Vétérans de la
scène soul britannique, The New Mastersounds s'est délocalisé à
la Nouvelle-Orléans le temps d'enregistrer ce (déjà) dixième
album. Le voyage s'avère plutôt bénéfique et l'écoute de ce
nouvel effort ne fait que le confirmer. En effet le savoir faire
jazzy-soul du quartet brille d'un éclat magnifié par le funk moite
de la cité du croissant. Il en résulte un « feel good
album », tellement évident que le disque rivalise sans peine
avec le haut du panier de la scène soul actuelle. Break de batterie
funky, cuivres inspirés tout dans cet album respire le respect de la
tradition, le genre d'album qu'on ne se lasse pas d'écouter. D'une
grande variété, l'album se permet le grand écart entre funk
d'inspiration Meters, Big Easy oblige (cf. « Cigar time »)
et reggae (« Fancy » chipée chez Iggy Izalea et
totalement réinventée). A noter également la participation de
l'excellente chanteuse Charly Lowry (« Joy ») dont la
voix charmeuse fait monter la température. Made for pleasure, c'est
le cas de le dire en effet…
lundi 25 avril 2016
dimanche 24 avril 2016
Tedeschi Trucks Band : « Let me get by »
Superstar de la
guitare moderne (à égalité avec Warren Haynes et Joe Bonamassa)
Derek Trucks a joint ses forces avec celles de son épouse, la
chanteuse Susan Tedeschi. Depuis 2011, le couple blues anime le
Tedeschi Trucks Band, formation XXL d'une dizaine de membres
comprenant percussions, claviers et cuivres. Immanquablement, le
groupe n'est pas sans rappeler les jam bands des années 70, ce rock
sudiste qui des Allman Brothers à Lynyrd Skynyrd a fait fantasmer
plus d'un ado en manque d'exotisme à l'époque. Ce nouvel album, le
troisième, se situe à l'exact crossroad, là où les musiques et
les cultures se croisent. On y trouve du rock et du blues, bien
entendu, joué par la six cordes habile et habitée de Derek Trucks.
Le contrepoint se trouve dans la voix de Susan Tedeschi, un peu
rauque, un peu éraillée qui incarne les compositions d'un feulement
évoquant à la fois le blues et un petit quelque chose de soul.
Influence que l'on retrouve également dans les arrangements, le
groove des percussions, batterie et claviers et la pêche apportée
par des cuivres, généralement bien sentis. Un album inspiré qui,
plutôt que de singer les seventies, préfère en perpétuer l'esprit
de communion et de partage autour de la musique. Excellent.
@derekandsusan
samedi 23 avril 2016
They Call Me Rico
Partons aujourd'hui
à la découverte d'un personnage fascinant et on l'appelle Rico.
They Call Me Rico, derrière ce patronyme se cache Frédéric
Pellerin, Québécois de naissance, Français d'adoption et chanteur
des Madcaps, formation dont il s'échappe régulièrement depuis 2009
le temps d'un album en solo. They Call Me Rico est le médium utilisé
par Frédéric pour renouer avec ses premières amours l'americana,
les songwriters, le blues cru, le tout en version one man band. Le
projet, en dépit de sa nature solo, permet une grande marge de
manœuvre au musicien qui ne se prive pas du plaisir de rajouter un
peu de piment rock n'roll, à sa musique ou, à l'opposé, de créer
des tableaux sonores évoquant la bande originale d'un western
imaginaire. Privilégiant les prises directes et l'analogique, They
Call Me Rico joue une musique profondément authentique quelle que
soit ses différentes incarnations : mélodique ou brute de
décoffrage à base de guitares déglinguées et de piano boogie
endiablé. They Call Me Rico a sorti trois album studios, l'excellent
« This Time » est le dernier en date, et un disque live.
Et vu l'énergie déployée par le bonhomme, on vous conseille
fortement d'aller le découvrir sur scène.
lundi 18 avril 2016
Exposition Chalk Custom Boards
Alors que le beaux jours reviennent remettant les activités de plein air au cœur de nos préoccupations, la galerie l’œil ouvert, sise dans le Marais, nous propose d'admirer une sublime collection de planches de skate artistiques réalisées par le collectif Chalk Custom Boards. Ledit collectif, basé à Bruxelles, regroupe des artistes de toutes nationalités, venant d'horizons divers, dessin, graffiti, peinture, design...
http://www.loeilouvert.com/blog/les-planches-artistiques-de-chalk-custom-boards
https://www.facebook.com/events/1539901049644797/
Galerie L’œil ouvert/Marais
74, rue François Miron
75004 PARIS (Métro St Paul)
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Dimanche de 14h à 19h.
Libellés :
Chalk Custom Boards,
expositions
dimanche 17 avril 2016
Autour de Nina
Grande voix de
l'Amérique Noire, Nina Simone était tout d'abord destinée à une
carrière de concertiste classique, la première de couleur, avant
d'être brutalement expulsée du conservatoire. Nina Simone, décédée
en 1993, a traîné toute sa vie cette blessure intime qui l'a fait
dériver, un peu par hasard, vers les rivages du jazz domaine dans
lequel elle a débuté en chantant dans des bouges un peu louches.
C'est ce traumatisme initial qui a nourri la carrière de Simone,
dont le répertoire a galvanisé la « blackattitude ».
Organisée autour de fines gâchettes du jazz, notamment le pianiste
Bojan Z, le présent disque rend hommage au répertoire de Nina
Simone en confiant les clés à de jeunes voix, masculines et
féminines, issues de la pop (Keziah Jones, Camille), de la soul (Ben
l'Oncle Soul, Hindi Zahra) ou du jazz vocal (Melody Gardot, Gregory
Porter). Chaque voix a surtout la particularité d'être différente
de l'originale et il s'agît là de la première victoire de cet
album (heureusement) bien éloigné du pâle recyclage. Chacun verra
midi à sa porte à l'écoute du disque en fonction de ses goûts
personnels. Mais il est impossible de ne pas avoir des frissons à
l'écoute de la reprise, puissante, de « I put a spell on you »
par Sophie Hunger ou d'être bouleversé par la relecture touchante
de « Black is the color (Of my true love's hair) » par
Gregory Porter. Un projet attachant à découvrir.
