Ce premier album appartient à une catégorie rare. Celle de ces disques qui sonnent immédiatement familiers aux oreilles des auditeurs. Intemporels, qui en rappellent des milliers d'autres tout en proposant un contenu frais et original. Un classique immédiat. Et il faut dire que pour un premier album, Theo Lawrence et son groupe The Hearts fait fort. La chose est située dans un espace temps très précis. Une sorte DeLorean musicale qui nous ramène immanquablement aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, début 1970. C'est là que se situent, assurément, les racines qui ont produit ce magnifique album de rock’n’roll soulful (« A house but not a home »), teinté de folk (« Who was I »). Theo Lawrence n'a que 22 ans et on doit se pincer pour y croire, tant l'album est maîtrisé tant sur le plan vocal (écoutez le râle sur la coda de « Heaven to me ») que musical. Produit avec un sens du détail qui confine à la maniaquerie, l'album dégage une âme, une atmosphère, une ruralité de bon goût comme un couché de soleil sur les champs de blé ("Shaghai Lady"), entre un bon vieux Creedence (« Chew me up ») et un classique de la soul sudiste (« My Sunshine is dead », « Sucker for love »). Excellent.
Avec sa
programmation tournant autour du blues, du rock garage, de la soul et
du folk/country, le festival Les Nuits de L'alligator fait notre
bonheur depuis douze ans puisqu'on est sûr, d'une part de trouver
des groupes que l'on aime et, d'autre part de faire de belles
découvertes. Avec une programmation de haut vol, cette nouvelle
édition n'a pas échappée à la règle, le tout dans le cadre
intime et intrinsèquement rock n'roll de la maroquinerie. Retour sur
les trois premières soirées parisiennes du cru 2017...
Jeudi 9 février:
C'est aux Espagnols de Guadalupe Plata qu'il revient l'insigne
honneur d'ouvrir les débats de cette nouvelle édition. Le trio,
assez atypique, compte en son sein un musicien préposé à
d'étranges instruments dépassant rarement les deux cordes en sus
des classiques batterie et guitare. La musique est majoritairement
instrumentale, twangue en diable et chasse sur les terres punk et
blues, rappelant le Gun Club et autres RL Burnside. Déjà assez côté
dans son pays natal, le groupe devrait conquérir l'autre versant des
Pyrénées. Enfin, dans un monde parfait. Il y a quelques mois de
cela, on s'était extasié sur le nouvel album des Sore Losers et
leur prestation du soir ne fait que renforcer l'excellente impression
laissée par l'album. Le set débute sur une note à la fois lourde
et lancinante rappelant Black Sabbath puis vire vers un son rock
n'roll garage brutal et sauvage bien aidé dans sa tâche par un
chanteur charismatique et un guitariste maniant l'art du solo sans en
faire des tonnes. Excellent de bout en bout, le groupe apporte une
touche de métal qui jusqu'à présent faisait défaut au festival.
Non, Boss Hog n'est pas le nouveau groupe de l'hyperactif Jon Spencer
(Blues Explosion, Heavy Thrash). C'est même un projet très ancien,
formé avec son épouse Cristina Martinez, dont les premiers pas
discographiques remontent à 1990 et dont on avait perdu la trace à
la fin du siècle dernier. Un retour remarqué, après 17 ans
d'absence, c'est dire si l'événement est d'importance. La
Maroquinerie est pleine comme un œuf, pas évident de trouver le
spot idéal pour voir la scène (à vrai dire on n'y sera jamais
totalement arrivé) mais on est littéralement emporté par la
tornade rock n'roll ourdie par Spencer & Co. Contrairement à ses
autres formations, cette dernière est plus fournie, claviers (pour
une légère touche électronique assez rare chez Spencer), batterie
et deux guitares. Les voix étant dans leur majorité assurées par
Cristina Martinez qui harangue la foule dans une attitude
foncièrement rock n'roll. Le son est énorme, le public assommé.
Grand moment.
