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lundi 13 août 2018

Theo Lawrence & The Hearts : « Homemade Lemonade »



Ce premier album appartient à une catégorie rare. Celle de ces disques qui sonnent immédiatement familiers aux oreilles des auditeurs. Intemporels, qui en rappellent des milliers d'autres tout en proposant un contenu frais et original. Un classique immédiat. Et il faut dire que pour un premier album, Theo Lawrence et son groupe The Hearts fait fort. La chose est située dans un espace temps très précis. Une sorte DeLorean musicale qui nous ramène immanquablement aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, début 1970. C'est là que se situent, assurément, les racines qui ont produit ce magnifique album de rock’n’roll soulful (« A house but not a home »), teinté de folk (« Who was I »). Theo Lawrence n'a que 22 ans et on doit se pincer pour y croire, tant l'album est maîtrisé tant sur le plan vocal (écoutez le râle sur la coda de « Heaven to me ») que musical. Produit avec un sens du détail qui confine à la maniaquerie, l'album dégage une âme, une atmosphère, une ruralité de bon goût comme un couché de soleil sur les champs de blé ("Shaghai Lady"), entre un bon vieux Creedence (« Chew me up ») et un classique de la soul sudiste (« My Sunshine is dead », « Sucker for love »). Excellent. 

En concert le 25/08 à Rock en Seine
https://fr-fr.facebook.com/theolawrencemusic/



mercredi 15 février 2017

Les Nuits de l'alligator 2017



Avec sa programmation tournant autour du blues, du rock garage, de la soul et du folk/country, le festival Les Nuits de L'alligator fait notre bonheur depuis douze ans puisqu'on est sûr, d'une part de trouver des groupes que l'on aime et, d'autre part de faire de belles découvertes. Avec une programmation de haut vol, cette nouvelle édition n'a pas échappée à la règle, le tout dans le cadre intime et intrinsèquement rock n'roll de la maroquinerie. Retour sur les trois premières soirées parisiennes du cru 2017...

Jeudi 9 février : C'est aux Espagnols de Guadalupe Plata qu'il revient l'insigne honneur d'ouvrir les débats de cette nouvelle édition. Le trio, assez atypique, compte en son sein un musicien préposé à d'étranges instruments dépassant rarement les deux cordes en sus des classiques batterie et guitare. La musique est majoritairement instrumentale, twangue en diable et chasse sur les terres punk et blues, rappelant le Gun Club et autres RL Burnside. Déjà assez côté dans son pays natal, le groupe devrait conquérir l'autre versant des Pyrénées. Enfin, dans un monde parfait. Il y a quelques mois de cela, on s'était extasié sur le nouvel album des Sore Losers et leur prestation du soir ne fait que renforcer l'excellente impression laissée par l'album. Le set débute sur une note à la fois lourde et lancinante rappelant Black Sabbath puis vire vers un son rock n'roll garage brutal et sauvage bien aidé dans sa tâche par un chanteur charismatique et un guitariste maniant l'art du solo sans en faire des tonnes. Excellent de bout en bout, le groupe apporte une touche de métal qui jusqu'à présent faisait défaut au festival. Non, Boss Hog n'est pas le nouveau groupe de l'hyperactif Jon Spencer (Blues Explosion, Heavy Thrash). C'est même un projet très ancien, formé avec son épouse Cristina Martinez, dont les premiers pas discographiques remontent à 1990 et dont on avait perdu la trace à la fin du siècle dernier. Un retour remarqué, après 17 ans d'absence, c'est dire si l'événement est d'importance. La Maroquinerie est pleine comme un œuf, pas évident de trouver le spot idéal pour voir la scène (à vrai dire on n'y sera jamais totalement arrivé) mais on est littéralement emporté par la tornade rock n'roll ourdie par Spencer & Co. Contrairement à ses autres formations, cette dernière est plus fournie, claviers (pour une légère touche électronique assez rare chez Spencer), batterie et deux guitares. Les voix étant dans leur majorité assurées par Cristina Martinez qui harangue la foule dans une attitude foncièrement rock n'roll. Le son est énorme, le public assommé. Grand moment.