samedi 16 avril 2016
Yann Kornowicz : « Chaos in Chatelet »
Bande originale,
d'un film sans image, imaginaire et restant à tourner, « Chaos
in Chatelet » est l’œuvre de Yann Kornowicz, un jeune
beatmaker travaillant exclusivement sur des synthés analogiques et
sans aucun sample. Le disque s'écoute comme une suite de tableaux
sonores évoquant aussi bien le minimalisme dark et l'angoisse sourde
des BO de John Carpenter (cf. « Undercity sound »,
« Laura ») mais aussi les rythmes funky de la
blaxploitation agrémentés de chaudes voix féminines délicieusement
soul (cf. « Le dragon peep show club », « Opening »
qui fait le lien entre les deux univers). Projet nostalgique et de ce
fait éminemment attachant, « Chaos in Chatelet » est un
hommage aux années 1980, une ode à la gloire de la VHS qui ne
manquera pas de raviver maints souvenirs chez l'auditeur. Ah et oui,
la pochette est très cool aussi.
vendredi 15 avril 2016
Guillaume Stankiewicz : « Sans cesse et sans bruit »
Il y a des disques
qui, comme ça, d'un coup, s'imposent comme une évidence. A peine
posé sur la platine, d'emblée, ce deuxième EP du jeune
multi-instrumentiste Guillaume Stankiewicz se classe dans cette
catégorie aussi rare que précieuse. La touche play enfoncée et
c'est tout un imaginaire qui défile devant nos oreilles. La
Californie, le Topanga Canyon (le repaire des hippies sixties), c'est
tout un héritage, de Neil Young aux Beach Boys, en passant par
Townes Van Zandt, que revisite Guillaume, aux goûts décidément
très surs. Mais au-delà du simple hommage revivaliste, Stankiewicz
impose sa patte, et la langue française au passage, sur cet univers
éminemment anglo-saxon. Délicatement acoustique, arrangé à
grandes lampées d'instruments aussi exotiques que mélodieux
(glockenspiel, vibraphone etc.) « Sans cesse et sans bruit »
impose un univers, élégant, sophistiqué, délicieusement
mélancolique. Une révélation.
En showcase gratuit
le 17 avril aux ballades sonores (18h)
mercredi 13 avril 2016
Bror Gunnar Jansson, Institut Suédois, 12 avril 2016.
C'est dans le cadre
du nouveau festival Polar, consacré à la culture nordique, que le
bluesman Bror Gunnar Jansson a investi l'écrin intime de l'institut
Suédois, sis dans le Marais, pour un concert intense et absolument
tourneboulant. Savamment looké façon vintage, chapeau, costume
trois pièces à rayures et chaussettes absolument délirantes
(l'artiste a l'habitude de se déchausser sur scène) notre bluesman
Suédois excelle dans l'exercice, compliqué, du one man band,
assurant à lui seul la guitare et l'assise rythmique grâce à une
caisse claire, une grosse caisse et une cymbale charleston dont il
joue avec les deux pieds. Dès les premières notes, c'est une boule
d'émotion qui nous prend à l'écoute de l'artiste. Littéralement
habité par la musique, les yeux clos ou totalement exorbités,
Gunnar nous fait même un peu flipper lorsqu'il chante les histoires
de serial killer, que, visiblement, il affectionne. Faisant de la
noirceur sa marque de fabrique, débarrassant sa musique de ses rares
oripeaux (saxophone, cordes) dans le contexte du live, Gunnar touche
au cœur et dégage, à lui seul, autant d'énergie qu'un power trio.
Un ange passe parmi les spectateurs, silencieux la plupart du temps,
captivés par la performance du Scandinave. S'éloignant parfois des
rivages du blues pour se rapprocher d'une americana gothique, Gunnar
sait également faire preuve de mesure, alternant morceaux enlevés
et douloureusement lents. Un concert dont l'intensité, la variété,
dépasse très allègrement le cadre, restrictif au possible, du one
man band. Une claque.
En concert le 16
juin à Paris (la boule noire) avec Hoboken Division
http://www.polarfestival.com/
Trixie Whitley en concert le 2 mai au Café de la Danse
La sublime Trixie Whitley (lire chronique ici) sera en concert le 2 mai prochain au Café de la Danse.
http://www.cafedeladanse.com/trixie-whitley/
lundi 11 avril 2016
Lilimarche : « Chansons polaroids »
Deuxième EP pour ce
« petit rat de conservatoire » (dixit la bio du dossier
de presse), premier prix de piano. Le titre « Chansons
polaroids » résume assez bien le tout, Lilimarche compose ses
chansons comme autant de polaroids décrivant le quotidien, ses
petites misères et ses joies aussi. Contrairement à ce que sa
formation classique pourrait laisser penser, Lilimarche ne s'est pas
enfermée dans un carcan mais propose une musique libre et parsemée
d'influences modernes. Comme un mix idéal entre chanson française
d'obédience dite classique, de la belle ouvrage façonnée comme
dans les 70s (« Flashball ») et électro (« Amour
d'été »). Séduisant.
dimanche 10 avril 2016
Rhett May : « Fast Cars and Sitars »
Artiste indépendant,
et fier de l'être si l'on en croit les notes de la pochette,
l'Australien Rhett May a enregistré cet album en duo avec James
Payne, les deux hommes se partageant l'ensemble des instruments, pas
le job le plus facile. Le disque s'intitule « Fast cars and
sitars » et le titre résume assez bien le tout. D'un côté on
retrouve du rock n'roll tendance dure, mené sur un tempo infernal,
les guitares bien mises en avant comme dans les seventies, le genre
de musique qu'effectivement on prend beaucoup de plaisir à écouter
en conduisant (cf. « Rich Bitch »). Ceci pour la facette
« fast cars » de la chose. Et puis, côté sitar, May se
fait beaucoup plus calme, trouvant l'inspiration dans la scène
psyché (« Drifting dreaming », « Keep of the
grass » qui sonne comme une version électrique de CSN),
toujours riches en guitares avec un chant étrangement modifié.
Ajoutez un peu de groove au milieu (« My Baby's got style »,
« So delicious », excellentes), un soupçon d’hindouisme
(« Cute Calcutta Boy ») et une ballade que l'on jurerait
inédite depuis 30 ans et les glorieuses années hair metal (« The
Violence of ice ») et vous obtenez ce disque qui, s'il ne
révolutionnera rien, respire l'authenticité et c'est suffisamment
appréciable pour faire notre journée.
samedi 9 avril 2016
The Jezabels : « Synthia »
Souvent l'Australie
nous envoie des nouvelles prenant la forme d'un nouveau groupe de
rock surpuissant, sous influence 70s tentant d'égaler AC/DC modèle
esthétique déclaré du continent « down under ». The
Jezabels quant à eux, font tache dans la débauche de décibels
locales avec son amour déclaré de l'électro. Des années 1980 il
en est souvent question sur ce nouvel album (cf. « Unnatural »),
de Kate Bush également, influence palpable dans le falsetto sexy,
aigu et ravageur de la chanteuse Hayley Mary (cf. « Smile »).