Vendredi 10
février : La soirée débute avec une jolie découverte,
l'atypique trio King Biscuit, originaire de Normandie. Derrière sa
jolie guitare vintage demi-caisse, Sylvain Choinier dispense un blues
envoûtant de sa voix de gorge. L'ensemble est très rythmique, la
formation est complétée par un batteur et un percussionniste, la
transe n'est jamais bien loin. Une étrange petite guitare carrée
(une mini Bo Diddley) et quelques discrètes notes de claviers
gardent la routine à distance, faisant pencher la balance vers plus
de modernité. Belle découverte. Lorsqu'il arrive sur scène Theo
Lawrence et ses Hearts emmène avec lui son univers sous la forme de
divers artefacts. Des plantes vertes et autres lampes chinoises font
ainsi leur apparition transformant la maroquinerie en salon douillet.
Situé au crossroads entre soul, blues et rock n'roll, l'univers
musical de Theo transpire le raffinement et l'élégance, bien servi
par sa voix de crooner et des musiciens de haute volée. Superbe
exercice. On termine enfin avec Luke Winslow King, chanteur et
guitariste venu de la Nouvelle-Orléans qui se produit pour la
première fois dans nos contrées. Sorte de Jeff Buckley du blues,
Winslow King enlumine son songwriting pop d'influences venues du
blues, du jazz et du folk. Son groupe est remarquable, le batteur
swing avec efficacité sur des patterns venus du jazz et la paire de
guitaristes (dont Winslow King lui-même) maîtrise le bottelneck à
la perfection. Hélas, la durée (trop longue) des compositions tends
à en réduire l'impact. Une belle découverte quoi qu'il en soit.
Dimanche 12
février : Le plateau regroupant des artistes masculins est
superbe. On commence par un chanteur dont l'album nous avait
particulièrement impressionné en début d'année William Z.
Villain. La complexité rythmique du disque laissait augurer une
transposition scénique compliquée. Et ce fut le cas. Seul avec sa
guitare et tout un attirail de percussions diverses, William passe de
longues minutes, entre chaque morceau, pour mettre au point le
pattern nécessaire à la chanson. La performance d'ensemble perd
ainsi un peu de son impact. Fort heureusement, la personnalité
fraîche, chaleureuse et enthousiaste de William aide à patienter.
Visiblement heureux d'être sur scène, William emballe le public en
moins de deux grâce à ses blagues et son français, approximatif
mais charmant. Lorsque tous les éléments sont en place, la musique
est une véritable beauté hypnotique, à l'image du magnifique « Her
Song » de clôture ou du tube « Anybody gonna move »
dont les méandres rythmiques rappellent l'Afrique. Un jeune artiste
à suivre. Avec leurs chemises à carreaux et leurs stetson sur la
tête, Karl Blau et son groupe œuvrent dans un registre différent,
celui de la country raffinée et romantique. La pedal steel amène un
indéniable supplément d'authenticité et la voix déborde d'âme.
L'ensemble évoque comme une version tendre et assagie de Steve
Earle. Magnifique. Lorsque Bror Gunnar Jansson, tiré à quatre
épingles, arrive sur scène, le silence se fait dans la salle. Le
public, comme impressionné par la stature de l'artiste, est dans
l'attente d'un grand moment. De fait, un concert de Bror Gunnar
Jansson est toujours un moment fort en émotions tant
l'investissement du musicien est total. Ce sont ainsi mille tourments
qui s'échappent de sa guitare et de sa voix. Ses accords déchirent
l'air ambiant et le chanteur, les yeux exorbités, semble
littéralement possédé. Limite flippant tant son esthétique est
sombre. En formation one man band, assurant à lui seul l'ensemble
des orchestrations, Gunnar impressionne et excelle, comme d'habitude.
