîtrise instrumentale (guitares, harmonica, claviers, section rythmique) : le résultat devrait faire des étincelles sur scène. Belle découverte, belle réussite !

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SITE OFFICIEL




lundi 17 août 2026

Marco Bartoccioni : « Bartok »

 


La scène italienne ne cesse de produire des artistes étonnants, dans le champs des musiques qui nous captivent, dont le point commun est, toujours, d’être impeccablement sapés ! Après Superdownhome, voici donc venu Marco Bartoccioni, aka Bartok qui n’entretient, bien évidemment, aucun rapport avec Béla Bartók (le pianiste et compositeur hongrois). Non le Bartok qui nous occupe aujourd’hui évolue dans le champ du blues, auquel il conviendrait d’adjoindre le qualificatif « rock » tant est impressionnante l’énergie ici déployée ! Première singularité, à l’exception de la batterie, Marco fait absolument tout en solitaire (avec quelques invités quand même). Véritable one man band à lui seul, Marco a décidé d’élargir au possible la palette des instruments utilisés. A la guitare lap-steel dont il joue, étonnamment, debout Marco adjoint une touche électronique. Ce genre de crime de lèse majesté, qui d’ordinaire nous fait bondir, passe ici étonnamment bien et c’est une surprise. Et même un véritable plus au niveau rythmique, qui passe à la vitesse supérieure (« I’ve got no money »), ajoute du groove (« Wild Dogs ») et se marie bien aux guitares saturées, la véritable signature de l’artiste lorgnant avec insistance du côté du rock’n’roll. Et même si Marco se fait fort de faire chauffer les amplis, l’émotion et le feeling ne sont jamais absents du disque (« Love is gone » ; « Burn in your soul » dédiée à son père récemment décédé). Une bonne surprise venue de l’autre côté des Alpes.

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mercredi 12 août 2026

Franck Carducci : « Sheeple »



« Nul n’est prophète en son pays » ; ce célèbre adage, Franck Carducci pourrait aisément le faire sien. Célébré dans toute l’Europe, en particulier en Allemagne et en Angleterre, Franck Carducci, signé sur le vénérable label anglais Cherry Red, et qui a fêté la sortie du présent album avec un concert au mythique Cavern Club de Liverpool (quel autre artiste français peut-il en dire autant ?), reste largement inconnu, voire ignoré, en France, son pays natal. Il faut dire que Franck ne s’est pas facilité la vie en choisissant de s’exprimer dans un style ne valant que misère, commisération voire moqueries par la presse de chez nous : le rock progressif. Quel dommage ! Car pris tel que, sans aucune considération, l’album est de très haute facture. Porté par deux piliers « The Betrayal of Blue » (10 minutes) et « Love or Survive » (13 minutes) l’album dévoile un univers cinématographie au long cours, virtuose où les mélodies se développent en des courbes étonnantes. Entre les deux, Franck s’adonne, avec bonheur, à un classic folk/rock qu’il semble affectionner (« Sweet Cassandra » et son harmonica ravageur) balançant entre orgue groovy et guitares abrasives (« Self Righteousness » ; « The Limits of Freedom ») où son sens de l’attaque à la six cordes fait des merveilles. Vraiment, l’album a tout de la pépite secrète. Et en plus la pochette est sublime !

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https://franckcarducci.bandcamp.com/






dimanche 9 août 2026

The Wooden Wolf : « Indigo Prayers » Op.8

 


Sur ce huitième album (et oui déjà huit albums pour cet artiste qui jusqu’à ce jour avait totalement échappé à nos radars) le Franco-Canadien Alex Keiling livre un album folk à l’os. Le musicien place l’idiome dans un territoire assez sombre et hanté, où son chant, habité et profond, évoque des destins tragiques entre autres paroles empreintes de gravité. Instrumentation réduite, l’album est toutefois assez varié entre folk écorché et quelques envolées électriques. Arrivé à ce niveau l’économie de moyens, outre le fait qu’elle soit, on l’imagine, en partie imposée, relève d’un véritable choix esthétique. Celle d’une musique, criante de vérité, mais de douleur aussi. Une mise à nu musicale qui place The Wooden Wolf sur le sentier torturé (dont on ressort rarement indemne) emprunté autrefois par Songs:Ohia (Jason Molina) ou Kurt Cobain, à l’époque où ce dernier enregistrait l’album « MTV Unplugged ».