Et pourtant, considérer le quatuor Aussie comme un énième (et
vain) revival des années 1980 serait terriblement réducteur.
Parsemant sa musique d'effets contemporains, lorgnant parfois vers le
côté obscur (cf. « A message from my Mothers passed »)
The Jezabels livrent un album puissant et animé d'un véritable
énergie rock (« My love is my disease ») via une section
rythmique en constant survoltage ; démarche qui n'est pas sans
rappeler The Do. Intéressant.
https://twitter.com/thejezabelsvendredi 8 avril 2016
M Toro Chamou : « Punk Islands »
« Punk
Islands », le titre du dernier projet de M Toro Chamou, vétéran
de la scène de Mayotte, qui a sorti son premier disque en 1998, peut
laisser augurer d'un album brut de décoffrage. De fait, en dépit de
quelques accélérations fulgurantes de guitares (« Revolution »,
« Uvoimoja », « Utungu »), tenant plus pour
le coup du rock classique, il n'en est rien. Et c'est tant mieux !
Car, au fil de l'écoute, M Toro Chamou trouve l'équilibre juste
entre culture rock et le groove chaloupé du reggae et des rythmes
traditionnels de Mayotte (« Radio Tranganika »,
« Kossa ») relevant ainsi d'un cran l'intérêt musical
de la chose. Et c'est précisément là, dans la rencontre et le
dialogue entre ces deux mondes, que réside tout l'intérêt de cet
album. L'acceptation punk du titre faisant en l’occurrence
référence au système néo-colonialiste ayant actuellement cours à
Mayotte (où l'artiste est né et à grandi) et à la Réunion (où
il vit et enregistre) et dénoncé par le chanteur dans ses textes.
Ainsi, ne pas comprendre les paroles relève d'une terrible
frustration pour l'auditeur. Il en reste cet album exotique et
attachant car, après tout, les occasions d'écouter le groove de
l'archipel des Comores restent relativement rares…
jeudi 7 avril 2016
Desert Mountain Tribe : « Either that or the moon »
Desert Mountain
Tribe est peut-être bien la meilleure nouvelle qui nous soit arrivée
d'Angleterre depuis le début de l'année. Ces impétrants Londoniens
œuvrent dans un genre assez couru à l'heure actuelle, le
psychédélisme. Assez éloigné du lot de clichés, généralement
charriés à grande pelletés, Desert Mountain Tribe accommode la
psychédélie à sa sauce et autant vous prévenir de suite, cette
dernière est autrement plus relevée qu'un énième revival Pink
Floyd. Qui dit psychédélisme dit musique planante et répétitive,
en l'espèce Desert Mountain Tribe remplit les cases sans problème
(cf. « Midnight Sky »). Mais, grande nuance, le trio n'a
ni oublié de brancher ses guitares, d'une part, ni de pousser les
potentiomètres de l'ampli au-delà du raisonnable (l'énorme « Feel
the light » d'ouverture). Il en résulte cette musique hybride,
faite de strates de guitares distordues boutée hors de sa zone de
confort par une basse aux lignes puissantes sur lesquelles planent
l'ombre de l'irremplaçable Lemmy (« Runway ») ; de
fait on pense souvent à Hawkwind à l'écoute de l'album. On n'avait
plus entendu ça depuis le premier effort de Wall of Death (groupe
psyché qui avait trouvé le moyen de se faire programmer au
Hellfest) ! Recommandé aux amateurs de sensations fortes !
mardi 5 avril 2016
The Dandy Warhols : « Distortland »
Autant l'avouer de
suite, recevoir le nouvel album des Dandy Warhols en vue d'une
chronique n'est jamais anodin. Tout simplement parce qu'il y a fort
longtemps, dans les années 1990, à l'époque de leur trois premiers
disques, les Dandys étaient notre groupe préféré. On garde un
souvenir ému de « Come down » (1997) et « Thirtheen
tales from Urban Bohemia » (2000), époque où, en pleine
décennie de plomb néo-métal, ils étaient considérés comme les
sauveurs du rock n'roll. On est bien sur revenu des sauveurs, et ils
ont nombreux a avoir adopté la posture depuis, avant de tomber les
guitares à la main. Les Dandys eux ont continué leur bonhomme de
chemin, bon an mal an, avec des disques de qualité égale mais
diversement appréciés. Ce nouvel effort est donc le neuvième de la
bande de Portland, ce qui ma foi,commence à peser. Après toutes ces
années, le quatuor a maintenant du savoir faire que l'on retrouve
sur ce nouvel effort, comme à la glorieuse époque des 90s,
flamboyance qu'ils retrouvent par intermittence (« Styggo »,
« Search party », « Give »). Le truc des
Dandys, c'est l'attaque de biais. Apparenté à la mouvance psyché
sans jamais avoir recherché à en copier les codes, contrairement à
d'autres, le groupe n'a jamais cédé aux sirènes du vintage, à la
recréation obsessionnelle des années 60. Au contraire, c'est en
allant picorer dans d'autres formes musicales, la pop, les synthés
qu'ils se sont définis, ce qui aujourd'hui se traduit par « Semper
fidelis », une petite merveille de surf électro. Bien malin
qui peut dire quelles sont leurs influences, tant rien d'évident ne
saute aux oreilles. Guitares en sourdines en mode riff répétitif,
voix blanche presque effacée de Courtney Taylor, beat disco :
les Dandys font du Dandys avec ce que cela suppose de bricolage
bordélique (« All the girls in London »). Leur nouvel
album est à leur image, foutraque mais attachant. Ce qui en 2016 est
plutôt une bonne nouvelle…
En concert le 10 mai
à Paris (Le Trianon)
lundi 4 avril 2016
Toybloid
Déjà auteur il y a deux ans d'un
remarquable EP qui avait durablement marqué nos oreilles, le power
trio Toybloid est de retour avec un premier album en bonne et due
forme. Ce premier effort, le trio l'a imaginé/rêvé en grand.
Direction Londres et les fameux studios « vintage »
Toe-Rag, totalement dépourvus d'équipement numérique, où le
producteur Liam Watson (The Kills, The White Stripes, James Hunter) a
su extraire la substantifique moelle du trio. Il en résulte un album
incandescent, brûlant la chandelle par tous les bouts possibles et
imaginables, débordant d'énergie. Le disque repose sur des lignes
mélodiques simples et précises, rien de révolutionnaire certes,
mais qui accrochent l'oreille dès la première écoute (cf. « Boring
City »). Guitare puissante (même en version acoustique cf.