Quelques semaines
après avoir sorti leur premier 45 tours, Theo Lawrence (ex-Velvet
Veins) et son groupe The Hearts sont de retour avec un tout nouvel EP
de cinq titres. Sortie après sortie, l'identité musicale de ce
nouveau projet s'affine peu à peu et assister à cette évolution
s'avère passionnant. Ainsi après des débuts très marqués par la
recherche d'un son authentique et vintage, Theo et sa bande
s'éloignent un peu de cette démarche revivaliste. Certes les bases
sont là, et respectées avec classe et élégance, par le biais
d'arrangements sophistiqués et d'un chant séducteur. Mais une
petite prise de risque, un soupçon d'audace et la chose bascule
(« Good for nothing ») sans perturber l'équilibre
général. The Hearts tracent ainsi une voix inédite entre rock
n'roll, soul, country, blues à l'ancienne et une dynamique
contemporaine (« Made to last »). Vivement l'album !
En concert le 10/02
à Paris (La Maroquinerie – Les nuits de l'Alligator)
A peine 21 ans, un
seul 45 tours et déjà sur la scène de l'industrie à Rock en
Seine : tout s'est accéléré ces derniers temps pour Theo
Lawrence et son groupe The Hearts. Assis dans l'espace presse du
festival et impeccablement gominé le jeune, sympathique et
talentueux musicien revient sur son parcours jusqu'ici et ses espoirs
pour l'avenir. Rencontre...
(c) Rodrigue Mercier
Bonjour Theo, alors
tu es de retour à Rock en Seine, là où ton groupe précédent, les
Velvet Veins, a joué son ultime concert. Dans quel état d'esprit
es-tu ? Il y a une émotion particulière ?
Théo Lawrence :
Et bien, je me sens vraiment chanceux. Très chanceux. J'ai grandi à
Paris alors je sais très bien ce que représente Rock en Seine. Cela
me fait vraiment très plaisir d'avoir l'occasion de jouer dans ce
festival alors que l'on a sorti seulement un 45 tours c'est à dire
deux chansons. Je me dis que les étoiles étaient bien alignées
(sourire). C'était une magnifique expérience et une scène superbe.
J'adore ce festival. C'était très émouvant. Et très motivant pour
moi et le groupe. Le contexte est stimulant. Un très beau souvenir.
La dernière fois
les Velvet Veins s'étaient produits sur la scène Ile-de-France qui
est réservée aux groupes locaux en développement et là tu étais
sur la scène de l'industrie, avec les grands si on peut dire. C'est
une belle promotion, assez rapide…
Théo :
Exactement. La première fois que je suis venu ici c'était avec mes
parents en 2010. J'étais venu voir un de mes groupes préférés,
j'avais 12 ou 13 ans. Et je me souviens très bien, avoir vu les
groupes sur la scène de l'industrie. Cette scène est restée
imprimée dans ma tête. Et du coup hier je me suis retrouvé sur
cette même scène, je m'en suis souvenu, c'était émouvant.
Un rêve d'enfant ?
Théo : Oui, un
rêve d'enfant, absolument. Quand je pense à un festival que j'ai
envie de faire en France, je pense à Rock en Seine. J'étais très
heureux quand on m'a annoncé la nouvelle. Trop heureux.
(c) Christophe Crénel
Après les Velvet
Veins il y a eu une petite période de transition en trio jusqu'à la
formation des Hearts. Comment ça s'est passé ? Tu as tâtonné
pour trouver la bonne formule ?
Théo : Je
savais que je voulais faire mon groupe pour jouer la musique qui me
plaisait. Et pour ça il fallait trouver les bonnes personnes. Le
solo, c'est bien pour écrire. Quand j'écris mes chansons, chez moi
dans ma chambre, je suis toujours seul avec une guitare. Même si
j'apprécie d'être en solo sur scène de temps en temps pour une
chanson ou deux, ça ne me permet pas de jouer toute la musique que
j'aime. Il me fallait des musiciens pour mettre ça en forme. Je les
ai rencontrés sur plusieurs années. La période a été assez
longue mais quand je les ai trouvées je savais que c'était les
bonnes personnes. En fait je n'ai même pas eu à les chercher. Il
fallait qu'il y ait de l'amour pour la musique qu'on fait. On a
commencé à jouer à trois, puis à quatre et cinq sur un an et demi
à peu près. La formation définitive ça fait à peu près un mois
et demi qu'on joue ensemble. Le nouveau claviériste vient d'arriver.