https://www.facebook.com/thewoodenwolf

https://thewoodenwolf.bandcamp.com/album/indigo-prayers-op-8





samedi 8 août 2026

Rodney Crowell : « Then Again »

 


Le vénérable Rodney Crowell vient de vivre une expérience particulière, celui de retrouver un album, enregistré majoritairement en 2006 (avant même l’existence de ce blog), jamais sorti à l’époque et qu’il avait, dans l’intervalle, totalement oublié, ajoutant ainsi son obole à cette légende rock des albums perdus. Revenant sur cette expérience, Crowell indique : « quelque chose ne sonnait pas bien à l’époque » et on se demande bien quoi ! Entouré d’une équipe de fines lames (Crowell admet sans peine qu’il s’agît là de son meilleur groupe) et de quelques invités de prestige, Benmont Tench (Tom Petty) à l’orgue et Lyle Lovett, Crowell accouche d’un excellent album americana, entre folk et country teinté d’une énergie rock (l’étonnante « Whatcha Gonna Do Now # 2 »), tantôt enjoué (« Bring It on Home To Memphis ») ou délicatement arpégé (« I Won’t Lie » qui ouvre les débats avec grâce). Encore mieux, avec la patine du temps, l’album gagne en émotivité. On pense notamment au bassiste Michael Rhodes et à Guy Clark (avec qui Crowell partage le duo « Are You One of Us ? ») tous deux décédés depuis. La voix de Crowell elle-même a changé avec le temps. A ce magnifique programme, Crowell a rajouté deux inédits : l’émouvant « If I Could Speak To Leonard », en hommage à Leonard Cohen, également décédé depuis, et le duo « Go Light A Candle » avec Emmylou Harris et Lera Lynn. C’est un tout cas un pièce de choix qui s’ajoute à la discographie de ce géant du songwriting, il aurait été dommage d’en avoir été éternellement privé.

https://www.facebook.com/RodneyCrowellOfficial

https://rodneycrowell.com/




vendredi 7 août 2026

Jack White : « Frozen Charlotte »

 


Septième album solo, déjà, pour l’ex leader des White Stripes, devenu depuis 25 ans une icône rock mondiale, l’auteur de « Seven Nation Army » qui a, depuis, largement dépassé le statut de tube rock pour atteindre l’étage supérieur, celui de chant universel qui s’est propagé au-travers de tous les stades et autres terrains de sport du monde entier. Depuis Jack White évolue en électron libre, fait ce qu’il lui plaît quand cela lui sied le mieux, et s’inscrit en gardien du temple rock, aussi bien pour sa carrière solo que pour son travail de préservation du patrimoine avec son label Third Man Records. Ce que Jack aime le plus, et c’est heureux pour nous, c’est le rock’n’roll. Ainsi M. Blanc n’a pas son pareil pour dégainer plus vite que son ombre des albums urgents, où ses riff n’en finissent pas de décaper les oreilles. Infusé, depuis toujours, au rock garage et au blues, Jack White reproduit ici une formule qu’il connaît sur le bout des doigts tout en réussissant à faire sien des styles à priori plus éloigné, comme le métal, qu’il réussit à intégrer avec parcimonie dans l’attaque des guitares (cf. « G.O.D and the broken ribs »). Mais pas question pour autant de faire un disque plan-plan essayant d’émuler du mieux possible les années 70, décennie de référence dans l’œuvre de Jack White. Non, le présent album est complètement dingue et assez baroque, laissant une large part de lumière à ses acolytes (l’orgue barré de « Raising the grain ») ou le martèlement démentiel de la batterie (« You’ll never fix me »). Ajoutez à ceci la science des six cordes de Jack White, au chant totalement habité par ailleurs, et vous n’êtes plus très loin du graal rock de cet été où les amplis chauffent autant, si ce n’est plus, que le soleil caniculaire.



jeudi 6 août 2026

Bjørn Berge : « Morphine »

 


