lundi 24 février 2020

City Woodpeckers : « Some days »



A en juger par la photo qui orne l'intérieur de la pochette, nous dirons pudiquement des membres des City Woodpeckers qu'ils ont de de la bouteille et non pas parce que ladite photo est prise dans un bar (ah ah!) En musiciens d'expérience le quatuor a donc décidé de se faire plaisir en célébrant ses musiques préférées, probablement à l'origine de la passion du groupe, du gros rock seventies teinté de blues, de reggae et, croit-on déceler, un je ne sais quoi vaguement punk dans le chant (une affaire d'intonations probablement). Autant d'idiomes fantasmés sur la pochette, une skyline épurée évoquant une Amérique chimérique de New York à Chicago. Et tant pis si le chant se heurte parfois sur la barrière de la langue, l'énergie déployée ici et l'enthousiasme contagieux du groupe se chargera bien de faire plier les grincheux. Pas foncièrement original, mais pas banal non plus, voici le prototype du feel good record et cela nous fera bien la journée, le soir aussi, été comme hiver. Merci les gars ! 

https://citywoodpeckers.com/
https://www.facebook.com/citywoodpeckers/

dimanche 23 février 2020

Nada Surf : « Never Not Together »



C'est suffisamment rare pour être souligné mais depuis leurs débuts, en 1996, les New-yorkais n'ont finalement que très peu déçu et, en cela, le quatuor fait hommage au titre de ce nouvel effort « Never not together » qui résume un peu l'état de notre relation avec eux, qui nous accompagnent en sons et en chansons depuis tant d'années. Et pourtant, que d'évolutions depuis les attaques soniques de « Popular » (1996) ou de l'album « Proximity Effect » (1998) produit par Fred Maher (du groupe Massacre). Depuis quelques années Nada Surf, à l'origine groupe de power-pop sorti d'un garage, a mis au point sa formule misant sur les mélodies rehaussées subtilement d'attaque de guitare subtilement dosées (la folk/grunge "Mathilda" ; « Something I should do », un titre rappelant leurs débuts orné de spoken word comme un clin d'œil au tube « Popular »). Rien de bien révolutionnaire au final mais une formule bien rodée permettant de produire des albums d'excellente facture voire mieux (cf. le chef-d’œuvre « Let Go » de 2002) ; des disques que l'on retrouve avec un plaisir à chaque fois renouvelé, l'ensemble formant un corpus des plus respectables et faisant du quatuor un des rares survivants des nineties. Ceci étant posé, ce nouvel album voit le groupe sortir de ses sentiers battus, point de virage électro mais quelques prises des risques au niveau des arrangements ambitieux (une grande place accordée aux claviers, des violons, du saxophones, et un chœur de voix enfantines) ; de quoi enluminer avec originalité des compositions toujours écrites avec grand soin (« Crowded Star ») et marquées par les paroles bienveillantes du chanteur Matthew Caws. Sur la magnifique photo ornant l'intérieur de l'album, le groupe pose au pied d'un arbre, dans un sublime paysage de collines dans la magnifique lumière du soleil couchant comme un parfait résumé de cet album apaisé et réconfortant. 
En concert à Paris (La Cigale) le 11/03 https://fr-fr.facebook.com/NadaSurf/

Moonlight Benjamin au Hasard Ludique, le 19/03


Moonlight Benjamin, la magnifique prêtresse vaudou blues/garage rock haïtienne sera en concert le 19 mars prochain dans le cadre étonnant et magnifique du Hasard Ludique (une ancienne gare réhabilitée). Immanquable !

Tony Allen : The Source



Batteur de légende, compagnon de route de Fela Kuti (l'inventeur de l'afrobeat), le Nigérian Tony Allen revient sur cet album à la source de son inspiration : le jazz (et soyons chauvins, nous sommes heureux qu'il ait fait appel à des musiciens français pour enregistrer!) Ces onze nouvelles compositions, instrumentales et situées au confins du jazz et du funk (« Wolf eats wolf » ; « Cool Cats ») sont toutes bâties autour de la batterie de Tony, son sens unique de la syncope swing et de son jeu à la fois fin, félin et musclé. Ce qui confère à ces sessions un feeling jam, improvisé, composé de long solo dilués et de brusques éclairs be-bop et afrobeat (cf. « Tony's Blues », on ne se refait pas!) Tapi dans le coin, tel une petite souris, temoin privilégie et passager clandestin, l'auditeur déguste (dans le meilleur sens du terme) pendant plus d'une heure de la grande musique ! Un album à la coule, au groove alangui, à l'image de sa magnifique pochette. 

http://tonyallenafrobeat.com/
https://www.facebook.com/tonyallenafrobeat/
https://twitter.com/t_allenafrobeat



mardi 18 février 2020

Lee-Ann Curren : « Shapes, Colors »



Découverte l'été dernier à Rock-en-Seine, l'ex-Betty The Shark peaufine son projet solo avec cet EP inaugural de quatre titres. Le disque s'intitule, en français, couleurs et formes et convient assez bien à cette musique hybride évoluant à cheval entre plusieurs courants. Justement dosé entre électricité (les guitares de « Two », notre préférée, sont assez incisives) et pop électronique (la progressive « Conversations ») l'EP dégage un feeling profond, électro/psychédélique (« White Lies », teinté d'influences eighties) à la mélancolie prégnante, bercé par un rythme aussi lancinant que les vaguelettes d'un océan calme. Cette mélancolie dévastatrice, parfaitement servi par le grain de voix grave et profond de la chanteuse, accroche le cœur de l'auditeur au point de rendre la musique particulièrement attachante. Le blues de la surfeuse restée trop longtemps à terre ? 

En concert le 18/03 à Paris (le pop-up du label)
https://fr-fr.facebook.com/LeeAnnCurren/

lundi 17 février 2020

The Mystery Lights + King Biscuit + Rod Hamdallah, Les Nuits de l'Alligator, La Maroquinerie, 16/02/2020


Une guitare, une basse et une batterie, Rod Hamdallah n'a finalement pas besoin de grand-chose pour faire revivre cette flamme, ce frisson rock'n'roll. Mélange habile de blues et de rock garage, un soupçon de soul, le cocktail est classique mais solide ; délivré avec classe et, surtout, de l'énergie à revendre ! Un saxophone invité sur quelques titres et quelques reprises, chipées chez Junior Kimbrough ou dans le répertoire classique de la Nouvelle-Orleans, renforcent l'ancrage blues de la musique. Le set est court mais ô combien vivifiant ! Superbe découverte. 