Vendredi 10 février : La soirée débute avec une jolie découverte, l'atypique trio King Biscuit, originaire de Normandie. Derrière sa jolie guitare vintage demi-caisse, Sylvain Choinier dispense un blues envoûtant de sa voix de gorge. L'ensemble est très rythmique, la formation est complétée par un batteur et un percussionniste, la transe n'est jamais bien loin. Une étrange petite guitare carrée (une mini Bo Diddley) et quelques discrètes notes de claviers gardent la routine à distance, faisant pencher la balance vers plus de modernité. Belle découverte. Lorsqu'il arrive sur scène Theo Lawrence et ses Hearts emmène avec lui son univers sous la forme de divers artefacts. Des plantes vertes et autres lampes chinoises font ainsi leur apparition transformant la maroquinerie en salon douillet. Situé au crossroads entre soul, blues et rock n'roll, l'univers musical de Theo transpire le raffinement et l'élégance, bien servi par sa voix de crooner et des musiciens de haute volée. Superbe exercice. On termine enfin avec Luke Winslow King, chanteur et guitariste venu de la Nouvelle-Orléans qui se produit pour la première fois dans nos contrées. Sorte de Jeff Buckley du blues, Winslow King enlumine son songwriting pop d'influences venues du blues, du jazz et du folk. Son groupe est remarquable, le batteur swing avec efficacité sur des patterns venus du jazz et la paire de guitaristes (dont Winslow King lui-même) maîtrise le bottelneck à la perfection. Hélas, la durée (trop longue) des compositions tends à en réduire l'impact. Une belle découverte quoi qu'il en soit.


Dimanche 12 février : Le plateau regroupant des artistes masculins est superbe. On commence par un chanteur dont l'album nous avait particulièrement impressionné en début d'année William Z. Villain. La complexité rythmique du disque laissait augurer une transposition scénique compliquée. Et ce fut le cas. Seul avec sa guitare et tout un attirail de percussions diverses, William passe de longues minutes, entre chaque morceau, pour mettre au point le pattern nécessaire à la chanson. La performance d'ensemble perd ainsi un peu de son impact. Fort heureusement, la personnalité fraîche, chaleureuse et enthousiaste de William aide à patienter. Visiblement heureux d'être sur scène, William emballe le public en moins de deux grâce à ses blagues et son français, approximatif mais charmant. Lorsque tous les éléments sont en place, la musique est une véritable beauté hypnotique, à l'image du magnifique « Her Song » de clôture ou du tube « Anybody gonna move » dont les méandres rythmiques rappellent l'Afrique. Un jeune artiste à suivre. Avec leurs chemises à carreaux et leurs stetson sur la tête, Karl Blau et son groupe œuvrent dans un registre différent, celui de la country raffinée et romantique. La pedal steel amène un indéniable supplément d'authenticité et la voix déborde d'âme. L'ensemble évoque comme une version tendre et assagie de Steve Earle. Magnifique. Lorsque Bror Gunnar Jansson, tiré à quatre épingles, arrive sur scène, le silence se fait dans la salle. Le public, comme impressionné par la stature de l'artiste, est dans l'attente d'un grand moment. De fait, un concert de Bror Gunnar Jansson est toujours un moment fort en émotions tant l'investissement du musicien est total. Ce sont ainsi mille tourments qui s'échappent de sa guitare et de sa voix. Ses accords déchirent l'air ambiant et le chanteur, les yeux exorbités, semble littéralement possédé. Limite flippant tant son esthétique est sombre. En formation one man band, assurant à lui seul l'ensemble des orchestrations, Gunnar impressionne et excelle, comme d'habitude.