« Hell Yeah »), section rythmique au bord de l'explosion,
tout au long de ces douze pistes, le groupe aligne les coups de
massue, le pied à fond sur l’accélérateur : direction
electric punk(ette) land. L'auditeur, est ko, sonné pour le compte
par cette débauche d'énergie démentielle, mais qu'est-ce que c'est
bon ! Toybloid ? Les dignes héritières des riot girls de
1977 !
En concert le 12
avril à Paris (Point éphémère).
https://twitter.com/toybloiddimanche 3 avril 2016
Ebbot Lundberg & The Indigo Children : « For the ages to come »
Personnage
légendaire s'il en est, Ebbot Lundberg, leader d'Union Carbide
Production dans les 80s puis de The Soundtrack of our lives lors de
la décennie suivante, est de retour. Ce disque marque un retour vers
des sonorités rock après deux premiers albums solos expérimentaux.
En compagnie de The Indigo Children, jeune combo suédois, comme lui,
d'obédience garage, le vieux maître retrouve une nouvelle jeunesse.
Dans ses meilleurs moments, le disque s'impose comme un classique
immédiat, une perle oubliée des sixties, portée par des mélodies
d'une ligne claire imparable, richement arrangée à grands renforts
de cordes, vents et même sitar, picorant à la fois aux sources folk
et psychédéliques (« In subliminal clouds », « Drowning
in a wishing well ») ; « Backdrop people »
draguant du coin de l’œil le rock n'roll garage et assurant le
quota électrique du disque. Conscient de sa posture tutélaire Ebbot
se retourne vers sa propre histoire et sa discothèque trouvant en
« Don't blow your mind » (Alice Cooper) et « Calling
for heaven » (« Cerca de las estrellas » des
espagnols Los Pekenikes) la matière pour deux chouettes reprises,
les guitares en avant et les potentiomètres dans le rouge. Le disque
trouve ainsi son équilibre entre psychédélisme béat et adrénaline
électrique. Renouant avec la durée d'un ancien vinyle, 42 minutes,
Ebbot Lundberg et ses nouveaux compagnons de jeu nous livrent un
album remarquable intemporel plutôt que revivaliste.
Libellés :
Ebbot Lundberg,
The Indigo Children
samedi 2 avril 2016
Michel Cloup Duo : « Ici et là-bas »
Infatigable artisan
du rock en français, Michel Cloup, ex-leader de Diabologum, continue
son travail d'épure musicale en compagnie d'un nouveau partenaire
dans le crime, le batteur Julien Rufié. Revenu (provisoirement?) de
toutes ses expériences de groupe, Michel a décidé de bannir le
superflu pour revenir à l'essentiel, une guitare et une batterie.
Depuis trois albums, en dépit de quelques changements de batteurs,
la formule du duo permet à Michel d'explorer voire de tester les
limites de ce que nos collègues d'outre-Manche appellent
l'interplay, à savoir cette capacité qu'ont les musiciens à faire
dialoguer les instruments entre eux. Et le résultat, magnifique,
appelle plusieurs niveaux de lecture. Il y a d'abord du rock n'roll,
comme on l'aime, aussi simple, direct et vivifiant qu'une décharge
d'adrénaline. Ainsi « La classe ouvrière s'est enfuie »
ou « Nous qui n'arrivons plus à dire nous » sont autant
d'uppercuts sonores et, soit dit en passant, la meilleure publicité
qui soit pour quiconque ayant l'envie de chatouiller les six cordes
électriques. Mais, au-delà, et c'est là que l'album devient
réellement fascinant, en dépit de l'économie volontaire de moyens,
le duo réussit a créer nombre de paysages musicaux avec un certain
sens de l'esthétisme, remettant la créativité au premier plan. La
mélancolie qui irradie « D32W », « Séparer »
ou les harmonies assez étonnantes d' « Ici et là-bas »
en sont des preuves éclatantes. Et que dire alors des 14 minutes
fleuves d' « Une adresse en Italie », une longue
dérive dont l'écho raisonne longtemps chez l'auditeur ? « Less
is more ». Mais la musique ne constitue que la moitié du
travail de Michel qui s'impose également comme une plume unique dans
la scène française. Se retournant sur son passé et ses origines,
Michel ne cesse de questionner la société tout au long de ce disque
avec une franchise assez peu commune chez ses collègues (à
l'exception peut-être de Pascal Bouaziz, chanteur de Mendelson/BruitNoir). Un grand disque tant au niveau des paroles que de la musique.
mardi 29 mars 2016
John Cunningham : « Frozen in time »
John Cunningham,
songwriter aussi précieux que rare, est de retour après 14 ans de
silence discographique, en voilà une sacrée nouvelle ! En
attendant son sixième album solo, intitulé « Fell »,
dont la sortie est prévue en juin prochain, l'artiste vient de
poster un titre inédit, « Frozen in time ». D'emblée la
chanson sonne comme un classique immédiat, dans la droite lignée
des Beatles (comparaison éculée mais totalement fondée en
l'espèce) avec un soupçon de mélancolie dans le chant rappelant à
la fois Nick Drake mais également les Beach Boys (circa « Pet
Sounds »). Si le reste de l'album est du même niveau, on tient
là le disque événement de l'année ! Vivement la suite !
lundi 28 mars 2016
Shilpa Ray : « Last year's savage »
![]() |
| (c) EbruYildiz |
S'attirer les
louanges de Nick Cave, on a connu des carrières moins bien
embarquées que celle de Shilpa Ray. De fait il y a un peu du
ténébreux Australien chez cette New-Yorkaise dans sa façon
d'habiter ses chansons de sa voix puissante telle une crooneuse
d'outre-tombeau (« Johnny Thunders Fantasy Space Camp »,
« Noctural Emissions ») et dans l'ambiance sombre mâtinée
d'humour noir qui habite ses compositions (« Pop song for
euthanasia »). Musicalement tout repose sur une balance
délicate entre une guitare rock puissante à la limite du punk
(« Moksha ») qui bataille ferme avec un harmonium
baroque ; on pense parfois à Anna Calvi ou bien encore aux
Doors lorsque ceux-ci s'attaquaient à l'Opéra de quat'sous. Plutôt
que d'aligner les riffs, les couplets et les refrains, Shilpa Ray
préfère une forme plus expérimentale où les sons se côtoient et
se cherchent des noises. Tout au long des onze plages qui le compose,
« Last year's savage » nous transporte ainsi dans
l'univers étrange de Shilpa Ray, quelque part entre cabaret
déglingué et fête foraine bizarre. La curiosité de l'année,
digne du Freaks de Tod Browning (1932).