On avait bien aimé le premier album des Normands de King Biscuit, aussi attendait-on la suite avec une curiosité certaine. Et on est au final un peu circonspects devant la déclinaison scénique de la chose. D'abord puisqu'il n'y a plus trace de violon, un instrument qui avait l'avantage d'ouvrir le champ des possibles. Ensuite si la basse jouée au clavier apporte un groove intéressant, le clavier flirte parfois dangereusement avec le kitsch. Le groupe a, par-contre, gardé un impeccable sens du foutraque qui fait des ravages, par intermittence hélas, sur certains titres au groove dévastateur. 

Attendus comme le loup blanc, les New-Yorkais de The Mystery Lights sont la première signature du label Wick, la sous-division rock de Daptone Records. De quoi faire saliver tant les roublards de Brooklyn appliquent au rock garage/psyché les mêmes recettes que celles qui ont tant marchés dans le domaine de la soul. Soit un son plus vintage que nature et instruments d'époque garantis. Dans les faits la chose ressemble peu ou prou à ce que propose les Black Lips, énergie punk revigorante et, hélas, même propension à sombrer dans le chaos voire le ridicule (non mais quelle idée de jammer sur « Californication » en plein milieu du set!) Brillants lorsqu'ils sont concentrés sur leur sujet mais un peu trop brouillon par moments, le quintet a brillé par intermittence, dommage. 

https://fr-fr.facebook.com/rodhamdallah/
https://fr-fr.facebook.com/KingBiscuitFr/
https://fr-fr.facebook.com/TheMysteryLights/
http://www.nuitsdelalligator.com/

dimanche 16 février 2020

Boucan : « Déborder »



Porté par une instrumentation originale (contrebasse, guitare ou banjo et trompette), le trio Boucan fait souffler un vent de fraîcheur sur la scène hexagonale aux confins de différents genres musicaux à priori antinomiques. L'album s'appelle « Déborder » et si débordement il y a, c'est bien celui de la créativité du groupe. Jugez plutôt. La contrebasse et la trompette nous ramènent immanquablement au jazz, dont l'ombre plane sur le disque. Mais pas le jazz classique que l'on écoute confortablement installé dans un canapé. Plutôt celui des outsiders, celui des musiciens s'attaquant au genre sans en être des étudiants virtuoses, on pense à Tom Waits ou à Morphine, ce groupe fabuleux des années 1990 disparu trop tôt (cf. « Ca va déborder »). En cela, Boucan est punk (cf. « Ha ha ha »). C'est à dire enthousiaste, plein d'un swing festif n'excluant pas une certaine forme d'engagement. Celui qui donne envie de sauter à pieds joints et de gueuler dans le micro. Faire du boucan à partir d'une instrumentation majoritairement acoustique n'est pas le moindre tour de force de cet album réjouissant ! Sorti l'été dernier, fin août, ce premier album est peut-être déjà le chant du cygne pour le groupe après le décès tragique du trompettiste Piero Pépin au début du mois. Hommage lui soit ici rendu. 

https://www.facebook.com/duboucanenveuxtu
https://www.boucan.org/
https://groupeboucan.bandcamp.com/releases

samedi 15 février 2020

Daddy Long Legs : « Lowdown Ways »



Découvert sur scène, aux Nuits de l'Alligator, il y a quelques années, le charme de Daddy Long Legs, un trio qui a pourtant tout pour plaire, n'avait, à l'époque, pas agi sur l'auteur de ces lignes. La donne pourrait cependant changer avec ce nouvel album, le cinquième du trio new-yorkais, tant ce dernier aligne les perles. Fonctionnant sur courant alternatif, le trio est à la fois un groupe de folk/blues ou de rock garage suivant que la guitare soit branchée ou non. Nul besoin d'artifice, seul compte l'engagement des musiciens, total et perceptible, dans le moindre geste, ce qui se révèle assez impressionnant. Ainsi, l'instrumentation est pour le moins réduite, une guitare, une batterie rudimentaire (une grosse caisse, un tome basse, une caisse claire, aucune cymbale) et un chanteur soufflant avec rage dans l'harmonica. Le son circule ainsi suivant des fréquences très basses qui confèrent son caractère, crasseux et bricolé, au disque, entretenant l'illusion d'un album enregistré avec trois bouts de ficelle entre une grange et une cave. Le tout sied à merveille au chant grave et puissant, de gorge et éraillé. Une flaque sonore de boue rurale dans laquelle il fait bon sauter à pieds joints. 

http://www.officialdaddylonglegs.com/
https://www.facebook.com/officialdaddylonglegs/


vendredi 14 février 2020

Bernard Adamus + Kelly Finnigan, Les Nuits de l'Alligator, La Maroquinerie, 13/02/2020


Du lourd à La Maroquinerie ! Pour sa quatorzième édition, le festival des Nuits de l'Alligator nous a concocté un plateau au petits oignons, dont ils ont le secret, à la fois éclectique et cohérent couvrant un spectre large allant du folk blues à la soul music, autant de genres qui nous tiennent à cœur… 

On commence avec le Québécois Bernard Adamus, grande vedette dans son pays natal, en dix ans de carrière, encore un peu méconnu dans nos contrées. Possédant ce petit grain de folie décalée, typique des artistes québécois, Adamus met son humour ravageur et corrosif (cf. « T'es aussi conne que ta pauvre mère ! ») au service de compositions situées à l'exact croisement du blues, du jazz (cf. la contrebasse), du folk et de la country (cf. le banjo) ; le tout chanté de son timbre de gorge et en français, langage fleuri québécois à la clef, hostie ! Entre deux démonstrations virtuoses sans l'air d'y toucher et sans se prendre au sérieux, Bernard nous emmène en virée au milieu de son obsession habituelle pour l'hiver (le vrai, le québécois!) Une belle découverte saluée par des applaudissements nourris de l'audience, sous le charme du charismatique duo ! 