S’il est bien un groupe qui a marqué son époque, par son instrumentation unique, c’est bien Morphine qui, après réflexion et le recul du temps, est le groupe le plus marquant des années 1990. A ce titre, Mark Sandman (décédé en 1999), le regretté leader du trio a crée un truc unique. A la fois luthier, musicien et auteur-compositeur, ce dernier a inventé un instrument (une basse à deux cordes), écrit le répertoire autour dudit instrument et à fondé le trio (batterie et saxophone) pour l’accompagner dans cette aventure. Très peu de guitare, à l’exception de quelques titres, et pourtant un sacré groupe de rock’n’roll imprégné de swing, de jazz et de blues. Un truc unique vous disait-on ! Il faut donc une bonne de courage, voire d’inconscience, pour s’attaquer au répertoire de ce groupe au son si caractéristique, et ils sont très peu à s’être essayé à l’exercice de la reprise. Il y en a un qui n’a pas eu froid aux yeux, c’est le norvégien Bjørn Berge, qui se distingue déjà par son utilisation très personnelle de la guitare folk (la « stringmachine », la machine à cordes comme il se décrit lui-même). Piochant dans l’intégralité du corpus de Morphine, voire dans des titres obscurs et oubliés (« Potion »), Berge a choisi huit titres qu’il reprend dans une formule plus classique, guitare, basse et batterie. A la fois fidèle aux originaux tout en s’en écartant sensiblement, Berge réussit l’exploit de retrouver le feeling si particulier de Morphine. Sa voix est certes plus grave, de gorge, que celle de Mark Sandman, son approche générale est plus musclée mais le tout n’est pas exempt de swing (une composante essentielle du son Morphine) ni de feeling. Bjørn Berge est un artiste bien trop clivant pour faire l’unanimité chez les fans du trio, néanmoins voici un album propre à séduire les nostalgiques du groupe mais aussi de convertir les autres à ce trio essentiel.

https://www.bjornberge.no/

https://www.facebook.com/stringmachine68







lundi 3 août 2026

The Claypool Lennon Delirium : « The Great Parrot-Ox and The Golden Egg of Empaty »

 


Le titre, à lui seul, rappelle les grandes heures des concept-albums progressifs des années 1970 ! Pour sa quatrième sortie, le duo composé de Les Claypool (Primus) et Sean Ono Lennon (The Ghost Of A Saber Tooth Tiger) a décidé de faire honneur au « Delirium » du patronyme de leur groupe ! Complètement barré, tour à tour psychédélique, baroque ou progressif ce copieux nouvel effort (14 titres soit une heure de musique) en fait voir de toutes les couleurs à quiconque aura le courage d’y poser une oreille ! Comme un tie and dye musical, l’album n’a peur ni des détours sinueux (« Simplest of deeds »), sitar à l’appui (« The wake-up call ») ou des ruptures rythmiques assez franches, le tout culminant avec les douze minutes incandescentes d’« It’s a wrap » qui ponctuent le disque, comme son titre l’indique avec acuité. A ce niveau là, il n’est même plus la peine de se poser la question d’un quelconque revival musical ou d’une nostalgie certaine des années 60/70. Les questions sont d’une inanité totale tant l’album échappe à toutes les règles, styles ou modes. Planant largement au-dessus de la mêlée, l’album s’envole à son propre rythme, en complète autarcie. Un ovni. Le disque emporte littéralement l’auditeur, ce genre de prise de risque totalement inconsidérée est devenu tellement rare que le geste en devient salvateur. Ouvrez grand les oreilles et lâchez prise !

https://theclaypoollennondelirium.com/

https://www.facebook.com/theclaypoollennondelirium

https://theclaypoollennondelirium.bandcamp.com/music






dimanche 2 août 2026

Samantha Martin & The Delta Sugar : « A Beautiful Buzz »

 


Combien d’artistes restent confidentiels alors que la bande FM déborde de médiocrité ? Ainsi en va-t-il de l’artiste qui nous occupe aujourd’hui, la Canadienne Samantha Martin, dont on peut avouer sans peine que le « buzz » du titre de l’album nous a, hélas, malheureusement, jusqu’ici échappé. Active depuis 2015, la Canadienne a sorti jusqu’ici trois albums, le quatrième, celui dont il est question dans cette chronique, fait ainsi figure de best-of sous la forme d’un album live survolté. Il y a d’abord, et avant toute autre considération, la voix, éraillée et profonde, une petite cassure soul au fond de la gorge, idéale pour toute forme de musique nécessitant un feeling prégnant du rock’n’roll au blues en passant par la soul. La comparaison peut paraître éculée, mais et si on tenait là la digne descendante de Janis Joplin, une Sarah McCoy qui aurait tenu toutes les promesses que son talent original laissait apercevoir, ou une lointaine cousine d’une Kaz Hawkins venue de l’autre côté de l’Atlantique ? L’instrumentation est riche, guitares, basses, batterie, orgue soulful mais aussi une section de cuivres, les petits plats sont mis dans les grands afin de créer l’écrin musical que cette voix incroyable mérite. C’est un grand moment de soul, de blues, de rock’n’roll, pas foncièrement original, ce dont on se fiche un peu tant la passion et l’engagement débordent de cet album intemporel et euphorisant !

https://samanthamartinmusic.com/

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jeudi 30 juillet 2026

Soledad Brothers + Las Robertas, Petit Bain, 28 juillet 2026.


