mardi 30 juin 2026

Boris Maurussane : « Tears of English Town »

 


Alors que la musique générée par une « intelligence » qui brille surtout par son artificialité, inonde les plateformes d’écoute, qu’il est bon de retrouver un véritable artiste ! Pour son deuxième album, après le remarquable « Social Kaleidoscope », Boris Maurussane se fait fort d’emmener la musique là où aucune intelligence artificielle ne serait capable d’aller : aux confins de la pop, du jazz et de la musique brésilienne. Un endroit bien improbable il est vrai. Et pourtant ! Les références s’y bousculent, qu’elles soient attendues (Robert Wyatt, Beach Boys) ou plus surprenantes (Antonio Carlos Jobim, Herbie Hancock ou Philipp Glass!) Une large palette sonore est déployée, bois et vents (cor, basson, hautbois), piano ou des synthés utilisés judicieusement qui apportent cette note extravagante, digne d’un film de SF des années 50, aux arrangements. N’ayant pas froid aux yeux (ni aux oreilles) Boris tente le tout pour le tout et c’est un véritable grain de folie qui s’empare des musiciens, lorsque ces derniers se lancent dans de folles improvisations (les sept minutes de « Christians from the lake » ou les huit de « Decipher ») donnant du corps à cette notion d’extravagance évoquée plus tôt. L’album sort sur l’excellent label Hot Puma Records, qui, après les sorties récentes d’Orwell, Reed Conservation Society, William Pears ou Discover, se trouve plutôt en verve sur ce créneau de la pop raffinée et élégante.

https://borismaurussane.bandcamp.com/





samedi 27 juin 2026

Orwell : « Composite »

 


A la tête de son groupe, Orwell, Jérôme Didelot creuse, depuis l’an 2000, un sillon original sur la scène pop française. Ce nouvel album « Composite » nous donne a (re)découvrir une formation pour qui n’a pas son pareil pour se glisser dans les interstices. Celui qui sépare la chanson française de la pop ambitieuse anglo-saxonne. Ou pour combler celui qui sépare des mélodies simples, lignes claires, d’arrangements classieux. Les grands moyens sont de mise pour ce nouvel album, quitte à sortir des sentiers battus : vibraphone, cor, cordes, flûtes, synthés contribuent à créer cette impressionnante palette sonore, flirtant avec l’abstraction (cf. « Composite ») qui enrobe l’auditeur à l’écoute du disque. Mais cela ne serait rien sans les chansons et l’indispensable qualité d’écriture de Jérôme Didelot, qui convoque l’universalité derrière des formules cryptiques dont il a le secret. Seule escapade dans la langue de Shakespeare « Long is the race » apparaît, dans ce contexte, comme une (charmante) anomalie. Pour le reste, ce nouvel effort plonge l’auditeur dans une bulle confortable, intemporelle et hors d’age, les oreilles saisies par la limpidité de ce nouvel album.

https://orwell.bandcamp.com/album/composite

https://www.facebook.com/orwellfrenchband

http://www.orwellmusic.com/




dimanche 21 juin 2026

The Reed Conservation Society : « Sing a song that never ends »

 


Après un premier album, totalement francophone, The Reed Conservation Society effectue un spectaculaire mouvement inverse avec un deuxième effort renouant avec les textes en anglais. Il flotte ainsi un petit air de retrouvailles avec le groupe comme à l’époque des trois premiers Eps, dont ce nouvel album pourrait constituer la suite directe. Et pourtant que de chemin parcouru depuis... En effet, au duo composé de Stéphane Auzenet et Mathieu Blanc s’est adjoint une section rythmique (Nicolas Pain, basse et contrebasse et Cédric Bermond à la batterie). La véritable nouveauté est que cette dernière a été pleinement impliquée dans le processus depuis les prémices de ce dernier. Enregistré tous ensemble dans la même pièce, l’album possède un aspect organique plus affirmé (Stéphane parle d’un disque plus « organique, instinctif et naturel ») et ouvre le champ des possibles vers une énergie plus rock (« Goldfish with Glitter Gleam »). Mais, pour le disque qui nous occupe, le quatuor retrouve cette tonalité si particulière mariant la mélancolie du folk britannique a une forme psychédélique plus américaine, voire californienne. Finalement, au-delà de l’écoute, c’est un album qui exige une forme d’abandon de part de l’auditeur. Ces nouvelles chansons emportent littéralement au gré des magnifiques soli de trompette (Mathieu), du tapis de cordes somptueuses déroulé sous nos oreilles (arrangé par Mathieu) ou des magnifiques harmonies vocales qui le parsèment. Magnifique ouvrage de la part d’un groupe qui gagnerait à être plus massivement connu tant il incarne un des plus précieux représentants de la pop française contemporaine.