lundi 9 janvier 2017

Theo Lawrence & The Hearts



Quelques semaines après avoir sorti leur premier 45 tours, Theo Lawrence (ex-Velvet Veins) et son groupe The Hearts sont de retour avec un tout nouvel EP de cinq titres. Sortie après sortie, l'identité musicale de ce nouveau projet s'affine peu à peu et assister à cette évolution s'avère passionnant. Ainsi après des débuts très marqués par la recherche d'un son authentique et vintage, Theo et sa bande s'éloignent un peu de cette démarche revivaliste. Certes les bases sont là, et respectées avec classe et élégance, par le biais d'arrangements sophistiqués et d'un chant séducteur. Mais une petite prise de risque, un soupçon d'audace et la chose bascule (« Good for nothing ») sans perturber l'équilibre général. The Hearts tracent ainsi une voix inédite entre rock n'roll, soul, country, blues à l'ancienne et une dynamique contemporaine (« Made to last »). Vivement l'album !
En concert le 10/02 à Paris (La Maroquinerie – Les nuits de l'Alligator)


vendredi 14 octobre 2016

Interview avec Theo Lawrence


(c) Christophe Crénel
(c) Liah Berlioux
A peine 21 ans, un seul 45 tours et déjà sur la scène de l'industrie à Rock en Seine : tout s'est accéléré ces derniers temps pour Theo Lawrence et son groupe The Hearts. Assis dans l'espace presse du festival et impeccablement gominé le jeune, sympathique et talentueux musicien revient sur son parcours jusqu'ici et ses espoirs pour l'avenir. Rencontre...

(c) Rodrigue Mercier
Bonjour Theo, alors tu es de retour à Rock en Seine, là où ton groupe précédent, les Velvet Veins, a joué son ultime concert. Dans quel état d'esprit es-tu ? Il y a une émotion particulière ?
Théo Lawrence : Et bien, je me sens vraiment chanceux. Très chanceux. J'ai grandi à Paris alors je sais très bien ce que représente Rock en Seine. Cela me fait vraiment très plaisir d'avoir l'occasion de jouer dans ce festival alors que l'on a sorti seulement un 45 tours c'est à dire deux chansons. Je me dis que les étoiles étaient bien alignées (sourire). C'était une magnifique expérience et une scène superbe. J'adore ce festival. C'était très émouvant. Et très motivant pour moi et le groupe. Le contexte est stimulant. Un très beau souvenir.

La dernière fois les Velvet Veins s'étaient produits sur la scène Ile-de-France qui est réservée aux groupes locaux en développement et là tu étais sur la scène de l'industrie, avec les grands si on peut dire. C'est une belle promotion, assez rapide…
Théo : Exactement. La première fois que je suis venu ici c'était avec mes parents en 2010. J'étais venu voir un de mes groupes préférés, j'avais 12 ou 13 ans. Et je me souviens très bien, avoir vu les groupes sur la scène de l'industrie. Cette scène est restée imprimée dans ma tête. Et du coup hier je me suis retrouvé sur cette même scène, je m'en suis souvenu, c'était émouvant.

Un rêve d'enfant ?
Théo : Oui, un rêve d'enfant, absolument. Quand je pense à un festival que j'ai envie de faire en France, je pense à Rock en Seine. J'étais très heureux quand on m'a annoncé la nouvelle. Trop heureux.

(c) Christophe Crénel
Après les Velvet Veins il y a eu une petite période de transition en trio jusqu'à la formation des Hearts. Comment ça s'est passé ? Tu as tâtonné pour trouver la bonne formule ?
Théo : Je savais que je voulais faire mon groupe pour jouer la musique qui me plaisait. Et pour ça il fallait trouver les bonnes personnes. Le solo, c'est bien pour écrire. Quand j'écris mes chansons, chez moi dans ma chambre, je suis toujours seul avec une guitare. Même si j'apprécie d'être en solo sur scène de temps en temps pour une chanson ou deux, ça ne me permet pas de jouer toute la musique que j'aime. Il me fallait des musiciens pour mettre ça en forme. Je les ai rencontrés sur plusieurs années. La période a été assez longue mais quand je les ai trouvées je savais que c'était les bonnes personnes. En fait je n'ai même pas eu à les chercher. Il fallait qu'il y ait de l'amour pour la musique qu'on fait. On a commencé à jouer à trois, puis à quatre et cinq sur un an et demi à peu près. La formation définitive ça fait à peu près un mois et demi qu'on joue ensemble. Le nouveau claviériste vient d'arriver. Maintenant c'est définitif.