Armé de son savoir-faire acquis au fil de collaborations prestigieuses, le CV long comme un jour sans pain (George Clinton, Monophonics), Kelly Finnigan déboule, son premier album en solo sous le bras. Un exercice soul de haute volée, festif et enjoué dans un registre moins dramatique que celui de son ancien boss, le regretté Charles Bradley. Alors que les cuivres roulent des mécaniques et que le groove s'active sous le rythme aux doigts de fées de notre homme Kelly à l'orgue, le public hurle, pète un câble et on en est qu'à la première chanson ! Voilà qui promet ! Le groupe est d'ampleur, deux guitares, basse, batterie, deux cuivres et deux choristes (dont la magnifique Britannique Gizelle Smith, chanteuse des Mighty Mocambos) ; les grands moyens sont de mises pour donner du corps aux compositions classieuses de Finnigan, à sa voix puissante, où se mêlent la joie et les peines donnant matière à exorciser son blues dans la danse. Magnifique !



mercredi 12 février 2020

Magon : « Out in the dark »



Pour son premier album solo, en pause du duo formé avec Charlotte, l'Israélien, résident français de longue date, s'attaque au rock psychédélique par son versant le plus pop. Dans les faits, cela donne un album court, concentré, avec des titres dépassant rarement les trois minutes, comme si Weezer ou les Pixies (cf. « Same House » ; « Third dimensional love ») étaient tombés dans un bain acide (« Landslide » ; « Song for Nimrod » ; « In the streets » ; « In the library »). En l'espèce, Magon réussit un petit tour de force : faire du DIY acharné la force créatrice de sa musique. Car, ici, c'est bien le minimalisme qui fait office de moteur et fait scintiller les mélodies ("Out in the dark"). Ni effets de manche, ni d'artifice de production : chapeau bas aux musiciens ! Que l'on parle de power pop, de punk ou de psychédélisme, l'immense énergie déployée ici prend différentes formes qui servent toutes à merveille le grain de voix éraillé du chanteur. Marier les contraires en un tout cohérent, ce n'est pas le moindre exploit de cet album délectable en tous points. 

https://fr-fr.facebook.com/magonmusic/





mardi 11 février 2020

Ceylon : « Où ça en est »



Avec son titre en forme de question, le duo composé de Louise et Tristan (on suppose que c'est eux sur la pochette) nous pose une interrogation fondamentale derrière son aspect tout bête. Où ça en est ? On est en droit de se poser la question et pour un bon petit moment encore alors que l'on part à la découverte de l'univers singulier du duo. D'obédience psychédélique, un genre en vogue dans nos contrées à l'heure actuelle, la musique de Ceylon aime les détours plutôt que les chemins sagement balisés. Inspirée par la musique de film, le duo aime à étirer ses compositions sur la longueur (seulement 6 titres sur ce premier effort) le temps de trouver les fameux détours évoquer plus avant. Et autant d'occasion d'alterner plages contemplatives et planantes (« Où le mal II », formidable) et brusques accélérations (des guitares, de la batterie), les potards flirtant dangereusement, intensément, avec la zone rouge (« Le Cinq » ; "Hamlet Roi") ; il nous semble même entendre un bout de jazz içi (« Où le mal I ») et là (« Le Cinq »). Loin d’éclaircir le mystère, les textes cryptiques, majoritairement en français svp, rajoutent une couche supplémentaire. Et avec ça on en est où mon ami ? Toujours dans la merde très cher, oui, dans la merde, mais avec un super album à écouter ! 

https://www.facebook.com/ceylonlatranse/

lundi 10 février 2020

Pierre Daven-Keller : « Kino Music »



C'est une catégorie à part, celle des sorciers du son. Collectionneurs invétérés de vinyles et autres instruments d'époque, non pas par snobisme mais bel et bien dans le but de tirer de ces derniers la substantifique moelle de leur inspiration. En nommant son dernier album « Kino Music » (musique de film en allemand), Pierre Daven-Keller nous donne un sérieux indice. Il ne fait nul doute que les racines dudit album se trouvent dans les BO des années 1960 et 1970, celles signées des immenses François de Roubaix, Francis Lai ou Philippe Sarde de ce côté-ci des Alpes ou d'Ennio Morricone, ces dernières une fois traversées (« Cuore Selvaggio ») voire d'Alain Goraguer lorsque ce dernier s'acoquinait, composant les scores de productions à caractère pornographique (cf. « La fiancée de l'atome » hantée par les spectaculaires vocalises d’Héléna Noguerra). Exalant de puissantes effluves latines venues de la bossa-nova (« Intermezzo Retro »), les compositions quasiment toutes instrumentales (les invitées Héléna Noguerra, Claire Tillier, Arielle Dombasle ou Mareva Galanter vocalisent autant qu'elles chantent) brillent d'une évidence mélodique rare, aux arrangements touffus et fouillés, exécutés à la perfection et menés par une basse ronde et puissante toute droit sorti des sixties (« Dakota Jim » manière de BO d'un polar imaginaire) ; le tout entre en résonance avec le travail de Benjamin Schoos ou de Bertrand Burgalat voire avec le rock psychédélique de Forever Pavot. Grand album ni plus ni moins. 

dimanche 9 février 2020

Pleasure Principle



C'est une histoire finalement assez classique. Parce qu'il ne s'est jamais complètement retrouvé dans la musique des différents groupes dans lesquels il a été impliqué (Skategang, Marietta, La Secte du Futur, Bryan's Magic Tears), Paul Speedy Ramon a accumulé des heures d'enregistrements nocturnes et solitaires, qui composent l'ossature de ce premier album. Et le résultat est pour le moins intriguant, composé à partir de délires insomniaques (« Dernier homme ») et qui participent de l'ambiance surréaliste de l'album. Enregistré avec les moyens du bord (claviers cheap, boîtes à rythmes rudimentaires et quelques instruments) avec le coup de main de quelques potes (Paula de JC Satan qui pose sa voix sur deux titres), Paul transforme chaque composition en petite merveille hypnotique et lancinante, perdue quelque part entre krautrock et rythmes africains (« The Pleasure Principle », « Venera 16 », « Mariposa »). Tour à tour glacé puis brûlant, l'album, qui n'est pas à un paradoxe près, se retrouve remarquablement cohérent et assez surprenant. Curieux… 
Facebook



samedi 8 février 2020

Le Villejuif Underground : « When will the flies in Deauville drop? »