Maintenant c'est définitif.
Quelque chose m'a
frappé hier pendant le concert j'ai retrouvé un peu le son des
Velvet Veins, du rock, du blues parfois très ancien, du Delta, et
une ouverture nouvelle vers la soul music qui m'a un peu surpris…
Théo : Dans le
groupe on est des grands amateurs de soul, on collectionne les
disques, depuis toujours on en écoute énormément. Le jour où on
s'est tous rassemblés pour faire de la zic ensemble, c'est ce qui
est naturellement sorti. Ce n'était absolument pas un choix
réfléchi. C'était l'extension de nous cinq réunis. On est très
inspirés par les labels à l'ancienne, Stax, Motown, le sud-est
américain, la southern soul. On est respectueux de la tradition. Des
chansons simples, qui vont droit au but avec des sujets classiques
que tout le monde peut s'approprier. Intemporel. Et après on essaye
de ne pas être trop orthodoxes non plus. On ajoute d'autres styles
qui font que ce n'est pas juste de la soul music. Au sens littéral
soul cela signifie de la musique fait sincèrement, de l'âme, du
fond du cœur. Donc on aime bien dire qu'on fait de la soul. On se
reconnaît dans cette caractéristique. On ne veut pas faire quelque
chose de trop passéiste ou référencé au passé même si on en est
très respectueux.
Ton chant est aussi
différent avec ce nouveau groupe…
Théo : J'ai
juste grandi. J'avais 18 ans à l'époque des Velvet Veins. Je viens
d'avoir 21 ans, entre temps tu changes de voix. Tu te calmes un peu.
Tu t’assagis, tu fais moins d'effets. Avec le groupe d'une manière
générale on essaie de rester dans la sobriété et de faire les
choses le plus simplement possible. De manière à toucher le plus de
monde, même ceux qui n'écoute pas particulièrement de musique.
(c) Dom Secher
Quel est ton rapport
avec le Canada aujourd'hui ?
Théo : Je m'en
sens très proche, la moitié de ma famille vient du Québec. J'adore
le Canada, c'est, jusqu'ici, mon endroit préféré sur terre. Mon
parrain est Canadien et m'a beaucoup soutenu dans mon apprentissage
musical. J'espère vraiment y tourner bientôt, je n'ai pour
l'instant encore jamais eu l'occasion d'y jouer.
Et tes groupes
Canadiens préférés ?
Théo : Timber
Timbre est un de mes groupes préférés. Neil Young que je respecte
infiniment pour sa carrière parfaite de musicien indépendant qui
envoie tout le monde se faire foutre. Respect infini. The Band
également.
J'ai vu qu'il y
avait un voyage de prévu aux USA bientôt…
Théo : C'est
le berceau de toute la musique que j'écoute depuis que je suis tout
petit. Au-delà de la musique je me suis passionné pour le folklore
et le style de vie en général dans le sud-est, le Mississippi. Tout
ce que le peuple fait quotidiennement, l'artisanat, la nourriture, la
politique, l'histoire en général. Je n'ai jamais eu l'occasion d'y
aller, j'étais trop jeune. Maintenant que j'ai 21 ans et que je peux
entrer dans les salles de concert, mon premier réflexe a été de
prendre un billet d'avion. J'ai envie d'expérimenter empiriquement
le lieu, de voir à quoi cela ressemble.
C'est un voyage
initiatique…
Théo :
Exactement. J'ai l'impression de déjà connaître l'endroit
tellement je m'en suis imprégné avec des films, des photos, de la
musique. Je suis vraiment obsédé par cet endroit. J'ai hâte...
Quels sont les
projets pour le groupe à l'avenir ?
Théo : On
rentre en studio pour enregistrer un EP, on espère le sortir pour
fin 2016. Et après on a des dates en France pour l'instant. Mais je
suis focalisé sur le studio. On a écrit beaucoup de chansons qu'on
n'a pas eu l'occasion d'enregistrer. On a envie de faire des disques.
On est très prolifiques dans notre manière d'écrire de la musique.
