Alors que l’intro de « Presto ! » coule des
enceintes, on ne peut s’empêcher de penser que l’on a trouvé dans les français
Côme un nouvel avatar pop sous influence anglo-saxonne (l’intro en question
rappelant un peu U2). Impression vite contrariée. Car si Côme est bel et bien
un groupe pop/rock, ses membres ne peuvent s’empêcher d’y introduire un soupçon
de perversité bienvenu, empêchant le tout de tomber dans la facilité. Quelques
guitares bien senties, un soupçon de noise on pourrait (presque) se croire chez
My Bloody Valentine version light. Un peu de gros son, quelques dissonances
(« I Killy ou ») juste ce qu’il faut pour rendre les choses
intéressantes. Navigant entre deux identités, Côme propose un EP un poil
schizophrénique avec de jolies ritournelles bien troussées (« The
House » ; "Childhood") et aussi bien torturées (« Who wanna Dance »). Pour ce
qui nous concerne une belle réussite mais en attente d’être validée par un
album.
jeudi 2 août 2012
mercredi 1 août 2012
Charles-Baptiste : « Premiers aveux »
Personnage iconoclaste et décalé, cultivant le no look façon
nerd avec soin Charles-Baptiste se veut différent. A contre courant de toutes
les modes possibles et imaginables, pas hype pour deux sous, Charles-Baptiste se
fout royalement du rock, de l’électro et de tout le reste communément regroupé
derrière l’adjectif « branché »… Non son influence revendiquée, et
assumée avec talent, est du côte de… Euh alors comment dire… La variété
française... Et pas n’importe laquelle, celle des années 70 ou malgré tout le
mal que l’on peut en penser il était quand même question d’instruments
organiques (dans le cas qui nous occupe, le piano sous influence Michel
Berger), de mélodies, voire de pop légère (les ouh ouh ouh qui parsèment ça et
là les chansons). Et puis surtout de textes qui sans être engagés ont néanmoins
du sens. Pour ce qui nous concerne, les quatre titres ici présents (soit une
bonne dizaine de minutes) s’écoutent assez agréablement. A vérifier toutefois
sur la durée d’un album. Quoiqu’il en soit, si Charles-Baptiste assume ses
influences avec autant de facilité, on peut de notre côté assumer qu’on
l’écoute avec plaisir et sans second degré.
mardi 31 juillet 2012
Interview avec Boogers
| (c) Guillaume Le Baude |
C’est juste avant la sortie de son deuxième effort
« More Better » que nous avons rencontré Boogers. Affalé sur un
canapé, ce dernier prend le temps d’évoquer ses inspirations et sa conception
de la musique. Une rencontre très sympathique…
Comment as-tu commencé la musique ?
Boogers : Mon premier rapport à la musique c’est les
disques. J’ai un oncle qui avait fait son service militaire en Allemagne de
1971 à 1973 qui était fana de musique. Il est rentré avec 300 vinyles ! Il
est mort assez jeune en 1978 et comme c’était mon parrain j’ai récupéré tout le
stock de disques. Il y avait tout le Krautrock. C’est des disques que j’ai eus
à 8, 9 ans. Ils étaient dans ma salle de jeux. J’avais une platine vinyle alors
j’écoutais mais sans savoir ce que j’écoutais. Les pochettes étaient hyper
belles, ça me fascinait… Tout en jouant aux big jim et aux légos. Après en
commençant à lire Best et Rock n’Folk, je voyais les disques de mon oncle qui
étaient chroniqués comme des œuvres hyper importantes : Can, Neu,
Kraftwerk… Là j’ai commencé à comprendre. Après t’as toujours un pote à 10, 12
ans qui fait de la guitare. Il y avait une pièce hyper grande chez mes parents
qui servaient de salle de répétition pour les potes. Ils laissaient leurs
instruments de musique. Moi je me suis pris de passion pour la batterie. Je
jouais sur des cagettes en fer. A l’époque j’étais obnubilé par Téléphone. Mes
parents en ont eu marre de me voir défoncer toutes les poubelles et les
cagettes du quartier ! Le deal c’était si t’as 12 au prochain trimestre on
t’achète une batterie. J’ai eu 10 mais j’ai eu une batterie quand même. J’ai
fait de la batterie à mort en écoutant les disques. Mes profs c’étaient les
disques. Deux, trois guitares et un quatre pistes qui traînent ensuite. C’est
parti comme ça. C’est vraiment de la découverte par moi-même, on ne m’a jamais
forcé. Mes deux grands pères étaient accordéonistes mais c’est tout… On m’a
obligé à faire de solfège petit mais j’ai arrêté très vite même si j’étais
premier de la classe. Ca ne me plaisait pas.
Tu fais beaucoup de choses tout seul, un peu bricolo. Tu as
ton propre home studio ?
B. : Pas vraiment, c’est un petit studio à Tours. En
fait c’est un ancien studio que j’ai récupéré avec un copain. Il n’y a plus
rien dedans. C’est vraiment du bric à broc. On est une dizaine de groupes
là-dedans et on essaye de faire croire que c’est un vrai studio. C’est que à
nous, on n’enregistre pas d’autres gens. C’est à la Jamaïcaine, un endroit où
on met tout le matos en commun. On fait pas mal de trucs ensemble, on s’aide
vachement. On s’apprend mutuellement des choses, personne n’a de réelle
formation. Sinon j’ai mon petit portable avec ma carte son, mon micro, je peux
me balader partout, faire de la musique où je veux, quand je veux…
Et est-ce que tu es du genre à aller chiner dans les
brocantes pour trouver des instruments ?
B. : A fond ! Je le fais un peu moins maintenant,
j’ai moins de sous. Ca allait mieux avant… J’achète surtout des lots de vinyles
dans les brocantes. Mais tous mes synthés je les ai chopés dans ces endroits
là. Le vintage, le vintage ça a son prix maintenant (soupir)… Moi c’est du
« vintage 90 »... J’ai tous les Yamaha je pense… Au studio on a genre
80 synthés, il n’y en a pas un qui vaut le coup ! Ce n’est que des petites
bouzes… Des trucs pour enfants. On n’a pas les vrais claviers vintage, les
rhodes, même si c’est mon fantasme. C’est hors de prix et c’est trop fragile.
On a tout dans l’ordinateur, en simulation. A quelques détails près sur le même
son.
Tu as sorti tes deux premiers albums très vite, en l’espace
d’un an, ce qui ne se fait plus trop maintenant. Qu’est-ce qui s’est passé, tu
as connu une période de créativité exceptionnelle ?