Depuis le temps qu'on les suit, il ne nous était jamais apparu auparavant que Le Villejuif Underground partageait ses initiales (VU) avec un autre underground, de velours celui-ci, devenu culte. Et pourtant à l'écoute du premier album de la bande du Val-de-Marne, le parallèle semble évident, dans le son débrouillard et bordélique mais non dénué de mélodie, avec les aînés new-yorkais à l'époque de « Loaded » (1970). Un rapprochement dans l'esprit avant toute chose tant il est évident que nous ne sommes pas ici en présence d'un énième revival même si l'esprit de débrouille des sixties plane sur cet album. Boîtes à rythmes basiques et synthés cheap viennent ainsi agrémenter les artefacts de tout groupe de garage qui se respecte guitare, basse et batterie. Ainsi, au fil des titres, l'auditeur est emporté par l'étrange beauté hypnotique des compositions du groupe, faîtes de bric et de broc, donnant l'impression que tout cela tient de l'accident heureux, bercé par la voix peu ordinaire du chanteur australien Nathan Roche. Recommandé. 

https://levillejuifunderground.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/levillejuifunderground/


mardi 4 février 2020

Dirty Bootz : « Broken Toy »



Lors de la session MTV Unplugged, enregistrée en 1993, Kurt Cobain, leader de Nirvana, reprenait, yeux exorbités, « Where did you sleep last night ? », antique blues de Leadbelly. Le moment avait marqué une génération entière et convaincu l'auteur de ces lignes de partir à la recherche d'un 33 tours de Leadbelly dans la collection de ses parents. Comme quoi le mélange entre blues et grunge n'est pas si antinomique que l'on pourrait le croire de prime abord. Ce détonnant cocktail blues/grunge Geoffrey Aznar (guitare/voix) et Samuel Devauchelle (batterie) la reprennent à leur compte sur le premier album de leur groupe Dirty Bootz (cf. l'intro de « End is a start » qui retrouve les accents de Nirvana). Concrètement, la formule se rapproche de toute la vague blues garage et des duos du début des années 2000, mais, si le groupe franchit un pas supplémentaire dans la rage et la saturation des guitares ("Washing Machine" ; "Burnt my home"), le disque n'est pas exempt de finesse, de feeling, acoustique (« Welcome to the sun » ; « Never say goodbye ») ou ternaire (« Broken toy »). Très réussi ! 

https://fr-fr.facebook.com/dirty.bootz.mtp/

lundi 3 février 2020

Les Nuits de l'Alligator c'est pour bientôt...

Dans deux jours en fait...


https://www.facebook.com/nuitsdelalligator/

Sunflowers : « Endless Voyage »



Attention danger ! Un objet sonore non identifié s'apprête à atterrir sur vos platines ! Deux ans après « Castle Spell », un album de fort belle facture, le groupe portugais, est de retour et pousse le bouchon encore plus loin. Ce qui semblait déjà impensable à l'époque, les Sunflowers l'ont fait ! Plus électronique, plus expérimental, plus kitsch, plus punk, plus garage et plus psyché ; ce nouvel effort est hors-sol ! Plus de tout, cela en devient tourneboulant, de quoi faire tourner l'auditeur en bourrique. Un titre à lui seul résume l'esprit animant la chose « Defective Machine », la machine est défectueuse, en effet, si l'on aime à caser les groupes par catégories ce qui se révèle totalement impossible en l'espèce. Car, avouons-le, il ne faut pas avoir froid aux yeux, ni aux oreilles, pour s'attaquer à ce genre de disque. Spirales de guitares furieuses, synthés venus d'ailleurs tellement kitschs qu'ils en deviennent touchants, comme autant de petites madeleines de Proust musicales, les Sunflowers soufflent le chaud et le carrément brûlant sur les enceintes. La musique file pleine balle dans un fracas infernal de guitares et claviers, passe du coq à l'âne, coupes abruptes à la clef. Un passionnant grand huit musical, frissons et émotions fortes garanties ! Comme quoi, la création musicale est un voyage sans fin… 

https://thesunflowersmusic.bandcamp.com/album/endless-voyage
https://www.facebook.com/thesunflowersmusic



dimanche 2 février 2020

Johann, Médiathèque Nelson Mandela, Créteil, 02/02/2020



Autre recrue du dispositif Créteil en scène (visant à l'aide à la professionnalisation d'artistes en développement), Johann a également eu droit à son showcase à la médiathèque en cette date palindromique faîte de zéro et de deux (assez rare pour être soulignée). Johann donc, jeune chanteuse, entourée de quatre musiciens évoluant dans un genre hybride entre pop et chanson. Entre rêve (Quentin, le guitariste est visiblement un grand amateur de pédales d'effets) et brusques accents funky et dansants, l'accompagnement musical de l'artiste est tip-top (la jam improvisée en fin de set en fait foi) sans appartenir à un genre musical en particulier. Plutôt un joyeux télescopage festif fait de pop, de rock voire d'électro (cf. les claviers) et de hip-hop (le flot qui parfois emballe le chant) entretenant une étrange dichotomie avec le propos introspectif et émouvant de la chanteuse qui puise dans son vécu et ses émotions la substantifique moelle nourrissant ses textes. Une belle découverte alliant le fond et la forme. 



samedi 1 février 2020

The Wash : "Just Enough Pleasure to Remember"



Lorsqu'ils unissent leurs forces en 2017, créant une sorte d'alliance transatlantique, le chanteur/claviériste étasunien David Quattrini et le guitariste Jérôme Plasseraud avaient-ils une idée dernière la tête ? Avec son nom évocateur, The Wash, et la quantité de genres qui constituent leur musique, le duo convoque immédiatement l'image d'une machine à laver, d'un tambour turbinant à toute berzingue dans lequel les genres se télescopent dans un joyeux bordel créatif. Futur casse-tête annoncé pour tous ceux aimant catégoriser la musique en genre et styles, The Wash n'est ni pop, ni folk psychédélique, ni électro/new wave ravivant souvenir énamouré des années 1980, mais un peu tout cela à la fois. Et au milieu de ce fatras surnage l'évidence selon laquelle la guitare mélangée au synthés analogiques fonctionne, du moins en l'espèce, rudement bien (cf. « Holden » ; « Japanese Genius »). ! Mixé, magnifiée même par le légendaire producteur anglais Dave Bascombe (Tears for Fears, « Music for the masses » de Depeche Mode, Suede ou The Verve, c'était déjà lui!) la musique de The Wash, aux effluves déjà bien prononcées, prend encore un relief supplémentaire. Du tube évident, « Natasha », au psychédélisme baroque de « Get on by », en passant par les accents dansants et funky (« Hart », « Caesar »), l'album aligne les temps forts tout en respectant une forme de cohérence et évitant avec brio l'écueil du patchwork sans âme. Ah oui, la pochette est superbe aussi !