En concert le 29
mars à Paris (festival les femmes s'en mêlent, le divan du monde)
https://www.facebook.com/shilpa.ray.9dimanche 27 mars 2016
Why Mud : « Adam & Joe »
Un concept album
autour du destin tragique de deux frères (les Adam et Joe du titre),
15 titres organisés en trois actes séparés par autant
d'interludes, une heure de musique, c'est peu dire que le premier
album du quatuor Why Mud déborde d'ambition. Portée par la voix
pure du chanteur Roland dans laquelle on retrouve un petit quelque
chose de Jeff Buckley, la musique de Why Mud se retrouve dans une
zone grise, celle où le rock psyché et progressif se rencontrent.
Ainsi va Why Mud parfois aussi lancinant et hypnotique qu'une vague
(« Fugue ») et parfois pris d'une poussée de fièvre,
les potentiomètres dans le rouge (« Inside is out »,
« Devotion ») et ce dans le cours du même titre
(« Somebody do something »). Il faut imaginer quelque
chose de l'ordre de Radiohead en version plus digeste. Et le
véritable tour de force de l'album réside là, dans cet aplomb qui,
en dépit de sa longueur, jamais ne lasse et projette l'auditeur dans
un dédale d'émotions. A tel point qu'une seule écoute ne suffit
pas pour en faire le tour. C'est à force d'écoutes répétées que
Why Mud dévoile peu à peu ses trésors, nichés dans les moindres
détails d'une production léchée, à la fois nostalgique et
cinématographique. Un album particulièrement dense, pour un premier
essai, c'est une réussite !
https://soundcloud.com/whymudsamedi 26 mars 2016
Michelle Blades : « Polylust »
Jeune Etasunienne
(terme qu'elle préfère à celui d'Américaine) installée en
France, Michelle Blades sort un nouvel EP. A l'image d'un David
Bowie, l'univers musical de l'artiste est en perpétuelle mutation,
c'est ainsi que l'on a appris que la jeune musicienne avait débuté
dans le folk. Cette époque semble lointaine et dorénavant Michelle
s'éclate aux synthés dans une sorte de recherche sonore aux basses
très présentes dont le côté ample rappelle parfois Kate Bush
(« Eternal Fugitive »). Le disque débute de manière
inquiétante avec l'instrumental au titre imprononçable « How
black the night o'er the hills of Machynlleth », sorte
d'électro baroque et gothique lancinante. Mais c'est lorsque
Michelle conjugue ses aspirations expérimentales et songwriting pop
que le disque nous accroche définitivement l'oreille (cf.
l'excellente « New Friends »). Dans le même ordre
d'idée, « Two tongs » et sa coda psychédélique
planante à la guitare pourrait bien être la bonne pioche de cette
nouvelle mini-livraison. A découvrir.
En concert ce soir à
Paris (le pop up du label)
jeudi 24 mars 2016
Stuart McCallum : « City »
En matière de
musique, il y a les gardiens du temple, tenants de la tradition et il
y a les autres. Guitariste de The Cinematic Orchestra, Stuart
McCallum appartient définitivement à la deuxième catégorie. A la
recherche d'un nouveau souffle musical, le guitariste mélange son
jeu ouaté, très marqué par le jazz, à des boucles électro-lounge
(cf. « T-Onics »). La présence d'une véritable
batterie, au swing downtempo délicat et le chant soul suave (cf.
« City », « North Star ») assuré par une
cohorte d'invités (JP Cooper, Sharlene Hector…) renforce l'aspect
profondément humain de la démarche. Ce sont deux mondes qui se
rencontrent tout au long de ces huit plages. Délicat, beau et
captivant à la fois.
mardi 22 mars 2016
Bror Gunnar Jansson : « Moan snake moan »
Le stupéfiant
bluesman Suédois revient nous hanter avec un deuxième album habité.
S'écartant des chemins balisés du blues, l'artiste scandinave
élargit sa palette sur ce nouvel effort usant d'instruments
jusqu'ici inédits dans son univers : le saxophone, le pump
organ ou le banjo sont autant de nouveaux ingrédients destinés à
varier les paysages sonores, plus proches par moments de l'americana
tendance dark que du blues pur et dur (« New Mountain ballad
n°1 »). C'est peu dire que Jansson est le genre d'artiste qui
vous prend aux tripes quitte à vous étouffer littéralement. La
tension qui habite « One for earth » est palpable, à
couper au couteau. Ailleurs, Bror (aka Gugges Enmanna) renoue avec le
climat sombre et inquiétant, la marque de fabrique qui habite ses
compositions où les meurtriers ont le premier rôle (« William
is back » suite des aventures de l'assassin William Joseph
Dean ; « He had a knife »). Notons pour finir
l'extraordinaire reprise du « Ain't no grave » de Brother
Claude Ely où la voix et les guitares déchirées font des
merveilles et transportent la chanson sur un étonnant terrain garage
rock. L'album a reçu le coup de cœur de l'académie Charles Cros,
une récompense amplement méritée pour cet artiste singulier.
lundi 21 mars 2016
Your Favorite Enemies : "1-2-3 (One Step Away)"
Nos amis Québécois Your Favorite Enemies sont de retour avec un nouveau clip classe et sexy. Leur rock indé est toujours aussi intense. Vivement la suite !
Le Mamooth : "Bad Summer trip"
Le Mamooth, groupe garage, déboule à cent à l'heure avec ce petit clip sympa et d'excellent tenue aux fausses allures de série B surf/horreur filmé sur la côte Brestoise.
dimanche 20 mars 2016
Bror Gunnar Jansson
Puisque la musique
est un langage sans frontière, partons aujourd'hui à la découverte
d'un personnage fascinant : le bluesman Suédois Bror Gunnar
Jansson. Ce premier album est d'abord sorti de manière assez
confidentielle (100 exemplaires produits et rapidement épuisés)
dans sa Suède natale avant d'être réédité par l'excellent label,
français de surcroît, Normandeep blues, cocorico, saluons
l'initiative au passage ! Bror Gunnar Jansson excelle dans un
exercice assez compliqué, celui du one-man band, autrement dit le
musicien qui fait tout, tout seul la guitare sur les genoux et deux
pédales aux pieds pour assurer la batterie, en l'espèce le flight
case de sa guitare faisant office de grosse caisse ! Entièrement
enregistré live, ce premier album distille un poison malsain et
venimeux. Dès les premières notes, Bror instille un climat lourd
qui ne fait que s'appesantir au fil des morceaux. Le disque commence
de manière assez cérémonieuse avec « Dead Cold Hands »,
tout est dit dans le titre, martèlement martial de la grosse caisse,
guitare lourde et traînante, Jansson traîne le blues du fin fond de
l'âme humaine pour le ramener sous la lumière blafarde d'un
lampadaire. Sa voix de gorge, au timbre profond, sort littéralement
des tripes, on jurerait redécouvrir un vieux bluesman oublié du
Delta, plus vrai que nature ! Avec son climat inquiétant (le
tueur William Joseph Dean, personnage récurrent de son œuvre) et
son ambiance sombre, Bror Gunnar Jansson livre un album dense dont on
ne revient pas tout à fait indemne.