J'essaie d'avoir une éthique de travail assez rigoureuse. Tous les
jours j'essaie de m'asseoir et d'écrire des morceaux, de sortir
quelque chose sur le papier. J'ai toujours mis un point d'honneur à
produire sans jamais me reposer sur ce que j'avais déjà fait. Je
n'ai pas envie qu'on soit ce genre de groupe qui passe trop de temps
à toujours jouer les mêmes chansons et à se reposer sur son passé.
Il y a trop de chansons à écrire. J'ai peur de la répétition, je
trouve ça chiant pour tout le monde, l'artiste et les spectateurs.
J'ai trop de projets dans la tête pour être prudent et sortir un
album tous les dix ans. C'est pour ça qu'on privilégie des méthodes
d'enregistrement assez rapides, tous en live. On fait peu de prises,
on n'a pas le temps d'hésiter. Il faut garder la spontanéité.
(c) Brice Martinat
Propos recueillis le
27 Août 2016 à Rock en Seine.
Ex-chanteur des
Velvet Veins, Theo Lawrence est de retour, accompagné de son nouveau
groupe The Hearts avec ce 45 tours inaugural. L'univers musical de
Theo est en constante mutation à la fois fidèle à ce qui faisait
le charme des Velvet Veins mais ouvert à de nouvelles sonorités
plus orientées soul. L'objet est particulièrement classieux et
produit avec grand soin, un subtil mélange de rock, blues et soul
inspiré par les années 60 et 70 mais avec une dynamique
contemporaine. La voix de Theo a également évoluée et laisse
transparaître une petite cassure typiquement soul au fond de la
gorge. Enfin, ce 45 tours est conceptuel, la face A « Heaven to
me » est une histoire d'amour éternelle alors que la face B
« All along » évoque une rupture. Belle maturité pour
un artiste à la vingtaine à peine déflorée !
Déjà six ans que
l'on parcours en long, en large et en travers le parc de Saint-Cloud
à la fin de l'été. La rentrée est déjà là et Rock en Seine
aussi, sous une soleil de plomb et une chaleur accablante…
Two Door Cinema Club (c) Victor Picon
Theo Lawrence & The Hearts (c) Olivier Hoffschir
The Strumbellas (c) Olivier Hoffschir
Brian Jonestown Massacre (c) Olivier Hoffschir
Brian Jonestown Massacre (c) Olivier Hoffschir
Jack Garratt (c) Olivier Hoffschir
On commence par des
retrouvailles avec une vieille connaissance Theo Lawrence and the
Hearts, que l'on avait découvert ici même avec son ancien groupe,
les Velvet Veins, qui ont d'ailleurs joué leur dernier concert à
Rock en Seine, sur la scène Île-de-France. C'était il y a deux ans
et depuis, Theo a pris le temps de laisser mûrir son nouveau projet.
Résultat, c'est avec l'aplomb d'un vieux briscard que Theo, toujours
très classe, cheveux parfaitement gominés et chemisette à
carreaux, a pris possession de la scène de l'industrie. L'artiste a
évolué dans l'intervalle, on retrouve ses influences blues/rock 60s
qui désormais se parent de nouvelles couleurs issues de la soul. La
voix de Theo s'est également métamorphosée entre-temps. Une
prestation très classieuse, hélas polluée par des problèmes de
sons et une présence trop imposante de la basse qui a tendance à
avaler toutes les autres fréquences (hélas ça ne sera pas la
dernière fois du week-end, une conséquence de la canicule). On
continue par un petit saut de puce en direction de la scène pression
live pour découvrir The Strumbellas, une formation Canadienne assez
nombreuse pratiquant un folk choral post-hippie. La présence du
violon ajoute une note originale évoquant tour à tour la country ou
le folk celtique. Assez plaisant… On continue dans cette veine
post-hippie avec nos héros Brian Jonestown Massacre. Et désolé de
le dire mais il s'agît là du plus mauvais concert donné par la
troupe menée par Anton Newcombe (on en a vu un certain nombre) qu'il
nous ai hélas été donné de voir. Pire encore, le groupe n'y est