En concert à Paris (La Boule Noire) le 25 février.

https://www.facebook.com/wearethewash/
http://thewash.band/music/



mercredi 29 janvier 2020

Lonely Walk



Après quatre années de silence et leur album « Teen » sorti chez Born Bad, et qui avait déjà à l'époque fait sensation dans les oreilles de votre serviteur, les Bordelais sont de retour. Un nouvel album, éponyme, comme s'il était inutile de poser un titre sur un disque qui sonne comme une nouvelle définition du groupe. Et, dans ce fracas de guitares, de beat implacables et d'électro, allant de la cold wave au post punk, il y a au moins une chose qui ne change pas : l'engagement des musiciens. Il va sans dire que ce nouvel effort est virulent, viscéral, mû par une impressionnante tension, un crescendo tendu, sur le fil du rasoir, toujours à deux doigts de l'explosion. Post apocalyptique, dystopique, jouant des motifs répétés jusqu'à l'implosion, comme pour mieux pénétrer le cerveau de l'auditeur telle une perceuse stridente et chanté sur un mode désincarné : ce nouvel effort fascine au moins autant qu'il effraie. En nous prouve, en creux, une chose. Peu importe le style, la musique devient fascinante à partir où elle véhicule des émotions qui, en l’espèce, affluent. Remué de l'intérieur, l'auditeur ne sort pas indemne d'un album pareil. 

https://www.facebook.com/LonelyWalkband/
https://monsieurcranethelonelywalk.bandcamp.com/album/lonely-walk

dimanche 26 janvier 2020

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot, le 28/01 au Louxor



Film inachevé d'Henri-Georges Clouzot, L'Enfer, avec Romy Schneider et Serge Reggiani, fera l'objet d'une projection événementielle, accompagné d'une performance du DJ Prieur de la Marne et des voix de Philippe Katerine et Blandine Rinkel (du groupe Catastrophe) ce mardi dans le cadre magnifique du cinéma Louxor. 


Chaque soir tout recommençait from Prieur de la Marne on Vimeo.

Anya Gelden, Médiathèque Nelson Mandela, Créteil, 25/01/2020



Soutenu par la municipalité, le dispositif Créteil en scène, vise à l'émergence de talents en développement, en aidant à leur professionnalisation. Parmi la sélection de cette année se trouve Anya Gelden, une jeune artiste originaire d'Afrique du Sud, installée en France depuis deux ans, laquelle a pu se produire, entre deux rayonnages de disques et devant une immense baie vitrée, dans la médiathèque Nelson Mandela de Créteil, un samedi après-midi. Encore peu assurée devant le public, saisie par le stress, cette dernière a présenté son répertoire le temps d'une courte prestation, seule avec sa guitare acoustique. Inspirée par Cat Power et ravivant le souvenir d'Audrey Hepburn chantonnant « Moon River » sur son balcon (dans le film « Diamants sur canapé »), pour citer les deux reprises du set, Anya possède une belle voix, douce et délicate, qu'elle souligne de ses accords arpégées avec beaucoup de talent (elle joue magnifiquement bien). Suivant la métaphore du fleuve (cf. « Moon River ») pour évoquer le déroulement de l'existence, Anya déroule son répertoire tout en partageant ses vues sur la vie et l'acceptation de ses diverses péripéties. Dans l'ensemble le répertoire est mélodique, harmonieux et délicat même si un titre mené sur un tempo plus swing dans le frotté des cordes trahit l'influence du jazz manouche. Les chansons sont plutôt courtes et le tout manque encore d'ampleur et d'arrangements, comme un diamant brut restant à polir. Mais le talent est définitivement là. Pas encore de disques pour le moment mais d'autres prestations scéniques sont à prévoir… 

https://www.facebook.com/anyagelden/
https://anyagelden.business.site/

samedi 25 janvier 2020

Paco Duke : « Only dreams come true »




Le Blues Power Band en sommeil depuis (trop) longtemps, c'est finalement le guitariste Pascal « Paco Duke » Guegan qui dégaine son album solo en premier. Une surprise pour le discret guitariste, quelque peu effacé au sein du groupe. Blues Power Band donc, une formation plus power que blues au fil des albums. Une trajectoire également suivie par le guitariste sur son projet solo que l'on ne saurait réduire à la note bleue, même si Paco maîtrise cette dernière à la perfection. C'est peut-être la limite de ce disque, patchwork blues et rock, acoustique ou électrique, aux détours surprenants, au point de croire, parfois, à une erreur lors du pressage (« Zenobia »). Appelons-cela une preuve éclectisme. Un album d'artisan, modeste et passionné, attachant car enraciné dans le feeling (« My true love  ; "Broken Glasses", magnifiques) ou le gros son des années 60 et 70 (cf. « Yellow Jacket » aux accents Deep Purple) et à peine altéré par le chant encore peu assuré du guitariste. Des débuts en solo d'excellente facture. 

En concert à Paris (La Boule Noire) le 30/01
Sortie le 14/02/2020


https://www.facebook.com/pacodukemusic/
https://pacodukemusic.com/



mardi 21 janvier 2020

Berling Berlin



Restituant à la perfection les sonorités cold des années 1980, un patronyme fleurant l'ostalgie (la nostalgie de la RDA) : il serait facile d'imaginer Berling Berlin sur la bande-originale de la série Deutschland 83. Une vision bien réductrice, puisque Juan, le chanteur uruguayen du quatuor, se révèle aussi à l'aise dans son espagnol natal qu'en anglais ou en français. Un grand brassage multiculturel, de langues, mais aussi de musiques puisque l'obédience cold de la chose n'occulte pas quelques clins d’œil vers le reggae (« Tangent Line ») ou le rock indé au guitares claires et aériennes (« Paris Montevideo »). Interpol n'est certes jamais bien loin mais, en l'espèce, cet EP de quatre titres se révèle aussi réussi qu'immédiatement attachant, en particulier grâce à l'ambiance prenante que le groupe réussit à instaurer dans un laps de temps aussi court. 