B. : Non, non… T’es pas le premier à me dire ça… Mon
entourage me le dit aussi… Bon j’ai trouvé un label (at(h)ome, ndlr) et mon but
dans la vie c’est de faire des disques. Des morceaux j’en ai tout le temps.
J’avais de quoi faire un nouvel album alors on y a va direct et puis c’est
tout. C’est le label qui me l’a proposé moi j’ai répondu évidemment, je suis là
pour ça ! C’est vrai qu’on est allé plus vite. Celui d’avant, j’ai mis
quatre ans à le faire…
C’est marrant ça…
B. : Oui mais ce disque là (le premier, ndlr), il
existe parce que j’ai voulu le faire. Je n’avais pas de tourneur, pas de label,
rien. L’enregistrement était terminé, le label a acheté le produit fini….
Le premier disque c’était plus pour « lancer la
machine »…
B. : Oui. Pour le nouveau j’avais encore plein de
morceaux qui traînaient. Il en reste peu finalement dans le deuxième…
Est-ce que tu penses que la sortie et la promo pour le
deuxième album a un peu empiétée sur la tournée de l’album d’avant ?
B. : Mon tourneur me l’a dit. Moi je ne pense pas.
Comment dire, moi la seule chose qui me fait vivre c’est l’intermittence. Pour
être intermittent du spectacle, il faut faire des concerts. Pour faire des
concerts, il faut sortir des disques. Voilà. C’est un rouage. Je ne suis plus
ado, maintenant j’ai une famille et tout ça… Voilà… Tant que je peux, je
continue… Je n’ai pas peur de l’asphyxie… Je ne suis pas très reconnu et j’en
suis conscient. Il faut que j’insiste. J’en ai surtout envie. Avec At(h)ome ça
se fait dans des super conditions, j’ai enregistré dans un pur studio à 20
mètres d’ici avec Bruno Desjardins qui est un gars génial. Il avait fait le
mixage sur l’album d’avant. Là on a tout fait ensemble sur un mois (souffle).
Hyper cool. Moi ma vie c’est d’aller dans un studio où il y a du matos de fou,
un gars hyper-compétent. Je suis trop content.
J’ai l’impression que ton deuxième album, More Better est
plus abouti que le premier… Le premier était funky celui-là est plus pop à mon
avis…
B. : Complètement ! J’avais choisi le studio après
l’avoir visité, il y avait plein de vieux synthés vintage. Mais des mortels !
Des trucs qui font des bruits de l’espace et tout ! Le jour où je suis
arrivé au studio, tout ces synthés-là étaient partis ! Le propriétaire les
avait embarqués. J’étais là, ah merde (rires) ! Et en fait il restait un
piano. Donc j’ai travaillé dessus. Il y a beaucoup de choses qui viennent de
l’ordinateur aussi. Des samples, des trucs que j’ai bricolé sur lesquels j’ai
rajouté des guitares. Pour « More Better » c’est vraiment compos à la
guitare sèche à la maison, devant la télé. Et après tu l’habilles avec de la
batterie et tout. C’est plus une démarche songwriting, le résultat est plus
pop. Ca a été vachement facile à faire en fait. Les difficultés du premier
album se sont effacées. J’ai réussi à éviter tout ce qui me bloquait avant.
« More Better » c’est aussi tout ce que j’écoute depuis que j’ai
15/16 ans, la pop américaine. Je me suis lâché, j’y suis allé à fond dans cette
direction. Je vais pouvoir passer à autre chose maintenant…
Pour les gens qui ne l’ont jamais écouté, comment
décrirais-tu ton deuxième disque ?
B. : Pop. Mais je ne suis pas super fan de pop
anglaise. Tout ce que les Inrockuptibles ont pu adorer dans les années fin 80
début 90 c’est tout ce que je déteste. Je préfère les américains Pavement, ou
la power pop genre Weezer. Mais pas de violons, pas Pulp ! J’adore chanter
les mélodies, j’adore les trucs entêtants ! J’adore écouter les potes qui
bossent en studio. J’aime bien organiser un morceau, jeter certaines idées,
remettre un gimmick deux fois… Tu crées ton morceau en une journée et puis te
reviens dessus deux semaines plus tard, ça j’adore !
Justement j’ai trouvé ton album assez riche en hooks…
B. : Ca vient tout seul en fait. Je gratouille, je
m’enregistre. Je fais beaucoup de contrôle C / contrôle V. J’enregistre quatre secondes
que je recopie ensuite. Ensuite je commence à chantouiller dessus. Là je viens
de me rendre compte que c’est un concours de Oh oh oh, pa pa pa et la la la
(rires) ! Il y a trois ou quatre morceaux à la suite, je me suis dit, ça
fait peut-être un peu trop là… J’adore ce côté refrain imparable, à la NOFX. Le
côté fédérateur et tendre. Je me suis trouvé un côté tendre. Un truc à la
Rancid où tu lèves ta bière avec les copains et on chante tous ensemble, c’est
classe !
Tu essayes d’instaurer ça en concert ?
B. : Ca ne chante pas trop en concert à part un ou deux
morceaux. Je n’ai pas encore la notoriété qui fait que le public chante comme
des fous mais je me lâche pas mal pendant les concerts. J’ai plus souvent des
regards interrogateurs mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qu’il
fait ? Depuis quatre ans que je fais des concerts sérieusement, je suis
encore dans une phase de découverte du public. Ce n’est pas encore digéré, on
est encore au stade de la surprise.
Justement puisqu’on parle de la scène que préfères-tu entre
les shows en solo et ceux en groupe ?
B. : Le groupe c’est récent. C’est mes potes. Ils sont
un peu plus jeunes que moi, ils ont appris à jouer sur des plateaux avec des
retours et tout ça. Moi j’ai appris à jouer en groupe. Je n’avais jamais joué
en groupe de ma vie en tant que chanteur/guitariste, je ne l’avais jamais fait.
C’est une découverte pour moi. J’ai fait souvent fait le batteur par contre.
