samedi 17 novembre 2018

Dirty Deep : "Tillandsia"



Devenu un power trio, Dirty Deep a décroché la timbale en embauchant le vénérable Jim Jones comme producteur de ce cinquième album. C'est lors de l'excellent festival Les Nuits de l'Alligator que les musiciens ont fait connaissance et c'est tout bénef pour le groupe qui, depuis ses débuts, se fait fort de délocaliser le bayou en Alsace mélangeant les influences blues et garage sur un mode déglingué. Bien qu'Anglais, Jim Jones partage les mêmes obsessions comme le prouvent les expériences rythmiques menées aussi bien avec la Revue qu'avec Righteous Mind et c'est donc sur ce plan que l'influence du producteur se fait le plus sentir. Il se dégage ainsi une sorte de transe voodoo, perceptible dans les patterns de batterie, de ces nouvelles compositions qui, mélangée au guitares cradingues, à l'harmonica inspiré et au chant écorché, la marque de fabrique du trio, fait des merveilles sur ce copieux album de 14 titres joué avec une fougueuse passion. Attention, le résultat est contagieux.
En concert le 03/12 à Paris (La Boule Noire)


mardi 13 novembre 2018

Marlon Williams + Ryan Downey, Le Nouveau Casino, 10 novembre 2018.

Marlon Williams (c) Cathimini


Marlon Williams et Ryan Downey (c) Cathimini

Chouette plateau, très cohérent, de valeurs montantes venues des Antipodes. On commence par l'Australien. Au vu de sa prestation dépouillée il est bien difficile de jauger du potentiel du chanteur : une voix et une guitare (électrique ou folk). Il est certain que tout cela doit prendre une autre ampleur sur disque. On peut néanmoins affirmer qu'il possède une voix, grave et quelque part lourde de sens, magnifique qui a scotché tout le monde en moins de trente secondes. Il se dégage quelque chose intrinsèquement émouvant de ce chanteur. 

(c) Cathimini

On continue dans une veine similaire avec le Neo-Zélandais Marlon Williams que l'on avait quitté sur une magnifique impression aux dernières Eurockéennes de Belfort. Le set commence tranquillement par deux titres en piano solo. D'emblée, pris par la douceur de sa voix, le public est sous le charme. Ce type possède une faculté incroyable, celle d'imposer le silence. L'émotion est forte, on entend les mouches voler entre les notes. Lorsque le reste du groupe arrive, guitare, basse et batterie, tous excellents, la chose prend une autre tournure. Marlon est un crooner, son univers baigne dans les années 1950, le fantôme de Roy Orbison n'est jamais bien loin. Mais pas question cependant de succomber à une quelconque mode vintage car la musique de Marlon est bien d'aujourd'hui, traversée de visions psychédéliques (cf. les arrangements de synthés baroques et bizarres) et de violents éclairs garage lorsque les guitares ferraillent ensemble (cf. "Party Boy"). Mais que cela soit en acoustique (cf. le rappel inédit « a simple blues song » comme il le dit lui-même) ou dans un contexte plus électrifié l'émotion reste palpable dans son chant angélique. Et, pour ne rien gâter, Marlon dégage sur scène un charisme rare, la grande classe même fringué comme un sac et affublé d'un atroce mulet digne du pire des années 1980. Enfin, pour finir, soulignons le magnifique moment d'émotion que fut la reprise de « Jealous Guy » (John Lennon) en duo avec Ryan Downey où les voix des deux chanteurs s'emboîtent à la perfection. Magnifique. 

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lundi 12 novembre 2018

Cash Savage and The Last Drinks : « Good Citizens »



Déjà le nom nous attire, évoquant à la fois le titre d'un vieux western, le bourbon d'après minuit et les comptoirs enfumés à l'heure où les « bons citoyens » sont couchés depuis longtemps. Autant d'images, de flashs, confirmés à l'écoute de ce savoureux mélange entre torch song countrysante (« February ») et de rock garage savamment tourné. Dans son versant le plus sombre, la chanteuse, telle une Nick Cave au féminin, nous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine à grandes lampées de violons stridents et de vocaux écorchés (« Sunday », « Good Citizens »). Mais il y aussi quelque chose intrinsèquement rock rock’n’roll dans la démarche et l'attitude cette Australienne. Le groupe ne joue pas tant sur le volume, les watts et la distorsion sur les guitares, mais sur l'intention, la puissance et l'engagement. Chaque note pèse son poids dans ce paysage, cette plaine désolée se révèle entraînante, addictive, tourne en boucle dans l'oreille de l'auditeur pour mieux le tournebouler (cf. « Sunday », « Collapse »). Dans un contraste saisissant avec sa pochette bariolée, l'album est un sommet de noirceur, un disque éminemment nocturne qui n'a pas fini de tourner sur la platine les soirs de débâcle insomniaque. On adore. 