https://www.facebook.com/BerlingBerlinBand
https://berling-berlin.fr/

lundi 20 janvier 2020

Adore : « Restarted »



Evoluant sur le mince fil qui sépare le hard du rock'n'roll, Adore mise sur l'énergie, la saturation (surtout sur « Restarted » le premier titre) évoque un lointain hard-rock qui ne néglige pas pour autant les mélodies (« Ghost »). Rythmiques qui fusent comme une balle et chant étranglé, ce court EP s'impose comme un modèle de pop vitriolé à l'électricité. Ces quatre titres sont, surtout, plein d'entrain et d'allant (« Watch Me ») ; la déclinaison scénique devrait faire des ravages sur scène.


samedi 18 janvier 2020

Tav Falco : « Cabaret of Daggers »



A 73 ans bien tassés, Tav Falco a tout vu, tout connu, tout fait : du punk au rockabilly au rock garage. Un vétéran à la vie bien remplie mais qui n'a pas toujours joui du crédit qui lui est dû. Aujourd'hui, l'homme incarne un paradoxe. Installé en Europe depuis plus de dix ans maintenant (à Vienne aux dernières nouvelles) Falco incarne pourtant, et toujours, une sorte d'idéal musical étasunien, un éternel où blues, rock'n'roll et country se mélangent harmonieusement dans un cocktail sans âge auquel il ajoute sa petite touche personnelle dans laquelle les sonorités latines (à l'instar des démonstrations de tango qui agrémentent régulièrement ses performances scéniques) croisent une forme d'élégance surannée typiquement européenne. Ainsi ce nouvel effort s'écoute comme on savoure un vieux film en noir et blanc, bercé par le piano bastringue et la voix de gorge, gravée par la vie, de Falco qui, à elle seule, incarne le fantasme d'un idéal nostalgique et rétro. 

http://www.tavfalco.com/
https://www.facebook.com/tavofalco/

jeudi 16 janvier 2020

Barefoot Iano : « Keep it simple »



Plus qu'une révélation, c'est une redécouverte. Celle de Ian Giddey, aka Barefoot Iano, que l'on connaissait principalement comme harmoniciste des, désormais « en pause », Mountain Men. Six albums au sein du duo et on avait fini par oublier que l'Australien aux pieds nus, exilé de longue date en France, était également guitariste / chanteur (et quel chanteur!) Ce nouvel effort, le quatrième (et oui!) de sa carrière en solo, est donc l'occasion de renouer avec son univers personnel, sensiblement différent de celui des Mountain Men. Le son est plus étoffé que celui du duo, principalement grâce à la présence d'une section rythmique complète, basse et batterie, ce qui change considérablement la donne et éloigne le musicien du blues au sens strict même si l'influence de ce dernier plane du début à la fin du disque, notamment au travers de ses licks d'harmonica bien sentis. Pour le reste nous tenons là une pépite folk/rock, apaisée, ensoleillée, propre au voyage immobile de l'auditeur où à écouter en voiture au gré de routes désertiques et poussiéreuses. Excellent. 

https://www.facebook.com/australianbluesnstuff/

mercredi 15 janvier 2020

Franck & Damien : « You can find your way »



Franck et Damien, deux prénoms qui constituent une façon simple et directe de se présenter et définit assez bien l'approche naturelle de leur musique. L'album s'intitule « You can find your way » et, à l'écoute, il semble bien que le duo a trouvé la sienne, de voie, folk et bleutée bien évidemment, quelque part entre Ben Harper, Jon Butler Trio ou Xavier Rudd. Guitares acoustiques, lap-steel, quelques percussions éparses, un harmonica et un banjo qui traînent, le résultat est aéré et ample, respire la forêt et le grand air, les chansons grattées et/ou composées au milieu d'un champs. Et le rock'n'roll dans tout ça ? Savamment caché dans le fond du buisson, telle une engeance prête à frapper, il est là, dans l'ombre, sous la forme d'une saturation de guitare savamment étudiée ou dans le mouvement sec du poignet frappant les cordes avec énergie. Le détail qui tue : la voix magnifiquement éraillée incarne l'univers du duo avec beaucoup de soul et de vécu. Un très bel album. 

https://www.facebook.com/franckanddamien

mardi 14 janvier 2020

Baston : « Primates »



Complètement passés sous nos radars jusqu'à présent, c'est avec ce premier album que l'on découvre le quatuor breton. Et c'est un bien étrange objet qui se cache derrière cette toute aussi intrigante pochette naïve. Sorte de trait d'union entre les années 1970 et 1980, Baston incarne une sorte de magma sonore où se télescopent nappes synthétiques, tantôt anxiogènes, tantôt hypnotiques et guitares d'obédiences garage, le tout porté par des lignes de basses énormes et une batterie métronomique quasi mécanique. Le chant, quant à lui, est noyé dans la nasse, une couche d'effet le masque, le déforme, au point de rendre les paroles quasiment inintelligibles dans un grand effet de délire kafkaïen. Une interrogation demeure cependant : est-ce du krautrock, de la cold wave, du garage/psyché ? Oui, oui et oui, tout en même temps ! Et c'est là que réside la grande réussite de ce disque, rendre cohérent tout un agrégat d'influences éparses dans un rendu harmonieux et impeccable. Il ne s'agît pas là d'un énième revival mais d'un disque autant personnel qu'intemporel. Et, de plus, sacrément réussi ! 
Facebook

lundi 13 janvier 2020

Double Date With Death : « L'au-delà »



Avec un nom pareil, difficile de ne pas attirer l'attention. A ce point, on ignore encore si la camarde attend l'auditeur au tournant à l'écoute de ce nouveau disque des Québécois, mais on peut toutefois d'ores-et-déjà affirmer qu'on est sur le point de se prendre une sacrée décharge d'électricité ! Dans la lignée du Nombre, de Ponctuation ou de Chocolat, Double Date With Death nous offre une nouvelle preuve de la vitalité de la scène garage/punk de Montréal. Car s'il est bien question de cela, d'électricité, de guitares et de batteries révoltées, sur ces neuf nouvelles pistes, la montagne de décibels qui se dresse devant l'auditeur ne saurait obérer les aspirations pop psyché barrées du groupe (cf. « Fluorescent » ; « L'au-delà ») et les jolies mélodies qu'ils sont autant capables de trousser que de vitrioler. Une réussite ornée d'une magnifique pochette signée du génial graphiste Elzo Durt. 