J’ai eu un prix de l’adami, on a pu avoir des grosses dates et tout le monde a
été payé en cachets. J’ai été trop fier que mes potes aient pu avoir des
cachets et devenir intermittents. Je suis content de faire vivre mes copains,
enfin pas beaucoup. C’est mon côté politique. On en est encore au début du
truc, on n’a encore jamais créée de morceaux ensemble, on a surtout refait
beaucoup de chansons du premier disque. Honnêtement le one man show pour moi
c’est quand même vachement plus simple, ne serait-ce qu’en organisation. Je
n’ai pas besoin de répéter quand je suis en solo, les morceaux c’est moi qui
les faits. Alors qu’en groupe c’est beaucoup de temps de répète, de mise au
point, de réglages… Et puis il y a l’humain aussi. Tout seul en concert, je me
lâche vachement. J’arrête les morceaux en plein milieu, je raconte des
conneries, je repars… Je cours, je m’en vais, je reviens, je jette des trucs…
Avec les gars je n’arrive pas à me le permettre encore. Et puis ils envoient un
volume… Ca aussi c’est un truc qui m’a vachement surpris. En solo, je joue
comme un groupe de hip-hop. Avec mon lecteur laser. J’enlève juste la gratte et
le chant pour rejouer par-dessus. Ca reste un volume assez normal. Mais là,
basse, batterie, guitare, claviers… Ca fait boum ! Répéter avec des boules
Quiès, je ne savais pas ce que c’était ! Par contre c’est vrai que ce n’est
plus du tout la même énergie. Aux Vieilles Charrues, c’était monstrueux !
On a envoyé ! Costaud ! Et puis on n’avait pas l’air ridicules et ça
j’en suis super content. C’est logique pour moi de jouer en groupe puisque ma
musique, c’est de la musique de groupe : guitares, basse, batterie. Mais
économiquement c’est une catastrophe. C’est horrible le prix que ça coûte
d’être cinq. Faut louer un camion, faut un régisseur de plus, t’es huit sur la
route… Ca pompe énormément d’argent. Je n’ai pas la notoriété pour me permettre
de ne faire que des concerts avec groupe. Juste pour payer notre salaire ça
fait déjà des coûts qui moi me gênent un peu… J’ai vécu l’autre côté du truc en
organisant des concerts. Tu vois des groupes qui t’aime bien mais qui ne sont pas
trop connus ? Quand tu réalises que les faire venir ça te coûte un bras,
et bien tu ne le fais pas. Ces histoires économiques, ça me mine vraiment.
C’est chiant. Ca t’empêche de faire des trucs. Tant que tu n’as pas fait un
gros single de toute façon tu n’as pas trop de pouvoir sur ces trucs là… On a
eu l’occasion de faire des grosses dates grâce au prix de l’adami mais bon
maintenant l’adami n’est plus là et continuer à faire des concerts en groupe
c’est compliqué…
Tu penses quand même continuer à faire des concerts avec ton
groupe ?
B. : Ouais, c’est la volonté de tout le monde. On
s’éclate bien on est une bonne bande de potes. Mais surtout ce qui important
pour moi c’est d’alterner les deux. A l’avenir j’aimerais faire des concerts
mi-solo, mi-groupe. Ca serait vraiment l’idéal. J’ai besoin de montrer que tout
seul j’assure aussi. Je suis allé au Québec et on m’a payé un billet d’avion,
en gros par ce que j’ai fait des morceaux moi-même. Et ça j’en suis hyper fier.
Je n’ai pas fait d’école, j’y suis arrivé par moi-même, ma seule volonté. J’en
suis vraiment très content.
Tu fais partie de cette génération qui a choisi de chanter
en anglais. Quel est ton rapport à la langue ?
B. : Je suis ce français type qui a été fasciné par
l’Amérique dans les années 80. Les chanteurs qu’on avait en France s’appelaient
Johnny Hallyday et Eddy Mitchell et eux-mêmes étaient fascinés par les
Etats-Unis. Après avec le grunge et la power-pop, déjà que j’étais d’accord
avec l’Amérique, d’un coup je l’étais deux fois plus ! Après, en vieillissant,
tu te rends compte que finalement ce n’est pas tant le paradis que ça… En ce
qui me concerne, ma musique est une interprétation de tout ce que j’ai écouté
avant. Weezer j’ai découvert les paroles il y a un an seulement alors que je les
écoute depuis 15 ans ! J’ai toujours énormément chanté en yaourt chez moi.
Après je remplace mes intonations par des mots en anglais qui sonnent à peu
près de la même façon. Au début cela ne voulait rien dire… Je n’arrive pas à
chanter en français. J’ai fait des essais, j’ai tout effacé. J’adore la variété
française, mais au neuvième degré. Si j’écrivais mes textes en anglais, ça
serait de l’ordre du non-sens ou de l’humour. Je serais incapable de raconter
en français, ce que je raconte en anglais. A contrario, je suis objectivement
fan de Jean-Louis Aubert, j’adore ! Quand j’ai fait le festival au Québec,
j’ai eu des chroniques après où on me reprochait de chanter en anglais avec un
accent déplorable alors que le Québec défends la langue française… Ca m’a
vachement blessé. En France, tu peux raconter ce que tu veux en anglais
personne ne dirait rien. Personne n’écoute les paroles en France, c’est une
catastrophe. J’ai joué à Londres il n’y a pas longtemps, c’est la première fois
que je voyais dans le regard des gens qu’ils comprenaient ce que je chante, ça
m’a fait super drôle. Les histoires d’anglais ça me poursuit depuis que j’ai
commencé. Mon éditeur, tout le monde me demande de faire quelques textes en
français… On a même voulu me faire prendre des cours de prononciation, j’ai
refusé. Un irakien qui chante en anglais aura un petit accent irakien, moi j’ai
un accent français, il va falloir s’y faire…
Propos recueillis le 28 septembre 2011.
vendredi 27 juillet 2012
The Elderberries
Troisième album, éponyme, pour ce trio particulièrement efficace. Passé le premier titre « Dually note it », punk un peu trop roboratif, les Elderberries donnent leur pleine puissance. Et ça dépote ! Lourd mais tranchant, chargé en guitares bien grasses et en rythmes plombés les Elderberries évitent l’écueil « bourrin » grâce à une nécessaire distanciation. Le groupe remet aux couleurs du jour une certaine idée du rock 70s avec des pédales wha-wha, « Waiting to come arond », une dose de groove, « You should have know », et des soli de guitares virtuoses sans en faire trop « Here til’down ». Simple, concis, avec une science du riff qui tue, « Thermostat 7 », fait monter la température. Les Elderberries jouent fort, jouent vite. C’est du rock n’roll ! Et du bon !
theelderberries.bandcamp.com
soundcloud.com/the-elderberries
jeudi 26 juillet 2012
Dusted : « Total Dust »
Le duo américain est de retour avec ce nouvel album prônant
une démarche originale. Prenant sa source dans le blues et la pop low-fi,
typique des années 90, le duo se propose de moderniser l’idiome sans le
dénaturer. Des bruitages divers parsèment les compositions, suffisant pour
apporter une touche nouvelle, foutraque tantôt dérangeante mais inattendue,
toujours assez discrets pour ne pas altérer l’authenticité de l’ensemble.