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dimanche 11 novembre 2018

Whodunit : « Memories from a Sh*t Hole »



En allant chercher le légendaire Jim Diamond, désormais installé dans notre Hexagone, pour lui confier la production de leur nouvel effort, les quatre « frères » de Whodunit ont eu le nez creux. Avec tact et un indéniable savoir-faire, le producteur a su magnifier la musique du groupe. Au départ il était un quatuor garage/punk fort en décibels et c'était déjà magnifique. Loin d'arrondir les angles, ce nouvel effort les redessine. Une ambition musicale revue à la hausse, des influences blues clairement assumées (« Devil Blues », « Waiting ») et un soin particulier porté aux arrangements, de l'harmonica (le blues déglingué « You fuck my wine »), du piano électrique, des claviers autant de petites touches, discrètes mais fondamentales, permettant au groupe de varier sa palette vers des sonorités surf (« Jungle Fever ») ou, plus généralement, psychédéliques (« Because you're mine »). Le groupe aurait pu se prendre en route. Bien au contraire, en maintenant intacte la puissance brute du groupe (« Room 204 »), Diamond a su le faire évoluer sans pour autant le dénaturer (« Redrum »). Il en résulte une petite merveille de garage rock addictive et attachante (« Salvation »). La déclinaison scénique de ce nouveau répertoire promet d'être explosive. 

En concert le 17/11 à Paris (Black Star)
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samedi 10 novembre 2018

The Jones : « Silver Faces »



On dira pudiquement de The Jones qu'ils ont de la bouteille. Comprendre que ces musiciens ont suffisamment vécu pour avoir connu, en direct, un certain âge d'or du rock'n'roll que l'on datera vers les années 1970. Suffisamment vécu pour s'être pris en pleine poire la déferlante Rolling Stones et Dr Feelgood, deux influences majeures planant au-dessus de ce nouveau disque. Et aujourd'hui assez nostalgiques et (surtout) passionnés pour sortir les guitares de l'étui, monter le son de l'ampli et y aller. Franchement. On ne dira pas de ce nouvel album qu'il va révolutionner le genre. Mais la chose a été concoctée avec tellement de soin (une ligne de basse au groove irrésistible ici, un saxophone élégant là, « Shake ») que tout amateur de bon vieux rock'n'roll ne peut rester insensible au feu intérieur consumant The Jones. Et tant pis si la chose semble un peu passéiste, tant le plaisir est immédiat. Un album fait à l'ancienne, des chansons solides, jouées avec soin et passion, quelques influences venues du blues et, dans une certaine mesure du jazz, pour la note élégante, un groove constant du début à la fin (l'orgue et le piano) et des guitares rudement bien troussées un peu partout et voilà de quoi nous faire la journée. L'Angleterre n'aurait pas fait mieux, merci. 

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vendredi 9 novembre 2018

Rumble un film de Catherine Bainbridge et Alfonso Maiorana.



Tout a commencé avec trois accords. Saturés et terriblement addictifs, trois accords qui ont façonnés l'avenir, rendu envisageables le punk et le métal. Trois accords qui ont scellés le changement d'époque. Derrière la guitare se tient Link Wray, un pionnier du garage/surf, tout de cuir noir vêtu et, d'un coup d'un seul, c’en est fini des chemises à fleurs hippies. Le titre instrumental s'appelle Rumble et donne aujourd'hui son nom à un remarquable documentaire consacrés à l'apport, considérable, des musiciens amérindiens dans les musiques populaires étasuniennes. Car Link Wray était amérindien et, hélas, bien peu de gens s'en souviennent… Quel est le point commun entre Jimi Hendrix, le bluesman Charley Patton, la chanteuse de jazz Mildred Bailey, le batteur de métal Randy Castillo, le remarquable guitariste Jessie Ed Davis, Buffy Sainte-Marie et Robbie Roberston (The Band) ? Tous sont amérindiens, et tous sont portraiturés, ainsi que quelques autres, dans ce film à vocation panoramique. Et il s'agît là peut-être du seul reproche que l'on peut adresser au métrage, ce côté un peu patchwork, sautant du coq à l'âne, d'une époque à l'autre. Un défaut récurrent de ce genre de productions transversales mais un défaut bien maigre au regard du reste. Richement documenté en images d'archives, fort de témoignages émouvants évoquant d'ubuesques destins (Jessie Ed Davis, Randy Castillo), nous découvrons ce film comme on feuillette un livre d'Histoire en redécouvrant des chapitres totalement occultés. Une véritable plongée dans une facette cardinale mais méconnue de la culture populaire. Et pour finir on avoue un petit faible pour le chapitre consacré à la Nouvelle-Orléans (sur ce point précis on peut également conseiller un autre remarquable documentaire « Black Indians » au sujet parallèle, actuellement en salles). Saluons enfin en guise de conclusion la mémoire de John Trudell, interviewé dans le film et, hélas, décédé en 2015, à qui "Rumble" est dédié.