absolument pour rien. Mais on retrouve les problèmes de son évoqués
plus avant, une présence trop forte de la basse, avalant toutes les
fréquences. Dès que ce pauvre bassiste à la malheur de frôler une
corde on n'entends plus rien, un véritable massacre (c'est le cas de
le dire). Le même problème se reproduit avec la batterie (la grosse
caisse et le tome basse). Une véritable cacophonie. On s'étonne
encore qu'Anton Newcombe, pourtant coutumier du fait, n'ait pas piqué
une crise de nerfs. On l'a déjà vu péter les plombs pour moins que
cela… Faisons ensuite connaissance avec un véritable équilibriste
du son Jack Garratt, un one-man-band d'un genre particulier entre pop
et électro. Un main sur le synthé, l'autre sur la batterie Jack
fait tout absolument tout seul et surtout, sait communiquer son
enthousiasme avec le public ! L'apparition sporadique d'une
guitare, jouée également par ses soins, ajoute une note heavy voire
bluesy aussi étonnante dans ce contexte que bienvenue. Sa voix
tirant plutôt vers la soul Jack mélange les influences pour un
résultat autant unique que personnel. Rafraîchissant. On termine
cette première journée avec Two Door Cinema Club. Le concert nous
confirme ce que l'on savait déjà, les Irlandais sont nettement plus
impressionnants sur scène que sur disque, les partis-pris de
production très FM 80s ayant tendance à gommer leur agressivité
naturelle. Le groupe trouve son équilibre entre synthés, datés, et
un son de guitare personnel qui a fait leur fortune (cf. leur synchro
très connu dans la pub). Le groupe a trouvé sa formule et la répète
à l'envi, les nouvelles compositions jouées ce soir (le nouvel
album sort en octobre) ne faisant que confirmer cet état de fait.
Efficace à défaut d'être surprenant.
(c) Victor Picon
Kaviar Special (c) Olivier Hoffschir
La Femme (c) Christophe Crénel
L7 (c) Olivier Hoffschir
L7 (c) Olivier Hoffschir
Samedi 27 Août.
On commence la
journée avec une grosse pensée pour Sharon Jones & The
Dap-Kings qu'hélas on n'applaudira pas cette année après
l'annulation pour raison de santé… L'après-midi débute par un
énorme coup de cœur pour les Rennais de Kaviar Special. Leur
prestation rageuse entre rock, garage, psyché et surf a réussi à
créer l'illusion d'une plage en pleine banlieue parisienne. Il n'en
faut pas plus pour s'attirer les vivas d'un public nombreux en plein
cagnard. Enjouée, avec ce délicat équilibre entre swing rythmique
et gros son, la prestation du groupe a durablement marqué les
oreilles de votre serviteur. Excellent ! Ce soir La Femme vous
donne du plaisir… Rassurez-vous, vous êtes bien à la bonne
adresse, La Femme (de Biarritz) étant le groupe le plus bigarré du
week-end, chevelure arc-en-ciel, bretelles tricolores, ce genre de
choses. Un univers décalé et coloré qui se prolonge au niveau du
son, la formation prenant un malin plaisir à brouiller les pistes
entre surf music, new wave et électro-psychédélisme… Il faut
imaginer quelque chose comme « Rebop » (Marie et les
Garçons) repris par les Challengers (ou inversement), porté par un
équilibre fragile entre les trois synthés et une guitare aux
interventions sporadiques mais judicieuses. Une chose est sûre La
Femme va à tout les coups nous donner beaucoup de plaisir pour de
nombreuses soirées encore… Leur deuxième album sort ces jours-ci
et on est curieux de l'écouter… C'était le rendez-vous
immanquable pour tous les kids des 90s biberonnés au grunge :
L7 est de retour ! Pionnières du mouvement riot girls, le
quatuor de punkettes vieillit bien, toujours aussi abrasif après
quelque trente années de carrière. On a bien kiffé (comprendre
headbanggé) : c'était l'heure nostalgique du week-end !