En concert le 16
juin à Paris (La Boule Noire).
samedi 19 mars 2016
Mavis Staples : « Livin'on a high note »
Est-il réellement
besoin de présenter Mavis Staples ? Légende vivante de la
soul, qui a, au sein du groupe familial The Staple Singers, donné
une conscience politique à la scène soul des années 1960/1970 ?
La fille du regretté Pops, immense artiste, est aujourd'hui une
survivante et est toujours la digne représentante (avec entre autres
Candi Staton et Bettye Lavette) du genre old school. Depuis quelques
années, la chanteuse recherche un nouveau souffle musical
collaborant avec des artistes de la nouvelle génération souvent
venus de l'indie rock. Après Jeff Tweedy (Wilco) sur le précédent
album et un virage électro sur l'EP « Your good fortune »
sorti l'an dernier, Mavis se tourne maintenant vers M. Ward (She and
Him) pour ce nouvel effort. Les bienfaits de cette nouvelle
collaboration sautent aux oreilles dès le premier titre « Take
us back », les guitares sont tranchantes et la voix de Mavis
est particulièrement bien mise en valeur. C'est un bain de jouvence,
un hybride parfait de soul music (le chant grave et profond de Mavis)
et de rock n'roll, à rendre fous de jalousie tous les jeunes turcs
de la scène garage (cf. « Action », « High
note »). Et ce n'est pas tout, le savoir faire de M. Ward se déploie également sur
les morceaux les plus tendres à grands renforts de violons (« If
it's a light »). Auprès de la jeune génération, Valerie
June, Trombone Shorty et Aloe Blacc (la merveilleuse "Tomorrow", un passage affolant du disque), qui ont tous de près ou de loin
participé à ce nouvel effort, Mavis Staples a retrouvé sa voix, un
souffle rauque et subtilement brisé, transpirant le vécu, qui donne
des frissons. Un must, pas le moindre des exploits après cinquante
ans de carrière.
http://livinonahighnote.com/
https://www.facebook.com/mavisstaples
https://twitter.com/mavisstaples
vendredi 18 mars 2016
Team Wild : « Clear eyes, Full hearts, Can't lose »
Pour son premier
album, la jeune nordiste Amélie D. Noordzee (a.k.a Team Wild) n'a
pas fait les choses n'importe comment. Ce bel objet a été
enregistré à Nashville sous la houlette de deux producteurs de
renom Robin Eaton (The Spinto Band) et Brad Jones (Yo La Tengo).
Voilà de quoi rendre jaloux bon nombre de confrères rêvant
d'Amérique. Dix jours sur place ont suffi pour revenir avec ce petit
bijou de rock âpre et empreint de blues. Car, contrairement à ce
que pouvait laisser penser le pedigree des deux producteurs, Team
Wild ne joue pas dans un cour indie/power pop mais propose un rock
n'roll où des guitares crades, comme autant de coups de fouets
électrisants (« Skin Coat », « Darkness speaks to
me »), le dispute à des influences venues du blues. C'est le
Gun Club réinventé avec une touche féminine. Amélie se révèle
être une chanteuse déroutante, une voix ample et ronde, assez
aiguë, qui n'est pas sans rappeler Kate Bush (« Ô my broken
heart »), assez étonnant dans ce contexte pour le moins
électrique qui constitue la grosse majorité du disque et parfait
sur les morceaux les plus folk (« At the end of everything », "Fell from a tree").
Enregistré live, privilégiant une dynamique intime et la relation
musicale avec ses partenaires, « Clear eyes, full hearts, can't
lose » est une petite merveille de rock garage à l'emporte
pièce, urgent comme il se doit.
mercredi 16 mars 2016
Matt Elliott : « The Calm Before »
Tiens, seulement six
titres, probablement un EP, « rapide à chroniquer ça »,
se dit l'auteur, débordé de demandes, dont les piles de cds
sauvagement entassées sur le bureau, mieux achalandé que n'importe
quel rayon disques de la fnac soit dit en passant, menacent de
s'écrouler à tout moment… Erreur, erreur, car Matt Elliott, notre
héros du jour, est le genre de type qui aime prendre son temps. Son
nouvel effort, « The Calm before » n'a beau contenir que
six chansons, c'est un album à part entière. Commençons par
résumer un peu les choses. Par le passé, sous le nom de Third Eye
Foundation, Matt Elliott était le chantre de la drum n'bass soit le
genre de mec qui animait le dancefloor à des heures indues. Aussi
improbable que cela puisse paraître, c'est métamorphosé en baladin
folk qu'on le retrouve aujourd'hui, la guitare sèche sous le bras.
Elliott excelle dans le genre en échappant aux canons classiques.
Bien loin de la structure couplet/refrain, Matt évolue en territoire
inconnu, peignant à l'aide de son instrument des paysages sonores.
Car à ce niveau de durée (quinze minutes pour le morceau titre) on
ne parle même plus de chansons. Tout ici est affaire de climat et de
sous entendus. Derrière le calme apparent (celui du titre) une
angoisse sourde apparaît en sous texte et c'est une tension qui va
crescendo qui anime ce disque (« I only wanted to give you
everything », « Wings and crown »). Pas
nécessairement facile d'accès pour le grand public, l'album demande
de l'attention et de l'écoute de la part de l'auditeur. Accéder à
la beauté, celle qui se dégage des ces arpèges délicats et de ces
subtils arrangements de cordes, est à ce prix.
mardi 15 mars 2016
Tue-Loup : « Ramo »
A la fin des années
1990, sur la foi de deux albums remarquables, Tue-Loup (du nom du
hameau sarthois dont ils sont originaires) ouvrait une brèche
inédite sur la scène française entre folk, rock et chanson, teinté
d'une certaine noirceur. Puis le groupe avait disparu de nos radars
au début des années 2000, on le pensait démissionnaire, vaincu par
les éléments contraires : on avait tout faux ! La
formation sarthoise avait continué sa route, en toute discrétion,
loin des médias. Sortant de nouveaux disque avec une régularité
métronomique, année après année, sans faire trop de bruit,
Tue-Loup en est aujourd'hui à son dixième album ! Et on se
retrouve fort contrit de réaliser que, en 2016, on a loupé la
majorité de leur parcours… Et c'est regrettable. Car, loin d'avoir
éteint leurs qualités intrinsèques, le temps les a, au contraire,
affirmées. En 2016, Tue-Loup est une formation précise et
rigoureuse pratiquant l'épure musicale où chaque élément est à
sa place. Sans superflu inutile, le groupe repose toujours sur une
base guitare/basse/batterie mais cette dernière est particulièrement
fine. La musique de Tue-Loup possède quelque chose de rare, une âme,
une ambiance, que l'on ressent dans le moindre glissé de contrebasse
ou dans le chant subtilement « cassé » de Xavier Plumas.