La soirée débute avec un énorme coup de cœur pour Las Robertas, formation psychédélique venue du Costa-Rica, dont le son ressemble à celui du Brian Jonestown Massacre, en moins foutraque, plus électrique et avec une chanteuse. Il n’y a cependant rien de latin dans leurs chansons, chantées en anglais. Le groupe ne manque pas de charme et développe quelque de profondément addictif dans leurs compositions fleuves, comme de longues dérives psyché, à la répétition hypnotique entêtante, dont l’effet conjugué de la guitare et de la batterie provoque quelques coups de sang contrebalancés par un clavier rêveur et planant. Très très belle découverte !

Débuté en l’an 2000, achevé six ans plus tard au terme d’une discographie composée de quatre albums, le parcours des Soledad Brothers fait figure de comète. On avait appris leur séparation un soir, à la Maroquinerie, un événement annoncé sur scène, alors que le groupe devait assurer la première partie des BellRays quelques minutes plus tard… Les Soledad Brothers n’avaient plus joués en France depuis 20 ans. Formé dans l’Ohio mais à quelques encablures du Michigan (et donc de Detroit), le son des Soledad Brothers reste profondément marqué par ces origines prolétariennes et industrielles produisant un rock’n’roll débridé et fou furieux. La composition du groupe, atypique avec ses deux guitares et une batterie, est identique à celle de Jon Spencer Blues Explosion et annonciatrice de groupes plus tardifs comme GA-20 ou Daddy Long Legs. Apparu au sein de l’explosion rock’n’roll du début du siècle au milieu des Strokes et autres Black Keys, le groupe est resté proche des White Stripes (connexion Detroit oblige) mais surtout de Jack White avec qui ils ont collaboré. Au milieu de cette masse de groupe apparus à cette époque, les Soledad Brothers se sont distingués par leur appétence pour le blues, un idiome dans lequel ils sont tout à fait crédibles, harmonica à l’appui. La présence, et le bourdonnement caractéristique, du saxophone bariton en fin de set rappelle le son des regrettés Morphine mais aussi des Stooges (époque « Funhouse ») pour ce mélange avec les guitares saturées. Quoi qu’il en soit, après une aussi longue absence, le répertoire des Soledad Brothers n’a pas bougé d’un iota, toujours aussi efficace, entre blues et rock garage, et il n’en faut guère plus pour que le public bouge avec ardeur, faisant fi des années qui passent. Les chansons ont même gagnées en patine pour prendre des allures de classiques. En fin de set, le saxophone change la donne et la musique paraît moins structurée, le chaos s’installe dans une longue dérive noise, semblant improvisée, avant-gardiste et expérimentale. C’est avec un plaisir non feint que l’on a retrouvé ce groupe !

lundi 27 juillet 2026

Kay ! Lettres à un poète disparu, Théâtre des Halles, Avignon, 25 juillet 2026.

Traditionnellement consacré au théâtre, le festival d’Avignon réserve toujours une place à la musique dans la bagatelle des 1 500 spectacles qui constituent la programmation du festival off. Ainsi, cet été, il nous a été donné la possibilité d’assister à une représentation du sublime spectacle « Kay ! Lettres à un poète disparu ». Le trio articulé autour de Lamine Diagne, à la fois saxophoniste, conteur ou slammeur, prend possession de la scène. Autour de lui se trouve le batteur Cédric Bec et le guitariste Wim. Ni vraiment un spectacle, ni vraiment un concert, mais un peu les deux à la fois, la représentation est un dialogue avec Claude McKay (1889-1948), poète né en Jamaïque et disparu à Marseille, assez largement oublié de nos jours, et vise à la fois à remettre en lumière la vie, l’œuvre de l’auteur et aussi à la mettre en résonance avec l’époque à travers notamment d’un long passage consacré à la ville de Marseille. Ainsi, lectures, témoignage et musique live alternent. Les thématiques abordées sont évidemment terribles puisqu’il y est question d’exil, d’esclavage, de commerce triangulaire, de racisme et de ségrégation. Et pourtant au-milieu de toute cette misère, le trio réussit à trouver un peu de lumière et d’espoir, grâce à la beauté formelle des mots mais aussi grâce au groove irrésistible développé par le remarquable trio de musiciens. Un voyage à la fois sublime et ubuesque, emprunt de jazz, de soul et d’afrobeat. Le spectacle est décliné sous la forme d’un disque cd-livre audio.



lundi 20 juillet 2026

Une Vraie Gothique : "Nuée Ardente"

 


Le charmant duo, découvert en première partie de Je t'aime, est de retour avec un nouveau titre fleurant bon la dark wave !