https://doubledatewithdeath.bandcamp.com/
https://fr-fr.facebook.com/DoubleDateWithDeath/



dimanche 12 janvier 2020

Sarah Amsellem : « Miracles »



S'il est des œuvres qui transportent, bouleversent au point de laisser une empreinte durable chez l'auditeur, alors, assurément « Miracles », premier album de Sarah Amsellem en fait assurément partie. Car si miracle il y a, il tient, en l'espèce, dans cette capacité à marier les contraires entre une musique d'obédience mélancolique, aux accents trip-hop, et un étrange rayon lumineux, faible mais persistant, qui irradie les compositions de la chanteuse, sous la forme d'un accord de ukulélé (« Console-moi ») ou de piano (« Vue de l'intérieur » ; « Miracles ») contrastant avec les nappes de clavier. Dense et d'une profondeur infinie, l'album réclame de l'attention et des écoutes répétées pour en saisir toutes les nuances et plonger dans cet univers où paroles et musiques forment un univers cohérent et personnel jonglant avec les langues (français, anglais et hébreu). Au-dessus du magma sombre plane la voix de Sarah, le cap vers les étoiles, prenant l'auditeur par l'oreille et le guidant dans ce labyrinthe aux murs noirs, entre failles et résilience. On achève l'écoute comme on se réveille d'un songe enfantin (« L'âme innocente »). 
En showcase à Paris le 16/01 (La Fabrique des Ballades Sonores - 19h30)
https://sarahamsellem.com/
https://www.facebook.com/sarah.amsellem.artist/





samedi 11 janvier 2020

Rod Barthet : « Ascendant Johnny Cash »



Etat civil, Barthet, Rod, profession musicien ascendant Johnny Cash. Un ascendant rare sur la scène blues hexagonale et, en l'espèce, tenant plus du fantasme tant la musique de Barthet s'éloigne dudit modèle. Ce qui n’empêche pas ce dernier d'attaquer la chose bleue suivant un angle original et personnel. La scène blues française, aussi fournie et intéressante soit-elle, souffre d'une sorte de syndrome de l'imitation prenant sa source chez des groupes chantant dans un anglais mal maîtrisé et ne livrant au final qu'une pâle imitation du modèle original. Rod Barthet a assimilé lui qu'il n'était ni Noir ni Américain et que, par conséquent, son blues, pour être crédible, doit rester fidèle à sa personnalité et donc sera chanté dans sa langue maternelle, celle de Molière, avec la complicité du grand parolier Boris Bergman sur quatre titres, cette approche étant la seule façon de faire résonner ses cordes vocales de vécu et d'émotion. Ainsi, ce nouvel effort de Rod s'invite tel un ovni sur nos platines, un étrange objet à équidistance du fameux blues (le magnifique acoustique « En noir et blanc ») du rock'n'roll (les guitares incisives de « Dans mon monde ») et, plus étonnant, de la chanson française grâce à l'apport original d'un quatuor à cordes sur deux titres (dont le très épuré et sublime « Un homme tout petit » ; Bashung n'est plus très loin). Une présence loin d'être incongrue et qui, à elle seule, fait basculer la musique dans une autre dimension, atypique. 

http://www.rod-barthet.com/
https://twitter.com/rodbarthet
https://fr-fr.facebook.com/rod.barthet



jeudi 9 janvier 2020

Duplessy and Brothers of String : « The violins of the world »



Guitariste aventureux, motivé par la soif des grands espaces et la découverte de sons différents, mais plus encore, curieux de l'autre, grand voyageur en musique, Mathias Duplessy est à la tête de ce projet baroque et original où il s'est entouré de trois vielles : japonaise, suédoise et mongole (instrument que l'on a également entendu récemment dans un cadre plus métal au sein du groupe The Hu) tous réunis derrière un alias commun : les frères de cordes ! L'album qui en résulte est une petite merveille de virtuosité navigant entre les styles, nos musiciens faisant office de bâtisseurs construisant, note après note, un pont imaginaire entre les cultures (un bien beau message soit dit en passant). Est-ce du folk, du jazz, du blues ou du country and western ? Non, rien de tout ça au sens strict et, pourtant, tout à la fois en même temps, après avoir emprunté nombre de traverses et autres chemins détournés. Si l'album séduit par ses reprises (le « Brothers in arms » de Dire Straits) qui, parfois, renforcent l'angle cinématographique du groupe (le thème « The good the bad the ugly » signé Ennio Morricone), l'essentiel est pourtant ailleurs. Dans le feeling constant qui porte la musique et emporte littéralement l'auditeur dans un long périple autour du monde. Un album délicat et doux (« Horizon blues ») quoique euphorisant (« Chiken del »), acoustique et chaleureux, mélodique à la douce mélancolie par lequel il convient de se laisser bercer. Magnifique ! 
https://mathiasduplessy.fr/
En concert le 27/02 à Paris (Café de la danse)



mardi 7 janvier 2020

Normcore : « Six Pack »



Si l'on doit parler chiffons, bien plus que le phénomène « Normcore » (le fait de passer incognito en portant des vêtements neutres), la musique du quatuor du même nom évoque plus les jeans déchirés et les chemises bûcherons telles que l'on les affectionnait dans les années 1990. Dis-moi ce que tu écoutes et je te dirais ce qui tu es. A tout les coups si l'on se prenait à fouiller la discothèque de Normcore on y trouverait l'intégrale de Weezer et de Nirvana et peut-être même les quelques albums de Snot (un groupe métal californien de ces années-là) pour reprendre le titre d'un des morceaux de l'ep. Une musique chargée en électricité donc, dont les guitares reprennent l'esthétique des quelques trucs cools évoqués plus avant, et une agressivité justement dosée qui n'obère ni les mélodies ni les harmonies vocales du groupe. Excellent !

https://normcore.bandcamp.com/album/six-pack
https://fr-fr.facebook.com/normcoreband/

lundi 6 janvier 2020

Chris Shiflett : « Hard Lessons »