http://www.rumblethemovie.com/accueil

jeudi 8 novembre 2018

Fragments Folk un film de Thomas Lincker



Renz
Le métrage s'ouvre par un plan panoramique sur la plage et l'océan. Par ce qu'elle est le tenant d'une tradition séculaire, qu'elle peut se jouer n'importe où sans amplification, la musique folk a toujours été associée à la nature. Ce que ne manque pas de souligner le documentaire, multipliant les travellings le long des routes, les plans ou vues aériennes sur la forêt et les étangs et les rivières ; faisant régulièrement l'aller-retour entre la France et les Etats-Unis. Une dizaine de musiciens, tous émergeant ou en développement, sont ainsi interviewés et tentent d'expliquer ce lien intime et invisible qui relie l'environnement immédiat et la musique, l'influence de l'un sur l'autre en soulignant l'héritage politique et social du genre depuis que Woody Guthrie et quelques autres en ont posés les bases au siècle dernier. Enfin, et il s'agît peut-être là du trésor de ce film, chaque entrevue est entrecoupée par de magnifiques séquences live où le genre acoustique et dépouillé apparaît dans toute sa splendeur et son intimité. Un ravissement et un film précieux qui ravira tous ceux qui, à l'instar de l'autre de ces lignes, ont toujours envisagé la musique comme un voyage immobile. 

Sortie en VOD et DVD le 10/11/2018

http://fragmentsfolk.com/
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FRAGMENTS FOLK - BANDE ANNONCE from Thomas Lincker on Vimeo.

mercredi 7 novembre 2018

Miegeville : « Longue Distance »



De l'art du rebond inattendu, jamais là où on pourrait l'attendre Matthieu Miegeville s'adonne à la fois au punk (PSYKUP, My Own Private Alaska) ou au jazz au sein des Black Painters. C'est donc autant par goût du risque et de la diversité que par nécessité que Matthieu s'est (un peu) éloigné des guitares pour son tout premier projet en solo. Entre la chanson française et l'électro, Matthieu garde en lui la puissance de son chant, tout en la modulant pour rendre justice à ses textes, justes et cryptiques et tout en évocations émouvantes apportant ainsi un vécu tourneboulant l'auditeur. On pensait la connaître par coeur mais la voix est ainsi la grande révélation de ce premier EP solo révélant une nouvelle facette (de plus) inattendue. 

https://twitter.com/milkamiegeville
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En concert le 27/11 à Paris (Supersonic)

lundi 5 novembre 2018

Yoann Minkoff et Kris Nolly : « Leaving Home »



Ils sont deux, et si la pochette les présente dos à dos, c'est bien main dans la main que le duo avance. Si le duo guitare/beatbox n'est pas une nouveauté (cf. Heymoonshaker) le présente duo s'impose comme un double en négatif du groupe britannique. Là où les anglais ont une approche électrique et assez dark (parfois proche du dubstep), Yoann et Kris font l'inverse : leur EP est acoustique, aérien et planant. De vrais faux jumeaux. En plus d'une occasion leur musique, entre folk et blues, très roots, évoque l'Afrique. Question de rythme, d'ambiance, de chaloupement. Et les rythmiques, finement exécutées à la bouche, de Kris apportent un soupçon d'étrangeté (comment sort-il ces sons qui évoquent l'électro ?) contrastant avec le jeu, naturaliste, de guitare acoustique. Tout est pourtant parfaitement naturel, organique mais ne sonne pas toujours comme tel, grâce au beatbox, un plus incontestable en matière d'originalité. Le résultat est frais, ensoleillé, enjoué… 

https://www.facebook.com/yoannminkoffmusic/
https://yoannminkoff.bandcamp.com/releases

samedi 3 novembre 2018

Etienne Jaumet : « 8 Regards Obliques »