Adepte d’une démarche assez naturelle dans le fond, Dusted limite
volontairement ses effets, les batteries restent assez légères. De Dusted on
entends finalement assez peu : des voix plaintives, des guitares, des
basses et parfois des claviers qui font basculer l’ensemble du côté des années
80 (« Bruises »). Et quand Dusted hausse le ton, et le volume, c’est
pour délivrer une perle de rock noire (« Property lines »). Les
ingrédients sont assez peu nombreux mais mixés à la perfection, nous sommes
clairement dans un disque d’ambiance, plutôt sombre. Une réussite.
mercredi 25 juillet 2012
DAD
Les membres de la formation franco-canadienne DAD ont la particularité de venir du jazz avant d'avoir opté pour une démarche post-rock qui n'est pas sans rappeler Tortoise. En attendant la sortie de l'album "Vitro" prévue pour le mois d'octobre prochain, quelques morceaux issus d'une session live ont été mis en ligne...
www.dadmusik.com
www.facebook.com/dadmusik
Zarathrousta : « Le prochain shooter »
Nouvel EP de quatre titres pour ce tout jeune groupe
français au nom imprononçable (inspiré de la mythologie Perse, cela ne s’invente
pas…) qui jusqu’à présent n’avait guère fait parler de lui. Un état de fait
qui, dans un monde parfait et idéal, ne saurait tarder. La grande réussite de
cet EP, c’est d’avoir réussi à un contexte francophone un genre typiquement
anglo-saxon ancré dans les années 60, le rock garage psyché. On pense à
Marshmallow, à Mathieu Neil ou à certains morceaux des Wankin’ Noodles… Des
paroles en français donc sur une musique chargées en guitares (« Le
prochain shooter » ; « L’amour l’amour, toujours l’amour »)
tour à tour tranchantes ou acides au besoin sans être avare de bizarreries et
autres trouvailles diverses (le planant « A la ramasse »). De toute
évidences, ces types sont un peu frappés mais dans le bon sens du terme. Un
prochain shooter qui fait du bien en espérant que cela ne soit pas le dernier…
mardi 24 juillet 2012
BSMS + The Black Lips, Le Trabendo, 24 juillet 2012.
Et pourtant cela avait plutôt bien commencé… Dans la foulée
de leur excellent album « Arabia Mountain », sorti en fin d’année
dernière, les Black Lips sont venus nous rendre visite hier soir pour une prestation
bien décevante, c’est le moins que l’on puisse dire. Pas en place, balbutiant
son rock psychédélique, le groupe patauge et donne l’impression de ne pas
maîtriser grand-chose (incapable par exemple d’enchaîner deux titres, ou
d’assurer un seul morceau sans flottements au milieu), il émane de tout cela
une désagréable impression de dilettantisme (il ne faut pas croire ça me brise
le cœur de dire ça)… Encore renforcée par un son assez moyen. Pas de quoi
cependant refroidir une assistance qui pogote à tout va et qui donne bien des
soucis aux agents de la sécurité (réaction sympa du groupe : arrêtez de
frapper nos fans !). La situation ne fait qu’empirer alors que la soirée
s’avance et sombre dans le chaos, des rouleaux de papier toilette volent
au-dessus des têtes, des ballons de baudruche à l’effigie du groupe explosent
les uns après les autres. Et ça slame à tout va. Et puis soudain c’est le chaos
total, la scène est envahie par le public. Comprendre que la moitié de la fosse
c’est d’un seul coup retrouvé sur scène interrompant le groupe en plein
morceau. Seul le batteur continue coûte que coûte à battre la mesure tout en
assurant les backing vocals. Grand moment de solitude. Le chanteur à un
mouvement de panique quand il voit sa basse (une Hofner violon façon Paul Mc
Cartney) partir emportée par la foule. Le micro se balade alors dans le public,
réactions saisies au hasard (Caro je te trouves plus, t’es où ?). Mort de
rire. Si l’on se plaint souvent (et à juste titre d’ailleurs) des performances
calculées à la seconde sans aucune place pour l’imagination (cf. John Fogerty)
les Black Lips sont eux dans l’excès inverse. Bref, le calme revenu, les Black
Lips reviennent sur scène pour deux petits titres. Bilan final, à peine une
heure de concert et pas de rappel, franchement léger pour un groupe à la
discographie fournie (sept albums tout de même). 22 euros la place hum hum… Une
soirée bien triste dans le fond… On va quand même finir avec un point positif
la première partie assurée par le trio français BSMS, excellent mélange de
blues psychédélique servi par un guitariste très doué. Voilà des musiciens qui
peuvent sortir la tête haute de ce fiasco…
samedi 21 juillet 2012
Sonny and the Sunsets : « Longtime companion »
Troisième album pour Sonny Smith et son groupe les Sunsets
originaires de San Francisco. Excellente petite surprise que ce disque
mélangeant influences country avec une touche pop-folk. Cet album fait partie d’une
catégorie rare, celle du coup du cœur immédiat. Nourries à la source pop
country-rock des années 60 et 70, gorgées de soleil, les 10 compositions de ce
« longtime companion » dégagent un charme instantané, on est sous le
charme dès la première écoute. La voix laidback pleine de charme de Sonny y est
pour beaucoup. Le tout est d’une simplicité confondante, d’une clarté mélodique
limpide. C’est le genre de disque qui vous transporte en Californie en un clin
d’œil, c’est un album à écouter en voiture sur l’autoroute où idéal pour
lézarder sous un porche ensoleillé. En un sens c’est le genre d’album qui rend
la tâche du chroniqueur particulièrement ardue, quand la musique atteint ce
niveau de qualité, que dire de plus ? Précipitez-vous, tout le reste n’est
que littérature inutile…
vendredi 20 juillet 2012
Interview FM LAETI
Auteur d’un superbe album mélangeant avec grâce soul
américaine et sonorités africaines (chronique ici), FM Laeti, avenante et
sympathique, prends quelques instants pour répondre à nos questions. L’occasion
de quelques confidences d’avant concert, saisies au vol…
Ton album mélange les sonorités de la soul des années 70
avec celles des instruments africains, la fusion s’est-elle faîte
facilement ?
Fm Laeti : Ce n’était pas nécessairement réfléchi au
début. C’était un mélange entre expérimentations et des sons que l’on avait
envie d’entendre. Ce n’est pas vraiment du calcul, on a joué en studio en se
disant, tiens on va rajouter ça et puis ça.
Est-ce que tu as vécu cela comme un retour à la source, vers
l’Afrique, là où tout à débuté finalement ?