En concert le 26 juin au Supersonic Records (avec The Gentle Spring)

https://www.facebook.com/TRCSfrenchband/





dimanche 7 juin 2026

Autour de Lucie : « Hors monde »

 


Comptant parmi les groupes les plus précieux de l’Hexagone, Autour de Lucie, entretient une aura fantomatique sur la scène française avec une discographie (6 albums en 30 ans) restreinte, mais ô combien précieuse, entrecoupée de longues pauses entre chaque disque et très peu de concerts. « Hors monde » mais surtout hors du temps, ce nouvel album est le premier depuis 2015 de la formation recentrée autour du duo Valérie Leulliot (chant) et Sébastien Lafargue (à peu près tout le reste). Avec ce nouvel effort, le duo creuse son sillon d’une pop à la fois organique et électronique, aux arrangements raffinés et élégants. En effet, si le cœur en reste les instruments (guitare, basse, piano) qui constituent l’épine dorsale du projet, les arrangements électroniques apportent cette touche si particulière qui n’appartient qu’à eux, cette mélancolie diffuse et impalpable, qui sied si bien au chant délicat de Valérie Leulliot. L’album évoque aussi bien le temps qui file (« Mars 85 » ; « Diana ») que la nostalgie (« Quelque part » ; « Mes Raisons ») sans pour autant s’y enfermer. C’est une nouvelle pièce maîtresse à mettre au crédit du groupe.

https://www.facebook.com/autourdeluciemusic/

https://autourdelucie.bandcamp.com/




samedi 6 juin 2026

Franck Tortiller et Misja Fitzgerald Michel : « The Open Chords of David Crosby »

 


Franck Tortiller serait-il le plus rock des jazzmen ? On se souvient qu’il y a quelques années, son passage à la tête de l’Orchestre National de Jazz s’était soldé par un excellent album de reprises de Led Zeppelin (« Close to heaven », 2005). Vingt ans plus tard le vibraphoniste remets le couvert, en compagnie de son comparse guitariste pour s’attaquer à un autre monument des années 60/70, David Crosby. Le regretté est le fil rouge de ce nouvel effort et propose une relecture, entre folk et jazz, de son corpus avec pas moins de six reprises (dont « Guinnevere » et « Déjà Vu »), deux compositions originales et une reprise cousine de « Judy Blue Eyes » (Stephen Stills) complètent cet alléchant programme. L’album est magnifique et tient toutes ses promesses ! Au terme de « reprises » on préférera celui de « relecture » tant le duo imprime sa marque et s’approprie les compositions. Déjà parce que l’album est entièrement instrumental. Ensuite, en choisissant la formule du duo guitare/vibraphone, les deux compères réussissent à extraire la substantifique moelle des compositions. C’est à un dialogue intime entre deux musicien auquel nous sommes conviés, telle une petite souris espionnant les sessions depuis un interstice minuscule. C’est à la fois beau et émouvant mais aussi lumineux tant l’album est aussi doux que la caresse du soleil californien. L’album est propre à séduire aussi bien les amateurs de folk 70s que les exigeants mélomanes jazz. Une réussite totale !

https://www.francktortiller.com/

https://www.labelmco.com/