Quelque chose m'a frappé hier pendant le concert j'ai retrouvé un peu le son des Velvet Veins, du rock, du blues parfois très ancien, du Delta, et une ouverture nouvelle vers la soul music qui m'a un peu surpris…
Théo : Dans le groupe on est des grands amateurs de soul, on collectionne les disques, depuis toujours on en écoute énormément. Le jour où on s'est tous rassemblés pour faire de la zic ensemble, c'est ce qui est naturellement sorti. Ce n'était absolument pas un choix réfléchi. C'était l'extension de nous cinq réunis. On est très inspirés par les labels à l'ancienne, Stax, Motown, le sud-est américain, la southern soul. On est respectueux de la tradition. Des chansons simples, qui vont droit au but avec des sujets classiques que tout le monde peut s'approprier. Intemporel. Et après on essaye de ne pas être trop orthodoxes non plus. On ajoute d'autres styles qui font que ce n'est pas juste de la soul music. Au sens littéral soul cela signifie de la musique fait sincèrement, de l'âme, du fond du cœur. Donc on aime bien dire qu'on fait de la soul. On se reconnaît dans cette caractéristique. On ne veut pas faire quelque chose de trop passéiste ou référencé au passé même si on en est très respectueux.

Ton chant est aussi différent avec ce nouveau groupe…
Théo : J'ai juste grandi. J'avais 18 ans à l'époque des Velvet Veins. Je viens d'avoir 21 ans, entre temps tu changes de voix. Tu te calmes un peu. Tu t’assagis, tu fais moins d'effets. Avec le groupe d'une manière générale on essaie de rester dans la sobriété et de faire les choses le plus simplement possible. De manière à toucher le plus de monde, même ceux qui n'écoute pas particulièrement de musique.

(c) Dom Secher

Quel est ton rapport avec le Canada aujourd'hui ?
Théo : Je m'en sens très proche, la moitié de ma famille vient du Québec. J'adore le Canada, c'est, jusqu'ici, mon endroit préféré sur terre. Mon parrain est Canadien et m'a beaucoup soutenu dans mon apprentissage musical. J'espère vraiment y tourner bientôt, je n'ai pour l'instant encore jamais eu l'occasion d'y jouer.

Et tes groupes Canadiens préférés ?
Théo : Timber Timbre est un de mes groupes préférés. Neil Young que je respecte infiniment pour sa carrière parfaite de musicien indépendant qui envoie tout le monde se faire foutre. Respect infini. The Band également.

J'ai vu qu'il y avait un voyage de prévu aux USA bientôt…
Théo : C'est le berceau de toute la musique que j'écoute depuis que je suis tout petit. Au-delà de la musique je me suis passionné pour le folklore et le style de vie en général dans le sud-est, le Mississippi. Tout ce que le peuple fait quotidiennement, l'artisanat, la nourriture, la politique, l'histoire en général. Je n'ai jamais eu l'occasion d'y aller, j'étais trop jeune. Maintenant que j'ai 21 ans et que je peux entrer dans les salles de concert, mon premier réflexe a été de prendre un billet d'avion. J'ai envie d'expérimenter empiriquement le lieu, de voir à quoi cela ressemble.

C'est un voyage initiatique…
Théo : Exactement. J'ai l'impression de déjà connaître l'endroit tellement je m'en suis imprégné avec des films, des photos, de la musique. Je suis vraiment obsédé par cet endroit. J'ai hâte...