F.L : Je l’ai vécu plus comme un coup de cœur pour le
n’goni, un instrument que je découvrais. Tout est parti de Disco (le bassiste,
ndlr) en fait. Son studio, c’est une sorte de caverne d’Ali Baba remplie
d’instruments (sourire). On a essayé différentes choses. Il est venu avec sa
camionnette, il a ramené une contrebasse, une harpe, un truc indien (rires)… On
a mis le doigt sur les choses avec lesquelles on avait envie d’expérimenter. Du
coup cela sonne comme un voyage à travers les deux côtés de l’Atlantique
(sourires)…
Est-ce que ta musique évoque le métissage ?
FL : Oh oui forcément. Je suis née en Guadeloupe, j’ai
écouté toutes sortes de musiques via mes parents, mes amis. François-Marie (FM,
ndlr) avec qui j’ai écrit l’album aussi. Et les voyages se sont rajoutés
par-dessus. Mon identité découle de mes expériences et mon vécu est assez
métissé (rires).
Les voyages t’ont beaucoup enrichi musicalement
parlant ?
FL : Oui, oui, oui ! Bon déjà j’étais bien
accompagnée avec mes parents qui m’ont toujours encouragé dans une voie
artistique. Pendant des années c’était grâce à eux que je découvrais. C’est
encore le cas aujourd’hui, mon père ou mon beau-père m’envoient des liens ou
des cds : ah tiens j’ai eu un coup de cœur pour ça ! Et puis les
rencontres pendant les voyages, des amis qui vont te faire découvrir tel ou tel
morceau… Et ça arrive encore, c’est cool (rires) !
Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur
« Coco », que tu chantes en duo avec Fatou Diawara ? Chacune
chante dans sa langue vernaculaire et j’ai trouvé ça très fort, comme si deux
personnes qui ne parlent pas la même langue pouvaient se comprendre à travers
la musique…
FL : C’est un mélange Créole/Wassoulou (région
d’Afrique de l’Ouest entre la Guinée, le Mali et la Côte d’Ivoire, ndlr). La
chanson parle du fait de naître quelque part puis de grandir ailleurs, de
voyager et de se créer son identité à partir de différentes cultures. Mais il y
a aussi ce sentiment qui veut que tu gardes toujours dans ton cœur l’endroit de
ta naissance. Tu le portes en toi. C’est l’endroit premier, l’identité forte.
Même si on part on n’aime pas moins d’où on vient et on n’est pas moins qui on
est en voyageant. On découvre en accueillant de nouvelles cultures dans notre
identité.
Pigalle, c’est un quartier qui compte pour toi ?
FL : Oui et d’ailleurs j’y habite ! Pour la petite
histoire mon père traînait beaucoup à Pigalle en tant que musicien et ensuite
j’ai fait beaucoup de bœufs dans ce coin là avec des amis dans des caves… On a
fait aussi beaucoup de concerts dans ce coin là Pigalle, Montmartre, toute une
série de rencontres… Je m’y suis attachée…
Ton premier album, c’est l’aboutissement d’années de
pratique ou le début d’une histoire ou bien les deux ?
FL : C’est le début de l’histoire. C’est aussi le
résultat d’une belle rencontre avec FM. On était chacun en auto-production sur
nos projets respectifs. On s’est rencontré pendant une émission de radio qui
s’est terminée en bœuf. Il y a eu un coup de cœur général et dès la semaine
d’après on s’est retrouvé. On a ramené chacun des idées de notre côté. Ca c’est
super bien passé dès les premières notes. On se complète assez bien. On
s’apprend des choses mutuellement. Chacun met son grain de sel dans les projets
de l’autre. C’est cool comme ça… On crée ensemble. FM est rarement avec nous
sur scène, c’est un peu un électron libre, il bosse sur d’autres trucs. Il fait
différentes choses et n’a pas forcément envie d’être tenu par un contrat… Mais
bon de temps en temps il est avec nous sur scène. FM Laeti ça peut être une,
deux, trois, cinq, huit membres… Ca dépend. C’est une belle tribu (rires).
On est entre les deux tours de l’élection présidentielle.
Que penses-tu des résultats du premier tour et du FN à 18 % ?
FL : C’est une réalité. J’avoue que j’aurai préféré
avoir d’autres personnes en troisième position. Vraiment. J’aurai préféré
qu’elles soient à zéro. Sincèrement. Certains sont déçus par la gauche et par
la droite et pensent trouver une solution là. Si jamais un jour leur choix
devenait une réalité, alors là ils verraient qu’ils se sont bien fait entuber
(rires) ! Je crois que tout est parti du vote d’ouvriers qui ont été déçus
et par la gauche et par la droite et c’est dommage. J’ai été marquée par les
résultats, ça m’a frappé ! Est-ce que ça me surprend ? Je ne sais pas. Les
gens viennent, ils votent, la réalité elle est là. 18 % c’est chaud quand
même !
Que chanterait-tu à tous ces déçus ?
FL : Qu’ils ont peut-être l’impression d’avoir été pris
pour des cons par d’autres partis mais que je ne pense pas que le FN arrangera
les choses. Mais bon chacun son choix après tout on est dans une démocratie.
Mais les mouvements extrêmes puisent chez les gens en difficulté en mettant le
blâme sur l’immigration par exemple alors que l’immigration ramène plus qu’elle
ne coûte (sourire).
En concert le 14 novembre à la Cigale.
Propos recueillis le 4 mai 2012.