Connu principalement comme guitariste des Foo Fighters, Chris Shiflett étonne en solo dévoilant un amour immodéré pour la musique country, indécelable par ailleurs. Néanmoins, on ne se refait jamais totalement et Chris a bien gardé deux ou trois trucs de son groupe fétiche, en matière de saturation sonore générale (qui proviendrait paraît-il d'un ampli de guitare vintage, le Marshall JMC800) et de dynamique rythmique. Filant à la vitesse du vent, les compositions ont une durée moyenne de deux minutes, l'album défie le temps dans une sorte d'hybride country-hard, les amplis dans le rouge, finalement pas si éloignée que cela, dans l'esprit, de ce que proposait Steve Earle à l'époque de « Copperhead Road » il y a trente ans de cela. C'est plutôt réussi. 

http://www.chrisshiflettmusic.com/
https://www.facebook.com/chrisshiflettmusic
https://twitter.com/chrisshiflett71

dimanche 5 janvier 2020

Bobby Rush : « Sitting on top of the blues »



Il est là, fier comme Artaban, assis sur le capot de sa bagnole. Bobby Rush est, suivant ses propres dires, sur le trône du Blues. Et c'est probablement vrai ! 26 ème album studio, 75 ème au total, qui dit mieux ? Comme il l'affirme lui-même lors de la première plage, « I'm a bluesman ». Un genre dont il connaît par coeur les moindres arcanes et auquel il rend hommage tout au long de ces onze titres dont certains contiennent son nom (cf. « Hey Hey Bobby Rush » ; « Bobby Rush Shuffle »). Armé de sa foi inaltérable Rush livre 11 pépites, dont certaines s'éloignent un peu du style de Chicago pour des rivages acoustiques (« Recipe for love ») ou la soul music (le grivois "Slow Motion"). Du classique, du solide, débordant de groove et de feeling, incarné à merveille par sa voix rauque, Rush délivre ce que l'on attend de lui : le fameux « Good Stuff ». Dans le genre il est assez difficile de faire mieux. Euphorisant et intemporel. 



samedi 4 janvier 2020

Delbert McClinton and Self-Made Men + Dana : « Tall, Dark and Handsome »




Harmoniciste, vu aux côtés de légendes telles que Tom Petty, BB King, Howlin'Wolf, Jimmy Reid ou Mavis Staples, et songwriter de talent (Emmylou Harris a décroché un tube avec son « Two more bottles of wine » de 1978), Delbert McClinton est devenu un véritable artiste solo après une longue période de maturation. Un vétéran méconnu de 79 ans et une trentaine d'albums au compteur : le Texan a tout vu, tout connu ! Conclusion logique : ce type sait tout faire ! Une preuve supplémentaire nous en est apportée avec ce superbe nouvel effort passant habilement du jazz (« Lulu » ; « Ruby & Jules ») aux accents latins de « Gone to Mexico » sans oublier au passage les indispensables blues (« Loud Mouth » ; « Down in the Mouth »), country voire rock'n'roll. Autant de genres abordés avec maestria, incarnés avec grâce par son timbre de voix rocailleux dégageant une émouvante sensation de vécu du bout de la route (cf. "Temporarily Insane"), sans fausse note ni de goût. Sa personnalité est tellement forte que l'album ne souffre nullement d'un syndrome patchwork, en dépit de sa diversité, et se tient d'un bout à l'autre sans temps morts. Un album qui s'écoute d'une traite comme on voyagerait à travers le temps et l'espace, les époques et les styles. Superbe. 

https://www.delbert.com/home
https://www.facebook.com/delbertmcclinton/
https://twitter.com/officialdelbert

vendredi 3 janvier 2020

Jewish Monkeys : « Catastrophic Life »



Enraciné dans la bouillonnante scène musicale de Tel-Aviv depuis 2014, le sextet débarque en France avec cette première sortie en bonne et due forme. Fidèle à ses origines culturelles, le groupe propose un son frais et original, rock'n'roll mais pas que, où les guitares d'inspirations surf côtoient des instruments dont les groupes de rock ont généralement peu l'usage : l'accordéon, le trombone et la clarinette. Autant d'artefacts destinés à offrir un son orientalisant, mi-punk/mi-klezmer, inédit, primesautier et, du moins vu d'ici, exotique (cf. « Punkfurt » ; « Too little too late »). Un grand délire en perspective donc (cf. les costumes de scène ; l'hilarante "Can't get it up") mais qui révèle un fond autrement plus conscient à travers ses paroles positives, prônant l'acceptation d'autrui. La musique survitaminée et le grand tourbillon de langues qui se bousculent (anglais, hébreu et même français) promettent de futurs grands moments sur scène, l'incarnation ultime de cette formation festive (cf. le reggae « Catastrophic Life »). A découvrir. 

https://www.facebook.com/JewishMonkeys/
https://twitter.com/Jewish_Monkeys
https://www.greedyforbestmusic.com/label/artists/jewish-monkeys/

jeudi 2 janvier 2020

Laurence Jones Band



Encore peu connu dans nos contrées, et en dépit de son jeune âge, le Britannique Laurence Jones a déjà un solide parcours derrière lui, fort de cinq albums sortis en solo avant la formation de son Band, un quatuor dont il s'agit du premier véritable album. Allons droit au but, le disque est une véritable petite bombe classic rock placée sous la figure tutélaire des deux groupes majeurs du rock anglais, les Beatles (cf. la reprise de « Day Tripper ») et les Rolling Stones, qui ont, suivant toute vraisemblance, beaucoup inspiré « Everything's Gonna Be Alright » la première piste qui ouvre magnifiquement les débats (et qui ressemble beaucoup à « Gimme Shelter »). Voilà qui vous classe le bonhomme ! Entre les deux, l'album est un festival de guitares en furie, débordant du groove furieux de l'orgue, entre rhythm'n'blues (« I'm waiting », « Stay ») et blues (« Mistreated », « Long Long Lonely Ride ») et, quoi qu'il en soit, toujours plein de feeling. Que du classique certes, mais joué avec passion et envie, le genre d'album qui procure une sensation de plaisir immédiat et dont il est impossible de se lasser. Intemporel, on écoutera encore ce disque dans dix ans sans que la chose ai pris, gageons-le, la moindre ride ! 

https://www.laurencejonesmusic.com/
https://www.facebook.com/laurencejonesmusic
https://twitter.com/laurencemusic