Nul n'est besoin pour le groupe de courir après une quelconque mode
puisqu'il est évident qu'il a trouvé sa patte entre folk ombrageux
(« Tejo ») et rock ouaté (« In Vivo »). Mais
le groupe sait aussi s'ouvrir à de nouvelles sonorités, des
rythmiques teintées de free jazz, ou une appétence nouvelle pour
les arrangements au clavier (rhodes, piano, orgue, synthés discrets
etc.) et la langue portugaise (ce nouvel album est né sur les bords
du Tage). Du travail d'orfèvre…
lundi 14 mars 2016
Parnell : « Ce qu'il en reste »
Plume élégante,
c'est en Irlande que Parnell a trouvé son nom de scène et son inspiration musicale (cf. "Quel décor"). Ce premier
album s'impose comme un résumé de son parcours et « ce qu'il
en reste » finalement ce sont ces dix chansons comme autant de
petites vignettes collées sur l'existence (« Ma vie »).
Sa guitare folk sous le bras, Parnell pose un regard mélancolique
sur les relations sentimentales (« Elle passe ») ou le
quotidien (« Encore ») estimant qu'il « sera
bientôt prêt ». Pourtant, jamais l'album ne sonne sombre ou
désespéré mais se situe dans un entre-deux où la joie et la
mélancolie sont intrinsèquement liées, comme un rayon de soleil
dans un ciel noir de suie. Guitariste habile, Parnell a fait de son
instrument fétiche le cœur de sa musique. L'album s'avère un régal
d'arpèges folk pour les oreilles (« Piste Noire »,
« Elle Passe », « Pour que mon cœur »)
délicatement arrangé au violoncelle et à l'aide de divers claviers
vintage (Mellotron, Rhodes). Un ensemble harmonieux, intimiste et
délicat où plane le fantôme de Nick Drake.
mercredi 9 mars 2016
Refuge : « Brokenbird »
Refuge. C'est, bien
entendu, le nom du groupe. Mais c'est également, au-delà, une
conception de la musique. Un Refuge. En effet, la formation déploie
les grands moyens pour faire de chaque chanson un cocon précieux et
confortable. L'ambiance est langoureuse entre cordes soyeuses et
nappes synthétiques atmosphériques au-dessus desquelles plane la
voix de tête du chanteur, à laquelle se joint parfois une
chanteuse. Ces sept compositions inaugurales font montre d'un art
consommé de la pop, hypnotique (« Brokenbird ») fine et
ciselée. On pense parfois à Talisco (« Dumb believers »)
parfois à un version masculine de Kate Bush. Un EP apaisant, propice
à la rêverie, à écouter pour se détendre en fin de journée.
mardi 8 mars 2016
Nadéah : « While the heart beats »
Après l'ep « Met a man » sorti à l'automne dernier, Nadéah continue son
aventure musicale avec ce deuxième album en forme de rupture. Son
premier disque en solo, « Venus gets even », sorti il y a
cinq ans, avait séduit par son approche vintage entre rockabilly et
jazz swing. Tout ceci appartient au passé à l'écoute de cette
nouvelle livraison aux sonorités contemporaines, incarnée par les
synthés qui font leur apparition dans son univers. L'album commence
fort avec « Met a man » qui nous avait déjà
impressionné l'année dernière. De la basse disco 70s balancée sur
un rythme d'enfer en intro à la coda aux guitares bruitistes, la
chanson, hyper efficace, est un tube en puissance. Comment dès lors
que l'on frise la perfection dès les premières secondes de l'album
tenir le rythme sur la longueur sans sonner fade ? C'est toute
la problématique de ce disque à laquelle l'Australienne a décidé
de répondre par la diversité, incarnée par le duo de producteurs
convoqués : Rob Ellis d'un côté, Marc Collin (son comparse du
collectif Nouvelle Vague) de l'autre. Les deux hommes mettent en son
les différentes facettes de l'album : la disco (« Met a
man », « Kansas »), le rock (« Unknown »,
« Darling ») et les ballades, « Run »,
l'intimiste piano/voix « Pocket full of holes » placée
en conclusion. Sur un plan vocal, Nadéah se démène et donne de la
voix pour trouver une unité qui fait parfois un peu défaut. Car si
l'album possède un peu de tout pour plaire à tout le monde, chacun
fera sa sélection personnelle en sautant quelques plages…
En concert le 14/03
à Paris (Café de la danse)
https://twitter.com/nadeahlundi 7 mars 2016
Inglorious
Tout, absolument
tout, chez Inglorious exhale l'amour du (hard) rock classique, celui
des années 1970. Il faut dire que Nathan James, le chanteur et
leader du groupe a été à bonne école. Avant d'avoir sa propre
formation, Nathan a chanté auprès du mythique guitariste de
Scorpions, Uli John Roth. Difficile d'échapper à son destin avec un
cursus pareil… L'écoute de l'album se révèle ainsi un jeu de
cache-cache où le groupe s'amuse à évoquer, avec classe toujours,
ses influences. Il y a du Led Zeppelin (celui de « Kashmir »)
dans « High Flyin' Gypsy » alors que l'imparable
« Breakaway » évoquerait plutôt le hair métal des
années 1980. Mais c'est lorsqu'il lorgne du côté du blues que le
groupe est à son meilleur, « Holy water » ; le
rendu est alors proche de formations contemporaines dans une veine
Rival Sons/Blues Pills. A défaut d'être original, Inglorious se
révèle être une formation carrée et puissante, toutes guitares
dehors (la poisseuse « Warning ») mais sans ostentation
et également agile en acoustique (l'intro de « Bleed for
you », "Wake"). Que demander de plus ?
