mardi 25 juillet 2023

La Maison Tellier and Friends : « Harvest : Trilogie 72 », Opéra du Grand Avignon, 24 juillet 2023.

En s’attaquant à l’immense chef d’œuvre de Neil Young, les Normands ont réussi une prouesse rare, celle de s’infiltrer dans un mince interstice séparant le profond respect porté aux chansons tout en réussissant à s’approprier totalement les compositions. Ainsi tout en reprenant respectueusement les musiques, l’excellent guitariste Raoul Tellier s’en est donné à cœur joie, secondé par Arman Méliès, le groupe a réussi à trouver quelques excentricités personnelles pour donner sa patte personnelle aux chansons. Si la présence de la trompette reprenant le rôle normalement dévolu à l’harmonica (en même temps, on n’allait pas mettre ce brave Léopold Tellier au chômage, hein!) fait partie desdites excentricités, le plus étonnant, surtout pour ceux qui ont l’habitude d’écouter le grand Neil, reste le chant. Car aucun des chanteurs (Helmut Tellier, Baptiste W. Hamon) et chanteuses invités (Pauline Denize, Mélissa Laveaux, Emily Loizeau, Lonny et Ysé) ne cherche particulièrement à l’imiter. Le résultat surprend et étonne, déstabilise, mais se révèle payant. L’imitation improbable, véritable mission impossible, aurait conduit droit au fiasco. Par ailleurs, reprendre l’intégralité de l’album, y compris les deux titres symphoniques (« A man needs a maid » et « There’s A World » dont les originaux ont été enregistrés en compagnie du London Symphony Orchestra) relève d’une gageure scénique. C’est également un autre point intéressant, celui de découvrir sur scène toutes ces chansons (« Out on the weekend », « Are you ready for the country ? » etc...) le répertoire de cet album ayant rarement jouées sur scène par Young (exception » faite » de « The Needle and the damage done » et de « Heart of Gold »). A ce moment précis il est important de préciser que l’intitulé exact du projet est La Maison Tellier and Friends. Et si le point le plus important résidait dans le « Friends » ? Tant ce concert a été vécu, des deux côtés de la scène, comme une célébration, un partage autour d’un amour commun (tant sur scène que dans la salle) pour la musique de Neil Young. Les nombreux sourires barrant les visages des spectateurs à la sortie, les applaudissements nourris et « Down by the river » repris en cœur (oui le groupe a rajouté quelques « apéritifs » et « digestifs », l’album original étant relativement court) par tout le monde en sont la preuve. C’était beau, c’était émouvant et on a bien fait d’en profiter, de l’aveu même du chanteur Helmut Tellier : « On ne le refera pas de si tôt ». Chapeau bas !

Christina Rosmini, Théâtre du Chêne Noir, Avignon, 23 juillet 2023.

Inti, le titre du nouveau spectacle (et également de son dernier effort en date) de la chanteuse, signifie le Dieu du soleil chez les Incas. Un nom qui lui sied à ravir tant Christina est lumineuse sur scène. Son spectacle est un voyage entre son Sud chérie et l’Amérique Latine, les langues affluent, les influences du folk et de la chanson se croisent, avec force percussions diverses et variées, en un rendu unique à la fois humain, chaleureux et convivial. C’est le sourire aux lèvres que l’on quitte la salle !

En concert au Théâtre du Chêne Noir (Festival Off Avignon) jusqu’au 27 juillet puis au Théâtre des Déchargeurs (Paris) les 18 octobre, 22 et 27 novembre, 13 et 20 décembre. Théâtre de l’œuvre (Marseille) le 12 octobre, 9 novembre et 7 décembre.

https://www.christinarosmini.com/

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Sébastien Troendlé : « Rag n’Boogie » Théâtre La Luna, Avignon, 24 juillet 2023.