Quels sont les projets pour le groupe à l'avenir ?
Théo : On rentre en studio pour enregistrer un EP, on espère le sortir pour fin 2016. Et après on a des dates en France pour l'instant. Mais je suis focalisé sur le studio. On a écrit beaucoup de chansons qu'on n'a pas eu l'occasion d'enregistrer. On a envie de faire des disques. On est très prolifiques dans notre manière d'écrire de la musique. J'essaie d'avoir une éthique de travail assez rigoureuse. Tous les jours j'essaie de m'asseoir et d'écrire des morceaux, de sortir quelque chose sur le papier. J'ai toujours mis un point d'honneur à produire sans jamais me reposer sur ce que j'avais déjà fait. Je n'ai pas envie qu'on soit ce genre de groupe qui passe trop de temps à toujours jouer les mêmes chansons et à se reposer sur son passé. Il y a trop de chansons à écrire. J'ai peur de la répétition, je trouve ça chiant pour tout le monde, l'artiste et les spectateurs. J'ai trop de projets dans la tête pour être prudent et sortir un album tous les dix ans. C'est pour ça qu'on privilégie des méthodes d'enregistrement assez rapides, tous en live. On fait peu de prises, on n'a pas le temps d'hésiter. Il faut garder la spontanéité.

(c) Brice Martinat
Propos recueillis le 27 Août 2016 à Rock en Seine.



samedi 3 septembre 2016

Theo Lawrence & The Hearts



Ex-chanteur des Velvet Veins, Theo Lawrence est de retour, accompagné de son nouveau groupe The Hearts avec ce 45 tours inaugural. L'univers musical de Theo est en constante mutation à la fois fidèle à ce qui faisait le charme des Velvet Veins mais ouvert à de nouvelles sonorités plus orientées soul. L'objet est particulièrement classieux et produit avec grand soin, un subtil mélange de rock, blues et soul inspiré par les années 60 et 70 mais avec une dynamique contemporaine. La voix de Theo a également évoluée et laisse transparaître une petite cassure typiquement soul au fond de la gorge. Enfin, ce 45 tours est conceptuel, la face A « Heaven to me » est une histoire d'amour éternelle alors que la face B « All along » évoque une rupture. Belle maturité pour un artiste à la vingtaine à peine déflorée !

mercredi 31 août 2016

Rock en Seine 2016

Une chaleur accablante (c) Victor Picon

Vendredi 26 Août.

Déjà six ans que l'on parcours en long, en large et en travers le parc de Saint-Cloud à la fin de l'été. La rentrée est déjà là et Rock en Seine aussi, sous une soleil de plomb et une chaleur accablante…

Two Door Cinema Club (c) Victor Picon

Theo Lawrence & The Hearts (c) Olivier Hoffschir
The Strumbellas (c) Olivier Hoffschir
Brian Jonestown Massacre (c) Olivier Hoffschir