jeudi 19 juillet 2012
Chocolaté : « Superbrut »
Ah le soleil, la plage, le surf, la power pop… Aujourd’hui
my head is a jukebox prends des couleurs estivales et vous mène non pas en
Californie mais à Biarritz où se niche l’excellent groupe Chocolaté. Depuis
2009, date de son premier album (voir chronique ici) le trio basque c’était
fait assez discret. Après trois longues années émaillées par plusieurs
changement de batteur, le groupe ourdi son grand retour avec ce nouvel EP de
cinq titres. « Superbrut », autant le dire de suite, cet effort porte
assez mal son nom, car Chocolaté est tout sauf un groupe de bourrin. L’accent
est mis sur la mélodie, les arrangements et, ce qui ne gâche rien, les voix car
Fabien (chant et guitare) a un joli timbre. Et puis bien sur dans power pop, il
y a power donc Chocolaté à de l’énergie, de la dynamique dans les rythmiques
tout ce qu’il faut pour booster de bien jolies chansons et toutes en français
soit dit en passant au cas où on aurait oublié de le préciser. L’EP marque
également un pas en avant en matière de production grâce à la collaboration
avec Ken Ploquin (Bashung, Lofofora, Mass Hysteria, Brigitte Fontaine, Patti
Smith) qui profite à plein. Chocolaté se donne les moyens de ses ambitions. Le
tout donne cinq jolies chansons à fredonner sur le chemin de la plage, ça tombe
bien c’est l’été…
mardi 17 juillet 2012
Séverin
Déjà aperçu sur cette page le temps d’un maxi « En noiret blanc » et d’un premier album « L’amour triangulaire » sorti
uniquement en digital, Séverin adopte une stratégie originale pour la sortie
physique dudit album. Tout change où presque. Nouveau titre, l’album est
désormais éponyme, nouvelle pochette et surtout, nouveau track listing. De
« l’amour triangulaire » ne subsiste que quatre titres :
« Un été andalou », « En noir et blanc », « Le dernier
tube » et « Identité ». Pour le reste, soit six titres, tout est
neuf. Grand fan devant l’éternel des années 80 et de la french pop, Séverin
reprend le flambeau avec ce subtil mélange de synthés vintage et
d’instrumentation classique (guitare électrique, cordes…) et de paroles en
français. Tout au long de ces dix titres, Séverin dépeint un univers singulier,
certes fait de néons flashy, de brushings et d’épaulettes, coloré, frais mais
aussi profond. L’album est empreint d’une certaine mélancolie, de nostalgie du
temps qui passe (« Dans les graviers ») où des amours ratés
(« La revanche »). Plus sombre que la première mouture mais foncièrement attachant.
lundi 16 juillet 2012
Yann Destal : « Stay By Me »
Il aura finalement fallu huit années à Yann Destal pour
donner une suite à son précédent album « The Great Blue Scar »
couronné d’un succès critique mais qui fut un échec commercial. Sur ce nouvel
EP Destal, a dix mille lieues de ses succès « dance » des années 90,
élabore un univers singulier, si l’expression n’était pas autant éculée on
pourrait parler d’ovni dans notre scène hexagonale. Obnubilé par la scène folk
et rock psychédélique anglo-saxonne des années 60 et 70, Destal réveille ici et
là quelques légendes, celle de Nick Drake (« Let me be mine ») ou des
Beatles (« Oh Darling ») qu’il reprend à sa manière très personnelle.
Car Destal est un artiste mettant en sons son univers à travers le prisme
d’arrangements hyper poussés, convoquant les grands moyens quand le besoin s’en
fait sentir ou n’hésitant pas à inventer les outils dont il a besoin, notamment
un étonnant « effet dauphin » filtrant les voix. Mais surtout Destal,
n’oublie pas l’essentiel, les chansons, mettant sa science au service de
compositions solides tout à fait à même de séduire avec un simple guitare. Et
sa voix. N’oublions pas sa voix, son chant qui visite ici des sommets rarement
atteint depuis le décès tragique du regretté Jeff Buckley (c’est par moment particulièrement
saisissant). Un excellent EP œuvre d’un habile architecte du son.
dimanche 15 juillet 2012
Un premier clip pour los Disidentes del sucio motel
![]() |
| Cliquez sur l'image pour voir le teaser de Z |
L'évènement est d'importance pour un groupe dont l'univers est autant imprégné de cinéma et de séries B. Le 14 septembre prochain verra la sortie du tout premier clip du groupe stoner alsacien Los Disidentes del sucio Motel. Le clip annonce la sortie du deuxième album de LDDSM dont la sortie est prévue pour l'hiver prochain et un premier teaser est d'ores et déjà disponible.
http://lddsm.com/z/
Libellés :
Los Disidentes Del Sucio Motel
Sydney Wayser : Dirty Work
Jeune artiste franco-américaine, Sydney Wayser sera de
retour cette année avec un troisième album dont le présent EP de quatre titres
sert d’avant-goût. Un univers riche et coloré à l’image de cette californienne,
dotée d’une fort jolie voix soit dit en passant, parti enregistrer à New York
où se mélange mélodie folk et arrangement électro le tout parsemé d’influences
pop, de guitares rock, d’inspirations western. Un bien beau voyage en
perspective que l’on pourra continuer dès l’hiver prochain lors de la sortie de
l’album…
jeudi 12 juillet 2012
Marc Ribot y los Cubanos Postizos, Le new morning, 10 juillet 2012.
![]() |
| Marc Ribot (c) Daniel Boud |
Génie de la guitare méconnu du grand public, Marc Ribot
accompagne le gratin musical depuis trente ans, Tom Waits (formidable album
Rain Dogs), Elvis Costello, Joe Henry, Marianne Faithfull et même ma copine
Jenny Gillespie ! En France on le connaît surtout pour sa collaboration
fructueuse avec Alain Bashung. Sa discographie en solo, assez fournie, reste
underground rendant ses disques assez difficiles à trouver. Ses passages sur
scène sont relativement rares, autant dire que son concert du new morning prend
des allures de petit événement. Pour l’occasion Marc Ribot est accompagné de
son groupe « latin » Los Cubanos Postizos (avec qui justement il a
enregistré un album à la fin des années 90). Assis sur une chaise, ses lunettes
au bout du nez, Ribot ressemble à un professeur qui jamais ne tombe la veste.
Sa prestation fut l’occasion de plonger dans un bouillon géant de musique, si
les rythmes sont latins (batterie et percussions) la six cordes de Ribot est
totalement rock avec quelques touches blues et effets surf. Enfin une énergie
limite punk porte l’ensemble. Tout cela n’est pas sans rappeler les
expérimentations de Santana à la fin des années 60. En dépit d’une impression
visuelle plutôt heurtée, Ribot à une sonorité des plus fluides. Ses
performances sont stupéfiantes de vélocité et de dextérité. Pourtant ce qui
fascine le plus chez Ribot, qui n’est ni un songwriter ni un chanteur, c’est la
richesse de ses harmonies. Chez lui, jamais la technique (assez souvent
stérile) ne prend le dessus sur l’émotion. Le feeling semble guider chacune de
ses notes. Un grand musicien.
www.marcribot.com
www.myspace.com/marcribotmusic
Dr John, La Cigale, 4 juillet 2012.