Pianiste surdoué, Sébastien Troendlé à trois passions dans la vie : le Ragtime, le Boogie Woogie et le piano Stride. Passeur plus qu’acteur, Sébastien partage ses passions avec enthousiasme le temps de ce spectacle didactique où, souvent, il illustre son propos au piano avec une virtuosité rare. Un écran accompagne le musicien diffusant des extraits de films d’époque et autres documents historiques. Il est passionnant de redécouvrir l’histoire de Scott Joplin, Jelly Roll Morton et autres Fats Waller (pour ne citer que quelques noms) héros méconnus et pionniers des idiomes qui deviendront par la suite le jazz et le rock’n’roll (Jerry Lee Lewis)…

Jusqu’au 27 juillet au Théâtre La Luna (Festival Off Avignon).


samedi 22 juillet 2023

Christina Rosmini : « Inti »

 


Objet de tous les fantasmes pour quiconque n’a pas eu la chance (ou non, c’est selon) d’y grandir, le Sud est au centre de l’inspiration de la Marseillaise Christina Rosmini. Son nouvel album est un voyage au cœur de sa région natale, où les langues se bousculent, où la chaleur se transmet depuis les cordes de la guitare sèche, de la contrebasse ou de l’accordéon, dans des tons rouges orangées évoquant la couleur musicale du disque. Mais la chaleur n’est pas ici seulement imagée, elle est aussi, et surtout, humaine et présente dans les textes. Emportée dans un grand élan humaniste, bienveillant et fraternel, la chanteuse évoque le climat (« Something in the air »), le sort des migrant (« Sous nos pieds ») ou des femmes (« La Fea », « La Louve ») sans nostalgie aucune (« Le Konnakol du bon vieux temps ») et sans jamais se départir non plus de son sourire ni de ses mélodies ensoleillées. Au contraire, même si les temps sont durs, l’album se veut un remède, un baume réconfortant et, surtout, un voyage musical le long de la Méditerranée et au-delà. Un message positif qui fait du bien : « J’aurais voulu enchanter le monde, Ensoleiller le quotidien » chante-t-elle. C’est réussi, au moins le temps de l’écoute...

En concert au Théâtre du Chêne Noir (Festival Off Avignon) jusqu’au 27 juillet puis au Théâtre des Déchargeurs (Paris) les 18 octobre, 22 et 27 novembre, 13 et 20 décembre et à Marseille (Théâtre de l'Oeuvre) les 12 octobre, 9 novembre et 7 décembre.

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vendredi 21 juillet 2023

Vin de Sprite : « Vin de Charleroi / MIMA »

 


Amateurs des chemins balisés, de chansons calibrées pour la radio, facilement écoutées et aussitôt oubliées, passez votre chemin ! Et pour tous les autres préparez-vous à accueillir les Belges de Vin de Sprite dans votre petit univers musical. Vin de Sprite, donc, collectif atypique et à géométrie variable, est issu du Créahmbxl (Création et Handicap Mental, Bruxelles), un pendant outre-Quiévrain du Collectif Astéréotypie qui sévit par chez nous, moins axé sur le rock à guitare et plus proche d’une conception unique en son genre de la chanson francophone. Décalé, bricolé et bancal dans une certaine mesure, titre après titre, Vin de Sprite développe un univers poétique, obsédant et fascinant, pour peu que l’on prenne la peine d’y jeter une oreille. Certes, plusieurs écoutes sont nécessaires pour pleinement saisir toute la finesse de cette proposition musicale atypique et loin, très très loin, des sentiers battus. Cette cassette audio, une autre preuve matérielle, que ce groupe pas comme les autres vit en constant décalage, est la première sortie physique du groupe. La face A regroupe cinq titres écrits et enregistrés au cours d’une résidence à l’Eden Charleroi en décembre 2021. La face B, la plus émouvante, est un live au MIMA, un musée d’art urbain situé dans le tristement célèbre quartier de Molenbeek, qui trouve ici une raison positive de briller.