Réservée aux groupes locaux en développement, la scène
Ile-de-France, un chapiteau reproduisant le décor d'une salle de
concert, a été le théâtre de nombreuses surprises ces dernières
années (Marietta, Velvet Veins, Blackfeet Revolution etc.). Et
encore une fois c'était là qu'il fallait être pour avoir sa dose
de rock n'roll ! Le groupe s'appelle The Psychotic Monks et on
avait déjà évoqué deux de leurs Eps auparavant. Entre les mains,
jeunes mais expertes, des Psychotic Monks le rock n'roll devient
cette matière éruptive, une boule de feu explosive prête à vous
brûler les tympans et le reste. La petite demi-heure passe trop
vite, en forme de grand huit, faîte de hauts et de bas, de passages
calmes et aériens et de crashs spectaculaires, les yeux révulsés,
les cheveux en pagaille. Un grand moment !
Blues Pills (c) Olivier Hoffschir
Kevin Morby (c) Olivier Hoffschir
Gregory Porter (c) Olivier Hoffschir
Gregory Porter (c) Olivier Hoffschir
Iggy Pop (c) Olivier Hoffschir
Dimanche 29 Août.
En bon fan de rock
on attendait le moment avec impatience, la venue, toujours assez rare
de Blues Pills en dépit de la présence de l'excellent guitariste
français Dorian Sorriaux au sein de la formation. Entre psyché et
hard rock, marqué par les sixties, Led Zeppelin n'est jamais bien
loin, Blues Pills est l'un des meilleurs groupes dans le genre à
l'heure actuelle (avec les Rival Sons) dont on parle hélas assez
peu. La musicalité du groupe est extrême, la virtuosité à
l'avenant, entre attaques de guitare et séquences planantes au
clavier. L'audience est sous le charme de la chanteuse Elin Larsson,
les pieds nus, et de sa combinaison moulante. On prend ensuite nos
quartiers sur la scène de la cascade ou nous attend Kevin Morby,
une magnifique plume entre pop et folk, excellent songwriter,
héritier de Dylan. Afin de rendre le set live plus dynamique, Kevin
et son quatuor optent pour une option électrique ce qui ne change
pas fondamentalement la donne ni le pouvoir d'attraction de sa
musique. Extrêmement bien écrite, ses chansons prennent la forme de
petits bijoux indémodables gageons que sa musique vieillira bien.
Vint ensuite l'heure de retrouver une présence étonnante en ces
lieux, celle du jazzman Gregory Porter, mais un peu de swing ne fait
jamais de mal. Saxophone, piano, autant d'instruments que l'on a peu
eu l'occasion d'entendre ce week-end et qui font tous le sel de la
musique de Gregory Porter. Showman né et chanteur au timbre
impressionnant de puissance, Porter aurait dû nous combler si son
set n'avait pas été pollué par ces problèmes récurrents de
sonorisation de la contrebasse. Cette dernière avalant toutes les
fréquences et transformant la musique, pourtant oh combien subtile
et délicate de Porter, en imbuvable cacophonie. Une belle occasion
de ratée, on enrage… Dernier survivant, qui l'eut crû, du trio
formé avec Lou Reed et David Bowie, Iggy Pop a toujours la pêche et
une furieuse envie d'en découdre. Revisitant avec panache sa
carrière avec les Stooges (« I wanna be your dog » en
ouverture) ou en solo (« Lust for life », « The
Passenger ») Iggy devient une sorte de créature, animal rock
sur qui le temps n'a pas de prise. Les compositions n'ont pas pris
une ride et sont délivrées avec autant de patate qu'au premier
jour. Enfin du moins au début du show. Toujours excentrique et
prince du second degré Iggy multiplie les mimiques sur l'avancée de
scène avec une fraîcheur qui fait plaisir : « S'il vous
plaît la sécurité laissez-là monter sur scène »… En
revanche se produire torse nu à son age semble au-delà du
raisonnable… Mais tentez donc de faire entendre raison à Iggy…
Un seul regret, le répertoire de son excellent dernier album (« Post
pop depression ») est un peu délaissé au profit des vieux
tubes. Dommage même si on est toujours heureux de réécouter ces
grands classiques indémodables...