![]() |
| Dan Auerbach et Dr John (c) Alysse Gafkjen / Nonesuch |
Dans la foulée de son nouvel album produit par Dan Auerbach
(la moitié des Black Keys), qui aussi excellent soit-il n’est pas la
renaissance artistique annoncée un peu partout pour la simple raison que son
effort précédent, « Tribal », était déjà d’un très haut niveau, Dr
John puisque c’est de lui que l’on parle, a réinvesti la scène de la Cigale,
pour sa première apparition dans la capitale depuis bien longtemps. Coincé
entre ses deux claviers, l’orgue à gauche et le piano à droite, ce bon vieux
docteur nous a trimballé en musique dans les recoins de sa Nouvelle-Orléans
natale. Un véritable trip musical au croisement du funk et du jazz, voire du
blues, le tout mâtiné d’influences voodoo typiques de la cité du Croissant. Emballant
ce voyage fait de poussées de fièvres dansantes entrecoupées de moments de
béatitude totale au tréfonds du bayou. Quelle classe ce Docteur John !
lundi 9 juillet 2012
Nick Waterhouse, le nouveau casino, 3 juillet 2012.
Super star en devenir, Nick Waterhouse nous a rendu visite
la semaine dernière pour son premier concert public dans la capitale. Se
décrivant lui-même comme « A country boy from southern California »,
Nick Waterhouse était particulièrement attendu sur la foi d’un excellent album
« Time is all gone » (à peu près ce qui s’est fait de mieux cette
année en matière de R n’B vintage), c’est aussi un talent protéiforme à la fois
musicien, auteur compositeur et producteur. A l’instar d’un Eli
« Paperboy » Reed ou de l’ensemble des artistes du label Daptone,
Nick Waterhouse excelle dans un mélange de soul music et de rhythm n’blues à
l’ancienne, genre qu’il interprète avec conviction. Musicalement la formule est
rodée à la perfection, beaucoup de basse, de l’orgue, des cuivres et de
superbes cœurs féminins. Nick assurant pour sa part les guitares. Le groove est
minimal, surtout basé sur les basses, le batteur swinguant avec force tout en
évitant les démonstrations par trop superfétatoires. Ne vous fiez pas aux
allures de gringalet nerd, demi-sosie de Buddy Holly de Nick Waterhouse, ce
type possède un coffre impressionnant, capable de pousser sa voix très loin. Vu
l’engouement actuel autour du groove vintage, Nick Waterhouse devrait
logiquement remporter un grand succès auprès du public dans les mois à venir.
C’est tout le mal que l’on lui souhaite…
www.nickwaterhouse.com
Tom Petty and The Heartbreakers, Le Grand Rex, 27 juin 2012.
Dans la série des concerts que l’on attendait plus, un voilà
un qui se pose là. Tom Petty de retour sur une scène parisienne après 20 ans
d’absence, c’est à voir la foule se bousculer autour du stand à tee shirts, que
l’on réalise la portée de l’événement. Comme le dit Tom : « long time
no see » ! Arrivé dans la salle autre choc devant la débauche de
matériel, armoires remplies de guitares (c’est simple il y a de tout, rickenbacker,
gretsch, fender, gibson), kit de batterie impressionnant, profusion de
claviers, ces mecs emportent un magasin entier sur la route ou quoi ???
Pas de doute on est chez les pros. Tom Petty donc, si il n’a que moyennement
marché dans nos contrées (allez savoir pourquoi ???) est une superstar aux
Etats-Unis dont la carrière à commencée dans les années 70. Considéré par
certains comme un pionnier power-pop, Petty a pourtant toujours parsemé son
œuvre d’emprunts roots, un peu de folk par ci (les Byrds ne sont jamais très
loin), un peu de blues par là, un soupçon de country… C’est aussi un excellent
songwriter. Entouré de ses fidèles musiciens, Benmont Tench au clavier et Mike
Campbell à la guitare (dont il est un héros mésestimé) Petty a donné une
prestation convaincante comme au premier jour, visiblement il est heureux
d’être de retour, revisitant l’ensemble de sa carrière, les vieux albums des
années 70 mais également le répertoire des Travelling Wilburys, « super
group » des années 80 dont il a fait partie en compagnie entre autres de
George Harrisson, Bob Dylan et Roy Orbison.
Espérons cependant qu’il ne faudra pas attendre deux décennies pour le
revoir…
lundi 2 juillet 2012
Eurockéennes de Belfort 2012.
Que retenir de l’édition 2012 des Eurockéennes de
Belfort ? Un site magnifique (celui de l’Etang du Malsaucy au pied des
Vosges), une journée et demi de beau temps (voire de canicule), de la boue et
une programmation exceptionnelle de densité où se sont croisées valeurs sûres
(qui n’ont pas déçus) et quelques belles découvertes…
Vendredi 29 juin : On commence avec Los Disidentes Del
Sucio Motel, valeur sûre du rock stoner made in Alsace à qui revient l’honneur
d’ouvrir les hostilités. Le groupe est accompagné d’un Sheriff qui pointe le
public du doigt, droit dans son uniforme. Gros son, énergie communicative du
groupe qui démontre un potentiel scénique. Une prestation malheureusement trop
courte, une petite demi-heure ça passe trop vite, qui laisse un poil de
frustration.
Le temps de traverser l’esplanade et on se retrouve sur la
green room pour recevoir la première grosse claque du festival avec Hanni El
Khatib. Trois musiciens sur scène, batterie et deux guitares (ou un clavier)
qui pratiquent un garage rock suffisamment crade et sauvage pour que le public
pète les plombs sous un soleil caniculaire. Excellent.
Une note dépaysante avec Hank Williams III, un artiste
country qui a la particularité d’intégrer des éléments heavy metal dans sa
musique (chœurs gutturaux, pattern de batterie, quelques guitares saturées).
Etonnant, parfois sympa mais un peu roboratif à la longue.
Un peu de douceur dans ce monde de brutes avec Michael
Kiwanuka. Le cadre de la scène de la Plage est magnifique où la scène est posée
sur l’eau. Le panorama est superbe avec l’étang du Malsaucy en arrière plan. Le
soleil couchant ajoute de la magie et le cadre est idéal pour le délicat
mélange de soul et de folk de Michael Kiwanuka. Ce dernier est entouré par un
important groupe de six musiciens (basse, batterie, percussions, claviers et
deux guitares). De longs passages instrumentaux accentuent l’aspect jam,
l’ensemble sonne plus free que sur disque. Très belle voix mélodique de Michael
et un talent très mature après un seul album.
Rendez-vous ensuite avec The Kooks. Energique et enlevé, le
groupe pop fait fondre les filles de l’assistance. Parfait pour la scène d’un
grand festival, la connexion s’établit facilement avec le public. Au final un
moment plutôt sympa.