https://vindesprite.bandcamp.com/album/vin-de-charleroi-mima

https://glucklabel.hotglue.me/?VIN+DE+SPRITE/




dimanche 16 juillet 2023

Shaun Ferguson : « La lumière de l’Ombre – L’Ombre de la Lumière »

 





Si d’aucuns aiment à cliquer sur un lien pour écouter de la musique, nous sommes pour notre part particulièrement heureux de recevoir le nouvel album du Canadien. Avec sa double pochette réversible absolument sublime, l’objet semble ne cesser de exhorter, en substance : « écoute moi ! » Et le ravissement commence dès le disque inséré dans le lecteur. Le talent de guitariste de Shaun Ferguson est tel que le qualificatif de musicien semble trop étroit pour lui. De fait, avec cet album Ferguson réussit une prouesse rare, celle d’un album quasiment solo (violon et violoncelle en soutien sur quelques titres tout de même) et presque entièrement instrumental. Usant d’une diversité de techniques autour de sa guitare classique, jouée avec ou sans archet, Ferguson réussit à dépeindre un univers entier et mélodieux avec ses six cordes usant de la tension sous-jacente (la première plage « Flying Black Crow ») ou de sonorités hispanisantes/orientalisantes (l’homme joue aussi de la darbouka) plus apaisées. Le seul titre chanté « Heal » nous ramène à une approche folk plus classique où le fantôme de Nick Drake semble venir hanter la platine. Un album de très haute tenue, aux vertus curatrices, faisant voyager et rêver. A écouter allongé les yeux fermés.






samedi 15 juillet 2023

The Lords of Altamont : « To hell with tomorrow, the Lords are now ! »

 


Voilà un titre qui résume bien toute l’affaire. L’orgue Farfisa brandi tel un étendard, les guitares abrasives et saturées et un look motard 100 % cuir, si il y a bien un truc dont se fout totalement Jake Cavaliere et sa bande c’est bien l’avenir. Certes, on pourrait dégoiser des heures durant sur le passé, les décennies 1960 et 1970, dans lesquelles le groupe enracine sa musique et ses influences, mais, dans le fond, pour tout fan de rock’n’roll ce qui compte vraiment, c’est l’instant T, cette adrénaline rock qu’elle provienne d’une salle de concert ou qu’elle sorte des enceintes. Alors certes, après 20 ans à arpenter la route et les studios, la formule des Lords of Altamont est bien rodée, présente bien peu de surprises et frôle la redite (« Action » qui était déjà présente sur leur deuxième album en 2005). Comme ils le disent eux-même : « Going nowhere fast ». Le groupe ne va donc nulle part mais en vitesse. Ce qui ne les empêche nullement de sortir un nouvel effort d’excellente facture, dopé à l’adrénaline et qui fait notre bonheur d’écoute du jour. Et pour ça, on est prêts à les suivre jusque dans le mur !

https://lordsofaltamont.com/

https://www.facebook.com/LordsOfAltamont

vendredi 14 juillet 2023

Dalton : « Soleil Orange »

 


S’engouffrant dans une faille temporelle aux contours indéfinis, Dalton ouvre une brèche dans le rock français. Un soupçon de candeur héritée des années 1980 habite les paroles du groupe (« Pull sans manches ») à laquelle répondent les guitares, elles aussi perdues dans le temps entre les groupes garage des années 1960 (« Abandonne » ; "Cours de poterie") et une basse qui mène l’affaire tambour battant avec un grondement (« Des éblouissements »), mêlé à celui d’une boîte à rythme utilisé intelligemment (« Laure »), rappelant la cold wave. Mais l’abondance de références ne doit pas faire oublier l’essentiel, le ton résolument personnel de l’album, grâce au chant dans la langue de Molière, tel qu’on n’en avait plus entendu depuis longtemps. Quelques mois après le sublime album de Marc O, c’est un souffle nouveau qui emporte le rock français.