https://twitter.com/WeAreIngloriousdimanche 6 mars 2016
The New Roses : « Dead man's voice »
The New Roses, quel
étrange patronyme que voici, mélangeant à la fois nouveauté et un
petit air de ressemblance avec un autre groupe à roses (et à armes
à feu aussi) des années 1980. Et de fait, il y a beaucoup de cela
chez ces nouvelles roses qui nous ramènent trente ans en arrière
lorsque le rock était fun et hédoniste, avant que Nirvana ne mette
la noirceur à la mode. Ecouter the New Roses, c'est donc se
transporter dans le Los Angeles des années 1980, se balader cheveux
au vent dans une décapotable sur Sunset Boulevard en route pour
faire la fête au bord de la piscine dans d'immenses villas
hollywoodiennes. Étonnant lorsque l'on sait que le quartet est tout
ce qu'il y a de plus... Allemand ! Une sacrée bande
d'usurpateurs donc, mais avec un talent certain pour le hard rock
teinté de glam et un (léger) soupçon de blues au travers d'une
guitare bien sentie (« Thirsty », « Partner in
Crime »). Et pourtant, The New Roses réussit à injecter de la
fraîcheur dans ce style franchement daté, en mettant l'accent sur
les compositions plutôt que sur la recherche obsessionnelle d'un
temps révolu. Un album d'excellente tenue qui ravira les amateurs de
rock (au sens large) et pas seulement ceux dont la discothèque est
en jachère depuis 1990 et n'ont jamais digéré la déchéance d'Axl
Rose et autres Mötley Crüe…
samedi 5 mars 2016
Daria : « Impossible Colours »
Originaire d'Angers,
Daria assouvit ses rêves d'Amérique, enregistrant son quatrième
album à Baltimore dans le studio du mythique Jay Robbins (Clutch,
Against Me, Jawbreaker). Le quatuor revient de sa virée
outre-Atlantique avec un album remarquable, aux influences ancrées
dans le rock indépendant étasunien des années 1990. La chose
impressionne par sa cohérence, le son est énorme mais, plus encore,
le groupe semble être animé d'un feu intérieur dopé à
l'adrénaline. Une tension sous-jacente anime ce disque qui semble
aller crescendo alors que les premiers titres défilent (« Margins »,
« February », « A quiet anarchy »). L'album a
été enregistré live sur un magnéto 16 pistes et cela s'entend,
tant le son est abrasif et plein d'aspérités qui font son charme.
La musique vit et respire à mille lieues des productions aseptisées.
Placé en milieu de programme le morceau titre « Impossible
Colours » offre un moment de répit qui n'est qu'illusoire
avant que la cavalerie ne déboule sous la forme d'une batterie
explosive et d'un arrangement de cuivres pour le moins surprenant. A
force de larsens lancinants, Daria peint un paysage inquiétant comme
un ciel noir de suie avant que l'orage ne gronde (« Suspension
of disbelief », « Inner dialogue », « A tired
hand » peut-être la meilleure du lot). Excellent sur les
formats courts, comme autant de petites bombinettes soniques de moins
de deux minutes (« February », « Coup de grâce »
qui porte bien son titre soit dit en passant), Daria sait aussi
prendre des risques et clôture son album avec un « Empirical
Dismay » frôlant les dix minutes, un tour de force. Les Foo
Fighters ont annulé la fin de leur tournée mondiale ? Pas
grave, Daria passera certainement en concert près de chez vous dans
un futur proche…
https://twitter.com/dariathebandvendredi 4 mars 2016
Bill Pritchard : « Mother town hall »
Appelons cela un
signe des temps. Ces derniers mois ont vu la résurgence d'une
génération de songwriters oubliés des années 1980 revenir sous
les feux de la rampe, avec des albums de haute tenue, souvent publiés
sur le label Tapete Records. C'est ainsi que l'on a pu découvrir,
avec un ravissement certain, les nouveaux efforts de Lloyd Cole,
Robert Forster ou Pete Astor. Bill Pritchard pour sa part était
parti avec une longueur d'avance sur ses collègues, publiant il y a
deux ans le remarquable « A trip to the coast » après
pratiquement une décennie d'inactivité. Ce nouvel album « Mother
town hall » reprends les choses là où elles s'étaient
arrêtées en 2014, toujours produit par le fidèle Tim Bradshaw. Et
dès les premières notes de « Saturn & Co » qui
ouvre le bal, la magie opère une fois de plus. Lignes claires,
orchestrations classique et classieuse, comme lassé par une vaine
course à l'échalote, Bill Pritchard, abandonne ici ses oripeaux
hasardeux (cf. l'électronique de l'album « By Paris, By Taxi,
By Accident ») pour s'inscrire dans une veine pop intemporelle.
Un peu comme si le Britannique, lassé par des années d'errance
artistique, avait décidé de faire de la musique pour son propre
plaisir n'écoutant que ses envies. Cette fois encore, ce francophile
invétéré, prof de français dans le civil et co-interprète en
1988 de l'album « Parce que » en duo avec Daniel Darc, a
décidé de chanter dans sa langue maternelle même si la France
apparaît toujours en filigrane (« Mont St Michel »).
L'orchestration s'appuie sur du classique, du solide, piano, guitare,
basse et batterie parfois agrémenté de quelques cuivres distillant
un parfum jazzy (« Vampire from New York »), mélancolique
(« Déjà vu boutique », « September haze »)
ou plus enjoué sur un tempo rock (« In heaven »). Agé
de cinquante deux ans, Bill Pritchard est plus que jamais cet honnête
artisan de la chanson, résistant aux sirènes du temps et des modes,
composant pour la beauté du geste. Puisse-t-il longtemps continuer à
sortir des disque de cette qualité.
http://www.billpritchardmusic.com/mardi 1 mars 2016
The Rebels of Tijuana
Le Pop Club,
excellente structure Suisse basée à Genève, multiplie depuis
quelques années les projets séduisants (Monkberry Moon Orchestra,
The Green Flamingos) démontrant un attachement sans faille au rock
garage et psyché des années 1960. Le nouveau joyau du label se
nomme The Rebels of Tijuana qui passe ici au format long après un remarquable EP. Comme son nom ne l'indique pas, The Rebels of Tijuana
chante dans la langue de Molière sur cet effort, c'est (hélas)
devenu suffisamment rare pour être non seulement souligné mais
également encouragé. Ce premier effort baigne dans l'ambiance
garage/psyché typique du label. Rien ne manque, les guitares fuzz,
les claviers vintage et la basse énorme au son rond complétée par
une batterie pleine de groove. La langue française apporte un plus
incontestable, et distingue le groupe dans la mêlée de
revivalistes, particulièrement fournie à l'heure actuelle. Un peu
comme si les Rebels of Tijuana se réclamait de Serge Gainsbourg
(époque Melody Nelson) ou des bandes originales de François de
Roubaix plutôt que de Pink Floyd. Mais c'est surtout l'influence du
Jacques Dutronc déglingué des premiers albums (circa 1966-1967) que
l'on retrouve dans la causticité des paroles (« Bizarre »,
« Remington », "Le Solitaire"). Un groupe et un album attachant.
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