Brian Jonestown Massacre (c) Olivier Hoffschir
Jack Garratt (c) Olivier Hoffschir
On commence par des retrouvailles avec une vieille connaissance Theo Lawrence and the Hearts, que l'on avait découvert ici même avec son ancien groupe, les Velvet Veins, qui ont d'ailleurs joué leur dernier concert à Rock en Seine, sur la scène Île-de-France. C'était il y a deux ans et depuis, Theo a pris le temps de laisser mûrir son nouveau projet. Résultat, c'est avec l'aplomb d'un vieux briscard que Theo, toujours très classe, cheveux parfaitement gominés et chemisette à carreaux, a pris possession de la scène de l'industrie. L'artiste a évolué dans l'intervalle, on retrouve ses influences blues/rock 60s qui désormais se parent de nouvelles couleurs issues de la soul. La voix de Theo s'est également métamorphosée entre-temps. Une prestation très classieuse, hélas polluée par des problèmes de sons et une présence trop imposante de la basse qui a tendance à avaler toutes les autres fréquences (hélas ça ne sera pas la dernière fois du week-end, une conséquence de la canicule). On continue par un petit saut de puce en direction de la scène pression live pour découvrir The Strumbellas, une formation Canadienne assez nombreuse pratiquant un folk choral post-hippie. La présence du violon ajoute une note originale évoquant tour à tour la country ou le folk celtique. Assez plaisant… On continue dans cette veine post-hippie avec nos héros Brian Jonestown Massacre. Et désolé de le dire mais il s'agît là du plus mauvais concert donné par la troupe menée par Anton Newcombe (on en a vu un certain nombre) qu'il nous ai hélas été donné de voir. Pire encore, le groupe n'y est absolument pour rien. Mais on retrouve les problèmes de son évoqués plus avant, une présence trop forte de la basse, avalant toutes les fréquences. Dès que ce pauvre bassiste à la malheur de frôler une corde on n'entends plus rien, un véritable massacre (c'est le cas de le dire). Le même problème se reproduit avec la batterie (la grosse caisse et le tome basse). Une véritable cacophonie. On s'étonne encore qu'Anton Newcombe, pourtant coutumier du fait, n'ait pas piqué une crise de nerfs. On l'a déjà vu péter les plombs pour moins que cela… Faisons ensuite connaissance avec un véritable équilibriste du son Jack Garratt, un one-man-band d'un genre particulier entre pop et électro. Un main sur le synthé, l'autre sur la batterie Jack fait tout absolument tout seul et surtout, sait communiquer son enthousiasme avec le public ! L'apparition sporadique d'une guitare, jouée également par ses soins, ajoute une note heavy voire bluesy aussi étonnante dans ce contexte que bienvenue. Sa voix tirant plutôt vers la soul Jack mélange les influences pour un résultat autant unique que personnel. Rafraîchissant. On termine cette première journée avec Two Door Cinema Club. Le concert nous confirme ce que l'on savait déjà, les Irlandais sont nettement plus impressionnants sur scène que sur disque, les partis-pris de production très FM 80s ayant tendance à gommer leur agressivité naturelle. Le groupe trouve son équilibre entre synthés, datés, et un son de guitare personnel qui a fait leur fortune (cf. leur synchro très connu dans la pub). Le groupe a trouvé sa formule et la répète à l'envi, les nouvelles compositions jouées ce soir (le nouvel album sort en octobre) ne faisant que confirmer cet état de fait. Efficace à défaut d'être surprenant.

(c) Victor Picon

Kaviar Special (c) Olivier Hoffschir

La Femme (c) Christophe Crénel
L7 (c) Olivier Hoffschir
L7 (c) Olivier Hoffschir

Samedi 27 Août.

On commence la journée avec une grosse pensée pour Sharon Jones & The Dap-Kings qu'hélas on n'applaudira pas cette année après l'annulation pour raison de santé… L'après-midi débute par un énorme coup de cœur pour les Rennais de Kaviar Special. Leur prestation rageuse entre rock, garage, psyché et surf a réussi à créer l'illusion d'une plage en pleine banlieue parisienne. Il n'en faut pas plus pour s'attirer les vivas d'un public nombreux en plein cagnard. Enjouée, avec ce délicat équilibre entre swing rythmique et gros son, la prestation du groupe a durablement marqué les oreilles de votre serviteur. Excellent ! Ce soir La Femme vous donne du plaisir… Rassurez-vous, vous êtes bien à la bonne adresse, La Femme (de Biarritz) étant le groupe le plus bigarré du week-end, chevelure arc-en-ciel, bretelles tricolores, ce genre de choses. Un univers décalé et coloré qui se prolonge au niveau du son, la formation prenant un malin plaisir à brouiller les pistes entre surf music, new wave et électro-psychédélisme… Il faut imaginer quelque chose comme « Rebop » (Marie et les Garçons) repris par les Challengers (ou inversement), porté par un équilibre fragile entre les trois synthés et une guitare aux interventions sporadiques mais judicieuses. Une chose est sûre La Femme va à tout les coups nous donner beaucoup de plaisir pour de nombreuses soirées encore… Leur deuxième album sort ces jours-ci et on est curieux de l'écouter… C'était le rendez-vous immanquable pour tous les kids des 90s biberonnés au grunge : L7 est de retour ! Pionnières du mouvement riot girls, le quatuor de punkettes vieillit bien, toujours aussi abrasif après quelque trente années de carrière. On a bien kiffé (comprendre headbanggé) : c'était l'heure nostalgique du week-end ! Réservée aux groupes locaux en développement, la scène Ile-de-France, un chapiteau reproduisant le décor d'une salle de concert, a été le théâtre de nombreuses surprises ces dernières années (Marietta, Velvet Veins, Blackfeet Revolution etc.). Et encore une fois c'était là qu'il fallait être pour avoir sa dose de rock n'roll ! Le groupe s'appelle The Psychotic Monks et on avait déjà évoqué deux de leurs Eps auparavant. Entre les mains, jeunes mais expertes, des Psychotic Monks le rock n'roll devient cette matière éruptive, une boule de feu explosive prête à vous brûler les tympans et le reste. La petite demi-heure passe trop vite, en forme de grand huit, faîte de hauts et de bas, de passages calmes et aériens et de crashs spectaculaires, les yeux révulsés, les cheveux en pagaille. Un grand moment !