https://www.facebook.com/legroupedalton/

https://daltonlegroupe.bandcamp.com/album/soleil-orange




jeudi 13 juillet 2023

Von Der Val : « Relentless »

 


Bien qu’il s’agisse de leur premier EP, le duo originaire d’Angers n’est pas inconnu, loin s’en faut, et s’est bâti sur les ruines de leur précédent groupe, Match. Von der val signifiant en néerlandais « à partir de la chute », il est heureux que les musiciens Tom Lecomte et Lucas Manchette aient pu rebondir avec un tel allant. Sur ce premier EP (six titres) le duo guitare/batterie se distingue par une sorte de mur du son infranchissable qui n’est pas sans rappeler un autre duo, Royal Blood, bien que ce dernier soit exempt de guitare. Sauvage et intrinsèquement rock’n’roll, bien que produit au millimètre avec un soin maniaque, le duo est du genre à sauter sur l’auditeur et à le faire succomber sous ses coups de butoir saturés d’électricité (« Lev »). Batterie qui tabasse, guitares saturées au son particulièrement travaillé, la dynamique est au cœur du projet, quitte à flirter avec un BPM proche de celui des musiques électroniques (« Jungle » qui file sur un train d’enfer). Pour le reste ce n’est que de la déglingue rock’n’roll mais avec classe et un soupçon d’audace électro/psyché dans les arrangements qui fait toute la différence.

https://www.facebook.com/vonderval





jeudi 6 juillet 2023

Jon Muq, Studio GDP, 5 juillet 2023.

 

(c) Marshallmoonphoto

Bien que fortement ancré dans le rock garage et le blues downhome, Dan Auerbach n’en garde pas moins les oreilles ouvertes sur les musiques du monde et avait aidé, il y a dix ans, le fabuleux guitariste nigerian Bombino à se lancer sur le marché international. Dans la même lignée, l’occasion nous a été donnée cette semaine de découvrir le songwriter ougandais Jon Muq, installé à Austin depuis 5 ans, la nouvelle pépite découverte par Auerbach ; de passage express dans le flambant neuf Studio GDP (une pièce magnifique, toute ronde et au mur du fond tapissé de cymbales). Une prestation trop courte (seulement quatre chansons soit à peine plus d’un quart d’heure) pour se faire une idée réellement précise. Ce qui n’empêche nullement de tomber sous le charme de voix sublime du chanteur et de son jeu de guitare incisif, très carré d’un point de vue rythmique, et à la fois si mélodique, dans la lignée du Ben Harper des débuts ou de Tracy Chapman. Le premier album de Jon Muq, produit par Auerbach, est en cours d’enregistrement et sortira sur le label de ce dernier, Easy Eye Sound. S’il est pour l’instant difficile d’augurer des choix de production qui seront opérés par le leader des Black Keys, la courte prestation du jour constitue néanmoins une véritable promesse pour l’avenir.

https://www.jonmuqmusic.com/

https://www.facebook.com/Jonmuq/




lundi 3 juillet 2023

Sandor : « La médaille »

 


Adepte d’une électro pop très axée sur les synthés surdimensionnés et les sons vintage, la Suissesse Sandor voit plus loin que la simple madeleine nostalgique. Ainsi aux sonorités très années 1980 de son nouvel album, l’artiste oppose des textes aux préoccupations on ne peut plus actuelles. Ainsi « La Médaille » du titre fait référence au cyberharcèlement autant qu’un appel à l’apaisement général : « Plus de guerre, plus de médaille, plus de revers » (écrit avant la guerre en Ukraine). Il en va ainsi de cet album, coloré à l’extérieur, noir à l’intérieur, assez radical dans son approche et dans le chant (« Les Limites De Ton Intelligence ») à la tonalité volontiers envoûtante.

https://www.sandormusic.com/

https://www.facebook.com/mynameissandor