Soledad Brothers en tournée

 


Attention événement ! Après 20 ans de séparation et d'absence scénique en France (on reste traumatisé par l'annulation en dernière minute de leur date en première partie des BellRays) les Soledad Brothers seront de retour pour trois dates dans l'héxagone dès ce week-end à Binic puis à Paris (Petit Bain) le 28 juillet et à Bordeaux le lendemain !

BILLETTERIE



samedi 4 juillet 2026

Little Barrie : « Gravity Freeze »

 


2017. Le trio londonien s’apprête à sortir son ambitieux double-album « Death Express » lorsque le destin frappe emportant soudainement le batteur Virgil Howe, qui succombe à une crise cardiaque à l’age de 41 ans, donnant des airs de prédiction morbide au titre dudit album. S’ensuit un long tunnel de neuf années au-cours desquelles le duo composé du merveilleux guitariste Barrie Cadogan et du bassiste Lewis Wharton ne sera pas resté inactif, sortant deux albums en compagnie du batteur Malcolm Catto. Deux pas de côté, le projet étant sensiblement différent avec Catto, plus psychédélique à la limite de l’abstraction. Ce nouvel effort signe donc le retour du « vrai » Little Barrie avec cette fois-ci Tony Coote, un batteur capable du grand écart entre James Brown et The Stone Roses, derrière les fûts. Le nouveau batteur change la donne, le groove, le swing est plus affirmé et s’il est toujours question de psychédélisme (« December »), la guitare retrouve ses envolées funk et rock’n’roll garage (« Anything you are ») pédale wha-wha à l’appui (« Luggin’Hurt »). Trois musiciens fusionnels et virtuoses (Cadogan est un véritable guitar-hero totalement méconnu), une section rythmique très solide (on ne vantera jamais assez les qualités de Wharton à la basse) et une écriture soignée, le trio signe un sublime retour !

En concert le 5/10 à La Maroquinerie

https://www.littlebarrie.com/

https://www.facebook.com/littlebarrie






mardi 30 juin 2026

Boris Maurussane : « Tears of English Town »

 


Alors que la musique générée par une « intelligence » qui brille surtout par son artificialité, inonde les plateformes d’écoute, qu’il est bon de retrouver un véritable artiste ! Pour son deuxième album, après le remarquable « Social Kaleidoscope », Boris Maurussane se fait fort d’emmener la musique là où aucune intelligence artificielle ne serait capable d’aller : aux confins de la pop, du jazz et de la musique brésilienne. Un endroit bien improbable il est vrai. Et pourtant ! Les références s’y bousculent, qu’elles soient attendues (Robert Wyatt, Beach Boys) ou plus surprenantes (Antonio Carlos Jobim, Herbie Hancock ou Philipp Glass!) Une large palette sonore est déployée, bois et vents (cor, basson, hautbois), piano ou des synthés utilisés judicieusement qui apportent cette note extravagante, digne d’un film de SF des années 50, aux arrangements. N’ayant pas froid aux yeux (ni aux oreilles) Boris tente le tout pour le tout et c’est un véritable grain de folie qui s’empare des musiciens, lorsque ces derniers se lancent dans de folles improvisations (les sept minutes de « Christians from the lake » ou les huit de « Decipher ») donnant du corps à cette notion d’extravagance évoquée plus tôt. L’album sort sur l’excellent label Hot Puma Records, qui, après les sorties récentes d’Orwell, Reed Conservation Society, William Pears ou Discover, se trouve plutôt en verve sur ce créneau de la pop raffinée et élégante.

https://borismaurussane.bandcamp.com/





samedi 27 juin 2026

Orwell : « Composite »

 