Blues Pills (c) Olivier Hoffschir
Kevin Morby (c) Olivier Hoffschir
Gregory Porter (c) Olivier Hoffschir

Gregory Porter (c) Olivier Hoffschir
Iggy Pop (c) Olivier Hoffschir


Dimanche 29 Août.


En bon fan de rock on attendait le moment avec impatience, la venue, toujours assez rare de Blues Pills en dépit de la présence de l'excellent guitariste français Dorian Sorriaux au sein de la formation. Entre psyché et hard rock, marqué par les sixties, Led Zeppelin n'est jamais bien loin, Blues Pills est l'un des meilleurs groupes dans le genre à l'heure actuelle (avec les Rival Sons) dont on parle hélas assez peu. La musicalité du groupe est extrême, la virtuosité à l'avenant, entre attaques de guitare et séquences planantes au clavier. L'audience est sous le charme de la chanteuse Elin Larsson, les pieds nus, et de sa combinaison moulante. On prend ensuite nos quartiers sur la scène de la cascade ou nous attend Kevin Morby, une magnifique plume entre pop et folk, excellent songwriter, héritier de Dylan. Afin de rendre le set live plus dynamique, Kevin et son quatuor optent pour une option électrique ce qui ne change pas fondamentalement la donne ni le pouvoir d'attraction de sa musique. Extrêmement bien écrite, ses chansons prennent la forme de petits bijoux indémodables gageons que sa musique vieillira bien. Vint ensuite l'heure de retrouver une présence étonnante en ces lieux, celle du jazzman Gregory Porter, mais un peu de swing ne fait jamais de mal. Saxophone, piano, autant d'instruments que l'on a peu eu l'occasion d'entendre ce week-end et qui font tous le sel de la musique de Gregory Porter. Showman né et chanteur au timbre impressionnant de puissance, Porter aurait dû nous combler si son set n'avait pas été pollué par ces problèmes récurrents de sonorisation de la contrebasse. Cette dernière avalant toutes les fréquences et transformant la musique, pourtant oh combien subtile et délicate de Porter, en imbuvable cacophonie. Une belle occasion de ratée, on enrage… Dernier survivant, qui l'eut crû, du trio formé avec Lou Reed et David Bowie, Iggy Pop a toujours la pêche et une furieuse envie d'en découdre. Revisitant avec panache sa carrière avec les Stooges (« I wanna be your dog » en ouverture) ou en solo (« Lust for life », « The Passenger ») Iggy devient une sorte de créature, animal rock sur qui le temps n'a pas de prise. Les compositions n'ont pas pris une ride et sont délivrées avec autant de patate qu'au premier jour. Enfin du moins au début du show. Toujours excentrique et prince du second degré Iggy multiplie les mimiques sur l'avancée de scène avec une fraîcheur qui fait plaisir : « S'il vous plaît la sécurité laissez-là monter sur scène »… En revanche se produire torse nu à son age semble au-delà du raisonnable… Mais tentez donc de faire entendre raison à Iggy… Un seul regret, le répertoire de son excellent dernier album (« Post pop depression ») est un peu délaissé au profit des vieux tubes. Dommage même si on est toujours heureux de réécouter ces grands classiques indémodables...

(c) Christophe Crénel