Et si la grande révélation du week end était finalement
C2C ? Alignés sur la scène, les 4 djs s’approprient le groove et le swing
avec une classe folle grâce à de judicieux samples de blues, de jazz voire de
gospel qu’ils mélangent avec des sonorités électro. La mise en scène de
l’ensemble est impressionnante, les jeux de lumières sont magnifiques (leurs
platines sont rétro éclairées), les 4 djs, tout d’abords alignés puis face à
face, bougent en cadence. La musique monte en pression tout au long de leur
set, le climax est finalement atteint lorsque des cymbales live se mélangent
avec l’électro. Par ailleurs, un hommage très touchant sera rendu à MCA
(Beastie boys), la séquence émotion du week end.
Samedi 30 juin : Sallie Ford nous transporte aux
Etats-Unis avec son rockabilly d’inspiration 50s. Le set semble plus concentré
que lors de son passage au divan du monde et aussi plus électrique, pas de
contrebasse ce coup-ci mais une basse électrique du début à la fin. Sallie Ford
profite de l’occasion pour présenter quelques nouvelles chansons. C’est une
artiste attachante qui semble gagner en maturité à chaque prestation.
Précédé d’une grosse réputation naissante, les quatre
britanniques de Django Django ont confirmé sur la scène de la plage (noire de
monde) les espoirs placés en eux. Le mélange entre pop psychédélique et électro
est assez séduisant et le groupe peut se produire aussi bien en configuration
tout électro qu’en formation classique guitare, basse, batterie et percussions.
En écoutant bien, on trouve même des traces de rockabilly dans leur musique.
Leurs harmonies vocales sont particulièrement bien travaillées ce qui les
rapproche des Beach Boys. Classique et moderne à la fois.
La grosse affaire du week end, a été le concert de The Cure
que l’on a retrouvé avec un plaisir non dissimulé quatre ans après sa dernière
tournée : c’est l’événement du week end, retardé de longues minutes après
des orages aussi violents que soudains. Dès les premières notes de claviers de
« Plain song », qui ouvre la soirée, un frisson parcours le public.
On retrouve cette atmosphère de grand-messe grâce à une alternance entre
morceaux atmosphériques, « Pictures of you », « Love
song », « Want », « 100 years » et une attaque plus
rock, « From the edge of the deep green sea » où le groupe sort les
guitares. Avec en sus une bonne dose de pop : « The walk »,
« Why can’t i be you », « Close to me », « Boys don’t
cry ». Le line up est renforcé pour l’occasion : deux guitares et
clavier. Le bassiste Simon Gallup est en grande forme et saute dans tous les
sens. Sa basse est énorme. En dehors de toute promotion ou actualité, le groupe
se produit en roue libre et présente une nouvelle chanson avec Robert Smith à
l’harmonica pour la première fois. Après plus de trente ans de carrière, The
Cure est encore capable de procurer des émotions rarement expérimentées par
d’autres à la fois hypnotiques (les intros sont très longues) et euphorisantes
sur le versant pop rock. Plus de deux heures de show, grandiose.
Dimanche 1er juillet : changement radical
d’ambiance après les orages de la veille et la pluie diluvienne qui n’a de
cesse de s’abattre sur Belfort depuis le matin, on troque les lunettes de
soleil pour les bottes. Si la vision des spectateurs déclarant forfait,
quittant le site sous les trombes d’eau en nous souhaitant bonne chance,
n’incite guère à l’optimisme, la journée s’avérera comme la plus excitante sur
un strict plan musical.
Cela commence avec un énorme coup de cœur pour les
Buttshakers, un groupe venu de Mâcon et mené par une chanteuse Afro Américaine.
Mélangeant énergie rock et feeling soul, le groupe n’est pas sans rappeler les
Bellrays en plus rhythm n’blues grâce à l’apport de deux cuivres. Groovy !
A suivre de très près…
Le concert de Brian Jonestown Massacre a été retardé de
plusieurs longues minutes à cause de difficultés techniques, une autre
conséquence des intempéries. Cependant Anton Newcombe, que l’on a connu
franchement plus atrabilaire, s’en amuse et prends la pose des guitaristes de
métal ou des rappeurs pour distraire le public. Une fois lancé, rien n’arrête
ce groupe, pas même la pluie apparue à mi-show. Trippant (un grand merci au
batteur), rock n’roll, psychédélique tendance Californie années 60, le groupe
tisse une impressionnante toile grâce à ses quatre guitares et aux claviers. Brian
Jonestown Massacre c’est la grande classe !
Les Alabama Shakes rappellent quant à eux le rock n’roll
sudiste des années 70 intégrant de nombreux éléments soul (excellente chanteuse
guitariste) et blues. En un sens c’est le groupe (rural) idéal pour être écouté
les pieds dans la boue. La relève des Allman Brothers et de Creedence
Clearwater Revival est assurée. Excellent.
Attendu comme le Messie (presque à égalité avec les Cure)
Jack White a passé une soirée agitée. Tout d’abord une coupure générale
d’électricité a coupé Jack dans son élan après une petite demi-heure. Ce
dernier ne se laisse pas démonter et continue son set en acoustique, chante
sans micro pour les premiers rangs (pour notre part nous sommes trop loin pour
l’entendre). Un petit détour par les backstage et le concert peut reprendre, le
courant revenu. C’est alors qu’un spectateur complètement dérangé s’est invité
sur scène pour prendre Jack dans ses bras. La sécurité débarque, le détraqué
s’enfuit en courant… Concentré sur son sujet White reste imperturbable et
revisite la totalité de son répertoire, « Steady as she goes » des
Raconteurs, « Seven nation army » des White Stripes ce dernier titre
repris en chœur par la foule. Soutenu
par son groupe féminin, Jack White plonge dans entrailles de la grande
musique Américaine prenant des détours du côté de la country et du blues. Mais
c’est dans le bon vieux rock garage que son énergie se fait la plus
communicative. Une performance forte dont on se souviendra longtemps.
On termine enfin le marathon du week end en compagnie de
Miles Kane qui incarne la relève de la brit pop. Beaucoup plus convaincant que
l’an dernier à Rock en Seine (peut-être est-ce dû à la configuration plus
intime de la scène de la Plage), Miles Kane est complètement déchaîné. Arc
bouté derrière sa guitare demi-caisse, bondissant dans tous les sens, Miles et
son détonnant cocktail de rock 60s psychédélique typiquement british à mis le
public à genoux. Miles Kane peut bien brandir sa guitare au dessus de sa tête
en signe de victoire, en termes d’ambiance et d’interaction avec le public, il
a livré la prestation la plus solide du week end.
Je terminerai avec un petit regret, celui de n’avoir vu
qu’un tout petit bout de la prestation des mythiques Refused qui semblait être
en tout point remarquable. Mais c’est la dure loi des festivals qui impose des
choix parfois cornéliens…
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