A la tête de son groupe, Orwell, Jérôme Didelot creuse, depuis l’an 2000, un sillon original sur la scène pop française. Ce nouvel album « Composite » nous donne a (re)découvrir une formation pour qui n’a pas son pareil pour se glisser dans les interstices. Celui qui sépare la chanson française de la pop ambitieuse anglo-saxonne. Ou pour combler celui qui sépare des mélodies simples, lignes claires, d’arrangements classieux. Les grands moyens sont de mise pour ce nouvel album, quitte à sortir des sentiers battus : vibraphone, cor, cordes, flûtes, synthés contribuent à créer cette impressionnante palette sonore, flirtant avec l’abstraction (cf. « Composite ») qui enrobe l’auditeur à l’écoute du disque. Mais cela ne serait rien sans les chansons et l’indispensable qualité d’écriture de Jérôme Didelot, qui convoque l’universalité derrière des formules cryptiques dont il a le secret. Seule escapade dans la langue de Shakespeare « Long is the race » apparaît, dans ce contexte, comme une (charmante) anomalie. Pour le reste, ce nouvel effort plonge l’auditeur dans une bulle confortable, intemporelle et hors d’age, les oreilles saisies par la limpidité de ce nouvel album.

https://orwell.bandcamp.com/album/composite

https://www.facebook.com/orwellfrenchband

http://www.orwellmusic.com/




dimanche 21 juin 2026

The Reed Conservation Society : « Sing a song that never ends »

 


Après un premier album, totalement francophone, The Reed Conservation Society effectue un spectaculaire mouvement inverse avec un deuxième effort renouant avec les textes en anglais. Il flotte ainsi un petit air de retrouvailles avec le groupe comme à l’époque des trois premiers Eps, dont ce nouvel album pourrait constituer la suite directe. Et pourtant que de chemin parcouru depuis... En effet, au duo composé de Stéphane Auzenet et Mathieu Blanc s’est adjoint une section rythmique (Nicolas Pain, basse et contrebasse et Cédric Bermond à la batterie). La véritable nouveauté est que cette dernière a été pleinement impliquée dans le processus depuis les prémices de ce dernier. Enregistré tous ensemble dans la même pièce, l’album possède un aspect organique plus affirmé (Stéphane parle d’un disque plus « organique, instinctif et naturel ») et ouvre le champ des possibles vers une énergie plus rock (« Goldfish with Glitter Gleam »). Mais, pour le disque qui nous occupe, le quatuor retrouve cette tonalité si particulière mariant la mélancolie du folk britannique a une forme psychédélique plus américaine, voire californienne. Finalement, au-delà de l’écoute, c’est un album qui exige une forme d’abandon de part de l’auditeur. Ces nouvelles chansons emportent littéralement au gré des magnifiques soli de trompette (Mathieu), du tapis de cordes somptueuses déroulé sous nos oreilles (arrangé par Mathieu) ou des magnifiques harmonies vocales qui le parsèment. Magnifique ouvrage de la part d’un groupe qui gagnerait à être plus massivement connu tant il incarne un des plus précieux représentants de la pop française contemporaine.

En concert le 26 juin au Supersonic Records (avec The Gentle Spring)

https://www.facebook.com/TRCSfrenchband/





dimanche 7 juin 2026

Autour de Lucie : « Hors monde »

 


Comptant parmi les groupes les plus précieux de l’Hexagone, Autour de Lucie, entretient une aura fantomatique sur la scène française avec une discographie (6 albums en 30 ans) restreinte, mais ô combien précieuse, entrecoupée de longues pauses entre chaque disque et très peu de concerts. « Hors monde » mais surtout hors du temps, ce nouvel album est le premier depuis 2015 de la formation recentrée autour du duo Valérie Leulliot (chant) et Sébastien Lafargue (à peu près tout le reste). Avec ce nouvel effort, le duo creuse son sillon d’une pop à la fois organique et électronique, aux arrangements raffinés et élégants. En effet, si le cœur en reste les instruments (guitare, basse, piano) qui constituent l’épine dorsale du projet, les arrangements électroniques apportent cette touche si particulière qui n’appartient qu’à eux, cette mélancolie diffuse et impalpable, qui sied si bien au chant délicat de Valérie Leulliot. L’album évoque aussi bien le temps qui file (« Mars 85 » ; « Diana ») que la nostalgie (« Quelque part » ; « Mes Raisons ») sans pour autant s’y enfermer. C’est une nouvelle pièce maîtresse à mettre au crédit du groupe.

https://www.facebook.com/autourdeluciemusic/

https://autourdelucie.bandcamp.com/