Le regard oblique du titre est celui que pose le musicien sur son idiome de toujours, le jazz. Influence matrice, qu'Etienne ne se prive jamais de propager dans les compositions de son propre groupe Zombie Zombie. Et une excellente occasion de retrouver son instrument de prédilection, le saxophone. Partant du principe qu'il ne sert à rien de refaire ce qui existe déjà, et très bien par ailleurs, Etienne a basé son disque sur un choix esthétique fort : celui d'un enregistrement quasi-solitaire entre machines, saxophone et boîtes à rythmes obtenant des sonorités électro pas si éloignées de celles de Zombie Zombie. Se privant de batterie, et donc de swing organique, une composante fondamentale du genre, Jaumet prend un risque, celui de s'aliéner une partie du public puriste qui ne manquera pas de pousser des cris d'orfraie à l'écoute du résultat. A tort très certainement tellement le disque intrigue : une toile progressive, expérimentale et électronique, mi-ambiante, mi-anxiogène, pratiquant le grand écart entre angoisse et zénitude (« Ma révélation mystique ») et se révèle même ludique et rigolote à l'occasion (« Theme from a synphony ») développant un groove étrange en maîtrisant à perfection les possibilités offerte par la boîte à rythmes (l'excellente « Nuclear War », l'envoûtante « Shh Peaceful »). Un regard oblique, certes, mais ensorcelant.

En concert le 27/11 à Paris (New Morning)

vendredi 2 novembre 2018

Cuisine et Confessions, Bobino, 1er novembre 2018



Fidèle à ses créations entre questionnement existentiel et performance physique (« Traces », « Séquence 8 », « Réversible »), la compagnie montréalaise les 7 doigts s'interroge maintenant sur la cuisine. Qu'ils soit liés à des souvenirs d'enfance ou de famille, qu'ils soient constitutifs d'un point de ralliement pour exilés, le repas, la nourriture occupent une place particulière dans la vie de chacun. Ainsi, derrière les acrobaties, la recette, subtile, entre théâtre, cirque, danse et musique se cache en fait un véritable questionnement métaphysique (cf. les confessions du titre) voire sociétal lorsque des spectateurs choisis au hasard sont invités sur scène à faire connaissance autour d'une table alors que la troupe s'active à s'en démantibuler les membres tout autour. On savait les athlètes des 7 doigts doués pour les roulades et autres sauts ahurissants, le chant, la danse et la musique, le basket-ball ou le skateboard, on découvre maintenant qu'ils savent aussi cuisiner. On en veut pour preuve les pâtes et le gâteau à la banane, cuisinés sur scène pendant le spectacle (également un ravissement pour les narines) et offerts au public en guise de banquet final. Miam ! 

Jusqu'au 12 janvier 2019 à Paris (Bobino)
http://7doigts.com/
https://www.facebook.com/7doigts/

jeudi 1 novembre 2018

Paul Collins : « Out of my head »



Pionnier des scènes power pop et DIY avec The Nerves à la fin des années 1970 et The Beat dans les années 1980, Paul Collins est de retour avec un nouvel album solo. Après plus de quarante ans de carrière et de nombreuses désillusions sur le business, sans jamais avoir pu se départir de l'anonymat qui fait de lui un artiste culte, on peut se demander à quoi bon insister ? La réponse est dans ce disque qui derrière des atours modestes se révèle profondément attachant. Un disque à l'ancienne, qui ne paie de mine de prime abord mais pétri de qualités mélodiques et qui dessine, en creux, une synthèse du parcours artistique de son auteur entre power pop (« Go ») titres acoustiques (« In and out of my head ») et madeleines rétro (« Just to bad you're leaving ») surpiquées d'une pointe de garage/surf sur le fil d'une guitare « fuzzée » avec une inspiration jamais prise en défaut (« Midnight Special »). Pris comme tel, l'album ne paie pas de mine, sans autre ambition que de faire passer un bon moment à l'auditeur. Mission réussie au-delà des espérances et c'est un énorme accomplissement. A écouter les yeux fermés en rêvassant aux palmiers et aux plages californiennes. 

http://www.thepaulcollinsbeat.com/
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